CONTRADICTIONS DE LA PRESSE TORY
Il est fort amusant de relire ce que la presse bleue a publié à propos de cette conférence. On a commencé par la représenter comme un pique-nique, une réunion sans importance, enfin une affaire qui ne pouvait tourner qu'à la confusion de ceux qui l'avaient organisée. Les plus osés ne se gênaient pas de dire que les ministres des autres provinces n'accepteraient pas notre invitation et ne viendraient pas à Québec.
Et en ce temps-là, nos bons bleus jubilaient.
Mais notre invitation fut cordialement acceptée par les gouvernements de toutes les grandes provinces et la jubilation des bleues diminua sensiblement.
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Pour se refaire un peu de contenance, ils se rabattirent sur l'inutilité dune pareille démarche.
La déception les attendait encore ici : les chambres de commerce de Toronto, Montréal et Québec, composées des homme* d'affaires les plus importants et les mieux posés de ces grandes métropoles commerciales, s'adressèrent à la conférence, même avant sa réunion, |>our obtenir par son intermédiaire l'assimilation des lois concernant la liquidation des biens des insolvables. Cette démarche proclamait à elle seule l'utilité de la conférence et mettait à néant les arguties de la presse bleue.
Encore écrasés sur ce terrain, ces messieurs abandonnèrent Fe ton du persiflage pour se livrer aux accès de la fureur, et le jour même de la réunion de la conférence, avec une délicatesse dont je lui laisse tout le mérite, le Montréal Gazette désignait sous l'appellation de conspiration provinciale la convention des délégués de gouvernements représentant les cinq plus grandes provinces «lu Canada. C'était tout simplement le dépit passé à 1 état rabide.
Pourtant, la déconvenue n'était pas encore à son terme et le journal qui nous traitait ainsi de conspirateurs ne se doutait pas qu'une quinzaine de jours plus tard, il serait forcé d'approuver la plus grande partie de cette œuvre de conspiration. En effet., le 11 novembre, ht Gazette était obligée de se déjuger et d'admettre que le travail de la conférence avait été fructueux et utile, après l'avoir représentée comme un pique-nique ridicule. Permettez-moi de vous citer ses propres paroles :
" Cependant, dit-elle, il a été traité certaines questions du ressort légitime dune conférence provinciale, telles que l'abolition des conseils législatifs, l'assimilation des lois provinciales, la confirmation des pouvoirs exercés par les législatures depuis la confédération et au sujet desquels il s'est élevé des doutes, ainsi que le règlement de la question des frontières d'Ontario et de Québec Ce sont là des questions importantes, sur lesquelles les législatures» à l'instigation de la conférence, peuvent pertinemment se prononcer et au sujet desquelles il peut être fait une législation avantageuse au peuple."
Si nous avons conspiré, il faut toujours bien admettre que nous
avons conspiré d'une manière avantageuse au peuple, de l'aveu même de la Gazette.
Mais continuons la citation :
" Plusieurs des résolutions ont trait à des questions ne se ratr tachant que de loin aux principes de la constitution, aussi qu'au libre fonctionnement du système fédéral, et à l'égard desquels il est facile d'en arriver à une entente, sans déranger les bases de la confédération. A notre avis, il faut ranger dans cette caté» gorie, les résolutions concernant la nomination des magistrats par les autorités provinciales ; la perception par les provinces des honoraires payables sur les procédures légales dans les cours provinciales le pouvoir des lieutenants-gouverneurs d'émettre des commissions pour la tenue des cours; l'abolition des conseils législatifs et la propriété des terres des sauvages dans les provinces où ces terres sont situées, quoiqu'il soit possible que ce dernier point puisse être réglé par un appel au comité judiciaire du conseil privé, afin d'obtenir une décision basée sur l'acte de l'Amérique Britannique du Nord. Le pouvoir de pardonner aux personnes condamnées pour infractions des lois provinciales est actuellement exercé par les autorités provinciales; mais s'il existe des doutes quant à la juridiction en cette matière, il est facile de les faire disparaître, et qu'il soit à propos de déterminer et d'établir les frontières des provinces d'Ontario et de Québec, cela est généralement admis. Ce sont là autant de questions — quoiqu'elles ne soient pas d'une importance grave — qui peuvent être avantageusement réglées par entente mutuelle entre les autorités fédérales et provinciales, sans troubler les principes fondamentaux de la constitution, sans mettre de côté la juridiction qui appartient de droit au parlement du Canada ni déplacer le mécanisme du gouvernement."
