‹ Biographie, discours, conférences, etc. de L'Hon. Honoré MercierChapitre 8 sur 145 · M. LE PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

M. LE PRÉSIDENT

Mon premier devoir est de féliciter les honorables députés qui ont proposé l'adoption de l'adresse en réponse au discours de Son Honneur le lieutenant gouverneur. De celui qui a appuyé cette proposition, j'ai peu à dire. C'est presque un vieux lutteur sur notre arène parlementaire. Son expérience et sa science constitutionnelle, dont il nous a déjà donné des échantillons à tant de reprises, me dispensent de faire son éloge.

Quant à l'honorable député de Joliette, mon devoir est de lui souhaiter la bienvenue parmi nous. C'est un avocat de talents, Je n'aurais que de bonnes choses à dire de lui si je m'en rapportais à ceux qui ont demeuré avec mon honorable ami et qui, par «conséquent, le connaissent beaucoup mieux que moi.

Il est vrai qu'il n'en a pas dépendu de moi s'il est aujourd'hui membre de cette chambre. J'ai cru de mon devoir, dans les intérêts du parti qui me fait l'honneur de me reconnaître comme son chef, de combattre la candidature de mon honorable ami et je dois ajouter que j'ai presque réussi. J'espère qu'il ne m'en voudra pas. Pour moi je ne lui garde aucune rancune d'avoir battu mon candidat.

Je crois que l'honorable député occupera dans cette Chambre la position distinguée qu'il a su acquérir dans l'exercice de sa profession.

Maintenant, M. le président, cette partie de mon sujet — et la j lus agréable — étant épuisée, je suis obligé d'entrer dans ce que je considère comme la partie la plus désagréable du programme du jour.

M. le président, le discours du trône que nous avons à considérer n'est que la ré pétition stéréotypée des harangues officielles

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conservatrices passées et présentes. Ce morceau d'éloquence ministérielle est très long, mais il ne contient en définitive que très peu de chose. C'est un grand discours dans lequel il n'y a rien. Ceci me rappelle ce que j'entendais dire au commencement de ma carrière professionnelle comme avocat. On disait, à propos des successions des mineurs, que la part de chacun dans la terre est bien longue mais qu'elle n'est pas large. Le discours du trône ressemble à ces parts de mineurs, il est long mais il n'est pas pas large. Je suis porté à croire que le gouvernement a fait ce qu'il y avait de mieux à faire. Ne voulant dire que très peu, il < levait néanmoins s'arranger de manière à ce que le discours du trône vint à être long, tout en contenant le moins possible. Comme on est à l'approche des élections, le gouvernement devait se plonger davantage dans sa parfaite insignifiance. Il devait éviter toutes les questions qui agitent l'opinion publique. Les ministres ont su prendre les moyens pour ne pas dire leur opinion sur les sujets qui passionnent le peuple de la province de Quél>ec. On leur a fait comprendre que leur position exige qu'ils ne se montrent ni chair ni poisson. Quant à cela, on a réussi à merveille.

Le gouvernement a eu le soin de prendre pour proposer l'adresse le seul député nouveau et ministériel que les élections «le la vacance lui aient donné.

Comme la Chambre le sait, cette élection a eu lieu dans le cours du mois de septembre dernier. Elle a été nécessitée par la retraite de l'un de nos collègues, qui est allé siéger dans la Chambre haute.

Ancien libéral et adversaire acharné de la Chambre dans laquelle il est maintenant, il devra y finir sa carrière.

Je lui souhaite de fournir comme membre du Conseil législatif, une carrière plus brillante que celle qu'il a parcourue comme membre de l'Assemblée. Il aura des loisirs, j'espère qu'il en profitera pour apprendre qu'il est grand, beau et noble d'être fidèle à son parti et à ses principes.

La Chambre me permettra, sans doute, d'attirer pendant quelque temps son attention sur cette élection.

Nous étions alors à la veille du grand mouvement national.

C'était peu de temps après le rejet de la proposition de mon honorable ami le député de Trois- Rivières.

Il avait demandé à la Chambre de venir au secours des Métis du Nord-Ouest. La Chambre avait refusé de prendre une position qui pût être considérée comme une intervention. Depuis le rejet de cette proposition, les événements avaient marché. Le Nord- Ouest était en feu ; nos volontaires avaient combattu pour une <rause qui n'avait pas leurs sympathies. La force avait eu raison de ce vaillant petit peuple de Métis, et de nombreux prisonniers de guerre remplissaient les cachots de l'ouest. Au moment où on se demandait ce qu'on allait faire de Louis Riel, nous avons sollicité le peuple de Jolie tte de donner une leçon de clémence à ses gouvernants. Nous lui disions de rendre un verdict qui fît comprendre aux ministres que la clémence seule pourrait satisfaire la •province de Québec. Nous exprimions des appréhensions les plus vives en l'absence d'un tel verdict, sur le sort de Riel. De son côté, l'honorable procureur général disait que c'était la clémence qui serait exercée et non la rigueur d'une terrible sentence. Il assurait aux électeurs de Jolie tte que la sentence de mort ne serait pas exécutée. Ces affirmations sont tellement restées gravées dans mon esprit qu'il me semble encore entendre l'honorable procureur général prononcer ces paroles rassurantes de sa voix forte et puissante.

Chaque fois que j'ai eu l'honneur de le rencontrer dans les assemblées publiques dans le cours de cette campagne, il ma été donné d'entendre les mêmes affirmations, faisant naître les mêmes assurances, faisant concevoir les mêmes espérances. Et, M. le président, quel a été, au point de vue pratique, le résultat de ces paroles de clémence. Tout cela a eu pour effet de conserver au gouvernement ce comté à une majorité de 14 voix, après que celui qui se retirait avait obtenu, à sa dernière lutte, une majorité de 600 voix.

Depuis cette élection, les événements ont marché et la parole de l'honorable procureur général au peuple de Joliette n'a pas été remplie. A-t-il au moins protesté pour dégager sa resposabilité ? Lorsque le 22 novembre dernier, j'avais l'honneur de parler à cinquante mille citoyens dans la division-est de Montréal, lorsque,

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lui, l'honorable procureur général était présent à Montréal, il me semble qu'il aurait dû être là, à mes côtés, pour faire entendre une solennelle protestation contre ceux qui lavait induit à. engager sa parole vis-à-vis tout un collège électoral dans cette province. Il aurait dû être là pour rappeler à ceux qui l'avait trompé que ce n'est pas ainsi qu on en agit avec un procureur général dune grande province comme la nôtre.

Non, M. le président, il n'y était pas. Sa place était vide ; là comme ailleurs où l'appellent les grands devoirs qui lui incombent «comme représentant de toute une race noble et généreuse.

Le procureur général si empressé à dire que l'honneur national ne serait pas entaché, lorsqu'il s'agissait d'un succès de parti, n'a pas osé se montrer lorsqu'il fallait faire entendre des paroles de réprobation à l'adresse de ceux qui n'avaient pas su conserver intact cet honneur national. Tout le monde se demandait s'il y avait un gouvernement à Québec. Le peuple, blessé dans ce qu'il a de plus cher se posait avec anxiété la question : y a-t-il encore des hommes pour défendre les Canadiens-Français. Ces messieurs, les champions obligés de ce peuple, ses défenseurs par devoir, ces bons ministres étaient absents des grandes manifestations populaires, tapis dans leurs somptueux bureaux, muets et sourds aux appels de toute une race, mortellement blessée dans ses sentiments les plus nobles. Ils sont ainsi restés muets jusqu'à l'élection de Lotbiniere, provoquée par une circonstance dont je parlerai dans un instant.

L'honorable procureur général y est allé, accompagné de quelques uns de ses collègues. Alors il comprenait, comme toute la province du reste, qu'on avait été lâchement abandonné par ceux qui nous représentaient plus particulièrement à Ottawa. Va-t-il en profiter pour les dénoncer et flétrir leur indigne conduite ? Oh ! pas un mot, pour lui, il n'est pas encore temps de faire des protestations.

M. le président, non -seulement le peuple s'est fait entendre spontanément dans les nombreuses assemblées publiques qui ont été tenues sur divers points de la province, mais plus tard est venue la voix plus calme plus réfléchie si l'on veut, des corps municipaux. A ce nouvel appel, le gouvernement est ercore resté muet.

L'élection de Lotbinière offrait donc aux ministres une excellente occasion de sortir de leur mutisme et de se faire les champions de la cause nationale. Au lieu de cette attitude ferme et digne, on nous a amené un homme pour qui j'ai personnellement le plus grand respect, mais qui, politiquement, n'était que l'instrument du gouvernement fédéral. On le savait si bien, qu'on a vu tout ce qu'il y avait de plus vénal à Ottawa s'abattre sur le collège électoral de Lotbinière, et déployer toutes les ressourcesdc leurs talents corrupteurs, pour faire triompher la cause du gouvernement fédéral, identifiée ^, celle des ministres provinciaux.

La encore, l'honorable procureur général comme ceux de ses collègues qui ont pris part à cette campagne électorale, n'ont pas dit un mot de protestation contre ceux qui nous ont infligé l'affront sanglant du 10 novembre dernier.

Si c<; silence ne suffisait pas pour nous donner la certitude qu'il y a communauté d'idées et de sympathies entre les ministres provinciaux et fédéraux, il n'en pourrait rester un seul doute maintenant que nous avons vu ce qui s'est passé depuis. Cette certitude a existe lorsqu'on a vu, à l'assemblée de Sillery le candidat conservateur dans Lotbinière faire cause commune avec les^ pendards. Aussi la même réserve n'a plus été de rigueur, lorsqu'est venu l'élection de Drummond et Arthabaska, car là on espérait prendre les cinq ou six cents votes anglais que compte cette division électorale. Pour ne pas mécontenter ni l'un ni l'autre des deux grands éléments nationaux qui divisent ce collège électoral le gouvernement a eu le soin de dire à son candidat > Prenez garde, il y a eu un grand mouvement dans la province, n'allez pas dire rien dans un sens ou dans l'autre, car vous serez battu. Mais malheureusement pour ceux qui avaient imaginé cette ruse, il s'est trouvé des conservateurs dangereux c'est ainsi qu'on désignait ces patriotes, qui sont venus mettre cesv précautions à néant Ils ont exigé des garanties de la part du candidat conservateur. M. Préfontaine a d abord refusé sur l'ordre du gouvernement, ou du moins avec l'assentiment de certains, ministres. Et lorsque plus tard, on a vu que ce refus s'il était maintenu, pouvait faire du mal à la candidature ministérielle, on

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a dit à M. Préfontaine ; signez et on vous appuiera quand même^ On a vu cet homme signer les résolutions du Champ de Mars et. se montrer ensuite dans les assemblées publiques ayant en mains: ces mêmes résolutions, que la presse ministérielle dénonçaitcomme déloyales et dirigées contre la couronne d'Angleterre.

L'honorable procureur général, comme le gouvernement, espéraitpar ce truc, se venger de sa défaite à Lotbinière et de sa quasi défaite de Joliette.

M. le président, j'ai fait cette revue des récents événements électoraux pour démontrer à la Chambre et au pays ce que nous avons dans la personne des ministres et pour démontrer aussi qu'ils ne savent pas où aller pour échapper au naufrage qui les attend. J'ai voulu aussi prouver qu'ils sympathisent avec les traîtres ou les patriotes suivant qu'ils pensent que cela peut faire leur affaire.

Je ne sais pas si le gouvernement va avoir le courage de nousdire ce qu'il pense des affaires du Nord-Ouest, mais ce que je saisc'est que le parti conservateur est resté, en dépit de la plupart de seschefs, un parti national et de patriotes. Je comprends, pour ces messieurs, que ce n'est pas par ses actes qu'on reste au pouvoir ou qu'on s'en rend digne. Un jour viendra où les ministres auront beau ne pas vouloir entendre, ou essayer de se fermer les oreilles,. ils devront les ouvrir. Et ce jour-là sera celui où nous irons tous devant le peuple pour faire renouveler notre mandat. Mes honorables amis de la droite auront beau se faire humbles et soumis à toutes les exigences, le peuple aura alors son tour et il dira qu'il est trop tard.

On est encore à se demander dans la presse quelle est l'opinion des ministres sur cette question du Nord-Ouest. Le gouvernement se tient coi et n'ose répondre ni affirmer ses convictions au grand jour. Quelques journaux, poussent le dévouement assez, loin pour défendre le mutisme des maîtres et on va jusqu'à dire»* dans certains cercles choisis avec beaucoup de discrétion, que l'un des ministres a envoyé une dépêche au gouvernement fédéral le suppliant de ne pas laisser exécuter Riel. Comme de raison, je ne* sais pas si c'est vrai en tout ou en partie.

D'autres bruits circulent aussi, d'après lesquels, l'un des mi—

nistres aurait dit que le gouvernement fédéral avait bien fait de laisser exécuter Louis Riel. J'ignore si cela est vrai. Dans tous les cas, j'espère que les ministres auront le courage, pendant cette session, de nous dire ce qu'ils pensent de ce mouvement national qui a trouvé un écho puissant d'un bout à l'autre -de la province. Quant à ma ligne de conduite, on sait ce qu'elle a été. Je n ai pas craint, M. le président, de marcher la main dans la main sur cette question, avec certains conservateurs que je croyais en état de faire un peu de bien au pays.

A tout événement, tout le monde a compris que le lendemain de la mort de Louis Riel, le gouvernement se serait peut-être mis du côté des patriotes mais qu'il a craint la colère de ses maîtres à Ottawa. Nous en avons déjà vu bien d'autres. La Minerve, ce jourrial fondé par un grand patriote, Duvernay, n'a pu s'empêcher de suivre un instant le torrent populaire, mais aussitôt cette feuille a reculé devant les conséquences logiques (7e son premier mouvement, qui était le bon, et s'est mise à défendre le gouvernement qu'elle venait de condamner dans un langage plein d'une sombre énergie.

Quoiqu'il en soit de ces défaillances, il est temps de savoir si le gouvernement de la province de Québec est avec les patriotes oui ou non.

M. le président, en parlant de l'élection qui a eu lieu dans certaines divisions électorales, j'ai dû rappeler à la mémoire de ceux qui me font l'honneur de m'écouter certaines circonstances qui ont précédé ces élections. J'ai fait nécessairement allusion à la démission de deux de nos collègues. Je désire nf expliquer sur ces faits.

Depuis 1867, nous avions au milieu de nous un homme dont e nom était synonime d'honneur et de loyauté. Je regrette la décision qu'il a prise par laquelle il a privé son pays et son parti des précieuses lumières de sa longue expérience, mais je dis qu'il a bien fait de se retirer s'il croyait que ses convictions n'étaient pas d'accord avec celles de ses commettants. Mais en même temps il a donné une grande leçon à certains députés et ministres qui gardent leur mandat et leur place quand même, tout •en n'ignorant pas qu'ils tiennent une ligne de conduite opposée à

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l'opinion de la grande majorité de leurs commettants. M. le président, si, comme vous n'en pouvez douter, nous regrettons le départ de l'honorable M. Joly, nous ne pouvons non plus nous empêcher de l'admirer dans sa retraite prématurée.

Un autre de nos collègues, M. Watts, a donné lui aussi sa démission à propos de cette question Riel. Si nous avons perdu deux collègues précieux par leurs talents et leurs expériences^ nous pouvons dire que nous les avons remplacés par deux amis et qui plus est, par deux patriotes. Je profite de cette occasion pour leur souhaiter, au nom du parti libéral, la plus cordiale bienvenue dans cette Chambre.

M. le président, on a beaucoup discuté pour savoir si dans les •circonstances ceux qui ont pris une position opposée à la nôtre étaient oui ou non justifiables. On a dit qu'en définitive, les ministres fédéraux étaient les vengeurs de la loi outragée ; qu'on m* pouvait pas blâmer des hommes qui se faisaient les vengeurs de l'ordre public exprimé par la loi.

