COMMISSION DU SERVICE CIVIL
Vous admettrez avec moi qu'il est assez étrange de voir un premier ministre augmenter les dépenses et nommer une commission pour les diminuer. Il aurait été bien plus simple de ne pas Jes augmenter et de ne pas nommer de commission. Si M. Mous- >>eau eût désiré sincèrement faire des économies, il n'avait qu'à se
mettre à l'œuvre lui-même, se renseigner sur l'état du service civil,, demander des informations aux sous-chefs et regarder autour de lui en homme intelligent ; il se serait facilement rendu compte de la situation et aurait pu destituer sommairement les employésparesseux et adonnés à la boisson, qui malheureusement étaient assez nombreux. Incapable de prendre une détermination énergique et de remplir par lui-même les promesses qu'il avait faites au pays, il a nommé une commission composée de trois commissaires, avec deux secrétaires. Les salaires seuls des membres et secrétaires de cette commission sont de trente-cinq piastres par jour ; ajoutez les frais de voyage, de pension, de papeterie, d'impression, etc., etc., et vous avez une dépense d'au moins soixante piastres par jour. Voilà neuf mois que cette commission siège et je n'exagère pas en vous disant qu'elle a déjà coûté de quinze à dix-huit raille, piastres au, pays. Evidemment c'est un moyen, comme un autre de favoriser les amis politiques et sans résultats pratiques, comme vous allez le voir.
M. Mousseau a fait teiucoup de bruit avec le travail de cette commission. Les journaux ont annoncé à son de trompe que la commission avait déjà réalisé une économie, de quatre- vingt à cent mille piastres. Je défie M. Mousseau de produire un tel rapport et de nous montrer les ordres en conseil réalisant une telle économie. D'ailleurs, la chose n'a pas de sens commun. Comment voulez-vous qu'avec les dispositions que vous connaissez à M. Mousseau, il ait pu faire une économie de $100,000 sur le service civil qui, avec les contingents n'est porté qu'à $216,- !)05 dans les estimé* pour 1883-84 ? C'est tout simplement absurde. Pour cela, il lui aurait fallu destituer la moitié des employés.
Dès la première assemblée qu'il y eut ici, à Saint-Laurent j'ai demandé à M. Mousseau de nous donner les noms des employés qui étaient démis et le montant des salaires qui étaient diminués. 11 m'a dit qu'on le saurait le 2 juillet : Nous sommes rendus au 6 septembre et M. Mousseau ne nous l'a pas encore appris,
Heureusement que j'ai pu me procurer des détails qui m* mettent en état de vous renseigner. J'ai les numéros et les dates des ordres en conseil faisant connaître les noms des employés.
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destitués et les économies réalisées. On va m'accuser sans doute d'avoir volé ces documents, de les avoir achetés, et que sais-je encore. Que ces Messieurs ne se gênent pas, l'essentiel pour le moment, c'est que je possède les informations nécessaires.
Toutes les économies réalisées sur les traitements des employés du service civil se réduisent à $28,565, sur les estimations de M. Mousseau pour 1883-84 ; à $6,450 sur les estimations de M. Chapleau pour 1882-83, et accusent encore une augmentation de $6,747.89 sur les dépenses de M. Chapleau en 1881-82, de $12,- 558.42 sur les dépenses de M. Chapleau en 1880-81 ; de $23,961.- 09 sur les dépenses de M. Chapleau en 1879-80 ; de $26,816.61 sur les dépenses de M. Joly en 1878-79 ; et enfin, de $10,344.61 sur les dépenses de M. de Boucherville en 1877-78. (Applaudissements.) Je parle des traitements seulement, et non des dépenses contingentes.
Voilà des résultats qui ne prouvent guère en faveur de l'économie pratiquée par la fameuse commission sur les traitements du service civil La diminution de $28,565 semble considérable à première vue ; mais elle devient presque insignifiante quand vous vous rappeliez quelle est faite sur le budget de 1883-84, portant les traitements à $169,305, quand, en 1882, ils n'ont été que de $133,992, c'est-à-dire moins élevés de $35,313, et quand on se rappelle, surtout, que les mêmes traitements en 1879, sous le gouvernement Joly n'étaient que de $113,923, c'est-à-dire moindre de #55,382. (Applaudissements.)
