‹ Biographie, discours, conférences, etc. de L'Hon. Honoré MercierChapitre 130 sur 145 · CONSOLATION · texte numérisé non relu

CONSOLATION

Vous devez comprendre que nous luttons, mes collègues et moi, dans des circonstances particulièrement défavorables, et que souvent le découragement s'empare de nos âmes.

Ma santé s'épuise dans ce travail incessant et ingrat ; je néglige mes affaires qui pourraient être prospères ; je déserte mon bureau qui pourrait me donner la fortune quand la politique ne m'offre que la misère, assaisonnée d'injures et de haines.

Mais j'ai accepté la direction du parti et je n'ai pas le droit de déserter le poste d'honneur qui m'a été confié par mes amis ; j'ai juré de faire mon devoir et je le ferai tant que mes forces me le permettront, la seule récompense que je demande c'est l'appui des l>ons citoyens, vont-ils me l'accorder ? qu'ils parlent ! s'ils veulent que je cesse la lutte qu'ils mettent bas les armes et laissent le pays entre les mains de ceux qui le ruinent et le souillent, et je m'inclinerai, quoique avec regret, devant la volonté populaire.

Je serais injuste cependant si je n'admettais pas que, dans les précieuses sympathies qui me sont accordées dans l'appui loyal *t puissant de mes collègues en chambre, de cette brave poignée •d'hommes qui m'entourent, je trouve des consolations bien propres à diminuer les aspérités de la route, les dangers du combat, la grandeur des sacrifices qui me sont imposés.

La presse libérale quelque peu nombreuse qu'elle soit, fait un l>on comliat, et le talent que ses rédacteurs déploient à la cause commune est de nature à en assurer le triomphe dans un avenir prochain. Il y a des journaux anglais et français qui ont bien mérité du parti.

Il n'y a pas de division dans le parti libéral, je le proclame avec Ixmheur et un légitime orgueil. Nous sommes tous unis comme des frères, travaillant énergiquement à compléter l'œuvre de la résurrection nationale. La Patrie qu'on a dit m 'être hostile <\st sous la direction d'hommes trop dévoués à notre cause pour lui faire défaut dans un moment aussi solennel. Rédigée par un écrivain qui est une de nos gloires nationales, administrée par

un homme habile, ce journal emploie, avec un rare succès, l'influence qu'il possède à dénoncer toutes ces fraudes commises au détriment du pays. Nous devons aussi remercier publiquement notre ami M. Pacaud à l'occasion de la lutte habile qu'il fait dans Y Electeur et du désintéressement dont il donne tant de preuves éclatantes ; et les écrivains distingués de Y Union de St-Hyacinthe, du Franco-Canadien et du Progrès de Vatteyfield pour l'énergie et l'intelligence qu'ils déploient à la cause commune.

CONCLUSION

Vous savez messieurs, que mes ennemis me poursuivent de leur haine et de leur calomnie. Je ne m'en plains pas, ça devait m arriver.

Je porte assez de coups pour en recevoir et j'en reçois, Dieu merci !

On m'accuse de m'être vendu à mes adversaires ; on a la bonté cependant de dire que je ne me suis pas livré ; on admet même que si je suis vendu, je frappe fort sur ceux qui m'ont acheté. Ils crient bien haut qu'ils ont été volés.

Dans quelques jours mes ennemis seront appelés à prouver si je me suis vendu ; leur calomnie audacieuse tournera à leur honte et à leur confusion et pourtant qu'ils en soient certains, je ne ferai pas d'objection à la preuve comme M. Mousseau, je laisserai parler les témoins et n'aurai pas à mon service une douzaine d'avocats retors pour empêcher la vérité d'arriver devant ie public

J'ai dit que ces calomnies ne devaient pas me surprendre.

Tous nos chefs y ont passé ! et ont eu comme moi à subir la bave de nos ennemis.

Papincau, le grand Papineau, le conquérant de nos libertés politiques, a été accusé par la buraucratie de trahir le pays quand il exposait sa vie pour le sauver.

L'hon. M. Mackenzie, un homme qui jouit de l'estime de ses amis et possède le respect de ses adversaires a été accusé d'avoir favorisé un parent au détriment du pays.

Sir A. A. Dorion, l'homme le plus tolérant et le plus véridique de notre monde politique a été accusé de fanatisme et de raau- \ aise foi.

