‹ Biographie et maximes de Blaise de MontlucChapitre 20 sur 28 · MAXIMES · texte numérisé non relu

MAXIMES

DE

Il faut que nous tous qui portons les armes ayons devant les yeux que ce n'est rien que de nous, sans la bonté divine , laquelle nous donne le cœur et le courage pour entreprendre et exécuter les grandes et hasardeuses entreprinses qui se présentent à nous.

Mes compagnons, prenez exemple à ceux qui, pour estre loyaux en leur charge , lèvent la teste. devant tout le monde, et sont estimés et honnorés des petits et des grands, et non à ceux qui par leurs vices baissent la teste en leurs maisons, ou bien leurs enfants pour eux. Le bien vous vient lorsque vous y pensez le moins : ud seul bienfait du roy vous vaudra plus que tous les larrecins que vous scauriez faire.

Sous un mauvais maistre on demeure longtemps apprentis, en encores après ne ôçai't-on pas beaucoup.

Mourir en gens de bien, c'est la récompense de la guerre et ce qu'on doit désirer.

Il y a un quatrième vice (1) : si vous ne le pouvez éviter, au moins allez-y sobrement, sans vous perdre ; c'est l'amour des femmes. Ne vous y engagez pas, cela est du tout contraire à un bon cœur. Laissez l'amour aux crochets lorsque Mars sera en campagne: vous n'aurez après que trop de temps.

Il faut le plus qu'on peut desrober aux soldats la cognoissance du danger qui se présente, si on veut qu'ils aillent de bon cœur au combat.

vn.

Il n'y a pas moins d'honneur a faire une belle relraicte qu'à aller à un combat.

vin.

Vous, capitaines , mes compagnons, qui me ferez cest honneur de lire peut estre ma vie, nottez que la chose du inonde que vous devez désirer le plus, c'est de chercher l'occasion par la quelle vous puissiez monstrerce que vous

(1) Les trois premiers sont le jeu, le vin et l'avarice : MonUuc recommande aux gens de guerre de fuir ces quatre vices.

DR BLAISB DR MONTLVC. A9

valez quand vous commencerez à porter les armes : car, si à vostre commancement vous demeurez victorieux, vous faictes deux choses entre autres: la première , c'est que vous vous faictes louer et estimer aux grands, et par ce moyen, par leur rapport, vous serez cogneusdu roy, du quel nous devons tous espérer la récompense de nos services et labeurs ; la seconde est que, comme les soldats cognoissentun capitaine, lequel a son commencement a fait quelque chose de bon, tous les vaillans hommes recherchent d'estre à luy, espérant que, puisqu'il a eu si bon commencement , toutes choses lui doivent succéder heureusement.

Il n'y a rien qu'un grand cœur n'entreprenne pour se venger.

Capitaines, et vous seigneurs, qui menez les hommes à la mort, car la guerre n'est autre chose, quand vous verrez faire quelque brave acte à un des vostres, louez le en public : contez -le aux autres , qui ne s'y sont pas trouvés. S'il a le cœur en bon lieu, il estime plus tout cela que tout le bien du monde, et à la première rencontre il taschera encore de mieux faire. Que si vous faites comme plusieurs font, qui ne daignent pas faire cas du plus beau fait d'armes qui soit, et qui passent tout par mespris, vous trouverez qu'il faudra que vous les récompensiez par effets, puisque vous ne le voulez faire de paroles.

Ce n'est rien, mes compagnons , d'acquérir la réputation et un beau nom, si on ne l'entretient et continue.

Contre son ennemy on peut de tout bois faire flesches.

Nostre nation ne peut patir longuement , comme feict l'espagnolle et allemande ; La faute n'en est pas à la nation ny à nostre naturel, mais cela est la faute du chef. Je suis François impatient, dict-on, et encores Gascon, qui le surpasse d'impatience et colère, comme je pense qu'il faict les autres en hardiesse: mais si ay-je toujours esté patient, etay porté la peine autant qu'autre sçauroit faire; et j'en ay vu plusieurs de mon temps, et autres que j'ay nourris, lesquels s'endurcissoient à la peine et au labeur. Croyez , vous qui commandez aux armes, que, si vous estes tels, vous en rendrez aussi vos soldats à la longue.

