‹ Biographie, discours, conférences, etc. de L'Hon. Honoré MercierChapitre 139 sur 145 · SENTIMENT NATIONAL, VÉRITABLEMENT CANADIEN · texte numérisé non relu

SENTIMENT NATIONAL, VÉRITABLEMENT CANADIEN

-qui, tout en maintenant le respect dû aux différentes races qui habitent ce pays, empêchera tout conflit propre à nuire aux véritables intérêts de notre jeune nation.

Nous devons être fiers, messieurs, d'être des descendants de cette grande race française qui a promené son drapeau dans toutes les parties du monde et dont le sang a été versé pour le triomphe de toutes les grandes causes. Nos concitoyens des autres origines, qu'ils soient Anglais, Écossais ou Irlandais, s'honorent, et avec raison, des hauts faits qui ont illustré le nom de leur patrie respective. Si, cependant, nous devons garder religieusement le respect de notre patrie d'origine, nous ne devons pas oublier que nous habitons dans un pays qui a droit à tout notre amour, à tout notre travail, sur lequel nous fondons toutes nos espérances pour nous et nos enfants. Soyons fiers du titre de Canadiens et portons-le avec orgueil ; évitons les querelles de races et de religion ; banissons tous les souvenirs historiques et autres qui nous feraient voir des ennemis là où il ne doit y avoir que des frères, et travaillons tous ensemble, sans distinction de nationalité ou de croyances religieuses sous le regard de Dieu, à construire, ce grand édifice national qui est appelé à abriter un grand peuple.

Voilà quelques unes des tâches que la nouvelle législature devra s'efforcer de remplir si elle comprend son devoir. Faisons des vœux pour que le peuple se prépare à bien remplir, à remplir avec intelligence et patriotisme, le devoir important que la constitution lui a imposé ; pour qu'il emploie les quelques mois qui lui restent avant de confier ses destinées à l'urne électorale à bien peser la valeur des hommes publics, et la signification des événements qui ont amené l'état de choses actuel.

Et si le peuple veut et peut comprendre, il sera juste en chassant ceux qui l'ont trompé, pillé et ruiné.

Pixmoncé an Congrès de Baltimore, le 12 novembre 1889-

M. le Président,

Révérend issimes Prélats,

Révérends Messieurs,

Messieurs,

Je me considère extrêmement honoré d être appelé à porter la parole dans une circonstance qui a réuni autant d'hommes illustres. Nous voyons ici, dans cette historique cité, assemblés pour rendre hommage à un éminent prélat, des hommes qui se sont distingués dans toutes les carrières de l'existence, portant des noms honorés dans toutes les parties du monde civilisé, des illustrations de l'Eglise, des hommes d'Etat qui ont fait preuve d'une sagesse sans égale dans le gouvernement d'une puissante nation, de grands capitaines dont le nom passera à la postérité,, des orateurs et des écrivains dont les œuvres sont répandues et recueillies bien au-delà des frontières de leur pays : tous également éminents dans leur sphère respective, bon nombre venus de pays lointains, mais rapprochés par la communion du génie et par une commune admiration pour une grande cause et un grand nom.

L'honneur qui m'est fait d'être appelé à dire quelques mots dans un tel concours, je le rapporte, non à ma personne, mais au pays voisin d'où je viens, et plus particulièrement à la province de Québec que je représente.

Je ne vous étonnerai donc pas si, parlant ici au nom d'une grande province du Dominion du Canada, d'une province immense par l'étendue de sa zone fertile et destinée à nourrir une population plus considérable que celle de plus d'un royaume de l'Europe, j'envisage la carrière de l'archevêque Carroll au point de vue de ses relations avec l'Etat plus particulièrement que dans ses relations avec l'Eglise.

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Ce fut certes une grande figure dans l'Eglise que l'archevêque Carroll ; niais ce fut aussi un grand homme d'Etat.

On nous a dit dans un langage magnifique ses travaux pour l'Eglise qu'il aimait et les fruits qu'ils ont portés ; l'Eglise qu'il a élevée sur ce sol libre d'Amérique est aujourd'hui l'une des plus grandes Eglises du monde, c'est par millions qu'elle compte ses membres, elle aspire dans toute sa plénitude l'air de la liberté, elle enseigne par le précepte et l'exemple que nulle part l'œuvre divine n'est mieux accomplie et le bonheur de l'homme mieux assuré que là où la Liberté, la grande et universelle Liberté jouit d'un plus grand respect.

La liberté et l'autorité, la loi et l'ordre ; les devoirs du citoyen, aussi bien que ses droits ; la certitude que la liberté peut exister dans sa plénitude, sans la licence, (pie la liberté engendre Tordre et non le désordre, que le devoir du gouvernement est d'encourager la lilnjrté et non de la restreindre, que la liberté bien ordonnée est le plus solide pilier de l'autorité ; telles furent les leçons que vos pères, les révolutionnaires du siècle passé, vous ont léguées après les avoir scellées de leur sang.

Ils n'eurent pas de plus puissant auxiliaire, d'ami plus dévoué que le grand archevêque Carroll, pour les soutenir dans l'œuvre magnifique qu'ils avaient conçue pour arriver au self-government.

