XXXI. Léopold, nommé au baptême
Pierre- Léopold- Joseph- Jean-Antoine- Joachim-Pie-Godard , archiduc d'Autriche, fils puîné de l'empereur François I et de Marie- Thérèse d'Autriche, est né le 5 mai 1747. Créé grand-duc de Toscane le 23 août 1765, il devint roi de Bohême et de Hongrie, ainsi que Prince-Souverain des Provinces belgiques après le 20 février 1790. Il fut élu le 30 septembre de la même année roi des Romains sous le nom de Léopold 11, couronné en cette qualité le 9 octobre 1790 et mourut le 1" mars 1792.
L'empereur Léopold II avait pris les rênes du Gouvernement lorsque encore les Provinces belgiques se trouvaient en pleine
révolte contre f autorité' légitime, par F effet des e'dits réformateurs de son prédécesseur. Il se hâta de faire les concessions qu'on exigeait, en révoquant ses ordonnances novatrices. Mais le pouvoir une fois ébranlé ne put se raffermir entièrement avant le décès de ce prince. Le Luxembourg, à l'exception de quelques mécontents étrangers au Pays , était resté calme pendant les désordres de la Belgique.
Léopold avait épousé le 5 août 1765 l'infante Marie-Louise, fille de Charles IV roi d'Espagne, née le 24 novembre 1745 et morte le 15 mai 1792, deux mois et demi après l'empereur son époux. Dix enfants sont issus de cette union :
a) Marie - Thérèse - Josèphe - Charlotte - Jeanne, née le 14 janvier 1767, fut mariée le 12 octobre 1787 à Antoine-Clément de Saxe , frère de l'Elecleur-Roi Frédéric- Auguste III, né le 27 décembre 1755.
b) François-Joseph- Charles, archiduc, né le 12 février 1768, qui suivra.
c) Ferdinand- Joseph-Jean, né le 6 mai 1769, Grand-duc de Toscane sous le nom de Ferdinand III le 2 juillet 1790. Ce prince épousa le 1 9 septembre 1 790 Louise- Marie-Amélie, princesse-infante de Naples, fille de Ferdinand I roi de Naples, née le 27 janvier 1773 et décédée le 2 septembre 1802.
d) Marie -Anne- Ferdinande - Josèphe - Charlotte-Jeanne, née le 21 avril 1770, morte abbesse à Praguele 1" octobre 1809.
e) Charles-Louis-Jean-Joseph-Laurent , connu plus lard sous le nom d'Archiduc Charles , né le 5 seplcmbre 1771 , marié le 17 septembre 1815 avec Hcnriette- A lexandri ne-Frédériq ue-Wilhel mine , pri ncesse de Nassau-Weilbourg.
f) Charles -Alexandre- Léopold- Jean- Joseph , palalin de Hongrie, né le 14 août 1771 , mort le 12 juillet 1795 , des suites de l'explosion d'une poudrière.
g) Maxim ilien-Jean- Joseph-Victor , né le 23 décembre 1774, moitié 10 mars
h) Joseph-Antoine-Jean, archiduc, né le 9 mars 1776, fut plus tard palatin-
gouverneur et capitaine-général de Hongrie, Cornes et Judex Jazygum et Cumanorum, feldrnarécbal-général et propriétaire des régiments de hussards N° 2 et 12, et mourut le 13 janvier 1847. Ce prince avait été marié 1°, le 30 octobre 1799, à Alexandrine-Paulowna , grande - duchesse de Russie, fille de l'empereur Paul I et décédée le 16 mars 1801 ; 2°, le 30 août 1815, à la princesse Herminie, fille de Victor-Charles-Frédéric, prince d'Anhalt- Benibourg-Schaumbourg, morte en couches le 14 septembre 1817; 3° enfin, le 24 août 1819, à M arie- Dorothée - W.lbdmine-Caroline, fille de Louis-Frédéric - Alexandre, duc de Wurtemberg.
Bien que la descendance de la M triton impériale d'Autriche, après 1796, n'intéresse plut directement te Lnrembourg, nout nous croyons cependant en devoir d'ajouter ici comme un compliment iiès-imtéressani et de haute importance pour la partie de ce Pays qui appartient depuis 1839 à la Belgique , que Son Atteste Impériale et Royale j Madame la Duchesse de Brabant, »4<MAMi-UmiBTTi-Aiiiia, aicbimcbcme D'Atrratcat. est la troisième et dernière enfant du troisième lit de l'archiduc Joseph-Antoine-Jean que nous rappelons ici. Cette princesse naquit le Ï3 août IR36 et fut mariée le iQjti aoUt 185.1 à S. A. R. LaorALD-Locis-Psium- M abik-Victo* . ave ai IU»»»bt . prince héréditaire du royaume de Belgique, ni à son tour le 9 avril |h3f>, fils de S. M. Liopotd-Georyes-Chrétitm-frédiric, Roi des Belges, duc de Snse-Cobourg-Gatha, et de la bonne Reine Louise- Marie- Thérèse- Charlotte- Isabelle , princesse d'Orléans. Cest ainsi que les Belges voient se continuer, dans la dynastie qu'ils s* sont donnée, te sang de leure anciens Souverains qu'ils ont tant oimis, uni à celui qu'ils ont appelé à présider à Uurt destinées constitutionnelles.
i) M 'arie-Clémentine- Josèphe- Jeanne-Fidèle, née le 24 avril 1777, mariée le 25 juin 1797 à François- Janvier-Joseph , prince héréditaire dés Deux-Sicilcs , fils de Ferdinand III, infante d'Espagne et roi de Naples , et de Marie-Caroline , archiduchesse d'Autriche. Cette princesse est morle le 15 novembre 1801.
j) Antoine-V ictor-Amédée- Joseph- Jean- Uaimond, né le 3aoôt 1779, élu grandmaître de l'Ordre teutonique, le 20 juin
k) Marie-Amélic-Josèphe-Jeannc-Cathe-
ri ne-Thérèse , née le 15 octobre 1780, décédée le 25 décembre 1798.
I) Jean-Baptiste-Jo$eph- Fabien -Sébastien, né le 20 janvier 1782.
ni) Rainier- François - Joseph -Jean-Michel-Jérôme , r,é le 30 septembre 1783; nommé vice-roi du royaume Lombardo- Vénitien le 3 janvier 1819 à la place de l'archiduc Antoine , son frère ; marié le 28 mai 1820 avec Françoise-Marie-Elisabeth-Charlolte-Joséphine, princesse de Savnie-Carignan , née le 13 avril 1800.
n) Louis- Joseph- Antoine- Jean, né le 14 décembre 1784.
o) Un archiduc, né en 1785, mort enfant.
p) Un archiduc, né en 1786, mort enfant.
q) Rodolphe-J ean- J oseph-Rainier , né le 8 janvier 1787; créé grand-maître de l'Ordre teutonique en 1818, après la résignation de l'archiduc Antoine.
XXXII. Framçois- Joseph -Charles , archiduc , né comme nous l'avons dit, le 12 février 1768, succéda le 1" mars 1792, dans les pays héréditaires de sou père. Le 14 juin de la même année il fut élu empereur d'Allemagne sous le nom de François II, et mourut le 2 mars 1835. Ce prince avait épousé en premières noces Elisabelh-VVÏIhelmine-Louise, fille de Frédéric-Eugène , prince de Wurtemberg, née le 9 mai 1761 , morte le 18 février 17î)0; en secondes noces, le 19 septembre de la même année Maric-Thérèse- Carolioe-Joséphine, princesse de Naples, lille de Ferdinand IV, roi des Deui-Siciles, née le 6 juin 1772 et morte le 18 avril
1807; en troisièmes noces , et
enfin eo quatrièmes, le r^J^l^ 1816, Charlotte-Auguste, fille de Maximilien- Josepb, roi de Bavière.
Ce fui sous ce prince que les armées de ta République française vinrent envahir d'abord , puis conquérir notre pays dont la capitale fut rendue le 7 juin 1795.
Afin de conduire celte généalogie, du moins quant aui tètes couronnée* , juiqu'à la génération actuelle.
nous dirons en peu de moto que l'empereur François II laissa de «on fécond mariage eiilr'autrrs mionts deux prince* qui doivent être mentionné* ici, ce «ont i
1°. FerHinontLChartes-Liofiold-Joêtph-François-Mor. ctlUa, archiduc, né le 10 avril 1708, lequel (uccéda a «on père le 2 mar* 1833. août le nom de Ferdinand I", comme empereur d'Autriche, et le V* eu qualité de roi de Hongrie et de Bohême. Ce prince abdiqua le 2 décembre 1R48 en faveur de «on neveu, comme non* allons le voir. Il avait épousé le I Si/27 février 1831 Marie- Anne-Caroline-Pie. fille de Victor- Emmanuel, roi de8ardaigne, née le 10 septembre
2*. François- CkarlefJtHtph , archiduc, fil* puîné de l'empereur François 11 (Joseph-Charles), du second lit comme celui-ci, est né le 7 décembre 1U02. Il fut nommé Feldmaréehal-lientenant et propriétaire da 32e régiment d'infanterie. Ce prince renonça . par acte du 1" décembre 1848, en faveur de son fil* alaé, h tous tes droits éventuels aux couronnes qu'il pouvait être appelé à porter, par son droit de naissance et en l'absence de toute postérité de son frère ainé, l'empereur Ferdinand 1". Il épousa le 4 novembre 1824 Frédérique-S^Aie-Durothéc-YVilbelmioe. fille de Maximilirn-Joaeph, roi de Bavière
Cette princesse, née le 27 janvier 1803, a donné h l'archiduc son époui, quatre princes dont l'alné. Fasaifois-Jossru 1 l'huriet, ne le 18 août 1830, succéda à son oncle, IVinprreur Ferdinand 1*', (après l'abdication de ce dernier cl la renonciation de son père) par rescrit du 2 décembre 1848, h la couronne impériale, ainsi qu'à celles de Hongrie et de Bohème: C'est V Emfitreur réijnant. Ce prince a épousé le 24 avril 1834 Elisabeth- Amélie Eugénie , uée le 24 décembre 1837 , fille de Maiimilieo Joiepb , duc de Bavière. - De cette union sont nés jusqu'à ce jour: «) CitrUt Louise -Marie, archiduchesse, le 12 juillet 1830; b) BofioipAr-Fronçois-Cbarles-Joteph, archiduc, le 21 août 1838.
Fendant le peu de temps qui s'écoula entre l'inauguration de François II et sa dépossession du Duché de Luxembourg, ce prince u'apu marquersongouverneroentpar de grands actes administratifs. Cependant, on ose le dire , les Belges en général , mais surtout les Luxembourgeois déplorèrent amèrement le changement de domination qui venait de s'opérer si brusquement; et au moment de l'approche des Français, même les plus mécontents d'entre les Belges accoururent renforcer les rangs de leurs frères afin de combattre pour la dynastie légitime, tant le sentiment de gratitude pour la Maison d'Autriche et d'attachement pour cette légitimité était profondément gravé dans leur cœur.
Si nous jetions an coup-d'œil général rétrospectif sur l'histoire politique de la Patrie pendant la période de plus de quatre siècles que nos princes souverains demeuraient loin de nous, nous serons forcés de déplorer l'abandon dans lequel nous semblions végéter, placés pour ainsi dire à la merci de gouverneurs-généraux qui se contentaient généralement de leor titre avec les revenus y attachés en qualité de sinécure, ne se souciant guère du bonheur individuel et abandonnant les soins de l'administration intime à d'autres qui , il faut le dire à la louange de ces derniers, surent presque constamment prendre nos intérêts populaires à cœur. C'est ainsi que, pour ne citer qu'un de nos gouverneurs particuliers ou provinciaux, le bon Comteprince Pierre-Ernest de Mansfelt (v. son art.) a su préserver le Pays contre les horreurs de toute réaction sanguinaire et contre la guerre civile et religieuse sous Philippe 11. Mais si nous avons eu un Mansfelt pour faire le bonheur de nos pères, Wenceslas II avait aussi donné une Elisabeth de Gœiiitz à nos aïeux ! ! !
Somme toute , sous les dominations Bourguignonne et Espagnole le peuple n'eut pas toujours à se louer de l'administration immédiate de ses Souverains, tandis que si la Maison d'Autriebe-d'ANemagne, qui ne nous a régis que pendant un peu moins d'un siècle, de 1713 à 1794, ne nous a pas toujours gouvernés absolument suivant la routine des préjugés invétérés, elle a eu néanmoins le mérite d'avoir eu constamment devant les yeux la plus stricte justice et très souvent des intentions très libérales.
La République française avait décrété le 1" octobre 1795 l'annexion des Provinces belgiques et du Pays de Luxembourg à son territoire, avant encore que le traité de Campo-Formio , en date du 17 octobre 1799, ne fût venu légitimer en quelque façon celle conquête par la renonciation libre ou forcée de la part du Souverain naturel à son Duché. Mais la République toute-puissante et qui agissait
comme si elle eût été infaillible, avait déjà morcelé de nouveau notre Patrie en faisant du noyau de cette province son département des forêts et en répartissent les portions orientale, septentrionale et occidentale entre les département sde Sambreet-Meuse (Namur) et de POurte (Liège), sous lesquelles dénominations elle continua à être administrée par les lois françaises.
La renonciation de François II à ses droits de souveraineté sur le Luxembourg et la Belgique eut pour effet direct d'enlever à la Maison d'Autriche la possession de ces belles provinces qui restèrent ainsi soumises à la domination française, et par droit de conquête ou du plus fort, et par droit de cession.
L'incorporation du Luxembourg au nombre des départements français avait en outre fait disparaître momentanément la nationalité propre de ce Pays, qui, quoique quelques autenrs superficiels aient pu en dire, avait été conservée intacte et entière tous les différents souverains qui avaient jusque là gouverné le Duché.
Nous avons cru devoir terminer ici l'article que nous avions à donner sur la généalogie politique des souverains qui ont possédé et gouverné le Pays de Luxembourg depuis son origine historique, parce que les périodes qui suivirent la conquête française sont encore trop jeunes pour pouvoir, sans blesser peut-être quoique innocemment, être passées au creuset de la froide appréciation de l'historien : l'un ou l'autre pourrait voir de la passion là où cependant il n'existerait qu'un raisonnement calme et une déduction impartiale de conséquences logiquement vraies tirées des faits les plus aulhentiqucment établis.
Liber aureoi, manuacril de l'abbaye d'Ecbtcrnach. — Aaa. F*riE>.Fiimilia augusta Luxruibmrgrniii».— Brat«lj — Puaarr.— Moat«i.~ Fa. t>«» Rodiacs.Strmmafa Lotharingie ac Barri Dacnm. — D. Calmiït, HUt. de Lorraine et Notice «le la Lorraine. — Be«tbolkt. - Ut ciim»i, Ui»t. gearal. «•«'» Maiioni Je Dreux. Bar. Luxembourg etc.— I1*gi»*, Cbronic dei Deutacb-Ocatrrrriebiteben llanars— Cbronica Aniœ Rrgiflï — Dc»a»v:m. Ilistoria Bohcmica. — Kmrrr, Uiit gcnéal drl'Aaguile Maison tl'A atriche.— Kaausa, Gcnealogiscbe fieacbichlc de* alten ArdeonUcben Haaaet.- II*a»tu»,
Annale* ducum Brabanticoruaa.— L'Art de vérifier le* date»; édition» de 1770, de 8t. A lai» et du ebev.de Courcelle*.— BuTKtnt, Tropb firab.— Fusa, Dut. ecclea. Leodien. — FovLLOa, Hiat. epiacop. Lcodien.— Bionn, Annal. Trev.— Maau, Epitotne Annal. Trev. —Viri illuatrea, J, N» 6, 7,8.9.10.11, 19.14. 17, 8S. «5, 34, 98, 30. 59, 54, 39; II, NM 19J, 196. 197, 198, 150, 151 , 159. 155. 154. 131t. 149 ; III, TV» 176, 177. 178. 181 — Alaaanaeha du Grand- DVebé. — Alnaoaeka de Oatba. — Aa Hoamuia, Hiat. Trevir. diplomat. ; et Prodromu» Hi»lor. Trevir. diplomat — Dswaz, HUtoire générale de* Province» belgiqne» ; Histoire particulière dea Provinces belgiquea; et Abrégé de rilittoire générale etc. — Ptrao, ItalioMurinm Temporum. — Naav , Mémoire» biatoriquea et politique» — Taixea , Addîtinne» ad llistoriam palatinam. — K.urt*cr unrl «cbleebter Beriebt und Brgrhrcibuiig de» llnus untl Ncbloss nnd Landta Lnetxembarg . »*mpt deren fuer- »ten und llerren Urtprung und berkomacn». Manaacrit.— Hianan Coaraacr. — Sictaaar ai Ginatoos. — Maxiabc» Scoto».— Mi»*c» , Opéra diplomaties.— Magnnm Cbtonicon Belgicum.— Joanata a Lsioia.— Aicid. »ciit.« yxllis.— Hoctsaitit, llittoria Lpiacoporom leodiensium. - AuaaTiaVI HnaaaTtja, De Ge»ti» Henriei VII loip. - Gutnata , Reapublica Namaceu- »ia.-Co*aAoa» Venait», De rebu» grtli» Henriei VII inp.-Pimi, Geicbîebte der Bctbmen; et Kaixer Cari der IV. — Cbronicon Ctaioxi» — Le» a , Jean l'aveugle , etc. — Octavb Da i« Piaaan. Chronique dea fait» et g cite* de Maximilicn I.— Dt Bt»AXTa, Di*t dea duc* de Brabant.— De la Haut , Ann. ei*. et relïg d'Yvois- Carignao.— Bâtie, Dictionnaire bi» torique et critique. — T»ao«itioT , Histoire générale de Mets.— Gesta Trei irurum — Faouattor, Annale* du règne de Marie- Thérèse.— Da Maant, Hiat. dn comté de Kamnr. — G«lliot , Hi»t de Namnr — Da Fauta, Dictionn bi»torique— Kcvatti», Tablette» ckronolog. de lUItl. ane. et mod.— Ncvan , Henri , fila de Conrad I , a-t-il été comte régnant de Lnibrg.T — Boaaoer, Diac. »nr l'Uiit. aaiv.-Tti«»t>a , HUt. de Thionvillc. - G» • ♦ HUt. de Loogwy — Cubutiasi.— Mxyii. — Ut vanne— Joacuiu.
