ONTARIO
" Nos frères des hauts pays se battent bien entre eux quand il " s'agit de se disputer le pouvoir ; mais sont-ils appelés à s'occu- " per d'une question où la nationalité est concernée, leurs préju- " gés les font tourner tous autour du même pivot. Ainsi le pre- " mier ministre, M. Blake, ayant ramené avant-hier la question " de Riel-Scott devant les Chambres, on a vu jusqu'à M. Sand- " field McDonald donner la main à celui qui vient de le terras-
" ser.
" Pourquoi donc la province de Québec, en face de cette poli- " tique d'agression de la part du Haut-Canada, ne se réunirait- " elle pas aussi pour faire contre-poids à la pression qu'il veut " exercer sur les masses et sur le gouvernement fédéral dans le " règlement de cette affaire ? "
C'était dans un temps où l'on n'avait pas encore décidé de mettre de côté le sentiment national.
M. HOLTON.
Tout le monde a connu feu M. Holton. Sans vouloir faire injure au Solliciteur général, je me permettrai de lui dire que M. Holton occupait une position bien supérieure à la sienne. Quand on parlait de M. Holtan, on disait : " C'est une autorité." Et ses adversaires le disaient comme ses amis. Quand il se levait en Chambre, son opinion était généralement acceptée ou certainement respectée, même par Sir John, et il était regardé comme l'homme le mieux versé dans le droit constitutionnel que nous eussions.
Qu'est-ce que je trouve dans la Minerve du 1er juin 1869? M. Holton, soulevant à la Chambre des Communes la question de l'église établie d'Irlande, disait :
" Que la question, quoique en dehors des fonctions législative»
l'hon. m. mercier 25&
" de cette assemblée» n'en est pas moins une question de la plus " haute importance. Cette assemblée ne siège pas ici seulement- 41 pour législater, mais aussi pour redresser les torts de quiconque " souffre. D'ailleurs, notre titre de sujet britannique nous per- 44 met et nous fait un devoir d'élever la voix en cette circons- 44 tance et d'émettre notre opinion. Quand à l'utilité pratique 44 des résolutions, quelque sages que soient les hommes entre les 44 mains desquels reposent les destinées impériales, ils devront 44 être flattés d'avoir l'opinion des habitants d'une aussi large por- 44 tion de l'Empire. Ce sera un suiet de satisfaction pour les 44 peuples d'Irlande, d'Ecosse et d'Angleterre, et l'on ne doit 44 pas douter que ces résolutions si elles sont adoptées à l'unani- 44 mité, ne soient d'un grand poids dans la solution de cette 44 importante question."
Il n'a pas dit alors : " Nous ne devons pas intervenir ; ce n'est 44 pas de nos affaires ; qu'avons nous à faire avec l'église établie 44 d'Irlande ? qu'est-ce que ça nous fait à nous que les catholiques- 44 paient la dîme aux ministres protestants ? " M. Holton était protestant lui-même et il ne payait pas de dîme ; mais ça n'empêche pas qu'il a dit : 44 Voilà un principe qui est violé, un prin- 44 cipe élémentaire de justice. C'est une honte pour l'Angleterre 44 d'avoir maintenu un tel système. Elle qui prétend tant favo- 44 riser la liberté de conscience, elle l'a violée quand elle a main- 44 tenu dans son code pénal une loi qui force les catholiques à 44 payer la dîme aux ministres protestants. Nous devons protes- 44 ter contre ce système. Nous devons aider les catholiques de 44 l'Irlande à se débarrasser de cette loi infâme et injuste."
Sir John A. McDonald, qui était là, n'a pas dit que ce n'était pas l'affaire du parlement canadien, il a dit tout simplement, comme disait l'autre jour l'honorable député de Laval : " Nous allons faire rire de nous." Eh bien ! monsieur le Président, on a repoussé les résolutions de M. Holton ; mais ça n'a pas empêché que le débat a eu un effet considérable dans le vieux monde, cela a donné tant de force aux libéraux anglais que l'année suivante, la dernière main était mise à l'œuvre pour abolir cette loi infâme qui avait tyrannisé pendant des siècles la pauvre Irlande catholique.
Il y a encore un précédent' Ouvrez le Hansard d'Ottawa de 1882, p. 1108 et vous y trouverez les paroles que voici, de M. Blake :
" Nous sommes intéressés, comme faisant partie de ce grand "" empire, comme partageant sa prospérité, comme partageant sa "" honte, nous sommes intéressés dans tout ce qui tendra à aug- 41 menter la force et l'homogénéité de cet empire ; nous sommes "" intéressés dans toutes les grandes et importantes questions qui "" se rapportent à la constitution générale et à l'organisation " générale de l'Empire tout entier. On ne peut nier que, à tra- <l vers l'inconnu et sans système défini, la constitution de l'Em- 41 pire tend graduellement, de plus en plus, peut-être dérive-t-elle " de ce côté, peut-être est-elle poussée par des forces actives vers 4i l'adoption du système fédératif. Nous sommes nous mêmes un 4t résultat de cette tendance.
" Notre position actuelle est due à son développement partiel, "sans symétrie et sans raisonnement, mais pratique, et je suis " d'opinion que, sans avoir le droit de légiférer, nous avons cepen- 41 dant le droit, comme faisant partie de l'Empire, d'exprimer " notre opinion sur cette question."
En face de ces précédents, que Ton ne vienne pas dire que nous n'avons pas le droit d'intervenir et que ce serait violer la loi que de le faire. Avouez-le franchement : ce n'est pas la loi qui vous préoccupe. Quand ,on a donné quinze mille piastres à un particulier pour acheter des livres qu'il n'a jamais achetés, on violait la loi ; mais on ne s'en est pas préoccupé. Quand on a voulu vendre un chemin de fer malgré la loi du pays, on ne s'est pas occupé de la loi. Lorsque, malgré la loi du pays, l'on ne forçait pas les serviteurs publics à rendre contre de leur administration, on ne s'est pas occupé de la loi. Lorsque, cet hiver, on laissait échapper un homme qui avait volé §50,000.00 à la province, Ton savait bien que l'on violait la loi, mais on ne s'est pas gêné de la violer. Ce n'est pas la loi qui gêne le gouvernement, c'est la peur. Le gouvernement ne s'occupe pas de la loi et si, à l'heure qu'il est, il avait intérêt à blâmer le gouvernement d'Ottawa, quand même la loi le lui défendait, il le blâmerait. (Ecoutez ! écoutez !) Si les libéraux étaient au pouvoir à Ottawa, c'est alors
«jue la loi serait mise de côté. (Ecoutez I écoutez !) c'est alors <\ue Ion retrouverait l'expressive powbr. (Ecoutez !) c'est alors que l'ont écouterait la voix du sang.