Quels temps périlleux que ceux-là ! le sort de la liberté, le sort de l'humanité étaient dans la balance. Si Washington, Franklin, Carroll et leurs illustres compagnons avaient failli à la tâche que Dieu leur avait confiée, quelle épouvantable calamité c'eût été ]K)ur l'Amérique, pour l'humanité elle-même !

En Europe, l'absolutisme triomphant; des guerres partout, guerres de religion, guerres de dynastie, guerres de conquête et d'ambition, qui avaient refoulé les aspirations et les droits populaires ; — l'Italie partagée entre quelques maisons princières ; — les souverains de l'Allemagne fournissant leurs sujets, comme l'antiquité fournissait ses gladiateurs, comme chair à canon dans les querelles des Etats voisins ; — la Russie encore sommeillante dans la barbarie ; le nord de l'Europe gouverné par des mains de fer ; — partout, dans tous les Etats, la puissance royale suprême, au-dessus des lois, indépendante de l'opinion. — En dehors

de la France, le peuple osait à peine murmurer ; en France même, il ne paraissait y avoir que certaines classes qui réfléchissaient sur les devoirs de l'autorité et les droits du sujet, et par malheur ces penseurs étaient des visionnaires épris d'utopie et de théorie, trop souvent même hélas ! ils avaient pour guide l'irréligion, des idées et des principes non fondés sur les réalités et l'expérience de la vie, prenant l'homme non tel que l'a fait la nature, mais en faisant un être créé à l'image de leurs propres conceptions, doué de facultés et de qualités imaginaires, et bâtissant là-dessus ces théories gouvernementales qui devaient aboutir à l'effroyable cataclysme de la Révolution Française.

En Angleterre aussi, un travail se faisait, lutte fondée sur une plus juste conception des choses, mais lutte faible, plutôt une dispute dans les hautes classes pour ou contre les prérogatives royales, que l'aspiration des masses aux droits populaires. La Chambre des Communes, formée, régie par les classes privilégiées, la noblesse héréditaire et terrienne, n'était pas un corps représentatif du peuple ; les lois pénales existaient encore en ce tempslà, le droit de réunion était refusé au peuple, le droit d'association, considéré comme un crime, était sévèrement interdit aux corps de métiers, le suffrage était réservé à une faible minorité de la nation, et il devait s'écouler encore un demi-siècle et davantage avant que la Chambre des Communes pût devenir l'assemblée du peuple, avant qu'à l'exemple de l'Amérique on eut constitué le gouvernement des Masses et non celui des Castes.

Les hommes d'Etat mêmes qui revendiquaient quelques droits populaires dans la Chambre des Communes ne le faisaient guère que dans la mesure de leur intérêt personnel ; ils auraient imposé à l'Amérique des lois et des fardeaux dont ils n'auraient point voulu pour eux-mêmes. Georges III n'avait qu'à vouloir gouverner l'Amérique par des édits autocratiques, il avait dans le ministère et dans les Communes d'Angleterre une majorité puissante pour approuver des mesures et des procédés tyranniques.

Quelle période de crise pour l'Amérique et le monde ! Si les idées qui inspiraient alors les rois et les princes, les hommes d'Etat et les législateurs du Vieux-Monde avaient prévalu sur le ^Nouveau Continent, si vos ancêtres avaient mal interprété leurs

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devoirs, s'ils avaient failli à les remplir, la tyrannie se serait déroulée comme un suaire sur le monde entier, et Ton verrait aujourd'hui, non seulement l'Amérique mais l'Europe et le monde civilisé se débattre, au bruit de leurs chaînes, pour sortir de l'abîme et se vivifier à la chaleur de cet astre de la Liberté qui aujourd'hui, grâce à l'héroïsme de vos pères, illumine votre continent et répand sa lumière au loin, au-delà des océans que votre pays a pour frontières (applaudissements prolongés).

L'archevêque Carroll a eu sa large part dans cette œuvre grandiose et glorieuse. Ce génie large, émancipé de ce qu'il y a de suranné dans les croyances et les traditions, comprit que l'intelligence et la volonté humaines, ayant la liberté de conception et d'aspiration, devaient aussi avoir la liberté d'expression et d'action et que l'unique restreinte qui pût leur être imposée était celle que la loi de Dieu prescrit, et que les conditions de la société demandent aux hommes, appelés à cohabiter avec leurs semblables, pour marcher librement à la recherche du bonheur, sans, autre frein que les droits d'autrui.

Ce furent là les idées soutenues par Carroll et les illustres fondateurs de votre constitution. Votre Déclaration d'Indépendance a été une révélation pour l'humanité. Ayant pour point de départ que les droits qu'elle proclamait venaient de Dieu, source de tout gouvernement et de toute autorité, elle formulait en termes non équivoques les principes dont l'application doit assurer la plus grande somme de liberté au peuple, en même temps que les meilleures garanties d'ordre, de paix et de sécurité pour les personnes et la propriété.

