MANUSCRITS
1* Bibliotheca botanica, auctore Rich, Courtois. Gr*
citer fasciculi LX.
% Tableaux dorganographie végétale. In-fol. plaoo.
Notice présentée à l'Académie royale des sciences et belles*lettres de Bruxelles (séance du 2déceinbre 1837), par H.Ch. Morren, professeur ordinaire à rUniversité de Liège.
(Extrait de l'Annuaire de F Académie pour 1838).
1835. DELHAISE (Nicolas-Josieph) , professeur de TÎolon et compositeur , naquit à Uuy , ville du pajs de Liège , en 1770. Sa profession fut d^abord celle de tailleur de pierres; mais le goût de la musique se développa en lui avec tant de force, qu'il prit la résolution de se livrer à sa vocation , et de renoncer à son pre** mier état. Le violon était l'instrument qu'il avait choisi; d'abord il n'eut d'autre ressource pour vivre que de jouer des contredanses ; mais il mit tant de persévérance dans ses études, qu'il parvint à acquérir un talent fort agréable , et qu'il devint le maître à la mode dans la ville de Huy et dans les environs.
Doué d'une rare intelligence , il apprit seul et par la lecture de quelques traités de musique les élémens de l'harmonie , et parvint à écrire avec assez de correction quelques compositions qu'il a publiées à Liège et à Bruxelles. Delhaise est mort à Huy en 1U35. Les ou- Trages de sa composition qui ont été publiés sont :
1* Cùniredameê pour clarinette et violon, liv. L Bruxelles , Plouvier.
2* Quadrille en quatuor pour deux violons , alto et basse; ibidem , et Paris , Richault.
3° Duos très^ faciles et progressifs pour chux violonSé Bruxelles , Plouvier.
i" Etudes faciles pour violon , avec basse ; ibid.
Delhaise a laissé un fils» qui est imprimeur à Huj , et qui possède un talent assez distingué sur la flûte. Il est maintenant directeur de musique d une société d'barmoniedanssa ville natale.On a publié sous son nom:
1* Thème varié pour la flûte (xvec orchestre. Bruxelles , Plouvier.
2* Airs variés pour la flûte seule. Liv. I ; ibid.
3* Douze walses pour le même instrument ; ibid.
1835. NiœLAÏ (Pierre-Thomas ) , premier président de la cour d'appel de Liège » naquit à Aubel ,
bourg de FaDcien duché de Limbourg , le 8 octobre
Son père , échevin de la justice seigneuriale, sous le régime autrichien , et plus tard , sous le régime frao* çais , juge-de-paix d'Aubel jusqu'à sa mort , avait été un magistrat intègre , un homme capable de diriger les fortes études de son fils et de lui donner tous les exemples.
Pierre-Thomas NicoUï y après ses cours d^éhides i Her?e « à liége et à Rheims en Fraitce , se fixa au siège du conseil souverain du duché de Limbourg \ où il se consacra à la défense de la justice. 11 attira bientôt sur lui l'attention du gouvernement du pajs qui le nomma juge à la cour féodale.
Le gouvernement français, établi dans ces contrées, l'appela aux fonctionsde juge au tribunal de Limbourg, ensuite aux mêmes fonctions au tribunal oivil du dé^ parlement de l'Ourthe à Liége.
A Torganisation de l'école centrale de oe département , il obtint au concours la chaire de législation qu'il occupa jusqu'à sa nomination au tribunal d'appel.
Sous l'empire , conseiller; puis « en 1808, président à la cour d'appel » il conserva le même rang à l'organisation de la cour impériale.
La mort de H. le 1*' président DandrimoDt,en 1822, laissait vide , dans ce corps , un siège, jusque-là dignement occupé, et d'autant plus difficile à remplir , que M. Dandrimont emportait les regrets universels, justement mérités par l'accomplissement de tous les devoirs du véritable magistrat. La compagnie qui le pleurait, rendit alors, au mérite de M. Nicolaï, le plus bel hommage , en adressant au chef de l'état, l'expression du vœu, généralement formé de voir H. Nicolai nommé à ces éminèntes fonctions.
Cette promotion , si dignement , si honorablement provoquée! eut lieu en janvier 1823*
Désormais toud les instans de sa vie furent consacrés à justifier cette haute marque de la confiance du souverain et de l'estime de ses collègues. Il imprima au cours de la justice un mouvement régulier , calme , facile et prompt.
Aussi les absences Forcées de M. Nicolaï étaient tou* jours une cause de regrets à la cour et au barreau. Ces absences de son siège magistral furent commandées d'abord par les travaux législatifs de la commission de révision des codes qui siégeait dans la capitale , commission dont ii était l'un des membres le plus actifs, le plus éclairés, et qui dut beaucoup à son zèle et à ses lumières; ensuite par le mandat de député aux états généraux du royaume des Pajs-Bas, mandat qui lui fut coiïfié deux fois en 1820 eten 1823 par la province de Liège.
L'assemblée des états-généraux ne tarda pas à apprécier les talens et les profondes connaissances de cet homme supérieur. Elle lui décerna , à deux sessions successives , l'honneur de la présidence , hommage flatteur , rendu à son mérite , à l'indépendance de son caractère , à la sagesse de ses opinions.
Le gouvernement auquel tant de titres recommandaient M. Nicolaï «le décora en 1816 de la croix de Tordre du Lion Belgique, et , en 1823 , dq cordon de commandeur du même ordre. A la fin de la session de la 2"" chambre en 1824 , le roi le nomma membre de la première chambre des états-généraux; nouveau témoignage de l'indépendance dont M. Micolaï avait donné la preuve à ses concitoyens et dont il eût sans doute obtenu cette fois encore la récompense par une réélection à la représentation nationale.
£n 1832 l'organisation définitive de l'oirdre judi* ciaire , si longtemps promise ^ fut l'occasion pour le nouveau gouvernement de la Belgique de sanctionner par une nomination à vie les titres si souvent re-
r- 756connus, si bien justifiés de M. Nicolaï , à la dignité de premier président de la coar. Il reçut du roi des Belges, en 1835, la décoration de l'ordre de Léopold.
Comme magistrat, comme chef de la cour, exemple constant d'impartialité , d'application, d assiduité, de fermeté bienveillante et d'égale cordialité, on le TÎt sans cesse tempérer la sévérité de ses importantes fonc** lions , l'autorité du savoir et de l'expérience par la simplicité , par la bonté, par une facilité souvent gaie, toujours spirituelle , par l'art , qu'il possédait au plus haut degré , d'obtenir de la conviction seule , ce que d'autres seraient souvent forcés d'exiger du devoir.
Sa vie entière le prouve , il préféra l'avantage d'être utile à l'honneur d'être grand. Tout entier aux obliga-^ lions, aux travaux» aux études de ses fonctions diverses, homme de bien avant tout , il a dû à son profond et modeste savoir, à son impartialité, à la simplicité, à la douceur, à l'aménité de ses moeurs, à la modération de ses opinions , à la sagesse de son libéralisme , à sa constante indépendance au milieu des partis, à son inaltérable amour du travail , de la justice et de la vé* rite , à ses talens , à ses vertus , au mérite seul enfin , celle estime générale des gouvememens , de ses collé* gués, des membres du barreau et de ses concitoyens.
M. Nicolaï , à l'âge de 72 ans, termina sa vie, après avoir subi avec une résignation exemplaire , l'amputation d'une jambe ; il vécut encore quelques jonn après cette douloureuse opération.
1836.SCHHERLING(PAî&>]7M}*(7Aari0«), naturaliste^ à Liège.
Le hasard est , on Ta dit cent fois , le père des plus grandes découvertes , mais il n'a d'influence heureuse que lorsqu'il est^lui-même fécondé par le talent ou par le génie; c'est une vérité que prouverait au besoin l'histoire entière des progrès de l'esprit humain. La vie,
dont noas allons tracer une rapide esquisse , ne fera que confirmer la justesse de cette réflexion çénérale4 tJn spirituel auteur de nôtre pays a dit un jour que c quelque obligation qu'on ait au hasard^ on rougit d'en convenir » et que ■ c'est de tous les bienfaiteurs « celui qui fait le plus d'ingrats. » Nous sommes heureux de pouvoir ajouter que la' modestie » au moins chez les savans, qui font de la recherche de la vérité le but cons*^ tant de leurs efforts , est parfois plus juste et plus reconnaissante* Celui dont nous nous proposons de rappeler les travaux et la réputation ^ se plaisait à redire qu'il devait tout au concours fortuit des événe-^ mens. Il reconnaissait avec ingénuité que ce concours était la cause première de ses succès { il savait à quelles faibles circonstances remonte souvent l'origine de vé-^ rites précieuses entrées aujourd'hui dans' le domaine de la science. Il avouait, chose moins commune , que ^ sans un bonheur inattendu , sa vie se serait écoulée modeste et ignorée de tous, ne laissant après elle que le souvenir , hélas ! bien fugitif qui suit la mort des gens de bien. 11 se rangeait lui-même au nombre de ces hommes qu'une éducation ordinaire ne destine point à une carrière glorieuse dont la renommée se propage au loin et qui attire les regards du monde savant. Aussi cette appréciation de ce qui pouvait lui manquer en connaissances, ne la-t-elle pas fait rougir de commencer à tout âge l'étude de plusieurs sciences ; il est mort savant et écolier à la fois , recevant des lumières d'autrui et propageant les sciences , reconnaissant aux autres plus de savoir qu'il n'en avait, en faisant aimer et respecter celui que dans sa spécialité il prodiguait en re-* tour , se montrant ainsi le modèle de cette philosophie toujours modeste et toujours vraie qui reconnaît le mé« rite dans autrui et qui trouve dans la culture des sciences , non pas la satisfaction d'un vain amour« propre^ mais ce contentement intérieur, intime , qui naît de l'amour et de lapossession de la vérité.
- 7»8 - N'ayant jamah espéré pour iiiinfiième cette brillante illustration qui s attache au noin des savans distingué», il ne s'étonnait pas que le génie de la science ne fût venu le visiter que très-tard. Il avait accompli sa quarante-deuxième année avant de songer à foornir sa quotepart aux archives des sciences naturelles ; jusque-là sa vie n'offre aucun trait digne de hgurer dans rhistoire de ces sciences. C'est une vie toute bourgeoise, toute paisible, toute ordinaire que nous n'allons retracer en peu de mots que pour être fidèle à la vérité.
