‹ Biographie, discours, conférences, etc. de L'Hon. Honoré MercierChapitre 20 sur 145 · PRÉCÉDENTS · texte numérisé non relu

PRÉCÉDENTS

L'honorable Solliciteur général aime à citer les précédents des libéraux ; qu'il me permette de lui rappeler ce qui s'est passé il y a quelques années, en mil huit cent soixante-douze, dans la législature d'Ontario. Ce n'est pas le dernier des libéraux qui a créé un précédent cette fois-là. Ce précédent est contre nous, sous certains rapports, mais il reste. Qu'a fait M. Blake en 1872 ? Il était alors, comme il est aujourd'hui, un des premiers hommes de sa province et il a proposé la résolution suivante : " Que cette " Chambre se croit obligée d'exprimer son regret de ce qu'aucune " mesure efficace n'ait été adoptée à l'effet de faire juger lesmeur- " triers de Thomas Scott."

C'est M. Blake qui a proposé cela. M. Blake blâma le gouvernement fédéral, pourquoi ? parce qu'il n'avait pas pris les moyens d'amener devant les tribunaux les meurtriers de Thomas Scott Or, si vous avec le droit de blâmer le gouvernement parce qu'un homme n'a pas été pendu, n'avez-vous pas le droit de le blâmer parce qu'il a été pendu ? Que disait M. Blake lorsqu'il faisait cette proposition ? Je trouve ces paroles dans le Chroiiicle de Québec, du 24 janvier 1872 et elles sont rappportées comme suit.

" On pourrait dire que cette Chambre en s'occupant de cette " affaire, empiéterait sur les privilèges d'un autre gouvernement " Mais je dirai que les fonctions législatives ne sont pas les seules " de ce parlement. Ce parlement a le droit de faire des remon- 4< trances et de prendre action (take action) sur les matières qui " sont en dehors de ses fonctions. Cette chainbre a parfaitement " le droit de s'occuper de cette affaire, vu qu'il s'agit de l'honneur " d'Ontario et de la vie d'un de ses citoyens."

Ainsi voilà un homme de la valeur de l'honorable M. Blake qui déclare dans la législature d'Ontario qu'il a le droit d'intervenir pour blâmer le gouvernement fédéral de ne pas avoir mis la main sur les meurtriers de Thomas Scott. Pourquoi ? Parce que, dit-il, la Chambre n'est pas seulement créée pour passer des lois, mais aussi pour exprimer le sentiment du peuple, et lorsqu'un des nôtres a subi une injustice, c'est non seulement notre

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droit, mais encore notre devoir d'intervenir. Si M. Blake avait le droit d'intervenir pour satisfaire l'opinion publique dans sa province, en raison de ce que l'on a appelé le meurtre de Scott, pourquoi n aurions-nous pas le droit d'intervenir pour ce j'ai le droit d'appeler le meurtre judiciaire de Louis Riel ? (Applaudissements). Y a-t-il une différence entre les deux cas ? Est-ce que l'autorité de M. Blake n'est pas une autorité assez respectable pour me permettre d'intervenir, moi, député de la province de Québec, comme lui est intervenu dans une circonstance analogue ? S'il a eu le droit de blâmer le gouvernement parce qu'un homme n'a pas été jugé, est-ce que nous n'a vous pas le droit de le blâmer parce qu'il l'a été ?

Y a-t-il eu des récriminations contre ces résolutions ? A-t-on dit quelque part dans les journaux que la législature d'Ontario n'avait pas le droit d'intervenir ? C'était un gouvernement conservateur qui était à Ottawa dans ce temps là. Est-ce que la province d'Ontario a été bien écrasée ? Est-ce que la province d'Ontario a perdu son autonomie parce que ces résolutions ont été passées ? Est-ce que la province d'Ontario n'est pas encore aussi respectée aujourd'hui qu'elle l'était alors ? Que dis-je ? Est-ce qu'elle n'est pas plus respectée ? (Ecoutez ! écoutez ! ) Et si nous avons le courage d'exprimer notre opinion, comme ces messieurs d'Ontario l'ont exprimée, nous saurons nous faire respecter, car à l'heure qu'il est, je le dis à regret, la province de Québec n'est pas respectée comme elle devrait l'être. Pourquoi ? Parce que nous n'avons pas assez de courage pour exprimer nos opinions. Si nous avions le courage des gens de la province d'Ontario, nous aurions le respect qu'ils ont su se gagner. Et voyez donc comme Sir John A. Macdonald parle de la législature et des hommes d'Ontario ! Avec quelle préférence, ou plutôt, avec quelle cajolerie il le fait ! Comme il les respecte, comme il les craint ! Si vous voulez-vous faire respecter, faites vous craindre. Le lion est plus respecté que le mouton. (Ecoutez !) parce que le lion se fait craindre. Devenez lion quand il s'agira de défendre vos intérêts et vos intérêts seront respectés. (Applaudissements). Qu'a-t-on dit dans le temps de ces résolutions ? J'ai ici l'opinion d'un écrivain, je ne lui ferai pas l'injure de l'appeler un

grand écrivain constitutionnel — d'un écrivain qui, autrefois, était patriote, je veux parler de M. de LaBruère : qu'est-ce qu'il dit de ces résolutions dans le Courrier de St-Hyaeinthe du 25 janvier 1872?

Ecoutez !

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