‹ Biographie, discours, conférences, etc. de L'Hon. Honoré MercierChapitre 54 sur 145 · LA COALITION · texte numérisé non relu

LA COALITION

Dans ses divagation^, M. Chapleau vous a parlé de mes affaires: 1° au sujet de la coalition, 2° au sujet du devoir des libéraux dans cette élection. Il a eu l'audace de vous dire que si dans ce moment je ne suis pas le collègue de M. Mousseau, c'est parce que celui-ci n'a pas voulu me prendre dans son ministère.

Je donne ici à M. Chapleau, le démenti le plus formel. Si j Savais voulu entrer dans le ministère Chapleau j'aurais pu le faire ; mais jamais, de près ni de loin, directement ou indirectement, je n'ai sollicité un portefeuille de ministre. Des propositions inspirées, je le croyais alors, par des motifs honorables, m'ont été faites

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par des conservateurs. Qu'on nie, et M. L. O. David, qui a été l'intermédiaire, va immédiatement confirmer mes dires. Je vais, même publier la correspondance qui a été échangée dans le temps.

C'est M. Mousseau, par l'intermédiaire de son parent, M. Beaufort, qui m'a offert une coalition. Il est ici, à côté de moi, qu'il me contredise, si je mens.

Je suis bien récompensé d'avoir gardé le secret sur cette affaire. Ma discrétion m'a valu des contretemps dans mon propre parti.

Aujourd'hui, est-ce bien à M. Chapleau et à ses amis, pour qui j'ai souffert pour avoir gardé un secret, à m attaquer ? J'ai cru ces hommes sincères, j'ai respecté leurs intentions. Agit-on de la même manière à mon égard ?

Est-il besoin d'autre témoignage pour vous prouver que M. Chapleau m'a ouvert la porte de son cabinet? M. Tarte, exdéputé, qui est ici à quelques pas, n'a-il pas accusé M. Chapleau, dans l'automne de 1881, d'avoir voulu s'associer à moi. Le Canadien du 19 octobre 1881 disait que M. Chapleau était allé, à l'insu de ses amis, me proposer une alliance. On trouve la même assertion dans le Canadien du 22 octobre.

Voici les propres expressions de M. Tarte :

" Il (M. Chapleau) est allé luirmême à l'insu de ses collèguesimplorer M. Mercier d'entrer avec deux de ses amis dans son cabinet." (Le Canadien, 19 octobre 1881.)

" Ce tut dans ces circonstances qu'il (M. Chapleau) s'adressa à M. Mercier, qu'il rencontra personnellement et qu'il fit aborder aussi par un homme haut placé dans la politique fédérale et dont je ne crois pas nécessaire de donner le nom."

Eh ! bien, moi, je crois nécessaire de donner le nom de cet homme haut placé dans la politique fédérale dont parlait M. Tarte, c'était tout simplement M. Mousseau, qui est ici à côté de moi. (Applaudissements).

Dans le même écrit M. Tarte disait — je continue à citer :

44 Dans le mois de mars, M. Chapleau offrit une alliance à M. Mercier. On ne put s'entendre." (Le Canadien 22 octobre 1881.)-

" Depuis des mois et des mois, il (M. Chapleau) a permis à toute la presse de discuter ses offres à M Mercier, sans les nier,.

ni devant la législature, ni même dans La Minerve, qui a pourtant toujours la parole en bouche.

" Que n'est-il intervenu pour protéger la dignité de la Chambre et réassurer les conservateurs ?

" Ah ! c'est que, voyez-vous, il a espéré jusqu'à la dernière minute réaliser ses projets de contrebande." (Le Canadien, 25 octobre 1881).

M. Tarte est ici : si ces extraits ne sont pas exacts, qu'il le dise.

M. Tarte s'avançant au bord de l'estrade : — " Comme question de fait, c'est exact, c'est vrai, j'ai écrit cela.

L'honorable M. Mercier — Un autre témoin, qui est aussi présent, vient à mon secours. Dans la session de 1883, M. Desjardins, député de Montmorency, m'ayant accusé d'avoir cherché à entrer dans le cabinet Chapleau, j'ai immédiatement menacé de dévoiler toute l'affaire. Aussitôt, M. Dansereau m'a prié de ne rien dire en offrant par un écrit que je tiens à la main et que je vais lire, si on nie, une rétractation de la part de M. Desjardins. Il m'a donné par écrit cette rétractation en me demandant si j'étais satisfait. Dans la soirée, M. Desjardins s'est rétracté devant la chambre, et j'ai suivi sur le papier écrit par M. Dansereau afin de me convaincre que l'on remplissait la promesse.