Philippe-Charles Schmerling naquit à Delft, en Hollande , le 24 février 1 791 , d'une famille originaire de Vienne en Autriche , et qui avait embrassé la religion réformée. Son père , qui était ipédecin^ destina son fils, à la même carrière. Ce'lui-ci fit ses premières éludes à Delft. AU sortir du collège , il se rendit à Leyde » où il ne séjourna que pendant deux ans. De là il partit pour La Haye, où il fut confié à la direction du fameux docteur De Riemer, homme savant et singulier, qui avait employé une partie de sa fortune à construire un grand cabinet de pièces anatomiques , parfaitement exécutées , conservées et disposées avec cette recherche luxueuse que Von sait être le caractère distinctif des musées hollandais. Il était difficile dans ce pays de faire un cabinet de ce genre qui méritât quelque attention auprès des riches collections de Bleuland, de Camper, de Vrolick et des musées colossaux de Leyde. De Riemer se distingua, pourtant par une circonstance fort curieuse : c'est qu'il ne laissait jamais tomber la lumière du jour sur ses préparations ; son musée était une chambre obscure dans toute la rigueur du mot; le soleil ne pouvait y faire pénétrer trn seul de ses rayons. Aussi , quand il s'agissait de visiter cette collection, fallait^îl réclairer aux bougies. On ne s'y rendait dono que le soir, aprè? avoir sollicité de son heureux possesseur rhonncur insigne de jeter un regard sur ces ri-
ehesses «cientifiques , et si Ton n'était pas porteur de Tun de ces grands noms qui accompagnent plus sou- Tent la fortune que le mérite; si l'on n'avait pour toute* recommandation que la science et le désir d'en ac* quérir davantage, on était éconduit avec une sorte de morgue qui , heureusement , je le sais , ne saurait être reprochée à tous les savans de la Hollande.
11 est probable que travaillant avec De Riemer, Schmerling a puisé l'amour des collections dans le goût favori de ce dernier. On peut avoir ce désir de rassembler les choses curieuses , sans être un malhonnête homme , du moins nous nous donnons la liberté grande de le penser, contrairement à lavis de certaine touriste qui e^t venue dernièrement d'Albion en Bel* gique, pour représenter ensuite un de nos grands collecteurs de Bruxelles comme un nouveau Schinderhannes , tourmenté de la rage d'acquérir ; ce sont les termes de sa charitable comparaison. Quelques personnes sont beaucoup plus à plaindre sans doute , ce sont celles qui , pillant l'esprit des autres, ne s'avisent pas même d'acquérir le bon sens. Il n'j a pas en lloU lande de ville un peu remarquable qui ne possède ainsi de précieuses collections, soit publiques , soit particulières. Cette contrée faisait alors partie de l'empire français , et ce fut Tannée même où Schmerling étudiait chex De Riemer que Cuvier fut chargé de faire son voyage dans les provinces bataves» Je possède une lettre autographe de ce célèbre naturaliste , en date du 11 juin 1811 , où il exprime son admiration pour ce goût de tout réunir, t Je vois ici , dit-il , un pays superbe ^u on détruit à plaisir. Ces gens^ci avec leur esprit d'économie ont accumulé des collections immenses de toutes choses. Les jardins, les cabinets, les bibliothèques, tout y est riche... Les pauv.res savans attendent tout de nous« mais nous avons bien peur que ce qu'on nous laissera faire ne se réduise à bien peu de chose. 9 Ce
^ 760 — goût de l'arrangement méthodique , Schmerling Tim-» porta plus tard dans sa ville d'adoption , où sa galerie d'ossemens fossiles est encore la collection la plus rt* roarquable de tout l'ancien pays de Liège.
Schmerling fut reçu officier de santé à La Haje vers 1812, et à la fin de 1813, lors de la formation de Varmée des Pajs-^Bas , il j entra comme médecin militaire. Il fut envoyé en garnison à Venloo. En 1816, il dorma sa démission de cette charge et pratiqua la roé* decine civile dans cette petite ville du Limbourg. Eo 1821 , il y épousa une dame d'une noble extraction , H"* Sara-Henriette*Oir61ine De Douglas, de la branche de l'ancienne famille écossaise de ce nom , fixée depuis longtemps en Hollande. A la fin de la même année, il vint s'établir à Liège» doqt l'Université jouissait déjà d'une belle réputation. Schmerling voulut avoir le diplôme de docteur en médecine ; il se mit à l'étude , et le 6 septembre 1825 , il obtint le titre qu'il ambitionnait. Il exerça la profession de médecin à Liège jusqu'à sa mort. Son origine allemande , sa naissance hollandaise et son alliance avec une famille anglaise devaient naturellement le porter vers la littérature étrangère; aussi fut-il Tun des médecins qui en Belgique résistèrent le plus avec ceux des Flandres , à l'envahissement des doctrines de Broussais , poussées à l'excès par de maladroits adeptes. Tandis que, dans leur exaltation, ceux-ci proscrivaient la pharmacie tout entière , qu'on devait, disaient-ils, expulser à coups de balais, Schmei^ ling, qui n'était pas, comme il l'avouait lui-même, un praticien à l'eau gommée , ne cessait d'employer les moyens curatifs que des siècles d'expérience avaient reconnus comme efiicaces, et sa réputation de médecin n'en soufirit pas; sa clientelle devint bientôt fort nombreuse : c'est qu'en tout temps la meilleure médecine est celle qui guérit. Ce fait ne doit pas être perdu pour l'histoire de cet homme remarquable , parce que k
pratique de la médecine fut la cause occasionnePe de sa plus grande découverte , et lui donna mille occasions de prouver la bienveillance généreuse de ses affections. Il donnait ses soins gratuitement à une foule de malheureux auxquels il faisait distribuer les remèdes nécessaires y ne comptant que sur les bénédictions que tant de générosité devait lui attirer. 11 était aimé du pauvre comme un père I
C'est à sa manière de voir en médecine que nous devons l'opuscule intéressant qui porte pour titre : Quelquex observations sur la teinture de colchique ( Liège , 1833)* 11 avait constaté les puissans effets de cette préparation dans les affections rhumatismales et goutteuses. Ce petit écrit, où Schmerling donne l'histoire littéraire et médicale du colchique , prouve une grande érudition et beaucoup de sagacité. La seconde partie renferme une foule d'observations neuves; elles ont grandement contribué à attirer Vattention des praticiens sur un moyen héroïque dans les circonstances indiquées par le médecin de Liège. J'ai fait remarquer ailleurs que t si une science plus attrayante et plus générale , puisqu'elle mène aux études philosophiques de l'ordre le plus élevé , n'avait absorbé tous ses momens de loisir , la science médicale aurait dû sans doute à un homme aussi laborieux un grand nombre de travaux utiles. »
Mais abandonnons la médecine , l'homme bienfaisant, l'ami des infortunés pour parler spécialement du naturaliste , de l'auteur d'une des plus belles découvertes dont la Belgique puisse s'enorgueillir. J'ai déjà fait pressentir que le hasard ici jouera le premier rôle. Rien n'est plus instructif que d'étudier dans la vie des hommes utiles , les moyens qu'ils ont employés pour faire éclore des plus petites circonstances les plus grands résultats. Outre l'intérêt historique que la relation des découvertes nous offre en elle-même , cette
appréciation des causer etefce son influence «ar I observateur lui-même ; elle le rend plus apte » en développant son attention, à produire des choses utiles quand des occasions favorables se présientent.
Schmerling comptait, comme nous l'avons va, parmi ses malades bon nombre de pauvres. Un acte de sa bienfaisance ordinaire le détermina à consacrer désormais son activité et son talent à l'étude du globe que nous habitons. Les bouleversemens que la terre a dû sdbir, les cataclysmes qui en ont élevé les montagnes, la distribution et la destruction des races nombreuses d animaux et surtout Tintéressante , mais si obscure question de la création de 1 espèce humaine , tels sont les épisodes dont il ta s'occuper et qui se rattachent autant à l'histoire passée, aux époques les plus anciennes, qu'aux destinées de notre globe terrestre. Un pauvre ouvrier des carrières de Chockier, village à deux lieues et dêrhie de Liège , était malade. Sehinerling se transporta dans sa cabane ; surpris de voir les enfans de cet homme jouer avec dés os dont les dimensions et les formes lui paraissaient extraordinaires, il interroge le malade , qui lui apprend que la carrière mettait à découvert un nombre considérable de ces os; le pauvre hothme ne trouvait à cela rien de remarquable ; c'était, disait-il, un ancien citnetière delà commune. Mais son docteur lui promit tous les soins, s'il se donnait la peine de conserver tou$ les ossemens qu'il découvrirait avec Ses compagnons. En attendant, Schmerling emporta ceux qu'il avait trouvés dans la cabane et aux environs de la carrière. Peu d'heures lui suffi l'eut pour y reconnàitris des osseUlen^ fossiles du plus haut intétét. Ce premier fait se pas» au mois de septembre 18^9. Schmerlitig n'eut, dès ce moment, plus tin jour de repos. Il avait découvert à Choekier la première gi'olte ou plutôt la première excavation à ossemens qui fut connue en Belgique. Sbs courses se
- 7fl3 — multiplièrent , et en moins de quatre ans îl signala plus de quarante grottes semblables dans les seules provinces de Liège et de Luxembourg, Celte décou* verte était d'autant plus digne d'attention , que de jeunes et ardens géognostes avaient fait connaître la constitution géologique de la première de ces provinces, ses richesses minéralogiques et les débris d'animaux fossiles qu'on j découvre , sans qu'aucun eût même soupçonné l'existence de ces énormes cavités, vraies catacombes du monde ante-diluvien. Schmerling ne né* gligea rien pour recueillir tous les fruits de sa mémorable trouvaille. Soins , travaux , études , argent , U mettait tout en œuvre pour amasser les richesses paléontologiquesde ces cavités souterraines; il afirontait mille dangers pour pénétrer le premier dans ces routes tortueuses et sombres , sa patience ne se fatiguait jamais; son fidèle domestique le suivait partout, si bien instruit par son maître à reconnaître les gites des ossemens, qu'il savait dire à point nommé si les travaux devaient être couronnés de succès ou demeurer stériles ; il reconnaissait les os et les raccommodait avec beaucoup d'art, quand ils étaient brisés. Schmerling dépensa à ses recherches d'énormes sommes , dont le chiffre peut être porté à 20,000 ou 30,000 francs.
Ce qu'il j a de non moins remarquable , c'est que jusqu'alors , il n'avait pas fait d'étude spéciale de la géologie ni de l'anatomie comparée. Mais rien ne le rébutait. A trente-neuf ans , il apprend à connaître la structure des animaux. Liège ne possédait pas alors un bien grand nombre de squelettes, il s'en faut de beaucoup ; mais si les objets y manquaient, il y avait un homme qui pouvait remplir bien des lacunes par sa vast^ science ; je veux parler de Fohmann , notre immortel anatomiste. Schmerling le pria de lui donner des leçons d'anatomie comparée , et le professeur aiinait trop les sciences et ceux qui les cultivent avec
amour pour se refuser à ses désirs. Pour bien Gonnaitre les fossiles , il fallait les comparer aux os d'aDÎmaai vivansy et bien que les points de comparaison fussent fort peu nombreux , ils parvinrent ensemble à déter* miner tous les os anciens de ces caTcrnes. 11 faut soimême avoir tenté de résoudre de tels problèmes pour savoir combien la solution en est difficile quand oo manque des objets les plus nécessaires pour y parvenir. Cuvier avait à sa disposition les prodigieuses collections de Paris ; Buckland.avait celles de rÀngleterre ; Goldfuss le musée de Bonn ; mais ici, au milieu d*une pé* nurie déplorable, il fallait classer les osseniens et reconstruire des animaux de race éteinte par la seule puissance de l'analogie , en s aidant des planches publiées par les auteurs. Il j a peu d'exemples d'un si grand succès obtenu avec si peu de moyens.
