GAZETTE, DE MONTREAL
Monsieur,
Vous avez refusé de publier ma première lettre, et ce manque de bonne foi de votre part, a été renforcé par une série d'accusations fausses, et d'insultes portées contre moi par votre journal. Quelques personnes pouvaient vous prendre pour un gentleman, mais après une pareille injustice de votre part.personne, j'en suis sûr, ne vous considérera plus comme tel.
Au lieu de répondre à ma lettre sur les questions Riel et du Xord-Ouest, vous publiez ce matin un article aussi malicieux que violent, dans lequel vous faites allusion à de soi-disants scandales auxquels vous mêlez mon nom. Vous avez commencé par m'accuser de soulever une guerre de races ; je vous ai prouvé que vous, m'aviez calomnié et vous répondez maintenant par de nouvelles calomnies.
Je laisse de coté votre langage insultant, pour réfuter, froidement et plus poliment que vous ne le désirez, les charges non-fondées que vous présentez contre moi. Mais, avant de commencer cette réfutation, permettez-moi de vous faire une remarque au sujet d'une expression dont vous vous êtes servi à mon égard. Vous m'avez appelé" un avanturier sans scrupules."
Permettez-moi de vous rappeler, qu'un " aventurier, " est un individu inconnu, sans références, qui ne peut s'appuyer ni sur son passé ni sur l'avenir : quelqu'un dont les faits et gestes sont irréguliers et qui n'appartient à aucune localité ; quelqu'un enfin dont la route est marquée par des crimes ou des fraudes et qui passe dans la vie, sans pouvoir conserver aucune relation honorable, soit commerciale, soit professionnelle.
Devant cette définition d'un " aventurier " vous me permettez de vous dire que je suis né en 1840 dans la paroisse d'Iberville ; mes parents étaient d'honnêtes fermiers, qui travaillèrent toute leur vie, et moururent en laissant derrière eux, un nom estimé et respecté par tous leurs concitoyens.
J'ai fait mes études complètes au collège des Jésuites, à Montréal, où je passai huit ans.
J'ai quitté cet établissement en 1862 pour étudier le droit avec l'honorable M. Papineau, actuellement juge de la Cour Supérieure. En 18G5, je fus reçu membre du barreau, et je commençai à pratiquer comme tel dans la ville de St. Hyacinthe, où je résidai jusqu'au 1er mars 1881. A cette époque je vins à Montréal et depuis j'ai continué l'exercice de ma profession au No. 76 rue St. Jacques, en société avec 1 echevin Beausoleil et M. P. G. Marti neau.
En 1872, je fus élu membre de la Chambre des Communes fédérale, pour le comté de Rouville, et en 1879, je prêtai serment comme membre de l'administration Joly et fus élu pour représenter St. Hyacinthe, ce que j'ai continué à faire jusqu'à présent, en dépit de tous vos efforts et de ceux qui, comme vous, voudraient détruire la confiance que mes commettants ont placée en moi.
J'ai toutes raisons de croire que je serai réélu cette année en dépit de vos calomnies.
Si c'est là ce que vous appelez un aventurier, je voudrais savoir ce que vous êtes, d'où vous venez, ou vous avez été élevé, et comment vous auriez pu vivre, si vous n'aviez eu les johs et les subsides du gouvernement qui prit les fonds nécessaires dans les deniers publics.
Ayant réglé cette question préliminaire, permettez-moi de vous dire quelques mots au sujet des trois accusations que vous avez portées contre moi :
lo. Les #5,000 de la contestation de Jacques Cartier ; 2o les •Q3,800 de 1 épisode de l'élection de Terrebonne et 8° l'affaire du tunnel de $1,500. Cette dernière est presque de la vieille bière et en 1881, votre confrère du Courrier de St. Hyacinthe, qui
l'hon. M. mercier C61
n est pas plus scrupuleux que vous ne letes, pubiiait le 2 juin, les perfides remarques suivantes :
" Dernier mot à M. Mercier.
Depuis que les libéraux n'hésitent plus à accuser les conservateurs, ces derniers, en cas de légitime défense, ont le droit de dire au public ce que sont leurs adversaires ; cette fois, c'est le membre vertueux de St-Hyacinthe qui est en question. On se rappellera qu'à la dernière session, deux compagnies ont postulé une charte pour la construction d'un tunnel au-dessous du St-Laurent, en face de Montréal. M. Mercier épousa les intérêts de la compagnie qui avait fait des explorations l'hiver dernier, pour s'assurer que le projet était possible.