— Paoncr. — DuaocHM, Epitome Hiatoria; Belgicae. — La Gaanc, HUt. <lu Duché de I.uxbrg.— JUxMaa», Hist <lu Bojaume de» Paya- Bas. — BttiN , lli»l. de lorraine.
— Vaitor.» M.ei.Ei, Dictionn. géogr. du Luxembourg.
— Bsaaca, Jobaanes, Graf v. Luxemburg und Kcenig von Boehmen.— etc. , etc.
Lbs Cadets db la maison bbgnamtb qui sb sont distingués.
Sous cette rubrique nous donnerons la Biographie des personnages aux articles desquels nous avons renvoyé dans la généalogie générale qui précède.
LUXEMBOURG, Adalbbbon db, évéque de Metz, dont le manuscrit des Viri illustres ne dit que six mots : «Adalbero Epis- «copus Hetensis Comitis Lucelburgensis « filius » , était fils du comte Frédéric et frère puîné du comte Giselbert, seigneur de Luxembourg. Elevé sur le siège épiscopal de Metz après Théodoric II ou le jeune , son oncle, et lui troisième évéque de son nom, ce prélat se distingua par sa piété, sa science, sa prudence et son désir de ramener la régularité dans la vie monastique. Il eut l'honneur d'être un des maîtres on précepteurs de Bruoon, issu de la maison de Habsbourg et son cousin, qui fut plus tard évéque de Toul et enfin Pape sous le nom de Léon IX (1048 à 1054): Adalbéron, disent les annales, contribua beaucoup à cette élection. Aussi le Souverain-Pontife sut-il en plusieurs occasions montrer sa gratitude à l'évêque de Metz : il vint même lui rendre visite dans sa ville épiscopale. — Adalbéron est mort le 13 novembre 1072 et fut suivant ses désirs, inhumé dans l'église de Saint-Sauveur à Metz, dont il était regardé comme le principal fondateur. 11 avait occupé le siège épiscopal pendant 26 ans.
Mavai»», Histoire des Eveaque» de l*Egli«e de Meta. 881 à 567. - Béarnais . III. 98 à 150 - Viri il lu.tr», I. «• a
LUXEMBOURG, Adalbbbok db, princier de l'église de Metz, pour lequel le manuscrit des Viri illustres se contente de ces quatre mots : « Adalbero Cornes Lu- « celburgensis primicerus. » De son coté, Meurisse ne sait rien de bien précis à son égard et voudrait le confondre tantôt aveu un évéque problématique de Metz qui aurait été le quatrième du même nom, tantôt avec un autre homonyme qui fut le quatrevingt-unième évéque de Trêves (1131 à 1 152) et qui, comme notre prince Luxembourgeois avait été princier de la cathédrale de Metz, mais dont l'extraction est restée inconnue si elle n'a pas été inflme, comme semblent l'insinuer les Gestes de Trêves. Quoiqu'il en soit, Adalbéron ou Albéron
de Trêves ne fut sacré évéque que plus de vingt ans après la mort d'Adalbéron de Luxembourg. Ce dernier était fils du comte Conrad I, prit part à la première croisade et fut tué devant Antiocbe, en 1109 : Le prélat, disent les Chroniques contemporaines, se trouvait dans un verger à proximité de la ville assiégée, occupé à jouer aux dés avec ope dame d'une grande beauté, lorsque les Sarrasins faisant inopinément une sortie, vinrent les surprendre, les percèrent de flèches et leur coupèrent la tète qu'ils emportèrent en triomphe, sans que leur suite, altérée par cette surprise, osât opposer la moindre résistance.
Bumur, III. !t8S. — MttmiMt, 586. - Yiri illustres. I, K° I SI — Fam*. Farailia augasta Luxem. l'urfrenaU. — Auaarps Aqobdsm, HSstoria HleroaolymiUaa, lib III. c 46. — PinatT , I, 69. — Grsta TreTiroram, c 78.
LUXEMBOURG, Adalbbroîc ob, prévôt de St. Paulin près de Trêves, était fils du comte Sigefroy de Luxembourg. Voici ce que le manuscrit des Viri illustres dit de lui : « Adalbero Cornes Luxeraburgensis, « frater Sanctae Cnnegundis Imperatricis <> ex prsposito SU Paulini Trevir. Archie- «piscopus Trevirensis contra Megingau- « dum. Insignis ejusdem Ecclesiœ Benefac- « tor et spéculum pœnitentiae. »
Adalbéron était un de ces prélats turbulents et ambitieux comme on en vit tant à cette époque reculée, où des prêtres, même parmi les plus haut élevés en dignités ecclésiastiques, ne se gênaient pas de ceindre l'épée et d'affubler la cuirasse, souvent pour des vétilles.
Dans le partage des biens patrimoniaux, Adalbéron avait obtenu les seigneuries de Berncastel, de Sarbourg, de Sierck et de Roussy. Il était prêtre, comme nous venons de le voir, et parvenu à la dignité de Prévôt de la collégiale de St. Paulin près de Trêves. Adalbéron vivait dans son cloître de la vie tranquille des religieux, lorsque Ludolptie, archevêque de Trêves vint à mourir en 1007.
Alors notre prévôt de Saint-Paulin, soit qu'il fut mû par une ambition personnelle, soit qu'il crut pouvoir se faire un appui
de l'influence de l'Empereur Henri II, son beau-frère par sa sœur l'impératrice Cunégonde mariée à ce prince, prétendit au siège archiépiscopal. En public il se fondait principalement sur des promesses, soit positives soit prétendues que l'Empereur lui aurait faites, de le faire succéder à l'archevêque défunt ; et il sut si bien diriger l'esprit d'une partie des chanoines qu'en effet Ils l'élurent. Un autre motif, que quelques historiens ajoutent à ceux que nous venons d'énumérer, a pu encore contribuer pour beaucoup a provoquer les prétentions d'Adalbéron: Henri II voyant qu'il ne laisserait pas de descendance de Cunégonde son épouse, avait annexé les principales terres dotales de l'impératrice à la cathédrale de Bamberg qu'il venait de fonder j ce que les frères de Cunégonde avaient vu avec déplaisir, puisque par là une partie très -considérable des domaines de leur Maison se trouvait perdue pour leurs descendants. Us firent d'abord des représentations énergiques auprès de l'Empereur ; mais celuici fut sourd à leurs démarches : de façon que, ayant échoué par les voies de douceur ils crurent n'avoir plus aucune mesure à garder et saisirent la première occasion qui se présenta pour tirer vengeance des griefs qu'ils prétendaient avoir à formuler contre leur beau-frère: ces faits se passaient pendant la vacance du siège archiépiscopal de Trêves. Adalbéron , pour sa part, prétendit donc à cet archevêché auquel du reste une partie des chanoines l'avait nommé. L'Empereur voyant cette violence et présumant bien qu'elle était principalement dirigée contre lui, oublia les promesses qu'il avait faites à son beaufrère, si toutefois elles l'avaient été, et désigna archevêque de Trêves Mégingaud, Prévôt de l'église de Mayence. Dès qu'Adalbéron et ses frères eurent appris cette nomination, ils se déclarèrent ouvertement et contre l'Empereur et contre le nouvel élu. Adalbéron leva même des troupes pour se maiptenir dans sa dignité, fortifia le palais archiépiscopal et tenta de résister aux efforts des seigneurs qui avaient pris
parti pour Mégingaud et étaient venu» l'assiéger. Mégingaud voyant qu'il ne pourrait pas rédnire son concurrent, eut recours à 1 autorité de Henri II qui, croyant tout terminer au moyen d'un acte d'éclat contre lequel il n'y aurait plus a revenir, ût de suite consacrer Mégingaud et excommunier en même temps son beau-frère. Il fit plus, il vint en personne attaquer Adalbéron qu'il assiégea à son tour depuis le dimanche de quasimodo de l'année 1007 jusqu'au mois d'août ou de septembre, où les partisans du prétendant se voyant réduits aux abois, sans vivres et sans espoir de secours, finirent par se remettre à la clémence de l'Empereur qui leur accorda la liberté. Henri II entra donc dans la ville de Trêves et confirma derechef la nomination de Mégingaud : Malgré tout cela Adalbéron n'en persista pas moins à prétendre d'être archevêque, et ne permit pas à Mégingaud d'en exercer les fonctions : son frère, le comte Frédéric de Luxembourg ne cessait, dit-on, de l'animer et de l'entretenir dans son obstination. L'empereur voyant la ténacité du prétendant et voulant cependant concilier autant qu'il le pouvait le respect qu'il devait à sa propre dignité avec l'affection qu'il portait aux frères de l'Impératrice, prit le parti de convoquer à Coblence une diète où cette affaire devait être traitée. Mais Adalbéron ainsi que ses frères n'y parurent que par des députés que l'empereur renvoya en exigeant que les accusés comparussent en personne à Mayence où il réunit une nouvelle assemblée à cette fin. Thierry ou Théodoric, évéque de Metz (v. l'article Luxembourg, Théodoric de) et Henri , duc de Bavière, frères d'Adalbcron, se présentèrent seuls a cette conférence où, malgré tous leurs efforts ils ne parvinrent pas à se disculper des griefs dont ils étaient chargés ; et l'assemblée se sépara encore une fois sans prendre de décision , ce qui rendit les seigneurs luxembourgeois plus insolents qu'auparavant : ils sortirent en effet de Mayence comme des forcenés et vinrent attendre les prélats qui avaient assisté au Concile. Ces derniers retournaient sans défiance lorsque tout-à-
coup ils se virent assaillis avec leur suite : une partie fut massacrée et les autres dispersés ou faits prisonniers, de manière que peu d'entre eux furent assez heureux pour échapper sains et saufs par la fuite. L'empereur eut la longanimité de feindre encore d'ignorer ces coupables excès. Mais son indulgence n'ayant fait qu'enhardir les récalcitrans, il assembla un troisième synode à Aix-la-Chapelle pour les punir de leurs attentats : Le prévôt Adalbéron y fut suspendu de ses fonctions sacerdotales et excommunié derechef. Une maladie grave, réputée mortelle, étant sur ces entrefaites venue accabler le turbulent prélat, il crut y voir on avertissement du ciel pour se porter à la soumission : Il témoigna donc un vif repentir pour ses excès et consentit enfin à restituer à son compétiteur les biens de l'Eglise de Trêves qu'il avait retenus jusque-là. Mais ce repentir n'avait été motivé que par la crainte de la mort ; car dès qu'il fut échappé au danger il se remit à poursuivre les projets de son ambition. Le décès de Mégingaud arrivé sur ces entrefaites (1015) le servit à souhait eu lui fournissant l'occasion de renouveler ses tentatives à l'effet de se faire agréer en qualité d'archevêque de Trêves. Ce nouveau trait finit par convaincre l'empereur de l'incorrigibilité de son beau-frère dont l'ambition égalait l'audace, et lui fit .comprendre qu'il ne parviendrait à le mettre à la raison que par un coup d'autorité. Il nomma donc à l'archevêché de Trêves Poppon, Prévôt de Bamberg, et lui donna des troupes pour se rendre dans son diocèse et s'y établir par la force. Le nouvel élu suivit à la lettre tes instructions de l'empereur, tellement que les historiens du temps en faisant le récit de son arrivée à Trêves, disent qu'il y entra plutôt comme un brigand que comme un évêque; et qu'après avoir ravagé les terres d'Adalbéron il avait fini par assiéger ce dernier et le forcer dans le palais archiépiscopal : à la prise du palais le prélat luxembourgeois fut fait prisonnier et mené à l'Empereur. L'archevêque Poppon intercéda néanmoins pour lui, dit-on, afin d'obtenir
son élargissement et sa grâce. Il fut en effet renvoyé à sa Prévôté de St. Paulin, avec la sévère recommandation de ne plus à l'avenir élever une prétention quelconque s'il ne voulait s'exposer aux plus rudes - châtiments spirituels et corporels. Adalbéron promit de rester tranquille ; et cette fois il tint parole, puisqu'il vécut retiré et inoffensif dans son monastère jusqu'à sa mort, arrivée en 1037. En 1036 et 1037, il fit de grandes donaUons à l'Eglise de Trêves , dans la vue , dit-il , de réparer les dommages qu'il lui avait causés précédemment: l'évêque de Hontheim nous a conservé les actes de ces libéralités.
BlOWH, I, 497 tqq. — PlItaCT, I, 86, tq. — M. La Gltftl, Histoire do. Dncbé de Luxembourg, I, «q. — Viri illustre*. I. N° 8. — Mamn, 304, »q. — A» Ho* rat», Hist Trevir. diploaaL I. 368 rt 371. — Biiriour, III. 39, »qq.— Geata Trevirorum, I, 1 19, sqq — Cbronicon Csaioai* , I. IV.
— Histoire Générale de Met». II, 113, aqq. — Do-
cntS'XE, Histoire de lu maison de LaïrraboDrj; , 10.
— SlCtacaT ac Gcbbloci, ChrooicoD, ad aonum t0O4.
— Dirrnsa, Cbronicon, VI. — O. Calnct, Uist de Lorraine, II, 40, sqq. — Mcoauac, 346, sq. — Br.rat^ 87.
Luxembourg , Arnoul de; ARNOUL , dit de.
LUXEMBOURG, Baudouin db, archevêque de Trêves, est né au château de Luxembourg en 1284, ou plutôt en 1285.
Le manuscrit des Viri illustres le cite en deux endroits différents, parmi les célébrités ecclésiastiques et parmi les illustrations militaires. Ces mentions il les méritait sous tous les rapports. Voici les passages concernants: « 1327. Baldvinus Cornes « Lucelburgensis,FraterHenrici VII. Caesa- «ris, Archiepiscopus Treverensis et eodem « tempore Administrator Archiepiscopa- « tuum Moguntini et Coloniensis S. R . J. P. « Elector , omnium episcoporum tantum » fastis SS. non inscriptorum facile prin- << ceps, ut in Archiepiscoporum Trevirenesium inaugurationibus olim voveretur, « ut eleclus novus Baldviuus hune acquêt, c Fundavit Treviris et Confluentiae Carthu- «sianos, Luxemburgiin patria Confraterni-
« tatera V. Sacramenti. Est sepultos Treviris « in Choro Sti Nicolai summx aedis. » — Et plus loin : « Baldvinus cornes Lucelbur- « gensis istius Imjîeratoris — id est Henftrtct VII , de quo tnox in manuscripto « agebatur — frater Archiepiscopus Tre- «virensis S. R. Imp. princeps-elector , «quantus fuit pede, tantus et gladio, « domuit arrois Metenses, composuit Er- « fordenses, expugnavit et evertit arces « plurimas. »
Le Conversations-Lexicon, de son côté, fait de ce prélat l'éloge suivant: «Aucun « prince dans l'histoire des pays du Rhin « et de la Moselle n'a joué un rôle plus iro- « portant que l'archevêque Baudouin. Il « fut sans contredit un des personnages les « plus pénétrants et les plus fermes de « l'Allemagne, non seulement pour son « époque mais de tous les âges , réunissant « en sa personne le savant , le guerrier , «le prince et le pieux prêtre. Et si l'on « entreprenait de classer d'après leurs raé- « rites personnels les prélats qui ont oc- « cupé le siège métropolitain de Trêves , wil faudrait sans contredit attribuer le «premier rang à Baudouin de Luxem- « bourg. Nous ne trouvons en effet , a côté «des grands empereurs qui ont illustré « l'Allemagne pendant le moyen-âge , que « fort peu de caractères aussi éminents et «qui pourraient autant que lui servir de « modèle dans l'étude des rapports entre « les gouvernants et les gouvernés. »
Baudouin était fils de Henri III comte de Luxembourg et de Béatrix d'Avesne ou de Beaumont. Il n'avait encore que trois ans lorsque son père périt à la bataille de Wœringen: sa mère s'appliqua à lui donner une éducation essentiellement religieuse. Il n'était que dans sa vingt-deuxième ou vingt-troisième année et se trouvait encore aux études à l'Université de Paris où il faisait des progrès étonnants dans la philosophie, le droit, la théologie et les sciences, lorsque, le siège archiépiscopal de Trêves étant venu à vaquer par le décès de l'archevêque Diether ou Didier de Naussau , mort le
23 novembre 1 307 , le chapitre s'assembla pour procéder au choix d'un nouvel archevêque : Toutes les voix tombèrent , le 7 décembre de la même année 1307 , sur le jeune Baudouin de Luxembourg qui était déjà chanoine et grand prévôt de cette église. Cependant celte élection trouvait quelques objections à cause de la trop grande jeunesse de l'élu. Mais le pape Clément V , appréciant ses mérites transcendants, le lit venir auprès de lui à Poitiers où il se trouvait pour lors , lui accorda , de la plénitude de sa puissance apostolique la dispense d'âge nécessaire , le fit ordiner par un de ses cardinaux le 11 mars 1308, confirma son élection et le consacra lui-même , dit-on , le lendemain 12 mars, archevêque de Trêves. 11 le renvoya ensuite dans son diocèse après lui avoir donné sa bénédiction. Baudouin se mit incontinent en route et lit son entrée solennelle dans sa capitale, le jour de la pentecôte qui cette année tombait le 2 juin.