Schmerling partagea ses travaux en trois ordres : l'étude des cavernes elles-mêmes , celle des animaux et celle des ossemens humains qu'il eut le bonheur de rencontrer. Ces objets intéressent trop notre curiosité , pour négliger de dire en peu de mots oe qu'il en pensait*
Les cavernes s'annoncent au-dehors par des trous ordinairement surbaissés , irréguliers et sans caractère bien fixe. On dirait des trous peu profonds. Aussi le peuple nomme-t«-il ces cavités des Trotu de SottaU, Les Sottais étaient de petits hommes , des nains ou des pygmées fort adroits, restaurant les objets brisés qu'on déposait à l'entrée de leurs grottes ; on devait y joindre quelques victuailles. Il arriva un jour qu'au Fond-de- Forêt , à trois lieues de Liège , on mit au devant de la caverne un pain dont on avait dté la mie ; les Sottais , indignés de cette conduite , dit Schmerling, quittèrent leur demeure et se retirèrent dans un autre pays. On voit que notre naturaliste ne dédaignait pas ces contes populaires qui recèlent si souvent un fond de vérité,
mais dam sa prudence il n'avait garde de tirer de celui-ci aucune conséquence , scientifique. L'hidtoire des cavernes devaitse révéler à lui par l'eiamen de leur mode de construction. Remarquons qu'il découvrait lui* même ces cavités et qu'il les étudiait à l'état vierge, evant que des mains téméraireset inhabiles vinssent en détruire les beautés. 11 ne pensait pas que les eaux ou les gaz eussent creusé ces souterrains , mais observant qu'ils se trouvent dans les couches relevées du calcaire intermédiaire , il voyait dans le repli de ces couches la cause du creusement. Loin de ces replis point de ca-* vernes. Les couches se sont relevées , redressées et les TÎdes résultant de ces redressemens , résultant euxmêmes des cataclysmes terribles qui ont soulevé les montagnes » sont aujourd'hui ce que nous nommons des grottes. Beaucoup de géologues avaient pensé qu'elles étaient dues à des courans d'eaux acides qui avaient rongé les montagnes. Notre paléontologiste croyait aussi que lorsque ces soulèvemens avaient eu lieu , les couches avaient déjà une dureté comparable à celle qu elles nous offrent aujourd'hui. La terre où sont ensevelis les os , a été amenée , charriée par les eaux diluviennes avec tout ce qu'elle contient ; aussi les os sont-ils pèle-mèle et souvent arrondis. Buckland avait soutenu que les hyènes avaient vécu dans ces cavités et qu elles s'y entredévoraient quand elles ne trouvaient pas d'autre proie que leur propre espèce. Schmerling voit dans les érosions des os, non pas l'effet des dents , mais le résultat de maladies rachitiques auxqnellesces animaux auraient été sujets; il n'a point, du reste , trouvé dans ces grottes de coprolithes ou fécèf fossiles de ces races carnassières. Il nous expliquait un jour ce que nous avons vainement cherché dans son ouvrage, comment il comprenait pourquoi certaines grottes manquaient d'ossemens , et comment d'autres en étaient remplies. Il avait remarqué que
celles de la première catégorie avalent une diredkm coinniiine.oii dea ouTerlures dirigées du même calé, tandbque celles de l'autre araienl aussi entre elles une similitude analogue. Cela Tenait donc des courans d'eaux , charriant les os et les boues ossifères qui dans une direction donnée , étaient entrées dans lea ouvertures creusées longtemps auparavant par lea bouleversemens des couches.
Relativemetit aux animaux eux-mêmes, les recherches de Schmerling ont encore été des plus utiles. La célèbre caverne de Kirkdall, examinée par H. BucLlaod, n'avait offert que vingt-et-une espèces ; les grottes du midi de la -France seulement trente-deux. Or, dans les pfovinoea de Liège et de Luxembourg, on en a signalé plus de soixante^ Ce beau résultat provient surtout de ce que les petits os ont été étudiés comme les grands. Ainsi « on j a trouvé des restes de chauve-souris, de hé> risson , de musaraignes , de taupe , d'une nouvelle espèce d'ours Nuommée par l'auteur Ours giganieêquê^ d'autres restes de fOurs clés cavernes (Ursus spœleus), de l'ours ancien (Ursus priscus) , un squelette presque complet d'une nouvelle espèce nommée Ours Uégeait (Ursus leodiensis) et des ossemens de deux autres plus petites, de blaireau, de glouton, de martres, de putois, de belette , d'un putois de race inconnue , de chien » de loup , de renard , d'hjène , de felis anUqua » d'une nouvelle espèce : feiis engiholiensis , d'une autre aussi nouvelle : cattus minuta t et du cattus magna; les débris de castor, de lièvre « de lapin, d'éléphant, de cochoo, de sanglier, de rhinocéros , de cheval , de cerf gigaa* tesque, d'une nouvelle espèce de cerf,ducerrcommun, de trois espèces de rennes, du chevreuil , d'une espèce d'antilope , d'une espèce voisine de la chèvre , d'un mouton et de trois espèces de bœufs ; d'un oiseau de proie , de deux espèces de passereaux , de corbeau , de deux gallinacées, de deux palmipèdes , d'un serpent et
de plusieurs poœom. On Remarquera dans tette énumèration très-peu d'espèces éteintes; aussi le travail de notre paléontologiste )a-t-il conduit à émettre cette grande idée que, lors du dernier cataclysme , le règne animal était Formé conîme aujourd'hui. C'est en cela que sori système est extrêmement curieux ^ parée qu'il se rallie ainsi aux vérités du livre inspiré qui ndus décrit le déluge mosaïque. Il est vrai que l'auteur a admis aussi que des espèces « et même des genres, ont été en*^ tièrement détruits à cette époque de désilstrè, quoique la niajeUre partie ait échappé et se soit propagée de^ puis. Mais ici sa théorie devient donfuse, car il n'établit pas quelles sont les espèces qui appartiennent aux races détruites par ce dernier cataclysme, et celles qui doivent leur disparilion complète aux bouleversemens an^ térieurs. Cette distinction était pourtant essentielle.
Tous oes os sont entassés sans ordre dans le limon qui, comme hous l'avons vu , aurait été eiUrainé par de grands courans d'eau. Schitlerling combattait en cela le système du docteur Duokland, contre lequel d'ailleurs Guillaume Penn s'était déjà élevé eii soutenant la même opinion que le naturaliste de Liège. L'éloquent et consciencieux profcsseuk* Wiseman a demandé récemment, dans son précieux ouvrage : Discoure sur les rapports entre In science et la religion révélée^ si l'on a trouvé des ossemcns huihains , t tellement mêlés avec les débris d'animaux^ que nous puissions en conclure que l'homme a été sujet à la même catastrophe qui les a etilevés à Vexisteuce? • Si ce docte prêtre avait eu connaissance de l'ouvrage de notre célèbre cohcitoyen.ilauraittrouvé dans le fait extraordinaire qu'il signale, la réponse pé^ remptoire à sa demande^ et justement celle qui confirme l'éclatante vérité de la Genèse.
On sait que Vuri des plus beaux titres de Cuvier à l'admiration du monde savant est d'avoirdécouVertque l'Aorno dilutii iesiis était une Salamandre colossale, et
d*avoir déterminé d'avance la figure des os que personne n'avait vus, puisqu'ils étaient enfouis dans la pierre. On a reconnu ensuite que les os humains des brèches osseuses de la Méditerranée , signalés par Spaltanzani et Fortis, n'étaient pas plus fossiles que le squelette de la Guadeloupe. MM. Boue et le comte RazounoTskj trouvèrent sur le bord du Rhin et en Autriche des ossemens humains, mêlés à ceux de races animales életotes. Le comte Von Sternberg et Von Schlotheim dans les plâtrières de Costritzen rencontrèrent aussi. On en signale dans les grottes du midi de la France , et MM. Tournât, de Christol et Marcel de Serres les décrivirent avec beau* coup de soin ; les tourbières des Flandres contieoneot aussi des restes fort anciens de l'espèce humaine , mais tous ces faits avaient néanmoins laissé des doutes dans l'esprit. Ces os pouvaient avoir été amenés dans des temps postérieurs au remplissage des cavités, comme H. Noeggerath de Bonn l'avait du reste constaté pour ceux qu'il avait découverts dans les cavernes d'Hohler»> tein en Westphalie , mélangés avec des restes d'hjènes, d'ours , etc. Ce fut à Engis et à Engihoul que le doc* teurSchmerling trouva, à un mètre et demi de profondeur et sous une brèche osseuse , le dessus d'un crâne humain avec des dents de rhinocéros* de cheval, d'hîène et d'ours. Une mâchoire inférieure fut exhumée à côté d'une dent de mammouth ; le crâne était entier quand il fut découvert ; des dents humaines, des os maxillaires, des vertèbres, une clavicule « deux fragmens de radius, d'autres de cubitus, des os des mains et des pieds gisaient au même endroit. Ils furent soigneusement conservés. Ceux-ci venaient d'Engis. A Engihoul, il trouva des pariétaux , des mâchoires , des omoplates , un humérus,^ des radius et des cubitus, des os du bassin des femmes, des tibia , etc. En tout, il trouva certainement ^ des restes de six individus, dout la taille mojennede- < yait avoir été de cinq pieds et demi , quoiqu'une dent
ait indiqué une taille bien plus élevée. D'après tous les détails 9 Schmerling ne doutait nullement que ces os ne fussent réellement fossiles et qu'ils ne dussent avoir été ensevelis dans les grottes, non pas postérieurement à la cause qui y avait entraîné les ossemens des animaux de race antéNdiluviennc, mais en même temps qu eux. On sait comment Blumenbach juge des races humaines ))ar rinspection du haut du crâne. Schmerling soumit à une pareille étude les deux crânes qu'il possédait. Il n hésita pas à admettre que Tintelligence de ces deux hommes anté^diluviens devait avoir été fort bornée, et de plus il leur reconnut des analogies frappantes avec la race éthiopienne. Ce résultat est unique dans la science^ mais M. Noeggerath se demande avec raison si 1 on peut bien se prononcer sur une chose si délicate par deux exemples? Nous répondrons que le premier jalon est planté et que c'est à la suite des temps à décider cette question. Schmerling ne se dissimulait pas l'objection qu'on pouvait lui faire; il le dit lui-même, mais il a signalé cette analogie pour ne rien négliger dans un problème de si haute importance. Là ne devait pas se borner le résultat de ses recherches. A Poudres et à Souvignargnes (Hérault), M. Christol et Marcel de Serres avaient rencontré des poteries avec des os humains et d'autres os d'hyènes , d'ours , de rhinocéros , etc. On en avait conclu que le charriage de ces os pouvait avoir entraîné le squelette d'une tombe voisine , dans laquelle on supposait avec quelque raison que des vases avaient été enterrés. Mais Schmerling découvrit , dans les limons ossifères de Liège, des os taillés en aiguille et troués , des os à perforer , des cornes également taillées et des silex polis à deux faces, Tune plate et l'autre triangulaire. M. Noeggerath a exprimé , depuis , l'opinion que ces pierres sont analogues à celles dont les anciens Mexicains se servaient en guise d'instramens tranchans. Quoiqu'il en soit, le
naturaliste de Liège n'hésitait pas à Toir daoB œs ins* trumeiis des restes de l'industrie anté-diluTÎeone. Il ne doutait donc pas que l'eapèce Jiumaine n eut eiisté avant le dernier cataclysme, .et de plus que les hommes ne fussent alors réunis en société, et ne possédassent quelques arts qui , quelque imparfaits qu'ik pussent être , n'en aitestaient pas moins une intelligence pro> gressive, Remarquous que nulle part dans son ouvrage H ne cite les testes sacrés, et que la question de roetlre en rapport la science et la foi semble ne s'èire nullement préseuiée à aou esprit. Les raisons sont toutes géologiques, âoutes scientifiques, et c'est là principalement ce que le «savant Wiseraan cherche a^rec le plus de ferveur dans l'ouvra^ que nous avons cité plus haut.
