PRÉCÉDENT DE M. ROSS
Je me suis amusé à chercher dans les vieux journaux dans quels termes l'hon. M. Ross, notre premier ministre, avait proposé ses fameuses résolutions au sujet de la grâce de Lépine en 1874. C'est intéressant aujourd'hui.
Je veux montrer à ceux qui viennent dire dans cette Chambre que nous n'avons pas le droit d'intervenir, quel langage l'honorable premier ministre à tenu dans cette circonstance.
A ce sujet, je suis allé consulter mon ami du Canadien, J'ai cru qu'il allait me fournir tous les renseignements dont j'avais besoin. Je me suis rappelé que M. Tarte était à côté de moi, au Champ de Mars, le 22 novembre dernier, qu'il applaudissait les paroles patriotiques que mon cœur m'inspirait. Je me rappelle même qu'il m'a dit : " Vous n'avez pas été assez loin." Eh bien ! monsieur le Président, je me suis dit : Je vais aller le consulter ; j'aurai ce qu'il me faut. Voici donc les paroles de l'honorable M. Ross :
" Mon but, honorables messieurs, est de faire disparaître les " causes d'inquiétude, d'irritation et de troubles qui ont existé " depuis quelques années, dans une des provinces sœurs, je pour- " rais dire même dans la Puissance. C'est d'y faire renaître la " paix, le calme et la bonne entente qui sont si nécessaires au 4< bonheur et à la prospérité des nations.
" Je voudrais voir la confiance revivre dans cette malheureuse
" province de Manitoba, qui a déjà tant souffert et que Notre " Gracieuse Souveraine pût y conserver toujours les sentiments " de reconnaissance et de dévouement de tous ses sujets, à quel- " que origine, à quelque croyance qu'ils appartiennent.
Je voudrais que la faute de tous ne fût pas mise à la charge d'un seul, mais que, répartie entre ceux qui ont pris part aux " malheureux événements du Nord-Ouest, elle soit par la même, " aussi bien que les motifs qui faisaient agir cette population, " diminuée en gravité et réduite à ses justes proportions.
" Enfin, ce que je demande et ce que vous demanderez avec " moi, j'en ai la persuasion, c'est l'exercice de la plus belle préro- " gative de la Couronne, c'est la grâce, c'est le pardon du nialheu- " reux Lépine.
" Lors de l'union des provinces de l'Amérique Britannique du '• Nord, nous avons jeté les bases d'un grand pays. Dans ce pays *' devaient être appelés à vivre des hommes de différentes origi- " nés, de croyances aussi différentes. Chacun devait pouvoir y " rendre hommage à Dieu à sa manière, chacun devait y jouir " des droits et des libertés que lui promettaient les libres institu- " tions du gouvernement le plus libre de la terre.
" Tels étaient, honorables messieurs, les principes qui formè- 4* rent la base de cette union, tels étaient les principes qui de- " vaient en assurer le succès. Tels étaient le but et l'intention " des pères de la Confédération.
" Malheureusement, lorsqu'il s agit de l'entrée du Territoire du Nord-Ouest dans la Confédération, tout en ayant de bonnes intentions à l'égard de sa population, on négligea de lui donner les garanties auxquelles il avait droit, et de là, messieurs, l'origine et la cause de toutes les difficultés.
" Les métis, croyant leurs droits et leurs libertés en péril, en confièrent le précieux dépôt à quelques hommes qu'ils choisirent pour leurs chefs. Ce fut l'origine du gouvernement provisoire, et Riel, Lépine et quelques autres furent les dépositaires chargés de défendre ce que ce petit peuple avait tant à cœur de conserver.
" Or, je vous le demande, honorables messieurs, qu'ont-ils fait ces hommes, que bien d'autres n'eussent fait à leur place sous
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l'empire des craintes et des frayeurs qui envahissaient alors leur province *
44 Je n'ai pas l'intention de faire ici l'historique des événements de 1869, mais je dirai que les métis canadiens-français n'avaient d'autre objet en vue que celui de voir leur province mise sur un pied d égalité et jouissant des mêmes privilèges que les autres provinces de la Confédération. La preuve de ce que j'avance est dans le fait que du moment qu'ils eurent obtenu les garanties qu'ils désiraient, il se sont empressés de se ranger sous le drapeau anglais, et que depuis cette époque, ils se sont montrés les plus soumis des sujets de Sa Majesté.
