LE CAS DE RIEL
44 Nous lisons dans le Nord de St- Jérôme.
44 Tout est tranquille maintenant, ou à peu près ; les têtes sont plus calmes, les espérances plus fortes. On sait que Riel ne sera pas exécuté : c'était décidé depuis longtemps par ceux qui nous gouvernent ; nous pouvons l 'affirmer maintenant. Dès que l'on entretenait le moindre doute sur la juridiction du tribunal et l'état mental de Riel, on pouvait être sûr qu'un sursis serait
accordé au malheureux Métis, jusqu'à ce que la certitude la plus évidente fût acquise sur ces deux points."
(La Minerve du 5 octobre 1885.)
" Heureusement que Riel et les Métis qui ont eu de véritables amis, qui firent parler la voix du bon sens, du jugement et de la justice, plus haut que les appels à la démagogie et le bon sens, le jugement, la justice ont jusqu'ici triomphé. Riel ne sera pas pendu, les Métis seront graciés, mais ils devront leur salut à ceux qui nous représentent à Ottawa, à Royal, à Girouard, à Desjardins, à Oui met, ces vrais amis du Métis, dont nous nous sommes fait un devoir de suivre la ligne de conduite ; ils le devront à la M 'mené entre autres qui n'a cessé de réclamer justice."
(De la Minerve du 14 octobre 1885.)
44 Pauvre Riel, dans les éclairs de raison que lui laissait
sa folie, il s'est «tyerçu qu'il servait de jouet à des intrigants bien ordinaires ; il a voulu secouer leur bât, mais que pouvait-il faire lorsque ces défenseurs quand même étouffaient ses cris d'indignation ? "
(De la Minerve du 13 novembre 1885.)
Riel,
" Pas de nouvelles d'Ottawa, Muets comme la tombe. On doit pourtant avoir pris une décision ; car il ne reste que deux jours avant l'exécution, et c'est juste le temps qu'il faut pour qu'un messager parti mercredi soit arrivé à temps à Régina avec le mandat annonçant " c'est le plaisir de Son Excellence que " la loi ait son cours." Quelle sinistre ironie dans les mots de cette formule ! Nous sommes convaincus que le gouverneur-général rendrait bien pour quelques jours à Sa Majesté la " haute prérogative de miséricorde " qu'elle lui a déléguée.
11 Son Excellence a célébré hier la fête d'actions de grâce qu'elle a proclamée l'autre jour. C'était un jour de prières et de propitiation. Les rapprochements les plus étranges se produisent autour de cette date lugubre que la justice avait fixée pour une
exécution. Les dépêches de Winnipeg nous en apportent un autre. C'était mercredi la date d'un grand banquet offert aux honorables MM. White et Caron. Quel mauvais goût pour ne pas dire quelle inconvenance d'inviter à une réjouissance publique à pareil jour, deux hommes politiques qui ont autant d attaches dans notre province ! On serait porté à croire par les rumeurs qui nous viennent de Régina, que le gouvernement a chargé des médecins spécialistes de s'informer de l'état mental du prisonnier. C'est une sollicitude louable de la part du gouvernement, si la chose a été faite. Refuser cette dernière demande du prisonnier nous paraissait cruel. Quel sera le résultat de cette enquête ? Nous doutons fort que des médecins sérieux puissent prétendre que Riel n'est pas atteint de monomanie, au moins quant à ce qui regarde les questions du Nord-Ouest."