Ainsi, Schmerling a non^seulement rendu de grands services à la géologie , à la paléontologie , mais il a été par ses travaux un savant éalinemmeot utile à l'histoire des temps primitifs, à la science des dogmes «par conséquent à tout ce qui intéresse au plus haut degré rbomme et .la société.
En 1832, l'Académie royale dessciences de Brutelles commença à publier ses utiles Bulletins, publication prompte et fort convenable au savant qui veut prendre date de ses découv^crtes. Le 3 mars de celte année, le docteur Schoierting communiqua à celte compagnie sa Deêcripiùm détaillé» de* o^emens humains fossiles , dont nous venons de parler* Le I2oo tobre 1833, il lui fournit la première partie de son grand ouvrage imprimé , ou Becherches sur les ossemens fossiles découverts dawf les cavernes de la province de Liège. Le 5 avril 1834, il fut nommé membre correspondant de l'Académie. Le 8 août 1835 , il corn- -muniqua des renseigneonens sur une caverne à oâs^emens qu'il venait de découvrir dans' le Luxembourg. C'est le seul travail envoyé à cette institution qui ne se trouve pas dans son grand ouvrage. La gratte nouvelle
était le IroH de Ho^eiir , situé sur l'Aisne « petite ri" v&ère qui se jette dans l'Ourthe ; elle est située à un quart de lieue de Villers S**^ertrude. Il y découvrit encore des animaux , mais semblables à ceux des cavernes de la province.de Liège » et qui le confirmèrent dans son opinion qu'ils y avaient été charriés avec le limon , sans que les aaimaux aient vécu dans les souterrains.
Le 7 novembre 1835, justement un an jour pour jour avant sa mori , et alors qu'il souffrait déjà de la maladie qui devait terminer une carrière si utile , il envoya à l'Académie un mémoire des plus originaux. C'est ce dernier travail qui lui a valu en Allemagne une réputation populaire, parce que c'est en effet une idée qui, aux yeux des geVis du inonde , doit paraître un vrai rêve de savant , quoique rien ne soit pourtant plus simple et plus vrai.
Les immortels travaux de Cuvier ont familiarisé les hommes instruits avec la connaissance de ces races nombreuses , à jamais éteintes. Le peuple méûie n'est plus entièrement étranger aui faits généraux que cette archéologie naturelle a fait découvrir. Mais jusque-là, on ne pensait qu'à augmenter de jour en jour , par des recherches , le nombre de ces habitans des mondes anciens.
Sohmerling eut tout-à«>ooiip une idée des plus iiagc* nieuses. Il était médecin ; il voulut saivoir si ces aui* maux si anciens n'avaient. pas été malades, et il résolut d'étudier leurs maladies. En effet , il découvrit plu<* sieurs altérations morbides auxquelles ils avaient été sujets , et comme tout se lie dans les scienaes , il tisra des faits nouveaux que sa sâgaoîlé venait de lui révéler, des inductions utiles à la médecine des vivans. Il avait reconnu des fracturas , des caries , des nécroses et , chose plus singulière , des os rachitiques , des exostoses. Or, la jnédecine a tâché d'expliquer ces dernières
altérations par Tusage de boissons chaudes, ootnroe k thé , le café ; par celui dalimens mauvais, par l'abus des pâtisseries, par l'effet de l'air humide ou de la malpropreté , toutes causes qui n'ont pu agir sur les animaux anté-diluviens.Schmerling concluait de laque le rachitisme est aussi ancien que les races elles-mêmes. Le docteur Buckland , connu par l'originalité de son esprit , autant que par sa science profonde, disait un jour dans un congrès scientifique : // faut bien qmt nous croyons à l histoire des animaux fossiles, telle que nous la donne JH. Sckmerling , puisqu'il a été le mé* decin ijks hyènes antédiluviennes.
Depuis que notre collègue s'était fait connaître par ses travaux paléontologiques , il recevait de» savans, et surtout des savans étrangers, des preuves multipiiéeâ d'estime. M. De Humboldt l'encourageait noblement Les notabilités scientifiques se rendaient à Liège uniquement pour le voir et pour admirer sa collection. Lui-jnéme se rendit au congrès de Bonn et à ceux qu'avait établis la société géologique de France , dont il était membre. Cependant , l'assiduité de aes recherches , les courses qu'il était obligé de faire avec trop de vitesse pour ne pas négliger ses malade» , et la fatale habitude qu'il avait contractée de travailler depuis 9 heures du soir jusqu'à 3 heures de la nuit, au milieu d'un nuage de fumée de tabac, avaient miné sa constitution. Depuis 1834, il souffrait de la poitrine et da cœur. Au moi^ d'août 1836, il alla à Strasbcmrg pour voir ses deuxfilles,seulsenfans issus de son mariage,mats il revint plus mal que jamais. Malheureusement il ne suivait les conseils d'aucun de ses collègues et en consultait beaucoup. Le 6 novembre , il avait fait descendre son lit et travaillait encore à la classification de ses io^ si les. Le lendemain , après que son domestique l'eût laissé un instant sur son lit, dormant légèrement, il expira* H. Uàbcts, jeune et savant médecin auquel il
avait confié le soin de ses malades, trouva , une demi* Heure après ce fatal moment , un écrit sur les fémurs qu'il avait rédigé peu d'instans avant sa mort.
Tel fut le sort d'un homme aussi instruit que modeste. Son ouvrage sur les fossiles est un des plus beaux livres que la Belgique ait produits dans ces dernières années. Ce n'était pas le seul travail que son auteur eût l'intention de publier. Depuis quelques années» n'ayant plus de grottes à explorer , il s'occupait de la recherche des poljpiers fossiles du terrain de Maestricht. Il était parvenu à en découvrir un nombre prodigieux, si j'en juge par les détails qu'il nous communiqua au congrès scientifique de Liège , le 1*' août 1836 et jours suivans.
Schmerling, après la mort de Gaëde et la retraite de M. Cartier, fut chargé pendant un an du cours de zoologie à l'Univert^ité de Liège. Sa diction difficile , à cause de son éducation hollandaise , ne lui permit pas de réussir dans la carrière si épineuse de l'enseignement. D'ailleurs, les travaux de cette carrière n'auraient pu qu'abréger des jours trop précieux. Un grand nombre de professeurs de rUnivei*sité,des médecins, desdéputés des sociétés savantes de Liège, du corps du génie militaire et beaucoup d'étudians vinrent, avecses nombreux amis, lui rendre les derniers devoirs au cimetière public, 011 il repose à côté de tant d illustrations scientifi* qucs et littéraires que notre ville a perdues depuis si peu de tem[)s.
Schmerling avait reçu, peu de jours avant sa mort, le diplôme de membre de l'institut des Pajs-Bas ; il fut extrêmement sensible à ce témoignage d'estime que lui accordait la première institution savante de sa patrie; il était correspondant de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de Bruielles , de la société géologique de France et de plusieurs autres institutions. Une commission désignée par le gouvernement a été,
— 774 -^ depuis 8a mort, chargée deiaminer son cabinet qnî^ pour l'honneur du pays et pour la haute utilité qu'en peuvent retirer l'instruction publique et ravancemeiit des sciences, devrait être acquis par l'État. Ce cabinet est un des plus riches qui existent : il renferme les ossemens de 56 espèces de mammifères , de 8 espèces d'oiseaux et d'autres ossemens de reptiles et de poissons; le nombre des gros objets est d'environ 900, et si l'on énumère les petits débris, qui sont loin d'être sans inê* rite, il y a de 18,000 à 20,000 ossemens. Il s'j trouve eu moins 450 canines d ours et un nombre au moins égal de molaires de ces animaux. Le^ ossemens d'oun sont si nombreux et si diversifiés , qu'il serait possible d'en faire deux ou trois squelettes complets ou à peu près. On ne doit pas oublier les débris si rares de l'homme et les restes de l'ancienne industrie humaine, qui donnent à cette collection unmèrite tout particulier.
Bibliographie des ouvrages et travaux de PhUippe^ Charles Schmerling.
1832. Quelques observations sur la ietnture de colchi^ que. Liège , chez Collardin , in-8* de 64 pages.
1833-36. Recherches sur los ossemens fossiles décou^ vef^ts dans les cavernes de la province de Liège; 2 vol. in-4', avec 2 volumes d'atlas in-folio. Le premier volume a 167 pages et XXXiV planches. Le second volume 105 pages et XL pi.
1835. Renseignemens sur la caverne à ossemens le trou de Hogheur, dans leducliéde Luxembourg. Bulletins de l'Académie de Bruxelles, tom. II, pag. 271-275. Voyez pour le discours prononcé sur la tombe, par M. Morren, V Espoir ^ journal de Liège , l""* année, n«273, 10 novembre 1836.
M. Ch. Morren , professeur ordinaire à I Université
de Liège, est l'auteur de cette notice.
(Extrait de l'Annuaire de TAcadémie pour 1838.)
Nous regrettons d ayoir élé forcé, par le cadre de cet ouvrage, de n'avoir pu joindre à cette notice ainsi qu'à celles de MM. Courtois et Fohniann, que nous devons également à l'extrèoie obligeance de M. Morren , les notes intéressantes qui les accompagnent.