44 Quels sont donc ceux qui oseraient blâmer ces motifs ? Seraient-ce les Anglo-Saxons, dont les ancêtres ont lutté pendant des siècles pour arriver à jouir de la plus grande somme de liberté possible \ Seraient-ce les Canadiens-français, qui naguère ont combattu avec toute l'énergie du désespoir pour obtenir les privilèges accordés aux autres sujets du Royaume ? Non, honorables messieurs, il peut y avoir quelques différences d'opinion entre nous sur la gravité de la faute de cette population ; mais il ne peut y en avoir sur les motifs qui l'animaient ni sur l'opportunité de demander aujourd'hui le pardon et l'oubli de cette faute.
44 Parmi les nations qui figurent glorieusement dans l'histoire, il n'en est pas une qui n'ait eu à enregistrer de ces actes de clémence qui, loin de ternir leur gloire, l'ont rendue plus resplendissante encore, tout en conservant le respect et le prestige de l'autorité souveraine. L'histoire de tous les siècles nous donne de ces exemples, et l'histoire contemporaine nous en fournit plus d'un.
44 J'ai dit, honorables messieurs, que je ne voulais pas faire ici l'histoire des événements de 1869. La Chambre et le pays savent comme moi ce qui s'y est passé. L'acquisition du Territoire du Nord-Ouest, son annexion à la Puissance du Canada, faites, pour ainsi dire, à l'insu de sa population, l'organisation politique de la province «lu Manitoba par le parlement de la Puissance, les mauvais traitements qu'ont voulu faire endurer aux métis certains officiers du gouvernement du Canada, les craintes et les appréhensions qui s'emparèrent alors de cette population
" Le calme apparent qui a duré pendant un certain temps, puis le retour de toutes les difficultés ; l'expulsion de Riel, l'appréhension de Lépine et sa condamnation à mort ; les pas et les démarches faites par les hommes les plus importants et les plus dignes du Manitoba en faveur des condamnés ; les cris de miséricorde qui se sont élevés dans tout le pays, et qui sont même venus d'outre mer, tout est parfaitement connu de cette Chambre, qui a dû voir dans plusieurs de ces faits plus d'une raison de demander, elle aussi, miséricorde pour Lépine.
"Je n'entrerai pas dans plus de détails et je ne parlerai plus des malheureux événements de la Rivière Rouge que pour dire que je les déplore autant qu'aucun. La mort de Scott, celle de Goulet ont jeté la plus grande consternation dans tout le pays et ont causé les plus amers regrets. On a voulu laver le sang par le sang ; je prétends qu'il y a déjà trop de sang de répandu et je demande en ce moment le pardon et l'oubli de ces' scènes si regrettables.
" La Confédération serait aujourd'hui un grand succès si nous n'avions à déplorer les malheurs du Manitoba et les souffrances dues à l'intolérance de la majorité dans une autre province. J'espère que le temps, la raison et le bon exemple donné par la majorité de la province de Québec, feront bientôt cesser le pénible état de choses qui existe actuellement dans le Nouveau-Brunswick ; mai* si nous ne nous hâtons d'obtenir la grâce de Lépine bientôt le mal de Manitoba sera sans remède. .
" Faisons donc, honorables messieurs, tous nos efforts pour que cette flétrissure nous soit épargnée. Tâchons que les premières pages de notre histoire ne soient pas teintes de sang et qu'on n'y imprime pas de ces taches que ni le temps, ni les événements, ni même le plus amer repentir ne sauraient effacer.
