M. L'ABBÉ MOIGNO
linéique elio«e de grand, quPlqup chose qui tGiDb<Bit iini>nssil>>e, oni dû de toiu temps être' déclinas irnseliu^Dgés.
GVHi, fTerOitr.
ie Aloigno naquit le 20 , cheiF-lieude canton de livy, dans le Morbihan, ie da bravG marin Bisson, qui m'a fourni, pour bonne part, lea matériaux de celte notice; Je m'explique. Bisson et Hloigno, charmants philosophes de dix ï douze ans et liés d'une intimité grande, se promenaient et devisaient de choses el d'autres sur les bords d'une peiite rivière appelée le Scorf. Moign > en était b ses premières distractions. Un jen de lumière lui frappa la vue , une ride de l'eau , n'importe quoi : le voilà qui se 119'LIïK. — Tome 10. 1
penche, Il toftibe, il se noyait ; ce fut fiisson qui le sauva ; d*où suit que , sans Bisson , le monde n'aurait eu ni Tabbé Moigno ni les pages ci-dessous.
Chose remarquable qu'on Tait appelé Napoléon, car sa famille était royaliste et persécutée à l'ayenant ; mais , à cette époque ^ Tengoûment pour le grand homme allait jusque-là, même en Bretagne.
La faimUe Moigno avait eu jadis des litres de noblesse, ou du moins de hante bourgeoisie. Elle donna des femmes aux premières maisons de .la contrée (d'Hozier), et comptait trois siècles- d'existence , comme c^ se dit , quand vint à luire le soleil de 1789. Elle est originaire de Malestroît, en son vrai nom : Moigno de Yillebeau.
M. Moigno père (Vincent-Paul) avait émigré. Revenu en France avec la paix, il se maria, ce qu'il n'eût pas voulu faire sous l'ancien régime, attendu sa qualité de cadet, laquelle lui valait celle d'abbé. Premier sacriûce, qui fut accompagné d'un autre. Ayant perdu ses biens, il jugea qu'il étail de bou .goût 'de résigner aussi ses titres. Les Moigno de Yillebeau ne s'appelèrent plus que Moigno tout court. £h bien, soii. Il y a:une chose que M. Moign* ne perdit pas, c'est son noble coaur et sa gracieuse vivacité d'esprit , non plus que œltte une fleur de galanterie, des chevalieis d*autrebis> doat nous
faisons fi à l'heure qu'il est cjoiuoie les pourceaux de la mère-perle.
De retour donc de Bilbao » lieu de son émigration , M . Moigno épousa mademoiselle Elisabeth- Marie Le Corre du Pouldu, également noble. Cette alliance lui fit obtenir le bureau de Teoregistremcnt et des domaines du Faouêt, et ensuite celui de Guémené, Humble pis-aller pour un homme qui était fort des amis du duc de Rohao^ et qui avait eu rhonneur de perdre en un coup de carte chez ce grand seigneur les deux tiers d'une fortuue considérable.
Déclassé ou non , celui qui nous occupe ici spécialement reçut le baptême, des mains du curé de sa paroisse , M. Le Siéleur, ce jour mêuoie 2,ù avril 1804 ; il eut pour parrain >1. François Le Corre du PouJdu, officier de distinction, et pour marraine une dame Bourdaunay de Kerauforet , dont, j^ n'ai rien à dire, les registres n'en disant pas dayaolagç».
François Moigno, qui savait parfaitement lire à l'âge de quatre ans , ne sait pas encore écrire à la veille de la cinquantaine. Messieurs les caUigraphes reconnaissent que rien n'est bête comme un savant. Pour déchiffrer une lettre de T^abbé Moigno , il< faut un microscope p .l!abhé^ Moigno. .en personne^ et un temps illimité.
Il commença néanmoins, lorsqu'il eat six ans, l'étade da latin , et son maître fat M. Pezennec , saint prêtre, qui exerçait avec un zèle incomparable le double ministère du sacerdoce et de l'enseignement.
Or, veuillez remarquer, cher lecteur, qu'en dépit de mes plus constantes habitudes, la mère du jeune Moigno n'a pas encore figuré ici comme iustitutrlce. J'ai peur moi-même de mon silence et pour elle et pour lut II y a , dans l'éducation maternelle, une vertu propre, et, si j'ose le dire, fatale, que nulle autre ne peut suppléer. On distingue entre tous, et avec un sentiment pénible, l'homme à qui elle a manqué. Si harmoniquemcnt que s'accomplisse d'ailleurs la succession de ses jours, ils ne formeront jamais qu'une chaîne rompue, faute du premier anneau qui seul pouvait la fixer. A Dieu ne plaise que j'exagère cette idée , en l'appliquant surtout à M. l'abbé Moigno ; mais je ne crois pas qu'elle soit restée sans influence sur sa vie, et la suite le prouvera.
C'est un usage, dit-on, chez les mères bretonnes de frapper beaucoup leurs enfants pour les corriger; triste usage, d'autant qu'en ce pays-là les mains des dames sont assez souvent des poings. Madame Moi* gno se conformait scrupuleusement à l'uâage, eC
son fils la craigqdit plus que le tonnerre. ÂTec une âme bien placée, on n'aime pas cenx qpi'on redoute. La rigueur, est-ce une chose qui convienne aux mères des hommes? Dieu, qui les fit toutes de grâces, de tendresse et de cœur^ ne leur a guère donné d'empire que sur les affections ; Tamour est excellemment leur prérogative et en quelque sorte leur nature, et la sévérité, qui n'est pas chez elles un doux orgueil de la pudeur ou l'expression charmante et sublime de Tégoïsme à deux, devient vite une grimace hideuse ou risible.
Déshérité ainsi des baisers de sa mère , le jeune Moigno se réfugia dans le cœur d'un vieillard vénérable, M. Desbrulais, quelque peu rigoriste, mais plein de bonnes ceuvres, au demeurant curé de la paroisse de Guémené, qu'il a rendue heureuse durant un quart de siècle. C'est ce brave et saint homme qui lui fit le catéchisme et l'appela pour la première fois au banquet sacré.