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L'hon. M. Joly, l'homme le plus intègre qui ait paru sur la scène parlementaire, a été accusé d'employer des moyens malhonnêtes pour arriver et se maintenir au pouvoir.

Et l'illustre" et regretté Letellier de St-Just, le grand patriote de nos jours, a été accusé d'avoir forfait à l'honneur quand il sauvait son pays et descendait dans la tombe pour l'avoir trop aimé.

Ces grandes figures de notre galerie nationale ont reçu les crachats des ennemis de la nation. Je dois m'humilier devant leur noble exemple et subir, sans me plaindre, les mêmes crachats.

Comme eux, j'attendrai confiant dans l'avenir, le jour de la rétribution, ce jour mille fois béni, où le peuple secouant sa torpeur nous aidera à chasser ceux qui le trahissent et le ruinent, et reconnaissant ses vrais amis les portera sur ses larges et fortes épaules au temple de la victoire.

AU BANQUET MOWAT

Prononce à Toronto le 19 septembre ISXj.

Monsieur le Président et Messieurs.

Il est de mon devoir — et je considère la chose comme une lionne fortune pour moi — de vous remercier cordialement pour le toast qui vient d'être proposé et reçu avec tant d'enthousiasme par cette brillante assemblée. Je ne regarde pas comme m'étant personnellement adressés les termes flatteurs dont on s'est servi ; pas plus que je n'accepte comme s'adressant à ma personne la cordiale réception qu'on me fait ce soir. Je sais que je suis ici à titre de représentant du parti libéral de la province de Québec, et c'est à ce titre que je vous offre mes sincères remerciments (bravos). A ce titre aussi, je suis heureux de saisir cette occasion

de nie joindre aux libéraux de la province d'Ontario pour féliciter l'homme d'Etat distingué, en l'honneur de qui ce grand banquet a été organisé. En lui les libéraux de la province de Québec saluent non seulement un homme public au caractère sans tache, un véritable patriote et un grand citoyen, mais surtout le champion infatigable des droits provinciaux, et le vainqueur de l'arbitraire fédéral (applaudissements).

Les libéraux de Québec, Messieurs* sont avec vous corps et âme pour célébrer en ce jour l'un des plus grands succès politiques obtenus dans ce pays depuis des années, et ils sont heureux de rendre hommage au premier ministre de cette vaste et riche province d'Ontario, qui, par sa position géographique, ses ressources immenses, et par le caractère élevé de ses hommes publicsaux idées libérales, semble avoir pour mission de marcher à la tête de la Confédération canadienne (applaudissements). Ce n'est pas le succès d'un homme, mais le triomphe d'un principe — l'autonomie provinciale attaquée par le pouvoir fédéral — que vous célébrez ce soir, Messieurs ; et conséquemment ceci est une démonstration nationale, car elle affirme les droits de toutes les provinces. De sorte que la province de Québec — plus intéressée que toute autre dans le maintien de sa propre individualité politique— a toutes les raisons possibles de triompher aujourd'hui avec sa province voisine.

Chaque fois que Sir John A. Macdonald, poursuivant son rêve d'union législative, a essayé de détruire le pacte fédéral par sa politique centralisatrice, il a rencontré, dans le parti réformiste d'Ontario, d'actifs et puissants adversaires, inspirés par les idées larges et libérales d'un homme que son prestige immense et son incomparable talent ont désigné depuis longtemps comme l'arbitre de nos futures destinées : j'ai nommé l'honorable Edward Blake i (applaudissements prolongés).

Ce grand patriote, Messieurs, ce grand homme d'Etat, dont la réputation et la gloire nous seront un jour enviées par tout le continent américain, est apprécié, admiré, honoré et aimé autant dans notre province que dans la vôtre (applaudissements). Nous sommes fiers de lui comme vous l'êtes, et la confiance que nous avons dans son honnêteté et son habileté n'est aucunement infé-

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rieure à celle qu'il s'est acquise parmi les hommes les plus distingués de sa province. Tout ce qu'il y a d'esprits indépendants parmi nous regarde M. Blake comme l'homme qui, dans un avenir rapproché, sera le grand défenseur de notre pays, et comme telr assurera le triomphe des idées du noble parti qui, dans notre opinion, représente les véritables intérêts locaux des provinces en même temps que les aspirations du pays en général.