Mais il faut bien se rendre compte de la situation. La loi du Nord-Ouest n'est pas la même que celle des vieilles provinces de la confédération. Ainsi, dans la province de Québec, lorsque la sentence de mort contre un criminel, est prononcée, elle est exécutée sans que le gouvernement soit tenu en quoi que ce soit, d'intervenir, mais dans le Nord-Ouest c'est tout le contraire qui est établi en vertu de la loi même. Ou, en d'autres termes, M. le président, ici le gouvernement fédéral n'a qu'à laisser la loi suivre son cours, sans la moindre intervention de sa part, tandis que dans le Nord-Ouest la loi suit son cours parce que les ministres le veulent ainsi. Là, il faut un arrêté du conseil pour que l'exécution ait lieu Ces hommes qui font valoir l'argument que je combats en citant les prescriptions de la loi dans les vieilles provinces et dans l'ouest, ces hommes là ne connaissent pas le premier mot de la question. S'ils n'étaient pas aussi ignorants ils sauraient que dans le Nord-Ouest pour qu'un condamné à mort soit exécuté il faut que les ministres l'ordonnent iiu moyen «l'un arrêté du conseil.

On a dit aussi que le grand mouvement qui a éclaté spontanément à la suite du 1(3 novembre dernier, était déloyal^ et qu'il

fallait dénoncer ceux qui y prenaient part comme des traîtres à la constitution et à l'Angleterre. Pourquoi en appeler ainsi au sentiment de loyauté.

On vient dire que ce mouvement était dirigé contre la couronne anglaise ! C'est faux et j'en appelle à nos accusateurs pour faire la moindre preuve contre ceux qui ont pris part à ce mouvement. Mais n'ai -je pas le droit de demander à nos détracteurs: pourquoi donc user de plus de sévérité quand il s'agit de l'un de nos compatriotes?

Ce n'est pas la première fois qu'un peuple opprimé a recours aux armes pour revendiquer l'exercice de ses droits. L'histoire a enregistré des révolutions bien autrement formidables que celle qui a ensanglanté les plaines du Nord-Ouest. Pour ne parler que de faits tout récents, nous avons vu de ces mouvements en Egypte et dans d'autres contrées de l'Afrique. L'Angleterre a du lutter contre ces rebelles. Après que des millions eurent été dépensés, après des combats sanglants où des centaines de milliers d'hommes des meilleures troupes anglaises eurent succombé sur les champs de batailles pourquoi, je le demande à ces ultra-loyaux, la Reine elle-même a-t-elle pardonné à ces rebelles ?

Et quand la France a été obligée, pour la protection de ses colonies africaines, de soutenir une guerre longue et formidable contre le fameux Ab-del-kader,et lorsqu'elle eut fait prisonnier ce rebelle, pourquoi la France a-t-elle donné un magnifique château et une pension princière à ce révolté qui avait fait verser tant de sang français et dépensé tant de millions ?

Rapprochons- nous davantage du Canada, et demandons à ces ultra-loyaux pourquoi, après la guerre de sécession aux Etats- Unis, guerre dont nous connaissons tous quelque chose, car un grand nombre des nôtres y étaient, les vainqueurs n'ont-ils pas mis à mort les principaux instigateurs de cette guerre meurtrière ? Au contraire, Lincoln, avant de mourir a voulu que tous ceux (jui avaient pris part à cette rébellion fussent pardonnés. On n'a pas noyé le triomphe dans le sang de concitoyens.

En 18G0 lorsque des compatriotes des Irlandais, pour se venger

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<les persécutions des Anglais, eurent passé la frontière et eurent fait brûler les maisons de paisibles citoyens, une cinquantaine d'entre eux furent pris et envoyés dans les prisons, est-ce qu'ils furent exécutés ?

Non, M. le président. Et parmi ceux qui demandaient que ces prisonniers ne fussent pas exécutés, il y en avait parmi ceux-là même qui avaient eu à souffrir des déprédations qui avaient été commises par ces infortunés.

M. le président, rapprochons-nous encore davantage du cercle où nous vivons et consultons l'histoire, non pas d'y il y a •cinquante ans mais l'histoire d'hier et voyons ce qui s'est passé.

En 1874, il y avait un gouvernement dans la province de Québec. Il y avait dans ce gouvernement un homme dont la carrière sera peut être brisée parcequ'il n'a pas compris qu'il fallait être du côté de ses compatriotes, au lie*u d'être du côté de leurs tyrans. Il y avait à Ottawa un homme que l'on disait bien fanatique, et cet homme était à la tête du gouvernement. Le 18 décembre 1874, M. Chapleau proposait ici, comme son collègue dans le temps, l'honorable M. Ross, proposait au Conseil législatif, des résolutions toutes spéciales. Et M. le président, que demandait-on dans ces résolutions ? On y émettait l'idée que la recommandation du jury à la clémence de la cour, devait suffire à la couronne pour l'engager à exercer sa prérogative royale de pardon, ou de commutation de sentence. On y tenait un langage beaucoup plus énergique que celui que l'on nous reproche aujourd'hui. Cependant il y avait alors dans cette Chambre un grand nombre de nos compatriotes anglais. Dans la liste des députés de l'époque, je vois les noms de messieurs Alexander, Bellingham, Irvine, Joly, Lynch, Watts, Brigham, Cameron, Church, Robertson, Savvyer. Se sont-ils levés pour protester contre le langage des résolutions qu'on soumettait à leur approbation ? Ont-ils dénoncé comme des déloyaux ceux qui demandaient grâce pour les pauvres Métis ? Voici ce que Ton trouve dans ces résolutions, acceptées aussi bien par la majorité canadienne-française que par la minorité anglaise de la Chambre :

" Que tout en s'inclinant devant le verdict rendu contre un,

des acteurs dans ce soulèvement, l'opinion publique dans cette province éloignée de Manitoba, comme dans les autres provinces de la Puissance, et jusqu'en Angleterre, s'est vivement émue à l'idée que cet acte de violence déplorable était tellement confondu avec les événements politiques de cette malheureuse époque qu'il est impossible de l'assimiler aux cas ordinaires d'homicide.

" Qu'un sentiment généml de sympathie et de miséricorde s'est répandu dans la Puissance et dans tout l'Empire en faveur du malheureux prisonnier ;

" Que, dans le but de satisfaire ce sentiment de miséricorde et aussi dans le but de réaliser cette idée de conciliation, de paix et de tranquillité qui a présidé à l'établissement de la Confédération, et de faire disparaître toutes les causes de division et les sentiments hostiles qui pourraient se manifester entre les différentes populations de ce pays et, en particulier, pour donner effet à la recommandation de clémence exprimée par le jury dans son verdict, Son Excellence soit humblement priée de vouloir bien exercer, en faveur du condamné, Ambroise Lépine, la royale prérogative de miséricorde en lui octroyant grâce et pardon."

Dans le cas auquel se rapportent ces résolutions, l'action du gouvernement ne s'exerçait pas de la même manière que dans le cas actuel. En 1874, il n'y avait pas besoin d'arrêté du conseil pour que la sentence fut exécutée ; le gouvernement n'avait qu'à laisser faire. En 1874, on demandait à un gouvernement libéral d'exercer la clémence, tandis que dans ce cas-ci le gouvernement n'avait qu'à fermer les yeux. En 1874, le premier ministre d'aujourd'hui avec quelques-uns des ministres actuels, ont demandé miséricorde. Je demanderai aux ministres qui siègent en face de moi s'ils ont suivi ce grand exemple. Ou bien, avez- vous préféré vous ranger du côté de la corde plutôt que du côté de la miséricorde ? J'attends une réponse. . . .

Alors je comprends (pie les honorables ministres ne se sont pas fait les échos du grand mouvement qui s'est manifesté dans toute la province. Us en porteront la responsabilité aux yeux de leur parti, car je ne puis croire qu'un parti qui a eu Lafontaine et Cartier pour chefs, puisse accepter la position que lui font les.

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ministres sur cette question. J'espère que le parti conservateur se fera un devoir de les dénoncer et de répudier leur conduite indigne, comme cela a déjà été fait à Ottawa.

Je n'en dirai pas davantage pour le moment. J'espère que la Chambre me pardonnera si j'ai été un peu long sur cette partie de mon sujet. Je désirais faire connaître ma pensée, puisqu'une occasion aussi favorable se présentait à moi. J'espère que nos compatriotes anglais dans cette Chambre comprendront qu'il est beau d'avoir du cœur. Ils ne peuvent être surpris si je prends cette position. Nous ne demandons pas vengeance contre qui que ce soit. De plus, les Anglais ne m'ont jamais habitué à penser qu'il s'enorgueillissaient de faire monter des compatriotes sur 1 echafaud. A part du cas de l'Irlande, exemple regrettable sans doute, ils n'ont pas montré qu'ils étaient inexorables dans ces circonstances où la clémence est si bien de mise. Aussi, ai-je lieu de croire qu'ils comprendront l'esprit qui m'anime en ce moment.

Maintenant je vais dire un mot de la picotte. Le gouvernement appelle cela la variole, dans son discours du trône ; le peuple, lui, nomme cette maladie la picotte.

Le gouvernement est entré dans la voie des compensations ; ne pouvant se féliciter d'avoir empêché la mort de Louis Riel, au moins il se félicite d'avoir empêché la picotte de se répandre davantage dans la province.

L'honorable procureur général a su émettre une proclamation dont les effets salutaires se sont fait sentir dans certaines parties de la province.

La loi dont on s'est servi est ancienne et il n'y avait aucun règlement de fait pour faciliter son fonctionnement. Cela a donné lieu à des difficultés considérables, qui doivent solliciter notre attention comme législateurs.

Dans le discours du trône, il est aussi question du bureau de santé :

Parmi les membres de ce bureau de santé, on trouve le nom du maire Beaugrand de Montréal, qu'un certain journal conservateur de cette ville, a appelé le bourreau de la famille Gagnon. Le maire agissait en vertu de certains règlements. Or ces fa-

meux règlements que je pourrais critiquer si j'en avais le temps, ont été approuvés par le gouvernement. Néanmoins, les journaux conservateurs qui déversaient à pleines colonnes l'injure et le blâme sur le maire Beaugrand n ont pas trouvé un mot de désapprobation à l'adresse du gouvernement.

Dans la partie-est de Montréal, on a soulevé le peuple contre le maire Beaugrand, mais en même temps, on se gardait bien de ♦dire un seul mot contre le gouvernement, qui avait approuvé les règlements qui forçaient le maire d'en agir ainsi. Pourquoi cette sévérité pour l'un et cette condescendance pour l'autre. Pourquoi. . . . c'est bien simple, c'est parce que M. Beaugrand est un libéral et que les ministres sont conservateurs.

Le gouvernement nous annonce qu'il va faire modifier la loi en vigueur. J'espère qu'il va donner suite à cette partie de son programme. J'espère aussi qu'il va s'arranger de manière à ne pas nous donner de ces misérables qui sont allés, le pistolet à la main, effrayer les femmes et les enfants, sous prétexte de faire exécuter les règlements du bureau de santé nommé par le gouvernement. Ils ont poussé la sévérité ou plutôt la déplorable ■sottise jusqu'au point de se rendre maîtres des maisons.

J'espère que ces scènes ne se renouvelleront plus et que la loi sera changée de manière à rendre leur répétition impossible. On verra aussi à ce que le choix des officiers soit mieux fait à l'avenir que par le passé, et que l'on ne confiera plus des fonctions aussi délicates à des ivrognes de profession qui ont fait des scènes aussi regrettables. Si le gouvernement veut savoir si ce que je dis sur le compte de ses officiers est vrai, qu'il le demande à certains de ses partisans et il en apprendra de belles.

J'espère aussi, M. le président, que par la nouvelle loi, on n'obligera pas les gens à créer des bureaux de santé là où il n'y a aucun besoin. Que l'on divise la province en deux ou plusieurs grands districts où la loi pourra par proclamation, être mise en vigueur quand la nécessité s'en fera sentir. Je ne vois pas pourquoi on mettrait cette loi en force partout à la fois, comme cela a eu lieu l'été dernier.

On me dira peut-être que c'était pour prévenir le mal. C'est le contraire qui est arrivé. On a envoyé de Montréal des gens

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<jui sortaient des maisons de varioles et qui ont répandu la ^variole partout où ils sont allés ; ils étaient les agents de la maladie, comme ils étaient les agents de la loi.

Il est bon d'appliquer des mesures préventives avec vigueur, mais aussi il ne faut pas pousser la sévérité jusqu'au ridicule. Je vais en donner un exemple à la Chambre.

Un jour l'automne dernier, je pars de Montréal et je vais à la jolie petite ville de St. Jean, chez mon ami l'hospitalier député du comté du même nom. J'y passe la soirée en la compagnie agréable de mon honorable ami. Le lendemain, je reprends le train pour revenir à Montréal. A mon grand étonnement un officier de santé m'aborde et ine demande si je suis vacciné. La question me parut fort cocasse, je l'avoue.

Je viens de St. Jean, lui dis-je, et je comprends que la loi ne concerne que ceux qui sortent de Montréal et non pas ceux qui y viennent, vu que le foyer d'infection n'est pas en dehors mais bien en dedans de cette ville. Ce ne pouvait être par conséquent ceux qui venaient à Montréal qui pouvaient répandre la contagion mais bien ceux qui en sortaient. Malgré ce raisonnement plein île bon sens, mon officier de santé ne voulut pas entendre raison et me menaça de faire un rapport contre moi. Je l'envoyai se promener. Je ne sais s'il a exécuté sa menace contre moi ou si le bureau central de santé a jugé à propos de laisser dormir l'affaire, dans tous les cas je n'en ai plus entendu parler.

Ainsi, M. le président, vous voyez par là avec quelle sévérité ridicule même, on appliquait cette loi-là. On employait des hommes qui ne savaient rien de ce qui constituait leur devoir. Il faudrait étudier soigneusement la question de manière à éviter tous ces inconvénients dans la nouvelle loi.

M. le président, j'ai été surpris d'entendre les deux honorables députés qui ont proposé l'adoption de l'adresse, féliciter le gouvernement pour avoir défendu autonomie des provinces et de l'avantage qu'il a remporté dans cette voie, clans l'affaire relative à la loi «les licences.

Mon honorable ami, le député de Joliette, ne doit pas être trop fortement blâmé pour avoir dit une chose si contraire à la vérité. Il est, il me permettra bien île le lui dire, quelque peu novice

dans les choses parlementaires et je suis porté à croire qu'il y a été* de confiance. Il a cru tout bonnement que le discours du trône ne disait que la vérité la plus évidente, comme les ravages de la picotte à Montréal. Sa naïve et juvénile confiance parlementaire dans la parole des ministres lui a joué un mauvais tour, voilà tout.

Mais ce que je ne puis concevoir c'est que l'honorable député de Chicoutimi et Saguenay ait pu, se laisser prendre ; lui qui sait comme nous, quelle énergie il a fallu déployer pour entraîner les ministres à exprimer une opinion favorable à l'autonomie des provinces.

A-t-il donc oublié que dans le mois de janvier 1884, le gouvernement a donné — et cela sans le savoir, ce qui est le beau du tour — a donné, dis-je, instruction à ses officiers de mettre la loi provinciale de côté sur les licences et de ne suivre que la loi fédérale ; a-t-il déjà oublié cet intéressant incident de la carrière ministérielle des membres du gouvernement ? Quand il a adressé ses chaleureuses félicitations aux ministres, est-ce qu'il ne savait pas ce qui s'est passé à cette époque ( On se rappelle encore que quand j'ai rappelé l'existence de cette fameuse circulaire, l'honorable procureur général est entré dans une de ses grandes colères. .

Les ministres acceptent sans sourciller les félicitations de leurs amis, mais s'imaginent-ils que nous sommes complètement ignorants de ce qui s'est passé. Qu'avez-vous fait pour repousser la loi contre laquelle nous venons de remporter un succès dont on s'enorgueillit sur les bancs de la droite ? Rien, absolument rien, et c'est la loi de M. Mowat qui vous a donné l'idée de faire ce que vous avez fait. Dès les premiers jours, M. Mowat combattait la loi centralisatrice de Sir John Macdonald.

Lorsqu'on vous a demandé de ne pas accepter cette loi néfaste, vous avez envoyé une circulaire à vos officiers leur ordonnant de mettre cette même loi à exécution. Il est si vrai que vous n'avez rien fait par vous-mêmes, c'est que vous n'avez agi (jue lorsque le parlement fédéral vous eut donné la permission d'en appeler à la cour suprême de la validité de cette loi. Vous avez attendu que M. Mowat eût commencé à faire la lutte sur le terrain judiciaire pour agir de votre côté. Voilà en deux

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mots l'histoire de cette affaire. On sait très bien dans le public que vous n'avez pas eu le courage de faire votre devoir.