Le jeune IVloigno avait dix ans et demi lorsqu'il fit sa première communion. Déjà s'étaient révélées plus ou moins ses inclinations ecclésiastiques, si bien qu'on attendit à peine les dents de lait pour l'appeler Monsieur l'abbé. En matière de vocation, ce phénomène qui m'enchantait jadis est décidé ment trivial et sans sel. Il y a de temps en temps
d*aiistères eimis de Thamanifé qui, Tonlant réaliser sm terre le bonbear parfait, se contentent de poser deux <x)nditionS; à savoir que toutes les églises soient saccagées et tons les prêtres broyés au pilon; ces iionnôles réformateurs ont eu sept ou huit ans eonnneM. Tabbé Moigno, et ils construisaient alors de jolies petites chapelles sur la table à ouvrage de leurs mamans.
Jusqu'à ce qu'il sut positivement à quoi s'en tenir pour son compte , le jeune Moigno entra en quatrième au collège de Pontivy, et il y obtint des succès. Sans le -savoir encore, il entra. Tannée suivante, au petit séminaire de Sainté-ànne, que les Jésuites dirigeaient (octobre 1816). C'était une institution mixte, recrutant les hommes du monde . ans» bien que la milice cléricale.
£n 4822 , il quitta cette dernière maison , et s'il venait à idire que les années les plus heureuses de sa vie se sont écoulées à Sainte- Anne, je ne m'en étonnerais pas. Il avait pour supérieur le P. Cuénet, religieux de bon sens qui permettait aux saints d'être des hommes d'esprit, et se le permettait fort volontiers à lui^nême. Il avait de pins un vif amour du travail, des succès toujours croissants, d'excellents conseils, des maîtres savants et dévoués, et l'avantage «mez commun chez ces éleveore de imi-
davres, de ne former avec toas ses coTifrères qu'un cxBVtir et qu*une âme. Il s'était même élevé parmi eux jusqu'au degré de la considération , car les élèves le chargeaient toujours de composer quelques morceaux de poésie pour leurs fêtes, et de petites pièces dramatiques en vers ou en prose. Observons que, dès cette époque, le jeune Moigno s'aventurait avec plaisir dans les sentiers fleuris du Pinde. On m'assure qu'il a fait des tragédies, des comédies, des odes, desépitrès, des poèmes de longue ha* leine, et toutes sbties de pièces graves ou fugitives. Qu'est-ce que cela proîtve? demandait Insolemment d'Alemberi. Cela prouve que la question du géomètre n'avait pas le sens comnun. Il y a si peu d'esprit de dissidence entre la poésie et ce 'qu*dn appelle les sciences exactes,, qu Viles sont sœuts et pareillement filles de l'harmonie. ' J^lnclinerais à penser, pour mon compte , qu'il y ^ plus de gérile mathématique dans les MétaitiGirphoses' A'Ovide que dans la merveilleuse Table de Ih^thagore , et dans un beau vers que dans la solution d'un problème bâti en chiffres. Que dis-je? les grands géomètres sont de grands poètes , de même qoe les grands philosophes, et c'est Montaigne qui me prête ce dernier mot. Que M. Moigno , après avoir ainsi débuié, devienne plus tard Pémiile hcu-
reux des Arago et des Canchy, je n'y vois rien d'étrange, au contraire ; et ces habitudes premières m'expliquent de plus la richesse de forme , l'élégante distinction de style , et la franche allure qui distinguent toutes ses productions.
Sorti du petit séminaire de Sainte- Anne (1822), il vint à Montrouge et commença son noviciat chez les Jésuites. Là se trouvaient , également comme novices, les Pères JMarquet, de Ravignan, Bazin, Lefèvre, Guyon et d'autres; le Père Guri était supérieur. Notable circonstance : ÏHontrouge avait alors une réputation diabolique. Les badauds de Paris qui ne croient pas en Dieu , et ceux de province qui croient y croire, une foule de niais enragés croyaient fermement et criaient que Montronge était une citadelle ennemie, qne les Jésuites, y faisant chaque jour l'exercice à feu , se dressaient au métier de bombarder la France pour l'asservir, que la maison du noviciat communiquait par un souterrain avec les Tuileries, et cent autres gentil* lesses. Bien souvent le P. Guri recevait des lettres menaçantes ou même suppliantes, en sa qualité de gouverneur de la citadelle , comme on l'écrivait. C'était une farce lamentable et atroce qui ût sourire M. Moigno de mépris et de pitié, mais dont il n'eut aucunement peur. Voilà de la justice et voilà aussi
da courage. Il faut avouer pourtant que M. Michelet n*aTait pas encore pris la plume contre les Jésuites; loin de là , il tendait alors la main sur le pas de porte de la citadelle. M. Moigno s'exposait à lui faire Taumône, et non pas ë l'affronter.
Qui donc avait embauché le jeune homme au bénéGce de cette Compagnie ? Personne que la grâce et un atirait irrésistible. Il n'eut pas d'autre pensée en quittant Sainte-Anne. L'éducation solide et incomparable qu'il y avait reçue l'enflammait du noble désir de succéder à de tels maîtres; l'histoire lui révélait assez magnifiquement leur fécondité pro * digieose en science et en vertus, pour qu'il fût heureux et ûer de prendre rang parror eux. Les persécutions stupides et lâches qu'ils eurent à essayer pouvaient exercer aussi quelque séduction sur son âme généreuse et bretonne.
Ainsi, ayant quitté Sainte-Anne le 28 août i8?2, il était arrivé le 2 septembre à Paris , et entrait le soir même au noviciat. On l'admit déûnitivement le jour de la Nativité, après une retraite donnée par ce célèbre Père Enfantin , qui n'osa dans la suite fNTononcer ses vœux, et sortit de la compagnie sans mésaventure (1).
(4^ On devine qu*il ne s*agitpas ici du Saint-Simonieii,
Jusque-lk, fiomime cm 8W sonvdent ; sa mère ne TaTait peint aimé. G€|>eDdaiit , lorsqu'elle le vit partir, elle manifesta quelques regrets; le fait est digne d'observation. Son père lui remît on |>apier plié en forme de lettre, doux gage de teadresse^t de piété antique : il y donnait à son fils de sablimes consefls et le vouait à Tadoraible Tnnité. Gérard Mercator, €B son Atlas (1595), a jugé bien cavalièrement les Bretons. « Ils sont, dît-il, bcms catboc liques et fort déuotieuT aux saincts. • Jusqu'ici rien de mal; mais il ajoute cette inoonséquence malicieuse : « Au reste , en lenr oonuersation ^ns « fins et rusez qu'il Jïe semble, auares et aubjects ff au vin pour la pltis|)art. » £n fR'ésence d'anescène aussi touchante queoelle dont 11 vient d'être question, je me rafale invobntairemdit Gérard Mercator comme on songe au diable nen voyant on «nge. Le dernier trait m'offusque surtofut, et, pour ea £aire bonne justice, je vtradrais avoir la toute fouissante compélience de M. l'abbé Moigoa
I>u 8 septembre 1822 au 8 septembre 1824 , la vie de notre novice se renferme à peu près tout emière daos un acte perpétuel de ferveur et d'austérité. A partir de cette dernière époque, mie grande et définitive transformation s'opère chez lui, je veuxdireque sa vocation scientifique se révèle de
ia façon la ph» fmattendae. Il apprend qne ses supérieurs le destinent à Fétude des mathématiques et de la physique, lui , Tenfant gâté des Muses! Il va faire partie de la petite École normale de la rue de Sèvres, n* S5. Dieu soit loué. Voflà une preuve de plus de Tincapacité des Jésuites Ces gens-l& ne s'entendaient aucunement à former les jetmes intelligences. Le coup d'œîl leur manquait de tous points.