Vous ne pouvez pas vous imaginer, Messieurs, combien est populaire le nom de M. Blake dans la province de Québec ! Ce nom est synonyme de génie et d'intégrité politique, et je pourrais dire que notre population tout entière, libérale ou conservatrice, considère celui qui le porte comme un homme qui non seulement fera notre pays grand et prospère, mais qui de plus sera un honneur pour toute l'Amérique. Les Canadiens-français, surtout, regardent M. Blake comme un frère, comme un défenseur des droits égaux ; et partout où son nom est prononcé parmi nous, tout le monde se découvre avec le respect dû à la personnalité la plus sympathique et la plus imposante de notre monde politique (applaudissements).

Tous ceux qui observent la marche des choses et étudient attentivement les événements, à n'importe quel parti qu'ils appartiennent, ne peuvent s'empêcher de reconnaître que nous traversons en ce moment une des phases les plus critiques de notre vie nationale, et que la confédération est mise en grand danger par le pouvoir fédéral dont les tendances centralisatrices ne peuvent échapper à une observation impartiale.

L'acte des chemins de fer et celui des licences, de 1883, sont deux attentats contre l'autonomie des provinces, et tous les véritables amis des droits provinciaux doivent s'unir pour repousser cette politique néfaste (bravos). De fait, l'ennemi de la confédération est à Ottawa, et de chaque capitale provinciale doit partir un mouvement énergique pour faire avorter ses projets hostiles.

Vous nous avez donné un grand exemple, Messieurs les citoyens d'Ontario, et nous citoyens de Québec, nous avons fait de notre mieux pour le suivre. Nous marchons sur vos pas, et nous sommes fiers de fouler les mêmes sentiers. Aujourd'hui nous sommes en minorité ; mais demain, quand sonnera l'heure du réveil

national (applaudissements) qui se prépare et que les événements précipitent, nous serons la majorité ; et, vous tendant la main comme à des frères, nous acclamerons avec bonheur le triomphe de la grande cause qui nous est également chère à tous.

Cette heure approche, soyez en convaincus, Messieurs ; et, quand elle aura sonné, nos destinées se réaliseront sous l'inspiration salutaire de votre gouvernement, et à l'ombre du drapeau que tient d'une main si ferme notre noble chef, l'honorable Edward Blake, l'ami de toute liberté et de toute indépendance ! (longs applaudissements).

J'ai parlé des tendances centralisatrices de Sir John A. Macdonald. Elles sont évidentes, et malheureusement elles ne datent pas d'hier. Elles ont, dès l'origine, porté un coup dangereux à nos institutions ; et ce coup serait devenu fatal depuis longtemps, n'eussent été la vigilance et l'énergie de nos hommes publics. Ces tendances ont surtout porté jusqu'à ce jour sur deux classes de droits provinciaux ; les licences et les chemins de fer. Par deux mesures radicales sir John a cherché à tarir une des sources les plus précieuses du revenu des provinces, et à enlever à cellesci le contrôle que la loi leur accordait sur les chemins de fer construits avec leur argent, fourni directement par leur gouvernement ou souscrit par leurs municipalités.

Quelles sont les raisons invoquées pour justifier ces deux mesures centralisatrices ? Des changements faits au pacte fédéral, à Londres, par le parlement impérial, à la suggestion de Sir John lui-même, en violation des conventions arrêtées en 1864 entre les représentants de toutes les provinces intéressées, assemblés à Québec ; changements qui n'avaient pas d'autre but que celui d'assurer le triomphe de la politique de centralisation du chef des torvs canadiens.

Pour vous convaincre de l'exactitude de cette assertion, vous n'avez qu'à comparer le pacte fédéral voté à Québec avec ce qui est aujourd'hui l'Acte de l'Amérique Britannique du Nord, et vous trouverez, comme l'a révélé l'honorable M. Joly, à la dernière session de Québec, que ces deux principaux empiétements sont appuyés exclusivement sur la différence qu'il y a entre le pacte fédéral et notre loi constitutionnelle.

