‹ Biographie, discours, conférences, etc. de L'Hon. Honoré MercierChapitre 80 sur 145 · LES $30,000 DE SENÉCAL · texte numérisé non relu

LES $30,000 DE SENÉCAL

En 1882 M. Chapleau s'est fait autorisé à emprunter dans la province de Québec, au moyen de débentures non-rachetables,

une somme de $3,000,000 et, pour arriver à placer ces débentures <lans la province, il avait fait un marché avec un syndicat dont M. Senécal faisait partie, au moyen duquel le syndicat s'engageait à négocier $1,500,000 de cet emprunt. Comme garantie de l'exécution de ce contrat, M. Wurtèle avait exigé un dépôt de $30,000. Cette somme a été bien et dûment entrée comme recette dans la caisse du gouvernement, ce qui appert à la page 8 d'un document mis devant la Chambre, à la dernière session et contenant un sommaire des recettes et paiements de la province, du 1er juillet au 31 décembre 1882.

Il paraîtrait, pour une raison ou pour une autre, que le syndicat de M. Senécal n'a pas exécuté son contrat parfaitement bien, puisque M. Wurtèle a été obligé de s'adresser à la Banque de Montréal, pour avoir de l'argent, et cherche actuellement en Angleterre un emprunt de $2,500,000. Ce sont les journaux conservateurs qui nous apprennent la chose.

D'après les conditions du marché, les $30,000 devaient appartenir à la province, du moment que M. Senécal manquait à ses engagements. Et, cependant, par un ordre en conseil sous le numéro 150, et en date du 5 mai 1883, M. Senécal a retiré ses $30,- 000. Pourquoi ? Parce que c'est M. Senécal. Il n'y a pas d'autre raison que celle-là, et M. Mousseau aurait bien tort de se torturer l'esprit, et se faire maigrir en cherchant, à en trouvrer d'autre ; celle-là suffit, car du moment que M. Senécal le veut, M. Mousseau, qui est son esclave n'a rien à dire.

l'affaire de molon

Voici encore une jolie petite transaction qui prouve l'intérêt tout particulier que ce bon M. Mousseau porte à la caisse publique. \

Dans le mois de novembre 1881, M. Hector Fabre se passa la fantaisie de se porter adjudicataire à une vente du gouvernement de 5,000 acres de terrains à phosphate, à raison de $3 l'acre. Il se prétendait le procureur d'un monsieur de Molon, un Français» qui l'aurait chargé d'acheter des terrains, et qui ne lui avait donné pour cela que $3,000. H y a des malins qui prétendent qu'il n'y avait pas plus de M. De Molon que sur la main et que

c'était M. Senéeal qui faisait le français. (Rires et applaudissements.) Toujours est-il que M. Fabre ne paya que $8,000 sur les quinze mille et rencontra la balance au moyen d'un chèque non accepté de M. Senéeal, chose formellement défendue par la loi. Les choses en restèrent ainsi jusqua la session de 1882, quand M. Marchand, qui est curieux comme un libéral, attira l'attention de la Chambre sur cette irrégularité. M. Flynn répondit que tout était correct ^t produisit une copie de lettre qu'il avait écrite à M. Fabre, le 1er mars 1882, et dans laquelle il l'informait que le chèque était refusé, que la vente était annulée et que les $3,000 étaient confisquées au profit de la couronne. (Débats de la législature pour 1882, page 963.)

A la page 902, M. Chapleau dit :

"Aujourd'hui le gouvernement, au lieu d'avoir perdu dans cette affaire, a au contraire gagné, car il a les $3.000 payées au moment de l'enchère, plus les terrains vendus."

Comme vous le voyez, jusqu'à présent ça n'est pas trop mal. Mais il est entendu que M. Mousseau ne fera que des sottises. (Rires et applaudissements). Ces $3,000 lui pesaient sur la conscience, je suppose, ou notre premier ministre trouvait qu'il avait trop d'argent. Toujours est-il que le 17 juin 1883, un ordre en conseil No 20 a été passé pour autoriser la remise de ces trois mille piastres.

Qui les a eues ? — Je n'en sais rien. Je serais bien surpris si M. DeMolon en a jamais eu connaissance.

Quand un pauvre colon néglige de payer sa rente ou ses versements, sur le prix d'achat d'une terre de la Couronne, on le met dehors impitoyablement et on confisque toutes les sommes qu'il a jusqu'alors payées. Mais ce n'est qu'un colon ! Ce n'est pas un gros monsieur et M. Senéeal n'est pas là pour le protéger.

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