Il est rumeur que M. Mercier a reçu §1,500 comme récompense de son zèle. Ces fonds étaient destinés comme sdit : $500 pour la Patrie, $500 pour Y Electeur et $500 pour lui-même. Nous ne désirons pas dire que cette faute grave a été commise par M. Mercier ; nous n'en avons pas de preuve ; mais la rumeur à Quél>ec est telle que le Chronide croit devoir y faire allusion dans son article de* fonds, et on attribue même au membre de St- Hyacinthe, l'intention de faire une déclaration à la Chambre pour se disculper. Nous nous sommes fortement opposés à M. Mercier, jusqu'à présent et quoiqu'il n'ait que peu d'estime pour nous, nous désirons dans son intérêt personel aussi bien que dans celui de notre parlement, qu'il soit capable, de se disculper. S'il était coupable d'un tel oubli de ses devoirs, et d'une telle violation des lois de l'honneur, il mériterait d'être expulsé de l'Assemblée Législative."
Le jour suivant, 8 juin 1881, je me levai à la Chambre et fis la déclaration suivante que vous pouvez lire à la page 778 du Han- Hdvd de cette année :
" Je considère que cet article constitue un tort grave, fait à nia réputation de citoyen et de membre, et je repousse avec indignation et ressens cruellement l'outrage. Cette soi-disant rumeur est une atroce calomnie et je tiens à faire savoir à cette Chambre que je suis entré ici en honnête homme et que je la quitterai en honnête homme. Je déclare solennellement et formellement à cette Chambre, que je n'ai jamais reçu, ni directe-
ment, ni indirectement, aucune gratification destinée à s'assurer mon appui pour le bill, ni pour aucun autre bill, je traite done ouvertement de mensonge, l'accusation portée contre moi, dans cette circonstance. "
J'ai fait cette déclaration à la Chambre, devant mes 64 collègues, en présence de mes adversaires et spécialement de l'honorable M. Chapleau ; cette déclaration a, depuis lors, été placée parmi les doucuments publics. Elle fut publiée dans tous les journaux de l'époque, et aucun d'entre eux n'osa la contredire, ou s'inscrire en faux contre elle. Si vous étiez un homme d'honneur, vous comprendriez l'importance d'une telle déclaration, et vous sauriez que personne n'a le droit de répéter cette accusation stupide sans avancer des preuves à son appui.
Quant aux $3,800 relatifs à la contestation de l'élection de Terrebonne en 1882, vous ne pouvez oublier que j'ai publié, depuis 1883, une réponse qui a satisfait tous les hommes raisonnables. Vous trouverez cette répouse dans les journaux du 6 janvier 1883, et, entre autres, dans La Concorde, un journal des Trois- Rivières, à la date du 29 janvier.
Comme vous le dites dans votre article, M. Poirier fut accusé d'avoir retiré sa candidature en août 1882, pour des considérations précuniaires. Il nia cette accusation et m'appela comme témoin : je répondis par une lettre datée de Québec, le 25 janvier 1883, dans laquelle j'exposai tous les faits et dont voici un résumé.
Au cours du mois de juin 1881, M. Poirier devint candidat pour la chambre des communes, en opposition à M. Nantel, du comté de Terrebonne, à l'occasion de la résignation de l'honorable M. Masson. Au cours de la lutte la Minevi-e accusa M.. Poirier d'être franc- maçon et celui-ci donna ordre à M. Globen?ky de prendre une action au criminel contre M. Tassé, le directeur du journal calomniateur. Il poursuivit en même temps au civil, la Compagnie d'imprimerie de la "Minerve" pour $25,000 de dommage. Pendant le mois d'août 1882, M. Nantel, qui avait été élu, résigna son siège à la chambre des communes, pour permettre à l'honorable M. Chapleau qui venait d'être nommé secrétaire d'Etat, de se présenter dans le même comté.
l'hon. m. mercier 66*
Après avoir consulté des amis, je conseillai à M. Poirier de s'opposer à M. Chapleau, à seule fin de forcer la Minerve à reconnaître qu'elle avait calomnié M. Poirier en l'accusant d'êtrefranc-maçon ; j'avançai même les fonds nécessaires pour le dépôt, ainsi que pour les dépenses de voyage des orateurs.