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En effet, par le pacte fédéral, les chemins de fer, situés dans les limites d'une seule province ne pouvaient être mis sous le contrôle du pouvoir central, que s'ils étaient spécialement déclarés, dans les actes qui les autorisaient, être d'un avantage général. C'est-à-dire que cette déclaration était exclusivement laissée aux parties intéressées, aux promoteurs mêmes de ces entreprises, à ceux qui y risquaient leur fortune ; tandis que, par la loi actuelle, cette discrétion est accordée au parlement fédéral lui-même, après que la loi autorisant l'entreprise a été passée, soit par la législature locale, soit par le parlement.

Qu'on lise la liste des clauses arrêté^» dans l'adresse votée à Sa Majesté par la législature des deux provinces, basée sur la convention de Québec, et le texte de notre constitution, et l'on sera convaincu de l'exactitude de mon assertion.

Voici l'adresse à la Reine votée en 1865 :

" Section 29. — Le parlement général aura le pouvoir de faire des lois pour la paix, le bien-être et le bon gouvernement des provinces fédérales (sans toutefois porter atteinte à la souveraineté de l'Angleterre) et en particulier sur les sujets suivants :. . .

" 8. — Les lignes de bateaux à vapeur et autres bâtiments, les chemins de fer, les canaux et autres travaux qui relient deux ou plusieurs provinces en se prolongeant au delà des limites de l'une d'elles. . .

" 11. — Tous les autres travaux qui, bien que situés dans une seule province, seront spécialement déclarés dans le* actes qui les autoriseront, être d'un avantage général."

Cette disposition toute favorable aux provinces a été enlevée dans le statut impérial, où l'on trouve maintenant ce qui suit :

" Section 92. — Dans chaque province la législature pourra exclusivement faire des lois relatives aux matières tombant dans les catégories de sujets ci-dessous énumérées : . . .

" 10. — Les travaux et entreprises dune nature locale, autres que ceux qui sont énumérés dans les catégories suivantes... .a — b — c — Les travaux qui, bien qu'entièrement situés dans la province seront, avant ou après leur exécution, déclarés par le parlement du Canada, être pour l'avantage de deux ou d'un plus grand nombre de provinces."

Quant aux licences, toute la difficulté sur laquelle Sir John s'est fondé pour s en emparer, semble naître de la prétendue obscurité du paragraphe 9 de la clause 92 de l'Acte fédéral, qui se lit comme suit :

" 9. — Les licences de boutiques, de cabarets, d auberges, d'encanteurs et autres licences, DANS LE BUT DE PRÉLEVER UN REVENU POUR DES OBJETS PROVINCIAUX LOCAUX OU MUNICIPAUX."

Les mots : dans le bat, etc., ne se trouvaient pas dans le pacte fédéral, car le paragraphe 12 de la section 43 se lisait comme suit :

" 43. — Les législatures locales auront le pouvoir de faire des lois sur les sujets suivants :

" 12. — Les licences de boutiques, d'auberges, d encan teurs et autres licences."

L'on voit tout de suite l'importance, sinon au point de vue du droit, au moins au point de vue de l'intention, de ces mots ajoutés à la loi impériale, en violation du pacte fédéral: " Dans le but <ie prélever un revenu pour des objets provinciaux, locaux ou, municipaux."

Et qu'on n'aille pas croire que ces changements matériels ont été faits par l'initiative du parlement impérial seul ; car ce serait une grave erreur propre à enlever, à certains égards, la responsabilité de Sir John et des autres délégués des provinces qui se sont rendus en Angleterre, porteurs de ce pacte fédéral, de ce traité considéré comme tellement sacré qu'aucun amendement,, même de simple rédaction, ne pouvait y être fait par le parlement de l'ancienne province, sans le mettre à néant Non, ces changements ont été faits par les délégués eux-mêmes, de leur propre autorité ou du moins de leur consentement formel ; car quand le projet de loi a été présenté avec ces changements à la chambre des Lords, par lord Carnarvon, alors secrétaire des colonies, celuici déclara, dans son discours, que ce projet était l'expression fidèle de la volonté des délégués présents dans la métropole.

L'on voit donc que, dès l'origine, Sir John visait à la centralisation, et que, s'il cherche à appuyer sur le texe deia constitution ♦les tentatives constantes qu'il fait pour assurer le triomphe de sa politique de prédilection, il ne fait que suivre la route qu'il s'est-

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tracée à l'origine même du présent régime. Le rêve de sa vie est l'union législative, — rêve qu'il avoua publiquement à la convention tenue à Québec en 1864, et dont il a voulu plus tard assurer la réalisation, à Londres, par ces déloyales et subreptices altérations à un document qui aurait dû être sacré pour lui comme la volonté de son pays et de ses compatriotes.

