RIEL MON FRÈRE
C'est alors qu'on ne rirait pas de ceux qui appellent Louis Riel " mon frère." Car, il y a des gens qui ont ri de cela, il y a des journalistes qui ont ri de cela, il y a des députés qui ont ri de -cela. Il y en a qui ont dit : •' Il y a quelque rapprochement " entre le chef de l'opposition et le chef des métis: l'un s'est " vendu pour $5,000.00, l'autre était prêt à se vendre pour ~" $35,000." Des journalistes ont dit cela. Eh ! bien, monsieur le Président, cette injure à mon adresse a été effacée par les tribunaux, Dieu merci. J'ai mis au front du journaliste qui avait dit -cela, en caractères ineffaçables, le mot de " calomniateur." Cette question est vidée.
On m'a reproché d'avoir appelé Louis Riel " mon frère." J'aime mieux appeler Louis Riel " mon frère," que de faire comme certains hommes qui appellent les orangistes " leurs frères." J'aime mieux être parent avec un métis, que d'être parent avec certains hommes politiques, qui cherchent à écraser notre race et à détruire notre religion. Et je n'ai jamais eu honte d'un pendu, quand il a été pendu pour l'amour de son pays. Je n'ai jamais eu honte d'un De Lorimier, d'un Duquet, d'un Chenier, je n'ai jamais eu honte de mon père fait prisionnier en 1837 parce qu'il aimait son pays. (Applaudissements).
Il faudrait que je fusse bien dégénéré pour avoir honte d'appeler Louis Riel mon frère. Louis Riel est mon frère par le sang, comme il est le frère de chacun de vous. Vous avez beau •chercher à le renier, cet homme là, vous serez toujours forcés de vous rappeler qu'il a votre sang comme vous avez le sien : et avant longtemps, vous serez, bon gré mal gré, obligés de défendre sa mémoire, car souvenez vous-en, un jour viendra où vos haines politiques disparaîtront et vous retrouverez alors la place <de votre Cœur. (Applaudissements).
MTRE JACQUES CASAVANT.
J'ai entendu l'autre jour quelque chose de bien étrange, lorsque- M. Casavant, député de Bagot, se leva en cette Chambre pour expliquer son vote. Il a dit que lui, il était ici comme député et que quand il avait parlé comme citoyen, dans son comté, c'était comme électeur et qu'en entrant ici il avait laissé à la porte ses sentiments d'électeur et de citoyen. Je ne sais pas si l'honorable député a bien réfléchi sur la position qu'il a prise en cette circonstance, mais la voici dans toute son anomalie : le citoyen est patriote, le député ne l'est pas ; le citoyen a des sentiments, le député n'a pas besoin d'en avoir.
Ceci me rappelle une scène amusante d'une des comédies de Molière. Je ne sais pas si l'honorable député a jamais lu Molière,, mais je lui conseil de le lire. Dans une de ses pièces, l'Avare* qui est un des chefs d'oeuvre de cet auteur, il y a une petite scène entre Harpagon et maître Jacques. Maître Jacques est le domestique de Harpagon. Harpagon est un avare. Voici lascène telle qu'elle est racontée. Elle est assez drôle pour être citée textuellement :
Harpagon — Valère, aidez-moi à ceci ... Or ça, Maître Jacques,. approchez- vous ; je vous ai gardé pour le dernier.
Maître Jacques — Est-ce à votre cocher, monsieur, ou bien à votre cuisinier, que vous voulez parler ? Car je suis l'un et l'autre.
Harpagon — C'est à tous les deux.
Maître Jacques — Mais à qui des deux le premier ?
Harpagon — Au cuisinier.
Maître Jacques — Attendez donc, s'il vous plait. (Maître Jacques ôte sa casaque de cocher, et paraît vêtu en cuisinier.)
Haiyagmi — Quelle diantre de cérémonie est-ce la?
Maître Jacques — Vous n'avez qu'à parler.
Harpagon — Je me suis engagé, maître Jacques, à donner ce soir à souper.
Maître Jacques — Grande merveille . . .
Harpagon — Maintenant, maître Jacques, il faut nettoyer mon carosse.
l'hon. m. mercier 257
Maître Jacques — Attendez ; ceci s'adresse au cocher (Maître Jacques remet sa casaque) Vous dites
Ainsi, d'après Maître Jacques, lorsque vous vous adressez au député de Bagot, il vous demandera d'abord : " Est-ce au citoyen " que vous voulez parler ou au député ? " Et si vous dites que c'est au citoyen, il dira : " Attendez, je vais aller chercher mon patriotisme." Puis il reviendra, revêtu de son patriotisme, et vous dira : " Maintenant, vous pouvez parler ; je suis le citoyen." Et si vous lui dites ; " Maintenant je veux parler au député," " Ah ! dira-t-il, attendez un peu ; il faut que j'aille ôter mon " patriotisme." Puis revenant : " A présent," dira-t-il, vous pouvez parler " au député." (Rires.)