11 Honorables messieurs, dans l'intérêt du pays, pour y faire renaître la tranquilité, la paix et la confiance ;
" Dans l'intérêt de la justice, pour que des hommes qui ont combattu pour une cause qu'ils croyaient en péril, ne soient pas immolés ;
" Pour que le Canada ne reste pas en arrière en fait de clémence ou qu'au moins nous suivions l'exemple de tant de pays à
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la suite d'événements autrement graves que ceux que nous croyons avoir à venger aujourd'hui ;
" Pour ces raisons et pour bien d'autres encore qu'il me serait inutile d enumérer ici, j'espère que ces résolutions que je propose recevront l'approbation de cette honorable Chambre et qu'elles serviront de base à une requête que nous adresserons au représentant de Notre Souveraine au Canada, pour lui demander le pardon du malheureux Lépine.
u Ai-je besoin d'ajouter que les bénédictions de cette malheureuse famille ne devront pas manquer à ceux qui auront aidé à soustraire son chef à la mort et que ces bénédictions pourraient bien être pour nous un sujet de grande consolation et contribuer à nous rendre légères bien des vicissitudes et des infortunes de cette vie ? "
Voilà ce que disait l'honorable premier ministre en 1874. (Interruptions.) Je regrette d'être un peu long dans mes observations, mais j'y suis obligé par la nature de ce débat.
Ainsi, voilà les paroles du premier ministre. J'ai aussi celles qui furent prononcées par l'honorable M. Chapleau lorsqu'il proposa ses résolutions. Elles sont dans le même sens et de la même force. Je ne fatiguerai pas la Chambre en les lisant. Ce que je me permettrai de lire, ce sont quelques uns des extraits des journaux de cette époque, si vous voulez, monsieur le Président, me le permettre. Si j'avais plus de temps, que j'aurais du plaisir, que mon patriotisme serait satisfait en faisant connaître à cette Chambre tous les grands mouvements d'indignation qu'il y a eu à cette époque, non pas parce que Riel était pendu, non pas parce • que Lépine était pendu, mais parce qu'on ne leur donnait pas leur grAce immédiatement. J'ai ici des extraits de dix à douze journaux conservateurs.
Malgré mon désir d'achever ce débat, je ne puis m'empêcher de citer quelques extraits des journaux de cette époque pour faire voir l'indignation qui s'était emparée des conservateurs, à l'occasion de l'exil de Riel et de Lépine :
" J'ai vu avant et pendant 1837 et 38, disait le Canadien du
26 décembre 1874, les Fournier, les Letellier, les pères
-de braves hommes, ceux-là, combattre dans les rangs de ceux qui
demandaient liberté et justice égale pour les Canadiens-français,, sauver les Morin et les Taché des serres des tyrans ; maudire les» sicaires qui envoyaient sans forme de procès, dans l'exil, et jetaient entre les mains du bourreau, les Lorimier, les Decoigne et autres.
44 Aujourd'hui, je vois leurs fils, sale engeance, laisser poursuivre, dans leur lâche complicité, leurs frères de Manitoba, parce, qu'ils ont combattu, comme nous l'avons fait en 1837, pour obtenir liberté et justice égale chasser leur chef de l'assemblée
nationale, mettre sa tête à prix, nommer un juge pour faire condamner Lépine à mort et forcer Naud, un autre patriote, à rester dans une prison fétide dont l'air le tue lentement et sûrement- Quels sont les plus infâmes tyrans, ceux de 1837 ou de 1874 ?
44 Je vois leur» fil* trahir, pour un misérable salaire de ministre et pour la satisfaction de leur haine contre nos institutions religieuses, les tiers sentiments dont le peuple les croyait pénétrés. Je les vois pâte molle que McKenzie pétrit à sa guise,, s aplatissant devant lui et lui sacrifiant l'honneur et les intérêts, de la province de Québec.