Lorsque l'honorable trésorier se plaignait devant ses commettants de Sherbrooke que la loi fédérale lui enlevait une partie de son revenu, vous ne faisiez rien. Lorsque je proposais des résolutions dans cette Chambre affirmant les droits de la province à. son autonomie, qu'avez vous fait ? Rien. Vous aviez besoin d'argent, de subside, et vous n'avez pas osé rien faire qui fut de nature à mécontenter ceux vers lesquels vous tendiez la main pour avoir des secours.

Le gouvernement a montré une ineptie complète.

Dans cette question le gouvernement n'a pas eu plus de courage pour défendre les droits de la province, qu'il n'en a eu pour empêcher Riel de monter sur l'échafaud. Sur toutes les graves questions qui intéressent tout spécialement notre province, le gouvernement a toujours fait preuve de l'incapacité qui le distin-

gue

Demandez à la presse du pays ce qu'elle pense de vous, demandez-le à la presse de vos propres amis. Cette presse vous déclare les ministres les plus ineptes qu'il y ait eus dans la province et ceux qui ont connu les jours glorieux de Sir George Cartier se demandent où ce règne d'incapables va les conduire, et comment un parti a pu tant dégénérer dans ses chefs.

Parmi les conservateurs, je le reconnais avec sincérité, il s'en est trouvé qui ont fait preuve d'un remarquable esprit d'indépendance, en mettant au-dessus des intérêts de parti, les seuls vrais intérêts, ceux de la province. Il y en a qui ont réclamé avec ardeur la reconnaissance complète de l'autonomie des provinces en matière de licence. Lorsque l'honorable M. Blake se faisait le champion des droits des provinces et réclamait justice pour elles, vous vous êtes tus, de peur de déplaire à vos maîtres. Vous avez gardé un silence coupable.

Finalement le conseil privé a décidé en notre faveur, mais vous ne pouvez en réclamer aucun mérite, si ce n'est celui d'avoir payé quelques avocats pour faire votre besogne en préparan la cause a être soumise aux tribunaux qui l'ont jugée. L'honorable M Mowat avait pris les devants. J'ai vu le factum préparé par

l'honorable procureur général Mowat et à l'heure qu'il est on est encore à voir le factum de votre gouvernement. Au lieu de travailler, vous vous êtes croisé les bras, espérant pouvoir dire plus tard que vous aviez le mérite du travail des autres.

M. Gagnon — député de Kantouut^ka. — Le gouvernement faisait des juges de paix pendant ce temps-là.

L'honorable M. Marchand — député de St-Jean. — Vous rappelez-vous la caricature représentant le gouvernement occupé à fabriquer des juges de paix.

L'honorable M. Taillon — député de Afovfvéal-est, procureurgénéral. — Votre gouvernement de 1878 a été une caricature permanente.

L'honorable M. Mercier. — Vous avez fait des destitutions gênéraies ....

L'honarable M. Taillon. — Non, le gouvernement n'a révoqué aucune commission.

L'honorable M. Mercier. — Vous oubliez donc ce qui • s'est passé en 1883 ; les révocations en bloc qui ont été faites cette année-là.

On va me dire, je suppose, que ce n'est pas le même gouvernement, mais demandez donc à vos collègues l'honorable secrétaire de la province et l'honorable commissaire des terres de la couronne s'ils n'ont pas participé à ces actes dont le gouvernement a honte. Que ces messieurs aient donc le courage de défendre leur conduite. Ils ne veulent pas blâmer le gouvernement Mousseau, de même qu'ils ne veulent pas se mettre en contradiction avec le procureur général. Que ces messienrs s'entendent donc une bonne fois pour toutes.

M. le président, il paraît que nous allons avoir un projet de loi concernant l'encouragement à être donné à certaines voies ferrées. Voici ce qu'on nous dit dans le discours d'ouverture :

" Un projet de loi vous sera présenté pour permettre au gouvernement de faciliter la construction plus prompte de certaines voies ferrées destinées à donner une grande impulsion à la colonisation, à l'agriculture et au commerce dans les régions qu'elles devront parcourir, et cela sans augmenter les responsabilités ou obligations de la province."

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Ceci nie rappelle ce qu'on disait en 1874 ; ce que disait en particulier l'honorable trésorier.

N'annonçait-il pas, lorsqu'il exposait la partie financière de la politique des chemins de fer de son parti, que si jamais les finances de la province venaient à être embarrassées, par suite de cette politique il se retirerait du gouvernement. Il ne voulait pas, disait-il, emprunter plus de six millions. Si ce montant était par hasard dépassé, la province était avertie, elle perdait les services de l'honorable député de Sherbrooke. Et maintenant nous sommes loin des six millions et l'honorable député de Sherbrooke est toujours trésorier. Nous sommes arrivés à une dette de 20 millions de piastres, et le trésorier se cramponne sans cesse à son portefeuille. Mais le comble de l'audace, c'est de l'entendre nous répéter le même langage, rééditer la môme farce.

Sans augmenter la dette de la province. . . . mais vous n'avez plus d'argent. ... il n'y a pas un sou dans le coffre public, comment allez-vous aider ces compagnies. Je ne sache pas que le «rouvernement ait le don de tourner en or ou en bons billets de banque tout ce qu'il touche ?

Kst-ce avec des terres. . . . vous en avez donné en 1882 et qu'en ont-elles fait, ces compagnies de voies ferrées {

VA, tout en approuvant en principe une politique intelligente et patriotique, qui pourrait être proposée, il ne faut pas non plus renouveler ce qui a eu lieu en 1874.

Kn rapport avec cette question, on a parlé le l'entreprise de la. voit» fVrrée de Québec au lac St-Jean. On a fait l'éloge de cette belle population qui attend l'accomplissement de ces travaux avec une grande hâte. On a dit qu'elle méritait des égards spéciaux «le la part du gouvernement. Non seulement elle mérite les égards du gouvernement mais de plus elle a droit d'être traitée avec justice par la province de Québec. Je suis certain qu'il n'y aura qu'une seule voix dans toute le province pour approuver laide raisonnable que l'on proposera d'accorder à cette entreprise.

Mais en même temps, disons franchement ce que nous pensons. N'allons pas accorder une confiance aveugle dans l'efficacité des moyens prodigieux qui sont en quelque sorte toute l'histoire financière du parti conservateur.

De la prudence que nous ihettons à juger la politique du gouvernement dépendra en grande mesure le succès du jeu et du maintien de nos institutions provinciales. Voilà une considération qui doit nous engager à bien peser les décisions que nous devons prendre.

En passant, je constate que le gouvernement a fait plus de confidence à l'honoroble député de Chicoutimi et Saguenay qu'il ne s'en est permises à l'égard de la Chambre. L'honorable député connaît au moins l'un des secrets ministériels. Pourquoi cette préférence ? Est-ce parce qu'il était ici depuis trois semaines avant la rentrée des Chambres ? Il me semble que le gouvernement aurait bien pu nous manifester autant de confiance qu'à l'honorable député de Chicoutimi et Saguenay. Dans tous les cas j'espère que bientôt nous connaîtrons en totalité les secrets de cette politique qui promet de laide à certaines voies ferrées " de manière à assurer l'exécution plus prompte de ces travaux sans pour cela augmenter les responsabilités ou obligations de la province."

M. le président, j'arrive à un sujet assez délicat. Son Honneur nous a «lit entre autres choses, que les travaux de la commission royale chargée d'examiner les faits qui se rapportent à la construction, à l'exploitation et à la vente du chemin de fer Québec, Montréal, Ottawa et Occidental touchent à leur fin, et qu'un rapport de cette commission devra être présenté dans le cours de cette session.

Un mot sur ce sujet-lft.

Avant de nous séparer le 17 avril dernier, le gouvernement nous a demandé de l'autoriser à payer le salaire du commissaire.

Nous n'avons pas voulu consentir à lui donner cette autorisation et nous avons, on se le rappelle, suffisamment motivé notre refus. Suivant ce que nous avons exposé devant la Chambre, il était, dans notre opinion, nécessaire de signaler au commissaire enquêteur certains faits venus à la connaissance du public. Le gouvernement, pour des raisons qui ont paru bonnes à la majorité, n'a pas voulu accepter notre manière de voir. Depuis la clôture de la session de 1885, l'enquête en question a été commencée.

Parmi les faits et accusations sur lesquels nous avions demandé «-que l'enquête vint à diriger son activité, il y avait une accusation qui concernait plus particulièrement un journaliste de Québec, conservateur en politique et défenseur du gouvernement. Ce journaliste avait en 1882, proclamé hautement que vingt députés avaient été élus grâce à l'or fourni par M. Senécal. J'avoue que je n'ai jamais cru à la vérité de cette accusation, et le motif de mon incrédulité, c'est que l'homme qui la formulée a changé assez souvent d'opinion pour nous justifier de ne plus le croire. Dans tous les cas pour y ajouter foi, j'exigerais une autre preuve que celle que pourrait me fournir le journaliste en question.

Nous avons demandé, vu la gravité de l'accusation en ellemême, que le commissaire vint à recevoir des instructions pour exposer toute la vérité sur ce cas. A cette demande le gouvernement nous répondait que le commissaire ferait cette enquête, qu'il en aurait pleinement le droit, attendu qu'on lui laissait le champ libre, qu'on lui donnait, en un mot, carte blanche. J'insiste sur cette assurance avec laquelle le gouvernement a réussi à leurrer ses amis et à leur faire accepter sa manière de voir. Mais chose extraordinaire, le premier jour où le commissaire a commencé à siéger, il a dit les paroles que je vais citer à la Chambre. Pour ne pas prolonger mes remarques, je ne vais lire que ce qui concerne la question que je traite :

" Deux autres accusations qui en réalité n'en forment qu'une seule, ne peuvent non plus entrer dans les limites assignées par ma commission telles qu'elles sont formulées. Elles se rapportent aux élections générales provinciales de 1881, et allèguent que monsieur L. A. Sénécal aurait alors souscrit certaines sommes pour l'élection des candidats ministériels qui auraient subséquemment, en 1882, voté pour la vente du chemin de fer.

" Supposez que M. Sénécal ait souscrit aux élections générales •de 1881, ainsi qu'on le prétend, je ne vois aucune connexi té nécessaire entre cette souscription et le vote des députés élus, donné en 1882 en faveur de la vente.

" Pour établir cette connexité il faudrait que dès l'époque des élections de 1881, M. Sénécal se fut proposé de former plus tard juii syndicat, rour acheter le chemin de fer et se fut asssuré dès

lors l'appui des candidats, qui lui aurait été promis en considération de sa souscription.

" Sans une corrélation de ce genre entre les deux actes, la souscription électorale de 1881 ne pourrait pas être considérée comme une corruption 'du vote donné en 1882 par le candidat devenu député."

Ainsi, M. le président, voici le commissaire nommé par le gouvernement qui le condamne en termes formels, et qui censure le refus qu'on a opposé à notre demande. Il est bien vrai que plus loin le commissaire dit que le gouvernement a eu raison de nous refuser mais cela n'entame pas mon raisonnement.

Maintenant voyons ce qu'il va décider :

" Si la commission, ajoute le savant juge, se laisse entraîner à faire une enquête sur les deux chefs d'accusation ci-dessus mentionnés, il faudrait faire le procès de tous les députés élus en 1881, mettre en doute la pureté et la légalité d'élections qui n'ont pas été contestées et les droits acquis des députés élus, s'enquérir des souscriptions qui ont pu être faites aux fonds électoral de chaque parti, et de l'emploi qui a été fait de ces fonds électoraux, toutcela pour apprécier les actes administratifs du gouvernement d'alors."

" Pour ces raisons je crois devoir écarter du champ de cette enquête les deux accusations formulées comme je l'ai dit plus, haut."

Je ne veux pas critiquer le jugement du commissaire, c'est au gouvernement à nous dire s'il a eu raison de décider comme il l'a fait et si en décidant ainsi, il a bien rendu la pensée ministérielle^ Il importe de savoir si dans les citations que j'ai faites,«.le commissaire a bien interprêté la pensée du gouvernement. Si oui, alors on comprend pourquoi on a refusé, en 1885, d'accepter nos vues„ c'est-à-dire, un programme bien défini, bien clair, qui ne donnât, lieu à aucun équivoque.

A tout événement, si le commissaire a décliné sa compétence la. faute en est au gouvernement et non pas à nous, l'opposition. Si nous avons demandé cette enquête, ce n'est pas tant pour démontrer que vingt députés ne s'étaient pas vendus, mais bien pour la sauvegarde de leur honneur comme hommes publics. Ces mes—

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sieurs qui ont été si brutalement attaqués par l'un de leurs amis,, ne l'ont pas voulu, tant pis pour eux. C'est leur affaire commec'est l'affaire de la majorité de la Cambre. J'espère qu'au moins ilsne nous en voudront pas si nous avons voulu leur donner la chance de se disculper du moindre soupçon dans une affaire où leur honneur était en jeu.

M. le président, je ne sais si je suis l'interprète des sentiments de la Chambre en disant que j'ai déjà occupé trop longtemps son attention, néanmoins il me faut réclamer de nouveau l'indulgence de mes collègues afin de passer en revue quelques paragraphes du discours du trône. Je puis sans témérité assurer que je serai court dans ce qui me reste à dire.

Je suis rendu au paragraphe qui se lit comme suit :

" Je suis heureux de vous annoncer que mon gouvernement a. réussi à rétablir l'équilibre dans les finances de la province, ce qui, après les sacrifices énormes que celle-ci s'est imposés pour développer ses ressources et contribuer à la prospérité générale du Canada en dotant le pays d'utiles et nombreuses voies de communication, doit être considéré comme un événement d'une importance exceptionnelle.''

Je vais parler avec toute la franchise que je puis y mettre. Je ne serai pas le dernier à féliciter le gouvernement, non seulement au nom des électeurs de la province, mais aussi au nom de mes amis, si cette nouvelle est exacte. Si en effet nous sommes rendus à pouvoir entendre et prononcer ce mot si longtemps attendu " équilibre dans le budget," si réellement nous avons cet équilibre, s'il existe en fait et non pas seulement sur le papier ou dans l'imagination de l'honorable trésorier, tous mes collègues en cette Chambre seront les premiers à féliciter le gouvernement. Seulement avant de formuler ces louanges, les ministres me permettront de leur demander quelques explications sur ces mots "équilibre dans les finances."

Le mot "équilibre" veut dire deux choses qui se balancent.. S'il y a équilibre entre les recettes et les dépenses, nousn'avons donc pas de surplus. Cependant si j'ai bonne mémoire,, l'honorable procureur général a déclaré dans le comté de Drum-

mond qu'il y avait un excédant de recettes. La chose a été dite par leur candidat dans une grande assemblée, l'honorable procureur général et l'honorable solliciteur général étaient présents et tous deux ont autorisé cette déclaration. Pourquoi ne pas lavoir répétée dans le discours du trône ? Est-il vrai qu'il y a un surplus ? Si oui, de combien est-il ? De plus pourquoi ne pas le dire franchement. Ce surplus est-il d'un écu, de dix piastres, de cent piastres ? On ne nous le dit pas.

Je constate aussi que le gouvernement a été plus timide que la presse qui le sert. La déclaration officielle mise dans le harangue du lieutenant gouverneur est bien moins favorable que les dires des journaux. En effet, ceux-ci nous ont dit que le gouvernement avait administré les finances tellement bien qu'il était en position de montrer un surplus. L'honorable trésorier manque-t-il de cette franchise que vous aviez, M. le président, quand vous nous annonciez que vous auriez un surplus et que c'était un déficit que vous veniez nous montrer à la fin de l'année !

Le mot équilibre ne signifie pas grand chose. Mais dans la bouche des honorables ministres cela veut dire qu'ils ne sont pas en état de dire qu'il y a un surplus. La Chambre peut se tenir pour certaine que s'ils avaient pu affirmer qu'il y a un surplus, ils ne se seraient pas gênés de le dire. A l'approche des élections générales comme nous le sommes, cela aurait eu un effet considérable sur l'opinion publique. Ça sonne bien, un surplus ! . . . Ces messieurs l'auraient bien dit si l'excédant avait été réel. S'ils ne le disent pas, c'est parce qu'il ne peuvent pas décemment mettre une déclaration absolument fausse dans la bouche de Son Honneur le lieutenant gouverneur.

