‹ Biographie et maximes de Blaise de MontlucChapitre 18 sur 28 · E BLAISE [)B MONTLUC · texte numérisé non relu

E BLAISE [)B MONTLUC

un mot , après avoir lu le livre de Montluc , on est tout porté à adopter cette conclusion de l'un de ses biographes: « On l'a toujours mis depuis sa mort au rang des capitaines de second ordre , car il n'a jamais commandé de grandes armées en chef; mais il a été jusqu'ici inimitable pour les surprises, les embuscades, la conduite des partis, les escarmouches et tous les détails de la guerre sur laquelle il a laissé un grand nombre de préceptes assez peu lus, et encore moins suivis, quoique la plupart méritent de l'être (1). »

Montluc, a dit de Thou, t était un homme que sa valeur, son habileté, et son bonheur ont fait mettre en parallèle avec les plus grands capitaines de son temps (2). » Mais son plus bel éloge est dans ces paroles de La Noue : f Ses actions ont été dictées par l'amour du devoir, et ses écrits par le désir d'inspirer cet amour aux autres. •

Biaise de Montluc avait la plus haute opinion de luimême, et c'est pour amener un rapprochement entre lui et César qu'il a intitulé sa vie Commentaires: peut-être aussi est-ce une raison "de ce genre qui lui fit donner à son fils aîné les noms de Marc-Antoine.

La première édition des Commentaires parut en 1592 à

faire aujourd'huy, ce seroit se mettre en danger, pour la cognoissance qu'Us ont de la force ou de la foiblesse de toutes nos places. » Mémoires de Boyvin du VUlars, 1606, page 465.

(1) D'Auvigny, Hommes illustres, tome XII, page 365.

(«) Histoire universelle, avec la suite par Rigault, 1740, U IV, p. 395.

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Bordeaux. La dédicace à la noblesse de Gascogne est assez curieuse : elle n'est pas de Montluc ; en voici un extrait.

e Le repos estoit son ennemy capital : aussi, tirant à la mort, il commanda qu'on mist sur son tombeau ces vers:

Cy dessous reposent les os

De Mowtlcc, qui n'eut onc repos.

Ce sont icy les conceptions d'un fort , sain et

pur estomach, qui ressentent leur origine et leur terroir, conceptions hardies et vigoureuses , retenant encore l'haleine, la vigueur et la fiereté de l'autheur. »

Il y a une édition des Commentaires de 1594 dont voici le titre complet :

Commentaires de messire Biaise de Montluc, mareschal de France. Où sont descris les combats, rancontres, escarmouches , batailles , sièges, assauts, escalades, prinses ou surprimes de tilles et places fortes, dèfence des assaillies et assiégées , auecques plusieurs autres faicts de guerre signalez et remarquables , esquels ce grand 'et renommé guerrier s'est trouuè durant cinquante ou soixante ans , qu'il a porté les armes: ensemble diverses instructions qui ne doyuent être ignorées de ceux qui feulent parvenir par les armes à quelque honneur, et sagement conduire leurs exploits de guerre. — Deux tomes in-12, ensemble de YI-654 pages, Paris, Chez Ambroiae-Drovart, rue Saint-Jacques, àl'EscuauSoleil, 1594.

Cette édition est terminée par quatre pièces de vers.

i° Tombeau de messire Biaise de Montluc ;

2* Sur le tombtau'de son cœur.

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Voici cette pièce :

Icy de Montluc vainqueur Est enclos le brave cœur ; Ou plutost affermer i'oze Qu'il est ici tout entier, Car tout cœur ce grand guerrier Eiitoit, et non autre chose.

3° Epitaphe de Biaise de Montluc, mareschal de France et Marc-Antoine, Pierre et Fabien ses enfants.

Cette pièce, contenant 195 grands vers, est un peu longue pour une épitaphe.

4° Les mânes de messire Biaise de Montluc, mareschal de France, par P. de Brack,

J'en cite un extrait.

Montluc donc ne mourra, et sa gloire immortelle Ne verra que le temps aye ponuoir sur elle.

Momktc qui a laissé cette marque de soy, D'auoir six fois dix ans faict service à son Roy, Et cinquante et huiot ans commandé pour son Prince, Soit en la France, ou soit en estrange prouince • De n'auoir, quand luy seul a eu commandement, . Attaqué Fennemy, qu'il n'ait heureusement, Soit qu'il fut fbible ou fort, emporté l'aduantage; De n'auoir combattant iamais tourné visage; D'auoir eu teste gloire, auant voir son trespas , Qu'autre homme plus que lui, n'auoit veu de combats, De batailles, assauts, rencontres, entreprises, Plus de murs deffendus, ny plus de villes prinses , De n f auolr veu ses fils de luy dégénérer.

0 heureux qui sê peut, comme luy, bien-heurer Par une heureuse mort, par une heureuse vie, îftuië telle mémoire âpre* la mort suyvie.

Ces vers sont assez mauvais. M. Mary-Lafon a mieux décrit la carrière de l'auteur des Commentaires, dans son drame du Maréchal de Montluc (1).

J'avais treize ans à peine Quand je pris le mousquet; un parent, capitaine, Me fit soldat. Alors Charles-Quint, l'empereur, Sous son aigle tenait tout le monde en terreur, Et lui montrait Paris comme dernier trophée.

La guerre étant partout vivement échauffée, J'y courus et rougis tour à tour mes deux mains Au sang des Espagnols, des Anglais, des Germains. Des charges, des assauts, rencontres, camisades, Je revins dix-sept fois blessé d'arquebusades. A Pavie, ou j'étais dessous un tas de morts, On me tira, le front tout balafré, le corps Broyé par les chevaux. Plus tard, à Gérisoles, J'enfonçai le premier les bandes espognoles ; A Boulogne (et ce fait compte entre les plus beaux), D'un combat malheureux je sauvai vingt drapeaux. Puis votre époux (2), Henri, qui fut mon second maître, A Sienne m'envoya : là je lui fis paraître , Qui j'étais, en tenant huit mois, jusqu'à ce enfin Que tous mes soldats, tous fussent tombés de faim! Le roi mourut : sa bière était encore ouverte Quand François s'y coucha; le royaume à sa perte Semblait être entraîné par de mauvais destins. Les lys se flétrissaient, je courus aux mutins, Et soumis promptement ma rebelle province

(1) Drame en trois actes et en vers, représenté pour la première fois à Paris, sur le théâtre de l'Odéon (Second Théâtre Français) le 1* février 1842. Une feuille grand in-8», à deux colonnes , imprimé chez Giroux et Vialat, à Lagny ; rare.

(2) Montluc s'adresse dans cette tirade à Catherine de Médicis.

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