44 Je reste froid et dédaigneux devant la lâcheté et la complicité de ces parvenus que des Canadiens-français n'ont pas honte d'excuser encore. Leurs jours d'orgie sont comptés ; le peuple en fera justice à son heure ; l'heure attendue par tous les hommes respectables et indépendants, qu'un succès éphémère n'éblouit pas,, où la province de Québec, secouant cette vermine de son manteau et l'écrasant dans sa marche, se placera fièrement devant le Haut-Canada et revendiquera ses droits et ses intérêts aussi bien que les droits et les intérêts des provinces plus faibles que le
fanatisme d'Ontario courbe sous sa main de fer l'heure où
le Bas-Canada, uni pour la lutte et le sacrifice, rallié autour de ses institutions, imposera la loi au Haut-Canada comme il la toujours imposée avant l'avènement des rouges au pouvoir."
Extrait du Canadien du 18 janvier :
44 Une commutation, à coup sûr, vaut mieux que la mort. Maisnous demandons une fois de plus à nos confrères ministériels de presser avec nous leurs chefs d'employer tous les moyens en leur pouvoir pour obtenir ce à quoi Lépine a droit, c'est-à-dire un*
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pardon complet. S'il n'est pas coupable, comme nous nou^accordons à le dire, pourquoi le laisserions nous sacrifier à la haine des. fanatiques d'Ontario ?
" Nous savons bien que le Globe s'objecte à un pardon complet,, nous avons mis l'autre jour sous les yeux de nos lecteurs l'opinion de M. Brown. Mais nos ministres, appuyés par la province «le Québec sans distinction de parti, ne pourraient-ils pas obtenir justice ?
u Quels que soient les événements, la presse conservatrice a fait son devoir. Elle n'a cessé de reclamer justice et protection. On ne saurait en dire autant des journaux ministériels qui, depuis, quelque temps, gardent un silence regrettable."
Extrait du Canadien du 23 janvier 1875:
" Comment ! l'on a l'insigne lâcheté de se cacher derrière le Trône ! Et Thon, ministre de la justice, M. Fournier, exécute l'ordre du Gouverneur-général et se charge de conduire la procédure qui condamne Lépine à un perpétuel exil !
" S'il tenait à dégager sa responsabilité, il devait refuser d'accomplir la tâche dont il était chargé, il devait résigner
44 Mais, si messieurs Fournier, Geoffrion et Letellier eussent usé de leur droit d'aviser la Couronne, probablement le représentant de Sa Majesté se fût rendu à leurs conseils. Nos ministres ont fléchi le genou devant M. McKenzie, ils ont troqué leur honneur et la dignité du Bas -Canada contre l'or que leur rapportent leurs portefeuilles."
Extrait du Caimdien du 25 janvier 1875 :
" C'est quelque chose d'inouï, d'inconcevable que la conduite de ces représentants du Bas-Canada n'osant pas plaider une cause qu'ils savent chère et sacrée pour leurs compatriotes
" Toute la province a demandé sa grâce, à l'exception de messieurs Fournier, Geoffrion et Letellier qui ont refusé de se joindre aux Canadiens français.
"Que doivent penser les nationalités avec lesquelles nous vivons?1 Quel respect pouvons nous inspirer ?
" Si, au moins, les trois ministres qui nous ont ainsi trahis restaient sans complices. Balayés par le vent du mépris universel,,
ils tomberaient sous le poids de leur honte et serviraient d'exemple à ceux qui seraient tentés d'imiter leur lâcheté.
" Mais dans la presse, dans cette grande et noble puissance destinée à conseiller le bien et à combattre le mal, il se trouve des feuilles assez oublieuses de leur mission et de leur devoir pour applaudir à l'iniquité et au déshonneur de notre race.
" Il n'est pas possible que la justice et le droit soient ainsi sacrifiés. Il y a encore, Dieu merci, du patriotisme parmi les Canadiens-français et de l'esprit de justice dans la Puissance."
Extrait du Canadien du 28 janvier 1875 :
" Mais, l'affaire de Lépine, personne ne peut le contester, était -du domaine des ministres fédéraux. Ils pouvaient le gracier s'ils l'eussent voulu. Nous défions qui que ce soit de le nier. Au reste, ils avaient promis de le faire, donc ils se reconnaissaient les pouvoirs nécessaires.
" Pourquoi ne Font-ils pas fait ? Ah ! c'est que leurs collègues du Haut Canada s'objectaient à ce que ce cabinet ou aucun de ses membres ne protégeât Lépine.