Quelques historiens ont avancé que quelques années auparavant (1304) , Henri IV comte de Luxembourg et frère ainé de notre prélat avait fait faire au près du Souverain- Pontife des démarches pour le faire parvenir à l'archevêché de Mayence qui pour lors était vacant, mais que le Pape ayant considéré la jeunesse du postulant, avait refusé d'acquiescer aux sollicitations qui lui étaient présentées par Pierre d'Aspelt (v. son article) , pour lors médecin du comte de Luxembourg ; et que , pour couper court il avait proclamé Pierre d'Aspelt lui-même à celte chaire. Mais les faits historiques ne concordent pas avec les dates ci-énoncées, de façon qu'il semble prudent de se tenir sur la réserve.
Les premiers pas que Baudouin fit dans la vie publique eurent leur importance : il fixa d'abord d'une manière stable et positive les rapports de la ville de Trêves avec son archevêque , ou plutôt il força cette ville à renoncer aux privilèges et prérogatives qu'elle avait usurpés sous son prédécesseur. Puis il alla se réunir aux six électeurs de l'empire , à
Rense sur le Rhin , pour conférer sur le choix d'un nouvel empereur pour succéder à Albert I d'Autriche qui avait été tué le 1er mai de la même année par Jean d'Autriche , prince de Souabe , son neveu.
Baudouin sut, par la force de son éloquence faire tomber ce choix sur son frère ainé, Henri IV, comte de Luxembourg (130H). Non content d'avoir fait entrer la couronne impériale dans sa Maison , l'archevêque Baudouin ne cessa d'aider l'Empereur de ses conseils dans tous ses actes. Après que ces deux princes eurent donneles soins nécessaires aux affaires les plus pressantes de l'Empire, ils commencèrent leurs préparatifs pour une expédition en Italie. Baudouin y contribua au moyen de grosses sommes d'argent et accompagna l'Empereur: lisse dirigèrent vers la Savoie en passant par Berne, Lausanne , Génève et les Alpes. Le cortège entra ensuite comme en triomphe à Suze, « à Turin et à Asti. Milan lui ouvrit de même ses portes (1310) : Comme on ne retrouvait pas la couronne de fer des rois de Lombardie on en fit faire une neuve et Henri se fit couronner dans cette ville , en grande cérémonie. Presque en même temps Jean son fils recevait la couronne de Bohême des mains de Pierre d'Aspelt, archevêque de Mayence. Dans un combat contre Guido délia Torre , à Milan , de même qu'au siège et à la prise de Bre#cia, l'archevêque Baudouin se distingua en grand capitaine. Son frère Walram y reçut un coup de (lèche qui lui coûta la vie : ce jeune prince fut inhumé à Vérone. Les deux frères de Luxembourg entrèrent ensuite à Gènes où l'Empereur Henri eut la douleur de perdre son épouse , l'impératrice Marguerite de Brabant. De Gènes l'armée s'avança en traversant le pays de Lucques ainsi que la Toscane et entra finalement dans Rome , épouvantée de ce spectacle guerrier auquel elle n'était plus habituée depuis longtemps : C'est dans cette ville que l'empereur donna à son frère l'archevêque de Trêves, les villes de Boppard et d'Ober-Wesel en engagère.
Pendant le séjour de l'Empereur Hen-
ri VII à Rome , il se présenta plusieurs occasions qui donnèrent lieu à des escarmouches entre les différents partis , et pendant lesquelles un évêque et un abbé de l'armée impériale succombèrent en combattant vaillamment. Après qu'il eut reçu la couronne impériale, Henri dirigea ses troupes contre la puissante ville de Florence , avec l'intention d'en faire le siège que cependant il fut obligé de lever après avoir essuyé des pertes sensibles. Jusque là l'archevêque Baudouin n'avait pas quitté l'Empereur son frère , lorsque au mois de mars 1313 il s'embarqua pour retourner en Allemagne à l'effet d'en ramener de nouveaux renforts à l'armée d'Italie. Hais le sort en avait décidé autrement , puisque avant son retour , l'Empereur Henri mourut près de Sienne , le 26 août , d'un genre de mort dont la véritable cause est restée un mystère jusqu'à ce jour. Tout le monde sait que la perte de Henri VII occasionna l'avortement du but de la campagne d'Italie.
Après le décès de son frère , Baudouin prit une part très-active aux affaires de l'Allemagne et chercha en même temps par tous les moyens à étendre les limites de son diocèse en acquérant des uns des possessions nouvelles en récompense de services qu'il leur rendait, des autres en leur faisant la guerre. Dans le pays de Trêves au contraire, il faisait construire des roules et des ponts, parmi lesquels derniers nous mentionnerons celui qu'il jeta sur la Kyll près d'Ehrang, et un autre sur le Rower (1314). Celui de Coblence lui est dû également.
Quelque temps après il se réunit à l'archevêque de Mayence pour marcher au secours de son neveu , Jean , roi de Bohême , contre ses sujets rebelles de la Bohême, entre autres le seigneur de la Lippe ; puis il combattit à la bataille d'Eslingen pour Louis de Bavière, amena à l'armée de ce dernier des secours et des vivres et força par là Frédéric d'Autriche à la fuite. Il en agit de la même manière auprès des villes Rhénanes et sut acqué-
rir en retour de nouvelles engagères de l'Empereur qui se trouvait ainsi son obligé.
En 1317 il secourut encore contre l'archevêque de Cologne Guillaume comte de Julien qui était accouru auprès de lui implorer son assistance. L'Empereur lui avait versé de fortes sommes d'argent pour frais de la guerre qu'il avait faite pour lui : Baudouin les employa à faire de nouvelles acquisitions et à fortifier les villes de Mayen et de Wittlich. L'année suivante il vint avec son neveu , le roi de Bohême , au secours de la ville de Cologne pendant la guerre que celte ville soutenait alors contre son propre archevêque, Henri II , né des comtes de Virnenbourg. Comme il l'avait fait dans le différend avec l'évéque de Strasbourg il sut aussi se faire payer à cette occasion des sommes considérables et se faire céder plusieurs terres; il finit cependant par reconcilier les parties belligérantes entre elles.
En 1319 Léopold d'Autriche s'était avancé contre Louis de Bavière : les deux princes se trouvaient déjà face à face non loin de Wiesbaden et prêts à engager la bataille, lorsque Baudouin parut dans les rangs de son ami , l'empereur Louis : A la vue de l'archevêque de Trêves l'armée d'Autriche saisie d'une espèce de terreur panique se débanda et se retira précipitamment.
La réputation de sagesse et de courage que Baudouin avait su s'acquérir était devenue si grande que, pendant qu'il se trouvait au camp devant Strasbourg au secours de l'empereur Louis, le chapitre de Mayence vint le trouver en corps pour le supplier de consentir à succéder à l'archevêque Pierre d'Aspelt (v. son article) qui venait de mourir le 4 juin 1320. Il refusa cependant cet honneur, parce que le Pape venait de désigner pour cette chaire un religieux bénédictin d'Alsace , nommé Mathias de Bucheck et Bourguignon de naissance; choix que du reste l'Empereur avait déjà ratifié : Baudouin combla d'honneurs le nouvel archevêque et lui voua son amitié. Peu de temps après il entra
en campagne contre plusieurs seigneurs de l'Eiffel et du pays de la Lahn qu'il savait être mal intentionnés a son égard , entr'antres Rodolphe, duc de Bavière, de même que les comtes de Nassau , de Spanheim et de Westerboarg; mais il pardonna à une de ses parentes, la comtesse de Castellaune, née de Falkenstein, qui était venue audevant de lai avec ses enfants pour implorer sa grâce.
La même année il fit construire le château de Baldenstein sur la Lahn , pour lui servir contre deux frères de Westerbourg qui s'étaient révoltés contre lui ; de même que celui de Richemont ou Rcichenberg qu'il donna en fief a Guillaume comte de Catzenellenbogen (1321).
La viUe de Metz s'était déclarée contre Louis de Bavière. Baudouin vint en faire le siège en 1324, de concert avec des troupes de Bohême, de Lorraine et de Bar. Mais les assiégeants ne purent pas la prendre parce'qu'elle était trop bien fortifiée et trop populeuse. Cependant avant d'en lever le siège , les confédérés se tirent payer une forte rançon par les assiégés. A son retour de devant Metz , il alla attaquer plusieurs châteaux-forts qu'il prit et soumit à sa suzeraineté.
Quelques années plus tard (1327) Baudouin aida à l'archevêque de Mayence à s'emparer de la ville de Giessen , à l'occasion d'une contestation qui avait surgi entre cet archevêque et le duc de Hease : il s'agissait de l'interprétation de certains droits féodaux. De là notre prélat marcha contre la ville de Boppard qui faisait mine de vouloir se révolter contre lui et il la ramena à la raison.
Baudouin qui jusqu'alors n'avait essuyé aucun revers, se trouvait au comble du bonheur et de la prospérité lorsque le sort voulut l'éprouver: c'était en 1328. Il s'était embarqué sur une nacelle et descendait la Moselle sans défiance , lorsque Laurette , comtesse de Starkenburg , qui était en contestation avec lui touchant quelques terres situées près de Birckenfeld, le fit saisir à ('improviste et emmener dans
son manoir où il fut retenu prisonnier pendant près de quatre mois et jusqu'à ce qu'il eut solennellement promis qu'il n'élèverait jamais de château-fort sur le finage de Birckenfeld. D'autres auteurs avancent qu'il fut en outre obligé de payer trente • mille marcs d'argent pour sa rançon.
Sur ces entrefaites l'archevêché de Mayence étant venu à vaquer de nouveau (1328) , le chapitre le choisit une seconde fois pour succéder au prélat défunt; mais Baudouin refusa encore. 11 consentit néanmoins à se charger de l'administration de cette église , en attendant qu'elle eût obtenu un titulaire. Cette administration , qu'il dirigea avec la fermeté et la dignité que nous lui connaissons , il la conserva pendant trois ans. Il accepta de même la direction des évéchés de Worms et de Spire, appaisa les troubles de Fulde et y rétablit les moines qui avaient été chassés de leur monastère.
Quelques seigneurs de son diocèse, les d'Eltz , les d'Elirenberg , les de Waldeck et les de Schœnecken s'étant de nouveau ligués contre lut , il fit construire en 1331 sur la petite rivière d'Elu, un château-fort qu'il dénomma de son nom Baldenelz et y jeta des troupes qui eurent bientôt mis fin aux brigandages suscités par ces seigneurs coalisés: le dynaste d'Eltz , qui avait été le premier moteur de ces troubles et qui en même temps passait pour le plus grand ennemi de l'archevêque , fut nommé par lui gouverneur ou Bourggrave du Castel de Baldenelz : Baudouin , en profond politique , crut par cet acte s'attacher cet homme qui n'aurait vraisemblablement pu, par aucun autre moyen , être ramené à des sentiments de soumission envers son suzerain , puisqu'il lui avait juré une haine à mort.
Lorsque Louis de Bavière auquel Baudouin se montra constamment attaché, revenait d'Italie , il alla conférer avec lui à Nurenberg et obtint a cette occasion la confirmation des principaux privilèges de son archevêché, avec la concession de
nouvelles immunités. Après la guerre d'Erfurt, notre archevêque s'occupa des affaires intérieures de son église et convoqua une synode à Trêves. C'est aussi de celte époque que date la fondation du chapitre de Notre-Dame à Ober-Wesel, la réunion des sept princes-électeurs à Reiose , en faveur de l'empereur Louis contre le Pape, le voyage d'Edouard, roi d'Angleterre à Trêves et l'engagement de sa couronne entre les mains de Baudouin (1339), et finalement l'hommage des comtes de Sayn.
Peu de temps après il entra de nouveau en guerre avec les comtes sauvages, Wildgrafen, et le duc de Lorraine, guerre qu'il conduisit et termina avec son bonheur ordinaire et entièrement à son avantage. Il conclut en outre avec le roi de France un traité qui ne laissa pas que de tourner à son honneur et à son proût.
En l'année 1344 il lit, comme nous l'avons déjà dit, construire le grand pont de Coblence , monument gigantesque qui subsiste encore de nos jours ; et il acquit pour son diocèse la ville de Limbourg avec sa banlieue, au-delà du Rhin. Lorsque Louis de Bavière fut mis au ban, Baudouin se vil, par obéissance, obligé de retirer son amitié à ce prince ; et, en homme franc il eut le courage de le lui mander en lui expliquant les motifs de sa conduite et eu lui témoignant la douleur que lui causait celte dure nécessité. Il parvint ensuite, en 1346, à faire élire à Reinse, son petit neveu, Charles de Luxembourg et du Bohême en qualité d'Empereur. Ce prince, le quatrième empereur de son nom, fut sacré et couronné à Bonn, et Baudouin obtint en récompense de ce succès la concession de nouvelles terres pour son archevêché.
Au décès de l'empereur Louis de Bavière, Charles IV ne réunissait pas encore les voix de tous les électeurs. Baudouin fut en conséquence nommé protecteur de l'Empire et agit puissamment en cette qualité contre Gonthier de Schwarlibourg, compétiteur de son petit-neveu: cette circonstance lui procura plus que jamais l'occasion d'étendre ses possessions.
Baudouin eut la faiblesse de tolérer les excès des flagellans ; mais en revanche il prit les juifs sous sa protection contre les habitants de Boppard et d'Ober-Wesel qui leur faisaient souffrir les cruautés les plus indignes. La ville de Trêves se fondant sur l'appui de quelques seigneurs puissants auxquels elle avait accordé le droit de bourgeoisie , faisait sur ces entrefaites mine de recommencer à remuer; mais Baudouin finit par la remettre à la raison.
Comme il se sentait vieillir au milieu de cette vie d'agitation, notre prélat commença à apprécier le néant des grandeurs d'ici-bas; et désirant après de si longues fatigues, après tant et de si importants événements dont il avait été un des principaux acleurs, jouir de quelque repos pendant lequel il pût se rapprocher de son Dieu par la méditation, il fit en 1350 la paix avec tous ses ennemis, nomma un administrateur pour les affaires de son diocèse , se relira à la Chartreuse qu'il avait fondée en 1331 près de Trêves et se soumit à toutes les exigences de la règle de cet Ordre austère. Cependant, comme dil le proverbe : le lion quoique devenu vieux reste toujours lion. Jacques, Seigneur de Monclair, Kheingrafenstein et Eildingen avait promis aux Trévirois mécontents de se mettre à leur tête avec son fils contre leur archevêque. Le projet s'en étant ébruité, Baudouin se fil saisir de la personne du vieux seigneur de Monclair et ne le relâcha qu'à l'instante prière de ses amis et sous bonne caution. Son fils au contraire se mit à parcourir l'archevêché avec ses soudards , incendiant et pillant tout ce qu'il rencontrait sur son passage : ces événements se passaient au cœur de l'hiver de l'année 1350, el Baudouin se donnait l'air de n'y point faire attention lorsque à l'approche du printemps il quitta lout à coup la Chartreuse, se mit en campagne comme d'habitude et marcha droit contre la forteresse de Monclair sur la Sarre, accompagné d'un attirail de siège au grand complet. La garnison du château se défendit avec courage et parvint même à repousser les assaillants. Le comman-
dant de ces derniers, Hartard de Schœneckeo perdit même la vie pendant uoe sortie, accablé qu'il se trouva par les pierres qui pleuvaient sur lui, percé de flèches et étouffé par la chaleur de l'air ainsi que par le poids de son armure. Baudouin fit porter avec la plus grande pompe la dépouille mortelle de ce vaillant guerrier à l'église de St. Matbias près de Trêves où il célébra lui-même des obsèques solennelles à son intention. 11 courut de là à Coblence où il se bâta de terminer quelques négociations touchant Sayn et Berg; et l'on était loin d'attendre son retour lorsque déjà il reparut devant Monclair, déterminé à prendre la place à tout prix. Comme il voyait bien qu'il n'y réussirait pas par la force, il résolut d'employer la ruse : il y avait là un roc inaccessible, forti6é en partie au moyen d'un mur flanqué de tours. Un sentier étroit y conduisait et on ne pouvait penser à enlever le château qu'après avoir forcé cette position. Cependant la force ouverte devenait impuissante pour y parvenir. Baudouin fit en conséquence enduire de poix, de soufre et d'autres matières inflammables des troues d'arbre et de grosses poutres ; puis il ordonna de miner le roc en ayant soin de faire étançonner la voûte de la' mine au moyen de ces poutres goudronnées. Lorsque le tout fut percé il fit mettre le feu aux élançons qui, par l'effet de leur combustion laissèrent crouler le rocher entier avec ses murs d'enceinte et ses tours crénelées, de manière que le plateau situé en avant du castel fut rendu abordable ; et, ce qu'il y avait de plus, la seule source d'eau qui servait aux assiégés se trouva détournée par l'effet de la commotion produite par la chute du roc dont il vient d'être parlé. La garnison se voyant de cette manière entièrement privée d'eau, résolut de tout tenter pour reprendre la fontaine qui avait commencé à couler dans un fossé placé entre deux rochers très élevés et dont l'un se trouvait occupé par les gens de l'archevêque. L'entreprise était très difficile et il ne pouvait venir à l'idée à personne de croire
que quelqu'un eût été assez osé pour s'aventurer à descendre du haut de l'autre rocher taillé à pic et à la vue des sentinelles ennemies, lorsque les assiégés tournèrent la difficulté en entreprenant de creuser un canal souterrain jusqu'à la fontaine et à reprendre ainsi l'eau, au grand étonnement des chefs de l'armée de Baudouin qui se virent par là obligés de recommencer les escarmouches pour soutenir de nouveaux et de périlleux travaux afin de s'emparer de nouveau de la source, en amont du canal dont il vient d'être question. Us y parvinrent enfin, et la garnison se vit encore une fois réduite aux abois par la disette absolue d'eau. Malgré tout cela on ne songeait pas au château à se rendre, lorsque Baudouin imagina de faire élever un gibet sur un rocher à pic placé en avant du château et à la vue de tous, pour indiquer qu'il n'y aurait pas de pardon à espérer si la résistance se prolongeait. La garnison terrifiée à cette vue perdit courage et capitula, parce que tout le monde connaissait la fermeté de l'archevêque : le vainqueur permit aux soldats de se retirer , chacun avec ce qu'il pourrait emporter.