M. le président, je ne suis pas en état de posséder les secrets des ministres, ni de connaître la situation des finances en l'absence des documents fournis à la députation, mais je puis dire que si le gouvernement avait pu prouver la réalité de son surplus, il ne se serait pas privé d'une aussi bonne arme contre nous, et il aurait fait distribuer à la Chambre les comptes publics qui sont imprimés depuis quinze jours. Quelle force une preuve comme celle-là n'aurait-elle pas donnée à leur dire.

Je ne suis pas asssz naïf pour croire que les ministres n'au-

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raient pas usé de cette arme contre nous. Pourquoi alors ne pas Avoir mis cette preuve irrécusable devant la Chambre ? On ne me dira pas que c'est parce que les ministres ne sont pas obligés <le le faire. Ces messieurs n'attendent pas toujours qu'ils soient obligés pour produire les documents qui peuvent les aider à conserver la confiance de leurs amis. Je suis convaincu qu'ils l'auraient fait quand ce n'aurait été que pour calmer les âmes effrayées des conservateurs.

M. le président, a-t-on besoin de la preuve dont je parle pour savoir dans quelle situation sont nos finances ? On n'a qu'a consulter les livres bleus qui sont en notre possession, pour savoir •que cette déclaration faite peut-être de bonne foi, n'est pas fondée en fait. On sait que l'honorable trésorier a été longtemps malade, et qu'il l'était surtout à la veille de l'ouverture de la session, et que c'est en son absence que le discours du trône a été préparé. S'il y avait été, peut-être aurions-nous eu une meilleure déclaration, meilleure en ce sens qu'elle aurait été plus conforme à la véritable situation des finances.

D'ailleurs sur quoi s'appuie-t on pour nous annoncer cet équilibre. M. le président, vous avez été témoin des demandes qui ont été faites pour améliorer notre position ; vous savez que les dépenses publiques ont été plus considérables que les recettes, et d'ailleurs l'honorable trésorier ne nous a-t-il pas déclaré ici, en 1884, qu'il ne pourrait avant longtemps avoir autant de recettes que de dépenses. Quelles grandes réformes, quelles mesures financières ont donc été mises à exécution pour changer tout-àcoup un déficit annuel de plus d'un demi-million de piastres en un surplus ? Avons-nous eu une plus-value dans les recettes pour combler ce déficit. Assurément ce ne sont pas les $248,000 que nous avons reçues du trésor fédéral qui puissent suffire à elles seules à rétablir l'équilibre quand, de l'aveu même de l'honorable trésorier, l'écart s'élevait à une somme double de ce montant 1 Et encore quand l'honorable trésorier se lamentait sur le triste état de nos finances, cette recette était connue et prévue. Les autres sources de revenus n'ont pu compenser le déficit énorme qui existait. Ainsi les recettes provenant des terres de la couronne donnent audelà de cent mille piastres de moins que Tannée

précédente, et les dépenses sont de SI 50,000 de plus qu'auparavant.

Et l'honorable trésorier nous a assuré qu'avec un tel état de choses il ne pouvait arriver à rétablir l'équilibre.

C'est toujours le même système que nous devons à certains hommes qui n'ont jamais voulu dire ce qui en était. C'est ce même système qui a prévalu depuis quelques années. On a bien vu des hommes nier sérieusement qu'il y avait une dette qui pesait lourdement sur la province. On a vu «les hommes qui n'avaient pas assez de respect d'eux-mêmes pour dire qu'il n'y avait pas de dette ; qui ont eu assez d'audace pour soutenir un pareil mensonge en face des déclarations formelles de l'honorable trésorier, et cela, quand il était prouvé qu'il y avait près de vingt et un millions de piastres de dettes à la charge de la province. Quand des hommes qui se prétendent sérieux ont cette audace, il ne faut pas s'étonner si les chefs de ces individualités disent qu'il y a équilibre dans le budget.

Je prie le public honnête et les députés de ne pas se laisser prendre, mais d'attendre pour voir les comptes publics.

Et alors nous aurons la preuve qu'on a fait dire au lieutenantgouverneur une chose qui n'existe pas. L'opinion publique ne se fera pas l'écho de cette déclaration, et quand le gouvernement aura donné les renseignements que nous avons droit d'avoir, on verra qu'il y a encore un déficit comme par le passé. Depuis quatre ans nous avons eu déficit sur déficit, et à l'heure qu'il est dans les rangs ministériels on sent le besoin de rassurer l'opinion publique, en annonçant que les déficits sont finis et que l'ère des surplus a commencé. Mais en même temps on a bien le soin de ne pas d mner la preuve de la vérité de cette déclaration. On nous annonce un équilibre, mais ne s'est-on donc pas rendu compte que la balance doit être d'un côté ou de l'autre. La grande affaire c'est qu'on a compté que cette déclaration serait acceptée sans discussion.

M. le président, je fais des vœux pour que mes inquiétudes ne* soient pas confirmées par les faits. Je fais ries vœux pour qu'il y ait un surplus, mais je dis en même temps, attendons la preuve de ces assertions. N'allons pas faire comme par le passé. C'est

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le même homme qui nous disait en 1883, que les comptes publics étaient manipulés par vous, M. le président, et qui ajoutait qu'il n'avait pas comme vous, le titre de docteur en manipulation de «chiffres.

Ces messieurs ont-ils oublié quelle a été la situation financière pendant les années 1882 et 1883, sous le régime Mousseau ? Les dépenses étaient des plus extravagantes. Cependant que trouvons-nous ? Les dépenses étaient de $2,187,000 pour l'administration proprement dite, ou en total, de $3,167,628, ce qui faisait une augmentation sur le cabinet Moussoau de $98,160. Et pendant l'année 1883-84, les dépenses étaient de $3,260,391, ce qui faisait une augmentation sur le gouvernement Chapleau de £173,086. Ainsi la première année d'administration de ces messieurs a donné un surplus de dépenses aussi élevé sur l'année précédente.

L'année suivante ces messieurs ont contrôlé les dépenses d'un bout à l'autre de l'année. Ils nous ont demandé $3,178,000, ce •qui faisait une augmentation de quelques milliers de piastres seulement sur le gouvernement Chapleau, mais une augmentation de $178,000 comparé au gouvernement Joly. Et encore, •ces messieurs ont dépensé plus que ce qu'ils nous ont demandé. En face de ces faits, comment peut-on dire qu'il y a équilibre, -quand les chiffres disent le contraire ?

Je lisais ce matin dans un journal de Québec que nous étions sous le régime «le la terreur, que si nous allions attaquer ces messieurs, on nous écraserait. Cela ne nous empêchera pas de faire notre devoir. Nous demandons a l'honorable trésorier quels sont les chiffres qui constituent son surplus, ou son équilibre budgétaire. Qu'on nous les donne et nous polirons ou nous réjouir s'ils sont vrais, ou en démontrer la fausseté. Qu'on nous donne le montant de la recette et de la dépense. Nous savons bien qu'ils manipulent les chiffres et les comptes publics de manière à leur faire dire le contraire de ce qu'ils devraient démontrer. Maison peut très aisément nous donner en bloc les chiffres de la recette vt de la dépense.

L'henorable trésorier saura, s'il le veut, en deux minutes, quels sont ces chiffres, s'il ne les a pas dans son pupitre. Mais je sais

qu'il ne fera pas ce que je lui demande. Les honorables ministres n'oseront pas nous fournir les preuves de leur fausse déclaration. Ils savent bien que les comptes publics démentiront leur dire.

On me dira sans doute que les comptes publics seront mis devant la Chambre en temps et lieu. Pourquoi ne pas les déposer dès aujourd'hui puisqu'ils sont imprimés ? Dans tous les cas, les ministres savent ce qu'ils contiennent puisque ce sont eux. qui lesont préparés. Qu'ils disent donc ce qui en est sur cette question du surplus. Mais non, nous n'aurons pas le plaisir d'entendre une déclaration formelle et absolument sans équivoque.

Ils n'auront pas le courage de dire toute la vérité. Nous ne connaîtrons pas le montant des recettes et celui des dépenses, de sorte que les ministres vont laisser le pays dans la même ignorance où il est maintenant sur l'état de ses finances.

L'autre sujet sur lequel je veux attirer l'attention de mes collègues, c'est la refonte des statuts. Je regrette que le gouvernement n'ait pas jugé à propos de faire allusion à la mort de l'honorable M. Lorangcr. Cette mort a été une perte pour le banc ainsi que pour la grande cause de l'autonomie de la province.

Lorsque le gouvernement fédéral faisait passer ses lois des chemins de fer et des licences, ce savant magistrat a protesté et a déclaré que ces lois étaient un empiétement sur les droits de la province. Ses protestations et ses travaux sur cette question sont restés comme un monument de son patriotisme et rehausseront encore la mémoire de cet homme distingué.

Les journaux ont annoncé, M. le président, que vous aviez été chargé par le gouvernement de remplacer M. Loranger. Je ne sais comment on pourra faire disparaître certaines difficultés résultant de l'incompatibilité du cumul des deux charges que vous vous trouverez ainsi à occuper. Je veux parler des défensesfaites par la loi.

Nous avons assez confiance en votre honnêteté pour croire que vous ne ferez rien qui ne soit strictement légal. Nous pouvons* vous assurer que nous vous aiderons dans votre tâche si notre concours peut vous être utile. Nous ne doutons f as que votre

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travail sera consciencieux et que vous appliquerez à faire une œuvre de mérite. Quant à ce qui regarde la première partie de ces remarques, j'attendrai pour les compléter, s'il y a lieu, d'avoir reçu les explications que les ministres devront nous donner.

M. le président, je suis rendu à la fin de ma tâche II me reste à faire allusion a deux autres points et j'aurai fini.

Je ne sais si on se rappelle de l'incident suivant, mais il y a deux ans, lorsque nous siégions dans cette bâtisse, parlant de la grande question de l'autonomie des provinces, j'ai cru devoir faire la révélation de ce que je connaissais personnellement et de ce que personne autre que moi, du moins je le croyais dans le temps, ne savait.

Lorsque j'ai commencé ma carrière politique, j'ai dit que dans ce temps-là nous étions menacés dans nos institutions provinciales pour diverses raisons, et entre autres qu'il y avait audelàde vingt années que Sir George Cartier se trouvait par la force des circonstances allié à un homme qui en voulait à l'existence des provinces et à tout ce qui est canadien français. J'ai dit que j'avais vu la dépêche qui disait au premier ministre du temps, Sir Etienne Pascal Taché, de se tenir prêt à résigner quand il recevrait l'avis convenu, parceque Sir John se préparait à trahir les Canadiens-Français. J'ai dit aussi qu'alors j'avais cru devoir abandonner les conservateurs parce que Sir John Macdonald favorisait l'union législative'

Je me rappelle, lorsque j'eus fait cette révélation, que plusieurs de mes collègues sont venus me trouver et m'ont demandé : "Etesvous certain de l'exactitude de votre assertion. " Beaucoup ont cru que j'exagérais. Mais il y avait un homme qui m'avait entendu et qui m'a dit que c'était vrai. C'était feu le juge Loranger. Il avait été comme moi en position de connaître ce qui s'était passé.

Maintenant on sait que si des modifications ont été faites au pacte de la confédération, c'est l'œuvre de Sir John Macdonald. Je crois que le parti conservateur veut la confédération, mais si les conservateurs veulent avoir un ami sincère de la constitution, nonseulement dans son texte mais aussi dans son esprit, ils doivent s'adresser à un homme qui n'a fait que défendre le principe de

l'autonomie des provinces. Ils ne doivent pas chercher un appui •dans Sir John A. Macdonald, lui qui par la convention de 1864 s'était engagé à faire ratifier la même constitution par le parlement impérial, et qui n'a pas craint de mettre ces articles de côté pour faire triompher son idée favorite : l'union législative.

Tout le monde se rappelle ce que Sir A. A. Dorion réclamait lorsque ce pacte a été discuté II voulait le changer pour protéger davantage les intérêts canadiens-français. A cela Sir John répondait qu'il fallait ne rien changer, que c'était une mesure de •compromis, que toucher à une partie, c'était tout remettre en question. On s'est soumis à cette règle de fer, Mais à peine ■avait-il fait cette déclaration, ses paroles vibraient encore chaudes ^ians les oreilles de ses auditeurs, qu'il allait à Londres, et qu'il travaillait lui-même à modifier ce pacte dont pas un mot ne devait être changé, qu'il vendait lui-même ce traité, au mépris de ses •déclarations solennelles devant les représentants du Haut et du Bas-Canada.

Maintenant il ne reste plus l'ombre d'un doute. Nous savons ■que nous avons affaire à un ennemi de notre race. Ceux qui voudront encore s'appuyer sur cet homme pour défendre notre cause, qui compteront sur lui pour défendre l'autonomie des provinces, feront un faux pas en connaissance de cause, et se montreront traîtres aux intérêts qu'ils ont mission de défendre.

Cet homme a toujours trahi cette grande cause. A peine son •collègue de vingt années de luttes politiques, était-il descendu dans la tombe, qu'il a travaillé à détruire les provinces. Si on veut que l'autonomie de celles-ci soit réellement protégée, adressons-nous à l'homme qui ne l'a jamais trahie, et cet homme est l'honorable Edward Blake, Tout ce qui a eu lieu doit nous convaincre qu'on ne peut compter sur l'alliance de Sir John A. Macdonald.

En 1841, vingt-trois ans avant l'alliance fatale de 1864, pendant l'administration, résultant de l'alliance de Lafontaine et Baldwin, ces deux hommes qui ont fondé parmi nous le gouvernement responsable, le père de M. Blake, député alors, ne craignait pas de demander que ceux qui avaient souffert en 1837 fussent indemnisés. Qui a réponu à cette demande si favorable aux canadiens-

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français ? Qui a repoussé cet appel en faveur de nos pères ? Qui s'est levé dans la Chambre pour combattre la proposition du père de l'illustre homme d'état qui est à la tête de l'opposition dans le parlement fédéral ? Sir John a pris sur lui cette tâche et il est venu dire que ce serait un acte de trahison que de vouloir reconnaître la justice des réclamations de ceux qui avaient souffert en

Et n'a-t-on pas vu dans cette même chambre, pendant qu'on faisait insulter, à cause de nous, un homme distingué, Lord Elgin, n'a-t-on pas vu dis-je, le même M. Blake déclarer hautement que les Canadiens-Français méritaient d'être respectés comme tous les hommes de cœur et aimant la liberté. L'histoire se répète. Le parti conservateur sait ce qu'il a à faire. S'il veut rester avec les ennemis de notre race, il le peut.

Avant longtemps le pays se lèvera comme un seul homme pour rejeter Sir John A. Macdonald, qui a trahi toutes les causes, qui n'a pas craint de souiller son ministère du plus grand acte d'ignominie qu'on puisse commettre.

Malgré le vif ressentiment que nous inspire l'injure qui nous a été faite, nous restons calmes. Dans les circonstances, il s'agit de sauver l'honneur de la province, non pas le parti libéral. Si je ne voulais que le triomphe de mon parti, je n'aurais qu'à proposer un amendement à l'adresse. Non, M. le Président, je ne désire pas un triomphe éphémère. Ce que je veux, /c'est un triomphe provincial.

Je veux que tous ceux qui pensent comme moi, dont les opinions se confondent dans une même conviction, je veux, dis-je, que nous soyons unis dans une seule manifestation, afin qu'elle soit plus imposante et plus énergique dans son expression. Nous ne serons pas plus forts, nous les libéraux, mais au moins, nous saurons que nous sommes restés fidèles, comme par le passé aux grandes traditions d'honneur national qui sont si chères au peuple de cette province.

Voulez- vous donc que la province se suicide, ne craignez vous pas que le gouvernement fédéral [en fasse autant contre nous, si nous osons dire notre pensée sur laj mort de Riel. Voilà le langage des peureux, prêts à tout sacrifiera ce sentiment détestable.D'abord

constatons que nous avons été bien patients. Quand la province' de Québec parle, elle le fait toujours avec patriotisme ; n'ayons donc pas de crainte de n être pas compris des autres nationalités qui vivent avec nous sur ce sol chéri du Canada, car ce sentiment est universel.