" C'est le moment de faire la comparaison, à notre tour, entre les représentants actuels du Bas-Canada dans l'Exécutif et les chefs conservateurs.
" Puisque M. McKenzie refusait d'intervenir en faveur de Lépine pourquoi ces collègues de la province de Québec n'ont-ils pas suivi la noble conduite de M. Lange vin qui déclarait à son •chef, Sir John, à Mgr Taché et à ses partisans, que si l'amnistie n'était pas accordée, il résignerait son portefeuille ?
" Dans le cas de Lépine, il s'agissait, non d une amnistie mais de gracier un condamné qui avait déjà subi une détention assez longue et conséquemment satisfait à la loi pour les torts que ses ennemis lui prêtent.
" Eh bien ! nos ministres n'ont pas même eut le cœur de dire à M. McKenzie : Nous voulons le pardon de cet homme. Il a déjà assez souffert ; il faut maintenant que justice lui soit rendue. "
Extrait du Canadien du 1er février 1875 :
" Qui voudrait prendre la responsabilité devant la Province
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<]es bassesses des ministres fédéraux ? La presse est unanime à les dénoncer/'
Extrait du Canadien du 6 février 1875 :
" Puisque nous sommes trahis, sacrifiés et vendus par les ministres qui nous représentent dans l'Exécutif , montrons leurs que les Canadiens- français connaissent le devoir qui leur incombe. "
Extrait du Canadien du 9 février 1875:
" Il s'agit de secourir des compatriotes injustement opprimés, que chacun en appelle à son patriotisme.
" Sur ce sujet, nous sommes unis, donnons-en la preuve ce soir en réclamant justice et protection.
" Notre voix sera entendue, sovons-en certains.
" Lépine a droit à un pardon complet, demandons-le sans crainte.
" L'amnistie a été promise et la preuve de cette promesse a été faite.
" Exigeons l'accomplissement de la foi jurée et des engagements contractés.
" Il y a assez longtemps que la tyrannie là plus odieuse continue son œuvre. Il faut que la justice et que le bon droit aient leur tour.
<k Les Métis attendent de nous justice et protection, ne trompons pas leurs espérances.
" Que tous les hommes de cœur n'aient qu'une voix pour demander l'amnistie. "
Il est 1k>ii, en face des lâches trahisons qui s'offrent à nos regards, de rappeler les paroles de M. Tarte, rédacteur du Caïui- <1\en, dans un discours prononcé à la salle Jacques-Cartier, le 9 février 1875 :
Voici ses paroles :
14 La noble cause au soutien de laquelle vous manifestez de si ardentes sympathies, s'élève au-dessus des considérations de parti. Nos divisions ne sont pas assez profondes pour nous faire oublier que nous sommes des Canadiens-français, c'est-à-dire des hommes de patriotisme, de dévouement et de cœur.
44 L'Amérique a, en ce moment, les yeux fixés sur le million de Canadiens-français qui foulent le sol de la Confédération ; mais les regards sont surtout tournés sur la province de Québec.
" Ah ! partout Ton comprend que nous ne pouvons rester spectateurs indifférents du drame lugubre qui se déroule à Manitoba.
" Nous sommes ici dans l'exercice de Tune de nos plus chères prérogatives garanties par la Constitution et nous pouvons discuter ouvertement nos droits et exposer courageusement nos griefs.