Il n'y a peut-être personne, parmi les hommes de cette; époque* qui ait plus fait que Franklin pour la cause américaine, et Franklin était l'ami intime de Carroll. En Amérique, en Angleterre, en France, Franklin fut, par sa parole, par ses écrits, l'un des plus nobles champions des droits de votre pays ; il se révéla assez tin diplomate pour tenir tête et imposer ses vues aux hommes d'Etat les plus consommés de l'Europe, et son vaste esprit eut la perception nette et juste des vrais principes du gouvernement. Jusqu'à quel point l'archevêque Carroll a contribué» par sa saine érudition, par la sûreté de son jugement, par son

esprit de justice, à passionner Franklin et ses contemporains pour ces grands et admirables principes, nul ne saurait le dire : mais nous savons, sur les meilleures preuves, que les fondateurs de votre pays voyaient en lui un sage conseiller, et que si son frère Charles a risqué son immense fortune par dévouement pour son pays en signant la Déclaration d'Indépendance, le grand archevêque n'a pas été moins généreux en vouant son immense talent, sa haute influence, son travail incessant à la cause de ses compatriotes.

C'est une véritable faveur de la Providence pour les disciples de l'Eglise catholique romaine que l'archevêque Carroll ait rendu d'aussi éminents services à son pays, et que son influence ait été à la hauteur de ses services ; je pourrais aller plus loin et dire qu'il est également providentiel pour toutes les religions et croyances d'Amérique que sa voix ait été entendue.

On était encore à l'époque des persécutions religieuses ; les haines soulevées en Europe par de longues années de dissensions et de guerres de religion n'étaient pas encore assouvies ; dans les statuts de tous les pays on trouvait encore des lois attentatoires à la liberté de conscience ; des hommes qui récusaient l'infaillibilité de l'Eglise catholique romaine s'arrogeaient un contrôle absolu sur les croyances des autres, et le monde offrait l'étrange spectacle de gouvernements fondés pour des fins temporelles, et faisant cependant des lois pour les besoins spirituels du peuple : n'osant réclamer pour eux-mêmes l'inspiration d'en haut, mais tout de même promulguant des doctrines et des croyances, et niant aux autres le privilège de faire ce qu'ils faisaient pour eux-mêmes eu se créant une religion pour leur propre usage.

L'Amérique elle-même n'était pas encore dégagée de ces préjugés, et longtemps avant que le pays eût subi le bienfaisant ascendant du génie de Carroll, longtemps avant que ce grand esprit eût communiqué sa libéralité aux hommes publics de son temps, on voyait le Congrès de Philadelphie protester contre l'Acte de Québec passé en 1774 par la Chambre des Communes d'Angleterre, loi qui garantissait la liberté religieuse aux catholiques romains du Canada.

Cette imprudente protestation ne fut pas sans quelque influence

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.sur les luttes de l'Indépendance Américaine, l'archevêque Carroll put s'en apercevoir lui-même ; lorsqu'il fut délégué au Canada avec Franklin, Chase et Charles Carroll pour solliciter les sympathies du peuple canadien en faveur des colonies insurgées, partout ils constatèrent que la protestation du Congrès de Philadelphie avait indisposé les populations : les Canadiens-français demeurèrent neutres pendant la guerre, l'armée de Burgoyne en compta à peine 150 ; contre toute attente, ils se tinrent à l'écart d'une guerre qui devait pourtant être si fatale à leur ennemi héréditaire.

Mais cette erreur fut noblement réparée ; lorsqu'arriva le moment d'appliquer les vrais principes du gouvernement, de jeter les bases de votre constitution, la liberté fut proclamée dans toute sa plénitude, dans toute sa beauté, et aujourd'hui votre République offre le majestueux spectacle de l'union franche et loyale de tous les citoyens fraternisant, malgré leurs différences de croyances et de pratiques religieuses, dans un commun amour pour leur pays, dans un commun dévouement aux principes de la liberté civile et religieuse. (Applaud.)

Il est une cause pour laquelle l'archevêque Carroll se prodigua -davantage : celle de l'éducation. Hélas ! le savoir en lui-même ne dégage pas l'humanité des fragilités et des passions qui sont son lot ; mais au moins il tend à faire de l'homme un être plus raffiné, plus éclairé, plus apte à connaître ses devoirs et ses droits, de même que les devoirs et les droits de ses semblables.

La vertu et la religion jointes au savoir donnent l'homme parfait, l'homme dont toutes les facultés, morales et intellectuelles, ont rec;u leur pleine culture. C'est là qu'on trouvera le bon citoyen, le soldat intrépide, l'homme d'Etat intègre. Il n'y a pas de forme de gouvernement sous laquelle la vertu et l'intelligence soient plus nécessaires que la République ; dans chaque citoyen il y a un homme d'Etat, car c'est de son jugement que dépend en dernier ressort la décision de toutes les questions politiques ; par son suffrage il participe à la législation, c'est lui et ses concitoyens qui font les gouvernements, et ceux-ci seront ce que le citoyen les fera suivant la manière dont il aura compris et accompli ses devoirs.

Aussi n'est-il pas de plus grand service à rendre à votre pays (jue celui que l'Église catholique rend aux Etats-Unis en cette mémorable circonstance en jetant les bases larges et profondes d une grande université catholique ; il ne pouvait non plus être élevé un plus beau monument à la mémoire de l'archevêque Carroll, on ne pouvait imaginer plus belle manière de célébrer son centenaire.