L'archevêque entra en triomphe dans cette forteresse dont le siège lui avait coûté plus de temps et de peines qu'aucune de ses guerres précédentes. 11 y célébra joyeusement les fêtes de Noël et y chanta la messe en grande pompe. Après cela il ordonna de détruire le manoir de fond en comble et fit élever en face de l'emplacement qu'il avait occupé un fort nouveau qu'il dénomma Sarrenstein. En mémoire de sa conquête, Baudouin fit transporter la porte du castel de Monclair dans son palais à Trêves où elle subsistait encore plus de deux siècles plus tard.
Non content de ce succès, l'archevêque voulut punir ceux de ses vassaux qui lui avaient refusé leur concours dans cette circonstance : Ainsi Marie, duchesse douairière de Lorraine fut obligée de lui payer une forte somme d'argent. D'une autre part, Henri Bayer, de l'ancienne et
illustre maison de Boppard avait, de concert avec ses fils , occupé le château de Sternberg et refusait d'en faire hommage. Baudouin le condamna pour ce fait à une amende de vingt-sept mille marcs d'argent et en outre le déclara déchu de la possession du dit castel. Sur ce la famille Bayer courut aux armes atin de s'y maintenir; mais la querelle fut tout d'abord assoupie par l'entremise de Robert comte palatin, à la condition que l'archevêque resterait, comme auparavant, Seigneur suzerain du manoir en litige.
Les contrées du Rhin et de la Moselle se trouvaient à cette époque de triste mémoire et malgré les efforts de Baudouin, travaillées par des querelles armées, apparemment parce que les nobles, enfermés dans leurs donjons ne craignaient plus ce grand prince autant que pendant ses jeunes années et alors qu'il était dans toute la force de l'âge. En effet, les seigneurs de l'Eiffel et des environs de la Lahn avaient recommencé leurs pillages et leurs rapines. Cet état des choses était même arrivé à un point tel que les voyageurs et les commerçants n'étaient plus en sûreté sur aucune route, parce qu'ils avaient à chaque pas à craindre la rencontre de l'un ou de l'autre de ces dynastes, brigands et voleurs de grand chemin, qui jour et nuit battaient la campagne, détroussant indistinctement tous les passants. Baudouin s'était bien chargé au nom de l'empereur Charles IV, de proléger le Landfriedcn ; il avait bien établi à Coblence une cour de justice qui s'assemblait quatre fois par an pour juger et punir toutes les infractions à la paix publique ; et plusieurs princes voisins, de même que les comtes de Julicrs et de Berg étaient entrés dans cette confédération.
Mais les nobles, d'accord avec les bourgeois de Trêves ne se laissèrent pas intimider par ces mesures de rigueur parce qu'ils croyaient que ce n'étaient que des menaces faites en l'air et continuèrent leurs rapines jusqu'à ce que l'archevêque se crut en devoir de marcher contre eux : il prit leurs manoirs et leurs repaires et
les détruisit de fond en comble. Il passa ensuite rapidement le Rhin et vint camper devant les forts de Sasroth à son approche : Ces châteaux furent rasés. Oc là il marcha sur Elkershausen , que l'art et la nature avaieut rendu imprenable. Il s'en empara par ruse, comme il l'avait fait à Burg et à Monclair. Comme là il avait fait dresser une potence devant la place, menaçant d'y faire pendre la garnison entière si elle faisait la moindre résistance. Cette dernière, craignant que l'effet ne suivit la menace, consentit à capituler moyennant qu'on lui accordât la liberté de se retirer saine et sauve : le fort fut réduit en cendres et les murs détruits de fond en comble, de manière qu'il ne resta pas une pierre sur l'autre. Pendant que Baudouin était occupé à ces expéditions, Réoier, comte de Westerbourg retenait en prison à Hachenbourg un grand ami de l'archevêque. Dès que ce dernier eut enlevé Elkershausen il marcha contre cette ville et la força de relâcher le prisonnier.
L'empereur avait sur ces entrefaites envoyé des troupes de Bohême au secours du roi de France : elles traversaient tranquillement et sans défiance l'Electoral de Trêves, lorsqu'un vassal de Baudouin, Gérard de Schœneckeo , vint inopinément fondre sur elles, non loin de la capitale et pendant le Landfrieden , leur enleva leurs bagages et en emmena une partie en prison dans son château de Liesheim. Le vieux Baudouin, irrité de cet acte de félonie, accourut contre Liesheim qu'il emporta d'emblée et le détruisit après avoir rendu les prisonniers à la liberté. De là il marcha contre le fort de Gérolstein (1353) que cependant il ne parvint pas à enlever à cause des grandes chaleurs de l'été et du manque absolu d'eau.
Dans ces temps Horissait Gcrlac , chevalier baron de Brunshorn. Il habitait le chàteau-fort de Beilslein et n'avait pas d'enfants. Baudouin sut obtenir de l'empereur qu'au décès de ce seigneur ses riches possessions , qui s'entendaient sur les deux rives de la Moselle et que l'on
ne pouvait embrasser de l'œil qu'en partie lorsqu'on se trouvait placé sur les crénaux du vénérable manoir de Beilstein dont les mines commandent encore aujourd'hui le respect ; que ces riches possessions disonsnous , reviendraient à l'archevêché de Trêves : ce qui eut lieu. Ces flefs entrèrent plus tard, à charge de foi et hommage, dans la puissante maison de Wiunenberg qui habitait le castel de son nom et dont les ruines subsistent près de Cocbem : Conon- Gerlac fut le premier seigneur qui se dénomma de Wionenberg-Beilslein. 11 est un des aïeux du prince de Metternich-Winneuberg, ce fameux ministre autrichien sur lequel l'histoire contemporaine trouvera tant de faits à rapporter.
Baudouin parut pour la dernière (ois, et dans toute sa gloire, à la diète de Mayence, en 1353. La veille de \oêl il y célébra les vêpres dans la cathédrale, en présence de l'empereur et d'une nombreuse assemblée de princes ; le lendemain il chanta les matines et la première messe dans la chapelle du palais et donna la communion à l'empereur. A cette occasion il sut demander et obtenir pour les archevêques de Trêves de nouvelles et importantes prérogatives, telles que la confirmation de la charge d'archi- chancelier pour le royaume d'Arles, qui lui avait été conférée personnellement en 1318 , ainsi que le droit de voter le premier dans les assemblées des princes-électeurs.
Il revint à Trêves vers la rai-janvier 1354; et, se sentant affaiblir de plus en plus il demanda les sacrements de l'Eglise qu'il reçut avec une grande dévotion. Il mourut le jour de Sainte-Agnès, le 21 janvier, d'autres écrivent le 18 de la même année, dans la soirée, à l'âge de soixante-neuf ans.
L'Empereur Charles IV et un grand nombre de princes de l'Empire vinrent assister à ses obsèques. Il fut inhumé dans sa cathédrale , au chœur de l'église ou chapelle de St. Nicolas où on lui avait élevé un monument portant Pépitaphe suivante :
Hit Baldewinut jaeet Antistes Treveri-
[nus,
Magnifiais, j tutus , patriœ lux, mente
[venustus.
Lutzlunburch nalut.- septeni déni que gratus Cœsaris Henrici germanus jurit amici.
Utilis Ecclesiœ pater hujus, dote tophiœ Quant bene respexit, augens per multaque
[rexit
Sex quadraginta fere simul annis, queis
[$ibi vere
(iuerra fréquent crevit graviter, quia raro
[quievit
Vincere prœdonet , et castra per obtidiones. Anno milleno C. ter L. I. ter, duodeno Carne Kalendarum fuitexutus Februarutn, Quem pie rex Christe clementer ad eethera
[siste.
Amen.
Il avait fondé des anniversaires dans les principales églises de Trêves, de Mayence et de Spire, et il perpétua le souvenir de son nom en le donnant à trois châteaux construits par lui , savoir : celui de Baldeneck , celui de Baldeneh et celui de Baldenstein. 11 avait gouverné l'église de Trêves peudant quarante-six ans, six semaines et quatre jours. Savant lui-même il honora constamment les sciences et les savants ; il a composé plusieurs ouvrages, entr'autres une apologie de V Empereur Henri, son frère. Ce grand prélat sut toujours par ses libéralités réunir autour de lui les hommes les plus instruits de son époque et il aimait à s'entretenir avec eux.
Pendant sa retraite à la silencieuse et frugale Chartreuse , il s'efforçait par ses prières et ses méditations à s'élever audelà de la sphère terrestre pour s'unir plus étroitement à celui devant qui toutes les grandeurs mondaines ne sont que poussière et vanité. Il y surpassait les autres religieux dans la ponctuelle observance de la règle, surtout pendant les oITlces de nuit auxquels il se rendait toujours le premier.
L'archevêque Baudouin a encore écrit:
2°, le Bréviaire qui encore aujourd'hui
est en nsage dans le diocèse de Trêves ; 5° Un recueil des Statuts du Concile provincial de Trêves tenu en 1310 et auxquels il en ajouta d'autres en 1337 et en 1344; 4 ' Il arrangea de même le rituel de son église. Il disait la messe régulièrement tous les jours et donnait de ses mains la communion aux chartreux pendant les fêtes à ce désignées.
Lorsque pendant les premières années de son épiscopat il eut remarqué que la discipline ecclésiastique s'était scandaleusement relâchée au point que les prêtres menaient une vie dissolue et ne visaient qu'à amasser des trésors et des biens terrestres, il convoqua à Trêves ce Concile provincial qui devint si célèbre et auquel il présida en personne : Les cent quinze canons ou décisions disciplinaires qui y furent décrétés , constituent le monument le plus remarquable de son époque et mériteraient bien d'être réimprimés dans leur langue originale , parce qu'un grand nombre d'entre ces règles renferment des dispositions qui trouveraient leur application encore aujourd'hui.
Baudouin n'eut pas moins à cœur la justice et le maintien de la paix publique. Pour les abus contre lesquels l'Empereur ne pouvait ou ne voulait peut-être pas apporter de remède , il en faisait son affaire en punissant les nobles qui se livraient aux rapines , détruisant leurs castels et leurs repaires. Son amour pour la justice enlr'autres , était porté a l'extrême, puisqu'il n'épargna pas, dit-on, son propre frère dans une circonstance de ce genre : il avait un demi-frère qui venait de tuer sa femme dans l'espoir d'en épouser une autre qui lui paraissait faire un parti plus avantageux. En apprenant ce crime, Baudouin doit s'être écrié: soit répandu à son tour le sang de celui qui a répandu du sang ! et l'avoir condamné à être roué vif. D'un autre côté Frédéric, seigneur de Neumagen avait entravé la navigation sur la Moselle en dévalisant des marchands. Ce seigneur se trouvait à Trêves lorsque le fait arriva à la connaissance
de Baudouin qui le força à restituer son vol avant même de quitter la ville.
Notre prélat écoutait avec bonté les plaintes fondées, protégeait les pauvres et était constamment affable sans cependant oublier son caractère. Personne ne fut jamais plus Adèle à la parole donnée et il avait le talent d'être généreux avec discernement. Pendant une disette entre autres , il fit ouvrir ses greniers et distribua ses provisions gratuitement, sous la seule condition que , à la récolte suivante chacun restituerait en nature ce qu'il avait reçu , mais en ne le prenant que sur son superflu.
Comme il appréciait l'importance des titres anciens il fit faire plusieurs copies de ceux de son église et il en fit déposer une à la cathédrale , une seconde au palais et la troisième aux archives de la justice. Si dans le cours de sa vie il se distingua comme un guerrier plein décourage, il n'en a pas moins montré en plus d'une, circonstance qu'il ne faisait pas la guerre uniquement par amour pour la guerre , bien que parfois chez lui comme chez tant d'autres princes , même parmi les mieux intentionnés, le bonheur et certaine propension pour les armes semblent avoir fait entreprendre des courses sans besoin pressant; ce qui a fait dire de lui qu'il n'a pas toujours bien saisi la différence qu'il faut admettre entre la force brutale et le bon droit, comme cela était du reste de mode de son temps. Sa réputation serait restée plus pure aussi s'il n'avait pas constamment usé de ses conquêtes pour agrandir son diocèse ou sa propre puissance: Ainsi, on pourra toujours conserver des doutes sur ses véritables intentions lorsqu'il poursuivait avec tant d'acharnement les nobles qui se rendaient coupables de pillage.
Son extérieur était majestueux : de taille moyenne, avec des traits réguliers et le port digne, il avait la figure pleine et belle; ses cheveux et sa barbe étaient d'une teinte blonde-roussâtrç et crépus.
Son front haut et ouvert dénotait chez lui
nu jugement sain et pénétrant. Il avait l'œil clair et brillant mais myope , défaut qu'il partageait avec la Maison de Luxembourg toute entière. Ses épaules larges, sa poitrine bien Toûtée et ses membres mnsculeux montraient sa force physique et son adresse : On raconte en eflet de lui que, un jour pendant sa jeunesse , un cavalier qui voulait le courir sus, fut renversé par lui avec son coursier. Finalement il conserva , même pendant les dernières années de sa vie un extérieur respectable et plein de dignité.
L'archevêque Baudouin est le fondateur du collège des Princes-Electeurs a Reinse: cependant ce ne fut qu'en 1314 qu'il commença à prendre le titre d'Electeur dans un acte public. Pour résumer enûn son éloge en peu de mots , nous dirons : De tous les prélats qui ont gouverné l'église de Trêves il n'en est point dont cette église ait eu lieu d'être plus fière, ni qui puisse lui être comparé.
Viri iltaitret, I, N° 17 et II , 131.— D. Caïu-rr, Bibliothèque Lorraîae; et Hiatuire de famine , II . 10 1 *o9S| III, p**sim.-- M»Rdum Cbroaicoa Beljjicaru , 28tt -Bmtcl*. 44 et 130.-BaarMi.Kr. I. P.J. V; V, 344 h 409; VI. 13 à 346. -M4«a», 80S 4 336. — (iVita naldrvioi, dani Geata TreTiroraaa, II, 184 ad 371 ; Aaootat. 11 ad 18.— Baowaa, H, 188 ad 888.— Aa Hooratia, Hiator. Trerir. dtploaa. 11,8, 9. 18. 38, a. 117. ISS, 134. 1S8. 136, 134, 136, UOS, 886; III. 986 ad 998: et Prodraaaos Oitt Trrvir. 816 aq«|. ; 1077. 1 197. — Moaaai , Supplément, I, ((71. — Rbriniicbc* CunTcrsations-Leiicon j «dit. de 18S4i article Balduia, II, 76 aajq;.- B*araoLa , Der Rceoiersug Kceaig Urinriebt t«b Litxelbnrg; paaeim.— Piaaatr, I, LV1II.— Maariaa, The- •aonu aorua, 338, açjq. — Faaaa , Familia auguita Lntzcnbargeaat*} palliai.
Loxbmbodrg, Bernard de; v. BER- NARD de Strasten.
LUXEMBOURG , Charles de, ou de Bohême, fils aîné de Jean, comte de Luxembourg et roi de Bohème , et d'Elisabeth héritière de ce trône , sa première femme, est plus particulièrement connu dans l'histoire sons le nom de Charles IV, empereur d'Allemagne.