1836. LYS [Làonard^Adolphe-Mark), fils de Pierre- Emmanuel Ljs , avocat et substitut du procureurgénéral pour le duché de Umbourg, est né à Hervé, le 2 novembre 1751, acheva ses humanités à Louvain» et y professa la rhétorique. L'Université de cette ville lui a conféré les grades de docteur ès-arts et de bachelier formé en théologie. G>nnu par son attachement aui gouvernemens (fui ont successivement pesé sur la Belgique, il fut souvent en butto à des persécutions de plus d'un genre. liOrs de la révolution brabançonne , en 1789 , il fut arrêté , et accompagné des huées et des menaces d'une populace effrénée, traîné dans les prisons de la ville , d'où il fut transféré à eellcs de rUoiversité. Après plus de deux mois d'une très*rigide détention , il en sortit par les bons offices de M. de Nélis , évêque d'Anvei's ; comme membre de la faculté des arts de l'Université de Louvain, il obtint la cure de Soiron , en 1791 , et administra cette vaste paroisse jusqu'à sa division en quatre succursales , au mois de décembre 1803. A propos du schisme qui , pour le ferment de haine à la royauté , a désolé l'église de Liège, le curé de Soiron fit imprimer en 1800, à Liège, chez Desoer : Imtruction familière (Vun curé à se9 paroissiens pour les prémunir contre le schisme , brochure de 62 pages in-12 , réimprimée la même année. En 1801 , il fit paraître chez le même imprimeur un Dialogue pour servir de suite à Pinstruction familière contre le schisme, in-12 de 264 pages. La même année il publia à Aix-la-Chapelle , chez Beaufort, le Caté^ chism£ anti^schismatique , in-12 de 65 pages.
Constant dans ses principes de soumission aux puissances de la terre, principes empruntés à l'Ecriture- Sainte et à la tradition, M. Lys, malgré son âge avancé, ne discontinua point de donner des preuves de son application continuelle à Tétude , de son zèle pour l'instruction et le salut de ses ouailles, de sa soumissioo envers le souverain , de la nécessité d'acquitter les charges , qu'il ne cessait de recommander aux fidèles confiés à ses soins; à cette fin il publia en 1824 , à Liège, chez Bassompierre : Discoure chrétien, recueilU de différent sermons sur les devoirs des sujets à t égard du souverain , prononcés les jours anniversaires de la naissance de Sa Majesté le roi des Pays-Bas s distribué en cinq parties , où Ton traite dif respect , de l'obéis* sance , de la fidélité et des subsides dus aux puissances séculières , etc. , 1 vol. in-S"* de 228 pages.
Outre les ouvrages ci»dessus mentionnés M. Ljs est auteur de poèmes en vers latins inédits composés à Toccasion des quatre premiers consécutifs de philosophie du collège du Porc à Louvain : MM. De France , à Liège, le baron de Sécus, à Mons , Van Gils et Oomen , Hollandais*
Quoiqu'âgé de près de 84 ans , M. Lys n'en continuait pas moins de remplir avec zèle et exactitude , ses pénibles fonctions pastorales , lorsque la mort vint le surprendre en 1836.
M. Lys a travaillé avec Paquet aux corrections importantes qui se trouvent dans le Catéchisme historiqtu contenant en abrégé l'Histoire Sainte et la doctrine chrétienne. Nouvelle édition précédée d*un avertissement où l'on rend compte de quelques corrections quon a faites au texte de [auteur. Bruxelles , 1778 , in-12.
1837. FOHMANN {Vincent), né le 5 avril 1794, à Assamstadt , petite ville du grand duché de Bade , fils d*un médecin distingué , fit ses études à l'Université de i
Heidelbcrg, sous le célèbre Tiedemann , où il reçut, prô meritis , les grades de docteur en médecine et en chirurgie. Il remplissait alors , à cette Université, les fonctions de chef des travaux anatomiques et de professeur agrégé pour le cours d'ostéologie , lorsqu'à la recommandation de Tiedemann, le gouvernement des Pays-Bas le nomma , à la fin de 1826, professeur ordinaire d'anatomie humaine à l'Université de Liège , en remplacement de M. Comhaire, nommé à la chaire de physiologie. Il s'occupa sans relâche, de 1827 à 1832, delà création d'un musée anatomique , que le gouvernement belge a depuis acheté. M. Fohmann , mourut à Liège , le 25 septembre 1837 , victime de l'art des injections. M. Morren a publié une excellente notice sur ce savant. On a de lui :
1* Recherches anatomiques sur la communicaiion des vaisseaux lymphatiques avec les veines, précédées d'une préface par M. F. Tiedemann; traduit de lalle* mand par M. Breschet. Insérées dans les Mémoires de la société médicale d'Emulation. Avril 1822, p. 136. Cet ouvrage écrit en allemand a été publié ^ar l'auteur. Heidelberg , 1821 , in-8^
' 2" Das Saugadersystem der Wirbelthiere. Erstes Hefl , das Saugadersystem der Fische , mit XVIII Sieindrucktafeln ; in-folio. Heidelberg und Leipzig , 1827. La seconde partie de cet ouvrage , annoncée dans la préface , n'a pas paru.
3"* Sur îétat présent de nos connaissances relative^ ment au système lymphatique. Paris, page 123-1 37 du Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales. ïome 27 , 1827.
4* Sur le mécanisme de F absorption, d après la dis-position anatomique du système lymphatique des pois^ sons. Pag. 226-239 du Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales , tome 27. Paris, 1827.
5° Notice sur la texture de la cornée transparente ,
1831. Les recherches qui font l'objet de cet écrit uni été publiées dans le tome VI de la Correspondance mathématique et physique de M. Quelelet , qui les a reproduites dans les notes de la traduction du Traité de la lumière^ par Herschel^, torae 2 , p. 407.
6** Slémoires sur hs communications des vaisseawt lymphatiques avec les veines et sur les vaisseaux absorbans du placenta et du cordon ombUicaL Liège , Desoer» 1832, in'4*, avec pL lith, et color.
7"" Mémoire sur les vaisseaux lymphatiques de la peau, des membranes muqueuses , séreuses, du tissu nerveux et musculaire. Liège , Desoer , 1833 , in*4* , avec \0 planches gravées parL. Jchotle.
8** Considérations sur tceil de thomme relatives à Fophtalmie^ Elles font suite aui Hecherches sur les causes , l'histoire et le traitement de tophialmie mUi" taire , par IL Vandenneer. Liège , Dessain , in-S**.
9" Note sur l'acrochordus ja^anicus. Bruielles , Hayez , 1835 , in*8\ Insérée dans le tcnne 2% p. 17-20 des Bulletins de F Académie royale des sciences et belleslettres de Bruxelles, 1835«
10* Sur t organe de la vue des animaux et de thomme, Bruxelles, Hajez, I836> in-8**. Inséré au tome Ill^des Bulletins de l'Académie royale des sciences et beUes^ lettres de Bruxelles , pag. 275-279.
Il"* Rapport sur un mémoire de M. Van Beneden, professeur de zoologie et d anatomie comparée à rUni« versité catholique de Louvain , intitulé : Remarqwi sur le siège du goût dans lu carpe. Bulletin de fAcad. Torae II , p, 103-107 , 1835,
12'' Rapport sur un mémoire de M. Desvignes surlth durât des poissons. Bulletin de P Académie. Tome 11, p. 169-174, 1835.
13* Rapport sur un mémoire de M. Morren, professeur de botanique à l'Université de Liège , intitulé : Observations ostéologiques sur l'appareil costal des
batracims. Bulletin de VAcadéfniB. Tome II, p. 236- 248,1835.
14'* Rapport sur un mémoire de H. Van Beneden , sur VHelicB alyira. Bulletin de tAcculémie. Tome II , pag. 376-379.
15** Rapport sur un os fossile trouvé à Tuyvenberg. Bulletin de F Académie. Tome III, p, 40^2 , 1836.
16** Rapport sur les mémoires de H. Burggraeve , professeur d anatomie humaine à rUniversité de Gand, relatifs aux monHruosiiés humaines. Bulletin de l'Aca^ demie. Tome III , p. 240-241 , 1836.
17* Rapport sur le mémoire de M. Lambotte , candidat en médecine à l'Université de Liège, sur la que§«> tion proposée par TAcadémie : Déterminer les modifica" tions que subissent les appareils sanguin et respiratoire dans les métamorphoses des batraciens anoures ; mémoire qui a remi)orté la médaille d'argent. Bulletin de {Académie, 1837. Tome IV , p. 180-196.
1837. VK\}\im^L (Henri- Joseph) , né en 1775 , au village de Lierneux , au pays de Stavelot. Il s'occupa, dès son enfance en gardant les vaches et les moutons , à sculpter avec un canif, des têtes et des fleurs en bois. Il avait 22ans, lorsque déjàartiste sansconnaitrelenom de lart , il fut trouvé, au milieu de ses moutons imitant en bois, avec autant de talent que de patience , des Heurs qui croissaient autour do lui et qu'il avait arlistement groupées. M. M....^ passant par hasard dans cet endroit, admira |e talent naturel du jeune pâtre , remmena avec lui , et le fit entrer à Técole centrale de Liège , où il laissa bientôt derrière lui ses condisciples dans les arts du dessin. M. Dewandre, son professeur dp dessin, lui donna les premiers principes de sculpture.
Envoyé à Paris par le baron Desmousseaux , alors préfet du département de l'Ourthe , qui le plaça chez le célèbre Iloudon , Ruxthiel fit en peu de temps des progrès rapides sous un pareil maître.
Eli 1804 , il obtint au concours de rinstitiit , le second grand prit de sculpture, et en 1808, le prix d'expression fondé par le comte de Caylus.
Après avoir débuté par le Génie deê art* et de^ sciences et celui de la guerre, qui lui avaient été commandés pour le palais de la Légion-d'honneur , dont le grand chancelier , vrai appréciateur , en fut si oon* tent, qu'il doubla le prix convenu. Ruxthiel fut chargé d'exécuter une partie des bas-reliefs de la colonne de la place Vendôme.
En 1R09, il exposa au grand concours de TAcadéinie de France, un bas-rèlief, représentant Dédak et Icare^ qui lui valut le premier grand prix et la pension à l'Ecole de Rome.
Il fit les statues de Léda et de Pandore que le gouyernement impérial lui acheta : les bustes de Fastroiiorae Lalande^ du sénateur Monge , du secrétaire d'état Maret et de son épouse. Il exécuta pour la ville de Liège et la bibliothèque publique de Gand le buste de Gréiry.