C'est dans la cité qui porte comme une auréole le nom de Washington, dans la capitale de la plus libre nation du inonde, à l'endroit même où sont traités par les plus fortes têtes du pays les intérêts de soixante millions d'hommes, que dis-je \ de centaines de millions ; c'est là qu'en cette année de grâce l'Église catholique romaine fait à votre pays le magnifique cadeau d'une grande université, qui sera le foyer des arts et des sciences, de la religion et de la morale et où vos enfants trouveront renseignement de cette grande vérité, que la loyauté envers Dieu implique loyauté à l'Etat.

De mêmes qu'aux vieilles époques catholiques l'Église avait doté l'Angleterre et la France, l'Allemagne et l'Italie d'universités dont on comptait les élèves par milliers et où les sciences du temps étaient enseignées par les plus habiles professeurs que produisait le siècle, de même voyons-nous, au dix-neuvième siècle, dans la libre Amérique, l'Église poursuivre son œuvre antique, toujours la même, consistant à donner aux plus nobles facultés de l'homme leur complet développement, ouvrir à la jeunesse studieuse de l'Amérique un foyer de science où l'œuvre des collèges puisse être complétée, où l'on préparera pour l'avenir les hommes qui, dans les diverses carrières professionnelles, dans la vie publique ou dans la vie privée, dans la chaire ou dans le parlement, seront appelés, de concert avec leurs concitoyens honorables d'autre croyances, à former l'opinion publique, à instruire leurs compatriotes des beaux et nobles principes de liberté, d'égalité et de justice.

Pour notre part, nous qui venons de la province de Québecr nous sommes déterminés à n'avoir d'autre guide dans nos affaires publiques que la justice ; nous croyons à la justice dans toute sa pureté immaculée, nous croyons à la justice en tout et en dépit

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de tout, nous croyons à la justice quelles qu'en soient les responsabilités et les conséquences ; justice, non seulement pour le présent et l'avenir, mais justice pour le passé, et lorsque nous constatons que ses préceptes ont été méconnus ou négligés, nous croyons alors qu'il faut retourner en arrière pour redresser les torts et payer les dettes. L'idée que nous avons de la justice est celle qu'en avait saint Thomas : Virtus moralis disponens volumtatem culperpetns nnicuique reddendwm j us snum secundum œqvÀtatem ; une vertu morale qui dispose la volonté à toujours rendre à chacun ce qui lui est dû suivant 1 équité."

Aussi, lorsque la minorité protestante du Bas-Canada réclama, d'ordre naturel et de droit, le privilège de faire instruire leurs enfants dans leurs propres écoles, d'après leurs méthodes et leurs notions religieuses, mes compatriotes Canadiens -français et catholiques, je suis fier de le dire, n'hésitèrent pas un instant ; de leur plein mouvement ils accordèrent à la minorité protestante des écoles distinctes et le droit absolu de les administrer de la manière qu'elle jugerait la meilleure pour assurer le bien moral et religieux de la population protestante du pays.

Toujours dans le même esprit, sans aucune intention d'indu favoritisme, sans vouloir en rien empiéter sur les droits des autres, mais au nom de la justice, et de la justice seulement, uv icuiqtie reddendum jitn stuun wvv du/ni mquitatem, nous avons remis à l'église catholique, par l'entremise de l'ordre des Jésuites, la propriété dont elle avait été spoliée par le même George III qui aurait voulu spolier vos pères de leurs libertés et de leurs droits.

Les biens des Jésuites avaient été enlevés à l'ordre, sans compensation en retour. Aussi, avons-nous cru que nous n'avions aucun droit véritable, aucun droit moral à la détention de ces biens. La loi était là, il est vrai, nous avions la légalité pour nous, pas un tribunal ne pouvait nous forcer à une restitution ; mais il est une autre loi, une loi plus puissante, dérivant de la nature, de Dieu même, et cette loi nous interdisait tout droit moral à la possession de ces biens ; devant les tribunaux nos titres pouvaient être valides, mais l'eussent-ils été devant le tribunal suprême de l'Equité ? Nous ne l'avons pas cru ; nous avons

-dédaigné d'invoquer l'excuse des "faits accomplis," nous ne nous sommes trouvés libérés par aucune restriction statutaire ni aucune prescription. Ne nous connaissant aucun droit devant Dieu, nous n'avons pas voulu nous prévaloir de nos droits devant les hommes, et de notre propre et libre mouvement nous avons fait un acte de restitution dont nous sommes fiers et dont, je l'espère, l'histoire ne nous blâmera pas (applaud.)

On a fait beaucoup au Canada pour l'éducation ; nous sommes fiers de nos collèges et de nos universités ; lorsque dans le passé vous n'aviez pas encore les facilités dont vous jouissez aujourd'hui, combien de vos jeunes hommes sont venus chercher au Canada les bienfaits d'une éducation chrétienne ! Combien de prêtres et de laïques nous avez- vous envoyés au séminaire de Saint Sulpice, combien sont sortis de l'enceinte du collège de Sainte Marie à Montréal pour aller répandre parmi vos populations les connaissances qu'ils avaient cueillies dans mon Canada, dans mon Aima mater dont le nom reste associé dans mon cœur à tant de chères souvenances ! Ah ! si nous ne pouvons espérer fonder dans nos rigoureux climats une université comme celle que vous ouvrez maintenant, nous pouvons toujours nous enorgueillir d'avoir vu, il y a déjà nombre d'années — je puis remonter jusqu'en 1852 — nos évêques et nos hommes politiques bâtir dans la chère vieille cité de Québec, l'université Laval, qui a entrepris et qui poursuit encore une œuvre bienfaisante pour tous et dont tous sont tiers.