Ce prince , quoique appartenant au Luxembourg par sa filiation , ne devrait
peut-être pas être mentionné dans cet ouvrage parce que nous avons adopté pour principe de ne pas y comprendre la Biographie des dynastes qui y ont réçné souverainement sur le Pays , vu que pour écrire ces Biographies il faudrait faire l'Histoire entière du Duché. Mais pour donner dans son entier le manuscrit des Viri illustres il a fallu l'y placer. Voici en effet ce que dit de ce personnage l'auteur de l'opuscule que nous venons de citer: « 1347. Carolus IV Impcrator « Joannis Régis Bohemia? Comilis Lucel- « burgensis lilius , Junior adhuc domuit « urbes Italien loco palris , Ca?sar Romam « asseruit a servitute in libertatcm , fre- « git Eberhardum Comitcm Virtembergi- «ura. * (11, N* 133).
Nous n'entrerons pas dans de longs détails sur la vie de ce prince comme Empereur ni comme roi de Bohême. 11 naquit à Prague, le 14 mai 1316, et reçut au Baptême le nom de Wenceslas, en souvenir de son grand-père maternel.
En 1323 son père l'envoya en France, à la cour de Charles IV , pour y recevoir une éducation très-soignée. Ce fut là qu'il reçut des mains du Pape Jean XXI le sacrement de confirmation et qu'il changea son nom en celui de Charles , en mémoire du roi qui avait été son parrain à cette cérémonie. Rien ne fut négligé pour son instruction, aussi parvint-il à connaître parfaitement, outre la langue bohémienne , le latin , le français , l'allemand et l'italien , comme il nons l'apprend luimême dans un ouvrage que nons avons de loi et dont nous parlerons dans cet article. Plusieurs historiens assurent en outre qu'il possédait également bien les idiomes qui dérivent des langues que nons venons d'énumérer. Les autres connaissances humaines , qui ne formaient alors qu'un simple accessoire des études linguistiques, n'avaient pas non plus été négligées et il y avait fait de grands progrès qui, joints à un naturel avantageux, avaient fait de lui un des princes les plus doctes de son siècle.
Après un séjour d'environ sept ans en France il retourna en Bohême (1330) , rappelé* par son père pour l'envoyer en Italie. En 1346 il fut élu roi des Romains cl prit le nom de Charles IV. Il fut sacré Empereur à Rome , en 1355. Tout le monde sait qu'il avait assisté à la bataille de Crécy , le 26 août 1346 et qu'il y avait reçu trois blessures.
Charles IV aimait et cultivait les lettres. Il a composé des mémoires sur sa tie, qu'il destina à ses fils ; ouvrage grave et d'un bon style latin , que Freher a publié dans le Recueil des Historiens de Bohême, lia aussi écrit des Apophtlicgmes que Le Poggc a recueillis et qtie le même Freher a publiés dans le livre que nous venons de citer. Il travailla également à des Commentaires sur les Evangiles: mais il parait que cette dernière composition est perdue. Comme Empereur il publia la fameuse Constitution de l'Empire, connue sous le nom de Bulle d'or, à cause du sceau gravé sur ce métal qui y était attaché. Cet acte , dont une partie fut promulguée pendant la diète de Nûrenbcrg en 1356, ensuite complété à Metz aux fêles de Nofil de la même année , constitua pendant plusieurs siècles la loi de l'Empire. Rédigée par Barlhold , cette chartre se ressent du style de son époque par son mauvais latin. Elle a pour but de régler le cérémonial de l'élection des empereurs romains , leur cour, le nombre des électeurs fixé à sept à cause des sept dons du Saint-Esprit , des sept branches du chandelier de l'Apocalypse, etc. Elle commence par une apostrophe aux sept péchés capitaux; etc.
L'Histoire fait à la mémoire de l'Empereur Charles IV plusieurs reproches graves : elle l'accuse entre autres d'avoir été d'une âme faible, d'un esprit vain, d'un cœur intéressé et avide et très superstitieux de caractère , ayant fait enfermer dans un de ses châteaux de Bohème les trésors et les ornements impériaux, parce qu'un conte populaire prétendait que cette dignité serait conservée à sa famille tant
que ces objets seraient au pouvoir de cette dernière : Plein de celte croyance, il avait été jusqu'à faire graver les armes de Bohème sur le pommeau de l'épée de Charlemagne. On l'accusa encore d'avoir été absolument trop soumis aux exigences même les plus outrées de la Cour de Rome, ne s'étant jamais opposé aux pernicieux envahissements des Papes dans les affaires de l'Allemagne. On dit de plus que, comme il avait ruiné sa Maison pour obtenir l'Empire, il avait ensuite ruiné l'Empire pour remettre les siens : son fils Wenceslas n'avait que quinze ans lorsque, au moyen de cent mille ducats d'or qu'il paya à chacun des sept électeurs, il le fit proclamer roi des Romains. On sait le profit que Wenceslas a fait à l'Allemagne et à l'Empire !
Comme prince luxembourgeois, Charles IV doit être mentionné pour avoir, le 13 mars 1354, élevé ce Pays au rang de Duché et pour avoir par une autre bulle <f or (27 décembre 1357), décrété que les luxembourgeois n'étaient pas responsables pour les dettes de leurs princes. Le second de ces actes est un bienfait ; mais le premier, pris dans sa froide signification, devait élre indifférent au peuple, puisqu'il ne faisait qu'élever la maison régnante. D'un autre cOté, le Luxembourg eut sa part d'humiliations dans les largesses que coûtèrent les voix des électeurs pour faire parvenir ce prince à l'empire, puisqu'il fut le premier qui, à cette occasion, morcela le Pays pour en engager ou vendre les seigneuries frontières Sud-Est à l'archevêque Baudouin son grand-oncle , en assurance du payement des sommes que ce dernier lui avait avancées dans le but que nous venons d'indiquer, but qui pour avoir paru glorieux pour sa personne, n'en dut pas moins élre déplorable pour le Luxembourg qui se voyait ainsi déchiré en lambeaux et devenir la pâture de l'ambition d'un des rejetons de sa propre dynastie.
Charles IV mourut à Prague, le 20 ou le 29 novembre 1378, a l'âge de soixantetrois ans. Il fut enterré dans l'église de
St. Vith en cette Tille. Sa tombe porte encore aujourd'hui, assure- t-on, l'épitapbe suivante :
Anno M.CCC.LXXVUI. lertiâ kal. De-
[cembris
Quartus ego Carolus magnus quondam tre-
[mor orbis,
Ctesar et invictus, modo viclus morte, sub
[istd
Fossd tegor; Deus aime precor, mens astra
[subintrct.
Spiritus, o cuncti, pro me pia solvite vota, Quos moriens liqui, quos vivent opère fovi. Et sic anima ejus requiescal in sancld pace.
En 1361 il avait fondé l'Université de la ville de Prague , d'où est venu à cet établissement le nom de Caroline.
Ce prince fut marié quatre fois : a. avec Agnès ou Anne, fille de Rodolphe comte palatin, dont il n'eut pas d'enfants ; b. avec Blanche, fille de Charles de Valois; d'où quatre princesses ; c. avec Anne, fille de Henri II, duc de Schweidnitz, laquelle lui donna Wenceslas et Sigismond qui devinrent l'un et l'autre empereurs, et Jean, duc de Moravie ; d. enfin, avec Elisabeth, fille de Rodolphe duc de Stettin.
▼iri illustre*, IL N° ISS. — De Fuui, Dictioau. bistor. litt C — D. Cainit, Bibliolh Lorraine; et Catalogue des auteur» lorrains.— C1' ai Bkc-at-Litvae, Biographie liégeoise, I, 114, sq. — GcuiACai db Witmaia, Disqnisit anliquar. aislor. Losemborg.. Il , e. 6.— Moan, III , 42 -Pcuat, Gesehicbte der Btesaea, 2 vol. passim ; Gesekichte Kaiser Karl der fierté, Kttnigs in Bœhmen ; 2 vol — Facnta , Scriptores reruai geruiaoicarum.— Amtt Stlvics, Germa, nia ; et: de Bohesaarusn origine ne gratis Bistoria — BamraoLCT, VI , 187. sqqq. passisa t et VII. 1 ad 1 10, passisa. - Dcaa*vn<s Jo , Oi.oat-*i:*sis iriscoros , Ilistoria B«eaica — Cousu» . Encyclopédie modérât, V, 401 , sq- Biographie universelle, VIII, IU1 . sqq. — Nmiiab* , Les auteurs luienbourgeois, 8, sq.
LUXEMBOURG, Cikégondb </«, ou la sainte, était fille du comte Sigefroy le fondateur de la dynastie de Luxembourg. Sa mère se nommait Hedwig, Uedwidc ou Hadwige.
Cunégonde fut mariée vers l'année 1002 à Henri duc de Bavière qui venait d'être
élu empereur d'Allemagne au mois de juin de la mémo année, et avait pris le nom de Henri 11. 11 n'entre pas dans notre sujet de raconter comment l'époux de Cunégonde fut élevé à l'Empire. Après qu'il eut été solennellement couronné à Mayence le 7 juin, il convoqua à Mersebourg une diète à laquelle assista Rclhar évêque de Paderborn. Ce dernier ayant accompagné le monarque jusqu'à Gronau sur le Wéscr où Cunégonde vint rejoindre son époux, invita l'Empereur et l'Impératrice à visiter Paderborn. Ils y vinrent et Cunégonde y reçut la couronne à son tour, le 6 ou le 10 août, toujours de la même année : ce fut sans doute en souvenir de cet événement que Henri et Cunégoude montrèrent toujours une grande affection pour cette ville et qu'ils se plurent à y séjourner souvent. On rapporte même que pour mieux vaquer à leur dévotion aux heures canonicales, et afin de n'être pas aperçus du public dans ces exercices de piété, ils avaient fuit construire un chemin souterrain et secret conduisant du palais impérial jusque dans le monastère d'Abdinghof, et que de grand matin ils se rendaient par là et sans pompe aux offices religieux, donnant souvent des heures entières à la méditation et la prière.
En 1014 l'empereur se rendit à Rome avec Cunégonde et y fut couronué le 2i février, ainsi que l'impératrice, par le Pape Benoit VIII.
L'Histoire rapporte que dans la vue d'acquérir une plus grande perfection chrétienne, Henri et Cunégonde avaient, d'un commun accord , fait vœu de chasteté et de continence perpétuelle, vivant ensemble comme frère et sœur; et qu'un jour, vers 1017, des soupçons injustes s'étant élevés dans l'esprit de l'empereur louchant la vertu de son épouse , Cunégonde aurait offert de se justifier par l'épreuve du feu, comme cela était du reste de mode à cette époque. Que Henri y ayant consenti, elle aurait marché pieds nus et sans se brûler, sur des socs de charrue rougis au feu ou bien sur une barre de fer incandescente.
Que l'Empereur convaincu par là de l'innocence de son épouse et de sa pureté, lui aurait demandé pardon de l'offense qu'il lui avait laite en la soupçonnant coupable du crime d'adultère ; et que depuis ce jour le coople impérial aurait continué à vivre dans des exercices continuels d'une piété exemplaire.
Henri 11 mourut le 15 juillet 1024 a Gronau , à l'âge de 52 ans, et fut inhumé dans la cathédrale de Bamberg qu'il avait fondée en 1012 et dotée en grande partie , dit-on , avec les biens que l'impératrice lui avait apportés en mariage. Au lit de la mort il doit avoir remis cette princesse à sa famille en disant: Je vous la rends vierge et pure comme je l'ai reçue.
Dès qu'elle eut perdu son époux, Cunégonde se retira du monde et alla s'enfermer dans le monastère de Cauffungcn ou Capungen, près de Castel, qu'elle avait fondé et y prit le voile. Pendant quinze ans qu'elle vécut dans cette maison religieuse elle donna au monde le plus édiûant exemple d'austérité et de régularité. Après sa mort, arrivée le 3 mars 1039 ou 1040 suivant les légendes, son corps fut d'après ses ordres formels, transporté sans appareil à Bamberg et déposé dans le caveau impérial à côté de celui de l'empereur son époux. Tous deux y sont honorés comme saints : le pape Innocent 111 a d'ailleurs solennellement canonisé l'Empereur Henri II, en 1198 et en 1216 (non en 1145 comme quelques légendaires l'ont écrit), et l'Impératrice Cunégondc le 3 avril 1200. Le P.
Noël, rédemptoriste à Luxembourg, a donné une version de la bulle de canonisation.
L'église de Rome a fixé sa mémoire au 3 mars tandis que dans d'autres on la célèbre h d'autres jours : A Bamberg elle a même plusieurs fêtes.
BiBraoLKT, III, 54. 73 à 78— Moatai. III, 461. — D« Fst.ua, Dictioan. butor ; litt C— C" Bec aa- Likvaa, Biographie liégeoise, I, 4U.-Coaver*alion(- Leiican, 1824 III, 74» — Biaaaiatia* , Fleur» de la *ie de* Saint*. I, «38. — Martyrolopium •d 3 nart.— Soaiot et les Boiunbmtu, aa Smar».—
Goaaacaa». Vie* de* Saiati, II, 383 »«qq — Cavatm, Encyclopédie aioderae, VIII, 81.-T*ittb*i., De Viri* illiittriba* Ord. 8. Bened. , Ub. III , e «89. — Brograpbie nnivertellc , X , SUS. — Nom, Leben der heiligen Kunignnde von Luiembarg.
Loxemboobg, Dent* de; v. DENIS, dit de.
LUXEMBOURG, Henri db, èeéque de Liège, n'est plus à proprement parler un priuce luxembourgeois demandant une place dans cet ouvrage. Nous citerons d'abord l'article que l'auteur du manuscrit des Viri illustres lui a consacré, article qui nous a engagé à mentionner ce personnage : « Henricus Cornes Luxemburgen- «sis Episcopus Leodiensis S. R. J. P. Ul- « timus primorum comitum , maluit Deo « sacrificare quam illustrera Gentem suam « propagare. » Nous ajouterons que cette mention se trouve placée entre les années 1237 et 1312.
La généalogie que les auteurs fournissent pour la maison de Luxembourg pourrait faire croire que ce Henri ne serait qu'un personnage fabuleux : Et cependant Chapeauville , de même que Bcrtels le rappellent nominativement avec sa qualité d'évéque de Liège et de dernier mâle de la branche ainée de sa maison. L'assertiou de l'auteur des Viri illustres n'a donc pas été inventée par l'auteur de ce manuscrit. Il a fallu dès lors aller le chercher ailleurs que sur les tablettes établies par Bertholet et ses successeurs; et pour y parvenir, Bertels nous a fourni des données trèsprécieuses dans le passage suivant : « Fri- « dericus Gisberti, secundi ordine comitis « Luxemburgensis filius primogenitus, pa- « tris demortui primarios titulos , utpote « Luxemburgensem Comitatum assecutus, « Gerlrudem Gozelonis Gibberi , Ducis « Lotharingiae filiam sibi in uxorera ascivil, «atqoe ex ea filios suscepil Sigifridum, « Giselbertum, Henricum, ac filiam Erme- « sindam. Fuerunt isli Frederici filii ad- « modum nobiliter educati , et mollis «virlutibus evaserunt conspicui. Horum « Henricus ad régis Francis commenda- » tionem in episcopum Lbodibksem circa
« annum Domini 1046 vivente adhue paire « suo eleclus est, uti liquidum est ex cata- «logo Episcoporum prœlibaUe Ecclcsix, « sub his verbis : Henricus filias Frederici «Lotharingie Oucis. Nec vero movere v quemquam débet, eum non ûlium Lux- « eroburgensis comitis, eo loci appellari, <• id enim eo contingit , quod Fredericus «pater ejus non modo Luxcmburgensis « cornes , sed etiam Mosellanus in Lntba- « ringia dux ab imperalore pridem exliterat « constitutus : ex quo tanquara honoratiori « patris Utulo ipse Henricus episcopus «sibi cognomentum usurpabat. Hic autem « sua ecclesiœ regimen tempore kaud longo « tenuit , abreptus nimirum pramatura « morte ex hoc vita. In fata similiter ejus « duo germant fratret Sigifridus et Gisel- « bertus concessere juvenes , nullo post se «relicto hœrede. Unde aecidit ut prater « ipsorum sororem Ermesindam nulla Freuderico patri proies, et ex ejus corpore « hœres nemo residuus maneret masculini « sexûs. »
Ainsi pour revenir au personnage qui nous occupe , il ne faut pas aller le chercher dans la branche régnante de Luxembourg, mais bien dans la branche ainée de cette maison qui obtint dans les partages de famille de nos premiers dynastes des appanages plus riches et plus considérables que ne Tétait le domaine luxembourgeois. Or , nous avons va dans la généalogie de la Maison de Luxembourg que cette branche fut constituée par Frédéric, troisième fils de cet autre Frédéric , second dynaste de Luxembourg. Ce Frédéric , qui avait épousé d'abord Gerberge comtesse de Bouillon, ensuite Regelinde, était devenu duc de la Basse- Lotharingie. De la première de ces unions, à ce qu'il parait , advinrent Henri , dent il est ici question , pais Sigefroy et Giselbert, morts jeunes et sans alliance, ainsi que Jatte, nommée aussi Ermesinde ou Klisabeth.