Ce n'est pas dans notre juridiction, et les autres provinces n'ont pas voulu parler, nous dit-on aussi. Mais si on passait à Ottawa une loi pour abolir la langue française, ici, faudrait-il attendre que les autres provinces protestassent pour réclamer ? Quand il s'est agi de la fameuse loi des licences, vous n'avez pasattendu que d'autres parlassent avant vous, vous avez protesté. Vous êtes intervenus contre une loi fédérale, et maintenant vous ne diriez pas un mot contre l'acte qui a fait élever un échafaud flans les plaines du Nord-Ouest, vous ne trouveriez pas un mot «le protêt contre l'iniquité qui a mis une tache de sang sur lecusson canadien ? Vous ne parleriez donc que quand il s'agit de laperte de cent mille piastres pour votre trésorier ? Un homme courageux, un patriote, est parti de Québec et a voyagé des centaines «le milles pour sauver Louis Riel de la mort, que ses ennemis voulaient lui infliger, et on ne trouverait pas d'hommes ici qui seraient disposés à l'aider, au moins dans la voix des revendications nationales, au moins dans la voix de la réprobation.

Mais, M. le Président, est-ce que ce sont des libéraux qui ont parti ce mouvement national. Lorsque cinquante mille citoyensnous applaudissaient sur le Champ de Mars à Montréal, il y avait parmi cette foule immense, des députés et des journalistes conservateurs. Nous n'avons pas été les seuls à protester, et aujour- «l'hui, je suis heureux de dire à un grand nombre de conseraateurs: Vous êtes aussi patriotes que nous. Mais ce qui a été fait ne suffit pas. Il faut que les ministres se prononcent. Il faut.tous ensembles dénoncer les trois traîtres qui ont trempés leurs mains dans le sang de Louis Riel. C'est ce que demande la province. Que chacun de nous fasse son devoir. Que tout le monde protège de sa poitrine le drapeau national et que ce soient des conservateurs que ce soient mêmes les ministres qui le portent haut et ferme» n'importe, nous les suivrons avec sincérité et bonheur.

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DEBAT SUR L'ADRESSE EN REPONSE AU

Discours prononcé le 18 mars 1887, à l'Assemblée Léj'islut'iue de

Qaébec, par VHon. M. Mercier.

M. le Président,

Mon premier devoir est d'offrir mes félicitations les plus cordiales aux honorables députés qui ont pioposé l'adresse en réponse au discours du trône. Ils se sont acquittés de leur tâche avec succès et leur début nous promet deux députés qui feront honneur à leur comté et à cette Chambre. L'honorable député de l'Islet commence sa carrière d'une manière brillante. Je le félicite, et je lui souhaite de toujours marcher dans la voie patriotique qu'il a choisie et de» poursuivre une carrière digne de ses talents.

L'honorable député de Québec-ouest a eu un début qui ne ni apas surpris, et qui fait honneur à ses électeurs. Il faut ajouter qu'il appartient à une race où l'on naît orateur. Il a montré uneprudence qui prouve qu'il sera un conseiller précieux pour ses amis et un adversaire dangereux pour l'opposition.

L'honorable chef de l'opposition mérite aussi mes félicitations-. Il a bien commencé son discours et je ne lui ai pas ménagé mes marques d'approbation, seulement je regrette d'avoir à lui dire qu'après avoir promis d'être modéré, il n'a pas tenu parole. 11 nous avait annoncé qu'il parlerait avec calme et modération, mais il a eu des moments où le naturel revenait au galop. Il est un homme de coeur et comme tel il comprend sa position. Cependant malgré quelques écarts de langage, je ne puis m empêcher de le féliciter sur le ton général de son discours.

On a fait allusion aux nombreux changements que les dernières élections ont produits dans la députation. En effet j'en constate un Ixm nombre mais, ces changements font honneur à la représentation et j'en félicite la province comme je m'estime/

heureux d'avoir une position qui me permet de présider à une réunion d'hommes aussi distingués.

L'honorable chef de l'opposition a été particulièrement heureux lorsqu'il a parlé du jubilé de la Reine. Je ne saurais dire aussi bien que lui les éloges qu'il a adressés à notre Gracieuse Souveraine à l'occasion du cinquantième anniversaire de son élévation au trône d'Angleterre. Qu'il me suffise de déclarer que la célébration de ce jubilé est un événement considérable et qui rappelle fie nombreux souvenirs. La Reine Victoria mérite notre respect car elle possède les qualités qui gagnent les sympathies et l'admiration d'un peuple.

M. le président, l'honorable chef de l'opposition a parlé de plusieurs sujets. Je ne le suivrai pas partout où il lui a plu daller. Cela m'exposerait à trop prolonger mes remarques, et j'ai bien l'intention d'être aussi bref que possible. Il a prononeé cependant quelques paroles que je dois relever. Je le ferai sans rancune et en me tenant dans les limites de la plus grande modération.

Il nous a dit que les conservateurs étaient tombés du pouvoir mais n'étaient pas flétris par l'opinion publique. Je m'inscris en faux contre cette assertion. Les conservateurs ne sont pas tombés. Ce sont ceux qui avaient usurpé ce nom qui sont tombés et ceux qui sont tombés sont tombés flétris. Ne confondons pas le parti conservateur avec l'ancien parti ministériel. De quel droit ces messieurs s'appellent-ils le parti conservateur ? Représentent-ils les traditions des Lafontaine, des Cartier ? Non, ils représentent le patronage et les jobs, et non le parti conservateur.

L'honorable chef de l'opposition, avec une admirable courtoisie, insinue qu'il y a des hommes flétris de ce côté-ci de la Chambre. Je ne relèverai pas cette assertion autrement qu'en rappelant le verdict rendu par douze jurés, à la cour criminelle à Montréal, contre M. Tassé, de La MineiTe, pour avoir insinué la même chose. Le député de Montcalm pourrait méditer sur ce verdict: ça calmerait ses nerfs.

J'ajouterai qu'en dépit des lâches calomnies de mes adversaires le peuple m'a approuvé et un bon nombre de nies adversaires m'ont tendu la main. J'ai compris l'élévation des motifs qui

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faisaient agir ceux-ci, aussi n'ai-je pas hésité à leur rendre confiance pour confiance. Ils ont loyalement marché avec moi pour la revendication nationale. Qu'est-il advenu de mes lâches accusateurs { Le peuple les a chassés, c'est là leur châtiment. Et le peuple m'a porté au pouvoir; c'est là ma récompense. Il y a là un enseignement dont mes ennemis devront profiter.

L'honorable chef de l'opposition est surpris de ce que nous ayons appelé la cause de la colonisation la cause nationale par excellence. Et se servant du sarcasme, il nous a dit : " On ne nous parle plus de notre frère Riel." Mais, M. le président, la cause de la colonisation n'a pas cessé d'être nationale parce que Riel a été pendu. L echafaud élevé par nos adversaires ne doit pas nous faire oublier cette belle et noble cause.

Si dans le discours du trône nous n'avons pas parlé de l'affaire du Nord -Ouest, c'est parce que ce n'était pas la place d'en parler. Mais si, regrettant sa triste conduite de 1886, l'honorable chef de l'opposition veut effacer la tache dont il a souillé nos procèsverbaux, qu'il fasse une proposition pour l'effacer, et nous l'aiderons de tout e<eur.

L'honorable chef de l'opposition a fait de l'ironie en disant que c'est par patriotisme que nous sommes au pouvoir. En effet, c'est par patriotisme que nous avons formé le gouvernement qui se présente maintenant devant la Chambre, sûr de mériter sa confiance et son approbation. Au contraire nos adversaires eux, restaient au pouvoir par intérêt, par amour des portefeuilles,, et pour le bénéfice qu'ils en retiraient. Si j'avais moins écouté mon patriotisme, j aurais laissé mes adversaires consommer la ruine de la province, afin que leur propre ruine politique fut complète et irréparable. Ces messieurs ont abandonné le pouvoir en laissant la province dans le plus mauvais état possible, et il ne leur appartient pas de venir faire de la critique quand ils se sont montrés les plus mauvais administrateurs que l'on puisse voir.

L'honorable chef de l'opposition nous a cité des auteurs pour se justifie)* de dire qu'il n'a rien fait d'extraordinaire ni de contraire à la constitution en restant au pouvoir comme il l'a fait, sachant qu'il n'avait pas la confiance de la majorité de la députation. Mais, M. le président, ces auteurs ont écrit sur laconsti-

tution et sur son fonctionnement, mais non sur le crampannage. Le chef de l'opposition aura beau feuilleter tous les auteurs du monde, jamais il ne trouvera une situation analogue à celle dans laquelle il s'est trouvé placé.

M. le président, le cabinet Ross pouvait se présenter devant les Chambres. Pourquoi ne 1 'a-t-il pas fait, si non parce qu'il .savait fort bien le sort qui l'attendait.

Puisque le cabinet Ross avait le droit d'attendre la réunion des Chambres, et de recevoir leur verdict, pourquoi s'est-il démis ? Pourquoi M. Ross a-t-il passé le pouvoir à son lieutenant quatre jours avant la rentrée des Chambres ?

On avait évidemment perdu la tête et on cherchait une planche île salut dans des combinaisons fantastiques. On a passé le pouvoir à l'honorable chef de l'opposition, mais cette manœuvre, faite dans le but d'étouffer le verdict populaire, n'a pas eu l'effet qu'on en attendait, et on est tombé flétri par l'opinion publique, indignée de ces odieuses manœuvres.

L'honorable chef de l'opposition nous a dit que nous avions violé la constitution en ne permettant pas à la minorité de s'ajourner. x\ux grands maux il fallait appliquer les grands remèdes. On essayait encore un escamotage comme tant d'autres que nous avions vu faire, et nous ne voulions pas que Ton réussit d ins celui-là comme on avait réussi dans les autres. C'était de mon devoir de faire ce que j'ai fait. Je le ferais encore si l'occasion s'en présentait.

L'on nous a parlé de LS7S. Il paraît qu'il faut aller jusque là pour trouver quelque chose à dire. M. Joly a fait ceci, il a fait cela, et l'on pose triomphalement la question de savoir si ceux de mes amis q ri n'étaient pas avec nous alors vont pouvoir concilier leur attitude actuelle avec leur opinion de ce temps-là. Si l'on croit nous embarrasser avec cette question, on est bien naïf. Je demande à me* adversaires d'hier d'oublier le passé comme je l'ai demandé au peuple de la province. J'ai demandé de former le parti <h la revendication nationale, et ce parti a été formé et il a triomphé.

Qu'avons-nous à faire avec les événements de 1N78? Est-ce

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pour rappeler ceux qui se sont vendus, ou ceux qui ont acheté les vendus ? Jetons un voile, de grâce, sur cette triste époque.

Le chef de l'opposition a parlé d'un prétendu trafic qui aurait été fait dans l'autre Chambre. Les règles de la Chambre défendent de parler ainsi du Conseil législatif, et je ne répondrais pas si ce n'était pour attirer votre attention sur ces paroles regrettables. C'est lui qui vient de nous dire que les membres du Conseil nommés par son parti, se vendent. Mais s'il est sincère dans ses attaques, c'est-à-dire, s'il croit à la vérité de ses paroles, il a un devoir à accomplir. S'il y a des conseillers qui se sont vendus, il faut une enquête. Nous avons droit de savoir si cette accusation est vraie ou fausse. Son devoir est de formuler une accusation suivant les règles voulues. Il doit dénoncer les vendus et les acheteurs. Comme leader de cette Chambre, ce sera mon devoir de punir les coupables. Voilà la ligne droite, c'est-àdire, celle du devoir. Mais parce que des hommes honorables, dégoûtés de ce qui se passe chez nos adversaires, abandonnent .l'arène, faut-il en conclure qu'ils se sont vendus, et qu'ils sont déshonorés \ Ce serait de la dernière injustice. Le chef de l'opposition peut-il être aussi sévère pour ceux qui cèdent leur siège .à un autre ( On sait comment il est parvenu à obtenir le sien. Il s'est rencontré un jeune homme qui avait besoin d'une place, •et qui pour avoir cette place a cédé son siège. Et voilà comment il se fait que le chef de l'opposition est député de Montcalm S'il faut punir des conseillers législatifs qui se vendent, parce qu'ils cèdent leur siège, il faudra aussi punir le chef de l'opposit 'on qui donne des places à des députés pour qu'ils cèdent leur siège.

Le chef de l'opposition est très inquiet sur, notre sort. Il voudrait savoir comment nous allons nous arranger entre nous. Qu'il se rassure. Nos forces sont harmonisées. Nous avons oublié nos divisions du passé devant le danger commun qui menace le piys entier. Nous cessons de discuter les questions du passé pour soutenir haut et ferme le drapeau national. Voilà notre programme et la base de notre alliance.

Le chef de l'opposition a poussé plus loin la curiosité. Il voudrait savoir si le gouvernement est un gouvernement libéral et -si je suis toujours d'opinion qu'il faut abolir le ConseiL

En premier lieu, le gouvernement n'est pas un gouvernement -, libéral, mais national, et je suis ici comme chef du parti nationale Je représente les idées de la majorité de mes compatriotes, les idées de ceux qui veulent un changement pour le mieux. On a voulu en tinir avec les choses du passé et c est cette pensée féconde qui a donné naissance au mouvement qui a fait arriver au pouvoir un gouvernement national, c'est-à-dire, un gouvernement comprenant dans son sein toutes les classes et toutes les nationalités, et toutes les nobles aspirations du peuple.

Quant à la seconde question, je lui dirai carrément que je ne proposerai pas, à cette session, l'abolition du Conseil législatif. J'ai quelque chose de plus pressé à faire, dans le moment. J'ajouterai que j'en veux si peu au Conseil législatif que j'y place, autant que possible mes meilleurs amis.

L'honorable M. Gameau fait honneur au Conseil législatif comme il a fait honneur à cette Chambre lorsque nous l'avions au milieu de nous. Il représente la finance dans le Conseil, et personne ne contestera ses titres à cet égard. Ai-je commis un grand crime en demandant de remplacer M. Savage par M. Ross?. . . Le Conseil y a gagné un homme d'esprit, un homme qui occupe une position sociale considérable à Québec.

Le chef de l'opposition est tombé du Conseil législatif dans les asiles. Ce n'est pas juste pour le Conseil et il l'a fait, le malheureux, sans transition. Il nous a demandé pourquoi nous nous proposions de nommer une commission royale. Il s'étonne que nous songions à prendre ce moyen pour nous renseigner parfaitement sur une question qui touche à tant d'intérêts de premier ordre. Pourtant c'est bien simple. Si nous désirons avoir les lumières d'une commission royale, c'est que nous nous proposons de faire ce que l'autre gouvernement n'a pas osé faire. Tout le monde sait qu'il y a des difficultés d'une nature toute particulière dans la solution de cette question des asiles. D'un autre côté,, nous sommes placés dans une position toute spéciale. J'ai cru qu'il ne fallait pas agir avec précipitation dans une matière aussi délicate, et qu'il valait mieux prendre le temps nécessaire pour faire une loi sage et régler la question d'une manière définitive. De plus, nous avons l'exemple de nos devanciers. Nos adversai-

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res ont fait une loi sans consulter ceux qui sont au fait des besoins et des difficultés de tous genres que présente ce service et tout le inonde sait les nombreuses récriminations que cette loi a soulevées dans la province. Avant de prendre aucune nouvelle initiative, nous avons cru devoir solliciter tous les renseignements propres à nous éclairer le plus possible sur les dangers à éviter. Le gouvernement veut connaître, en premier lieu, les causes des difficultés qui ont surgi à propos de la dernière loi sur les asiles d'aliénés. Il veut aussi faire faire une étude complète des systèmes qui sont appliqués dans certains autres pays, aux Etats- Unis par exemple, et ensuite faire une loi qui sera le fruit de l'expérience de tous ceuc qui ont des connaissances techniquessur ce sujet. Je crois que ce sont là de bonnes raisons pour justifier la conduite du gouvernement, et à moins qu'on soit décidément déraisonnable et qu'on prétende que nous aurions dû faire dans un mois ce (pie ces messieurs n'ont pu faire dans vingt-cinq ans, l'on devra admettre nos motifs.