M. l'Orateur, j'achève mes observations. J'ai entendu l'autre jour avec surprise un honorable ministre venir dire : " Pourquoi donc faire ici tant de bruit pour Louis Riel. Les^tfétis ne s'occupent pas de Louis Riel ; ils ne le regrettent pas. Il est mort et ils n'en parlent plus." Eh bien ! M. l'Orateur, voici des résolutions qui ont été passées quelques jours après l'exécution de Riel, pas a Montréal, pas à Québec, mais dans les prairies du Nord-Ouest, où les Métis se sont réunis. Ils se sont transportés de très loin, de distances immenses pour venir protester contre l'exécution de de celui qu'ils appelaient leur frère. Ils ont demandé à leurs frères du Canada de reproduire ces résolutions pour prouver que leurs frères du Nord-Ouest ont du cœur. Et Ton dit qu'ils ne s'occupent plus de Louis Riel ! Est-ce que ces messieurs ont oublié la triste scène des funérailles de Louis Riel ? Riel eut son service funèbre dans l'église de Saint-Boniface. L'église de Saint- Bon if ace est à huit ou dix milles de la paroisse où demeurent la femme, la mère et les enfants de Riel, à Saint- Vital. Quand cette pauvre femme eut obtenu la permission de faire transporter le cadavre de son mari de Régina à Saint-Boniface, on a craint un soulèvement. Les Métis sont venus, comme l'attestent des informations que j'ai ici dans mon pupitre, les Métis sont venus de très loin pour veiller le corps de ce pauvre Riel. Et lorsque l'heure du départ fut arrivée, on peut dire que toute la nation
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métisse était-là, à l'exception de ceux qui étaient en prison ou en exil. Et ce sont les Métis qui ont porté à sa dernière demeure le corps de Riel. J'aurais voulu voir là les bourreaux de Riel. J'aurais voulu voir là ceux qui disent que la nation métisse a répudié cet homme. Car, à en juger par les lettres privées que j'ai reçues et par les conversations que j'ai eues avec quelquesuns de ceux qui étaient là c'était un spectacle réellement touchant et il aurait fallu n'avoir pas de cœur pour ne pas être ému de ce qui se passait en cette circonstance. Ceux-là qui viennent nous dire que Louis Riel était répudié par ses gens en ont menti. Louis Riel a été respecté, vénéré jusqu'à ses derniers moments. Toutes les nouvelles sont dans ce sens-là ; et ceux qui aujourd'hui disent le contraire, parlent pour avoir un prétexte de salir cette réputation nationale. (Ecoutez ! écoutez !) Il n'y a rien de nouveau là dedans. Est-ce qu'on n'a pas traîné dans la boue nos patriotes de 1837 ? Est-ce qu'on ne s'est pas emparé de la mémoire de Chénier, de Sanguinet et des autres patriotes de l'époque pour la salir de la fange de la calomnie ? N'avez-vous pas vu la Minerve, journal fondé par un grand patriote, M. Duvernay, jeter l'injure à la face de ces grandes figures nationales ? Est-ce que vous n'avez pas vu, vous qui avez lu l'histoire, est-ce que vous n'avez pas vu dans la chambre d'assemblée en 1849, au moment ou le parlement brûlait, grâce à la torche des orangistes, en 1849, au moment où Sir John Macdonald refusait de laisser passer le bill d'indemnité en faveur des patriotes, n'avezvous pas vu M. Blake se lever et dire : vous m'insultez aujourd'hui parce que je veux défendre la mémoire des patriotes de 1837, mais avant dix ans le pays rendra justice à ces hommes qui ont sauvé les libertés dont le Canada est fier aujourd'hui ' ( Applaudissements.)
M. l'Orateur, c'est l'histoire qui se répète. Tous les grands patriotes ont été traînés dans la boue. Tous les grands hommes ont été insultés par des hommes qui n'étaient pas dignes de dénouer les cordons de leurs souliers. (Applaudissements ) Lisez l'histoire et vous verrez cela.
On m'a reproché, on l'a dit dans certaines gazettes, d'avoir comparé Riel au Christ Voici mes paroles, et j'espère que cette
fois-ci, on les reproduira telles que je les ai dites. Je suis fier d'avoir prononcé ces paroles et je n'en ai pas honte. rt Riel notre frère est mort victime de son dévouement à la cause des Métis dont il était le chef. Il est tombé victime du fanatisme et de la trahison, victime du fanatisme de Sir John A. Maodonald et de quelques-uns de ses amis ; et comme le Christ il a pardonné à ses bourreaux. " (Applaudissements). Je nai pas comparé Riel au Christ. Je suis un de ceux qui croient à la divinité du Christ, et ma conduite religieuse le prouve: je ne comparerai jamais un homme à un Dieu. Mais quand j'ai dit que Riel avait pardonné à ses bourreaux comme le Christ, j'ai dit la vérité. (Applaudissements).