Ce Henri , qui ne doit plus à proprement parler figurer parmi les princes Luxembourgeois du Luxembourg ; puisque
sa branche avait quitté ce pays depuis deux générations, passa sa jeunesse soit à Toul , soit à Verdun , résidence de son père que les Historiens liégeois dénomment même comte de Toul. Après avoir fait ses études il obtint les ordres et devint archidiacre de l'Eglise de Verdun , dignité qu'il occupait en 1075 lorsque Théoduin , 53e évéque de Liège vint à mourir. Le décès de ce prélat avait donné l'occasion a plusieurs ambitieux de se prononcer en manifestant le désir de lui succéder. Les choses traînaient en longueur et le chapitre ne pouvant tomber d'accord sur le choix d'un nouvel évéque députa vers l'empereur un abbé , du nom de Thierry , qui fut chargé de remettre au prince la crosse épiscopale en signe qu'on accepterait celui qui serait désigné par lui. Godefroidle-bossu , oncle de l'archidiacre de Verdun , sollicita sur ces entrefaites l'empereur par de si puissantes raisons qu'il parvint à l'engager à dénommer Henri à l'évéché vacant , à la grande stupéfaction de ses nombreux compétiteurs.
Le nouvel évéque fut reçu à Liège avec de grandes acclamations et se lit sacrer encore pendant la même année par l'archevêque de Cologne, son métropolitain.
L'évêque Henri, dit de Verdun par Dewez, de Toul par les historiens liégeois et de Luxembourg on de Lotharingie par l'auteur des Virî illustres , Bertels , Chapeauville , etc. fut à bon droit surnommé le pacifique ; car tous ses vœux comme tous ses efforts et ses sacrifices mêmes n'ont jamais tendu qu'a la paix.
Il vit avec une peine extrême la guerre qui s'alluma entre Godefroid de Bouillon (v. cet article dans l'Appendice) et l'évêque de Verdun , lequel dernier prétendait que Godefroid-le-Bossu , duc de Lothier avait enlevé par force le comté de Verdun à son église ; et qu'après la mort de ce duc ce comté devait lui être restitué. Godefroid de Bouillon soutenait au contraire que, comme neveu de Godefroidle-bossu , le comté lui appartenait en qualité d'héritier de son oncle.
Les deux parties en étaient déjà venues aux mains et des succès avaient été remportés de part et d'antre, lorsque l'évêque de Liège voulant prévenir les suites plus fâcheuses que cette lutte pouvait entraîner , conçut le louable projet de ménager un accomodement entre les contendants : il proposa en conséquence une entrevue à l'abbaye de St. Hubert; mais il ne put opérer entre le duc et l'évêque une réconciliation si parfaite qu'ils ne conservassent l'un contre l'autre une défiance cachée, jointe à un ressentiment secret. Le comte de Naraur qui s'était attaché à l'évéque de Verdun, voulut de son côté se mettre en mesure à tout événement:
il fit en conséquence fortifier le château de Mirwart, situé sur une hauteur à une lieue et demie de Saint-Hubert. Mais Henri , évéque de Liège , toujours porté à favoriser Godefroid, rompit les mesures d'Albert en achetant de Bichilde , comtesse de Hainaut , ce château avec toute la seigneurie qui en relevait ainsi que les terres de Bras et de Grupont ; il ajouta aussi de nouveaux ouvrages au castel et permit à l'abbé de St. Hubert qu'il estimait beaucoup, d'ériger dans le manoir même un petit cloitre dédié à St. Michel , lequel fut occupé par ses religieux ; il confia enfin à l'abbé le gouvernement de la forteresse.
Ce fut aussi du temps de l'évêque Henri qu'on institua le tribunal de paix pour mettre fin aux petites guerres entre les seigneurs, commencées souvent pour les motifs les plus frivoles, ainsi qu'aux rapines si fréquentes à cette époque où il ne régnait de droit que celui du plus fort. Tous les principaux nobles, les comtes et les ducs adhérèrent aux statuts de cette institution si salutaire pour son époque. Le seul comte de Laroche refusa d'y souscrire et leva même dans sa terre une petite armée avec laquelle il osa résister à tous les confédérés. Il fut aisément et complètement mis en déroute ; mais cette défaite ne le déconcerta point : il s'enferma dans son château de Laroche qui était
très-fort et abondamment pourvu d'approvisionnements. L'ennemi vint en former le siège qui dura sept mois. Lorsque les vivres commencèrent à manquer, le comte imagina un stratagème pour donner le change aux assiégeants : il fit sortir du château un porc bien nourri, gros et gras. L'ennemi , qui s'en saisit , prit facilement le change , jugeant d'après l'embompoint de l'animal enlevé que les provisions des assiégés étaient encore en abondance ; il se trouvait d'ailleurs fatigué de ce siège qui durait depuis trop de temps , à une époque où l'on était habitué à n'avoir affaire qu'à de simples murailles ; et la pensée qu'il devait avoir d'être forcé à camper bien du temps encore avant de pouvoir conquérir la place par famine , le détermina à faire la paix et à se retirer. Le comté de Laroche ne fut donc pas compris dans la Trêve -de -Dieu ou le Tribunal-de-paix , car c'est bien sous ces deux noms que l'institution dont nous parlons est désignée par les chroniqueurs.
L'Evéque Henri de Luxembourg mourut le 2 novembre 1091 et fut inhumé dans l'église de Notre-Dame , à Huy.
Si nous avons consacré un article à ce personnage qui , nous le répétons , n'est plus luxembourgeois à nos yeux, ce ne fut que pour commenter le texte du manuscrit des Viri illustres que nous avons pris à tâche de reproduire absolument dans son entier dans notre ouvrage.
Tiri illactrea, I. N« 14 —Fut* , 8»nct« Legia Hamira Eccleaia; filia, live Hiitoria Eccleiiae Leodien- •U, 7H'2 , *<]qq. — FoCLioa, Hiatoria Leodimtia, I, '2ï'i, aqqq — Dtwna, Histoire du Pmja de Lirge.I, tf2, iqqq. -DtaTELi , édit. orig. SB, iq ; édit. Biib- ■ara et Micnii. iOtfB; 47, »q.; édit Anutclodam , 189. .q.
LUXE.MBOUBG , Henri, Comte de, soi-disant évéque de Metz , a obtenu de l'auteur du manuscrit des Viri illustres la mention suivante : « Henricus Cornes « Lucelburgensis Episcopus Metensis, aedi- « ficavit Basilicam Sancli Stepbani ibidem.»
Il y a évidemment ici confusion de noms en ce que l'on aura voulu écrire, Tiibode-
ricusou Thbodobiccs au lieu de Henricut; car il n'y a jamais eu sur le siège de Metz un prioce de la maison de Luxembourg du nom de Henri. Aussi l'acte môme qui est ici attribué à ce soi-disant Henri revient-il à Théodoric ou Thierry (mort en 1042) , fils du comte Sigefroy de Luxembourg , et que le même manuscrit avait déjà inscrit à la page précédente. Nous renvoyons ainsi le lecteur a l'article Luxembourg, Thierry ou Théodoric de y en faisant observer que , ayant pris l'engagement de donner dans son intégrité le manuscrit des Viri illustres nous ne nous sommes pas cru autorisé à supprimer ce passage bien qu'erroné , et que nous pensons ne pouvoir attribuer qu'à une erreur purement matérielle ou à une faute du copiste.
Viridlutm.l.NMl.
LUXEMBOURG, Hbnm dh, dit le jeune, était fils du comte Frédéric de Luxembourg et de Berthe , comtesse de Flandre f son épouse; conséquemment frère de Giselbert ou Gilbert qui obtint les possessions paternelles dans le Luxembourg , et d'Adalbéron qui fut évêque de Metz (v. son article). Quant à Henri, il reçut de l'Empereur Henri II son beaufrère le duché avec le titre de duc de Bavière , ce duché n'étant pas encore héréditaire, et succéda ainsi à Henri fils de l'empereur Conrad-le-Salique.
Ce personnage n'appartient que fort indirectement à la Biographie luxembourgeoise. Voici ce que le manuscrit des Viri illustres dit de lui: «1046. Henri- « eus de Luxemburgo Bavariae dux sub « Henrico III Imperatore militavitin Apula «contra Nortmaonos, ibidemque mor- « tu us. »
D'autres auteurs au contraire, tel que Herniann Contract le font mourir à Trêves en 1047. Ce qui paraît certain c'est qu'il reçut sa sépulture dans cette ville.
Viri illustre», II, K8 183.— F*ata. Faroilia aagu.lt LaccaaburgeusUi Tabula II , et pi(.tt, »q. probationum.
Luxembourg , Hbbman db, Comte de Salm; v. SALM, Herman, Comte de.
Luxembourg, Herman de; v. HERMAN, dit de Luxembourg, le frère.
LUXEMBOURG, Jban-Sobbslas db, n'appartient pas à la Biographie luxembourgeoise ; et si nous faisons mention de lui ce n'est que pour donner le manuscrit des Viri illustres dans son entier. Voici ce que l'auteur de cet ouvrage dit de ce personnage : « Joaones, aliter Soft beslaus de Locelburgo filius Joaonis Mar- « cbionis Moravia;, Nepos Joannis Régis « Bohemis , Comitis Lucelburgensis ex « Episcopo Olomucensi patriarcha aquilien- «sis S. R. I. Princeps. »
11 était fils de Jean-Henri, marquis de Moravie, qui lui-même l'était de Jean l'aveugle, roi de Bohême et comte de Luxembourg.
Viri Uluctrea, I, Ne 94.
LUXEMBOURG, Jean- Wences lot, ou plutôt simplement Jean, se disant de, n'appartient pas plus à la Biographie de ce pays que le personnage qui précède ; et l'article qui le concerne dans le manuscrit des Viri illustres offre même une variante très notable entre les copies des Bibliothèques de Luxembourg et de Trêves.
Voici la leçon de celle de Luxembourg : « 1398. Joannes Wenceslaus C. Ducis Lu- « ciliburgensis Filius ex episcopo Argeo- «toratensi Archiepiscopus Moguntinus S.
R. I. princeps Elector. » L'exemplaire de Trêves porte au contraire : Joannes Wenceslai C. Ducis Luciliburgensis Filius » etc. ; et ceci semble plus grammaticalement exact. En effet, vers cette époque vivait Wenceslas, dernier comte (C) et premier duc de Luxembourg; notre personnage devait donc être son fils. Mais Wenceslas I n'a pas eu d'enfant légitime de Marguerite duchesse de Brahant, son épouse. 11 s'agit par conséquent d'un fils naturel qui du reste est rappelé sur les tablettes généalogiques d'Abraham-Godefroid Faber, par Olivier Vredius, dans ses preuves pour
la généalogie de la maison de Flandres, et par beaucoup d'autres auteurs. Il était conséquemment né en Brabanl où son père résidait, n'ayant retenu que le nom de Luxembourg. Bertels qui fait de ce Jean un fils légitime du duc Wenceslas, ajoute qu'il mourut avant son père. Nous ne connaissons du reste aucune particularité sur le compte de ce prélat.
Viri illustre», I, N" SI— A. G. F*»aa, Fa ni il i a aui;n»ta Lueembarjjftuis , ex moaumenli* fide digai» demoMtrata; Tabula V. cl Probationes, 68. N° SI.- Oliv. Vacoioa, Probatiane* Ocuealogia; Conitum Fiaadreniium , P. I, ad Tab. X,p. 401 -Btiiui, Gl et ISO.
LUXEMBOURG, Rooolphb i»b, a obtenu dans le manuscrit des Viri illustres l'article qui suit: «1109. Rudolphus filius « Conradi Lucelburgensis , Monasterii Sti- « Vitonis Verduni Abbas. »
Ce personnage, vraisemblablement le plus jeune des fils de Conrad I, le premier des seigneurs du Luxembourg qui étendit son titre de comte sur cette terre , et de Clémence de Longwy, embrassa la carrière religieuse et entra d'abord à l'abbaye de St. Airy, puis dans celle de St. Vanne de Verdun, dont il fut élu le quatorzième abbé, vers l'année 1078. U parait que cet abbé, zélé partisan da Saint- Siège contre l'empereur Henri IV, eut à subir de ce chef bien des tracasseries de la part de Tbierry évêque de Verdun qui était attaché à l'empereur, puisque les annales nous apprennent que l'évêque le chassa de son monastère et le relégua dans le château de son père, à Luxembourg.
Ces faits se passèrent vers l'année 1081 ou 1082, pendant que le comte Conrad I était occupé à la construction de l'abbaye de Munster. Il chargea en conséquence son fils de présider à cette construction. Lorsque Rodolphe vit cet ouvrage achevé il se retira à l'abbaye de St. Bénigne de Dijon où il se trouvait lorsque le corps de son père, mort pendant son pèlerinage en Terre-Sainte, fut ramené à Luxembourg en 1086. Il y accourut pour rendre à l'auteur de ses jours les derniers devoirs
de la religion et de la tendresse filiale ; et la plaque eu plomb trouvée dans le tombeau de ce comte marque bien cette circonstance, puisqu'elle porte que l'inhumation du défunt a eu lieu par les propres mains de ses fils, parmi lesquels l'abbé Rodolphe est dénommé. Après cette cérémonie le prélat retourna à St. Bénigne où il resta avec ses autres religieux qui avaient été exilés comme lui, jusqu'à la mort de l'évêque en 1095. Le successeur de ce dernier se hâta de rappeler Rodolphe et les siens de l'exil et de les réintégrer. Depuis cette époque l'Histoire ne mentionne plus aucun fait particulier de l'abbé Rodolphe qui passa le reste de ses jours dans les exercices de la piété la plus austère et la plus exemplaire. Vers les derniers temps de sa vie il se retira au prieuré de Flavigny qui dépendait de son abbaye, aûn d'y être plus en repos. On croit qu'il mourut en 1099 ou 1100, en odeur de Sainteté.
D CUtatT, Uitt.de Larraiae, I, antè teitam . CC1V. — Faaaa, Faaiilia augntta Lneembarfeaaia . Tab. III.— UiaTBOLCT, HT, S81, aqq. et 507, aqqq. —Viri illuitrn, I. N* lO.-Tentea Ici llùtoirea du Paj« de Lnxcmboarg.
LUXEMBOURG , Théodoric ou Thierry de, a reçu cette courte mention de l'auteur du manuscrit des Viri illustres : « Theodericus cornes Luxemburg. Episcopus Metensis, S. R. I. Princeps. »
Théodoric de Luxembourg, qui était fils puîné du comte Sigefroy premier seigneur de Luxembourg et de la comtesse Hedwige, était apparemment chanoine de l'Eglise de Metz lorsqu'Adalbéron II , quarante-huitième évéque de ce diocèse vint à mourir après avoir résigné son évêché en faveur d'Adalbéron son neveu, fils de Théodoric, duc de Mosetlane ou de la Haute-Lorraine. Comme le jeune Adalbéron était encore très-loin d'avoir atteint l'âge canonique requis pour être sacré évêque , son père Théodoric chargea son parent Théodoric de Luxembourg, du soin de l'administration du temporel et du spirituel du diocèse.
Celui-ci ayant accepté cet office, s'appliqua d'abord à diriger les affaires avec uae extrême prudence et une grande sagacité, au point, dit Meurisse, que tous conçurent bientôt du regret de ce que lui-même ne fût pas évêque titulaire ; et qu'ils Gnircnt par lui proposer de se déclarer évêque. Quoiqu'il en soit, c'est-àdire que ces représentations lui eussent été faites réellement ou qu'il eût agi par l'impulsion de sa propre ambition , Théodoric finit par chasser le jeune Adalbéron son pupille, et à se dénommer évêque de Metz.
Vers la même époque l'empereur Henri II, qni avait épousé Cunégonde de Luxembourg, sœur deThéodoric, fonda révéché de Bamberg auquel il lit donation d'une grande partie des biens patrimoniaux de l'Impératrice qui, comme on sait, n'avait pas d'enfants parce qu'elle avait fait vœu de chasteté perpétuelle ainsi que l'empereur son époux. Les frères de Cunégonde qui voyaient par l'effet de cette donation échapper l'espoir de pouvoir rentrer un jour en possession de cet héritage , commencèrent d'abord à murmurer et passèrent ensuite à des hostilités ouvertes contre l'empereur leur beau-frère (v. l'art. Luxembourg, Adalbéron de , Prévôt de St. Paulin). Théodoric, évêque de Metz se joignit dans cette occurrence à ses autres frères; et, mettant sa confiance dans la valeur des messins , les appela aux armes , marcha contre le père du jeune Adalbéron qui voulait réintégrer celui-ci de force, le défit et l'emmena même prisonnier. L'empereur de son côté, voyant cet attentat de son beau-frère , leva incontinent une forte armée avec laquelle il vint mettre le siège devant la ville de Metz. Théodoric ne s'en émeut point ; il prend aussitôt la résolution de tenir tête aux troupes impériales, et, pour fournir aux frais de la guerre il engage hardiment toutes les terres de son évéché. Mais a la fin le jeune Adalbéron, au sujet duquel tant de sang était répandu, étant venu à mourir, la paix fut conclue à la condi-
tion que Théodoric conserverait Pévêché de Metz: cette paix, dit-on, se fit par la médiation de Héribcrt archevêque de Cologne.
Lorsque le calme fut revenu dans son diocèse , Théodoric s'occupa uniquement d'affaires religieuses et des soins qu'il devait à ses ouailles. 11 commença en 1020 la construction de sa cathédrale qu'il éleva jusqu'à la voûte et qu'il enrichit d'un bras de St. Etienne qu'il avait rapporté de Besançon.