Comme nos collèges ont autrefois été heureux de donner aux vôtres une éducation bienfaisante, permettez-moi d'espérer qu'à votre tour vous serez généreux, et que les Canadiens ne seront pas des étrangers dans les annales de l'université de Washington; ■qu'au contraire, ils y seront les bienvenus, soit comme élèves ou professeurs, de manière à créer un nouveau lien plus étroit entre deux peuples déjà unis par tant de sentiments et désormais heureux de voir leurs enfants étudier ensemble les mêmes sciences dans les mêmes écoles, sous les mêmes maîtres, dans un commun sentiment d'amour pour Dieu et leur patrie. (Applaud.)

Parmi les beaux poëmes dont s'est enrichi votre litérature nationale, il en est un de votre grand poète Longfellow, qui nie paraît admirablement approprié à la présente circonstance. Le

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poète adresse son invocation au vaisseau de l'Etat ; je voudrais •en étendre le sens et l'appliquer à votre université. Et vraiment, la prospérité de votre université me paraît si intimement liée à la prospérité de votre glorieuse Union, la Patrie et la Religion si •étroitement mêlées dans vos sentiments, qu'en répétant la prière du poète pour l'une, je la formulerai nécessairement pour l'autre. Je dirai donc, parlant pour votre pays en même temps que pour votre université et pour leur union :

(1) " Sail on, O Union, strong and great !

Humanity, with ail its fears,

With ail its hopes of future years,

Is hanging breathless on the fale !

We know what Master laid the keel,

What workmen wrought they ribs of steel,

Who made each mast, and sail, and rope,

What anvils rang, what hammers beat,

In what a forge and what a heat

Were shaped the anchors of thy hope ?

Fear not each sudden sound and shock,

" Tis of the wave and not the rock ;

" Tis but the flapping of the sail,

And not a rent made by the gale !

In spite of rock and tenipest's roar,

In spite of false lights on the shore, *

Sail on, nor fear to breast the sea !

Our hoarts, ojir hopes, are ail with thee,

Oui* hearts, our hopes, our prayers, our tears,

Our faith triumphant o'er our fears, Are ail with thee, — are ail with thee ! "

(Applaudissements prolongés).

Traduction littérale.

( 1 ) " Déploie tes voiles, O grande et forte Union ! L'humanité, avec toutes ses terreurs, Avec toutes ses espérances d'avenir, Retient son souffle, attendant ton destin !

Nous savons quel est le charpentier qui a fait ta quille,

Quels forgerons ont battu ta membrure d'acier,

Qui a fait chaque mât, chaque voile, chaque cordage,

Sur quelles enclumes les marteaux ont frappé,

Dans quelle forge et par quelle chaleur

Ont été façonnées les ancres de l'espérance !

Ne crains ni commotion ni choc,

C'est la vague et non le récif ;

Ce n'est que le ballonnement de la voile

Et non pas un coup de vent qui l'a fendue !

Au milieu des récifs et de l'ouragan,

En dépit des feux trompeurs du rivage,

Marche, sans craindre la mer !

Nos cœurs, nos espérances sont avec toi,

Nos cœurs, nos espérances, nos prières, nos larmes,

Notre foi triomphant sur nos craintes,

Sont avec toi ! — avec toi ! "

1ère LETTRE DE L'HON. M. MERCIER A LA GAZETTE, DE MONTRÉAL

Monsieur,

Depuis le commencement de la campagne, vous n'avez rien négligé pour nie présenter comme un homme malhonnête et corrompu, indigne du respect de mes concitoyens.

Le but de ces attaques continuelles faites contre ma réputation personnelle est bien évident : c est de détruire la confiance que les électeurs anglais de la Province mettent en moi comme homme public.

Ce matin, vous revenez à la charge en essayant de m'écraser sous une colonne et demie d'injures qui font certainement peu •d'honneur à un homme public.

Vous dites entre autres choses :

" Il a été prouvé hors de tout soupçon que les électeurs anglais de cette Province le regardent comme un aventurier sans scrupules, qui, pour arriver à ses fins égoïstes n'a pas hésité à susciter les haines de religion et de nationalité et à soulever la guerre -entre citoyens.

" M. Mercier doit être traité en démagogue qui, naturellement cherche à se donner toute la notoriété ou toute l'influence possible en soulevant les plus mauvaises passions du cœur humain et pas en chef politique choisi d'une façon normale."

u . . . . Il est nécessaire de bien prendre garde, quand le terme sacré de patriotisme est prononcé par des lèvres menteuses. Patriotisme, ce mot dans son vrai sens renferme tous les sacrifices et les idées les plus nobles, mais lorsqu'il sert de cri de ralliement

à d'ignobles aventuriers, il devient ce qu'un grand homme l'a appelé, " le dernier refuge des coquins."