Alors, et je suis heureux de le constater, M. Moigno eut pour maître M. Leroy, professeur à TÉcole Normale , ancienne et nouvelle , et à l'École Polytechnique , maintenant démissionnaire et fabricien de Saint-Étienne-du-IVlont^ savant homme et saint liomme, auteur de plusieurs ouvrages très estimés, possédant au Suprême degré le talent si rare de la netteté dans la démonstration. M. Leroy faisait un cours de géométrie analytique, ur, il se trouva tout à-coup que l'élève avait appris Talgèbre sans y songer , et par cette seule raison que les formules algébriquésr sont d'un fréquent usage en géométrie. Il put^^bir son examen de fin d'année sur une partié^des mathématiques transcendantes. C'était xmevëiâtion bien décidée, -celle -là du moins.
Miqu'au mois d'août 1829, on voit celte vocation piteique miraculeuse se manifester de plus en plus.
La date de 1828 rappelle une première petite découverte que fit M. Moigno dans le champ des sciences, et qui fut ainsi annoncée par Ai. Cauchy : « Cette manière de parvenir à Téquation du plan c tarifent nous a été indiquée par un jeune ecclé- « siastique également versé dans les sciences divines « et dans les sciences humaines, et membre de cette « illustre société qui , dans les deux hémisphères , a a rendu tant de services à la civilisation. » La méthode dont il s*agit , secondaire en apparence , était très importante en réalité. Son auteur ne Ta point développée encore. On dit qu'elle doit faire une révolution dans renseignement de la géométrie analytique; elle a fait, en attendant, Tobjet d*uBe thèse de doctorat, soutenue naguère par M. Tabbé Soufflet, dont je ne connais que le nom. Au reste, si j'ai parlé de cette découverte , ce n'est pas que je puisse en juger par moi-même , il faut bien l'avouer, mais parce qu'elle me donnait occasion de citer M. Cauchy.
Ainsi M. Moigno avait pris son essor; ainsi s'élait-il initié à toutes les recherches des Cauchy, des Ampère, des Poisson, etc., etc. Il allait même publier des Mémoires importants, lorsque la sainte obéissance lui rogna tant soit peu les ailes. Au mois 4'oçtobre de la mêmç année / 829 ^ on l'envoya ,
pour commencer son coars de théologie dogmatique, ao séminaire de Saint-Acheul. Le roi Charles X avait imaginé tout récemment les célèbres ordonnances relatives à l'enseignement en général, et aux Jésuites en particulier. Cette maison , si florissante et si pleine de vie quelques jours auparavant , M. Moigno n'y trouva plus qu'une morne solitude et bientôt une grande ruine , car la révolution de Juillet n'était pas loin. En effet, le 29 juillet, une population furieuse se jeta sur Saint- Acheul, brisant les portes et les fenêtres, poussant des cris de mort, d'autant plus implacables que les bons Pères s'obstinaient maladroitement à sonner le tocsin pour l'effrayer. Cependant, la cloche se tnt, et les bons Pères , mieux avisés , prirent la fuite. Supposez Cambronnc avec une tonsure à l'occiput, il aurait fait de même. Pour cette raison, quiconque insulte on prêtre ou une femme est un lâche el un cuistre. M. Moigno resta, lui, non pas à Saint- Acheul, mais dans une maison de campagne de Cagny, sise à deux kilomètres de là ; sa naissante auréole de savant le protégeait et devait le protéger. Le soldat qui a tué Archimède n'était pas un Picard. Après avoir emballé les livres de la bibliothèque et le cabinet de physique (remarquez bien la spécialité) , M. Moigno revint à Paris. Il en sortit le 6
sepfsmfcre fùor se rendre è Brigg , dans la Suisse alieinande;, et contînacr son cours de théoiogîe. B y reçut k plus cordiale hospitalité; c'est encore la veriD des roonti^fiies»
Une cineonstance in*écèappe. A Saînt-Acbenl , Ai. frioigno avait eu pour professeur de tbéofogie dogmatique le P.. die Ravignan, son ancien compagnon de noviciat , qui le devança de cinq années dans ce genre d*ètudes. €e rapprochement ne laissera pas d'intéresser le lecteur. Plus tard, les reiatiMM entre ees deux hommes émiûents à divers titres deviendront plus édites ec peut-être plus sigttiGcatives, saîntes et douces relations mélangées pourtant ée quelques amertumes.