Il fit aussi avec un grand succès le buste de Napoléen, celui de Marie^Louise ei celui du roi de Home, pour lequel l'empereur lui envoya une gratification de 3000 francs avec le brevet de sculpteur des enfans de France,
Il fit la statue de Bossueî pour la cathédrale de Meaux : celle de Si, Charles Boromée, pour la duchesse de Berrj : quatre statues représentant la prudence , la force , XeLJjÂStice et la charité : un bas-relief représentant la foi et l'espérance : un autre bas-relief , pour l'église de l'hôtel des Invalides, représentant Jehova entouré d'anges,
La banque de France le chargea d^exécuter un buste de Napoléon , et son pendant : Bonaparte ordonfwnt d^achever le Pantlienn ; mais le changement de gouvernement en 1814 , fit suspendre ce dernier ouvrage.
En 1814 , il exposa au musée du Louvre , Zéphir enlevant P^ychée qui fut acheté par le gouvernement : le btùte de M. Weisi, premier peintre du roi d'Angleterre : celui de t empereur Alexandre. En 1817 , ceux de Loui9 XVI et Alarie Antoinette ^ qui lui étaient commandés pour le Palais-Bourbon et la conciergerie ; ceux des ducs d'Angoulémo et de Berry : en 1819, une figure allégorique en marbre : le buste , en marbre» du duc de Rickelieu pour la ville d'Odessa : celui du duc de Feltre en plâtre. En 1824 , le buste de Louis XVI, la statue en pied du duc de Bordeaux dont il était sculpteur. 'En 1827, Y Apothéose de madame Elisabeth, et le buste de Mademoiselle.
Il a fait aussi les bustes de Charles X, de la duchesse (TAngouléme , du duc de Wellington, et de beaucoup d'autres grands personnages, tels que HH. le comte Jaubert , De Lambre , le général Johbert , Yabbé De Lille , les barons Micoud dVmons et Desmousseaux ^ tous les deux préfets du département de VOurthe , Marchangy , Van Hulthem de Gand , le comte Merci-d^Argenteau, M. et M"* Léon Simonis de Verviers,
Lors de la révolution de juillet , il était chargé du monument de M"^* Elisabeth, pour l'église de la Madelaine.
M. Ruxthiel , fixé depuis longtemps à Paris , y est décédé , à son logement au Palais de l'Institut , le 15 septembre 1837 , à l'âge de 62 ans.
1837. ROBERTSON {E tienne- Gaspard) , dont le véritable nom est ROBERT , physicien et aéronaute distingué, né à Liège en 1763. Sa famille est de Chénée près Liège, dont l'un de ses neveux, riche et estimable négociant, est bourgmestre : l'autre , jeune naturaliste, plein d'espérance , membre de la société des sciences naturelles de Liège, est mort à la fleur del'âge, en 1837.
Ses parens le destinant à l'état ecclésiastique, il fit ses études à l'Université de Louvain; mais doué, dans
~ 7ê2 — sa jeunesse , d'une vivacité extraordinaire, il préféra la peinture. Il y fit dea progrès si rapides, qu'il remporta le prii à l'école de peinture, dont le sujet de composition était il/N)//an tuant k serpent Python. Ce fut le prince Yelbruck qui lui remit de ses propres mains, dans une séance solennelle de la Société d'Emulation de Liège, la médaille d or. Son ami , M. Vilette , plijsi« cien à Liège ,^ ayant remarqué dans son jeune compatriote une grande facilité pour les inventions , lai inspira le désir de cultiver la physique. Roberison s'y appliqua avec d autant plus d'ardeur qu'elle excitait sa curiosité et sa propension naturelle pour le merveilleoi.
Lorsque la Belgique fut réunie à la France, il concourut et fut nommé à la chaire de physique de Fécole centrale du département de l'Ourthe. Il fut envoyé à Paris pour offrir au gouvernement un miroir eTarehimède de son invention enrichi d'un niécanisme si simple et si ingénieux que la main d'un enfant suffisait pour faire coïncider à un même foyer mille miroirs planes, et pour en yarier la distance à volonté. MM. Monge , Le Fevre-Gineau et Guyton-Morveaui furent nommés, dans les momens les plus orageux de la révolution , pour Texamen de ce mécanisme dont un petit modèle a existé longtemps au Louvre dans le cabinet de physique de M. Chartes.
Quand le célèbre Volta vint à Paris pour y établir la véritable théorie du galvanisme , Robertson avait déjà appliqué à cette science quelques appareils nouveaui. On peut assurer qu'il fut le preraicnr à faire connaître le galvanisme en France ^ tant par les feuilles périodiques (Journal de Paris, 2* jourcomplémentaire an VIH), que par les expériences publiques, qu'il faisait dans son cabinet de physique à l'ancien couvent des Capucins près de la place Vendôme.
Lorsque Volta entreprit à l'Institut devant le premier consul Bonaparte , ses démonstrations galvaniques, Robertson fut appelé pour y faire une expérience
^ 78S — nouvelle , dont il était l'auteur ; Finflammation du gaTï hydrogène par rétincelle galvanique. Cette expérience était d'autant plus importante à cette époque , qu'elle ne laissait plus aucun doute sur l'identité du fluide gaU va nique avec le fluide électrique. Les recherches de Robertson dans cette partie le firent admettre à la so^ ciété galvanique, dont les séances avaient lieu au local de l'Oratoire à Paris. C'est là, qu'il fit publiquement des expériences qui tendaient toutes au triomphe de la théorie de Volta , avec lequel il fut dans la suite lié d'amitié. V! Histoire du galvanisme, par M. Sue, rap* pela les travaux de Robertson à ce sujet.
On lui attribua l'invention de la fhntasmngorie ^ parce que , dès 1787 , il avait déjà offert ces illusions devant les magistrats de Liège ; et il est vraisemblable qu'il ne les eut jamais exposées publiquement si des circonstances particulières ne ly eussent pas déterminé; cependant , ces expériences, pour lesquelles il fut breveté d'invention, eurent un grand succès à Paris et à Londres. Son cabinet offrait certainement la réunion la plus complète de ce que les sciences et les arts avaient de plus intéressant. Ses démonstrations de physique répandaient le goût de cette science et attirèrent longtemps à ses séances la meilleure société de Paris. On y admirait son automate twmpette , une gondole mécanique, que des ailes mues par un mouvement d'horlogerie dirigeaient à volonté, moyen qui paraissait applicable aui aérostats ; enfin , un télégraphe , pour correspondre à une grande distance , mémo dans Fin-* térieur d'un appartement.
Ces expériences variées contribuèrent beaucoup à étendre la réputation de Robertson ; mais il est bien plus connu dans les principales cours de 1 Europe par les 59 voyages aérostatiques qu'il a exécutés avec succès. Possédant sept langues étrangères, il s'est plu à faire connaître , depuis la capitale le plus au nord jusqu'au midi de la Péninsule, une découverte qui honore le
génie et le courage français. Le voyage aérostatique k plus remarquable qu'ait fait Robertson, est celui qu'il eiécuta à Hambourg avec son condisciple , M. Lboest, le 18 juillet 1803 ; voyage , dans lequel il s élevai 3670 toises , le point le plus élevé de l'atmosphère, où aucun homme soit parvenu avant lui. Ce fut à l'occasion de cette expérience qu'il devint membre de la société des sciences et des arts de Hambourg. Deux ans plus tard , M. Gay-Lussac s'éleva environ à la roènie hauteur. En 1804, l'académie des sciences deSl.-Pélersbourg chargea Robertson et M. Zacharof , l'un de ses membres, d'exécuter une ascension destinée à des recherches scientifiques ; elle se prolongea une partie de la nuit. Toujours zélé pour augmenter ses connaissances physiques ^ il osa s'élever à Wilna, le 15 janvier 1809, par un froid de 18 dégrés au thermomètre de Réaumur. Lorsque la Russie forma le projet d'envoyer M. le comte Golofkin comme ambassadeur à la Chine , Robertson, qui habitait la Russie depuis longtemps , fut choisi pour offrir dans le palais de l'empereur à Pékin une ascension aérostatique et d'autres expériences capables de lui donner une haute idée des arts et des sciences en Europe.
Lors de la première expérience faite avec un para* chute à Monceaux près Paris, il oscillait d'une manière effrayante à cause de son poids et de son volume de 40 pieds de diamètre. Robertson perfectionna ce parachute en ne lui donnant que 20 pieds de diamètre et le poids de dix livres; il en assura le succès par 12 expériences publiques ; sa légèreté est telle qu'il peut servir dans un incendie. C'est par erreur que Ion a attribué à J. Garnerin la belle expérience de parachute qu'a offerte Robertson à St.-Pétersbourg. On lit avec intérêt» dans un ouvrage de M. Kotzebue , un article intitulé Boberlêon, où cet auteur dépeint la sécurité et la confiance que répand Finstruction sur une expérience aérostatique. (5oui7enîr^ d'un voyage en Italie par Kolzebwt .
chap. 8, vol. !•'). Ce fut le même littérateur qui réconcilia Robertson avec le malheureux comte Zapheccari, que son système des courans opposés et sa, prédilection pour les montgolfières avaient divisés.
Robertson est auteur d'un mécanisme ingénieux auquel ilalongtemps travaillé. Cetinstrument appelé Pho^ nor^am>nimite la parole de Fhomme. II offre lapparence d'un enfant assis sur une chaise oblongue, dans laquelle le physicien introduit les mains pour toucher théoriquement un clavier avec lequel il forme des mots et des phrases très-distinctes. Robertson , qui a fourni des articles à différens journaux scientifiques, est auteur d'un manifeste en espagnol et en allemand sujr le danger des montgolfières; et d'une brochure en français intitulée : la JUinerve, vaisseau aérien destiné aux découvertes et proposé à toutes les académies de TEurope.
Avant rétablissement du gaz hydrogène, Robertson inventa, pour l'académie royale de musique, un ventilateur et une nouvelle lampe donnant la nuit eilejour, avec les différens sons que présente la lumière du soleil, quand il se lève et quand il se couche.
11 composa aussi une boite magique un mégascope , xxnpolyscope, et beaucoup d'autres appareils d'optique appliqués la plupart à la fantasmagorie et à la physique amusante.
Si par ses talens, Robertson a des droits à l'estime publique , il peut y joindre le titre de bon Français. Dans Vhiver de 1807 , 6 officiers français faits prisonniers par les Russes à la bataille de Fricdland, passèrent par Moscou le 2 janvier , et reçurent secrètement de lui des secoursimportanspoursupporter22dégrésde froid. Après avoir habité longtemps la Russie, parcouru l'Allemagne, l'Angleterre, l'Espagne, l'Italie et visité les côtes d'Afrique, Robertson se retira aux Batignoles près Paris pour y soigner sa santé délabrée et jouir en paix d'une fortune honorablement acquise. Ses nombreux amis se plaisaient à y venir entendre les récits curieux
et piqiians de sa vie aventureuse. Les matériaui pour le 3* volunie de ses mémoireê étaient en grande partie rédigés; il préparait ceui pour un manuel sur faérostalion, quand la mort vint l'atteindre le 2 juillet 1837 à 6 heures du soir. Assisté par son ami intime, M. Julia de Fontenelle» savant distingué, connu par une foule d'écrits sur la physique et la chimie (secrétaire et rédacteur du journal de la société des sciences physiques, chimiques et arts agricoles et industriels de France), R(h bertson rendit le dernier soupir entre ses bras, en répétant le nom de son dernier fils, Demetri , digne héritier de ses talens qu'il fait admirer, en ce moment, dans les diverses parties de l'Iode.