Je ne vous refuse pas le droit d'attaquer mes idées politiques ni ma conduite publique, mais je vous refuse le droit de me calomnier et si vous me le permettez, je prouverai à vos lecteurs que vous me calomniez sciemment ; que vous n'agissez pas ainsi avec la moindre idée de patriotisme, mais par malice et dans le but de maintenir vos amis au pouvoir, de garder pour vous le patronage du gouvernement.

Il est inutile de vous dire que je ne vous suivrai pas sur le terrain de la calomnie et de l'insulte ; j'ai autre chose à faire à présent que d'imiter votre triste exemple.

Au contraire, j'avoue que je vous considère comme le plus honnête politicien de la terre ; comme un homme qui n'a jamais vendu sa plume ni ses principes, qui n'a jamais accepté aucun job ni pris part à aucun scandale et qui n'en a jamais ni défendu ni approuvé un seul.

Tout le monde sait que votre existence est un modèle d'abnégation et de sacrifices et que vous recevez tous les ans trente à quarante mille dollars du gouvernement pour travaux uniquement par amour des principes et seulement pour maintenir votre indépendance de journaliste.

Tout le monde sait que ces faveurs ministérielles qui vous ont donné la richesse et la prospérité, n'affectent en rien votre probité comme journaliste et que cet argent sorti des coffres publics, n'a rien à voir avec la persévérance et le dévouement qui vous font défendre les ministres provinciaux et fédéraux.

Vous êtes si scrupuleux, vous détestez tant la corruption que vous n'avez pas hésité à défendre et à approuver les plus éclatants scandales comme celui du Pacifique et celui des Tanneries,, tandis que vous condamnez avec une sainte horreur et une vertueuse indignation, l'administration de l'hon. M. Joly, de cet homme que vous décorez aujourd'hui à juste titre du nom d'homme le plus honnête de la province de Québec.

Dans votre zèle pour la défense de l'honnêteté politique, vous n'hésitez pas à dire que le parti libéral pourrait avoir droit à-

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votre considération dans cette province s'il avait à sa tête un ho ni me comme M. Jolv.

Malgré cela, tout le monde sait qu'il n'y avait pas de limites à vos calomnies et à vos insultes contre l'hon. M. Joly quand il était premier ministre et que vous n'hésitiez pas à le dénoncer comme un malhonnête homme, poussant même votre zèle jusqu'à faire distribuer dans les Townships de l'Est un pamphlet d'une folie notoire, dans lequel vous faisiez appel aux électeurs anglais pour chasser M. Joly du pouvoir à cause des scandales innombrables dont vous le disiez faussement coupable.

C'est la ligne de conduite que vous avez suivie à l'égard de l'hon. Alex. Mackenzie qui ne pouvait trouver grâce devant votre vertu: lui aussi, d'après votre journal, était un homme corrompu, enfoncé dans les scandales, indigne de la confiance des honnêtes gens.

Pour en finir avec la nomenclature de vos «ictes de vertu politique et de vos pieuses dénonciations des chefs libéraux, je vous rappelerai la façon abrolument loyale dont vous avez traité Sir A. A. Dorion, qui était aussi un politicien trop malhonnête pour mériter aucune clémence de votre plume impitoyable.

Comme vous pouvez le voir, en m'insultant vous me mettez en bonne compagnie, et, sans vouloir vous offenser ou vous manquer de respect personnellement, je dois avouer que je suis forcé d'en arriver à conclure que le meilleur moyen pour quelqu'un de se faire une réputation d'honnêteté est de se faire appeler par la Gazette un " malhonnête homme."

Vous dites que " pour arriver à mes fins égoïstes, je n'ai pas hésité à soulever les préjugés de nationalité et de religion ; que je suis un démagogue cherchant à obtenir la notoriété en soulevant les plus basses passions du cœur humain."

Je suppose que vous faites allusion à la position que j'ai cru devoir prendre au sujet de l'administration générale des affaires du Nord-Ouest et de l'exécution de Louis Riel.

Il est vrai que j'ai blâmé et que je blâme encore le gouvernement de Sir John Macdonald qui, dans mon humble opinion, a été la cause directe des troubles du Nord -Ouest et sur lequel, je rejette toute l'odieuse responsabilité d'avoir pendu un prisonnier politique et un malheureux mégalomaniaque.

Direz-vous que, ce faisant, je suis plus coupable que les populations civilisées d'Europe, des Etats-Unis et de l'Angleterre ellemême qui d'un seul mouvement et d'une seule voix ont demandé grâce pour Louis Riel ?