Peu de jours avant le vote, M. Chapleau nous demanda une entrevue à M. McShane et à moi, et nous demanda d'abandonner la lutte, nous offrant en même temps de faire rétracter dans la Minerve ce qu'on avait dit contre M. Poirier. Je soumis cette proposition à ce dernier, aussi bien qu'à l'honorable M. Thibaudeau, à M. Thomas Lapointe, marchand, et au Dr Duchesneau de Terrebonne.
Tous, à l'exception de l'honorable Thibaudeau, consentaient à accepter la proposition, étant certains d'éprouver une défaite.
Je produisis devant l'honorable Chapleau, la rétractation qui parut dans la Minerve et M. Chapleau promit de faire payer aux personnes intéressées dans ce journal, les frais des actions prisescontre elles, aussi bien en cour criminelle qu'en cour civile.
C'était là les seules conditions imposées pour la résignation de M. Poirier, et j'avais par conséquent, raison de dire le 21 janvier 18h3: "Je nie avoir eu connaissance de la transaction des 83,- 800, somme que M. Chapleau aurait payée ou aurait eu à payer, pour amener M. Poirier à retirer sa candidature et j'affirme conséquemment que M. Poirier n'a jamais reçu un sou de cet argent.
Lorsque le temps fut arrivé de régler définitivement les poursuites au criminel et au civil, je dis (pie les amis de la Minerve devaient payer un certain montant comme indemnité à la personne, et ce pour des raisons qui seront mentionnées ci -après, j'avais remarqué que le gouvernement de sir John avait, sans raisons, démis de ses fonctions et jeté hois d'emploi de la manière la plus injuste, un ancien lil>érale et un homme pour qui j'avais la plus grande estime, le Dr Duchesneau, préfet du pénitencier Provincial. J'avais même déjà présenté à Ottawa, en faveur de ce monsieur., une réclamation en indemnité qui avait été favorablement reçue,, mais qui n'amena aucun résultat pratique.
J'ai dit que M. Poirier ne consentirait pas à retirer ses prête n-
tions à moins qu'une somme de $3,000 plus les frais, ne lui fut payée comme indemnité pour le Dr Duchesneau. Après quelques pourparlers, la somme de $3,000 fut fixée comme montant de l'indemnité. Cette somme devait être payée en cinq semaines, plus une somme additionnelle de $880 pour les frais des deux actions et les dépenses d'élections. M. Chapleau nous ayant donné, à M. McShane et à moi, sa parole d'honneur que ce montant de $3,000 serait payé pour les fins ci-dessus indiquées, les actions furent abandonnées.
M. Chapleau partit peu de temps après pour l'Europe sans avoir réglé l'affaire, et comme l'élection de l'hon. M. Geoffrion avait été contestée, et que des informations positives nous faisaient croire que des actes de corruption avaient été commis, sous formes de promesse de travaux publics et de dépenses illégales, je jugeai nécessaire d'adopter des mesures pour contester l'élection de M. Chapleau, et M. Geoffrion offrit son nom, pour qu'on s'en servit comme celui de l'avocat du pétitionnaire.
Voici la façon dont je contai dans ma lettre du 2ô janvi >r 18À3, les événements qui suivirent :
" Lorsque M. Chapleau revint d'Europe, ces deux contestations furent abandonnées sur une proposition de nos amis, acceptées par ceux de M. Chapleau, que ces derniers donneraient à M. Geoffrion la somme de $3,880, qui était due, c est-à-dire : S3000 comme indemnité au Dr. Duchesneau et $880 comme frais de poursuites au civil et au criminel et pour les dépenses légitimes d'élection, y compris le dépôt de $200 qui avait été confisqué et les $200 que je payai à M. Globensky comme avocat de la poursuite criminelle. C<ici laisse donc $4-80 pour les frais de l'action civile et les dépenses légitimes de la campagne électorale qui dura au moins 15 jours.
