‹ Biographie, discours, conférences, etc. de L'Hon. Honoré MercierChapitre 58 sur 145 · VENTE DU CHEMIN DE FER · texte numérisé non relu

VENTE DU CHEMIN DE FER

M. Chapleau vous a dit d'un air de triomphe que nous étions des lâches et que nous n'oserions pas l'attaquer en face. Il ne nous vantait pas, mais il se vantait. Je n'ai jamais eu peur de M. Chapleau, pour la bonne raison qu'un honnête homme n'a jamais peur d'un autre honnête homme. (Rires et applaudissements.) Et pour que cette illusion de M. Chapleau cesse de suite, je l'accuse d'avoir trompé la Chambre et le pays depuis le commencement jusqu'à la lin de cette malheureuse transaction de la vente du chemin. Il a donné trois motifs principaux aux députés du peuple pour les engager à ratifier l'acte de vente. Ces trois motifs étaient faux. Il a dit qu'il fallait vendre:

lo. Pour mettre fin aux déficits et aux emprunts ;

2o. Pour sauver à la province les frais des travaux considérables qui restaient à faire ;

3o. Pour empêcher le chemin de passer aux mains du Grand- Tronc, notre ennemi.

Prouvons d'abord les déclarations de M. Chapleau.

Dans son discours sur la vente du chemin de fer, il disait :

" La nécessité où nous étions d'ÉQUILIBRER NOS FINAN- CES, nous a amenés à la décision de vendre notre chemin, (p. 13.)

" Nous connaissons LES DÉFICITS QUI SE SONT ACCU- MULÉS DEPUIS QUELQUES ANNÉES, et celui de cette

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«nnée ; nous connaissons les sources de notre revenu, celles qui sont certaines. Nous comptons ce que nous avons à payer comme intérêt et amortissement sur notre dette, et nous ne voulons tromper ni la Chambre, ni le public, en nous fiant à l'incertain. Nous devons à nos créanciers de ne plus courir de risques dans l'estimation de nos ressources. Nous savons qu'en vendant notre chemin nous dégrevons notre budget suffisamment pour assurer -au pays QUE LES DÉFICITS CESSERONT, et que nous pourrons voir dans un avenir très rapproché le jour où LES SUR- PLUS LES REMPLACERONT, (p. 18.)

" ON ME DIRA PEUT-ETRE : EMPRUNTEZ, EMPRUN- TEZ. SUR QUOI EMPRUNTERONS-NOUS / SI NOUS GARDONS LE CHEMIN, IL NOUS FAUDRA, POUR COM- BLER NOS DÉFICITS ET TERMINER LES TRAVAUX A FAIRE. EMPRUNTER UNE COUPLE DE MILLIONS. Or, il n'y a pas de fausse honte à le dire, à moins d'aliéner le domaine public ou d'avoir recours à la taxe directe, nous n'avons pas de quoi payer. Non, monsieur l'Orateur, le gouvernement, je l'espère du moins, ne se mettra pas dans l'humiliante position de ne pouvoir donner pour toute réponse à la question que lui fera le capitaliste qui lui demandera avec quoi il le paiera : " Je vous paierai avec votre argent." Un trésorier qui en agirait ainsi ne serait pas honorable.

" Aussi, je déclare qu'il est impassible au gouvernement de contracter un nouvel emprunt dans les circonstances actuelles «ans nuire gravement au crédit de la province. D'un autre côté, nous avons promis au corps électoral que nous n'imposerions pas de charges sur la propriété. Nous ne pouvons pas tromper les électeurs, et je demanderais plutôt de retourner devant eux que de les charger du plus petit impôt direct. Et malgré toutes les perfidies, toutes les catmles de nos adversaires, le peuple sur ce point sera encore avec nous. Entre la vente du chemin et la taxe, je sais ce qu'il choisira."

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