‹ Biographie, discours, conférences, etc. de L'Hon. Honoré MercierChapitre 24 sur 145 · L'EFFRONTERIE DES TRAITRES · texte numérisé non relu

L'EFFRONTERIE DES TRAITRES

" Nous avons sous les yeux depuis quelques jours le plus affligeant spectacle auquel un peuple puisse assister.

" L'injustice, la honte, les bassesses, les trahisons, les lâchetés, l'infamie, la dégradation, les flétrissures et les ignominies sont glorifiées et chantées avec une impudence qui n'a jamais eu d'égal en ce pays.

" Habitons-nous une terre où les lumières de la civilisation ne sont pas parvenues pour que l'on croie pouvoir mépriser la vérité et le sens commun au point de les représenter comme le faux et le mensonge ?

" Riel et Lépine ont-ils été condamnés à cinq années d'exil par le parti grit libéral ?

" Aucun homme sensé qui a sa tête à lui n'oserait répondre non.

" S'est-il trouvé vingt-trois députés qui ont voté contre ce banissement des chefs métis ?

" Qui voudrait nier ce fait aussi patent que l'existence du globe ?

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" Ce qu'aucun homme ne voudrait soutenir ouvertement et :sous sa responsabilité, la presse libérale le soutient en ce moment avec un cynisme et une effronterie qui dépasse les limites du possible.

" Espère-t-on être cru ? Nous ne le pensons pas ! Non ! Nous refusons de supposer que notre population soit si peu éclairée que d ajouter foi à ce qui est manifestement faux et mensonger. Nous avons trop de confiance dans l'intelligence de nos compatriotes pour douter un instant de leurs appréciations sur les événements politiques qui viennent de se dérouler à Ottawa.

" Le sentiment d'indignation qui règne d'un bout de la Province à l'autre est un indice certain d'opinion, et la presse ministérielle en cherchant à faire croire que le Bas-Canada sympathise avec les hommes déshonorés du pouvoir n'a qu'un but : donner le change à ceux qui ne connaissent pas le véritable état des esprits.

" Quel est, parmi les Canadiens-français, celui qui peut venir devant ses compatriotes déclarer que Riel et Lépine sont des meurtriers ?

" Ce que vous auriez honte de faire devant vos électeurs, lâches députés, vous l'avez fait en Chambre en affirmant par vos votes que Riel et Lépine sont des assassins et qu'ils méritent l'exil.

" Nous mettons au défi le député le plus populaire du parti libéral d'expliquer franchement sa conduite devant son comté et de recevoir l'approbation de son vote.

" On pourra surprendre la bonne foi des populations par des mensonges et de fausses représentations. Mais que la position prise par les deux partis sur cette question soit nettement expliquée, et nous dirons, sans crainte de nous tromper, que tous ceux <jui ont voté pour les résolutions Mackenzie seront censurés.

" Prétendre le contraire, c'est dire que le Bas-Canada ne veut pas l'amnistie, c'est dire que toutes les requêtes que nous avons signées en faveur de Riel et de Lépine sont ridicules et n'ont pas leur raison d'être."

(Le Canadien, 23 février 1875).

Le devoir.

" Que reste t-il à faire ?

" Faut-il courber le front devant la trahison triomphante ?

" Laisserons-nous les coupables jouir tranquillement du pouvoir dont ils se sont servis pour nous couvrir de déshonneur ?

'• L'injustice est-elle irréparable et devons-nous perdre espérance ?

" Confiant dans le patriotisme de nos concitoyens, nous répondons hardiment que les droits des Métis à nos sympathies sont à cette heure plus nombreux que jamais, car si la persécution sévit c mtre eux avec plus de fureur, notre devoir est de leur accorder une plus efficace et plus énergique protection.

" Ah ! il vient une heure où le devoir outragé prend sa revanche ! Cette heure est sonnée par cette troupe sinistre de représentants du peuple, infidèles à leur mandat, rebelles à leurs promesses, oublieux de leurs sentiments nationaux !

" Ce n'est peut-être parfois pas un mal que la morale publique soit insultée ! Elle force les gens honnêtes à s'unir pour revendiquer ses droits !

" Dans cette entente pour venger la justice foulée aux pieds, la cause du Nord-Ouest trouvera une puissance irrésistible !

" Que tous ceux qui n'ont pas en eux les instincts de Judas. . se mettent à V œuvre j)our réparer l'injure. .