M. Desjardins, qui est sur l'estrade s'avance et veut dire quelques mots.

La Foule — Taisez-vous, laissez parler M. Mercier. Continuez, continuez, M. Mercier.

L'honorable M. Mercier — Messieurs, voici ces écrits qui prouvent ce que je viens de dire. Ils sont de la main de M. Dansereau et il est facile d'en vérifier l'exactitude. D'abord la petite note :

" Ceci f era-t-il ? Je serai dans la chambre de l'orateur.

Maintenant la rétractation :

" Je prie l'honorable chef de l'opposition de m'excuser si je l'interromps. Quand j'ai mentionné qu'il avait recherché l'alliance de l'honorable M. Chapleau, je m'appuyais sur des informations que je croyais correctes, et je ne mentionnais ce fait en

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passant que pour lui demander de ne pas rendre impossible, à un moment donné, l'union de deux intelligences comme celle de l'honorable chef de l'opposition et celle de l'ancien chef du gouvernement, dans l'intérêt du pays. Je ne connais naturellement rien par moi-même de ce qui a pu se passer entre MM. Mercier et Chapleau, et du moment que l'honorable chef de l'opposition nie les démarches auxquelles j'ai fait allusion, je n'hésite pas à le croire et j'accepte entièrement et sans arrière pensée sa déclaration, qui ne peut être qu'exacte et conforme à la vérité."

M. Mousseau a vu cette rétractation avant qu'elle fût lue en Chambre et il l'a approuvée in toto. C'est même lui qui m'a demandé de ne pas faire de révélation pour ne pas le compromettre, me promettant de forcer M. Desjardins à faire cette humiliante rétractation.

M. Tarte n'est pas le seul qui se soit chargé de me défendre. M. Tassé lui-même, ce farouche M. Tassé, qui veut absolument m'écraser du haut de sa colossale insignifiance, s'est chargé il y a -deux ans de me venger dans la Minerve même des injures grossières que vient de lancer l'honorable M. Chapleau. En effet, voici ce que disait la Minerve du 21 octobre 1881 :

" Le député de Saint- Hyacinthe n'a fait aucune démarche auprès du premier ministre pour négocier des offres de portefeuilles pour lui-même ou pour aucun de ses amis.

" Dire que M. Chapleau a fait faire le plongeon à M. Mercier, c'est une fausseté. Comme fait, à l'égard de M. Mercier, c'est une injure gratuite à un adversaire dont la retraite nest pas une trahison.... Entre MM. Mercier et Chapleau, il n'aurait jamais pu être question de jouer au plus fin, malgré les divergences d'opinions ou de principes qui les séparaient. Ils sont tous deux trop honorables pour jamais jouer le rôle qu'on veut leur prêter.

Ainsi j'étais honorable à cette époque ; c'est que, voyez- vous,

je sortais de la politique, et je n'étais pas chef de l'opposition. Je

n'avais pas fait à ces messieurs le mal que je leur ai fait depuis ;

je n'avais pas surtout, fait avec mes amis de l'opposition, cette

lutte énergique de la dernière session, durant laquelle M. Mous-

seau a fait preuve de tant d'ineptie et commis tant de sottises, que ses meilleurs amis en étaient dégoûtés.

M. Chapleau nie avoir consenti à abolir le conseil législatif ; mais il oublie, le malheureux, que c'est son dernier acte de la session de 1882. C'est son testament politique, fait avant de laisser le poste de premier de la province. N'est-ce pas lui qui est allé demander au député de Rouville, M. Poulin, le 27 mai 1882, de seconder ma proposition à l'effet de faire modifier la constitution de manière à donner à l'assemblée le pouvoir d'abolir le conseil législatif ? Et ce même M. Chapleau, n'a- 1 -il pas dit dans cette occasion (Hansard 1882, p. 1530) :

" Je reconnais avec mon honorable ami qu'il faut modifier la constitution, quant à ce qui regarde les rapports législatifs entre les deux chambres. Il le faut pour éviter une position qui pourrait amener de graves embarras dans la confection des lois. Mais il est trop tard pour discuter à fond cette importante question."

Cette proposition que je faisais, sous forme d'adresse à Sa Majesté, qui l'avait rédigée avec moi ? à qui avait-elle été soumise, avant d'être mise sur les ordres du jour ? Si M. Chapleau veut parler il peut le dire, car il le sait. Pour moi, je garderai ce secret encore quelque temps et je verrai plus tard s'il est à propos de le révéler.

Mais pourquoi tant insister sur les concessions que m'ont faites mes adversaires ? Il est évident qu'ils n'auraient reculé devant aucun sacrifice pour me décider d'accepter leur alliance.

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