Ces faits ont une importance qui ne doit échapper, à aucun homme politique du pays ; car le jour où les circonstances, quelles qu'elles soient, nous permettront de modifier la constitution fédérale, nous pourrons, en invoquant le pacte fédéral qui a servi de base à l'adresse présentée à Sa Majesté, revenir aux conditions <jue nos législateurs avaient imposées, et les rétablir comme des moyens propres à garantir pour le présent et l'avenir l'autonomie de^nos provinces. Et ce jour viendra, Messieurs, quand, appelés à prendre notre place parmi les nations indépendantes, nous devrons jeter les bases d'une nouvelle constitution, sous l'égide protectrice de la Grande Bretagne.

En attendant que ce jour arrive, nous ne devons pas oublier que l'avenir est au parti libéral, et que nous verrons bientôt son drapeau flotter victorieux sur la citadelle du pouvoir à Ottawa (bravos.) Les idées que nous représentons doivent triompher* et si j'en juge par le haut caractère de nos chefs et le degré de confiance publique qu'ils commandent, je suis d'avis que l'heure de ce triomphe va sonner plus tôt qu'on ne le croit généralement

Les conservateurs ont semé le vent ils doivent récolter la tempête, (bruyants applaudissements). Ils ont créé des monopoles qui écrasent déjà le peuple. Ils ont prélevé des préjugés de races et de religions qui sont une malédiction pour le pays. Dans les provinces où les protestants dominent, ils excitent la haine contre les catholiques ; dans les provinces où les catholiques sont en majorité, ils disent qu'il faut écraser les protestants. Incapables de s'élever au-dessus des préjugés religieux et nationaux, ils les attisent autant qu'ils peuvent, afin de s'en faire des instruments au service de leur cause.

Ils appuient leur empire et leur domination sur tout ce que le cœur de l'homme renferme de petit et de méchant. Leur meilleur

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argument est la passion, le grand secret de leur succès est l'ignorance, et leur principal moyen d'action, la corruption.

Dans la province que j'ai l'honneur de représenter, ils ont commis tous les crimes politiques ; ils ont créé une dette de plus de vingt millions, produit des déficits annuels de cinq cent mille dollars depuis tantôt dix ans, provoqué des conflits religieux, nourri les préjugés les plus dangereux, commis tous les scandales possibles, dilapidé les fonds publics, déshonoré l'administration de la justice,: — corrompant les jurés, les électeurs, les députés, et au fait essayant d'introduire la corruption au sein de la population toute entière.

Il vous est difficile, à vous citoyens d'Ontario, de bien juger de la situation politique dans la province de Québec. Nul doute que nous avons une population honnête et intelligente, qui veut vle bien et serait prête à chasser les gens qui l'exploitent, si elle connaissait tout ce qui se passe. Mais jusqu'à ce jour elle a vu par d'autres yeux que les siens, et s'est fiée à ceux en qui elle avait confiance. Un excès de bon vouloir et d'honnêteté d'intention l'a rendue aveugle.

Toutefois les scandales- récents la font réfléchir (applaudissements). Elle se demande comment il se fait que ce parti conservateur, que tant de gens respectables lui ont recommandé, ait permis à ses chefs de remettre §30,000 à L A. Senécal et cie, quand cette somme appartenait de droit à la province ; et encore $3,000 au même, quand cette somme avait été dûment et légalement confisquée.

Elle est étonnée d'apprendre qu'on a donné $15,000 à M. Dansereau en octobre dernier pour acheter des livres nouveaux pour notre bibliothèque provinciale, et que cet argent a disparu, sans qu'on puisse montrer un seul livre en compensation.

Cette honnête population, si longtemps trompée et exploitée, est confondue devant l'audace de ces hommes politiques qui vendent au grand jour une entreprise publique pour la somme de $10,000, et paient effrontément $28,000 pour quelques meubles et quelques travaux d'installation provisoire pour notre législature, quand, il est prouvé que le tout ne valait que $12,000.