L'honorable chef de l'opposition demande avec un sérieux comique, pourquoi nous n'étions pas prêts à soumettre à la Législature toutes les mesures qu'exigent, à notre point de vue, les intérêts de la province. Il a essayé de comparer notre situation avec celle du cabinet Ross en 1884, et il s'est écrié: "alors le premier ministre nous reprochait donc précisément ce que nous pourrions reprocher à celui-ci." Cette comparaison n'est pas juste. En premier lieu, M. Ross avait fait partie du cabinet Chapleau. De plus, cinq des membres du gouvernement Mousseau étaient entrés dans la nouvelle administration conduite par M. Ross. Voilà autant de points de différence essentielle. Quant à moi, je n'ai été ministre que quelques mois, il y a bientôt dix ans.. Mes collègues sont presque tous des hommes nouveaux dans la vie ministérielle, et dire qu'il n'y a pas plus que deux mois que nous sommes au pouvoir, c'est faire comprendre aux moins raisonnables, il me semble, que nous n'avons pas pu prendre connaissance des documents nombreux qui sont dans nos départements et au moyens desquels nous devons nous renseigner. Donc ce reproche du chef de l'opposition n'est pas juste, et je suis certain que ses. propres amis de la gauche ne l'approuveront pas sous ce rapport..

Monsieur le président, l'honorable chef de l'opposition a manifesté de la surprise de ce qui a été dit dans le discours du trône ; savoir que la question financière était Tune des plus importantes dont nous ayions à nous occuper.

Mais l'honorable chef de l'opposition, qui a été premier ministre pendant quatre jours et procureur général pendant trois ans, . a-t-il oublié quel triste héritage il nous a laissé ? Lui qui faisait toujours dire à son trésorier que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, faut-il que nous lui disions ce que nous avons trouvé à notre arrivée au pouvoir ? Si j'entre dans cette voie, ce n'est pas dans le but de récriminer contre des adversaires. Non, mais mon devoir est de défendre la d îclaration • officielle de Son Honneur, M. l'Administrateur. D'abord, est-ce que le chef de l'opposition connaît bien 1 état de nos finances '/ Je ne le crois pas. Pour que la Chambre et la province se rendent bien compte de la tâche énorme que nous avons entreprise, lorsque nous avons promis de rétablir l'équilibre dans nos finances, je vais lire l'état suivant que nous avons fait préparer dans le but de nous renseigner sur ce que nous avions à faire.

Nous avons une dette consolidée de $18,155,018.33. De plus, nous devons pour emprunts temporaires et dépôts, que nous sommes tenus de rembourser à demande, la somme de £729,227.67. Au 31 janvier 1887, il y avait des mandats non-payés pour un montant de $16,196.78. 11 faut aussi tenir compt •.». du déficit prévu pour l'année courante 1886-87, sans inclure les déboursés à faire pour les subventions aux voies ferrées, pour les frais de constructions du palais législatif, pour reliquats de comptes provenant de la construction du chemin de fer Québec, Montréal, Ottawa et Occidental, ainsi que la construction du palais de justice de Québec, $328,592.06. Pour les subventions aux voies ferrées, non encore gagnées, $579,731.25. A cela il faut ajouter les charges provenant de l'exécution de la loi 49-50 Victoria, chapitre 77, par laquelle on a converti en argent les subventions en terre accordées à certaines voies ferrées, à raison de 70 centins l'acre ; or comme il y a 3,800,500 acres de terres accordés en -subventions, cela fait une somme de $2,660,350.00. Mais d'après la loi, les premiers trente-cinq centins par acre sont payables au

fur et à mesure que les travaux avancent, cela donne 81,330,175 «que nous devrons payer à une échéance assez rapprochée. Déjà il a été payé jusqu'au 31 janvier 1887, à compte de cette somme, un montant de $245,844.53, laissant encore une balance de SI, 087,328.50 à rencontrer et que Ton doit ajouter à la dette de la province. De plus, il y a encore d'autres subventions en terre (jui n'ont pas encore été changées en argent, mais qui peuvent l'être dès que les compagnies pour lesquelles elles ont été votées les réclameront, ce qui peut arriver d'un jour à Vautre. C'est encore §1)28,200.00. Comme pour les autres, il faudra payer les premiers trente-cinq centins au fur et à mesure que les travaux progresseront, soit encore $427,100.00 à ajouter aux obligations dont l'échéance peut être considérée comme prochaine. Nous devons ajouter le montant des réclamations admises pour travaux sur le palais législatif $90,000.

De plus il faut ajouter le montant requis pour terminer ces travaux $115,113.91, faisant en tout $205,113.91. Pour le palais de Justice à Québec, il y a des réclamations admises pour travaux faits jusqu'au 31 janvier 1881, savoir $70,000.00 et pour compléter ces travaux il faudra encore $152,823.15 ; donnant un total de $222,N23. 1 5. Il y a encore d'autres dettes au montant de $03,021.00 pour achat de terrains pour le chemin de fer Q. M. O. & O. et autres causes. Tout ces montants additionnés donnent un total de $21,848,148.65. Que la Chambre veuille bien remarquer que ce montant tout considérable qu'il soit, ne comprend pas les réclamations en dispute des entrepreneurs des édifices parlementaires et du palais de justice de Québec, réclamations qui s'élèvent à $310,000, ni le coût prévu de dix statues pour le palais législatif, soit $25,000, ni aucune partie des réclammations en suspens de l'honorable Thomas McOreevy, J. D. Macdonald, Roberge et autivs, ni les $100,000 de réclamation de la Banque Jacques-Cartier.

Comment payer cette dette flottante énorme ? Voilà le problème difficile que ces messieurs nous ont laissé le soin de résoudre. Nous paierons cette dette si on veut nous en donner le temps et jîous en fournir les moyens,

M. le président, voilà l'état de notre dette ; voyons maintenant

l'actif. Nous avons en premier lieu le prix de vente du chemin de fer Q. M. O. & O. : montant payé $600,000,00, balance encore due $7,000,000, en tout soit, $7,600,000. Subvention fédérale capitalisée en faveur de la province en considération des déboursésfaits pour la construction du chemin de fer Q. M. O. & O., $2,394, 000.00. Dépôt spécial à la banque Jacques-Cartier, $100,000.00- Argent en banques, $111,173,00. Coût de l'école Jacques-Cartier à Montréal, à être remboursé à même la vente de la propriété^ $138,378.02. Argent prêté, $88,271.40. Montant dû pour intérêt sur le fonds des écoles communes, $12,000.00. Souscription de la cité de Montréal, pour aider à la construction du pont de Hull, $50,000.00, Excédant du coût, de l'expropriation des terrains entre Hochelaga et le carré Dalhousie, $72,188.02. En tout $2,966,310.44. De sorte que le total de l'actif est de $10,574, 310.44, laissant une dette non couverte par l'actif de $11,273,868. 11. Mais voici le tableau des dettes qu'il va falloir payer à même d'autres sources que celle du revenu ordinaire de la Province.

Emprunts temporaires et dépôts $729,227.67. Mandats non payés au 31 janvier 1887, $16,196.78. Déficit prévu dans le revenu de l'exercice en cours 1886-87, pour payer les dépenses,, non compris les paiements à être faits pour les subventions aux chemins de fer, pour les travaux aux édifices du parlement, pour le chemin de fer Q. M. O. & O. et pour le palais de justice, $328,. 592.06. Subventions aux voies ferrées autorisées mais non gagnées $579,732.25. Subventions en terres converties en argent,: en vertu de la loi 49-50 Victoria, chapitre 77, à 70 centins l'acre,, $2,660,350.00. Pour les premiers trente-cinq centins, payables au fur et à mesure que les travaux progresseront, $ 1,330,1 7 5.00„ Payé en à-compte de ce montant $345,846.50, balance $1,084,. 328.50.

Subventions en terre qui peuvent être converties en argent,. $928,200.00. Pour les premiers trente-cinq centins, payablesau fur et à mesure que les travaux avanceront $467,100.00.

Pour réclamations admises pour travaux faits jusqu'au 31 janvier 1887, pour le palais législatif, $90,000.00. Pour compléter ces travaux, $115,113.91, en tout, $205,113.91. Pour le palaisde justice de Québec : Réclamations admises pour travaux faits jus-

«qu'au 31 ianvier 1887, $70,000.00. Pour compléter ces travaux 9152,828.15, en tout $222,823.15. Balance de redevances pour le •chemin de fer Q. M. O. & O. pour achat de terrains et autres dettes, $63,021.90. Formant un grand total de $3,693,138.32.

C'est ainsi que nous avons établi le bilan de la province, et l'honorable trésorier, avec la grande expérience financière qui le distingue, donnera, lorsque le temps en sera venu, de plus amples renseignements sur notre état financier. Nous ne sommes pas responsables de l'existence de toutes ces dettes, mais nous n'en travaillerons pas moins avec énergie à les payer. Il y a encore •d'autres réclamations pendantes, mais l'intérêt public exige que nous taisions ce qui en est.

N'avais- je pas raison tout à l'heure de dire que la situation de la province était très-grave. Loin de moi la pensée de vouloir peindre l'état de nos affaires, sous un jour plus sombre qu'il ne l'est réellement, mais d'un autre côté, on ne doit pas oublier qu'il est de notre devoir de soumettre, autant que le permet l'intérêt public, les faits tels qu'ils le sont en réalité, afin que la chambre puisse porter un jugement éclairé. Ce tableau de nos affaires prouve clairement que le gouvernement va être obligé bien malgré lui d'emprunter une certaine somme d'argent pour faire honneur aux engagements contractés par nos prédécesseurs Il n'y a aucun moyen d'y faire face. Tout ce que le gouvernement pourra faire pour diminuer les dépenses, il le fera avec l'énergie qu'il apportera dans toutes les réformes qu'il se propose de réaliser. Mais en attendant que cette politique d'économie et de prudente administration produise ses effets bienfaisants, il faut maintenir intacts l'honneur et le crédit de la province.

Les difficultés de cette situation s'expliquent assez facilement si l'on pénètre dans le secret des actes administratifs de nos prédécesseurs, Je vais en donner deux exemples et l'on jugera delà manière extravagante avec laquelle ils administraient les deniers publics.

Je prendrai, en premier lieu, le contrat qu'ils ont fait pour l'exécution des travaux du palais de Justice de Québec. Après avoir étudié ce contrat je n'hésite pas à dire qu'il est frauduleux. Le

prix accordé à l'origine était de $135,000.00. Au premier février 1887, il y avait déjà 8118,500 de payées en accompte, et le montant payé pour les dépenses supplémentaires s élevait à $178,885 soit un grand total de payé de $297,385, pour des travaux, qui d'après le contrat, ne devaient coûter que $135,000 et qui ne sontpas encore terminés.

Le contrat pour le palais législatif est encore plus mauvais. Le prix primitif était de $185,000. Le montant payé en vertu du contrat jusqu'au premier février 1887, était de $177,180 et les sommes payées pour travaux dits supplémentaires s'élevaient à $134,058, donnant un total de $111,238 pour un contrat de $185,000. Ces faits prouvent bien la négligence et l'extravagance inqualifiables de ceux qui nous ont précédés. "*

J'ai parlé de la nécessité d'un emprunt. Je ne suis pas prêt à dire quel montant il faudra. Mais dans tous les cas je suis décidé à résigner plutôt que de cacher la véritable situation financière de la province, et si la Chambre ne veut pas m aider à l'améliorer, le pays jugera entre nous ; il jugera entre ceux qui ne veulent pas payer les dettes qu'ils ont créées, et nous qui voulons conserver intact l'honneur de la province.

On a parlé du projet de conférence interprovinciale.

Je demande aux provinces de se réunir dans un congrès national dans le but d'étudier la situation que leur a faite l'acte fédéral et de suggérer des mesures propres à améliorer cette situation. Nous dirons aux représentants du pouvoir central : Vous avez pris le plus clair de notre revenu en 1867, en vous attribuant les douanes et l'accise qui donnaient onze millions, tandis que vous n'avez donné aux quatre provinces qui vous faisaient ce don, que deux millions environ. Vous avez donc gardé neuf millions pour votre part. Depuis cette époque, les revenus provenant de ces deux sources se sont élevés à vingt et un millions, et votre contribution au revenu des provinces n'a pas dépassé trois millions. Tout en prenant ainsi dans le gousset des contribuables des provinces, vous nous avez laissé les charges publiques. Et ce qui a contribué à l'augmentation de vos revenus a accru nos dépenses, vu ces faits, nous demandons simplement justice. Nous tiendrons ce langage. Serons-nous écoutés \ Je ne le sais.

Nous ne sommes pas la seule province intéressée. Il est généralement admis que le temp.$ est arrivé où les différentes provinces doivent se réunir pour se concerter et se protéger.

La Nouvelle-Ecosse, le Nouveau-Brunswick, l'Ile du Prince- Edouard, sont autant de provinces mécontentes de la situation qui leur çst faite dans la confédération. La province d'Ontario, la plus riche du Canada, a accueilli favorablement l'idée.

Bien que les auteurs de la confédération fussent des hommes sages et d'expérience, ils ne l'étaient pas plus que les auteurs de la constitution des Etats-Unis, et cependant chez nos voisins, la constitution a subi plusieurs modifications importantes, Il est bien reconnu aujourd'hui, comme je l'ai déjà dit, qu'il y a certaines clauses obscures dans la constitution et qu'il est urgent de les rendre plus claires. Il est préférable que ce travail de révision, ou d'interprétation soit fait immédiatement, plutôt que d'encourir de grandes dépenses pour obtenir des tribunaux l'interprétation de notre constitution. L'illustre Washington,. Benjamin Franklin et autres étaient aussi des gens sages, et néanmoins douze ans après que leur œuvre eut été mise à l'épreuve on a dû la modifier.* Si nous nous arrêtons devant des obstables imaginaires, si nous ne faisons rien pour améliorer notre position à ce point de vue, nous aurons à dépenser desmilliers et des milliers de piastres en frais. Tandis que si nous adoptons la voie que je propose, nous ne dépenserons qu'une somme insignifiante, comparée aux dépenses qu'occasionne la voie judiciaire, quelques milliers de piastres tout au plus et nous aurons eu l'avantage de réviser la constitution dans le sens de nos intérêts.

L'honorable chef de l'opposition veut savoir quel département va disparaître, pour faire place à celui que nous annonçons comme devant être créé pour surveiller spécialement les intérêts de l'agriculture et de la colonisation. Je lui dirai qu'il n'y a pas un seul de mes collègues qui ne soit prêt à s'effacer pour servir la province de Québec. Et quand j'aurai avisé le chef de l'exécutif à ce sujet, j'espère que la Chambre sera satisfaite de la décision que le gouvernement aura prise. Il n'y a pas un homme qui n'admette la grande importance qu'il y a de promouvoir*

-autant que possible les intérêts de la colonisation, et qui ne soit pas prêt à dire que la prospérité future de la province dépend dans une large mesure du succès de cette cause, la première de toutes. Jusqu'à présent les sommes considérables qui ont été votées pour la colonisation ont été bien mal dépensées, et dans un grand nombre cas l'argent n'a pas été employé pour les fins que la Législature avait en vue lorsqu'elle votait ces crédits. On a dépensé près de $330.000 en quinze mois pour les travaux de colonisation et des fraudes énormes ont été. commises à ce sujet. Dans un avenir très prochain j'aurai l'occasion de faire certaines révélations qui ouvriront les yeux des membres de -cette Chambre sur la manière dont ces argents ont été dépensés dans certains cas.

En terminant je dirai que pour réussir pleinement dans le travail que nous avons entrepris, il nous faut compter sur l'appui des honnêtes gens qui ont bien voulu faciliter notre arrivée au poste où nous sommes. Nous désirons nous rendre dignes de la confiance qui nous a été manifestée, en travaillant de toutes nos forces pour promouvoir les grands intérêts qui nous on été confiés. Dans ce but, nous comptons" sur l'appui de nos amis et sur l'esprit de justice de nos adversaires.

DEBAT SUR L'ADRESSE EN REPONSE AU

Discours pronon ce le 16 mai 1888, à V Assemblée Législative de

Québec, par V Honorable M. Mercier.