Or, le grand saint Ignace a étabM, dans les règles de la Compagnie de Jésus, que tous apprendraient la langme du pays aà Us font temr séjour. M. Moigno, pour se conformer à cette sage disposition, se mit à Tétude de la langue allemande, mais de telle hurte que la théologie n-en sowflrf t pas ; it y consacrait seulement ses lieares de loisir ; et d'aillears nous verrons que les objets d'application , si nomb eux et si ardus qu'on puisse les supposer, n'ont jamais etacédé sa prodigieuse aptitude ni satisfait son activité dévorante. Il apprit .en même temps Uanglaîa» ritalien, l'espagnol, (e bolbnidais» le por-
tQgoîs, 1-bébreu et 1 -arabe, et qm, joint au breton, au français, aa grec et au latin, forme omeiangues qu'il écrit et qu'il parle avec une égale facilité. Yoîlà }e ûtiit des loisirs; voi«i eti résuiné le fraît des étuiteSi proprement dites : la théologie^ la philosopbk, les oiatbématiqaes^ k physique , Tastro^npaMOyla chiteio, k botanique, la tninéral(^ie, l'aflatomie , la technologie, la mnéibôtecbnie et le reste. Je suis loodroyék Cette' mnéoioteclHiie, que siginfieH-elle donc ? Dst-ce là son Égérie on son <}téQ|oii ?' Non* pas tont-à^fait, mais beaueovp. Le «ei «'•doué M«'Moig^o di'utie âmmeilse Boémoire natar^lte^ Poissaminetit servie' par le mystâ^iéux mécanisme des combinaisons à poHerion^ sa mémoire a-étisnd joaqu'aiHàelà du possible ; elle le tient fnk état d^ répotidre'sur- l'heure à doùae ou qoinae nsfll^ questions ^frptu^difiiGlles de l'histoire; de ce qu'il a iu, pa» un iota ne lui échappe; il n'a rien appris qu'il ne s»cheia«t ^tier pour to^joniis. Je l'ai vu ; poorchasslint un problème et> faisant face tout è la fois h an Prussien qui pariait du Cosmos de M. de Humboldt, à M. Pelletan qui plaisatalwt l'Inquisition , au directeur de la Presse ' qui lui confiait sesebagHos politiques, et an Solitiiireiqui loi dis&it QomoHi ^'habitude : Je meurs dtia poitrine. Le César de OyéâBet n *éti)t ^u^uti l9coIi«r
Au reflle, Lavater «t Spurseiui auraient sîgnrié ce f^énomène dès le premier coup d*œil. On me montrait dernièrement un m9sque en plâtre dn famcax Pic de la Mirandole : même convexité deTos frcmtal, même saillie au-dessus des pau]^res; c^était surtout dans Tensemble même expression, même originalité. A part toute donnée pbysiognomoniqoe , un suisse d'église ne s*y tromperait pas. 11 est donc indubitable que la mémoire a dâ jouer un grand rôle ici. Quelle fut la part du jugement, de la sagacité» du travail et du génie ? mon lecteur s'offenserait ou rirait de moi si j'avais l'impertinente naïveté de lui transmettre mes observations sur ce point. Revenons à Brigg.
Lorsqu'il eut achevé sa quatrième aanée de théologie, M. Moigno fut appelé à subir le grand examen ad gradum, de universâ PkUosofhiâ et Th^lofiéL Il le fit avec une distinction parfaite et fâcheuse. Ce dernier mot veut être expliqué. £n présence d'un succès pareil, on voulut contrarier sa vocation : si étonnantes que fussent ses dispositions pour les mathématiques, on pensa qu'il se surpasserait luimême dans une chaire de théol<^ie. C'est ainsi qu'à son grand déplaisir^ on le nomma professeur de morale au scholasticat de Vais, près le Puy en Vélay. Rude mission. Il y trouva quarante-cinq élèves de
Yiogt-cinq à trente^deox ans, tons plos âgés que lui, tous ayant eoseigaé les humanités, larbétorique, la philosophie et les sciences, les PP. Rubillon (1), Marquet, Gaboors, Lefebvre, Cahier, etc. , etc. , maîtres écoliers, rigoureux ei^oteors, qu'il eût di£GicUeinent payés de mauvaises raisons.
C'est à cette époque (1855) qu'il acheta de M. de Castilbo sa méthode mnémotechnique. Jusqu'alors il ignorait l'histoire, comme les prêtres l'ignorent maintenant, c'est-à-dire tout-à->>fait. Le P. Cahier, pour les mêmes raisons, se trouvait dans la même indigence. Ils formèrent tous deux le projet d'exploiter cette découverte, et ils parvinrent bientôt à mnémonlser des milliers de faits et de dates : Histoire universelle, dynasties des rois de France, d'Angleterre, d'Espagne et de Portugal, série complète des souverains pontifes, naissances de tous les écrivains ecclésiastiques et leurs morts, fondations des ordres religieux, populations des départemenis et des villes, hauteurs des montagnes, pesanteurs spécifiques, etc. , etc. , rien ne put épuiser leur patience et rallentir leur courageuse ardeur. Ils furent émerveillés eux-mêmes des résultats immenses qu'ils obtinrent , et , s'il y a quelque chose de plus
(i) Actudlement Provincial*
0i;knArfliiMÎfeqiiele Bombre de dmiiSii<s^pN96»4o'il& aTaî0Qt aitisilamaBiséei^G'tislqttlfeBf'teDaiept presque riçn Qqblià depuis.
Cependant, rheore éUft'venBe'potHr M. WoJgÉo 4e U\t^ son titûsièoie an ^ c*i$it-à-^iré son è&côM noviciat. La Compagniie de JéBu^^ominençajîc à ne diviser en dieux grandes sedi^NM, appelées l'une Province du Nord dont Paris 'fut la capitale; <ec Tantre Province du lllidi dent la capitale fut k- ville djâ Lyon, M^ Moignôent ordre de se rendis^ eMMw k Sainte Acheul; dans la première *de te» émt f¥0^ vinces. Il quitta Le Puy, et s^ rendit efl^ctivementi et % il eut pour naître de ta vie spîritueie un ascétique des plus prefoflds et desplos^j«dî€iietiï, le P. FouiUot. Je u'ai pasàp^&étrerdafns la"EaFfa«èriftuse série d*exerciees (pi remplissait athr» sa retraite : Odi ppofànMm wulgu»,^. Je slgnal^«i Aéanmoftfs un incident. Gettf mêttie année 'f ^5, }IL Mdîgno éonna «né misfûcn ^ Royô^, pétkè^¥ilfe de Picardie » fort connue' jadis dei!» lansénf^lesi il était actomliagnô d'un homme très popubim, h P. Mollet ; celuÎKei faisait se» cdnléneiiilees^ dans la vieille église àeiSaimr^PieFrevet lui dans ceMe 4a faubodr^ Saint-Cliliiesk La mission produise pourls ciel des fruits excellents, et c'est assez dire; elle eut d'ailleurs un avantage tout personne) à M. Moi-
gno^ caf une tMHine vieille à& pays » en arradiMit left Amodies dont il s'envdcfspmt h gorge, et en rengageant à dormir Vêle noe» ledétivra pour jamais d*one laryngite a^ud qnt bradait depuis dix ans toute la thérapeutique de M. Réeamier.