C'est une mauvaise chose quand le chef craint de perdre: qui va avec craincte ne fera rien qui vaille.

Un désespéré en vaut dix.

Il y a bien des affaires en ce monde, et ceux qui ont de grandes charges ne sont pas sans peine : car s'ils hasardent

trop, et qu'ils perdent, les voilà mal estimés, et jugés pour fols et mal advisés: s'ils sont longs et lents, on se mocque, voire le tient-on à couardise. Les sages tiendront un entredeux. Mais cependant nos maistres ne se payent point de ces discours; ils veulent qu'on fasse bien leurs affaires. T«i caqueté des autres, que, s'il y estoit, se trouverait bien empesché.

xvu.

Noetre toit est plus propre sur la terre que sur l'eau , ou je ne scay pas que nostre nation ait jamais gaigné dp grandes batailles.

xym.

Qui veut faire une exécution hasardeuse et de grand combat, il se faut garder surtout de vieux capitaines et de vieux soldats , parce qu'ils appréhendent trop le péril de la mort, et la craignent , et n'en tirerez jamais bon ouvrage,,... J*e jeune n'appréhende pas tant le danger: il est vrai qu'il y faut de la conduicte : et entreprendra aisé? ment quelqu exécution ou il y faut de la diligence : il est prompt, ingambe, et la chaleur luy enfle le cœur, qui est souvent froid au vieillard.

Depuis qu'une femme parlemente et vous escoute, à Dieu vous comment, vous avez déjà le pied en l'essieu. Aussi, quand une place commence à ouvrir l'oreille à ta composition, tenez-la hardiment pour perdue.

ÎÎ2 BIOGRAPHIE KT MAXIMFS

Songez , vous qui estes nés gentilshommes , que Dieu vous a faicts naistre pour porter les armes, pour servir vostre prince et non pas pour courre le lièvre ou faire l'amour. Quand la paix viendra, vous aurez vostre part du plaisir : toutes choses ont leur temps et leur saison.

Il faut qu'un capitaine et gouverneur sage et advisé, quand il est parmy les nations estrangères, tache tant qu'il peut se conformer à leur humeur. Parmi les Allemans et Suisses, il faut faire carroux; avec les Espagnols, tenir leur morgue superbe et faire plus le religieux et dévotieux qu'on n'est; parmy l'Italien, estre discret et sage, ne l'offencer ny caresser leurs femmes : quant au François, il est à tout faire.

XXU.

Jamais les soldats ne s'estonneront , tant qu'ils verront la hardiesse de chef durer.

xxin.

N'eslre né que pour soy, c'est-à-dire en bon françois estre né une beste.

xxrv.

Tout ce qui se faict est mis par escrit , et, sans les es- 'critures qui se font parmy le monde, la plupart des gens •d'honneur ne se soucieroient d'acquérir de la réputation , «car elle coûtç trop cher.

DE BLAISP. DR MONTLtC.

Le naturel de toutes les femmes est tel, qu'elles hayssent mortellement les couards et les poltrons , encore qu'ils soient bien peignés , et ayment les hardis et courageux , pour laids et difformes qu'ils soient... car, tout ainsi que nous pensons que la plus grande honte d'un homme est d'avoir une femme p...., les femmes aussi pensent que la plus grande honte qu'elles ayent est d'avoir un mari couard.

Nos vies et nos biens sont à nos roys, l'âme est à Dieu, et l'honneur est à nous : car sur mon honneur, mon roy ne peut rien (1).

Pleust à Dieu que nous qui portons les armes, prissions cette coutume d'escrire ce que nous voyons et faisons ; car il me semble que cela serait mieux accommodé de notre main (j'entends du fait de la guerre) que non pas des gens de lettres , car ils déguisent trop les choses , et cela sent son clerc.

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