Elle sj demande comment il se fait que les auteurs de cesscan-

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daleuses transanctions sont maintenus ou élevés aux postes le& plus honorables et les plus importants que puisse- > offrir t notre monde politique. Elle ne peut pas comprendre comment un chef de parti comme Sir John A. Macdonald peut oublier le respect qu'il doit à son pays au point d'élever au banc des juges des hommes politiques tarés, dégradés et poursuivis par le mépris de l'opinion publique, les plaçant au même niveau qtre les nobles esprits dont le savoir et le caractère font honneur à leur position, et à leur nationalité.

Au milieu de cette démoralisation, nous combattons avec énergie, dénonçant les abus chaque fois que nous pouvons les découvrir, et faisant face à de nombreux et puissants adversaires, qui ont à leur disposition le patronage de deux gouvernements, et une presse salariée qu'ils ont le moyen de répandre dans les endroits les plus reculés du pays.

Nous ne sommes que dix-huit libéraux dans notre chambre provinciale, mais notre courage supplée au nombre. Fidèles1 à notre devoir, fidèles à notre cause, nous défendons les droits sacrés du peuple avec ce dévoûment que font tottjours naître les convictions solides. Et soyez assurés, Messieurs, que si peti nombreux que nous soyons, nous combattrons jusqu'à ce que notre couvre soit mieux comprise par le peuple, qui la récompensera,

A foret» de pei*sévérance, nous avons réussi à; créer un réveil considérable dans notre population. Les libéraux sont unis et remplis d'espoir. Les honnêtes conservateurs semblent désirer un changement radical dans l'administration de nos affaires publiques. Les esprits les plus éclairés parmi eu* admettent que, :*i nous avions 4 les élections générales dans les présentes circonstances, nous réussirions à chasser cette armée de parasites et de spéculateurs qui s'engraissent depuis si longtemps aux dépens d'une province appauvrie. Ceci est si bien compris que, dans notre province, les chefs conservateurs sont tout désorientés, lorsqpe les circonstances amènent quelque élection partielle. La dernière élection de Mégantic s'est terminée pour eux par une humiliante défaites et pour nous, par le triomphe de l'un des hommes les plus distingués de notre parti, l'honorable François Langelier, maire de Québec, (longs applaudissements). Le même comté de Vté-

gantic est encore sans représentant à notre législature provinciale, les ministres n'ayant pas la hardiesse d'émettre les writs pour une nouvelle élection devenue nécessaire par la retraite de l'honorable M. Irvine, Tune des plus remarquables figures de notre politique.

Au milieu de ces luttes pour les intérêts populaires et en faveur d'un gouvernement honnête, je suis toujours surpris de l'indifférence dont fait preuve la population anglaise. Sur quinze comtés exclusivement contrôlés par cette population dans nos townships'de l'Est, nous pouvons à peine compter sur un ou deux. Nous pouvons dire que c'est cette population qui maintient au pouvoir les plus violents ennemis des droits égaux, de la tolérance religieuse, et les exploiteurs des préjugés de races et de croyances.

Le fait est que notre population française est presque également divisée, et si les électeurs de langue anglaise avaient fait leur devoir en donnant la main à ceux qui, dans notre province, combattent sincèrement dans l'intérêt public, les aventuriers politiques qui nous gouvernent si mal auraient depuis longtemps reçu le châtiment qu'ils méritent.

J'espère cependant que le jour n'est pas loin où mes compatriotes d'origine anglaise, irlandaise ou écossaise, de la province de Québec, comprendront leurs véritables intérêts et se réuniront à leurs frères et alliés naturels, les libéraux, afin de donner à notre section un gouvernement digne d'un pays libre et intelligent (longs applaudissements).

Avec leur aide nous pouvons mettre fin à nos déficits annuels et aux scandales de la présente administration ; nous pouvons débarrasser le pays des cormorans politiques qui 1 épuisent ; nous pouvons déraciner les préjugés de races et de croyances si honteusement exploités et répandus dans toutes les classes par le parti oonservateur, et en même temps inaugurer un système de gouvernement qui fera la prospérité du pays et donnera satisfaction aux honnêtes citoyens.

