‹ Biographie, discours, conférences, etc. de L'Hon. Honoré MercierChapitre 64 sur 145 · NOTRE CHEMIN A L'ENNEMI · texte numérisé non relu

NOTRE CHEMIN A L'ENNEMI

Ainsi, il fallait vendre pour faire cesser les déficits et les emprunts, et sauver à la province les dépenses de plus d'un million pour les travaux qui restaient à faire ; et, pourtant, messieurs, ces deux motifs étaient faux, si Ton en croit les documents publics.

Au moins, ce chemin, qui nous coûte si cher, va-t-il rester à nos nationaux ?

Hélas ! M. Chapleau nous a trompés sur ce point comme sur les autres. Rappelons d'abord ce qu'il nous disait, toujours dans ce •discours sur la vente du chemin :

" Si, gisait -il, vous consultez des hommes qui sont mêlés à nos grandes entreprises et à tous les grands mouvements industriels, si vous consultez nos classes ouvrières, tous vous diront que cette section est si intimement liée aux intérêts de la province de

Québec, NE DEVAIT PAS PASSER AUX MAINS D'ÉTRANGERS. Et

voilà pourquoi, appuyé sur ce sentiment unanime de notre population, je suis heureux que le refus du Pacifique ait fait QUE CETTE

PARTIE DU CHEMIN RESTE AUX MAINS DE PERSONNES DONT LA VIE ET L'AVENIR SONT ÉTROITEMENT LIÉS AUX INTÉRÊTS DE LA PRO- VINCE DE QUÉBEC."

" Nous avons essayé de trouver un syndicat, composé de personnes appartenant aux différentes nationalités et aux différentes localités, et je le dis avec plaisir, nous avons réussi au-delà de toutes nos espérances. Je suis sûr de ne pas me tromper en disant qu'une ère nouvelle ne peut manquer de s'ouvrir sous la puissante influence de ce syndicat." [p. 35.]

Il ajoutait :

" Allons-nous passer par le Grand-Tronc ? Nous ne pouvons y songer, car il est notre ennemi."

Voilà les déclarations, les promesses ; et quels sont les faits ?

M. Senécal a acheté notre chemin et il Ta vendu au Grand- Tronc, avec un profit de près d'un million ; c'est la Minerve du 11 juin 1883 qui nous l'apprend.

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U Etendard avait dit : Sir Henry W. Tyler, président de la «compagnie du Grand-Tronc, a dit aux actionnaires de cette compagnie, à leur dernière assemblée générale annuelle, que le Grand Tronc avait acheté 6,800 actions de la compagnie du chemin de fer du Nord et que sur cet achat il avait payé $170,000 à compte.'' Répondant à cette assertion la Minerve disait :

" Tout le monde sait que le gouvernement aurait pu conclure la transaction que la compagnie vient de faire avec le Grand- Tronc .... Nous allons faire le compte comme il doit être fait : MM. Senécal et McDougall reçoivent en vertu de l'arrangement avec le Grand-Tronc $5,225,000

" D'où il faut déduire :

" lo. Ce qu'ils on payé $ 402,000

" 2o. La solde de la créance du gouvernement 3,500,000

■" 3o. Réservé pour les travaux 223,000 4,127,000

Balance $1,098,000

" Pour rembourser le Grand-Tronc 170,000

" Part restant à M. Senécal et à ses amis $928,000

Voilà le profit admis par la Minerve; mais Y Etendard le porte à $1,395,000. Je n'ai pas besoin de me prononcer sur le mérite de ces deux assertions, il me suffit de constater qu'il y a accord sur le point principal : la vente au Orand-Trone, pour conclure que M. Chapleau voit disparaître le troisième motif qu'il avait donné à la Chambre afin de l'engager à ratifier la vente.

Le montant exact des profits faits par M. Senécal et ses amis, quoique indifférent à ce débat, ne saurait 1 être pour les électeurs de la province, dont la propriété publique a été sacrifiée, de l'aveu même de la Mineme, puisque les acheteurs, sans faire de grands déboursés, réalisent au moins $1,000,000 de profit. N'ai -je pas le droit de demander à M. Chapleau, de nous dire si ses amis n'ont pas réalisé ce profit, grâce au million de piastres que M. Mousseau a dépensé sur le chemin depuis sa vente au syndicat, «t au bénéfice de celui-ci ?

Quand il s'agissait de vendre le chemin, M. Chapleau s'écriait

dans un élan de patriotisme sublime : " Allons-nous passer par le- Grand-Tronc ? Nous ne pouvons y songer, car M est notre ennemi" Cette crainte si patriotique était destinée à effrayer la Chambre et à empêcher le pays de recevoir le miDion du Grand- Tronc. Mais, naturellement, maintenant que ce million est passé dans le gousset de M. Senécal, le Grand-Tronc cesse detre " notre ennemi " et nous devons tous nous réjour de ce qu'un ennemi si dangereux pour nous, si dangereux pour la province, soit devenu un ami si généreux pour M. Senécal !

Quoiqu'il en soit, vous me permettrez bien, messieurs, de conclure que M. Chapleau s'est trompé ou a trompé la Chambre dans renonciation des motifs qui devaient l'engager, selon lui, à vendre le chemin sans retard.

M. Chapleau, tout à l'heure, vous disait avec une jactance ridicule, que je n'oserais pas répéter en sa présence ce que j'avais dit de lui en son absence. Vous êtes témoins, électeurs de Jacques- Cartier qui m'avez entendu en mai dernier, que j'ai répété aujourd'hui, à l'adresse de M. Chapleau, à sa face même, et malgré la peur terrible que sa présence m'inspirait, précisément la même accusation que j'avais alors portée contre lui.

En terminant cette partie de mes observations, je dirai à l'honorable M. Chapleau que ses injures de tout à l'heure et ses grands éclats de voix n'ont pas amélioré sa position : il reste convaincu d'avoir donné de faux motifs à la Chambre et d'avoir en conséquence obtenu son consentement à la vente, sous de fausses représentations.

M. Chapleau sest-il trompé lui-même, ou a-t-il volontairement trompé la Chambre ? Il est difficile de comprendre, par la longue et extravagante plaidoirie qu'il vient de vous faire, s'il est coupable d'ignorance ou de mauvaise foi ; mais, dans un cas comme dans l'autre, il a perdu le droit de vous parler avec cette fatuité et cette infaillibilité dont il voulait nous écraser tout à l'heure. Aujourd'hui, comme devant la Chambre en 1882, il se trompe ou il vous trompe.

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m. mousseau a exécuté le contrat de vente de manière

a favoriser m. sénégal

J'ai porté cette accusation l'autre jour, en votre présence ici, contre l'honorable M. Mousseau, et vous savez quelle pauvre réponse il a faite. Je vais la répéter cette accusation, ainsi que les autres griefs que j'ai contre lui, afin de lui fournir l'avantage, quand il nie répondra, de donner une réfutation complète, s'il est en état de le faire.

M. Mousseau peut rire comme il l'a déjà fait souvent. Il riait en Chambre lorsqu'il répliquait aux sommations de l'opposition :

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