M. Lemieux — Très bien !
L'hon. M. Mercier — Le Christ est le premier sur la terre qui ait pardonné à ses bourreaux. Avant-lui, les condamnés mouraient en les maudissant. Le Christ est le premier qui ait donné ce grand exemple de charité. Et les patriotes de 37 et le patriote de 85 ont suivi l'exemple du Christ. J'avais raison de dire, que, comme de Lorimier, Riel avait donné son cœur à son pays, et que, comme le Christ, il avait pardonné à ses bourreaux. (Applaudissements.)
M. l'Orateur, ma tâche est finie. Je sais que j'ai fatigué une partie considérable des membres de cette Chambre. Je suis convaincu qu'il aurait été plus sage de me taire, qu'on me permette de le dire, je suis convaincu que j'ai fatigué mes adversaires sans profit pour ma cause, mais j'ai voulu, avant que le vote fût enregistré, établir notre position d'une manière bien claire et bien définie. L'honorable Procureur général a cru devoir être personnel dans ce débat, je ne le suivrai pas sur ce terrain. Il a cru devoir dire que ce que nous faisions était de l'hypocrisie, que nous n'étions pas sincères, que lui était un ancien condisciple de Riel, qu'il l'avait aimé, qu'il l'avait aidé, qu'il, lavait soulagé. M. l'Orateur, quand Louis Riel est venu en Chambre, en 1 873 pour y prendre sa place comme député de Provencher, à la mort de Sir George Etienne Cartier, à qui s'est-il adressé pour être reçu dans la Chambre ? II s'est adressé au député de Rouville, et le député de Rouville, c'était moi. (Applaudissements.)
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nfa'fait demander un rendez-vous chez M. Alphonse Desjardins, -député d'Hochelaga. Alors M. Desjardins n'était pas député de lajChambre, il n'a été élu qu'en 1874. Je suis allé le rencontrer •dans la vieille maison de M. Paré. Riel était un fugitif, j'étais un libéral. Il est venu à Hull. Il était convenu que j'irais le recevoir à une petite porte latérale pour le faire assermenter, je m'y suis rendu avec l'assistant greffier qui n'est plus là. Malheureusement, au moment où nous allions faire ce qu'il y avait à faire, quelqu'un est arrivé dans la chambre et ce pauvre Riel est parti. L'année suivante, il a réussi à se faire assermenter d'une manière régulière. Je n'étais pas à la Chambre alors. Mais •quand Riel a eu besoin d'un ami, il est venu à Saint- Hyacinthe, dans l'humble étude d'un avocat qui était alors en société avec le juge Bourgeois, des Trois-Rivières. Il est venu me demander l'hospitalité et il l'a eue loyalement; il est venu demander protection à ce libéral, et il a eu protection. Il est resté dans ma maison, et c'est un des beaux souvenirs de ma vie de l'avoir reçu •chez moi. L'honorable Procureur général a bien tort de croire <ju'il n'y en a pas d'autres que lui qui ont soulagé ce pauvre malheureux. Non seulement je lui ai donné l'hospitalité, mais j'ai trouvé moyen de l'aider, et il s'en est toujours souvenu. Et • quand plus tard il a été question de faire un mouvement pour Ambroise Lépine, nous n'avons pas attendu que les conservateurs •rie Montréal commençassent le mouvement. Je me suis mis à l'œuvre avec mes amis de Saint- Hyacinthe et j'ai collecté une somme convenable que j'ai envoyée à Mgr Taché pour la famille ■ de Lépine (applaudissements.) On n'a pas l'habitude de se vanter de ces choses-là, mais ça se fait tout de même et on le fait avec plaisir. Certains hommes ont tort de laisser croire que tout le dévouement est de leur coté. Il me semble que je n'ai jamais reculé quand il s'est agi de dévouement II me semble que quand il s'est agi de secourir quelqu'un, quelque pauvre que je fusse, j'ai trouvé moyen de le secourir. Aujourd'hui, si je me suis levé pour adresser la parole et si j'ai parlé si longtemps, je croyais que je devais cela à la mémoire de Riel. L'honorable Procureur général peut croire qu'il a fait plus que moi pour Riel. .Mais si 1 aine de Riel sait ce qui se passe dans cette Chambre,
elle doit trouver que les temps sont bien changés. Riel doit trouver qu'il a peut-être été trop empressé de dire dans son testament : " Je pardonne de tout mon cœur a mes ennemis et je " remercie les citoyens de la province de Québec de ce qu'ils ont " fait et de ce qu'ils se proposent de faire pour moi. " s
Or si j'ai bien compris, celui qui m'insulte aujourd'hui dans le Canadien parce que je défends la mémoire du père de Jean, le fils de Riel, a déclaré lui-même qu'il se chargeait de l'éducation de Jean, qu'il se chargeait de le f aire instruire dans un séminaire. Avant de m'insulter, qu'il tienne donc sa parole. Il le doit à la mémoire du grand patriote, c'est une dette sacrée !