J'espère que vous m'excuserez, Messieurs, d'être entré dans ces détails ; mais^e. devais à mon parti et aux généreux amis qui luttent si vaillamment avec moi contre tant de difficultés, de vous

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*fairç connaître les causes de nos défaites passées et nos légitimes ■espérances pour l'avenir. Nous suivons les pas de ceux que vos chefs ont connus et admirés ; héritiers des traditions parlementaires que nous ont laissées les Baldwin, les Dorion, les Letellier et les Fournier, nous combattons pour la même cause, nous sommes victimes des mêmes persécutions, nous luttons contre les mêmes préjugés, et comme eux nous faisons appel à tous ceux qui ont à cœur le progrès intellectuel de notre population et la prospérité matérielle du pays. Je sais que l'honorable M. Mowat «et ses distingués collègues, avec tous ceux qui donnent un appui cordial à son gouvernement, sont de ceux-là, et je suis sûr qu'ils ne peuvent pas nous refuser laide de leur sympathies dans cette grande bataille, qui finira par notre succès à Québec et le triomphe final de l'honorable M. Blake à Ottawa (applaudissements prolongés).

Prononcé au Club Letellier, à Montréal, le 30 octobre 18&Ï.

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Je vous prie d'accepter mes sincères remerciements pour les paroles si bienveillantes que vous venez de m'adresser. Ces paroles qui sont plus méritées par mes amis que par moi, sont hien de nature à encourager les efforts que nous faisons pour le triomphe de la cause nationale dont la garde nous a été confiée.

La présence des dames à cette démonstration lui donné un •éclat tout particulier et nous permet de croire que la femme canadienne, si bonne et si aimable, n'est pas indifférente à la prospérité du paya

J'ai remarque avec plaisir que le* dames ont généralement

assisté aux quarante et quelques assemblées publiques depuis 1er commencement d'août, et j'ai accepté ce fait comme un bon augure ; comme le signe précurseur du réveil national.

Eu entrant dans votre salle si bien décorée, j'ai remarqué le portrait de mon illustre ami, feu M. Letellier ; et je me suis dit que vous donniez la mesure de votre patriotisme en donnant la place d'honneur à ce portrait vénéré. Ça été une bonne inspiration que celle que vous avez eue quand vous avez placé votre club sous le patronage de ce grand patriote, mort victime de son dévouement à la cause publique et de la haine de quelques fanatiques.

Son parent qui me fait l'honneur de m accompagner ce soir, M. Casgrain, député de l'Islet, a du se convaincre que le nom de Letellier est aussi respecté ici que dans le district de Québec, et que, s'inspirant de son patriotisme, les membres de cette institution s'efforcent de faire un peu de bien à la cause du peuple qu'il a tant aimé et pour le succès de laquelle il a tant travaillé.

En me trouvant dans ce club, je me trouve dans la division de Montréal Est qui possède une population ouvrière, aussi honnête qu'intelligente et des hommes distingués dans le commerce et les professions ; et je dois aux uns comme aux autres des déclarations propres à prévenir tout malentendu sur la politique provinciale des libéraux et de permettre à ce corps électoral important de décider si nous méritons sa confiance.

L'assemblée législative de Québec devra être dissoute d'ici à un an, et conséquemment nous aurons des élections générales en 1 886.

Que devra faire d'après nous la nouvelle chambre qui sortira de l'urne électorale ?

Elle aura, messieurs, une immense tâche à remplir, et une tâche bien difficile. Les circonstances lui imposeront l'œuvre de la réparation.

Il lui faudra concentrer tous ses efforts, toute son énergie, tout son patriotisme pour réparer pratiquement les fautes des dernières années.

En face dune situation financière sérieusement compromise, elle manquerait à son devoir et tromperait l'attente légitime de&

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bons citoyens si, se dépouillant de l'esprit de parti, cause première de tous nos malheurs elle ne rassurait la confiance publique ébranlée, en donnant à la province une administration capable et honnête, joignant une prudence à une grande vigueur d'action, une administration qui ne reculera pas devant la tâche difficile, mais non impossible, de mettre fin aux déficits qui nous ruinent et à la dette qui nous écrasent. Les déficits ont varié depuis dix ans, mais on peut dire qu'ils ont été en moyenne, chaque année de $500,000 ou de cinq millions durant ces dix années. Quant à notre dette qui est de 21 millions, elle a été contractée durant le même espace de temps et grève notre budget d'un service annuel d'un million, pour intérêt et fonds d'amortissement.

La prochaine législature manquera de patriotisme si elle ne met pas fin à une situation financière aussi compromise, et pour atteindre ce but, elle devra demander en premier lieu

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