" Les $3,000 ont été payés au Dr Duchesneau et les frais à moi par les chèques de M. Geoffrion. Le Dr Duchesneau a reçu le montant que je lui destinais et j'ai dépensé les $880 qui m'étaient donnés pour payer les frais des deux causes et aussi nu* rembourser des frais légaux qui m'incombaient dans le travail de la candidature de M. Poirier et je puis affirmer et prouver à ceux qui désirent savoir comment l'argent a été employé
l'hon. m. mercier 665 que je nie trouve en face d'un déficit.
Dans toute cette affaire j'ai agi avec la plus excessive loyauté et la conviction que la transaction était parfaitement honnête. Je laisse au public de décider si je me suis trompé."
Le 28 janvier 1888, j'ai reçu la lettre suivante de M. James McShane, député de Montréal-Ouest :
Cher Monsieur,
Je viens de recevoir et de lire votre lettre datée de Quét>cc 25 janvier 1888 au sujet de ce qui a transpiré du retrait de M. Poirier comme candidat dans Terrebonne. Je déclare que les faits contenus dans cette lettre sont absolument vrais. Ce que j'ai fait à ce sujet avait simplement pour but d être agréable à Thon. M. Chapleau, un vieil ami personnel, qui était alors malade et incapable de continuer la lutte dans laquelle il était engagé. JajouteraMjue je pensais que M. Poirier faisait mieux d'accepter la rétractation de la Minerve qui était la seule condition qu'il mettait à sa sortie de la lutte, plutôt que de continuer un combat sans espoir.
Tout à vous,
J. McShane, jr.
J'ai reçu aussi le 26 janvier 1888, le document suivant signé par le Dr Puchesneau et M. Thomas Lapointe :
" Nous soussignés, déclarons que nous avons pris communication de la lettre de M. Mercier, datée d'hier, et nous certifions que. la seule considération pour le retrait de M. Poirier était la rétractation publiée dans la Minerve du 21 août, et que la somme de !?8,S00 a été employée de la façon et dans le but indiqués dans sa lettre. Nous affirmons de plus (pie M. Poirier n'a reçu ni directement ni indirectement de personne aucune somme d'argent pour obtenir qu'il se retire ou pour mettre de coté sa candidature.
(Signé), J. A. DlH'HESNEAU,
Thomas Lapointe.
.' . '|it«' | ;.i îi Ii'it-iih-ï.: ■
s:i.(){)<) ; ,-r iiuni.l -r ■• : :
MiiH'iit «l«- \niis fair« l'air»* rnmv ijrn- j'ai i : . • ■ri»"* c*i »nc-iti •vi-ii'-i. .Ir ■:
.!'.•' toi t'î <\r ^l'InTi)." it» •.".-
. viir^i' «!•• «Ii>tril»u«T <•. «* s.". *
::. la m>1iiimc « 1 1 - S.'î.OOU ;i •;-.
«:i n-îti* cir«'on>taiHM-. v.«. . ■:
. liH-ni jamais.
■ : ■■ <!■■ U''in'r<»sitr }>aiv»' i;u ~,\ ■.
» \ i.-r !::ii-s • ï#» la jm-i-si'.-iu i-n :• ■ ■
■ •'••»«) rrlativi' à la c<»Mt«"-rar '.
■■ '"i.-n cMiinui^ «lu ]MiMic • t •! - '■• ï«>ut r«»!iru.\ «li- \ <»nv t-«iï: [:\::
.' i/fi'/v. m. Ji^i'i'ii r.i»"-. m. r. :
■ a (•«•tu1 orra-iuii. .Ir ]i« !i^ ;i»r • l'I'illtilirl i-t 1»' fi- 0»!i«i.MJIll"i'. ••"•I '
- -i.iit sur 1-.' lrinr crini'nn'l. par -1< «u
« '..-unit i|i-.s ;!:i.j!iix |.ri.tv^rauî^ » t
i '■•» <!'»u/. ■ j iiï*»'-i ilivlaivivïit unani
^ «-r-'V -l'u'iit 'iU'.' ia\ais «*t = ' v«-iiïM-i
ï\ •• i !«• ï 1 1 i^i ■ Ka»!i>av fut i'oiv»* »!<• <.
l'hon. m. mercier 667
moyens criminels et déshonnêtes de m empêcher d'obtenir justice <levant les cours.