M. l'Orateur, ma tâche est finie.
On a dit que ce mouvement n'était pas sincère de notre côté. De quel droit ces gens-là viennent-ils nous juger ? Où sont donc les preuves de leur dévouement au pays qui puissent leur permettre de nous insulter ainsi ? Est-ce que nos pères n'étaient pas comme les vôtres sur les mêmes champs de bataille pour défendre nos libertés et en conquérir d'autres ? Est-ce que nos pères ne marchaient pas la main dans la main comme des frères pour défendre ce pays ? Qui vous donne le droit de nous insulter de cette manière ?
Est-ce que nous n'avons pas, nous les libéraux, fait ce que nous devions, dans la mesure de nos forces, pour servir notre cher pays ? Est-ce que vous n'avez pas, vous, certains conservateurs, fait ce que vous pouviez, dans la mesure de vos forces pour perdre et ruiner ce cher pays ? (Applaudissements).
Nous avons commencé ensemble ce grand mouvement national, le 16 novembre dernier ; vous étiez alors avec nous, et aujourd'hui vous êtes avec les ennemis. Nous ne vous avons pas alors dit que vous étiez des hypocrites. Nous avons honte de l'avouer, mais c'est vrai : nous vous croyions alors. Mais, maintenant^ sachez-le, nous aurions le droit de vous dire que vous étiez deshypocrites alors, comme vous êtes des traîtres aujourd'hui, etvous n'avez pas celui de vous dire insultés. Et c'est vous qui osez, dans des circonstances aussi déshonorantes, mettre notre sincérité en doute, lorsque nous avons commencé ce grand mouvement ensemble et que la crainte vous l'a fait lâchement abandonner.
Vous n'avez pas le droit de nous juger et nous avons celui de-
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vous condamner. Nous sommes restés fidèles à la cause nationale et vous lavez trahie ! (Applaudissements). Malheur à vous l (Frémissements et applaudissements).
Que les paroles brûlantes de notre poète national, Louis Fréchette, restent gravées dans votre mémoire et vous fassent regretter votre trahison.
44 Ah ! nos nobles aïeux endormis sous la pierre,
En s 'éveillant ont dû fermer leur paupière
Quand ils ont vu des fils parjures à leur nom
Nous laisser outrager sans oser dire non.
Si leurs regards ont pu suivre ce drame sombre,
Comme leurs cœurs si fiers ont dû saigner dans l'ombre,
Comme ils durent d'horreur vous maudire, hommes faux,
Qui pour les opprimés dressez des échafauds !
Ah ! tremblez ! ces grands morts, que trouble dans leurs tombes
Le sang qui coule ainsi des froides hécatombes,
Ont des voix qui sauront remuer les vivants,
Les crimes ont toujours des effets dissolvants.
Non ! 1 ère des martyrs n'est pas encore fermée ;
Tout vrai penseur le voit et le sent. La fumée
Des bûchers trop souvent sut propager le feu.
Tremblez ! vous dont l'audace ose ainsi tenter Dieu !
Tremblez ! bandits sans cœur dont la haine et la rage
Préparent pour nos fils un avenir d'orage ;
Celui dont le regard gouverne l'univers
Avait, dans sa sagesse, à des peuples divers
Donné ce sol fécond en patrimoine libre ;
L'esprit chrétien devait maintenir l'équilibre
Entre tous les enfants de ce commun berceau ;
Leur paix dure depuis cinquante ans ; l'arbrisseau
Est devenu grand arbre et couvre au loin la plaine ;
Malheur à ces serpents dont la néfaste haleine
Répand dans ses rameaux les souffles empestés,
Des haines, des conflits et des rivalités ! "
(Applaudissements. Bravos. Applaudissements dans les galeries. La séance est suspendue et M. Mercier est entouré par une foule qui lui presse la main.)
