OE BLAISK DE MONTLUC. |J
l'ennemy, et Pavons le plus souvent battu. J'oserois dire que si nous avions tous un bras lié, il ne seroit encore» en la puissance de l'armée ennemie de nous tuer de tout un jour , sans perte de la plus grande part de leurs gens et des meilleurs hommes. Pensez donc, quand nous au* rons les deux bras libres et le fer eh la main, s'il sera aisé et facile de nous battre. Certes, sire, j'ai appris des sages capitaines , pour les avoir ouy discourir , qu'une armée composée de douze à quinze mil hommes, est bastanté d'en affronter une de trente mille: car ce n'est pas le grand nombre qui vainc, c'est le bon cœur: un jour dé bataille, la moitié ne combat pas ; nous n'en voulons pas d'avantage: laissez faire à nous (i). » Le comte de Saint- Pol insista pour la paix. Mais le roi était gagné; l'assurance de Montluc et son éloquence persuasive et adroite avaient fait leur effet. < Qu'ils conibaitent, s'était écrié François I er . » M. de Saint-Pol dit alors en riant à Montluc: « Fol enragé, tu seras cause du plus grand bien qu'il pourroit venir au roy, ou du plus grand mal. » Mais Montluc, qui n'était jamais embarrassé, répondit aved conviction : « Monsieur, je vous supplie très humblement, ne vous mettez en peine ni crainte que nous gaignons la bataille ; et asseurez-vous que les premières nouvelles que vous entendre! , seront que nous les avons tous fricassés, et en mangerons si nous voulons (2). »
(1) Commentaires, page 63, 2 e colonne.
(i) Commentaires, page 65, 2« colonne. La Bibliothèque historique et militaire, en rapportant cette scène (t. IV, p. 387 *), appelle Montluc « le
i2 BIOGRAPHIE ET MAXIMES
Malgré ses vanteries, les promesses de Montluc se réalisèrent : les Français, aidés par une artillerie plus mobile (1), vainquirent à Cérisoles. Montluc y commandait toute l'arquebuserie; pour dérober ses hommes aux coups meurtriers de l'artillerie ennemie, il leur Ht mettre genou en terre, ordonna aux piquiers de prendre la pique non plus au bout du derrière , mais bien à demy comme les Suisses, et plaça un rang d'arquebusiers derrière le premier rang de piquiers: c'étaient autant d'innovations. Homme des inspirations soudaines, Montluc avait éminemment le sens guerrier et son génie inventif semblait se développer sur le champ de bataille.
« Après la victoire de Cérisolles, Montluc abordant le comte d'Enguien qui était triste et inquiet : — Mon prince, lui dit-il, vous ai-je aujourd'hui servi à votre contentement. — Oui, Montluc , répondit le comte d'Enguien, je n'oublierai jamais le service que vous avec rendu au Roi et j'aurai soin de l'en instruire. — En même temps il l'embrassa et l'arma Chevalier avec beaucoup d'autres sur le champ de bataille. Montluc lui demanda ensuite l'honneur d'être nommé pour porter à la cour la nouvelle de la victoire, ainsi qu'il l'avait été pour demander la permission
jeune Montluc ». Or Montluc, étant né au plus tard en 1504 , avait alors au moins quarante ans. On désignait d'ailleurs par le nom de jeune Montluc, le sieur de Leoux , frère du maréchal. M. Nougaret, dans ses Anecdotes militaires, in-12, 1827, donne à Montluc, en racontant la même scène, le prénom de Jean, au lieu du prénom de Biaise.
(1) Napoléon-Louis Bonaparte, Eludes sur le passé et l'avenir de l'artillerie, tome 1, 1846, pages 190 et suiv.
de combattre (1). » Mais ce fut M. d'Escars qui partit (2). Montluc en fut courroucé. « C'eust esté, dit-il, un bonheur à moy, et beaucoup d'honneur aussi, d'apporter au roy ce que je lui avois promis et asseuré. Il n'y eut ordre , il fallut passer par là ; à peine me peut-on appaiser ; j'avois beau me fascher et remonstrer le tort qu'on me faisait. Cent fois depuis me suis-je repenty que je ne me desrobay le soir mesme; je me fusse rompu le col, ou j'y fusse arrivé le premier pour en porter la nouvelle au roy : je m' asseuré qu'il ne m'en eust sceu que bon gré, et eust fait ma paix avec les autres (3). > Alors, c n'espérant jamais plus , estre rien (A), i il demanda un congé et vint en Gascogne. Mais il y séjourna à peine, car il ne « hayssoit rien tant que sa maison (5), » et retourna en Piémont. Il y arriva lorsque M. de Tais, son colonel, rappelé en France, faisait route avec vingt-trois enseignes pour venir assister au siège de Boulogne, dont les Anglais s'étaient emparés. Ce fut devant cette ville que Montluc reçut la patente de maistre de camp, en récompense de sa conduite à la bataille de Cérisoles.
Le maréchal du Biez reçut l'ordre de mettre, pour blo-
(1) Les vies des hommes illustres de la France, depuis le commencement de la monarchie jusqu'à présent, par M. d'Auvigny, 1745, t. XII, page 170.
(2) Sans doute, disent MM. Liskenneet Sauvan, pareeque « Montluc se vantait trop et que l'oncraignait qu'il ne s'attribuât l'honneur de la journée. » Bibliothèque historique et militaire, t. IV, p. 391 \
(3 et 4) Commentaires, page 74, 2* colonne.
(5) Commentaires, page 75, 1" colonne.