‹ Biographie, discours, conférences, etc. de L'Hon. Honoré MercierChapitre 55 sur 145 · LE CHANTAGE · texte numérisé non relu

LE CHANTAGE

M. Chapleau en se faisant le porte-étendard des injures de la Minerve, a parlé de chantage, et prétendu que j'étais un homme terriblement habile, puisque j'ai réussi à faire dégorger à ses amis une partie des sommes énormes qu'ils ont volées à la province. Et s'appuyant sur des accusations vingt fois réfutées, il s'est cru autorisé à dire que je faisais beaucoup d'argent avec les contestations d'élections.

Il est étrange que, tandis qu'il était sur ce sujet, il n'ait pas jugé à propos de parler de la fameuse affaire de Terrebonne et de nous dire s'il est vrai, comme la Minerve le prétend, qu'il ne doit

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son élection qu'à la corruption la plus éhontée. Surtout il aurait pu nous dire, puisqu'il était en train de faire des confidences, si c'est la crainte de cette affaire qui l'a tenu en exil pendant toute la session, l'hiver dernier, et qui lui a inspiré la manière étrange et peu digne avec laquelle il s'est fautilé dans la Chambre aux derniers jours de la session, au moment où presque tous ses adversaires étaient retournés dans leurs foyers. Discret sous ce rapport, il ne l'a pas été autant sous d'autres et il veut absolument vous faire croire que je pratique à leur égard ce que ce* messieurs appellent du chantage, métier dont ils semblent connaître parfaitement tous les secrets et qui les a fait vivre pendant des années au grand scandale des honnêtes gens.

Si M. Chapleau a pu dire que je fais chanter, je suis en état d'affirmer que lui, il sait chanter. Sa voix est un peu brisée, il chante très souvent faux, mais toujours il chante. Or, vous savez ce que ces chants de M. Chapleau ont coûté à la province.

Imitant la sirène de la fable, qui endormait l'équipage afin de précipiter le navire sur les récifs et dans les écueils, il a chanté sur tous les tons que du moment qu'il était au timon des affaires, le peuple pouvait s'endormir tranquillement et lui laisser exclusivement la direction delà barque ministérielle. Il a chanté si bien que vous lui avez permis de dévorer dans un an de temps les quatre millions rie l'emprunt français. Il a chanté si bien et il a réussi à vous endormir si profondément qu'il a pu vendre ,à son compère Senécal, et à moitié prix, la plus belle propriété de la province, le chemin de fer du Nord. Il a chanté si bien qu'il s'est fait voter un autre emprunt de trois millions, dont il avait à l'avance absorbé plus de la moitié, sans doute pour s'entretenir la voix en lion état. Il a si bien chanté que de pauvre qu'il était, il est devenu riche, et que de riche qu'elle était, la province est devenue pauvre. Enfin, il a si bien chanté qu'il a augmenté toutes h\s dépenses publiques dans des proportions alarmantes, qu'il a mis la désorganisation dans tout son parti et la démoralisation dans tout le pays. Il chante encore ; mais, comme le comédien devenu riche et qui a pris de l'embonpoint, sa voix ne sonne plus comme autrefois. Avouons, messieurs, que ce chant vous a coûté

bien cher et que pour trente sous vous auriez pu satisfaire au théâtre vos goûts pour la musique d'une manière plus agréable.

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