En octobre 1836 , quand la troisième année de probatîMi fut achetée, M. Moigno revint i Paris ; H y reprit enfin ses études scicfilifiqBeset ses retatkyns Xfisc MM. Cauchy, Ampère, François Arago, jfônet, Babinet» Fendant, Thénard', Dumas, etc., etc., dont il fut d*aberd l'élèTe, puis le oolIaik>raleur et l*amf. Sept années d'interruption n'ataient en aucune sorte altéré ses souvenirs ov aflaibii ses connaissancea. On lui donna une chaire de mathématiques. ]>ès kirs; fut fondée par ses soins k bibliothèque sdentiique des Révérends PèreSt In plus riche que possède la capiude en outragea classiques; leur cabnel de physique s'emritihit d*iine grande quantité d*insti»ttident8 nécessaiiieftè b démonstration et à k reproduclion desphûnonènea^ leur khorafeoire fie l'admiration des savants et môme des astres. Messieurs de l'Insiitut^ ks plus illustres principalemenit, s.*assed[iblai€nt autour dut professeur pour eue témoras4eseApôri«nee»qu*ilyCaisaitde temps en temps; il exençaitsur eux une inftiÊence réèUo, klel point qnB Mi bihri, dlieftoealfekméaioÂfe» en
devint jalonx, et le dénonça conséquemment & Tarchevêché, le 1«' juin 1839, comme républicain. En effet, M. Moigno venait d'appuyer la candidature de M. Liouville contre celle de M. de Pontécouiant. L'archevêché se mil à rire, et tout fut fini.
En Tannée 18^0, se place le début de M. Moigno dans la carrière du journalisme. Un recteur de Gahors, M. Laroque, avait attaqué le dc^me catholique de Tenfer. Il écrivit, pour le combattre, plusieurs articles dans V Univers. Bientôt, ce fot M. Isambert qu'il prît à parti. Ensuite, parurent deux longues études sur M. de La Mennais et sur M. Pierre Leroux. Plus tard, au sujet d'une loi de la navigation à vapeur transatlantique, il soutint une vive polémique , établissant que les paquebots construits à grands frais par les ingénieurs de l'État périraient tous ou presque tous avant dix ans , ce qui s'est accompli à la lettre. Il donnait en même temps à V Union Catholique, aujourd'hui défunte, de nombreuses dissertations théologiques et scientifiques , et sept feuilletons sur les Institutions liturgiques de dora Guéranger.
En cette année 1840, parut aussi le premier volume de ses Leçons de calcul différentiel et thr^gral, rédigées d'après les méthodes et les ouvrages publiés ou inédits de M. Cauchy. Ce volume fut
— Ml —
accueilli avec une immente favenr, et l'édUtion (1,300 exemplaires) épuisée en moins de trois ans. Les savants de France, d'Allemagne et d'Angleterre le considèrent nnanimement comme on chefd'œuvre.
Telle était alors la vie da P. Moigno ; telles étaient ses œavres : leçons de chaque jour à l'École normale de la rue des Postes , stations de Carême et d'Avent, sermons détachés, retraites dans les couvents, dans les petits séminaires et chez les Frères des Écoles chrétiennes, et ce qui vient d'éire dit et ce qui va suivre. On loi doit , ainsi qu'à M. l'abbé Groze et à M l'abbé Massart, la création de l'Œuvre de Saint-lPrançois Xavier, œuvre féconde et bénie dont on a fait honneur à M. l'abbé de Dreux-Brézé, et qui ouvre malheureusement pour le P. Moigno une. carrière infinie de déceptions et de chagrins.
Laissons-le parler lui-même : «La chapelle basse « de Saint Solpice, dit-il, était autrefois une cave « humide et obscure ; je l'ai convertie en un riche a musée ; si j'avais conservé un peu plus longtemps « la direction de l'Œuvre , je réunissais dans un a petit espace toute l'histoire de la sculpture chré- « tiennedepoîsledouzième siècle jusqu'à nos jours, « représentée par des monuments authentiques a d'une haute valeur. J'avais fait estamper à grands
« fUtisdes basrrclMfs •! des statiifs des catbédralo 0 d*ÂmieB», de Gbartre», de Roaen, de Boutées, « de la collégiale de Poisay, etc , etc. àvMit d'aYoir a rtcuoiili les doa^ qui m'étaicDt.oflferta» j^ai qvitté u rCËuvre forcément , et ces dépenses sont ainsi <i restées ^ ma charge. Ge f«t le oommeiHienUeat de i< de ma Biiisère. >
Survint on accident plas^reve encore. Le Père MoîgBO s*éUlit min en relatioB airec M. de *******^^ dont tout le monde cekinak les i)[ualités et ks entreprises. Gomme il donnait une retttNté au petit aé* minairede MonCrlkn^- Malades à Rouen, il troura toute la famille du iyionsieur retenue en dlage« et pour cause, cbez un maître d'bOtel. Son lœor s'en émut : c'était trop naturel. U fitptai. H obtint d*une personne chantaUe les fonds né^esaîrea» et délivra tes capiifs. Bon nombre d'homoM» se per* denir par la vertu, faute de savoir en user sagement U ût plus encore, et, sans consulter sesi supérienrs, ni ses ressources qui étaient nulles de drok^ il voulut, je ue sais comment, maintenir dans nn éclat quelconque le nom de la susdite famille. Pieuse et mortelle faute.