L'honorable M. Mercier, député d<i Saint-Hyaciidhe, premier -ministre, commissaire de l'agriculture et de la colonisation. — M. le président, personne, j'en suis sûr, ne reprochera à l'honorable chef de l'opposition d'avoir été trop long. On ne se fatigue pas •d'un discours aussi spirituel. Nous l'avons écouté avec plaisir, et nous avons admiré sa courtoisie. Cette modération dans la forme n'exclut pas la vigueur dans le fond. Le début nous laisse au-

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;gurer une session sinon calme, du moins courtoise et dépourvue <Tincidents désagréables, une session dans le cours de laquelle, tout en défendant avec énergie nos idées et nos principes, nous nous traiterons comme des gentilhomme». Quand l'exemple part <leVsi haut, il ne peut manquer detre suivi.

M. le président, je dois aussi féliciter ceux qui ont bien voulu proposer et appuyer l'adoption de l'adresse en réponse au discours du trône.

L'honorable député d'Ottawa nous arrive précédé d'une réputation très enviable. Avocat distingué, il a déjà .joué un rôle important dans sa profession. Sa place était ici et je lui souhaite la bienvenue au nom de mes amis et de toute la Chambre.

L'honorable député de Maskinongé, qu'il me permette de lui dire le sentiment unanime de ses collègues, nous a agréablement surpris. Il nous a prouvé que des cultivateurs pratiques peuvent être en même temps d'éloquents parleurs.

Ce devoir rempli — et il est agréable — j'entre dans le débat sans aucune attention de rappeler un passé acrimonieux. J'ai quelques remarques à faire sur certains points soulevés par l'honorable chef de l'opposition, mais je les ferai avec modération. Je suppose qu'il n'y aura pas d'amendement à l'adresse, de sorte que nous pourrons finir ce débat ce soir.

L'honorable chef de l'opposition a fait allusion à bien des choses. Il nous a parlé des élections d'Ottawa et de Laprairie, mais il l'a fait avec tant d'esprit que je suis prêt à lui pardonner la maltee qui dictait ses paroles. Il a fait erreur en me reprochant d'avoir déclaré à Laprairie que je ne ferais pas un emprunt. Quel intérêt avais-je à cacher cela ? Le public avait devant lui le statut qui nous autorisait à emprunter, et j'ai seulement répondu à un de mes adversaires, qui prétendait que nous avions emprunté trois millions et demi, d'attendre du moins que l'emprunt fut négocié avant de le critiquer. Nous sommes simplement autorisés à emprunter, ai-je dit, mais ce n'est pas encore fait. Voilà ma déclaration de Laprairie. Quant à dire que j'aurais assuré aux électeurs de ce comté que nous n'emprunterions pas, -c'est parfaitement impossible, autrement nous n'aurions pas fait

passer un statut à cet effet. Donc, il est bien certain que je n aF jamais fait une telle déclaration.

Si ces négociations ont manqué, c'est dû à une suite de circonstances malheureuses comme il en arrive quelquefois, circonstances que personne ne pouvait prévoir. Mais la Chambre apprendra avec plaisir que la province n'a rien perdu, et qu'elle n'aura à défrayer que les dépenses de nos deux voyages à New-York.

Nous avions fait un autre arrangement, après la rupture du premier, mais ceux avec lesquels nous avions traité, découragés par les difficultésde toutes sortes qu'ils rencontraient sur leurs pas, ont abandonné la partie. C'est alors que nous avons dû aller en France pour placer nos débentures.

Il reste contre les capitalistes américains la question des dommages. Nous avons pris des informations auprès d'hommes de loi distingués de New- York, et ces avocats nous ont dit que notre marché était bon, mais que pour établir le montant de notre perte relative, il fallait faire un nouvel arrangement, et qu'ensuite nous pourrions poursuivre ces capitalistes pour la différence entre le prêt qu'ils avaient promis et celui que nous avions contracté. Ce n'est que maintenant que nous pouvons prendre les mesures propres à nous faire rembourser cette différence. Est-il opportun d'instituer une telle poursuite ? La Chambre en jugera, elle est maîtresse de ses décisions, mais pour moi je ne crois pas la chose opportune. Dans tous les cas, les documents seront soumis à l'étude de la Chambre, et elle pourra se convaincre que nous avons agi de manière à sauvegarder les intérêts de la province.

L'honorable chef de l'opposition s'est demandé si nous avions fait le meilleur marché possible dans les circonstances. C'est là„ je l'admets franchement, la vraie manière de poser la question, et je suis prêt à y répondre. Je prétends que nous avons obtenu le cours de nos bons sur le marché européen. L'honorable chef de l'opposition a dit que nous avions eu moins que d'autres emprunteurs. C'est vrai, mais n'est-ce pas de la dernière injustice que de faire la comparaison à laquelle mon honorable adversaire faisait allusion en prononçant ces paroles. Je sais que Ton veut parler de l'emprunt négocié dans le même temps par la colonie de Victoria. Un journal important qui appuie mes honorables ami»

l'hon. m. mercier J93

de l'opposition, a déjà formulé ce reproche, et je crois y avoir répondu. La colonie de Victoria est riche, elle a un revenu considérable, et depuis six ans ses emprunts sont pris à quatre par cent d'intérêt ; tandis que nous, nous avons toujours emprunté à cinq, excepté en 1880 où l'intérêt a été de quatre et demi, mais deux ans plus tard, nous sommes retournés à des emprunts de cinq par cent. On comprend quelle différence doit exister entre notre crédit sur le marché monétaire et celui dune colonie comme Victoria. L'emprunt de 1880 qui portait quatre et demi par cent d'intérêt a coûté à la province au-delà de $500,000, qu'il a fallu retrancher sur la valeur nominale de nos obligations, tandis que le montant à déduire sur notre emprunt nVst que de £1 22,000. Je comprends qu'il ne convient pas de faire de comparaison entre les conditions de cet emprunt, et celles des emprunts précédents,, mais il est également injuste de comparer notre crédit à celui d'une colonie comme celle de Victoria.

L'honorable chef de l'opposition a dit que c'étaient les conservateurs qui avaient ouvert la voie aux rehxtions entre la province et la France. Nous ne nions pas cela. Jamais nous n'avons combattu cette politique, jamais nous n'avons lutté contre la réalisation de ce projet, et jamais nous nous sommes attristés de1 voir s'établir des relations d'affaires avec la France. Parmi nous il n'y a qu'un sentiment lorsqu'il s'agit de notre ancienne mère-patrie. Il n'y a plus de parti, il n'y a que des enfants de la même patrie, gardant précieusement son souvenir. Nous avons pu différer sur l'appréciation de certaines transactions, mais cela n'a jamais altéré en rien nos sentiments à l'égard de la vieille France, car il y a de Ci' côté-ci autant de cœurs français que de l'autre côté de la Chambre.

Oui. M. le président, les conservateurs ont ouvert le chemin, mais il avait été fermé ensuite et pour de bonnes raisons. Pourquoi l Je n'ai pas intérêt à le dire maintenant, mais je ferai connaître ces raisons si l'on m'y provoque. Il a fallu rouvrir ce chemin. J'avoue que la tache a été assez facile. Nous avons trouvé un acceuil sympathique sur la vieilli terre française. Nous n'avons eu qu'à frapper aux portes des institutions financières de France pour les voir s'ouvrir toute grandes devant nous.

En France on aime le Canada, et quand on parle du Canada, les cœurs senieuvent comme ici lorsque nous parlons de la France. Là-bas nous avons été reçus comme des fils de famille qui reviennent au foyer paternel. On est prêt à nous avancer de l'argent pour développer nos richesses et nous aider à grandir et à prospérer. Déjà plusieurs Anglais de ce pays sont venus me demander des lettres d'introduction auprès des capitalistes français, et j'ai été heureux de les leur donner. Je le dis avec un légitime sentiment d'orgueil et de fierté, nous pouvons maintenant nous lancer dans un grand mouvement de progrès et de développement de nos ressources, les capitaux ne nous feront pas défaut, car la France nous aidera de son argent. La conversion de la dette se fera facilement en France. Nous rencontrerons des ditfcultés ailleurs, c'est inévitable, mais nous les surmonterons,

«c'est certain.

La conversion de la dette se présente dans d'excellentes conditions financières et elle s'opérera à la satisfaction générale, si la Chambre veut nous donner son concours. Elle se fera non pas dans l'intérêt étroit et mesquin d'un parti, mais dans celui de toute la province. Elle se fera dans l'intérêt de 1 éducation, de l'agriculture et de la colonisation qui ont tant besoin de secours. Je suis certain que nous rencontrerons un appui patriotique pour cette orande mesure de la part de la grande majorité de la députation et du peuple de cette province.

L'honorable chef de l'opposition nous a fait un reproche parce que nous disons que la politique des chemins de fer, que nous annonçons dans le discours du trône, n'est que la conséquence de celle adoptée en 1882 et modifiée en 188G. Ce reproche n'est pas juste. Nous prétendons — comme il est d'ailleurs facile de le démontrer— que ce que nous proposons de faire aujourd'hui n'est que la conséquence nécessaire, rigoureuse de la politique de nos adversaires.

Ceux-ci nous disent : Vous avez blâmé cette politique, comment pouvez-vous l'approuver aujourd'hui l Nous répondons : votre politique a créé un état de choses auquel il nous faut remédier. Nous avons blâmé la création de certaines dettes, et cependant il nous faut bien les payer maintenant, puisque l'honneur du pays

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est engagé. Si vous n'aviez pas inauguré cette politique en 1882, nous ne serions pas obligés de faire voter de nouvelles subventions à des entreprises que vous avez ignorées.

En 1882, M. Chapleau est venu engager le pays dans une voie qui devait avoir des conséquences considérables. D'un seul coup on accordait au-delà de six millions d'acres de terre. Et quand nous disions que cela allait nous entraîner dans des dépenses hors de proportion avec nos ressources, M. Chapleau nous répondait: 44 Nous avons des millions et des millions d'acres de terre qui font rien, pourquoi ne pas les donner pour encourager la construction «les voies ferrées qui vont centupler la richesse nationale i Nous ne demandons pas un sou, seulement nous croyons qu'il est dans l'intérêt de la province d'utiliser le domaine public pour faire la prospérité de la population et activer le mouvement de la colonisation."

Cependant, malgré ces déclarations, on est venu quatre ans plus tard nous demander de convertir ces octrois de terres en subsides en argent.

Mais là où l'on constate que notre politique n'est que la conséquence rigoureuse de la vôtre, c'est dans la manière dont vous avez distribué ces subsides. Il y a une foule de compagnies qui ont été oubliées. Je citerai, entr autres, le chemin «le fer Montréal et Sorel, qui n'avait pas reçu un sou, tandis que d'autres compagnies avaient «le fortes subventions. Ce chemin traverse une région qui a bien payé sa part des taxes publiques. Faute de ressource, cette compagnie n'avait pas payé les terres qu'elle avait expropriées des cultivateurs ; de leur côté les ouvriers attendaient le prix de leur travail. Il n'était pas juste de laisser ainsi souffrir ces braves gens, et nous avons cru devoir venir au >ecours de cette compagnie».

Sur le parcours de chemin de fer de Québec à Ottawa, vous avez aidé les embranchements de St. Jérôme, Joliette et St. Eustache, mais vous avez oublié d'autres entreprises qui méritent également d'être encouragées. Il y a le chemin de fer de St. Jérôme à la chute aux Iroquois, celui de Beauharnois et celui de la (îatineau. Il v a sur les bords de la rivière Gatineau des terres magnifiques et une population laborieuse, intelligente, qui de-

mande pour prospérer, qu'on lui donne des communications faciles avec les grands centres. Le gouvernement fédéral a augmenté sa subvention, et nous en avons fait autant.

Le chemin de fer de St. Jérôme à la chute aux Iroquois, qui a une longueur de 70 milles, n'est pas encore construit et on ne peut nier que cette entreprise n'a été que trop ignorée. On lui a donné des octrois, mais pas suffisamment pour permettre à ses promoteurs de la mener à lxmne tin. Je me rappelle avoir entendu M. Chapleau déclarer à Ste. Agathe, qu'il ne retournerait plus dans cette paroisse à moins que ce fut en chemin de fer. C'est une entreprise nécessaire et mon devoir est de compléter la politique inaugurée par mes adversaires. Je sais que M. Chapleau ne peut faire construire ce chemin, et bien que M. Chapleau soit mon adversaire, je ne puis oublier que cette voie ferrée est destinée à faire de la région qu'elle traversera un grand pays, habité par une population riche et prospère. Nous allons augmenter le subside de manière à assurer la construction de cette voie ferrée.

Il y aussi le chemin de fer du lac St. Jean qui va aboutir à l'heure qu'il est à la Pointe-aux-Trembles, où l'eau est trop peu profonde pour permettre un raccordement aux vaisseaux qui devront plus tard sillonner cette mer intérieure. J'ai visité ce pays, et »*n arrivant sur les lieux, j'ai compris que ce chemin devait aller plus loin.

Ah ! M. le président, il fallait entendre avec quelle éloquence, quelle sagacité d'homme d'état, Sa Grandeur Mgr Racine, ne cessait «le prêcher son projet favori auquel je fais ici allusion, projet qui consiste à pousser cette voie ferrée jusqu'à la rivière Meta-* betchouan et jusqu'à Chicoutiini. Comme conséquence de ce qui a été fait, nous nous sommes engagés à aider ceux qui veulent prolonger ce chemin de fer dans les directions indiquées par la nature <Ws choses et les exigences des localités, et de là vers le nord de manière à faire la fortune de cette partie de la province. Nous avons répondu à l'appel de ceux qui nous demandaient de compléter la politique adoptée à l'égard de cette entreprise, et Ja -Chambre ne pourra que nous approuver dans cette décision.

Il y a aussi le chemin «le fer de Beauharnois, dont j'ai men-

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tionné le nom en passant. Ce chemin est destiné à desservir un pays riche et prospère. Pourquoi ignorer cette population plus qu'une autre i Nous avons cru que ce n était pas juste et ici encore, comme conséquence de la politique de 1882, nous avons • décidé de venir en aide à cette voie ferrée.

Ce n'est pas tout. Il y a encore le chemin de Montmorency et •Charlevoix qui se rendra à la Malbaie l'an prochain et qui est destiné plus tard à atteindre Tadousac, le grand port de mer de l'avenir, destiné à devenir notre port d'hiver. Voilà encore une entreprise que nous devons aider comme conséquence de la politique que vous avez inaugurée en 1882.

Notre politique n'est pas de critiquer les œuvres de nos adversaires, mais de les compléter suivant que l'exigent les intérêts publics et que le permettent les ressources de la province. Quand je parle de ces chemins de fer dans le nord de la province, je ne puis m 'empêcher de dire un mot d'un homme qu'on appelle si justement l'apôtre de la colonisation. Je sais bien qu'en l'associant à mon travail je ne tends pas la main à un ami politique, mais sommes-nous pour faire des chemins de fer bleus ou des chemins de fer rouges ? Non, c'est pour le pays que nous travaillons. Il faut développer les immenses ressources de la province. C'est là une œuvre nationale qui s'impose à tous les cœurs patriotes, et c'est cette œuvre que veut accomplir le gouvernement que j'ai l'honneur de présider.

On s'étonne de ce qui arrive et on me reproche d'avoir dit l'an dernier que le curé Labelle était un partisan enragé. D'abord on a donné à mes paroles une portée qu'elles n'avaient certainement pas ; jamais je n'ai eu l'intention d'insulter au caractère de cet homme de bien. A preuve que mes détracteurs mentaient, c'est qu'aussitôt que j'eus constaté que les informations que Ton m'avait données étaient fausses, loyalement, franchement, j'ai invité M. Labelle à venir m aider dans le département de l'agriculture et de la colonisation. J'espère qu'avant longtemps, sous sa puissante direction, nous pourrons faire le bien dont la province a besoin. Nous irons au-devant du colon, nous lui dirons : •Ce n'est plus seulement au parti, mais l'église et l'état qui s'unis- .sent pour vous aider, pour faire progresser cette grande cause de

li colonisation. Pour assurer davantage le succès de cette cause,, je travaillerai à réunir sous le drapeau qui nous couvre de sonombre tous les hommes de l>onne volonté. Si je marche lentement, en revanche c'est toujours sûrement que je vais au but que m'indique le devoir. Je sais oublier les haines du passé pourréparer les défaillances et les fautes de ce même passé, et faire la prospérité du pays.