Prononcé sur le Champ de Mars, le 22 novcn re 18SÔ.
M. le Président,
Riel, notre frère, est mort, victime de son c /ouement à la cause des Métis dont il était le chef, victime du fanatisme et de la trahison : du fanatisme de Sir John et de quelques-uns de ses amis ; de la trahison de trois des nôtres qui, pour garder leur portefeuille, ont vendu leur frère.
Riel est mort sur 1 echafaud, comme sont morts les patriotes de 1837, en brave et en chrétien ! En livrant sa tête au bourreau, comme de Lorimier, il a donné son cœur à son pays, comme le Christ, il a pardonné à ses meurtrière.
Il est monté sur le gibet d'un pas ferme et assuré ; pas un muscle de sa figure n'a tressailli ; son âme, fortifiée par le martyre, n'a pas connu les défaillances de l'agonie.
En tuant Riel, Sir John n'a pas seulement frappé notre race au cœur, mais il a surtout frappé la cause de la justice et de l'humanité qui, représentée dans toutes les langues et sanctifiée par toutes les croyances religieuses, demandait grâce pour le prisonnier de Régina, notre pauvre frère du Nord-Ouest.
Le dernier râle de Riel a eu un écho douloureux dans le monde entier ; il a été couvert par un cri déchirant parti de l'âme de tous les peuples civilisés ; et ce cri a produit le même effet chez le ministre et chez le bourreau ; tous deux, les mains teintes de sang, sont allés cacher leur honte : l'un dans une loge orangiste pour entendre les hurlements du fanatisme assouvi ; l'autre sur l'océan, pour ne pas entendre les malédictions de tout un peuple en deuil.
Nous sommes ici cinquante mille citoyens libres, réunis sous l'égide protectrice de la constitution, au nom de l'humanité qui crie vengeance, au nom de tous les amis de la justice foulée aux pieds, au nom de deux millions de français en pleurs, pour lancer au
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ininistre en fuite une dernière malédiction qui, se répercutant <1 écho en écho, sur les rives de notre grand fleuve, ira l'atteindre au moment où il perdra de vue la terre du Canada, qu'il a souillée par un meurtre judiciaire.
Quant à ceux qui restent ; quant aux trois qui représentent la province de Québec dans le gouvernement fédéral et qui n'y représentent plus que la trahison, courbons la tête devant leur défaillance et pleurons leur triste sort ; car la tache de sang qu'ils portent au front est ineffaçable comme le souvenir de leur lâcheté. Ils auront le sort de leur frère Gain ; leur mémoire sera maudite comme la sienne ; et comme les fils d'Abel qui fuyaient dans le désert pour ne pas rencontrer le premier fratricide du monde, nos enfants détourneront la tête pour ne pas voir les trois fratricides du Canada.
En face de ce crime, en présence de ces défaillances, quel est notre devoir ? Nous avons trois choses à faire : nous unir pour punir les coupables ; briser l'alliance que nos députés ont faite avec l'orangisme et chercher dans une alliance plus naturelle et moins dangereuse, la protection de nos intérêts nationaux.
Nous unir ! Oh ! que je me sens à l'aise en prononçant ces mots ! Voilà vingt ans que je demande l'union de toutes les forces vives de la nation. Voilà vingt ans que je dis à mes frères de .sacrifier sur l'autel de la patrie en danger, les haines qui nous aveuglaient» et les divisions qui nous tuaient. On a répondu à ce cri de ralliement, parti d'un coeur patriotique, par des injures, des récriminations, des calomnies. Il fallait le malheur national que nous déplorons, il fallait la mort d'un des nôtres pour que <;e cri de ralliement fut compris.
Aujourd'hui, affolés de douleurs, nous reconnaissons notre faute et en face du cadavre de Riel nous nous tendons une main fraternelle. Agenouillés sur la tombe bénie, nous demandons à Dieu pardon et miséricorde, pardon pour nos luttes passées, miséricorde pour notre race si douloureusement frappée. Cette prière sera-t-elle entendue ; nos vœux faits dans les sanglots et partis «de nos âmes au désespoir seront-ils exaucés ?