Autre accident. Les supérieurs avaient fait avec le libraire Bachelier un traité- pour la publication des Leçons de calcul différentiel et intégral C'était
leur dit)it , fondé sor tes régies de riDititiH. Le P. Moigpao leor. soumit à cet égacdiies observations q«l se oosçoisem beaucoup de U part d*ua écrivam, pen de Ipi part d-un reiJgîeuK, saaf la question de t^'mp stun religieux qoi écrit néfile peu qii'oii. le traite bfianœap.cofnmâ no écriva». li cn^gtiajt, dîsai^i-ii, qa'UMk Uà$> ip traité conclo» un ordre da FtovifiCttloe l'appd&t bie&tôt à d*aatres lonctions iucoiB|Ktfibtes de soi avec k céfactiea d'aa aosâ Taste Mmaga Wtctkfemem, ie Pw Beo^ogert sDccédant aa P. Guidée Toalot rétablir à Laval VÈxxh M thédogie lermée à Sainl^Acheul « et M onlânoa tu JR» Mioigno de suspendre ses recherchée mAemà&qvgtB j pour enacigner dans cette noovelle inaîaQin l^iaKùw ecdés^astiquye et rhébreu« Est-ce tmit Yftisrje df>9e wppoier dft la part du fi. Boa« laii^er qaeiqne oaaoyaisQ taqu^rie? Som aitttère gravité m'^.emfntetiej etd« taste, la £lamipagnie éteint plus Uitér«9séa que pfn^tgwe à f observatien d*w traiii^qp'eUeav^t^né. M. Oacbelier fueuvait probableiaeat la ppursuivre ea '«xécuti^n de «e traité- D^<mMnPpart, voici cpoupent le inaibé^aaticieii r^isoi^oait pour lui-méoiie : En pqlj^nt Je premier YPlume , j'ai pris jiViPc mes lecteurs r.eilg9gemf«t ipiplipiAedie leur tivrerks autres* et avec M* fiacbor tier^^i» ^ lesUir^rpir mi»ftii»9sdQ«içii7aobU?-
gation de justice, et mon honneiir est enjeu. I^e lecteur dira si cet argument lui parait bien fantastique. Ainn ie jugèrent ses supérieurs. Envain HU. Binet et Sturm vinrent-ils attester qu'il ne pourrait rédiger à Lavai dés trafvaux de ce genre, « ce qui était à peu près^rai^ • dit le P. Moigqo lui-même; on maintint l'ordre. S'ensuit-il que ce ne fût pas à peu près vrai? nuliémcnt. Mais on avmt sans aucan doute des raisons puissantes dé fermer l'oreille. Le P. Moigno insista, et, se jetant aux genoux da P. Boulanger, il le suppliait avec larmes d'avoir pitié d'une position pénible comme la sienne , et de ne pas le forcer à désobéir. Les embarras pécuniaires où l'avait jeté son dévouement pour la famille de ******** ae lui permettaient guère de s'éloigner de Paris sans un éclat fâcheux; au moins le croyait*il. Ses supérieurs pensaient à l'inverse , et c'est tout juste afin de le soustraire à cet éclat redouté qu'ils provO(]uaient son éloignement; c'était aussi dans la ferme persuasion qu'une nature essentiellement abstraite de mathématicien , jointe au cœur le plus généreux et le plus friable, ne le prémunissait pas assez pour l'avenir contre des abîmes nouveaux. Le P. Boulanger faisait d'autant plus son éloge et l'aimait d'autant mieux qu'il se montrait plus jnexoral^. Mais , dans les anxiétés
douloureuses qu'il éprouvait, le P. Moignoa pu s*y tromper, et sa bonne foi ne saurait être pour moi l'objet du moindre doute , non plus que les inlentions droites et parfaitement bienveiiiantes de ses supérieurs. 11 s'est trouvé des amis du P. Motgno qui, priant le parti de celui ci dans raffaire de Laval, accusaient le P. de Ravignan d'avoir travaillé à son éloignement par des motifs peu délicats. Les fameuses conférences de Notre-Dame seraient en réalité l'œuvre du mathématicien; au moins auraitil contribué largement à la rédaction, malgré les avis réitérés et charitables de ses confrères, et ainsi dépensé des trésors d'imagination, d'esprit, de cœur, d érudition et de style au bénéfice d'autrui. Le P. de Ravignan, ajoutent-ils, voulait jouir seul du succès, et il craignait pourtant que le secret de cette collaboration singulière ne fût bientôt dévoilé ; le P. Moigno, par cette raison, devenait un voisin fâcheux et compromettant. Ils établissent même leur dire sur ce que, depuis la retraite du P. Moigno, l'orateur n'a pas fait une seule conférence nouvelle, et s'est vu contraint d'abdiquer la grande chaire. Il semble vraiment qu'on lise un conte des Mille et une Nuits. Je n'en crois rien.
Qu'était-ce donc que le P. Moigno comme religieux ? Il était l'idole de ses confrères ; point de
services qu'il ne rendit à chacun d*evx pendant l'espace de vingt et on ans. On le savait si ^érrapaé, ^e {presque tous les biens de «l'Ordre étaient acquis >ou passédés en son aan; la oonfiaKce «'-étendait jasqae-là qu'on lui donnait ta clef de lamajiaon poor y rentrer «enlià toute heure de jour et de nail. Jamais mie pensée de séparation n'avait traversé son ânaie ; on dit qu'il retint souvent iMir le seml de la Gommanauté des sujets mécontenits , fraistiés on découragés. G'«st poar la Clompagoie qu'il amt voulu deisenir savant , ot s'il a jamais coavaité les briflams succès qu'il obtint, €^t par ambition pour «iie. Port bien.
. Qtêantùm mutatus ab iilo / Le lundi 1 5 octobre, à quatre heures de l'aprës-vridi, te P. Moigno mcmta «n vakure. » On me mit «n voiture , s'écrie-t^l ; « malgré mes protestations J'«n appelais li Vaoto- « rriédM J&énéral , on éevail respecter mon appel; < j'annonçais ce qui arriverait , -on passa outre , «t c je routai dans i'abkne. • Q^ M. Noigno me permette de k dire : les conséquences de son opiniâftreté furent t^ribles , j'en con^iens^t je le déplore ; mais M n'««it pas du tout dans sa chute la sombre majesté d« crioie, il a dégriogMé comme un «niant mutin et maladroite II n'y a pasià «âe quoi faim «ne «nigéiie.
Le voilà parti pom Laval où il n'arrivera jaimis. Il «ait sa rotite jwsqfi'à Versaîlks, « pour éviler, dit-3 , le scaifdale , i et revient à Paris pendant ia nuit. Les^périeur^, comme de raison, ne «'en doutaient pas. Il se tache dans ta rue de Tourraine- Saint-Germain-ées-Prés , «• 8, chez un bon vieillard , et de cette retraite il annonce à la me des Pestes son retour ; ô espièglerie ! Il snpjpiie qu'on lui domie , pour achever ses Leçons et satisfaire M. Bachelier, ne fat-ce<]u*on petit trou dansles combles de la maison ; Ô profondeur ! il consent^ ^dit-il encore, à ce qu*on laisse croire à tout le mondé qu'il esft parti piour Laval ; ô Père Moigno! ô Monsiear fabbéMoignol
La réponse fut qu*a était tr(^ tard et qu'il lui restait seulement la ressource d'aller à Borne. Peu satinait d'une telle réponse, il écrivit au B. P. ^énérrf, qui d'abord parut goûter ses raisons, et qui les rejeta ensuile. L'infortune rend soupçowieux. Ce changement , qui n'existait peut-être que dans son imagination , il voulut en rechercher k cause. Or, au mois de novembre, le P. Guidé étak parti pour Bome ; ce fût assez. Le P. Moigno supposa , si je ne me trompe, que l'ancien Provincial avait lait des rapports % son désavantage et provoqué «ne condamnation par surprise, n le croyait sincèpement ,
mais à tort. Qiie le R. P. Général, après avoir entendu ses explications , l'ait honoré d'une lettre encoarageanie et affectjieuse, on le conçoit; on conçoit tout aussi bien que, sttr de nouveaux docaments fournis par les supérieurs de France, le Général ait jugé différemment Taffaire en litige , et condamné comme résistance flagrante ce qu'il avait paternellement toléré comme une innocente susceptibilité. Eu définitive, on se fait religieux, non pas pour écrire des 11 vres^ mais pour obéir aux règles de son Ordre, et, de droit, saint Ignace avait le pas sur M. Bachelier. Le P. Moigno, dans une extrémité pareille , se tourna vers Suarez , cette grande ombre, et lui demanda si, aux termes de ses Solutions, ledit P. Moigno, s'échappant de la Société, sur une grande route, clandestinement, la nuit, d'une maniè^-e quelque peu violente, était un apostat; Suarez lui Gt l'effet de répondre que, en pareil cas, le P. Moigno était seulement fugittvus ad tempus , ce qu'il trouva fort juste. Non, le P. Moigno n'était point un apostat, dans l'intention du moins; c'est là un trop vilain nom pour ses candides incartades^ et l'état qu'il fait à son profit de la solution de Suarez témoigne tout bonnement d'une puissance d'enfantillage très ordinaire aux esprits supérieurs. Quoi qu'il en soit, le tempus dure encore.
