MAXIMES DE B. DE MONTLUC
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Si vous, monsieur le gouverneur, voulez vivre à chère ouverte, et cependant retrancher le manger des autres , vous tirerez sur vous la haine de vos capitaines et soldats. Il est raisonnable que vous, qui avez plus d'honneur, ayez plus de part à la peine.
Un prince ne se doit pas dédaigner au besoin de servir de pionnier.
0 qu'un homme qui vit parmi les grands doit estre sageî
Il ne {faut [point que l'on s'excuse jamais sur les soldats : car il n'y a homme en la chrestienté qui l'aye plus expéiimenté que moy; et n'ay veu jamais advenir faute par eux, ouy bien par les capitaines : car un bon et sage capitaine rendra de bons et sages soldats.
XXXHI.
C'est beaucoup d'acquérir celte réputation de se faire craindre et estimer à son ennemy.
Je veillois lorsque.les autres estaient en repos , sans
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crainte du froid ni du chaud ; j'estois endurcy à la peine : c'est à quoy les jeunes gentilshommes qui veulent parvenir par les armes se doivent estudier et à souffrir, afin que lorsqu'ils se feront vieux, ils ne le trouvent pas si in* supportable.
Certes , Sire , et vous qui estes appelles aux grandes charges, une des principales choses dont vous devriez avoir soin, c'est d'establir des lieux pour les pauvres soldats estrof>iats et blecés, tant pour les panser que pour leur donner quelque pension : pouvez-vous moins faire, puisqu'ils vous font présent de leur vie? Cette espérance leur fait prendre le hazard plus volontiers. Certes, vos ames en respondront, car elles n'auront pas plus de privilège que les rrostres ; et si vous en porterez encores plus, car vous nous faictes faire les maux que nous faisons pour plaire à vos passions ; et si Dieu n'a compassion de vous et de nous , ce sera une grande pitié. Sire , à l'honneur de Dieu, pourvoyez aux pauvres soldats qui perdent bras et jambe pour vostre service ; vous ne les leur avez pas donnés, c'est Dieu ; pouvez vous moins faire que les ayder à nourrir? Pensez-vous que Dieu n'aye pas les malédictions qu'ils nous donnent, puisque nous les rendons toute leur vie misérables.
Que l'avarice ne vous commande : ce peu que vous dépendrez vous acquerra beaucoup.
Et surtout faictes que vous ayez tousjours des provisions, et principalement du pain et du vin avecques vous, pour donner aux soldats quelque peu de rafraîchissement; car le corps humain n'est pas de fer.
Et ne faictes aucun doute que les hommes ne facent tousjours plus de chemin que les chevaux : je ne vous conseille chose que je n'aye faicte, et faict faire plusieurs fois; car après que les chevaux sont recreus, vous ne pouvez à coup d'esperon leur faire faire un pas : mais les hommes sont portés du cœur : il ne leur faut tant de temps pour se rafraischir ; ils mangent en cheminant et se resjouissant , H ne tiendra qu'à vous, capitaines, faictes comme j'ay fait souvent : quittez la botte, et à beau pied à la teste de vos gens, montrez leur que vous voulez prendre la peine comme eux. Il n'y a diligence que vous ne fassiez, et serez suy vis faisant enfler le eœur et redoubler les forces aux plus recreus.
xxxrx.
Les grands ont quelquefois , et quand Dieu le veut, besoing des petits ; il faut qu'ils recognoissent qu'ils sont du monde.
0 la mauvaise beste que la division quand elle se met dans une armée! empeschez la tant que vous pourrez,