" Le Bas-Canada a traversé une phase semblable à celle que traverse en ce moment Manitoba
" Des têtes bien chères à la patrie roulèrent sur l'échafaud pour leur dévouement à leur nationalité. Mais leur sacrifice ne fut pas inutile, car ils nous léguèrent cette constitution et ce gouvernement responsable qui sont les remparts de nos libertés. L'un des premiers actes de ce gouvernement responsable fut la cessation des poursuites intentées contre les chefs de l'insurrection de 37 38, entre autres contre M. Papineau. Qui ne sait que pour obtenir cette faveur Sir L. H. Lafontaine menaça Sir Charles Metcalf, alors gouverneur du Canada, d'abandonner le pouvoir ? On comprenait alors la véritable portée des institutions responsables et l'on avait le courage de demander justice et protection- Nous sommes plus forts, plus nombreux qu'à cette époque. La cause des Métis est aussi juste que celle du Bas-Canada. Pourquoi ne demanderions -nous pas justice ? Quel est, dans cette enceinte, celui qui ne veut pas la grâce de Lépine ? Quel est celui qui ne veut pas l'amnistie ? Tous nous l'avons sollicitée, et nous rougirions de ne pas l'avoir fait. "
Extrait du Canadien, du 11 février 1875;
" Jamais nous n'avons vu le sentiment public aussi unanime, aussi imposant dans sa détermination d'obtenir justice par tous les moyens constitutionnels fournis par nos institutions.
u L'on sentait que l'heure est venue d'affirmer nos droits, d'exprimer librement nos opinions, d'exiger le redressement de griefs qui vont toujours croissant. Le peuple, le vrai peuple, plein de cœur et d'amour de la justice, le peuple qui ressent les outragesqu'on lui inflige, s'est montré digne du passé glorieux de notre race ; sa voix a été courageuse, son élan magnifique, son action généreuse.
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" C'est dans de pareilles manifestations que Ton reconnaît le véritable esprit d'un peuple, la vitalité dune race. Tant que la nationalité canadienne-française s'affirmera avec une telle vigueur, elle imposera le respect et conservera son prestige.
" Est-il rien de plus digne d'admiration que le spectacle d'une ville entière se levant comme un seul homme en faveur de la justice et du bon droit ?
" Certes, les événements auxquels nous assistons méritent d'attirer l'attention de tous les hommes bien pensants et si nous eussions laissé consommer l'iniquité, sans enregistrer une solennelle protestation, nous eussions été indignes du rôle que nous avons joué jusqu'ici sur ce sol d'Amérique.
" Comment ! nos mortels ennemis, les adversaires acharnés de nos institutions civiles et religieuses mettent tout en œuvre pour -détruire notre influence et nous resterions indifférents !
" Ils veulent anéantir les Métis parce qu'ils craignent que l'influence française ne prenne des proportions trop considérables a*i Nord-Ouest.
" La province de Québec, la seule province catholique du Dominion, doit donc accorder sa protection au Manitoba, sa sœur -de race et de crovance.
" Tous, nous comprenons que dans Riel expulsé de la Chambre, mis hors de loi, traqué comme une bête fauve par les assassins salariés de M. McKenzie, c'est le Bas-Canada que l'on foule aux pieds.
" Les énergiques résolutions adoptées mardi à l'unanimité, feront trembler les misérables qui trafiquent de l'honneur du pays. Elles auront d'incalculables résultats, et si cette expression si peu douteuse «le l'opinion publique ne suffit pas pour obtenir justice, dans tous les comtés de semblables démonstrations s'organiseront avec vigueur et enthousiasme.
" Que l'on ne s'imagine pas que nous nous lasserons.
" Tant que l'amnistie ne sera pas accordée, tant que Riel, Lépine et leurs compagnons n'auront pas le droit de respirer librement l'air de la patrie, nous continuerons la lutte contre
leurs bourreaux et leurs persécuteurs. Nous resterons dans les limites de la constitutionalité, mais l'agitation ira tous les jours croissante/'
(Le Canadien, 8 février 1875.)
" La persécution qui règne en souveraine à Manitoba doit avoir un terme.
" Les Métis, nos frères de race et de religion, ne peuvent compter sur d'antres sympathies que celles du Bas-Canada.
" Ce serait une lâcheté que de les abandonner dans V infortune,
44 Employons tous les moyens que la constitution met à notre disposition pour secourir nos amis de Manitoba.
44 Donnons à Riel le droit de respirer l'air de sa patrie, loin de laquelle il traîne une misérable existence.
44 Est-il une cause plus sacrée que celle de nos compatriotes outragés dans leurs droits, soumis à une persécution barbare ?"