J'ai dit que sa fuite ayaît été clandestine , et, en eflèt , nul ne savait qu'il séjournât dans Paris , que le savant M. fiinet , du Collège de France. Il ne sortait guère de sa retraite que les dimanches et fêtes, soigneusementenveloppéd'un manteau comme les tyrans de mélodrame , pour entendre la messe derrière les piliers de la métropole ou de Saint- Séverin. Du reste, il travaillait nuit et jour à la rédaction du second volume des Leçons, et il Teut achevé au bout de six mois ; nouvelle preuve de ses miraculeuses facultés. Quoi qu'en aient dit certains pjenseurs mélancoliques, l'inquiétude n'est pas la sœur de l'inspiration, Il faut , pour tous les genres dapplicatiooderespritydu bien être et de la sérénité. La misère abrutit. Hormis quelques exceptions bien rares, les poètes ne meurent de faim que par métaphore. Le calcul différentiel et intégral est mal à Taise dans une tête angoissée. Toutefois, ce second volume des Leçons devait réussir comme le premier, sinon au même titre; c'est le traité le plus exact et le plus complet qui ait paru ; quoique élémentaire, il laisse bien en arrière l'enseignement de la Faculté et de l'École Polytechnique. L'auteur se propose, je crois , d'e^ publier prochainement une nouvelle édition. Il a raconté , dans la Préface , quelques-unes des cruelles épreuves qui ont traversé sa vie.
— wo —
Or, le'iiKHrdi^aintdc Tannée 'ï^hi, M. Affre loi fit savoir qu'il l'attendait à Tarcbevêché pour le relever de ses vœux, on dn moins les commuer. Proportion fort gracieuse assurément , mais plus singulière encore. Au point de vue même de ses idées gallicanes, comment >i. Affre se persuadail-il qu'un archevêque puisse relever des vœux solennels? M. l'abbé Carrière, dont il invoquait l'autorité, no fait rien à l'affaîre. Le P. Moigno le savait admirablement, et il déclina des oQbes si Inconsîdéréesr; mais il crut s'apercevoir qu'à dater de ce moment M. Affre le traitait avec une grande froideur. Il y avait alors, entre les Jésuites et l'arcbevêque , défaut d'accord , et le Pape lui-même avait épousé ,dii^it-on y la querelle des premiers.
Dans la position qui vient d'être signalée, le Père Moigno devait éprouver une grande gêne pour Taccomplissemerit de ses devoirs de chrétien les pins considérable)». Enfin , au mois de mai, le P. Guidé lui fit parvenir une lettre du R. P. Général, portant qu'il n'appartenait plus à la Compagnie de Jésus , que son vœu d'obéissance cessait à l'instant même ses effets , et qu'il rentrait sous la juridiction de l'ordinaire ; il pouvait désormais se confesser à tout prêtre approuvé; il sortah; de la gêne en question. «C'est à Meudon qu'il reçut cette lettre ; il deacenitit
le jour même h Sèvres, bénissant Dfeu et la sainte Vierge ; il-fattroirreT un prêtre, et loi demandâtes consotatlons dont il avait besoin. On ni*étonne lors qu-on me raconte qne le savant fagttff n*obtint pas ces consolations , le bref an pape Grégoire XVI ayant paru de peu de conséquence au prêtre de lUeudon devant certaines injonctions mystérieuses. Il y a évidemment ici un malentendu, ou ce prêtre, qne je ne connais pas , était peu riche de cœur et de sagacité. Enfin, M. Martin de Noirlien lui fitmi accueil favorable, devint son ami , et lui rendit 'la paix Ce sont là de vieilles habitudes chez M. le curé de Saint-Louis-d'Antin. "Si M. de La Mennais, qui est beaucoup plus son ami , n'en éprouve pas tni jour l'effet , ce sera, de la part de son génie et de son cœur, un triste miracle.
Ainsi tranquillisé^ M. Moigno partit pour Vannes au mois de janvier 1845, et il se mit à la disposition de son évêque. M. de Lamothe-Vauveti; lui donna des pouvoirs, et l'autorisa bientôt à revenir dans Paris. Il y revenait; raaisjene^ais quels fanfômes se dressèrent devant lui ; la crainte de certaines influences pernicieuses et fort imaginaires, selon moi, le retint à distance; il adopta Versailles comme étant une retraite plus sûre. Vaine précaution. L'unique ennemi qu'il devarit redouter, c'était lui-
même » ou plutôt ses dangereux entraînements de cœur. Je veux croire qu'il s*en aperçoit à la fin. Les charges qn^ï\ avait imprudemment contractées pour d'autres, il les augmenta, loin de chercher à les amortir ; elles devinrent énormes. Alors un sublime délire s'empara de son âme, et il prit la fuite, et il se cacha dans la forêt de Saint-Germain. Les romans n'ont rien de mieux. Or, un vicaire de Versailles, M: Tabbé Grima ud, brusqua le roman. 11 offrit et imposa même à M. Moigno une hospitalité fraternelle , ce dont le félicitèrent chaudement les prétendus Méphistophélès du savant déjésuitisé, à savoir le P. Boulanger et le R. P. Général. Le calme renaissait encore une fois, les travaux avançaient, les charges promettaient de s'anéantir dans un avenir plus ou moins prochain. 0 mon Dieul voici de nouvelles secousses I Le 19 juillet, tout -à-coup, M. Grimaud l'engage à s'éloigner de Versailles le lundi suivant. Ce noble et généreux prêtre , en lui signifiant un si pénible t//nma(iim, répandit d'abondantes larmes. Quelle en était la cause? Ici encore, apparaissent les fantômes ; toujours des influences cachées et omnipotentes! Il y avait ceitainement une cause; je ne la connais pas.