Il n'y a pas de doute, nous l'admettons avec la Gazette, que plusieurs de ces questions pourraient être réglées par une entente entre le gouvernement fédéral et ceux des provinces ; mais le gouvernement fédéral ayant toujours refusé cette entente, nous .devions prendre le moyen d'atteindre le même but sans son concours.
: Permettez-moi aussi de vous citer le témoignage d'un autre
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journal tory des plus hostiles et des plus injustes à notre égard : je veux parler du Star. Voici ce qu'il disait le 10 novembre' dernier, en publiant les résolutions de la conférence :
" Ces résolutions traitent des questions d'une grande importance qui méritent la sérieuse considération de tous les hommes publics et de tous les journalistes du Canada. Plusieurs des conclusions adoptées par la conférence provoqueront la discussion ; mais quelques-unes des propositions formulées par cette convention seront cordialement approuvées par la grande majorité des hommes qui pensent. Les principales questions traitées dansées résolutions sont le désaveu, la constitution du sénat et le subaide fédéral. L'établissement d'un tribunal chargé de décider de la eonstitutionalité des lois passées par le parlement fédéral et les législatures locales aurait, croyons-nous, l'effet d'adoucir le fonctionnement du système fédéral. Un pareil tribunal préviendrait beaucoup de disputes acrimonieuses et irritantes, réglerait promptement et d'une manière efficace celles qui pourraient surgir."
Ces témoignages forcés nous vengent amplement des attaques que nous avaient values la convocation de cette conférence, avant que son but et son œuvre fussent bien connus. Quand des journaux comme la Gazette et le Star, les organes reconnus de ce qu'il y a de plus injuste dans le parti tory anglais, sont obligés de rendre un pareil hommage à nos travaux, il faut bien admettre que l'œuvre de cette conférence a été utile, fructueuse et avantageuse au pays.
Il n'y h que trois points sur lesquels ces journaux n'acceptent pas les conclusions formulées par la conférence : ce sont les résolutions concernant le sénat, le désaveu et le réajustement du subside fédéral.
LE SEXAT
Quant au sénat, nous demandons tout simplement que la moitié «les sénateurs soient nommée par la province respectivement, et que l'autre moitié le soit par un gouvernement fédéral, mais pour un terme limité. Ce système assurerait aux provinces une certaine protection contre les empiétements du pouvoir fédéral
•et enlèverait à cette chambre le caractère de partisan qui la -distingue, telle qu'elle est actuellement constituée.
Je ne vois guère pourquoi le parti bleu s'opposerait à cette réforme; en 1854, lorsque la constitution de l'ancien conseil législatif fut modifiée, la presse tory s'est prononcée en faveur d'un système analogue, mais plus radical. Ainsi la Gazette de Montréal, qui était alors comme aujourd'hui, l'organe de la faction la plus fanatique du parti tory, voulait que les conseille» législatifs fussent élus par les conseillers municipaux, c'est-àdire qu'elle voulait que la composition du conseil législatif fût absolument en dehors du contrôle de la Couronne. Les résolutions de la conférence ne vont certainement pas aussi loin et si la Gazette pouvait rester logique, elle ne pourra sempecher d'approuver ce que nous proposons.
LE CONSEIL LÉOISLAriF
La résolution concernant le conseil législatif renferme l'idée que j'ai déjà exprimée en plusieurs circonstances, notamment en 1883. J'ai déclaré en Chambre qu'en principe, je suis en faveur de l'abolition du conseil, mais que cette réforme ne devra pas s'opérer tant qu'elle ne sera pas exigée par le peuple. C'est précisément ce que propose la conférence et si cet amendement est adopté, la constitution du conseil ne devra être changée, ou son abolition ne devra s'effectuer, qu'en vertu d'une adresse de rassemblée législative, votée par au moins les deux tiers des représentants du peuple. La résolution de la conférence, on voudra bien le remarquer, n'est pas impérative, mais seulement facultative et conséquemment rien n'oblige le gouvernement ou la chambre d'assemblée à prendre, pour le moment du moins, aucune initiative à cet éjjard.