Lorsque je présentai mon accusation contre M. Tassé au grand jury, ces deux messieurs approchèrent deux des grands jurés, MM. Dajenais et Ouimet, du comté Laval, dans le but de faire renvoyer mon accusation nonobstant toute la preuve que je pouvais placer devant le grand jury.
Vous savez que Cornellier et Leblanc furent immédiatement arrêtés sous l'accusation sérieuse de subornation ; qu'ils furent «condamnés par le juge Dugas à subir leur procès devant la Cour <lu Banc de la Reine ; qu'un True BILL fut rapporté contre eux par le grand jury, et qu'ils n'échappèrent à la Cour Criminelle présidée par le juge Ramsay, que par une pure technicalité ou un <léfaut dans la procédure de la part de la Couronne.
Un incident à la fois drôle et surprenant dans ce procès, est que l'avocat de la Couronne qui, dans cette cause était M. Pa- #nuelo, l'associé de l'honorable M. Taillon, procureur général, avait oublié de placer les mots essentiels dans l'acte d'accusation, «ce qui permit à la cour de laisser échapper les deux prisonniers, .sans subir leur procès. Et cependant, quoique le crime de ces <leux hommes ait été clairement prouvé devant les cours criminelles, vous M. le rédacteur, n'avez jamais eu un mot à dire •contre eux.
Lorsqu'une enquête fut ordonnée par la chambre, il fut prouvé ■que $500 furent payées volontiers par mes adversaires comme une juste compensation des services rendus et je payai au bureau •d'enregistrement, $75 ; aux témoins, $589,5/5 ; aux sténographes, $276.00 ; aux baillis, §136 ; à l'honorable M. Latiamme comme conseil, $200.00 ; par soumission sur dépôt; $17.00 ; à M. Collard, <léputé protonotaire, $10; à MM. Bergeron et Daoust, $27; comme dépenses de voyage, $27 ; au pétitionnaire, $20 ; à MM. Geoffrion et Cie., $400.00, ce qui fait un total de $1,751.63.
Il fut prouvé, de plus, à cette enquête que je plaçai $600 au crédit de M. Bernard en paiement de ce qu'il nie devait pour son élection contestée, et que l'intérêt de l'argent que j empruntai pour faire dépôt s'élevait à $70 ; ce qui fait un total de •' actuellement payé, à port les frais légaux, ne me là
que la somme de 82,578.37 comme mes honoraires dans une cause dans laquelle l'enquête seule, dura plusieurs jours et qui nécessita de moi un ouvrage continuel pendant un mois.
Vous alléguez faussement que ce montant ma été payé pour abandonner la contestation d'élection et comme il est de fait, un jugement a été rendu, annulant cette élection.
Il est bien vrai que je n'ai pas insisté sur la déqualification personnelle de l'hon. M. Mousseau. Mais vous oubliez de dire que Thon, juge Torrance, a déclaré cour tenante, que je ne devais pas insister sur ce point et que plusieurs des amis personnels de M. Mousseau sont venus me trouver et m'ont induit à entendre que je devais être satisfait que l'élection fut annulée.
Vous semblez croire que ceci est un fait extraordinaire, néanmains M. Collard député protonotaire à l'enquête par devant la commission royale, a produit un document dans lequel il était démontré que les premiers avocats de Montréal ont abandonné comme je l'ai fait moi-même, des demandes de déqualifications. Parmi ces causes je puis citer les suivantes :
Benoit vs. Jodoin, Ryan vs. Devlin, Bélanger vs. GirouaixL Dansereau vs. Geoffrion, Watts vs. Prévôts, Webb vs. Aylmer, Stevenson vs. McKenzie, Beaupré vs. Baby, Cushing vs. Abbott, Moquin vs. Charlebois, Sauriol vs. Préfontaine, Bélanger vs. Loranger, David et al. vs. Beaubien, Thibeaudeau vs. Taillon, Girard vs. Laframboise, Rocheleau vs. Martel, Duchesneau vs. Chapleau, Dansereau vs. Larose, Pilon vs. Champagne, Desjardins vs. Leblanc. Lalonde vs. Archambault, etc. etc,. etc.
Avant de consentir d abandonner cette demande de déqualification, j'ai pris la précaution d'obtenir l'opinion de mes amis, entre autres celle de l'honorable M. Laflainme, celles de feu M. Joseph Doutre, M. M. McShane, Stephens, M. P. P. etc.