Y a-t-il parmi toutes ces mains qui s'étreignent dans un sublime élan quelques mains de traîtres ? Le Dieu qui sonde les reins et
les cœurs, ce Dieu seul le sait. Et en attendant qu'il nous révèle ses secrets, qu'il soulève un coin de cet avenir dont il connaît tous les mystères, espérons et ayons confiance.
Tous ceux qui se donnent la main, en ce jour de réparation, sont de la' même race, parlent la même langue, s'agenouillent aux mêmes autels, le même sang réchauffe leur cœur ; ce sont tous des frères ! Fasse le ciel, que cette fois ils écoutent la voix du sang.
Et puis, n'oublions pas, nous libéraux, que si la nation est en deuil, à cause de l'assasinat de Riel,les conservateurs nos frères sont abîmés dans une douleur plus profonde que la nôtre. Ils pleurent Riel comme nous, mais aussi ils pleurent la chute et la trahaison de leurs chefs. Eux qui étaient si fiers, et avec raison de Chapleau et Langevin, eux qui voyaient dans l'éloquence de l'un et dans l'habileté de l'autre, le salut du pays, sont obligés de courber la tête et de maudire aujourd'hui ceux qu'ils bénissaient hier. Messieurs, respectons cette grande et légitime douleur ; et ne l'insultons pas !
Mais cette union, messieurs, que nous avons faite et que nous vous prions de bénir, au nom de la patrie que vous représentez, ce n'est pas une union de race contre d'autres races, de religion contre d'autres religions.
Nous ne voulons pas réparer un crime par un autre crime. La douleur ne nous rend ni insensés, ni injustes, et ne nous enlève pas le respect que nous avons pour nos frères des autres nationalités. Nous savons que les Irlandais fils d'une race persécutée comme la nôtre, sont avec nous dans cette protestation solennelle que nous faisons ; nous savons que les Anglais, amis de la justice et que les Ecossais, amis de la liberté sympathisent avec nous dans le malheur qui nous frappe ; nous savons enfin que c'est encore plus la trahison que le fanatisme qui a tué Riel.
Hier quelqu'un me disait. " Si Cartier avait été là, Riel n'aurait pas été pendu," et j'ai été forcé d'admettre que je le croyais ! Cartier aurait défendu notre frère avec la grande énergie qui le caractérisait ; et au lieu de consentir à son exécution il aurait jeté son portefeuille à la face de Sir John !
Il faut bien avouer les chefs du parti conservateur ont dégénéré ;
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mais j'ai confiance que les soldats de ce grand parti sont restés des hommes de cœur, et qu'il y aura chez eux assez de patriotisme pour les engager à entrer tous, comme un seul homme, <lans le grand mouvement national qui se fait en ce moment.
Espérons aussi, messieurs, que notre clergé canadien dont les l>elles et nobles traditions sont écrites en lettre dor dans nos annales historiques, ne nous fera pas défaut dans les circonstances; et que son coucours puissant, donné avec prudence et réserve, assurera la réalisation de nos espérances.
Nous n'ignorons pas qu'il y a dans la province voisine et dans toutes les autres parties du Canada, des cœurs généreux qui .sont prêts à se dévouer à la cause commune, à la cause de la justice et de l'humanité.
Hier encore, un grand journal, le Globe, parlait " des devoirs du moment," justifie les démonstrations que la mort de Riel a provoquées dans la province de Québec ; rappelle les causes qui ont amené la révolte dans le Nord-Ouest, et l'empressement des ministres, aussitôt après la révolte, à faire droit aux réclamations des Métis et termine en disant :
" La page d'histoire qui est écrite avec du sang des braves " volontaires et des braves Métis devrait se fermer avec la mort " de Riel. Le peuple d'Ontario ne doit pas oublier que les " Canadiens-français ne demandent pas autre chose que la justice. *4 Rien est mort. Le sang anglais ne doit plus crier vengeance. 44 Mais comment pourra- t-on satisfaire la justice, tant que ceux •• qui sont responsables de tout le sang français et anglais versé *' dans le Nord-Ouest, resteront impunis, porteront le front haut ? 44 La trahison des ministres contre les libertés du peuple fut infi- 41 niment pire que la trahison du peuple contre les ministres. Les *' démonstrations de Québec sont contre les ministres.