Suis-je plus coupable que les six anglais protestants qui composaient le jury qui a jugé Riel et le gouvernement en même temps et qui se sont crus tenus en conscience à recommander le prisonnier à la clémence de la couronne, parce que dans leur opinion, c'était la mauvaise administration du Nord-Ouest qui avait forcé les métis à se révolter et que Riel étant légalement respoL sable de ses actes, ne l'était pas moralement

Car, comme vous le savez, ou vous devez le savoir, le jury n'aurait pas rendu en ce cas un verdict de " coupable " s'il n'avait pas été convaincu que Sir John et ses ministres seraient gouvernés dans leur déeision par cette recommandation à la clémence. La preuve en a été donnée par le chef de l'opposition, Thon. E. Blake, devant la chambre des Communes, quand il a lu une lettre d'un des jurés du procès de Riel dont j'extrais ce qui suit :

" En le recommandant (Riel) à la merci de la Cour, nous le jury, l'avons fait parce que nous considérions que, bien que le prisonnier fut coupable et que nous ne pouvions le justifier de ses actes pendant la rébellion, nous pensions que si le gouvernement avait fait son devoir et redressé les griefs des métis' de la Saskatchewan comme on le leur avait si souvent demandé, il n'y aurait pas eu de seconde rébellion de Riel et pas de prisonnier à juger ni à condamner.

Nous ne pouvions que condamner dans les termes les plus sévères, les retards extraordinaires de Sir John, de Sir D. Macpherson et du lieutenant-gouverneur Dewdney et JE CROIS FER- MEMENT QUE SI CES TROIS HOMMES AVAIENT ÉTÉ EN JUGEMENT COMME COMPLICES, LE JURY LES AURAIT TRAITÉ AVEC BIEN PEU DE CLÉMENCE, ET MÊME QU'IL N'AURAIT PAS SONGÉ UN INSTANT A LES RECOMMANDER A LA CLÉMENCE. "

" Quoique je dise " nous " dans presque tous les cas ci-dessus mentionnés, il est possible que tous n'aient pas les mêmes opinions que moi, mais j'ai certainement cru dans le temps qu'ils avaient les mêmes opinions et je le crois encore."

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Avez-vous aussi oublié, M. le Rédacteur, que le correspondant spécial du Toronto Mail (un journal qui aujourd'hui est si sévère pour ceux qui sont d'un parti opposé et qui condamnent le gouvernement de Sir John sur cette question) envoyait de Régina, le 3 août 1885, à l'époque du procès, la dépêche suivante :

Régina, T. N. 0., 3 août. 1885.

Trois des jurés dans la cause de Riel me disent que la signification de la recommandation à la clémence est que, dans leur opinion, Riel ne devrait pas être pendu.

Permettez-moi de vous demander, M. le rédacteur, si, dans les circonstances, je suis plus coupable que ces jurés, lorsque je soutiens, comme eux, que Riel n'aurait pas dû être pendu, et lorsque je soutiens comme ces jurés l'ont faits que "nous ne pouvons condamner dans des termes trop sévères les délais si extraordinaires apportés par Sir John Macdonald, Sir David Macpherson et le lieutenant-gouverneur Dewdney, et que nous croyons fermement que si ces trois hommes avaient été traduits en cour, très peu de clémence, peut-être pas du tout, leur aurait été accordée."

Etes-vous encore prêt, Al. le rédacteur, à dire honnêtement et franchement en face de ces déclarations solennelles d'Anglais protestants, que lorsqu'on ma qualité d'homme public et de chef de parti, je prends la même position que ses juges assermentés dans le procès de Louis Riel, " Je soulève, comme vous l'avez dit dans votre article d'aujourd'hui, des animosités de race et de religion et suscite une guerre civile. " Etes-vous encore prêt à me dénoncer comme " un démagogue en recherche de popularité et d'une influence telle qui puisse soulever les plus viles passions dans le cœur d'un homme " lorsque je ne suis coupable que de passer la même condamnation sur Sir John et ses ministres, que celle passée par les jurés de Régina ?

Permettez-moi encore, M. le Rédacteur, de vous demander si je suis plus coupable dans l'attitude que je prends sur la question Riel, que les membres conservateurs d'Ottawa, MM. Coursol, Desjardins, Girouard, Vanasse, Massue, Dupont, A. L. Desaulniers, Daoust, Rergeron, Bain, Benoît, Guilbault, Labrosse, L. L. Désau^niers, Dugas, Hurteau, qui, le 13 novembre dernier, trois jours avant l'exécution de Riel, envoyèrent la dépêche suivante .à Sir John Macdonald : " L'exécution de Riel, sous les circons-

tances, serait un acte de cruauté dont nous répudions toute responsabilité."

Comment se fait-il que vous n'ayez pas un mot de censure à passer sur ces conservateurs, lorsque vous êtes si sévère contre le chef du parti libéral dans cette province qui n'a dit rien de plus qu'eux ?

Etes-vous si indulgent envers ces députés conservateurs, parce que quelques-uns d'entre eux approuvent aujourd'hui ce qu'ils condamnaient hier ? Et êtes- vous si sévère contre moi parce que je n'approuve pas aujourd'hui ce que je condamnais hier ?

Si, pour gagner votre approbation, je dois abandonner mes convictions honnêtes sur une question aussi importante que celle que renferme les troubles du Nord-Ouest, alors, je refuse positivement et avec indignation d'obtenir de vous aucune approbation de ma conduite publique.

