LA FÉDÉRATION IMPÉRIALE
Voici un autre projet des torys destiné à détruire l'autonomie des provinces et à nous lancer d'une façon déguisée dans l'union législative.
Je n'ai pas besoin de vous dire qu'au Canada, c'est Sir John Macdonald qui est l'âme et l'inspirateur de ce mouvement antiprovincial. Voyant les provinces s'organiser pour résister aux impiètements des autorités fédérales, il veut déjouer leurs efforts en transportant la lutte sur un autre terrain. Sachant bien que le sentiment populaire lui est hostile ici, il veut anéantir ce sentiment en associant à son projet les hommes politiques influents de l'Angleterre. Car, remarquons-le bien, c'est en Angleterre qu'il faut chercher le centre d'action où se dressent les plans destinés à nous ravir les institutions que nous chérissons, à si juste titre.
Les partisans de cette fédération impériale sont de plus en plus audacieux. Ils viennent de s'affirmer d'une manière éclatante et de faire entrer leur rêve dans le domaine de la politique actuelle, par la nomination du nouveau gouverneur-général, qui est un partisan avoué de la fédération impériale. En effet, Lord Stanley a laissé comprendre qu'il vient au Canada avec l'intention bien arrêtée et la ferme détermination de faire triompher •cette cause. C'est-à-dire qu'il vient ici comme Lord Durhain en 1839, achever l'œuvre de destruction nationale, commencée par l'auteur du fameux rapport que tout le monde connaît. Et " La Minerve", l'organe tory français, reproduit avec complaisance les paroles de Lord Stanley, en faveur de la fédération impériale, et semble lui souhaiter la bienvenue à raison surtout de «es paroles. Le mot d'ordre est donc donné ; et tous les torys, français et anglais, doivent être en faveur de la fédération impériale!
La situation est grave : nous sommes en face du plus grand
danger que notre organisation politique ait jamais couru ; o» veut nous faire entrer dans un régime qui ne peut avoir pour nous que les conséquences les plus désastreuses. Jusqu'à présent nous avons vécu de la vie coloniale ; aujourd'hui, on veut nous, faire assumer, malgré nous, les responsabilités et les dangers d'un Etat souverain, qui ne sera pas le nôtre ; nous exposer aux vicissitudes de la paix et de la guerre entre les grandes puissances du monde, aux rigoureuses exigences du service militaire tel qu'il se pratique en Europe ; on veut nous imposer un régime politique qui, par la conscription, pourrait disperser nos fils depuis les glaces du pôle jusqu'aux sables brûlants du Sahara; régime odieux qui nous condamnerait à l'impôt forcé du sang et de l'argent, et arracherait de nos bras, nos fils, l'espoir de notre patrie et la consolation de nos vieux jours, pour les jeter dans les guerres lointaines et sanglantes que nous ne pourrions ni empêcher,, ni arrêter.
Nous sommes, libéraux et conservateurs-nationaux, décidément, énergiquement opposés à ce changement et le parti national de la province de Québec n'en veut pas ! Nous combattrons avec énergie ce projet machiavélique, et si jamais on réussit à nous l'imposer, Ce sera par la force ou par la ruse.