" Pourquoi le peuple d'Ontario ne reconnaîtrait-il pas la justice 44 de ces démonstrations ? Pourquoi ne s'unirait-il pas à ce désir '• légitime de punir les misérables qui l'ont conduit au triste état 44 où il se trouve ? Le peuple d'Ontario va-t-il refuser de tenir le 44 cabinet responsable de la négligence, des maladresses, du pillage " et des massacres inhumains ? Pourquoi ne pas unir de nouveau *' les races , en aidant aux Canadiens-français à renverser ces
" criminels d'état, de la même manière que les Canadiens-fran- " çais se sont unis aux Anglais pour faire cesser la rébellion ? La. * responsabilité est aux provinces anglaises ; elle appartient sur- ' tout à Ontario. Le désir de Québec n'est pas la vengeance,. •' mais la justice. Le seul moyen de sauver le Canada, c'est une " union cordiale, faite entre les deux provinces, pour punir les " misérables qui sont au pouvoir."
Voilà ce que Ton dit dans Ontario ; ce n'est donc pas une guerre de race que nous voulons ; ce n'est pas un parti exclusivement français que nous demandons, mais c'est l'union de tous les amis de la justice et de l'humanité dont la cause sacrée a été outragée par la mort de Riel.
Cette mort qui a été un crime chez nos ennemis, va devenir un signe de ralliement et un instrument de salut pour nous.
Notre devoir est donc de nous unir pour punir les coupables ; que cette union soit bénie par ce peuple et faisons serment devant Dieu et devant les hommes, de combattre de toutes nosforces et de toute notre âme et avec toutes les ressources que nous fournit la constitution, le gouvernement prévaricateur de Sir John, les trois traîtres qui viennent de déshonorer notre race et tous ceux qui seraient assez lâches pour chercher à imiter ou à excuser leur crime !
J'ai cru dans ma naïveté au patriotisme d'un de ces trois hommes, et cela jusqu'au dernier moment, car quatre jours avant l'exécution de Riel, voyant l'imminence du danger, j'ai prié M. Berge ron, député de Beauharnois, d'aller dire de ma part, à IL Chapleau :
" Si Riel est pendu sans que tu résignes, tu es un homme fini ; " si tu résignes, tu sauves Riel. Dans le premier cas, le parti " libéral a un puissant adversaire de moins ; et le pays une honte " de plus. Dans le second cas, le pays a une gloire de plus et le " ministre résignataire devient l'idole de ses compatriotes. J'ai " tout à gagner comme chef de parti si tu restes: tu as tout à ga- " gner si tu résignes.
" Résigne, Chapleau et mets-toi à la tête de la province. Je " serai à tes côtés pour t'aider de mes faibles efforts, et bénir ton " nom à côté de celui de notre frère Riel, sauvé de réchafaud."
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M. Bergeron a dit au comité l'autre soir qu'il avait rempli, auprès de M. Chapleau la mission que je lui avais confiée, dans le désespoir de mon patriotisme.
M. Chapleau a refusé la main d'un frère pour garder celle de Sir John ; il a préféré les hurlements de quelques fanatiques aux bénédictions de toute la nation canadienne-française ; il a préféré la mort à la vie ; la mort pour lui, la mort pour Riel : sa. carrière est brisée comme celle de Riel ! seulement celui-ci est tombé en homme, celui-là en traître.
Un dernier mot, messieurs, et j'ai fini.
Dans les mauvais jours d'autrefois, alors que le souvenir des. échafauds de 1837 écrasait les âmes les plus fortes, alors que le fanatisme, le même qu'aujourd'hui, demandait le sang de ceux qui réclamaient les libertés, deux hommes sont apparus pour donner ces libertés et refuser ce sang. C'était Bladwin et Lafontaine ; Ontario et Québec ! Peuple, regarde ! le navire qui porte de l'autre côté de la mer le tory qui a brûlé le parlementen 1849, va croiser le navire qui ramène ici le fils d'un homme qui a défendu nos compatriotes au parlement qui brûlait.
Le fils est digne du père : c'est Blake, un noble Irlandais qui sympathise avec nous.
Comme autrefois, Ontario offre un Bladwin ; cherche dans les deux partis, et trouve-toi un Lafontaine : les libéraux croient l'avoir dans leurs rangs ; mais prends-le si tu veux et si tu le trouves, dans le parti conservateur nous l'acclamerons avec bonheur et leservirons avec fidélité !