DR BLAISR DR MONTLUC
Montluc n'avait pas été secouru pendant sa défense, mais , à son retour en France, il fut brillamment récompensé. Il reçut 2,000 écus argent comptant, 3,000 francs de pension, 3,000 livres de rente, le collier de l'ordre de Saint-Michel , deux places de conseiller au parlement de Toulouse , qu'il vendit à son profit pour payer la dot de sa fille Françoise à Monsieur de Fontenilles, le comté de Gorre (1), et une compagnie d'hommes d'armes, ce qui était la plus haute récompense à laquelle un gentilhomme pût prétendre. L'attestation du sénat siennois fut en outre déposée aux archives de la couronne : Montluc a toujours regretté de n'en avoir pas eu un double en sa possession.
Ces récompenses dénotent assez, malgré le silence de quelques historiens, l'importance attachée par Henri II à la belle conduite de Montluc, qui avait poussé la défense de Sienne jusqu'aux dernières limites du possible (2). Aussi peut-on s'étonner à bon droit que Carnol, dans son
(1) « Luy donna aussi le comté de Gorre pour en iouir toute sa vie, la quelle toutefois après la mort du Roy lui fut ostée, par la suscitation de quelques vns, enuieux du bonheur de ce Martial Seigneur, le quel a esté, autant ou plus que nul autre de sou aage, attaqué d'enuieux, qui luy ont taillé de la besoigne de biais beaucoup, mais qu'il a aisément redressé, et le plus souvent les a contrainct ou de rôger leur frein, sans sp déclarer estre de la partie, ou bien de creuer de despit. » Les vrais portraits et vies des hommes illustres, par André Thevet, Paris, 1584, page 461.
(2) En présence d'un aussi beau résultat, il est bien permis au biographe de passer sous silence quelques mesures qui sont, au point de vue de l'art, de légères fautes.
MAXIMES DE B. DE MOmUC 2
patriotique (1 ) Traité de la défense des places for Us, n'ait pas mentionné la défense de Sienne. M. Rocquancourt rend pleine justice à Monlluc. t Sa défense de Sienne, dit-il, est un exemple mémorable de vigueur, de constance et d'intrépidité : au moment où ses ressources paraissent épuisées , cet homme vraiment extraordinaire, crée, imagine, tire parti de tout, et parvient, au grand étonnement de sou adversaire, à retarder la capitulation de plusieurs semaines (2). »
Montluc, ayant obtenu un congé du roi, se retira dans sa famille : mais trois semaines après il reçut Tordre de parlir immédiatement pour le Piémont, rejoindre le maréchal de Brissac, qui le demandait pour commander l'infanterie. Le roi lui fît cadeau d'un bon cheval et il se mit en route. Il débuta par assister au siège de Yul piano (1555), et s'y distingua par une grande entente des choses de l'artillerie. « îNous mesurions, dit-il, combien de contreescarpe nous falloit coupper pour mettre l'artillerie sur le bord du fossé, et voir aussi si le recul du canon serait veu de l'arquebuserie des ennemis, et nous aussi, si nous logions contre la contre-escarpe (3). »
Vint ensuite la prise du château de Montcalvo. Monlluc parvint, avec M. de Caillac, à loger trois canons sur la
(1) Nous disons patriotique parce qu'il y a tout lieu de penser que Carnot, qui était assez mal avec Napoléon , accepta la mission de composer ce Traité, surtout à cause de l'utilité réelle de l'idée de l'Empereur rour la conservation des places françaises.
(2) Cours d'art et d'histoire militaires, tome I, page 352.
(3) Commentaires, p. 171, !<•« colonne.