Permettez-moi encore de vous demander, M. le Rédacteur, si dans le mouvement constitutionnel qui se fait contre le gouvernement, je suis plus coupable que :

1°— La Miverve, rédigée par M. Tassé, le député conservateur de la ville d'Ottawa, et l'organe officiel de l'honorable M. Chapleau, secrétaire d'Etat qui écrivit comme suit le 13 novembre 1885 :

" Nous avons demandé la clémence ou la pitié pour un condamné criminel. Nous crierons honte contre ceux qui pendront un fou. Nous pouvons leur permettre d'être sourds à nos supplications, nous ne pouvons pas leur permettre d'insulter avec impunité, les principes élémentaires de l'hunjanité. "

2° — Le Monde, rédigé par M. Vanasse, le député conservateur de Yamaska et l'organe officiel de Sir Hector Langevin, ministre des travaux publics qui écrivit comme suit :

" La pendaison de Riel, n'a été dans les circonstances, qu'une indigne concession aux exigences sanguinaires d'une faction du peuple d'Ontario. Sir John a permis que Riel fût pendu parce qu'on lui a dit que s'il n'était pas pendu, il ne pourrait obtenir dix votes dans Ontario."

3° — Le Nouvelliste, de Québec, rédigé par M. Landry, *déput& conservateur de Montmagny et l'organe officiel de Sir A. P- Caron, ministre de la milice, qui écrivit comme suit :

l'hon. m. mercier 657

" L'élément français et catholique a payé son tribut à la haine d'une secte, car il est inutile de cacher le fait, que l'orangisme, qui fut toujours un facteur de désorganisation dans le parti conservateur, a créé un abîme entre nous. "

Pour ne pas prendre trop J'espace, j'ai limité mes citations d<» la presse conservatrice à ces trois organes, quoique, en les reproduisant tous, je pourrais démontrer que les organes cons »rvateurs français ont été beaucoup plus loin dans leur agitation contre le gouvernement de Sir John que je n'ai été moi-même.

Permettez-moi, M. le Rédacteur, de vous demander si, dans mes déclarations contre le gouvernement tory, j'ai été plus coupable que l'honorable M. Mowat, premier ministre d'Ontario ; l'honorable M. Fraser, ministre des Travaux Publics et d'autres éminents hommes d'Etat de cette province, qui ont sévèrement censuré la mauvaise administration du Nord-Ouest et qui ont condamné le gouvernement de Sir John McDonald, pour avoir exécuté un prisonnier politique ?

Permettez-moi encore, Monsieur le Rédacteur, de vous demander si je suis plus coupable que l'honorable Edouard Blake qui a fait la déclaration suivante à la Chambre des Communes : " Mon opinion est alors qu'un grand mal a été fajt et qu'un coup sérieux a été porté à l'administration de la justice criminelle, et pour ce le pouvoir exécutif est responsable envers nous.

*** Je ne puis honnêtement pas avoir une autre opinion que celle-ci : qu'il est profondément regrettable que cette exécution ait pris place et, par conséquent, c'est conformément à cette opinion que je dois déposer mon vote. "

Permettez-moi, enfin, M. le Rédacteur, de vous demander si je suis plus coupable que les électeurs honnêtes et consciencieux du comté d'Haldimand, qui, au moyen de leur vote, ont rendu l'autre jour, un jugement solennel et non équivoque, contre le gouvernement de Sir John MacDonald et qui, malgré les conseils de l'hon. Thomas White, votre frère et d'autres leaders du parti tory, ont refuser d'approuver la conduite du gouvernement dans le Nord- Ouest et l'exécution de Riel.

En présentant tous ces faits et tous ces précédents, devant le pays je puis,en toute justice,pré tendre aux droits de vous dénoncer

comme un calomniateur, lorsque vous déclarez que "je n'ai pas " hésité à exciter les discordes de races et à susciter une guerre " civile ; que je suis un démagogue qui cherche la notoriété et telle " influence que Ton peut obtenir en excitant les plus "mauvaises " passions du cœur humain." f

Le mouvement auquel j'ai l'honneur d'appartenir, est constitutionnel et n'est dirigé, ni contre les races, ni contre les religions, mais simplement contre un gouvernement à Ottawa que je considère être indigne du peuple Canadien et contre ses serviteurs du gouvernement de Québec.

Quoique Canadien-français et fier de l'être, j'ai toujours essayé d'être juste envers la minorité anglaise de cette province, et je vous défie, M. le Rédacteur, de m'indiquer un seul mot ou un seul acte, émanant de moi, qui pourrait porter le caractère de la moindre hostilité ou mauvais vouloir envers la minorité.

Ayant répondu à cette partie de votre attaque, je m'en vais, si vous le permettez, dans des communications postérieures,essayer de répondre aux charges de corruption et de félonie de parti, que vous avez proférées contre moi et j'espère être capable de vous prouver que toutes mes transactions aussi bien privées que publiques, ont été honorables, et que, en étant favorable à une coalition ayant pour but de sauver la province de la mine, que l'esprit de parti amène rapidement, je n'ai rien fait pour mériter un manque de confiance de la part de mon parti ou la censure de n'importe quel conservateur désintéressé.

J'ai l'honneur d'être,

Cher monsieur,

Votre obéissant serviteur,

Montréal, le 22 septembre, 18S6.

l'hon. m. mercier 659

2me .LETTRE DE L'HOX. M. MERCIER A LA

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