" La lutte sera ardente, difficile. Les coupables feront d'incroyables efforts pour faire triompher leur politique d'écrasement et de destruction à l'égard des Métis. Tous les moyens leur sont bons, pourvu qu'ils puissent servir à leurs fins. L'influence que peut donner le pouvoir quand on ne craint pas d'en abuser, sera jetée dans la mêlée.

" Mais, " à force d'être désolant, le spectacle finira par être instructif." Le peuple justement irrité ne saurait laisser longtemps encore le soin de ses destinées aux prévaricateurs qui viennent de se déshonorer par un acte infamant pour eux et fatal pour le nom Canadien."

Extrait du Canadien du 3 mars 1875.

" Dans l'affaire du Nord-Ouest, la question qui occupe depuis-

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si longtemps l'opinion est une question de droit et de justice, une question de traité, nous pourrions presque dire une question internationale. Car enfin, les complications qui ont surgi sont les résultats d'une espèce de traité conclu entre le peuple métis et la Puissance du Canada.

41 En refusant d'exécuter les conditions du traité, les promesses faites, les hommes du pouvoir se rendent coupables d'une violation flagrante du droit des nations, en même temps qu'ils donnent au monde l'exemple d'un peuple reniant la foi jurée, donnant à la force la suprématie sur le droit.

" Quand nous voyons des journaux écrivant au nom d'un parti, essayer de détruire dans l'esprit du peuple ces notions du droit qui sont les sauvegardes des sociétés, notre devoir, comme celui de tous les hommes d'ordre, est de dénoncer les tendances démoralisatrices de ce parti.

" Anéantissez chez un peuple le respect du droit, il ne reste plus à l'ordre que la garantie insuffisante du châtiment."

Discours de l'honorable Ouimet à la Salle Jacques Cartier, le 11 février 1875.

" Oui, il faut que TOUS ceux qui ont voulu revendiquer leurs droits méconnus soient amnistiés sans plus de retard. Il faut que Riel et Lépine soient aussi compris dans l'amnistie générale que le gouvernement fédéral se propose de faire proclamer. Ce n'est pas une question politique qui nous occupe en ce moment, c'est une question nationale, une question à laquelle les loyaux sujets de Sa Majesté doivent porter le plus grand intérêt."

Et la Minerve du 23 février 1875 ne disait-elle pas ce qui suit :

" Lundi dernier, M. Riel prononçait à Worcester, Mass., dans une assemblée des Canadiens-français de cette localité un discours où nous trouvons les paroles suivantes :

" Le temps doit être passé où l'on pendait haut et court ceux qui défendait la lil>erté et leurs foyers. L'amnistie nous sera accordée. Merci aux Canadiens des Etats-Unis, à nos frères de la province de Québec pour leurs généreuses et précieuses sympathies. Merci surtout à l'honorable J. A. Chapleau qui a rendu de si grands services à notre cause. En M. Chapleau, je ne veux

pas voir un bleu, mais un Canadien-français, un représentant de la province de Québec, allant porter secours à nies compatriotes. Merci, merci, mille fois merci, les Métis par ma bouche lui offrent l'expression de leur gratitude pour ses services."

Et aussitôt que Thon. M. McKenzie eut fait adopter par la Chambre ses résolutions par lesquelles il était déclaré que Riel et Lépine auraient la vie sauve, mais devaient rester absents du pays durant cinq ans, comme tous ces messieurs se sont indignés ! Savez- vous ce qu'ils disaient — et je crois qu'ils avaient raison — " Comment, s'écriaient-ils, voici des hommes qui se sont mis à la " tête d'un mouvement révolutionnaire pour revendiquer les " droits de leurs compatriotes. C'étaient les chefs des Métis. 44 Cartier leur avait promis l'amnistie. Cartier avait dit à Mgr 44 Taché qu'il aurait une amnistie pleine et entière, et vous, " libéraux, vous osez condamner ces gens à un exil de cinq ans ! " c'est une infamie ! " Et, l'honorable député pour le comté de Québec doit s'en souvenir, de grandes assemblées furent tenues à Québec pour protester contre la politique infâme de M. Mac- Kenzie qui n'accordait pas une amnistie que Cartier avait promise. Et ce n'est pas seulement ici qu'on a tenu ces assemblées, on en a tenu aussi à Montréal et dans beaucoup de paroisses. Je me rappelle qu'au milieu de cette agitation, nous avons fait une élection dans le comté des Deux-Montagnes où j'ai été supporter mon ami Wilfrid Prévost, un des hommes les plus distingués du pays ; et là on avait tellement soulevé la population parce que l'honorable MacKenzie n'avait pas accordé une amnistie pleine et entière, qu'on fit écraser M. Prévost. Comme on le voit, il y avait un grand soulèvement alors ; et on a vu des prêtres fort intelligents, fort dévoués à la cause nationale et qui disaient : " Nous ne sommes pas intervenus " jusqu'à présent dans la politique, mais puisque le gouvernement " ne veut pas rendre justice à ces deux malheureux, il doit tomber." Vous savez que ça n'a pas pris grand temps, car ce n'est pas seulement la question de la protection qui a ébranlé le gouvernement libéral dans cette province, mais c'est surtout le mouvement qui fut fait ici, au sujet des troubles du Nord-Ouest Et dans ce temps-là, les honorables messieurs qui vont voter contre nous ce