Le lundi donc, 1\L Moigno prit ses livres, vint à Paris, et se rendit chez Al. l'abbé Aligne, qui le
reçut avec une franche cordialité , c'est-à-dire que AI. Aligne mit à sa disposition deux grandes chambres , sa bibliothèque , son jardin et sa table. Si M. Grimaud ne pouvait plus, comment M. Nigne pouvait-il encore? Le mystère s'épaissit. Toojours est-il que M. Moigno, dans son asile de Montrouge, resta près de deux mois sans obtenir la permission de dire la messe. C'est M. Mathieu , aumônier de l'hospice Larechefoucaud , qui intercéda pour lui et la lui fit donner enfin.
On venait de fonder le journal l'Époque, M. Moigno offrit ses services à M. Solar, directeur de ce journal , qui les accepta et lui offrit en retour des appointements superbes. Il se chargeait de fournir tous les deux jours un bulletin scientifique.
j!d. Moigno posa même dès l'abord des conditions qui , de la part d'un autre homme , auraient certainement paru exorbitantes. Sur ce motif qu'après tant de vicissitudes le repos lui était nécessaire, il voulait faire un long voyage à travers l'Europe, pour se mettre au courant de Findustrie étrangère et de la marche générale des sciences. L'administration prit à sa charge les frais du voyage. Il partit donc, et se rendit dans les îles Britanniques , où il parcourut les trois royaumes, puis en Belgique, en Hollande, en Allemagne , etc., etc.. Il visita ainsi
firaxelles^ La Haye, Amsterdam, Utrecht, Leyde« BoDOi, GœlUogen, Berlia^ Dresde,. Pragiie, Vienne, Manheim, Hambourg, etc., eta ,. eoFoyant de chaque ville au journal l'Époque de longs articles qH*ii aurait dû signer., un le reçut partout avec de grands honneurs « sa réputation de savant l'avait précédé, et de plus il portait avec lui une lettre non cachetée de. M. Arago pour Tillustre de Humboldt : « Tu connais M» Tabbé Moigno, y était il dit; tu sais son zèle et son ardeur; j^tlaisowrent entretenu de* la vaste étendue de son savoir; je n'ai donc pas besoin de te le recommauden «
M. Moigno revint à Paris le 8 décembre, et prit unl<^em^t près de l'église de Saint-Pbilippe-da- Roule. Après un si heureiix voyage et avec les beaux appointements quUl touchait aux bureaux de VÉpoifue, son repos paraissait assuré. Mais noa, de nouvelles tribulations l'attendaient De iSkù à Id^S, la vie lui fut affreuse^ et il fallutides miracles de la Providence pour le sauver du désespoir. Je pourrais citer à cet égard des faits nombreux. £n<core une fois, il avait perdu cette liberiéd'espritisi nécessaire à l'écrivain. Cependant, il mit la. dernière main à. son Trmté de la TéUgraphm.^lectn^ue., qiii parut e& 1849 (un vd» ia-8''),,et il sU)6aipaJ)eauc()up<d'un autm ouvrage .plus .conn-
dérablei quifut publié en 1.850 (qnaire voL in-S''), Je. veux parler de son Répertoire d'Optique mo' deme. Cet ouvrage eut un iaosnense succès. U était digne par conséquent de sioa auteur.
Quand, le Moniteur annonça la aoininatioB, de M» Sibour à rar^evêcbé de Paris, ]\L Mdgfio écrivit h ce prélat pour lui ouvrir son cœur. M. ^* bour répondit sur-le^amp et lui pronit la pre^ mière place qp viendrait à vaquer dans le<liooèse. Cette place lui fut donnée ^ il devint bientôt second aumônier du lycée Louis^-le-^Grand, et là se termine pour moi son histoira
J'oubliais deux choses que voici :
M. Moigno est attaché maintenaat àla rédactioii: du journal la Presse^ où il publie chaque âeaiaine desarticles scientifiques toujours «a4n)iré&:
lia reçu la Tonsure et les Ordres^ Mineurs dea mains de M. de Quélen dans la chapelle de VMchevêche; les trois Ordres Majeur» lui. ont été conférés par M. Roihen , évêque de Sioa. Il a dit sa première messe à Brtgg.
S*il y a autre chose à dire sur M. Aloigno, ^e ne le sais pas.
En résumé, malgré ses adversités iafiniea et les causes qui les ont produites, M. Moigno ne fut jamais expressément malheureux , de même qu'il ne
fut jamais coupable [le moins du monde. Il fat savant, et voilà tonl. Il eut des distractions; il courat après des ailes de moalins; il rêva des îles enchantées ; il crut faire merveille en se laissant bondir sur la couverture de je ne sajs quels muletiers visà-vis la Bourse; il maugréa le genre humain qui avait méconnu ses escapades chevaleresques. Maltraité par les moulins , broyé par les muletiers , plaisanté dans le gouvernement de son île, que diraije 7... il s'étonna. £t ce serait une erreur de croire que ses amertumes restèrent sans compensation. Qui l'eût consolé toul-à-fait l'eût aiQigé. Certes » il y a quelque douceur à penser qu'on souffre injustement ; et il pensait cela. £n s'enfonçant à l'aventure sous les désertes profondeurs de la forêt de Saint-Germain, il cherchait plus qu'il ne voudrait le dire, et plus qu'il ne l'imagine même, une volupté sut generù. René Descartes mourut en exil; le grand saint Jérôme avait cette inclination. £h! non, M. l'abbé Moigno n'est pas de ces malheureux qu'il faut plaindre beaucoup, ni de ces délinquants auxquels s'inflige un blâme sérieux. C'est un savaut, c'est un grand savant, ce n'est qu'un savant. Les imbécilles sont plus sages et plus à plaindre.
Typ. Appert fils et Vavasseur, pass. da Caire, 54*
iE. a'&îî H! M (S El £,S3S SJ^Ï,