Maintenant, je puis vous affirmer qu'il y a plusieurs de ces diminutions qui n'existent que sur le papier. Ainsi on prétend avoir retranché $400 à M. G. Grenier du conseil exécutif et $200à M. Normandin, du même département ; et l'on a déjà remis au premier $3,700 et à l'autre $100. Voilà une diminution de $600 réduite à $200.
Dans le département du Régistraire, on prétend avoir fait entr autres, une économie de $600 en destituant Jean Labrecque, messager. La commission est arrivée trop tard, car la Providence avait faite cette économie en janvier, quand le pauvre Labrecque mourut.
Au bureau du Procureur-Général, il y a bien en apparence une
économie de $2,000 pour le salaire de M. Dubreuil, mais c'est bonnet blanc, blanc bonnet, car vous trouvez ce monsieur au bureau du shérif à Montréal avec un salaire plus élevé, me dit-on.
Au bureau des Terres de la Couronne, il y a bien $1,200 de .retranchées pour salaire de M. Berthelot et $1,000 pour celui de M. Messiah ; mais pourquoi vouloir en imposer ainsi ? M. Berthelot est encore à son poste et il ma dit à moi-même qu'il n'avait pas pris sa retraite. A tout événement, s'il est mis à sa retraite, >çà n'est pas une économie de $1,200, car il aura une pension assez élevée, surtout si on fait avec lui comme avec le frère du lieutenant-gouverneur, pour remplacer une bonne partie de ce salaire. Quand à M. Messiah, il n'y a pas d'économie du tout ; il est transféré à Montréal, à l'agence des Terres et Bois, avec un salaire plus élevé, m'assure-t-on.
Enfin, il y a M. Proulx, auquel on a fait semblant de retrancher $500. Mais on lui en a remis trois cents depuis ce tempslà, à ce que j'apprends.
Au département de l'Agriculture et des Travaux Publics, vous avez Thomas Sheehan, $730 ; S. de la Porte, $730 ; et B. Gosselin, $730, — c'étaient trois surnuméraires l'année dernière, portés pour la première fois cette année dans le service régulier. Vous avez ensuite M. P. Gauvreau, qui a pris sa retraite pour cause de maladie et dont le salaire était de $1,800. Il me semble que dans ce cas la commission n'a pas grand mérite. Mais c'est ridicule de prétendre qu'il y a là une économie de $1,800. D'abord sa pension va être d'au moins $1,200, et ensuite son assistant, M. Derome, reçoit pour le remplacer une augmentation de $300. Comme vous voyez, nous voilà loin d'une économie de $100. Et si vous voulez juger de la bonne foi de ces gens-là, vous trouverez que dans le même département, ils ont fait une économie apparente de $400 en se dispensant des services d'un messager •du nom de Sylla Côté. Mais ils ont replacé de suite ce massager dans le département des chemins de fer.
Dans le département de l'Instruction publique* il y a bien un •ordre en conseil qui nous dit que M. Bitner, messager, est renvoyé, et que ça fait une économie de $665 ; mais ce monsieur est
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encore à son poste, et je ne le regrette pas, ear c'est un excellent employé. Mais pourquoi avoir passé un ordre en conseil pour le destituer, puisqu'on avait besoin de lui ? Si ce n'est pas pour tromper le public ?
Si vous ajoutez à tous les montants que je viens de mentionner les trois mors d'indemnité payés à chaque employé démis, vous -arriverez à conclure, et j'en ai bien peur, que toute cette affaire n'est qu'une ignoble farce inventée par M. Mousseau et exécutée par M. Tellier, le président de la Commission, pour leurrer le public, et surtout les électeurs de Jacques-Cartier.
Vous pouvez voir, messieurs, par ces détails peut-être ennuyeux, mais absolument nécessaires dans les circonstances, qu'il y a énormément à retrancher dans les prétendues économies de la Commission. De fait, je crois que tout le profit que cette commission donnera, sera pour ses membres et nullement pour la province.