C'est après avoir pris leur conseil et avec leur consentement, que j'ai abandonné la demande de déqualification contre M. Mousseau.
Feu M. Doutre, un homme que vous, M. le rédacteur, ne pouvez accuser d'être malhonnête, a été entendu comme témoin devant la commission royale et nous trouvons sa déposition à la page 376 dans le rapport des commissaires.
l'hon. m. mercier 669
Je cite quelques extraits de son témoignage.
'• J'ai été dès l'origine d'avis que la déqualiiication devait être abondonnée. J'ai à plusieurs époques de ma carrière professionnelle, pratiqué avec beaucoup d'effet la fermeté et en même temps la conciliation, et chaque fois je m'en suis bien trouvé.
" Les motifs qui m'ont fait suggérer l'abandon de la demande fie déqualiiication contre M. Mousseau sont nombreux. Je ne pense pas qu'il soit utile de les rapporter ici : — mais je n'ai pas hésité dès le début à conseiller l'abandon de la poursuite en déqualification.
" Quant à la question des frais qui occupe la Commission, je vous dirai que cela a été une question si secondaire dans cette réunion des amis politiques de M. Mercier, que je crois que nous ne nous y sommes pas beaucoup arrêtés. Nous avons compris toutefois que si la déqualification était abandonnée, tous les frais seraient payés par M. Mousseau ou ses amis, et que si elle n'était pas abandonnée, la question des frais, non-seulement de la déqualiiication, mais de la contestation elle-même, restait suspendue.
" C'est surtout dans ces questions-là que les membres du barreau gagnent à vieillir et à acquérir de l'expérience.
" M. Mercier traitait avec un avocat assez distingué pour qu'on en ait fait un juge, Cet avocat était représenté par d'autres avocats distingués ; il traitait donc avec ses pairs et quelque fût la somme pu'il eût exigée, fut-ce dix ou douze mille piastres, il avait raison de le faire. Je pense qu'il pouvait exiger légitimement tout ce qu'il pouvait obtenir d'eux, sans entrer dans aucune considération des détails.
" Autant que je puis me rappeler, lors de la consultation à laquelle j'ai participé au sujet du règlement de cette affaire, l'opinion de M. Mercier était fortement pour la continuation de la poursuite en déqualification, au commencement de la séance. Je pense qu'il était impossible de prendre plus de précautions que M. Mercier en a prises pour que sa conduite fut à l'abri de tout reproche en soumettant toute la question à ceux qui pouvaient lui donner l'avis le mieux entendu.
" M. Mercier, à la suite de cette consultation, n'a fait qu'exécu-
ter la détermination qui avait été adoptée à cette assemblée. S'il ^ût agi autrement, c'aurait tout simplement été une dérision de nous consulter et d'agir ensuite contrairement à l'opinion que nous lui avions donnée.
" Quant à l'opinion qui m'est demandée sur la transaction ellemême, je ne conçois pas que M. Mercier ait jamais pu avoir, un doute sur la légitimité de tout ce qu'il avait fait." f
" Dans les circonstances, j'aurais certainement perdu de la bonne opinion que j'avais de M. Mercier s'il n'avait pas tiré de ses adversaires tout ce que les circonstances lui permettaient d'en tirer, les faits de la présente instance ne sont pas la vente d'une -contestation : ça été le règlement par contrat d'une contestation •qui était abandonnée.
" Nousréglons tous les jours des affaires en Cour de cette matière: les frais d'une cause sont souvent payés par une partie plutôt que par une autre, et personne ne songe jamais à trouver cela extraor- •dinaire ; personne n'a jamais pensé que cela puisse affecter l'honorabilité d'aucune des parties prenant part à ces règlements. Quant à moi, je ne vois aucune différence entre une affaire judiciaire, contestation d'élection ou autre.
" La déqualification n'a jamais été abandonnée en considération <lu paiement d'une somme d'argent; l'abandon en avait été voté par la majorité de ceux qui avaient été consultés sur le sujet
" De fait, le paiement n'était plus qu'un détail de cet arrangement-là
" M. Mercier était très modéré dans les circonstances. " M. Mercier, je suppose, est comme tous les autres hommes : lorsqu'il a une chance de toucher une somme d'argent honorablement et légitimement, comme il l'avait dans cette circonstance, il «ût été bien gauche de ne pas en profiter.