Théodoric gouverna l'Eglise de Metz pendant quarante-deux ans , dont dix furent passés en guerre avec l'empereur son beau-frère. 11 mourut le 30 avril 1046 et fut inhumé dans sa cathédrale. Lorsqu'on ouvrit son tombeau en 1521 , on y trouva ses ossements avec une plaque en plomb, sur laquelle on lisait cette inscription :
//. Kal. May obiit Theodericus Junior Ecclesiœ Me tenais Episcopus.
Son monument funéraire portait l'épitaphe que. nous allons transcrire :
Lv Evesque Theoooriqce, ses b1eneaicts lui soient herite , Il print courage en telle ouise, Qu'il commença la grande bsgllse.
Et print cette dévotion, En l'an de l'incarnation Environ l'an mil et vingt ans, Fut commencé bn cetci an.
Et si donna la grande couronne Qui autour du Choeur environne.
Pour avoir mémoire de ly Il fut dessous ensevbly.
Mevbimb, Uutoirc <Jn Eveaqae* de Mets, 343, iqq<|. — Viri illantris, I. N° 6 -Bmtbout, II. P J. II; et III. 87, «0, »<f 80 OS. mj.— F»«e», Familia aupirta Loceaburgcaiii, Tab. I ; Probat S *<|. N« S -D. C*i- ■rr. Il ii t. de Lorraiae t ad annoa concerneatea — Ncvcs. Histoire du Pay» de Laiemboarg; maert.
Luxembourg, Walram de; v. WAL- RAM , dit de.
LUXEMBOURG, LA BRANCBB CADETTE DE LA MAISON DB LUXEMBOURG, dite: de
Luxembourg Ligny , ou de St. Pol, etc. ; v. ■'APPENDICE , aux mêmes mots.
MACHER , Willibrorde, né à Remich , le 19 février 1807 , était Gis aîné de Willibrorde Mâcher et d'Anne Françoise Hippert. Son père et son grand-père avaient été , comme lui , Bourgmestre de la ville de Bemicb où sa famille est depuis fort longtemps très-honorablement connue.
Vers 1819 Willibrorde Mâcher entra à l'athénée de Luxembourg oh il fit avec succès ses études de collège. Il alla ensuite à Liège entendre pendant deux ans les leçons de droit civil afin de se préparer au notariat auquel il se destinait.
De retour dans sa ville natale il commença son stage qu'il avait à peine achevé lorsque la révolution belge éclata à Bruxelles (1830). Attaché par conviction à la dynastie de Nassau-Orange il ne voulut point adopter les principes proclamés par le gouvernement provisoire de la Belgique. Cette résolution ne pouvait manquer de lui susciter de nombreux ennemis , surtout dans la basse classe de la société qui se laisse si facilement entraîner sans raisonner, par les prédications furibondes et les promesses impossibles à remplir des apôtres révolutionnaires.
Ce n'est pas que nous veuillions ici faire un reproche à l'un ou à l'autre des deux partis qui se trouvaient alors placés face à face ; mais nous pensons pouvoir flétrir avec raison cette prétention du plus fort qui entend assujettir les convictions du plus faible , comme si ces convictions ne devaient pas rester libres alors qu'elles n'ont pas dégénéré en passions capables de troubler l'ordre public. Et en effet, Mâcher ne tarda pas , lui et quelques autres notables de Remich qui partageaient sa foi politique, à se voir en butte à des persécutions incessantes qui allèrent jusqu'à se traduire en menaces d'assassi-
nat, et ces menaces furent même un moment très près d'être exécutées par une populace ignare et aveuglée par la passion. Afin d'échapper au danger , Mâcher crut prudent de s'expatrier pour quelque temps, et ce fut le moyen le plus prudent. Comme à son retour au foyer paternel après six mois d'absence , les affaires politiques n'avaient pas encore été arrangées , il fit son occupation unique de l'étude du droit , du notariat et des combinaisons mathématiques pour lesquelles dernières surtout il avait une prédilection toute particulière. De ces exercices naquit une invention qui promet , dit-on , de devenir d'une graude utilité pratique : Il composa plusieurs calculateurs, dont l'exactitude et l'ingénieuse combinaison semblent incontestables. Ce travail utile il l'avait communiqué à plusieurs de ses connaissances très-à-méme de l'apprécier , et toutes l'avaient fortement engagé à le publier.
Jean-Joseph Welter (v. son art.), notre célèbre chimiste luxembourgeois lui écrivit entr'autres peu de temps avant sa mort : « Je voudrais voir constater les progrès «de votre si utile, si simple, si ingéni- « euse et si heureuse invention. Je la crois « arrivée à toute la perfection dont elle est «susceptible puisque vous l'avez adaptée «à tous les cas applicables. Je vous con- «vie d'en hâter la publication. »
Nous ne savons pas si Mâcher a eu l'intention de donner cette œuvre au public; mais nous venons d'apprendre que sa famille se propose de le faire.
Ces travaux scientifiques l'occupèrent exclusivement, avons-nous dit, jusqu'à la reprise de possession par la Maison de Nassan-Orange du Luxembourg morcelé (1839); et par un de ses premiers actes, la nouvelle administration nomma
Willibrorde Mâcher aux fonctions de notaire à la résidence de Renoicb (31 jan- Tier 1340). Dans l'exercice de cet honorable ministère il sut constamment se faire aimer et considérer par ceux qui avaient des relations avec lui. L'aménité de son caractère, sou intégrité, son dévouement , ses connaissances étendues lui avaient acquis l'estime de tous , parce qu'en effet il fut toujours homme de bien.
Elu en 1848 membre de la Constituante, il (ut constamment compté parmi veux qui professaient les idées les plus saines et qui votaient dans le sens le plus libéral. Aux deux élections périodiques suivantes il fut chaque fois et à uoe très notable majorité, réélu membre de la législature ; et il ne démentit jamais ses principes. Aussi le peuple comme le gouvernement avaient-ils placé une confiance égale dans ses lumières , tellement que le premier l'envoya au conseil communal tandis que le second, par arrêtés des 22 janvier 1849 et 22 décembre 1854, le nomma aux fonctions de Bourgmestre de la ville de Remiuh.
Il faisait aussi partie de la Chambra des notaires de l'arrondissement de Luxembourg et avait été, en 1854 et 1856, désigné pour présider le conseil de milice du district de Grevenmacher. Finalement, la société archéologique du Grand-Duché l'avait inscrit sur le tableau de ses membres correspondants.
Comme notaire , nous l'avons dit , Mâcher s'est constamment distingué par sa probité et par ses connaissances; comme Bourgmestre de sa ville natale il a su rendre à celte commune des services réels ; comme député il figurait au nombre des membres les plus influents de la Chambre : Hemich lui doit , eotr'autres en grande partie sa rampe d'aecôtage, et le canton qu'il représentait tout ce qui pouvait être raisonnablement obtenu.
D'un autre coté , sa droiture , sa bonté, son intelligence lui avaient attiré la bienveillance du Souverain et celle de ses compatriotes. La considération dont il jouissait lui valurent différentes proposi-
tions flatteuses de la part du gouvernement, et en 1853 la confiance du Roi l'avait même appelé parmi les conseillers de la couronne: il n'a en effet dépendu que de lui de devenir administrateurgénéral; mais ses affaires privées et surtout sa modestie, peut-être d'autres sentiments encore qui ne peuvent d'ailleurs tourner qu'à son honneur, ne lui ont pas permis d'accepter ce poste éminent.
Tant de bienveillance de la part du Chef de l'Etat ne pouvait manquer d'attirer à Mâcher des distinctions honorables ; aussi Sa Majesté, voulant récompenser un de ses sujets qui lui étaient le plus sincèrement dévoués, venait-elle de le créer chevalier de Son Ordre de la Couronne de chêne au moment presque où une fièvre maligne l'enlevait à sa famille, à ses concitoyens, à ses nombreux amis et à son Pays : la croix d'honneur ne put plus qu'orner son cercueil.
A tous les titres que nous venons d'énumérer et qui rendent Mâcher digne de la considération de la postérité, nous nous croyons en devoir d'ajouter qu'il était attaché par amour et par conviction au culte de ses pères, qu'il avait infiniment à cœur la prospérité de l'enseignement public et faisait tous ses efforts pour trouver dans son rayon d'action , comme Bourgmestre et comme citoyen, les moyens les plus efficaces pour soulager les misères de l'indigence.
Marié en 1837 à demoiselle Marie-Joséphine Augustin, de la même ville, il avait eu la douleur de perdre sa jeune épouse qui, dit-on, avait été bien digne de lui par ses qualités du cœur et de l'esprit : Les pauvres de Remich honorent encore aujourd'hui sa mémoire en allant, depuis le printemps jusqu'en automne de chaque année, planter des (leurs sur sa tombe.
Willibrorde Mâcher est mort le 14 juillet 1856, à l'âge de 49 ans.
Soutenir* co»lrm|>«rains.— ItentrigncnienU fourni». — Cotaplcs-rcntlui de» miioni législative!, de 1648 i 185J -heajaarnaulsla Revue, oV» 1 7 et 27 juillet: Laieaibarger Wort fur W.hrhrit uod Rrchl. du W jailMielTriertchcZeitone, du lUaoàt l&tfu.
MiEYSZ, Jean-Pierre, est né vers 1754, à Strasbourg, d'un père originaire du village d'Olm, commune moderne de Kchlen.
Comme ses parents avaient peu de fortune ils voulurent lui faire apprendre le métier de tailleur d'habits que son père professait. Mais le jeune Mscysz témoigna contre ce projet un dégoût si décidé qu'il fallut y renoncer pour l'amener au monastère de Marientbal chez un parent qui était aumônier de ce prieuré, afin de lui faire donner les premiers éléments des humanités pour pouvoir être admis ensuite dans un collège ; mais encore le jeune homme se rebuta bientôt et manifesta le désir d'apprendre l'état de relieur de livres qu'il avait vu pratiquer par son parent. Celui-ci consentit à ce projet et le mit en apprentissage à Luxembourg. Quand Mxysz se crut assez avancé pour pouvoir se présenter dans un atelier il se mit à voyager' afin de se perfectionner : car il était jaloux d'apprendre parfaitement l'état qu'il s'était choisi. Dans ce but il parcourut successivement et dans l'intervalle de neuf ans les principales capitales de l'Europe et travailla plus ou moins longtemps à Strasbourg, à Prague, à Vienne, à Pesth et finalement à Paris où cependant il ne séjourna que quelques mois parce que le métier de relieur y était pratiqué par plusieurs classes différentes d'ouvriers : la tranche marbrée était faite par le peintre, les dorures par un doreur spécial, etc., lesquels partageaient ainsi entre eux les différentes parties du métier.
Voyant qu'il n'y avait pour lui rien à apprendre à Paris Ma?ysz revint à Luxembourg où il travailla d'abord pendant quelques années dans l'atelier de l'imprimeur Pierre Bruck. S'étant ainsi successivement et insensiblement procuré tous les outils nécessaires pour pouvoir exécuter les différentes parties de son état d'après les perfectionnements alors à la mode, il se maria et s'établit pour son propre compte.
Pour commencer il n'eut de pratiques que celles que Druck se voyait obligé de lui envoyer, faute d'avoir lui-même des
ouvriers assez habiles pour les satisfaire. Mais comme Mxysz se recommandait autant par la solidité que par l'élégance de ses reliures il eut bientôt acquis la confiance des couvents et du clergé, pour les missels et les livres de chœur en grandissime format; et la Bibliothèque de Luxembourg fournit des preuve» incontestables du talent de cet artiste qui fut le premier dans le pays qui connût et exécutât l'art de relieur avec une perfection qu'on n'avait jusque-là rencontrée chez aucun ouvrier luxembourgeois.
Quant aux ouvrages de luxe il n'y avait guère alors que les bréviaires ou les livres d'heures qui étaient reliés en maroquin rouge ou vert et dorés sur tranche : Maeysz excellait dans cette spécialité.
Animé par la plus louable ambition, il voulut par des espèces d'échantillon montrer ce qu'il serait bien capable d'exécuter s'il se trouvait des amateurs qui voulussent rémunérer son travail selon ses mérites. Dans cette intention il mettait tous les ans son luxe et épuisait les ressources de son art dans la reliure d'un certain nombre d'Almanachs du Pays, destinés à être offerts pour étrennes aux principaux personnages de la ville et du Duché ; mais il ne se présenta que très rarement des ouvrages hors-ligne à exécuter; et alors lui seul en était toujours chargé, parce que seul parmi les ouvriers de Luxembourg il était capable de les faire : ainsi ce fut à Mœysz qu'on s'adressa pour la reliure de l'acte de foi et hommage que les Trois-Etals rendirent à l'Empereur Joseph II. Cette exécution fut commandée en velours rouge avec dorures sur tranche ainsi que sur les couvercles. Il possédait seul alors à Luxembourg le secret d'appliquer la dorure sur le velours et son ouvrage a fait avec raison, dit-on; l'admiration de la Cour de Vienne et de tous les connaisseurs qui ont eu l'occasion de le voir.
Maeysz a donc mérité la place que nous lui donnons dans cet ouvrage : il a été , à proprement parler le premier qui à
Luxembourg et dans tout le Pays ait connu dans sa perfection le métier de relieur et qui l'ait professé dignement, joignant à l'amour pour l'état qu'il s'était choisi celui d'un travail assidu, afin de pouvoir honorablement entretenir sa famille qui se composait de cinq fila , dont le plus jeune seul a vécu.
Jean-Pierre Mœysz est mort à Luxembourg, le 11 janvier 1814, à l'âge de 60 ans , victime d'un sentiment d'humanité qui l'avait porté à ouvrir et à renouveler le pansement d'un soldat blessé dont les plaies n'avaient pas été visitées pendant quinze jours et chez lequel la gangrène s'était déclarée : Mœysz gagna cette terrible affection qui l'enleva au bont de peu de jours.
Note* communiquées par M. le Pnfeuemr Nabdb.
MAIER, Mathias, ainsi que son père, originaires d'Ecbternacb , vivaient pendant le dix-huitième siècle et s'acquièrent de la réputation comme sculpteurs.
Mollu, Sauertaal , 38.
MAISONNET , Pierre, est né le 15 octobre 1750, d'une famille bourgeoise de Luxembourg. Comme dès sa jeunesse il montrait des dispositions heureuses pour le dessin et la peinture , ses parents le mirent en apprentissage chez le frère Abraham (v. l'art. Gilson , Abraham) , d'Orval qui lui enseigna les premiers principes de son art. Quelques années plus tard il voulut aller visiter l'académie de Vienne où cependant il ne séjourna que peu de temps. De retour à Luxembourg vers 1780 , il eut l'honneur d'être admis à faire le portrait de l'empereur Joseph H à son passage en cette ville, le 31 mai 1781.
Maisonnet, qui n'était pas un talent transcendant , s'occupa pendant un assez grand nombre d'années à faire ou à retoucher des tableaux d'église et à peindre des ornements de salon ; il a aussi exécuté plusieurs petits paysages à la détrempe ; mais ses ouvrages sont peu esti-
més. Plus tard il fut appelé à succéder à M. Pioche comme professeur de dessin au collège de Luxembourg où y forma quelques bons élèves , entr'autres un de ses OU , Pierre-François Maisonnet qui fut à son tour professeur de dessin à Luxembourg , puis à Echternach ; mais qui n'a cependant , que nous sachions , laissé aucune œuvre de grande valeur : Il est décédé à Echternach, en juillet 1826.
Pierre Maisonnet, le père, mourut entre 1825 et 1830, ignoré et accablé de vieillesse.
Souvenirs contemporains. — Benseignemeats communiqués.
MALBERG, la famille de, dont le castel féodal se trouvait placé sur la Kyll, est éteinte. Elle formait une des plus anciennes maisons nobles du Luxembourg , portant : d'argent, à l'écusson de gueules; heaume couronné d'or; cimier: un chapeau rond en pointe , couvert de feuilles de laurier placées l'une sur l'autre, de sable, entre deux cornes adossées, l'une de gueules, l'autre d'argent. Les seigneurs de ce nom paraissent déjà dans l'histoire sous l'année 1052.
Bxascsj , EiJIia illustrais, I , pars altéra, 475, sqqq. — Uastscadci.-Bc>TnoLiT,III, 93; IV. 177. 885, «90 , 893 , 8*9 , 324; V, 881 ; VI, 43,378, sq. VII, 9, «81, 887. 481, 486; VIII, 174. -Pmssrr , III.— Notes d'études.
MALBEKG, Conon ou Cunon de, vivait pendant la seconde moitié du douzième et les premières années du treizième siècles. Suivant toute vraisemblance il était fils d'Adalbéron , seigneur de Malberg.
