INJURES AUX LIBÉRAUX
Les résolutions patriotiques qui ont été soumises à cette Chambre, et que j'appuie, avec mes amis, ont soulevé une tempêted'indignation ; on a traité les libéraux d'hypocrites ; on a affirméque nous voulions arriver au pouvoir en passant sur le cadavre de Louis Riel. Mais le Procureur général, qui s'est fait l'écho de ces injures, ignore-t-il que ces résolutions ont été proposées, par des conservateurs ? (Applaudissements.) N'est-ce pas le député du comté de Québec, un homme qui n'a pas honte de se dire conservateur, qui a proposé la première de ces résolutions ? (Ecoutez, écoutez.) Or, l'honorable député du comté de Québec est un homme qui a rendu de grands services à son parti, qui la défendu dans les plus mauvais jours et qui lui est resté fidèle lorsque bien des âmes vénales et lâches ont faibli. (Ecoutez, écoutez.)
L'hon. M. Garneau n'est-il pas un ancien ministre conservateur qui a donné les plus grandes preuves de dévouement et qui a passé sa vie, toute une carrière honorable, à défendre ses amis et à les protéger contre leurs adversaires et leurs propres fautes?
Et ces résolutions ne sont elles pas appuyées par le député d'Hochelaga ? Or, je ne sache pas que ce monsieur ait des tendances bien libérales. Le fait est que ses tendances sont beaucoup plus conservatrices que celles des ministres actuels, et Ton sait parfaitement bien que l'on a dit quelque part, et non sans raison, que l'école représentée par l'honorable député d'Hochelaga est la véritable école conservatrice dans ce pays, et que les ministres qui siègent sur les banquettes du trésor sont entachés de l'hérésie libérale. Par conséquent, ces résolutions sont donc de provenance conservatrice; offertes par un conservateur, elles sont appuyées par un conservateur et défendues par d'autresconservateurs.
Vous avez ensuite d'autres propositions qui viennent du député-
«de Trois-Rivières. Or, je ne sache pas que ce monsieur se soit avoué libéral. J'ai toujours compris qu'il réclame son titre de conservateur autant que les anciens ministres qui gouvernèrent la province autrefois et que les conservateurs ont été obligés de •chasser parce qu'ils ruinaient leur parti. Pourquoi donc venir dire que nous sommes seuls à la tête du mouvement, quand ce mouvement est parti simultanément des rangs des deux partis ?
Au lendemain du 16 novembre, ce n'étaient pas les libéraux seuls qui pleuraient la mort de Louis Riel ; unis aux conservateurs, ils se rencontrèrent dans la rue, sur les places publiques et ■se donnèrent la main affectueusement comme des frères, s'affligeant du même deuil national ! Ne l'oubliez pas : les libéraux de Montréal se sont rendus à l'hôtel de ville de la métropole en compagnie des conservateurs, et les libéraux ont remarqué dans cette occasion solennelle que les conservateurs pleuraient • comme les libéraux. Oui, libéraux et conservateurs se sont rendus ensemble à l'hôtel de ville ; ils ne se sont pas demandé s'ils étaient conservateurs ou libéraux ; ils sont partis ensemble, ils sont arrivés ensemble sur les degrés de l'hôtel de ville, confondant leur patriotisme commun, oubliant les divisions du passé et protestant Avec une énergique unanimité contre l'exécution de Louis Riel- Ils n'ont pas cru que c'était un mouvement de parti qui se faisait, mais ont affirmé par leurs paroles et leurs actions que c'était un mouvement national : et ceux qui nous condamnent aujourd'hui, ceux qui nous critiquent, étaient alors à côté de nous ; ceux qui nous insultent pleuraient alors avec nous. (Applaudissements.)
Aujourd'hui, ces mêmes hommes nous crachent à la figure parce que nous ne voulons pas traîner dans la boue le pauvre martyr de Régina. Arrêtez, messieurs ! Nous ne vous laisserons point faire. Vous ne renverserez pas ainsi les rôles. Ce n'est pas nous qui serons traînés dans la boue, car nous avons gardé religieusement le sentiment national ; c'est vous qui le serez» parce que vous trahissez ce sentiment auquel vous avez juré fidélité. (Ecoutez, écoutez). Ce ne sont pas les patriotes, mais les pendards qui seront traînés dans la boue !
Dans les quelques observations que j'aurai l'honneur de faire ce soir, je veux démontrer que ceux qui nous combattent aujour-
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-d'hui étaient avec nous et qu'ils ont trahi la cause nationale. Nous avons entendu tout à l'heure le Procureur général nous dire que le vote qu'il allait donner dans un instant le ruinerait peut-être dans l'opinion publique. Il a eu raison ; c'est un cri de désespoir qu'il a fait entendre là et ce cri n'est que l'écho dusentiment intime de chacun de nos adversaires dans cette Chambre. Le fait est que c'est l'écho du glas de Régina ! Le Procureur général comprend que la dernière heure a sonné pour chacun de ceux qui vont approuver l'exécution de Louis Riel, et lorsque tout à l'heure, il disait qu'il voulait remplir son devoir jusqu'au bout, quand même les électeurs le chasseraient aux prochaines élections, il ne parlait ainsi que pour donner un peu de cœur à ses amis, (honte) car il n'a pas l'intention de se présenter, et il ne sera pas ici après les prochaines élections, (applaudissements) ou s'il y est, il n'y sera pas comme député de Montréal-Est. (Ecoutez, écoutez.) Les citoyens de cette division sont trop patriotes pour ne pas flétrir le langage qu'il a tenu ce soir. Soyez surs que cet homme saura se réfugier prudemment dans quelques grasses sinécures, comme le greffe de Montréal, où il essaiera de cacher la honte de sa trahison.