" Le chantage est un mot qui n'a pas d'application dans cette affaire-ci ; c'est un contrat qui a été fait, — ce n'est pas du chantage ; — il ne peut pas en être question ici ; on ne menaçait personne ; et si M. Mercier avait jugé à propos de nous consulter, je n'ai pas de doute que nous aurions été unanimes à lui dire de tirer de ces messieurs dix mille piastres ($10,000), s'il le pouvait. "
l'hon. m. mercier 671
Ainsi vous voyez que de l'avis d'un des plus éminents avocats <le Montréal, ma conduite a été d'un bout à l'autre parfaitement honorable.
L'hon. M. Laflamrae, membre du Conseil privé du Canada et l'un des plus anciens légistes du Canada fait la déclaration semblable suivante page 286 du rapport :
• " Je ne crois pas que M. Mercier, dans les circonstances ait commis aucun acte blâmable.
" M. Mercier ayant déclaré qu'il n'avait compté que les frais légitimes par les risques qu'il avait courus, je ne peux pas comprendre qu'aucun blâme puisse être attaché au fait d'avoir réglé la contestation comme on l'a fait."
M.C. A. Geoffrion C. R., de Montréal a aussi été entendu comme témoin et a déposé page 284 qu'il connaissait toute la transaction.
On lui a demandé :
" Question : — Y a-t-il quelque chose dans tout ce que vous connaissez au sujet de cette contestation, qui vous permette de dire que la conduite de M. Mercier a été déshonorante, qu'il a vendu ou trahi ses amis ou fait quelque chose de nature à attirer sur lui la déconsidération publique ?
" Réponse : — Rien que je ne sache."
Et il raconte comment lui, aidé de l'hon. M. Lacoste, il a réglé certaines élections contestées. Il parle de la façon dont celle de Bagot et Chambly en 1874 ont été réglées par lui avec l'intervention de l'hon. M. Lacoste et des hons. MM. Bourgeois et Rainville, maintenant juge de la cour Supérieure. MM. R. Préfontaine M. P., Wilfrid Prévost C. R. ex-M. P., J. E. Robidoux M. P. P., Hon. M. Marchand M. P. et une foule d'autres personnes importantes sont venues attester qu'il n'y avait rien de déshonorant ou de malhonnête dans la transaction.
Son Honneur le maire Beaugrand a aussi été entendu comme témoin par mes adversaires ; c'est la même personne dont la Gazette cite les articles contre moi.
On demande à M. Beaugrand :
u Question : — Lorsque vous avez écrit ou fait écrire l'article blâmant le règlement de la contestation de Jacques-Cartier, vous ne connaissiez pas tous les détails que vous avez connus depuis ?
" Réponse : — Non.
" Question: — Maintenant que vous connaissez parfaitement les détails les plus intimes de la transaction, trouvez- vous que la conduite de M. Mercier, dans cette circonstance, soit déshonorante ou indigne d'un chef de parti ?
" Réponse : — Non.
" Question : — Y a-t-il quelque chose, à votre connaissance, en rapport avec ce règlement, — qui dans votre opinion — doive faire perdre la confiance que le parti libéral pourrait avoir en M. Mercier ?
" Réponse : — Non.
" Question : — Y a-t-il quelque chose dans les faits connus jusqu'à présent, qui vous permette de croire que dans cette transaction, M. Mercier a vendu et trahi le parti libéral ?
" Réponse : — Non.
11 Question : — Y a-t-il quelque chose dans cette transaction qui vous porte à croire qu'il a manqué à la dignité professionnelle comme avocat, ou a-t-il fait quelque chose qui lui ait enlevé votre estime ?
" Réponse : — Non."
M. L. O. David était le principal intermédiaire entre Thon. M- Mousseau et moi.
Il connaît parfaitement tous les faits et atteste :
" Réponse : — Comme j'ai la prétention d'avoir contribué à décider M. Mercier je ne suis pas mal intéressé à dire qu'il (M. Mercier) a fait les choses honnêtement. Si j'avais pensé que la transaction ne fût pas honnête, je ne m'en serais pas mêlé, — du moins pas avec connaissance de cause.