Quant aux économies faites dans les dépenses contingentes des «lépartements, il m'est impossible de vous en parler en connaissance de cause, attendu qu'il n'y a pas besoin, qu'il est même inutile de passer un ordre en conseil pour cela, et que par conséquent il est impossible d'en trouver la moindre trace dans les documents officiels. Et comme je n'aime pas à parler sans avoir des documents, je suis obligé de vous dire que sous ce rapport, je n'ai guère de renseignements à vous donner, excepté, cependant, deux petits détails qui ne manquent pas d'intérêt D'abord, on m'assure que James Kelly et Joseph Grenier, deux employés, <jui avait des salaires de $730 chacun, sont encore à leur poste. Puis il y a le nommé S. Blanchet, employé depuis le 15 février 1883 avec un salaire excédant 8400, qui a bien été renvoyé comme surnuméraire, mais qui remplaçait depuis sa nomination Jean Labrecque, le messager du Registraire. Il est difficile de compter le montant de ces deux salaires comme économie.
Pour me résumer sur tout ce travail de la Commission, je dirai qu'il se réduit à bien peu de chose, comme je viens de l'établir, et qu'il est parfaitement ridicule de la part de M. Mousseau de vouloir en tirer gloire. Voilà plus de trois ans qu'à chaque session je dis aux ministres d'économiser, que je résiste de toutes
mes forces à chaque dépense nouvelle qu'ils veulent faire, que je leur demande de diminuer les salaires et le nombre des employés, et chaque fois on me répondait : " C'est impossible, il n'y en a pas trop et ils ne sont pas trop bien payés." Encore durant la dernière session, j'ai résisté autant que j'ai pu aux augmentations des dépenses que M. Mousseau faisait voter *par sa majorité, et, sur cet item de $37,671 que je reproche particulièrement a M. Mousseau, j'ai pris le vote de la Chambre et la majorité, à la demande du gouvernement, a déclaré que le pays pouvait bien supporter cette augmentation.
J'ai été plus loin : j'ai demandé compte à M. Mousseau des augmentations de salaires qu'il avait autorisées depuis son avènement, et pour mettre notre protêt d'une manière solennelle dans les journaux de la Chambre, mon ami M. Watts, le 22 mars dernier, fit une motion de censure contenant vingt-neuf griefs dans lesquels se trouvent treize nominations ou augmentations de salaires, depuis le 25 juillet dernier. Tout cela a été inutile, et, abusant de sa majorité, M. Mousseau a persisté dans son système ruineux. Et quand il a vu qu'il ne pouvait plus reculer son élection, et qu'il avait assez longtemps violé la constitution' en gouvernant sans avoir de siège en Chambre, et après en avoir été honteusement chassé par les tribunaux du pays, il a cherché à réparer ses fautes, il a fait semblant de vouloir pratiquer l'économie.
Messieurs, il est trop tard. Vous ne serez pas les dupes, yne deuxième fois, de ce ministre incapable et indigne. Et veuillez bien remarquer que cet homme, qui a le cœur de jeter sur le pavé de malheureux pères de famille trop âgés pour trouver d'autres occupations, et de rogner quelques piastres sur les maigres salaires de pauvres diables qui ont compté sur tout le montant qui leur avait été voté à la dernière session, pour faire vivre leurs familles, ne juge pas à propos de toucher aux gros salaires, et surtout au sien. Il a $5,000, M. Mousseau, pour faire le malheur de la province, et quand il sera député, s'il le devient jamais, il aura $500 de plus; il n'ôte pas un seul centin de ses émoluments et il ne craint pas de dire à nn pauvre homme qui n'a que $450 de salaire, qu'il lui faut retrancher $50 ou passer la porte T
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Au moins, M. Joly a donné l'exemple lui, quand il a voulu diminuer les salaires. Il a dit aux députés, vous allez faire le sacrifice de cent piastres sur votre indemnité. Il a dit aux sousministres : vous allez renoncer pendant quelques années à quatre cents piastres sur votre salaire annuel. Il a dit aux ministres : nous allons sacrifier chacun sept cent cinquante piastres sur les 53,750 que nous recevons. M. Joly montrait qu'il avait du cœur, car, se voyant obligé de diminuer les salaires, il frappait sur les riches pour épargner les pauvres. M. Mousseau procède autrement : il frappe sur les pauvres pour épargner les riches, et il prouve bien par là que chez lui il n'y a pas plus de cœur que d'intelligence !