M. Rofoertson était vice^président de la société des sciences physiques et chimiques de France , membre de la société des sciences de Harhbourg, et de celle d'Einolation de Liège. Il avait obtenu deux médailles d'hon* neur, l'une de l'empereur Alexandre, ei Tautre de cette dernière société savante. Il a publié :
V "Lk mivBRVE, vaisseau aérien, destiné aux découvertes, et proposée toutes les académies de tEurffpe. Vienne, 1804, in-S*" de 35 pages avec figures. Paris, 1820, in.8*-
2** Mémoires récréatifs, scientifiques et anecdotiquet du physicien aéronaute E. G. Robertson. Paris. Rignoux,1831, l"et2*vol. in^%ibid. 1837,3-vol.iii-8* avec pL et fig.
ROBERl^N (Eugène\îih aîné du précédent , débuta avec honneur dans la carrière parcourue ))ar son père.
Il fit des expériences de physique et des ascensions aérostatiques à Lisbonne, à Porto et à Madrid. La descente en parachute de ce physicien à Lisbonne , le 12 décembre 1819 , étonna par son élévation et par le sang-froid avec lequel elle fut exécutée. L'aérostat était élevé à 2500 toises, lorsque Eugène Robertson s'en se-
para et descendit tranquillement etsans oscillation dans un parachute de 22 pieds de diamètre. Pour donner une preuve de sa sécurité, l'aéronaute jouadu cor pendant tout le temps de sa descente et vint heureusement prendre terre à TOrangeras à une demi lieuede Lisbonne. Après avoir continué ses expériences dans plusieurs contrées de l'Europe et en Amérique, la mort le frappa à Meiico, en novembre 1836. Ou a publié la Relation de 8ùn premier voyage aérostatique à Mexico ^ le\2 fé' vrier 1835. Paris» 1835, brochure de 26 pages in-S"*.
1837. SÉLYS-LONGCHAMPS { Michel - Laurent , baron de), né à Liège en 1759. Il prit une part active à la révolution liégeoise de 1789. Membre de la convention liégeoise, nommée à l'arrivée de Dumouriez à Liège, en 1793, lors de la retraite de l'armée française, en mars 1793, il fut banni comme tous ses collègues , et ne rentra au pays, qu'à la seconde arrivée des Français, le 27 juillet 1794. 11 fut successivement membre de l'administration du pays de Liège , et en cette qualité,chargé de l'organisation du canton de St.-Trond, membrede l'administration du département de l'Ourthe lors de Torganisation des neuf départemensdc la Belgique; délégué à l'administration centrale decesdépartemens, dont le siège était à Bruxelles; et président de la municipalité de Liège, même après la déposition de la municipalité intermédiaire en 1796.
A partir du 18 brumaire, il fut consécutivement, durant sept années, membre du corps législatif à Paris; et fut l'un des sept votans contre la prolongation à vie du premier consul.
£n 1814, il fut député avec deux de ses collègues et ceux des anciens départemens de la Meuse-Inférieure et de la Roër, auprès du baron de Sach, commissaire de S. M. le roi de Prusse, à Aix-la-Chapelle, pour réelamer contre une contribution de trois millions imposée à ces trois départemens.
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L'année suivante, il fut nommé membre des états* provinciaux delà province de Liège « et de 1815 à 1821 , membre du conseil de régence de Liège. En 1830, à Vépoque de la révolution belge, il fît partie d'une conh mission administrative près la régence de Liège , et fut envoyé par ses concitoyens au congrès national. Ses votes principaux sont consignés dans l'ouvrage de HM. Nothomb et Rodenbach.
M. de Sélys se montra , durant tout le cours de sa carrière politique et administrative, ami de son pays; jamais on ne le vit fléchir devant le pouvoir ; aussi la confiance de ses concitoyens ne s'éteignit qu'avec lui.
Il mourut à Liège , après une pénible maladie , le 25 avril 1837 , à l'âge de 78 ans.
SÉLYS-LONGCHAMPS {MicheUEdmond. baron de), fils du précédent , membre de plusieurs sociétés scientifîques , né à Paris en 1813. Il a déjà publié :
1"* Un cataloQUB raisonné des oiseaus du pays de Liège , classés d après une nouvelle méthode » inséré dans le Dictionnaire géographique de la province de Liège de M. Van der Maelen.
2** Essai monographique sur les campagnols des environs de Liège , 1836.
3'' Plusieurs mémoires présentés à la société des sciences naturelles de Liège ^ notamment :
4* Mémoire sur les lépidoptères diurnes de la province de Liège (1829).
5** Observations œnithologiques sur un bec civixé leucoptère, oiseaux d* Amérique , tué à Longchamps sur Geer. — Etablissement du genre Brachyrhynqut (mésange à longue queue, etc. (1832).
&> Essai d'une classification naturelle des oiseaiu. V* partie : divisions primaires (lSd3).
7° Notice sur les mutations de couleur qu^éprourc Fespèce du coucou d^ Europe , etc.
M. De Sélys rassemble une collection d^" animaux indigènes de la Belgique.
VIVAIVTS.
ANGENOT (Thomas-Joseph) j instituteur, né à Yerviera, le 30 novembre 1773 , a publié :
1^ Amusemens poétiques , ou recueil de poésies amusantes sur divers sujets , in-8*. Verviers, Loxbay , 1815.
2° Berthoîde à la cour de Vérone, ou le philosophe rustique , poème en six chants , traduit de fitalien de Jules César Croce , sumomfnè h Lyre de Bologne^ première partie^ in-8". Verviers , Liixhay, 1816.
Be cette traduction en vers Ta première partie seule a paru.
3* Oraison funèbre de mademoiselle de, Pellenera , morte à Quercia^ le 5 atril 1804, imitée de l'italien de monsieur Nessuna, in-8«. Verviers, Loxhay, 1816.
£n 1815, lors du passage à Verviers du prince royal de Suède (Bernadette), deux personnes de mauvaise vie, Théroïne de ce petit poème , surnommée Noire Coêne, et un bomme de même acabit , furent les seuls qui poussèrent q?ielques vivat. Le prince , dit-on alors , leur fit donner à chacun une pièce de vingt francs. C'est pour célébrer cette munificence royale qu'Angenot composa cette bluette.
4° Grammaire élémentaire de la langue française, in- 12. Verviers, Charles. 1823.
5° Mélange poétique^ in-8'». Verviers, Loxhoy , 1825.
6" Chansonnier Verciétois\ ou recueil de chansons ,'in-12. Sans nom de ville ni d'imprimeur , mais imprimé à Verviers , chez Loxbay, en l82fl.
7" Notes grammaticales et exercices propres à faciliter Vanalyse^ in-12. Verviers , Loxbay , 1827.
8** Z« qui proquo , ou le ehar-à-banc * auiremeni voya^ et VervierB à Liège , iii-8**. Verviera , Loxhay , 1828.
9** ConseiU d'un célibaiaire sur le mariage , in-18. Terrien (Liège y Dessain), 1833.
1 0^ Journée du poète chrétien êanclifiée par la prière ei la mtêditation^ in- 12, papier yélin, titre gravé. Verviers, Remade, 1835.
BEKKER (Geof^M-/o««pA), né a Waldurn , professear de littérature ancienne à FUniTersité de Liège , membre de TAradémie royale de Bruxelles , correspondant de rinsiiCut d'Amsterdam , etc. Il a publié :
1 o Spécimen variarum leetionum ei^ obêervationum m Pkilùitrati vitam JpoUonii : accédant annoiaiianes» Heidelbergs, 1817 , in.8«.
2** Oratio de lectione auctorum grœcorum politicœ eloqmemiiœ ë forensis duce ac magistra. Lovanii , 1822-24.
3<> Rudimenta linguœ hehralcœ. Lovanii , 1 826-28.
4® lêocratiê oratio ad Demonicum , cum indice verhorum. Lovanii , 1827-28.
5<* Beaucoup d'articles aux Annales Littérairee de ffeidelber^.
BELLEFROID-VANHOVE, à Freloux près Liège, agronome, membre de plusieurs sociétés savantes. Il a publié , dans le Journal d'agriculture du royaume des Pays-Bas « les mérooirei suivans :
Sur la culture et la propagatiom du Phormiun tenax , eppelè vulgairement lin de la nouvelle Zélande {Journal d^agrieuùurt , l'« série, tom. VU).
Lettre sur la suppression du pivot et de la tête des arbrts (id. t. XV).
Sur les arbres fruitiers soumis à fincision circulaire {id A. VIII].
Sur rincision annulaire (id. t. XV).
Lettre sur la cloque du pécher, — Sur la culture du pêcher d du coignassier (id. 2^ série , t. IV).
Lettre sur les plantations (id. t. XI).
BOSET (Charles^oseph)^ à Liège , docteur en médecine, professeur au collège de cette ville , né à Limerné , province de Luxembourg. Il est auteur :
I "* D'une tbèse inaugurale de hyposlheniâ , 1830.
7fi De rimportance sociale et politique du médecin , wséwuÀrt lu à la société de médecine de Liège , 1832.
i^ De différens articles insérés dans le journal k Citoyen .
publiée l'iége, aaeomlnencènientde la révolution^ enlr'autireii du salaire des prêtres , système électoral rationneL
4** D*iin inémoire lu à la Société d'Émulation sur (a nécessité. et la facilité d'une réforme radicale de l'ortographe , analogue à celle qu'avait pfvposée Domergue.
5° De quelques pièces de vers insérées dans \e Journal de Liège.
BOVT {Jean-Paul), né à la citadelle de Liège , le 20 novembre 1779, est fils de Séverin Bovf , né à Vcrviers , chirurgien sédentaire de la citadelle de Liège. Quoique très-jeune , il obtint la survivance de son père. Il émigra, en 1794 , avec le régiment du prince de Liège, en qualité do chirurgien -aidemajor, fit les premières campagnes du Rhin dans le régiment des hussards de Rohan, comme simple volontaire: il en fit deux autres en Italie dans les chasseurs à cheval de Bussy. Fait prisonnier par les Français , a la bataille de la Trébia , il entra dans le 7" régiment de chasseurs a cheval, et quitta le service militaire huit mois après la bataille de Marengo, pour re^* prendre son premier état. Fixé dans sa ville natale, M. Bovy ne tarda pas à y acquérir la réputation d*un excellent chirurgien. Il est encore à présent chirurgien des Hospices de Liège. Il vient de publier :
Promenades historiques dans le pays de Liège. Liège , î" voL iii-8* , 1838. Ce premier volume est bien écrit et plein d'intérêt : le public est impatient d'en lire le second.