(Extrait du Canadien du 12 février 1875.)
44 Nous ne pouvons concevoir comment des Canadiens-français peuvent se prononcer délibérément et de cœur joie en faveur de ce bannissement que l'on veut faire subir aux malheureux chefs métis.
" Mais quel est leur crime ? Nous vous le demandons à vous tous qui acceptez cette humiliation et ce sacrifice d'une cause qui vous devrait être bien chère. Dites-nous pourquoi vous voulez que Riel soit chassé du sol britannique. Est-ce parce qu'il a été le champion intrépide de sa nationalité ?
44 Est-ce parce qu'il s'est dévoué pour la race et la conservation de tout un peuple ?
44 Est-ce parce qu'il est l'homme en qui Mgr Taché repose le plus de confiance ?
44 Est-ce parce que, à Manitoba, il a vaillamment combattu contreles orangistes et les grits qui y conspirent contre la race canadienne et le catholicisme ?
44 Est-ce parce que depuis plus de deux ans il traîne une vie misérable loin de sa famille et de sa patrie ?
44 Pourquoi veut-on que Lépine soit banni pour cinq années ?
44 Est-ce parce qu'il a été condamné à l'échafaud par un juge nommé par le chef des libéraux, M. Dorion ?
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" Est-ce parce qu'on a laissé dresser le gibet avant d'apprendre au condamné qu'il avait la vie sauve ?
44 Est-ce parce que la flétrissure lui a été injustement infligée ?
" Que ceux qui soutienne la politique de M. Manckenzie, que ceux qui approuvent le bannissement de Riel et de Lépine,. viennent devant l'opinion dire quels sont les crimes des malheureux dont ils veulent faire des victimes."
Extrait du Canadien du 15 février 1875 :
44 Les ministres et leurs partisans dans la Chambre n'ont voulu tenir aucun compte de la population qu'ils représentent et dont ils sont les indignes mandataires.
44 De requêtes signées par des milliers de leurs constituants* auraient dû les rappeler au sentiment de leur devoir vis-à-vis du Bas-Canada.
44 et puis, comment interpréter le rôle joué dans cette occasion par les ministres de la province de Québec, solidaires au même degré que leurs collègues des autres provinces, des actes et de la politique du gouvernement ? Que devaient-ils faire en présence d'un document qui rejetait d'une manière si cavalière et si dédaigneuse les prières de la population entière de Québec et de tous les groupes de nos nationaux établis au Manitoba, dans Ontario et aux Etats-Unis ?
N'ont-ils pas ressenti comme nous la réponse injurieuse que contenait ce document ? N'ont-ils pas compris l'imputation déguisée que plus d'un million et demi de la population canadienne voulait s'interposer entre la justice et un meurtrier vulgaire pour empêcher ce dernier de recevoir un juste châtiment ?
" L'élément protestant s'unit invariablement contre nous chaque fois qu'une question religieuse ou nationale surgit.
44 On ne pourra pas nier qu'après avoir déclaré par les organesque Riel et Lépine sont innocents, ils les reconnaissent aujourd'hui coupables en les bannissant.
44 On ne pourra pas nier qu'après avoir exigé l'amnistie pleine
«t entière comme nécessité politique et un droit, ils consentent à infliger un long exil à des hommes à qui ils avaient juré protection et fidélité.
" Jamais un plus complet déni de justice n'a été enregistré dans les annales d'une nation.
" Nous désirons pour notre part et au nom du parti conservavateur dans les rangs duquel nous combattons, enregistrer notre protêt contre l'action que viennent d'adopter les Communes de la Puissance. L'histoire qui se fait vite en ce pays, jugera entre nos adversaires et nous.
" Ah ! nous pouvons attendre avec confiance le verdict de l'avenir, car nous sommes restés fermes dans le droit, et notre étendard porte dans ses plis glorieux le devoir accompli et la persévérance dans la justice.
" Nous avons été vaincus, écrassés par le nombre.
" Mais la lutte n'est pas terminée, il n'y a pas lieu de perdre courage.
Extrait du Canadien du 20 février 1875 :