" Question : — Y a-t-il quelque chose qui se soit passé devant vous ou qui vous ait été désigné, qui voue fasse changer d'opinion sur la nature de la transaction ?
" Réponse : — Non, pas jusqu'à présent.
" Question : — S'est -il passé quelque chose entre vous et M. Mercier ou entre vous et d'autres persomies, pour vous faire croire que dans cette circonstance, en rapport avec le règlement de cette contestation, M. Mercier a trahi ses amis et vendu son parti ?
" Réponse : — Non, tout le monde paraissait faire la chose bien
l'hon. m. mercier 673
honnêtement ; j'ai été bien surpris quand j'ai vu les parties intéressées prétendre, s'évertuer à prétendre quelle était sale. Si je m'étais aperçu que la transaction n'était pas honnête, je n'aurais pas continué à m'en occuper, et tous ceux qui prenaient part à la transaction, paraissaient croire que c'était une affaire bien faisanblé ; la chose ne paraissait extraordinaire à personne."
A quoi bon, M. le rédacteur, insister d'avantage. Tout ce témoignage établit de la façon la plus claire et la plus sûre que ma conduite dans toute cette affaire a été parfaitement honorable.
Et sur les questions d'honneur, je préfère prendre le témoijmage des hommes comme MM. Doutre, Laflamme, David et autres que j'ai cités plutôt que celui des rédacteurs et propriétaires de la Gazette de Montréal.
Vous me permettrez d'ajouter que nonobstant toutes les tirades et les accusations que mes ennemis ont amoncelées sur moi depuis le commencement de cette affaire, le barreau de Montréal m'a élu trois fois son Président ou Bâtonnier et que les Bâtonniers des divers district de la province, m'ont conféré, le printemps dernier, le plus grand honneur qui puisse être conféré à un homme de ma profession, en m'élisant à l'unanimité, Bâtonnier général de la province de Québec.
Je ne rappelle pas cela parce que je me crois digne de la haute position à laquelle j'ai été élevé ; j'admets en toute honnêteté que je ne méritais pas cette marque de haute distinction que mes confrères ont cru bien de me conférer, mais en même temps, vous me permettrez de faire remarquer que si mes pairs, mes juges naturels, ont jugé bon, après tout le bruit qui s'est fait au sujet de cette affaire de $5,000, de me placer à la tête de Tordre distingué auquel j'appartiens, c'est parce qu'ils n'ont pas attaché grande importance et qu'ils n'ont pas reconnu véritables les accusations que mes ennemis ont lancées contre moi.
Afin de donner quelque poids à vos accusations calomnieuses et non fondées, vous invoquez, M. le rédacteur, les remarques du juge Ramsay au jury, lorsqu'il déclarait que la transaction était illégale. Il est possible que le savant magistrat ait raison, mais une illégalité n'est pas nécessairement un acte de malhonnêteté. Il y a beaucoup de transactions illégales qui ont été commencées
avec honnêteté et bonne foi, et dans le cas présent j'ai le droit de prétendre que si j'ai fait une erreur, un premier ministre» aussi ^té responsable de cette erreur aussi bien qu'un procureurgénéral et beaucoup de personnes distinguées de mon parti ou de ma profession.
Vous dites. M. le rédacteur, en parlant de moi : L'histoire de sa honte pèsera sur lui tant quU vivra. Franchement, ML le rédacteur, vous n êtes rien de plus qu'un simple bouffon. Si Ton ne vous connaissait pas, on serait étonné de vous entendre tenir un pareil langage. Ce qui vous pousse à ces excès, c'est la crainte de perdre des jobs, et la protection grâce auxquels vous vous êtes engraissés pendant des années, vous et votre famille, aux dépens du public.
Vous pouvez continuer à m'insulter sans vergogne, mais vous ne pouvez espérer réussir, dans votre tâche basse et malicieuse d?abîmer ma réputation et me faire perdre l'estime et le respect des honnêtes gens.
En vous priant d'attendre ma troisième et dernière lettre en réponse à vos accusations de coalition.
J'ai l'honneur d'être, monsieur,
Votre obéissant serviteur,
Honoré Mercier, M. P. P
Montréal, 28 septembre, 1886.
l'hon. m. mercier 675
3ème ET DERNIÈRE LETTRE DE L'HON.