BRADE (TV.-C.)^ à Liège , peintre amateur. Il a exposé : un Hiver en Hollande. Bruxelles , 1830.
C4RLIER {Brutus-Alexandre-Servais- Joseph) , à Liège, conservateur du Musée et membre de la société des sciences naturelle» de cette ville. 11 est l'auteur d*un Mémoire sur les animaux appartenant à la classe dés reptiles qu^il a observés dans la pro" vinee de Liège ^
CLOSSON (François)^ à Liège , peintre paysagiste. Il a peint :
p^ue du Vésuve.
f^ue de la chaussée d*Airice , près de Rome»
p^ue de l'intérieur du Colysée, Bruxelles , 1833.
Une chute d'eau à Tivoli.
Hermitage sur la route de Tivoli.
F'ue des environs de Tivoli^ Gand » 18d2|
COCKERILL (/oAn), îndostriel de Liège, fit ntin «ppren*^ tissage sons son père , qui eitgea de lui ie même travail que d*im simple ouvrier; c'est ainsi qu'il passa sa première jeunesse à Liège.
Sun père, M. William Cockerill , mécanicien anglais, quitta sa patrie vers 1797 , dans l'espoir de faire itirtune sur ie continent. 11 se rendit d'abord en Suède ; mais n'ayant pu y faire adopter ses procédés mécaniques pour la préparaiion et la fiJaturt de la laine, il vint à Verviers en 1799. 11 proposa , à deux des principaux fabricaiis de cette ville manufacturière. Ml. W. Sinionis etBiolley, de leur construire des machines à can/*fr et à fiîer la laine grasse. Jusqu'alors , à Verviers comme sur toQt le continent , on ne connaissait encore pour ces opërationa, que les anciens procédés à la main.
La proposition de H. W. Cockerill , qui ne tendait rien moins qu'à opérer une immense économie de main-d'œuvre et de temps dans l'industrie drapière , ne pouvait être refusée par de pareils hommes qui en pressentaient tout l'avantage : ausjî, s'empressèrent-ils de l'accueillir , et de lier par contrat X. W. Cockerill , afin de s'assurer le monopole de ses procédés. Ce dernier y qui avait amené avec lui sa nombreuse famille, se trouvait alors tellement dénué de ressources pécuniaires , qoll stipula dans une des clauses de ce contrat , qu'on lui fournirait le fer qu'il devait mettre en œuvre , etc.
Ces premières mécaniques à carder et à filer la laine grassf , une fois construites et essayées , ne tardèrent pas à fiincttonner bientôt, au grand bénéfice de ceux pour le compte desquels ellos avaient été exécutées. Tous les industriels de Verviers et des environs , appréciant les avantages incontestables de remploi de ces machines dans la fibricution des draps, s*adrcs»è> I rent successivement à M. W. Cockerill pour en obtenir à tout prix. Celui-ci, pour se soustraire au danger de la concurrence, dut restreindre sr's travaux à ceux auxquels il pouvait suffire avec le secours de sa famille.
Ne pouvant accéder aux désirs des fabricans, par suite de l'une des clauses de son contrat avec MM. W. Simonis et Biolley, et pressentant tout ce qu'il y avait à espérer à Verviers dans cette industrie , M. W. Cockerill engagea M. James Hodsoo à venir le rejoindre, et loi fit épouser W^*^ Naosy Cockerill , s« fille.
M. James Hodson , né à Nottingham , capitale da Nottingbamshire, de parens peu fortunés, avait quitté sa famille, à l'âge de quinze ans^ pour parcourir l'Angleterre et s'y instruire
dan^la partie mécanique. Après un \onQ ot dnr apprentissage dans divers ateliers de la Grande-Bretagne, il était venu se fixer à Londres, où il était parvenu à se créer un petit établissement , qu*il se détermina, à abandonner , en J802 , pour se rendre aux sollicitations de M. W. Coi kerill. Les fabricans de Yerviers lui accordèrent bientôt leur conBance et lui commandèrent des mécaniques à préparer et à filer la laine , afin de pouvoir soutenir la concurrence avec les maisons Simonis et Biolley , dont les établissemens prospéraient d'une manière étonnante, grâces à l'emploi de ces machines. M. Hodsou, mécanicien habile, rendit un immense service à Tindustrie du pays de Liège, eq formant une masse d'ouvriers mécaniciens, et en ouvrant, à Yerviers , de beaux et vaste» ëtfihli&semens pour la construction des uiacbiues et pour la filature de la laine. £n 1817 , il perdit son épouse et resta veuf avec six enfans, auxquels il laissai sa mort, arrivée à Yerviers le 10 juin 1853, une fortune considérable, acquise par des travaux utiles aufpays et une carrière honorable.
En 1807 , M. William Gockerill vint se fixer à Liège avec ses fils. 11 monta d'abord , au pied du Pont-des-Ârchea, un atelier de construction pour les machines à carder et a filer la laine grasse et autres mécaniques pour la fabrication des drupSi^ Bientôt après il transféra ses établissemens au pied du Poiit-i des- Jésuites où ils existent encore aujourd'hui. C'est dans ces ateliers que M. W. Gockerill et ses fils , commencèrent à donner de l'exlensiou à la fabrication de ces diverses mécaniques. En peu de temps, ils en construisirent une telle masse, qu'ils en inondèrent la France et les principales contrées dç TEurope. Cependant, l'établissement au pied du Pont-des-Jésuites n'occupait tout au plus que 150 ouvriers ! mais un grand nombre de pièces étaient confectionnées au dehors et n'y entraient ensuite que pour être assemblées et compléter ainsi ces machines. M. John Gockerill, alors à peine âgé de 14 ans, dirigeait seul cet établissement sans le secours d'aucun contre-maître et lui imprimait une activité sans exemple.
A cette époque d'immense prospérité pour le commerce de la draperie, la fortune de M. William Gockerill fut rapide; mais il n'en fut pas de même pour sa réputation ; car , dans le concours des prix décennaux de 1810, lejucy passa complètement son nom sous silence , et décerna toutes les distinctions à un autre Anglais, nommé Douglas, lequel , arrivé sur le continent postérieurement aux Gockerill, avait , avec les fonds du gouvernement y élevé des ateliers à Paris même, dans Tile deb Cy-
gnes , où il avait pu flier plus prompteroent Tattention. Quoiqu'il en soit, des réclamations s'élevérenl : les rnachines de M. GockerilJ furent soumises a un nouvel examen; et le jury, dans un rapport supplémentaire, dans lequel il mettait les machines construites à Liège dans les ateliers de M. Cockerill, pour la supériorité du confeclionnement, au moins sur la même ligne que celles sortant des ateliers de M. Douglas, lui reconnaissait un mérite de plus, celui de rinvention. Ce fut vers cette époque que M. Cockerill , père , reçut de Napoléon la grande naturalisation française. Deux ans après, il se retira des affaires : ses deux fils Ch. James et John lui succédèrent.
En 1814 , après la chtUe de l'empire français , ceux-ci unîreot leurs efforts pour ravir à l'Angleterre le monopole de la construction des machines à Tapeur : conquête bien précieuse pour le continent et a laquelle l'industrie belge doit en partie sa pros« périté actuelle. Les frères Périer avaient préludé , dés le ooinmencement de ce siècle, à des essais de construction dans leurs ateliers de Chaillot près Paris ; mais ces machines rotatÎTcs i Tapeur rendaient peu de services. Il était réservé à M. John Cockerill de monter en Belgique (181 5J, les premiers ateliers où se construisirent les machines à vapeur, avec les perfectionnemens que le génie de Watt et d'Olivier Evans y aT«it întrv»duits et qui les rendaient en quelque sorte méconnaissables.
En 1816, MM. Charles James et John Cockerill obtinrent du gouvernement des Pays-Bas la cession du château de Serain^, ci-devant résidence des princes-évéques de Liège, transformé depuis en hôpital par la révolution française. Ils y établirent des ateliers de construction pour les machines à vapeur , les nié* caniques à filer le lin et la laine peignée, ainsi qu'une filature de lin. Cet établissement, qui ne prit sa grande extension qu'à partir de 1823 , n'en fut pas moins dès-lors bien supérieur a ceux de ce genre qui existaient déjà en Belgique, tant sous le rapport du confectionnement que de l'importance.
M. John Cockerill , devenu seul propriétaire de Seraing par la cession que son frère lui fit de sa part en 1819, y construisit deux ans après le premier k^ut-foumemu au eo^k , connu dans la province de Liège.
Il entreprit en 1822 , la réalisation de ses Tastes plans. Depuis lors , l'établissement reçut des accroissemens successifs ; mais les améliorations récentes, qui relèvent la grandeur de Seraing, s'encadrent et se fondent d'une manière si intime avec ce qui y existait précédemment, qu'il semble que dès le premier jour fout ait été prévu et combiné.
Par la création de Serniiig, œuvre de gënie, par sa grandeur et l'ensemble admirable de toutes ses parties , M. John Gockerill a donné la mesure de sa capacité at s'est fuît le premier et le plus grand producteur de forces mécaniques du monde entier.
Un simple aperçu de cet établissement en dira plus que tout ce qu'on en pourrait écrire :
l'« DIVISION. ATELIERS DE CONSTRUCTION.
Longueur Largeur, mètres. inètret
Bâtiment de façade du côté de la Hense comprenant les quartiers d'habitation et les magasins d'expéditions. ... 80 20 Ld. Aï le droite de la première cour (écartes et remises). •••••.• 35 12 Id. en face du premier comprenant les
bureaux .... é ..... 60 14
!'• cour 53 35
Bâtiment de l'aile droite de la*]'" cour. 78 10
ld. gauche id. • 78 12
Id. en face de lu l'« courr ..... 58 22
2« cour 78 32
Bâtiment de Taile droite de la 3« cour. . 115 26
ld. gauche id. < . . ' 112 20
3« cour 140 12
Ces vastes bàtimens forment onze ateliers divisés dans Tordra aaivanl :
!«' Atelier du grand-aîlésoir^ 2« des tourneurs; 3« des modeleurs ou menuisiers] 4* des cardes; 5* des mulls-Jenny; 6" des cannelés ^'1^ des ajusteurs; §" des locomotives] 9" des grandes forges; 10^ de montage de machines à vapeur; 11" fonderie à cuivre.
Cette première division occupe 125 tours , 9 machines à planer , 20 à percer , 1 à faire des mortaises , 3 à tarauder , et 4 scies circulaires, L*atelier des grandes forges se compose de 42 feus de forgeron^ d'un martinet pour forger les grosses pièces et de 4 fours à réverbères pour les chauffer. L'atelier des locumotivçs possède 1 1 feux de forgeron , et 9 autres sont divisés dans les autres ateliers puur leur service. 25 grues de fortes dimensions sont établies dans ces divers ateliers pour soulever les gros fardeaux.