L'honorable chef de l'opposition nous a demandé : où allezvous prendre l'argent pour payer ces subsides nouveaux ? Et il a ajouté : si l'emprunt de la dernière session doit suffire, vous nous* trompiez donc lorsque vous nous disiez que c'était pour faireface à des obligations existantes.

Avant de répondre à cette question, je rappellerai un incident de la dernière session. Nous avions décidé l'an dernier, pressés par des demandes nombreuses et persistantes et l'intérêt bien entendu de ces entreprises mêmes, de venir à leurs secours. Les résolutions étaient prêtes et avaient reçu l'approbation de Son Honneur le lieutenant gouverneur. Mais comme nous étions aux derniers jours de la session et qu'en conséquence la moindre objection pouvait les faire tomber, j'ai cru devoir, avant de les soumettre à la Chambre, consulter quelques-uns de mes adversaires qui se déclarèrent satisfaits et s'engagèrent à ne pas soulever d'objections. Nous allions présenter ces résolutions, lorsquesurvint un accident ; le Conseil législatif obéissant à je ne sais: quelle mauvaise inspiration, lança son fameux protêt contre l'emprunt. J'ai cru que c'était un plan concerté par mes adversaiies,. et je n'ai pas voulu aller plus loin avec ce projet de résolutions,, le réservant pour une occasion meilleure. Ce qui contribua à me faire croire à la justesse de cette supposition ce fut l'absence simultanée des chefs de l'opposition à la séance même où je devais* soumettre ma proposition.

J'espère que cette année nos adversaires nous aideront à faireadopter les résolutions que j'aurai l'honneur de soumettre à cette- Chambre.

Maintenant, je vais répondre à la question, de savoir où nous: allons prendre de l'argent pour faire face à ces obligations. Nous*, avons reçu au delà de $600.000, produit des taxes sur les eorpo-

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rations municipales Montréal nous a payé SI 25,000 ; Ontario^ 8100,000 en acompte sur le fonds commun des écoles élémentaires ; il nous reste encore un montant considérable à recevoir de ce fonds, que nous pourrons employer pour payer ces subsidesaux chemins de fer ; de plus, notre revenu a augmenté de $150,000 pour ce qui concerne l'exploitation forestière, et je suis heureux de pouvoir dire que le revenu public augmente généralement* dans toutes les branches.

Ce n'est pas tout, M. le président, nous avons encore des. réserves forestières qui peuvent nous rapporter des millions, si nous savons en disposer convenablement. Nous avons l'intention de vendre à l'automne une certaine étendue de ces. réserves. On sait que la province d'Ontario, il y a quelquesmois, a vendu pour un million ou un million et quart de cesréserves forestières. Il n'y a donc rien d'exagéré à dire que nous allons retirer des sommes considérables de cette source, sommesque nous mettrons à la disposition de ces entreprises de cheminsde fer. J aime à croire que ces explications seront satisfaisantes.

L'honorable chef de l'opposition a dit que nous avions dû vanter la position de la province de Québec, lorsque'nous sommes-allés négocier l'emprunt en France. Oui, et j'étais sincère alorscomme je l'étais quand j'ai combattu la politique de mes adversaires. Ici nous avons combattu vigoureusement pour les empêcher de suivre une ligne de conduite que nous considérions comme préjudiciable à la province, et là-bas nous avons cherché à réparer ces fautes. Ce sont là des actes patriotiques.

Quelques mots à propos de la conférence interprovinciale.. L'honorable chef de l'opposition attaque surtout les résolutionsrelatives au désaveu, au Conseil législatif et au Sénat. Il prétend trouver des contradictions entre mes paroles et mes actes,- Il peut arriver que je commette des contradictions. Quel est l'homme qui n'en commet pas ? Qu'est-ce que cela fait au bien de la province pour lequel nous devons tous travailler ? Sommesnous donc ici pour ressasser le passé ? Non, M. le président, jecomprends mon mandat autrement. Mais je vais prouver, je* crois, que l'honorable chef de l'opposition se trompe dans ce= cas-ci. Il a relevé quelques-unes de mes paroles prononcées le-

10 avril dernier devant le Club national à Montréal. Il a rappelé que j'ai déclaré là, que l'ennemi du Canada, au point de vue du projet de la fédération impériale, était en Angleterre, et il a trouvé que je me contredisais en voulant transférer le droit de désaveu au gouvernement impérial. Je le répète, ceux qui demandent la fédération impériale sont nos pires ennemis. Ceux qui me dénoncent, n'osent pas se prononcer en faveur de ce projet.

Il n'y a que quelques Anglais accoutumés à ramper au pied du trône qui veulent s'unir à l'Angleterre, 'parcequ'ils ne veulent pas s'en détacher. Nous ne pouvons les suivre dans cette voie, car nous voulons rester libres, et préparer nos destinées futures comme nous l'entendons. En transférant le droit de désaveu en Angleterre comme nous le proposons, nous ne commettons aucune contradiction. La fédération impériale, voilà notre ennemie, l'ennemie de nos institutions, l'ennemie de nos libertés politiques, l'ennemie de notre agrandissement futur, mais le gouvernement impérial, n'est pas, lui, notre ennemi. Ce que je dis là est tellement vrai, qu'il n'y a pas un seul homme dans cette Chambre, qui voudrait se déclarer ouvertement partisan de la fédération impériale.

Personne ne peut suspecter notre loyauté envers l'Angleterre, mais nous pensons qu'un jour viendra, où pacifiquement et politiquement, nous nous éloignerons de l'Angleterre qui a appris à nous connaître depuis cinquante ans. Nous ne songeons pas à précipiter ce jour, car nous respectons l'Angleterre comme un fils respecte sa mère. En s'éloignant du toit qui a abrité son enfance, pour fonder une nouvelle famille, le fils ne cesse pas pour cela d'aimer sa mère. Il en est de même pour un peuple. Ce n'est pas la haine qui le pousse, c'est un besoin instinctif, c'est sa nature qui parle plus haut que tout sentiment.

Personne ici n'a osé relever mes paroles du 10 avril, mais l'on m'a fait répondre par une voix plus puissante que la mienne, celle du gouverneur général, Lord Stanley. Il sera bientôt à la tête de l'Exécutif canadien. En sa qualité de gouverneur, il sera respecté s'il le mérite, mais il ne pourra faire avancer le projet dont il est un des fervents adeptes, sans l'appui de ses ministres responsables.

Pourquoi, nous dit-on, voulez-vous transférer le droit de désa-

veu en Angleterre ? Entendons-nous bien sur la vraie signification de ce mot : désaveu. M. le président, le désaveu est l'acte du souverain qui refuse de sanctionner une loi sans donner de raisons, C'est la volonté suprême qui prononce sans même rien nous dire pour motiver sa décision. Cette simple définition suffit pour démontrer combien un pareil privilège peut être une arme dangereuse dans les mains d'un parti politique. Il y a une grande différence entre une loi qui peut être frappée de désaveu et une loi inconstitutionnelle ; celle-ci est nulle de plein droit et on n'a pas besoin de la désavouer, les tribunaux seuls devant se prononcer. Pour ces cas de lois inconstitutionnelles nous créons un autre mode de procédure, et nous ne transférons pas en Angleterre ce •droit d'interprétation. Les tribunaux ordinaires en seront saisis. Il ne s'agit donc que du désaveu proprement dit.

M. le président, il ne faut pas oublier que le gouvernement impérial exerce ce droit contre les actes du parlement fédéral. Or savez-vous combien de lois fédérales ont été désavouées en Angleterre depuis au-delà de vingt ans que la Confédération existe? Deux, celle qui réduisait le salaire du gouverneur général et celle qui permettait la prestation des serments devant les comités. Quand au premier* cas, l'on a allégué qu'un salaire moins élevé que celui qui était accordé, ne conviendrait par, parceque le Canada était la colonie la plus importante après celle des Indes, il fallait nommer pour occuper le poste de gouverneur général, un homme distingué, pouvant par ses talents se recommander au choix du gouvernement impérial.

Pourquoi n'est-on pas intervenu plus souvent ? C'est que l'Angleterre est en Europe, et que là on a de grands intérêts à surveiller. Du fond de leur cabinet, les hommes d'état anglais gouvernent le monde ; Ils n'ont pas le temps de s'occuper des petits intérêts locaux. Ils ont bien d'autre chose à faire que de désavouer une 1 )i pour le bénéfice d'une compagnie de chemin de fer ou de quelque autre intérêt particulier.

Avec le droit de désaveu transféré au gouvernement impérial, nos lois provinciales ne seraient pas désavouées systématiquement comme elles l'ont été l'an dernier par Ottawa, sous les prétextes les plus ridicules. En veut-on un exemple ? Il existe une loi te-

dérale décrétant que le gouverneur général est une corporation ayant droit de posséder des biens ; Cette loi a été faite pour protéger la propriété de Rideau Hall, résidence des gouverneurs généraux. L'honorable chef de l'opposition, lorsqu'il était au pouvoir, a fait passer un statut donnant à la personne du lieutenant gouverneur le même caractère de corporation, et cela dans le but de protéger notre propriété de Spencer- Wood. J'ai défendu ce statut comme s'il eut été le mien, mais malgré mes efforts, le gouverneur général a été avisé de le désavouer. Pourtant, dans cette loi, nous n'enlevons aucun des droits ou prérogatives attachés à la charge de lieutenant gouverneur ; au contraire, nous ajoutions à ces droits et prérogatives, et cependant, le motif invoqué pour la désavouer, c'est que nous n'avions pas le droit de passer une loi affectant la charge du lieutenant gouverneur. Qui prétendra que cette loi eut été frappée de désaveu en Angleterre ? D'autres lois ont échappé, mais c'est par miracle.

L'honorable M. Flynn — député de Gasjté. — L'honorable premier ministre sait-il combien de lois ont été réservées pour l'approbation de sa Majesté ... Je puis lui dire qu'il y en a eu un grand nombre. . .

L'honorable M. Mercier. — Il peut se faire qu'il y en ait d'autres, je ne veux pas affirmer le contraire, mais je ne m'en rappelle pas. Je sais que toutes nos lois de divorces sont réservées sans exception, mais elles sont finalement agréées.

Dans les résolutions nous disons que la question de la constitutionnalité de nos lois sera décidée par les tribunaux, tandis que le droit de désaveu n'est transféré en Angleterre que pour les lois pouvant affecter les intérêts généraux «le l'Empire ou du Canada, car nous admettons, pour ce qui concerne la Confédération, que cette garantie a sa raison d'être, et qu'il est à propos de la laisser subsister. C'est tout ce que nous proposons sur ce point.

On dit que ce changement est dangereux. Pourquoi ? S'il est dangereux de confier le désaveu de nos lois provinciales au gouvernement impérial, pourquoi l'exercice de ce droit ne le serait-il pas pour les lois fédérales ? Pourtant aucun de ces messieurs ne s'est plaint de cette clause de la constitution.

L'honorable chef de l'opposition veut savoir si j'ai changé d'o-

pinion sur le conseil. Non, M. le président, je n'ai pas modifié les vues que j'ai exprimées Tannée dernière. Tant que le peuple ne se sera pas prononcé pour l'abolition de cette Chambre, nous n'interviendrons pas comme gouvernement dans le sens de l'abolition. Je ne veux pas faire de luttes stériles. Nous disons dans les résolutions que les deux tiers de l'Assemblée législative pourront passer une loi pour abolir le Conseil et que cette Chambre -disparaîtra dès que sa Majesté aura sanctionné cette loi, et qu'une proclamation aura été lancée. Et cette Chambre c'est le peuple. Loin de diminuer les garanties d'existence du Conseil, je rfouve que de fait nous les augmentons. Aujourd'hui une seule voix de majorité suffirait pour abolir de fait si non de droit le Conseil Législatif, en lui refusant les subsides nécessaires à son existence.

L'honorable M. Taillox. — Et si le Conseil refusait à son tour de voter le " bill " de subsides ?

L'honorable M. Mercier. — Et si le peuple, justement indigné ■de cette tentative insolente, déclarait la guerre au Conseil, pensezvous que le peuple ne finirait pas par triompher dans cette lutte ! Au reste on n'oserait plus recourir à ce moyen à l'avenir. On a déjà essayé cette mesure extrême sans succès, et l'on sait que la répéter serait le coup de mort de la Chambre haute.

Non, M. le président, il n'y a pas de contradiction entre la résolution de la conférence et nos déclarations. On nous a même blâmé, l'année dernière, parce que nous ne voulions pas abolir le ( \>nseil, et nous avons entendu nos adversaires critiquer notre conduite k cet é<mrd.

L'honorable chef de l'opposition veut bien qu'il y ait un surplus, mais à condition qu'il ne soit pas formé de tel ou tel montant de nos recettes. L" surplus que nous annonçons est réel et provient de ce que nous avons fait rentrer l'argent qui était dû à la province. 11 y aura cette différence entre ce surplus et le sien, c'est que le nôtre sera bien visible et qu'on n'a jamais pu trouver celui dont se vantait le gouvernement Ross. S'il y a eu un excédant du temps de nos adversaires, l'argent doit se trouver quelque part. < )i\ nous avons â\\ beau chercher, sciuter, peser, nous n'avons rien trouvé; la caisse publique- était vide, nos honorables amis de l'op-

position ne nous ayant rien laissé pour défrayer les dépenses qu'ils avaient faites.

Le surplus que l'honorable trésorier aura le plaisir d'annoncer ne sera pas invisible comme celui de nos adversaires. On pourra le voir et constater qu'il s'élève à au-delà d'un demi million de piastres.

L'honorable chef de l'opposition a parlé des poursuites intentées contre ceux qui sont accusés d'avoir détourné des fonds de colonisation. J'aime mieux ne pas parler de ce sujet-là, car il s'agit de l'administration de la justice. Seulement je dirai que nous ne nous servons pas de ces faits* regrettables comme nfcyen politique. Quand il m'a fallu intervenir pour faire donner la plus faible punition possible à ceux qui étaient trouvés coupables, je ne me suis pas occupé s'ils étaient de mes amis ou de mes adversaires politiques, j'ai recommandé ces gens à la clémence des juges. On me l'a reproché mais cela ne m'empêchera pas de suivre la même ligne de conduite si l'occasion se présente de nouveau.

L'honorable chef de l'opposition a fait allusion à un homme dont le nom s'est trouvé dans toutes les bouches, c'est M. La vallée. Nous avons dans ce cas-là, le singulier spectacle d'un conseiller législatif qui se plaint qu'on lui arrache par intimidation sa démission comme membre de la Chambre haute. Dès qu'il eût porté plainte devant moi je mê suis empressé de faire droit à sa demande bien que ce fussent mes amis politiques qu'il accusait J'aurais pu chercher à les couvrir, à gagner du temps, je ne l'ai pas voulu. Le Dr La vallée avait droit à une enquête, je n'entendis même pas (ju'il la demandât. Je priai Sir Antoine Aimé Dorion, le juge en chef de la cour du banc de la Reine, un homme que tous respectent et dont personne ne suspecte la stricte impartialité, de bien vouloir nous donner dans cette circonstance le concours de ses hautes capacités. Est-ce là la conduite d'un homme qui veut cacher les fraudes ?

L'enquête a eu lieu. J'y étais présent et il a été prouvé que loin d'avoir été intimidé c'est, au contraire, le Dr Lavallée qui le premier est allé trouver un de ses amis et lui a dit :

" Sauvez-moi . . . voulez- vous une lettre, une promesse d'ap-

" puyer le cabinet Mercier, je suis prêt à tout, mais sauvez-moi." Voilà des faits que l'enquête a révélés.

Le Dr La vallée demandait aussi dans ^seconde lettre au lieutenant-gouverneur, qu'on procédât contre lui, se disant prêt à prouver son innocence. Je me suis encore rendu à sa demande et la justice aura son cours. Dieu fasse qu'il prouve son innocence. Je ne veux pas que l'on puisse dire que l'administration de la justice a servi d'instrument à un parti.

Je termine mes remarques. Si la Chambre est disposée à approuver ce qui est contenu dans le discours du trône, nous pourrons tous ensemble faire un peu de bien à la province.

Que l'opposition nous surveille comme elle croira devoir le faire, nous ne nous en plaindrons pas. Nous ne lui demandons pas de nous aider, nous désirons seulement qu'elle travaille au. bien de la province, à assurer sa prospérité et son bonheur.

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