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soir, étaient-ils du côté de la corde ou du côté de la miséricorde ? Etaient-ils pour le pardon ou pour l'écjiafaud ?

M. Nantel. — On était du côté de l'honorable M. Masson.

L'honorable M. Marchand — Vous avez bien changé.

L'honorable M. Mercier — Quelle était donc la cause de ce mouvement ? C'était qu'on bannissait Louis Riel. Quelle est la cause du mouvement d'aujourd'hui ? c'est qu'on l'a pendu. Est-ce que l'indignation qui existait à cette époque chez les conservateurs parce qu'on avait condamné Riel à un exil de cinq ans, était plus justifiable que notre indignation aujourd'hui, lorsque Riel a été pendu ? Puisque dans ce temps-là, le patriotisme de ces messieurs les poussait à dénoncer les libéraux qui n'accordaient pas une amnistie pleine et entière, comment se fait-il qu'ils nous reprochent aujourd'hui de dénoncer Sir John A. Macdonald qui a pendu Riel ? Est-ce que Riel a été plus coupable cette fois-ci que dans ce temps-là ? Lisez donc les procès-verbaux de l'assemblée législative de Manitoba ! Lisez donc les procès- verbaux des assemblées des habitants du Nord-Ouest ! Lisez donc les mille pétitions qui ont été jetées au panier par le ministre de l'Intérieur, et vous verrez la Chambre de Manitoba protestant contre la mauvaise foi du gouvernement fédéral au moins dix fois depuis que cette province est érigée. Vous trouverez des milliers et des milliers de résolutions tant dans le Nord-Ouest qu'à Winnipeg, à St Boniface et ailleurs, de partout, protestant contre la manière indigne dont les Métis et les sauvages étaient traités. Vous trouverez dans ces pétitions des représentations comme jamais nos pères n'en ont fait en 1887. Et c'est après tout cela que Louis Riel, qui s'était rendu au Monoana, revient dans son pays pour faire rendre justice à ses frères du Nord-Ouest, à la demande de qui ? A la demande du clergé ! Ceux qui veulent ici encore se couvrir comme en d'autres occasions du manteau de la religion font un acte d'hypocrisie. Il faut arracher le masque avec lequel ils se cachent la figure. On a beau le nier, les délégués qui sont allés au Montana trouver Riel étaient porteurs d'une lettre du Père André. Et que disait le Père André dans cette lettre ? En subtance il disait: " Monsieur Riel, nous vous en conjurons, venez à il notre secours. Il n'y a que vous qui rendrez justice. Il n'y a

€i que vous qui soyez capable d'empêcher une révolution comme " celle qui nous menace." .Est-ce qu'on a oublié cela ? Et ce pauvre malheureux Louis Riel, écoutant son patriotisme, écoutant l'appel du bon Père André, se rend chez les siens : qu'est-ce qui s'est passé alors, monsieur le Président ? Riel a d'abord employé les moyens constitutionnels et a attendu que justice fût rendue aux siens, et au lieu de la justice, on leur a envoyé la police et on a répondu à leurs pétitions par des balles.

On connaît les événements qui ont suivi ; après une défense héroïque, les braves Métis ont été écrasés, leur chef a été fait prisonnier, a été accusé de haute trahison et a été pendu.

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