Nous le voyons compris parmi les témoins dans la ebartre de l'empereur Frédéric I, de l'année 1157, par laquelle ce prince ordonnait à l'archevêque de Trêves de restituer l'abbaye de St. Maximin. Les historiens s'accordent à dire que ce personnage passa une grande partie de sa vie dans le maniement des armes et les prouesses de la chevalerie parmi laquelle il s'acquit une grande réputation de valeur. Il avait plus de quarante ans lorsqu'il prit
la croix et fit le voyage d'outre mer pendant lequel les sentiments religieux prirent le dessus dans son âme ; car à son retour il entra à l'abbaye de Hemmerode où il passa les trois dernières années de sa vie dans les exercices de la piété la plus exemplaire. Les annales de cette maison rapportent que : un jour un seigneur de ses amis, nommé Henri d'Isembourg, ayant enlevé un étalon appartenant au monastère il fut envoyé pour le répéter; et que ce seigneur n'ayant pas écouté sa demande , Conon le cita dans un certain temps au jugement de Dieu , comme du reste cela était de mode alors. Que de retour à l'abbaye il avait dit a son abbé: J'ai pris la croix un vendredi, je me suis donné à vous dans ma chapelle un vendredi , j'ai reçu l'habit religieux un vendredi ; que me reste-t-il à faire sinon de mourir un vendredi? Et qu'en effet il est mort le vendredi suivant. On ajoute que lu seigneur qui avait volé le cheval , touché de répentir, le ramena nu-pieds au tombeau de Conon. Ces faits doivent s'être passés vers l'année 1202.
B«**ca, Eiflia illustrât*. I, p. altéra. 476.— t. 8tbabbm« , Metrop. Eeclea. Ti-erer 11,146, su,.— D. Catacr, Hi»t de Lorraine, H, 1 77. — Biiiiout , IV, 995.— Moaaai, Supplément, II, 445, »q — Pnun, III.-(Vote. détade.
MAMERANUS , Henri, est né pendant la première moitié du seizième siècle au village de Marner près de Luxembourg, non dans cette ville comme quelques auteurs l'ont erronément avancé :
11 prit même son nom de son endroit natal. Henri de Marner ou Mameranus , après avoir fait de bonnes études vers lesquelles le poussaient d'ailleurs ses dispositions naturelles, alla s'établir à Cologne où il se fit imprimeur et libraire. 11 s'occupa cependant également avec succès de poésie et de littérature. Voici ce que l'auteur du manuscrit des Viri illustres dit de lui : « 1560. Henricus Mammeranus prioris — « id est Nicolai — frater et ipse poeta lau- « reatus et philologus. »
Suivant M. Ulveling il serait mort en
1550. Mais nous avons encore de lui des ouvrages imprimés de son vivant et qui portent la date de 1550. Il est donc à croire que le milésime donné par les Viri illustres est celui de son décès.
Nous connaissons de Henri Mameranus les compositions suivantes: iQ Libellus de prisese moneUe supputatione ; Cologne, 1551.-2° Tractatus de causa calamitatum hujus tomporis ; Cologne , 1546. etc. Les titres des autres n'ont pas été découverts.
Swcarros, Atkea* Belgice, 535. - Wurnioi a WiLTana, Disqui*. antiquar. Histor. Luieasbrçais, II, c. 6. §. 5 — CooaTia , Encyclopédie moderae , litL M. — D. Caihit, Gatal.de* auteurs lorrains,— Ulviiihg, Sa- Viri illoatrea, III. N° SOI -Moaiai, Supplément, III, 879-V*lé.i Anaat . Bibliotbeca belgiea, 609.— Manuscrit* Clori*. — Uaatcana, Bibliotbeca colonies*!* , 540. — Biographie unirerseUe , XXVI, 495.-N«oa*»a, Le* auteurs luiembonrgeois , 16.
MAMERANUS, Nicolas, frère puîné de Henri qui précède , était originaire du même village et adopta pour les mêmes motifs le surnom de Mameranus. L'auteur du manuscrit des Viri illustres fait son éloge dans la phrase suivante : « Nicolaus «. Mammeranus ex pago hujus nominis urbi « Luxemburgensi proximo poeta laurea- « tus. »
Nicolas Mameranus avait fait ses études à Emmerich au duché de Clèves , chez les religieux Jéromites. Il était bon poë'te et excellent orateur, mais surtout militaire courageux. Il accompagna même à ses propres frais l'empereur Charles-Quint au siège d'Alger où il se distingua par son imperturbable sangfroid , comme le prouve une lettre qu'il adressa du camp même à Christophe de Schauwenbourg (v. son art.) , alors président du siège des nobles à Luxembourg. Il s'était du reste rendu agréable à l'empereur par sa belle humeur et «es bons mots. Cependant son esprit s'affaiblit sur la fin de sa vie ; et , après avoir diverti les princes par ses saillies il les amusa par ses extravagances: il se nommait la mamelle de Virgile et ne paraissait en public que couronné de lau-
rier , apparemment parce qu'il avait été proclamé prince de la poésie.
Nous n'avons pas découvert l'année exacte de son décès; cependant il vivait encore en 1564, mais il ne parait plus après 1570. Il a publié un grand nombre d'ouvrages dont nous allons donner les titres. Ce sont: i". Formata auspicandi ûniendique diem certisprecatiuncuUs; Antwerpiae, 1 553. — 2°. Liber de confessione priva tâ ad aures sacerdotis, 1546. — 5°. De veoatioue ; c'est un poème dans lequel tous les vers commencent par la lettre C. — 4°. Historia de Electione Caroli Quioti. — 5°. Liber de Bello saxonico. — 6°. Itcr Caesaris sexennale per Germaniam. — 7*.
Iter Caesaris ex f nferiore Germania ab anno 1545 usque Augustam Rcticam in Superiori Germania, anno 1547, quo usque singulis diebus et ad quot milliaria perrexerit; Colonise, apud Henricum Manieranum, 1 550. — S0. Liber de bello gallico. — 9". Commcntarii Rerum a Carolo V gestarum. — 10°. Epitome rerum gestarum Caroli V ad Philippum II. - 11°.
Catalogua expéditions Saxonicae. — 12*.
Catalogus aulx Caroli V et omnium Principum, Statuum , Ordinum lmperii, qui Comitiis augastanis interfuerunt, ad Philippum II; Colonise, apud Henricum Mamcranum, 1550. — 15°. Libellas investiture Maaritii Saxonis aliorumque Dominorum Augustae 24 febr. ao. D. 1548.— 14".
Descriptio urbiam Augustae et Wiltenbergae. — 15°. Catalogus expédition!» rebellium principum et civitatum Germaniae. — 16°. Catalogus omnium generalium, tribunorum, ducum, primorumque totius exercitus Caroli V. Imp. Aug. et Ferdioandi Régis Romanorum, super rebelles et inobedientes Germaniae quosdam Principes et Civitates, conscriptas anno 1546. — 17°. Libellus de mcmoria, ad versus cos, qui de scripto recitant leguntquc. — 18°. De Hyeme anni 1564. — 19°. Epistola de eo quod S. Petrus Romae fuerit. — 20". Carmen de: Bezo las Manos; Colonise, 1550. — 21*. Gratulatorium in Philippi Régis Hisp. in Belgium anno 1555 ad-
ventum. — 22°. Epithalamium nuptiarnm ejusdem cum Maria Regina Angliae. — 23". In ejusdem in Angliam adventuro. — 24". Epitbalamium in nuptiis Alexandri Farnesii , Parmae Principis. — 28* Sterna anno 1560. De asino S. Maximini Arcbiepiscopi Trevirensis, cum S. Marti no Arcbiepiscopo Turonensi Romam eunlis ab urso devorato. — 20°. Pascbasius de Sacramentis , a Mamerano emendatus , et epistola liminaris in Paschasium ad Adolphum Arcbiepiscopum Coloniensem. — 27". De nova navigalione urbis Braxellanae. 1562.
Swiitim , Atbenae Belgicae, 870, V*- Un , Bibliotbeca Bclgi«« — Wii.nti.nBt a Wiltbrj» , Diiqnisit. antiqnar. Ilittor. Lniembff» , II . c. 6 § 3. —Viri illustre* , III , N* 19U.— Note* coojnnaiqueea par M. db la Fojtaibb, pire. — Moacai , V, 77. — Aa IIoitociu , Ilittor. Tre»ir. diplomat II, SiW.— Cooatim, Encyclopédie inodrrac, litt. M. — Btalltlins de l'Académie rojalede Bruxellet, XVI, 389.-Bbbtbout, VIII, 19S.— D. Calhzt, Bibiiotb. Lorraine rt Catalogne de* anteura lorrain», — Biographie «nirrr- •elle. XXVI, 48B.-Ma«aAB*, Lea anteara luxentboargeoit, 18.
MANDER, Pierre de, originaire du village de Manderen au canton moderne de Sierck. Autrefois le nom de ce village s'écrivait Mander, d'où il est à croire que le personnage qui nous occupe se sera dénommé du lieu de sa naissance. Il Mûrissait pendant le dix-septième siècle.
L'auteur du manuscrit des Viri illustres nous a fourni les seuls renseignements que nous ayons pu recueillir sur Pierre de Mander. Nous transcrivons l'article: « Pe- «trus Manderas oriuodus ex pago Nominis u Luxemburgico, Residens Alberti et Isa- « bellae arebiducum Romae et tandem au- « ditor Rotas prcepositus Ulenborgensis et « Masecensis. »
Viri lUutrea.I.tt* M.
MANDERSCHEID, la famille d*, ancienne maison de nom et d'armes, connue dès le dixième siècle et qui porte le litre de comte. Elle est originaire du château de son nom situé sur la petite rivière de Léser et porte: d'or, à la fasce vivrée
de gueules rechaussée d'or, à deux queues de paon.
Les de Manderscheid se sont partagés en plusieurs branches, telles que celles de Kayl, de Blanckeubeim, de Gérolsteio, de Falkensteio, de Schleideu ou de Virnenbourg.
UxcMcaoca. — PmiiT, III. — Bmtholbt, VI , 147. — Itaasca, Eiflia illmtrata, I , pan «liera, 487 , aqqq; 703. aqqqq.
MANDERSCHEID, Charles- Alexandre, n'appartient pas à la maison noble qui porte le même nom. Il est né à Clervaux dans les Ardennes, pendant la première moitié du dix-septième siècle.
Après avoir terminé ses études à Rome il s'engagea dans cette même ville dans la compagnie des Jésuites et fut envoyé en mission dans la province de la Flandre belgique: Il accompagnait l'ambassadeur d'Espagne en qualité de confesseur et revint ensuite à Rome occuper les fonctions de pénitencier à l'église de St. Pierre. Ce personnage vivait encore en 1665, comme cela résulte de l'article du manuscrit des Viri illustres que nous allons copier: «1656. « Carolus Alexander a Monderscheidt ex «Clerff, seu Clara valle Luxemburgica, » Societatis Jesu Romae factus et remissus «in Flandro-Belgicam provinciam, post « operam Germanis militions in missione « Castrensi navatam , cum Don Antonio « Pimentelio Régis Hispaniarum Legato « Spiritualium ejus curator profectus in « Sueciam ad Reginam Christinam, hujus « adeo bonam occupavit gratiam ut quo- «tidie fere familiarissimus de rébus fidei « ad sermones vocaretur, de Christi Doit mini Tormenlis dicentem audiret atque » ab Adolpho Gustavo Palatino principe « Régime patruele et Regni Harede mul- « loties adbiberetnr mensœ, boc anno 1654 « cum isto legato in Belgium cum rediret; << ab ista torque aurea pluribusque douait riis ab isto ingenti scypho inaurato est » affectus in discessu, quem reversnm Re- « gina haec abdicato Regno et in patruelem « Adolphum translato brevi in Belgium se-
« cuta Antverpiam venit mense Julio, ad «quam pater iste a Handerscheidt mox «Bruxella evolavit eam hactenus quavis « euntem comitatur, qnid spiritualis fructus «ei prastituras orbis uuiversus expectat <' post Reginam banc anno 1665 ad Ca- «tholicam Religionem profite nda m comi- « tatns Oenipontum et hinc Romam ubi «hodie confessarius in pœnitentiaria ad « Stum Petrum. »
ViriilhNtra.I. H* 180.
MANDERSCHEID, ^Charles-Ferdinand, comte de Manderscheid-Blanckenheim-Gérolstein et Roussy, Seigneur de Cronenburg, Daun et Bellingen, était fils aîné du comte Ferdinand-Louis et de Dorothée- Catherine, comtesse de Lœwenstein-Wertbeim.
Le comte Charles-Ferdinand de Manderscheid possédait de vastes connaissances qui engagèrent l'empereur à le nommer Président de la Chambre - impériale de Wetzlar. C'était un homme tellement ferme de caractère et de résolution, que pendant la guerre de 1691 les français ayant menacé les environs de Gérolstein qui formait un excellent point stratégique, il fit mettre le feu à son château qui fut ainsi détruit, afin d'ôter à l'ennemi les moyens de s'y fixer.
Charles-Ferdinand comte de Manderscheid mourut à Aix-la-cbapelle en 1697.
Il avait épousé encore du vivant de son père, Marie-Catherine, comtesse de Koenigsegg-Rothenfels qui ne lui donna aucune postérité.
B*«tca, Eilia Ulattrata, I, pan pràor. S44,*f.
MANDERSCHEID, Charles-François- Loui», comte de, lieutenant-général, était fils de Herman-Francois comte de Manderscheid-Kayl, de la branche dite de Falkensteio. 11 succéda en 1686 à son père dans les possessions patrimoniales et mourut sans alliance à Paris, en 1721, propriétaire du régiment français de son nom.
Nous regrettons de n'avoir pu recueillir
aucun renseignement plus circonstancié sur ce militaire distingué.
Btuci , Eiflia illostraU.I, p. aller», 846.— Puain, I. M. LXIXj et III, litt. M.-BcanauT, VIII,
MANDERSCIIE1D, Christophe, comte de, est né le 10 février 1529, flls de Jacques comte de Manderscbeid-Blanckenheim et de sa seconde femme, Anne comtesse de Salm. Il n'avait que dix-huit ans lorsque sou oncle, Guillaume comte de Manderscheid (v. s. art.), soixante-unième abbé de Stavelot-Malmédy et en même temps quarante-sixième de Prum, étant venu a mourir en 1546 il fut désigné pour le remplacer dans le gouvernement de ces trois abbayes.
Bien que l'abbé Christophe fût jeune d'années il n'en entreprit pas moins avec vigueur la direction des religieux dont il venait d'obtenir la conduite. L'église ainsi que les bâtiments du monastère de Prum exigeaient de fortes réparations et il s'en occupa avec le zèle le plus louable, tout en donnant à ses subordonnés l'exemple d'une conduite exemplaire quant aux mœurs et a la discipline ainsi que de la plus noble tendance pour la culture des sciences sacrées.
Georges d'Autriche, évêque de Liège étant venu à mourir en 1557, on jeta les yeux sur l'abbé Christophe de Manderscheid pour le désigner successeur du prélat défunt; mais l'ambition de Christophe n'allait pas si loin : il refusa de se charger de ce qu'il nommait un fardeau au-dessus de ses forces.
Il était très versé dans les sciences divines et humaines et en même temps très éloquent. En effet, se trouvant un jour à une diète de l'Empire il avait, comme cela était la coutume alors, chargé un orateur de parler pour lui ; mais ce dernier étant resté court au milieu de son discours, Christophe se leva aussitôt et continua le débat dans une improvisation tellement entraînante qu'il gagna tous les princes présents à son avis qui fut adopté.
D'une autre part, depuis bien longtemps
déjà les archevêques de Trêves convoitaient la riche abbaye de Prum pour en unir les revenus à leur manse épiscopale. Bien des efforts avaient été tentés dans ce but depuis plus d'un siècle, sans qu'ils eussent pu obtenir plus que des promesses plus ou moins vagues des empereurs , lorsque l'archevêque Jacques d'Elu, après de nouvelles démarches qu'il motivait sur le délabrement de la discipline monastique ainsi que sur la mauvaise direction du temporel, obtint enfln de l'empereur Ferdinand, à la diète de Francfort en 1558, l'assurance écrite de la cession si ardemment sollicitée, pour le cas où le Souverain-Pontife y accéderait. Muni de ce titre , le prélat se mit en instance à Rome et réussit enfin à arracher ce consentement au Pape, malgré les protestations de l'abbé Christophe et de ses religieux. De ce procès mémorable, où tous les ressorts de la ruse et de la plus sordide politique furent mis en mouvement pour surprendre la religion de l'empereur et du pape , est né l'ouvrage rédigé par le prieur Knauff et qui a pour titre : « Defensio imperialis, «libers et exempts abbatisc Sanctissimi « Salvatoris ord. S. Benedicti Sacri Ro- « mani Imperii Principatûs Prumiensis , «contra archiepiscopatum et capitulum « metropolitaoum Trevirens. pratensam « Unionem , ejusque Gravamina per Mani- « festa rationis , juris et facti ut castrorum « acies per arma justitife virtutis Dei Ordi- « nata. Ex quà Ecclesiœ et Imperio , Urbi « et Orbi constabit de Statu Abbatiae Pru- «miensis. In quo fuit, et floruit. In quo « est. In quem restitui potest et justitia « requirit. Adornata Studio et labore ad- «modum Reverendi Patris et Amplissimt « Domini Cosm.T Knauff, ejusdem Abba- «tiae Prioris. » — Petit in folio, de 288 pages, plus IX de supplément.
Quoiqu'il en soit, le bref d'union de Grégoire XIII, de l'année 1574, et la confirmation impériale de la suivante , 1575, ayant été connus de l'abbé Christophe , celui-ci en conçut une telle douleur qu'il mourut peu de mois après , en 1 576 ,
à l'âge du quarante-sept ans , après avoir tenu la triple crosse abbatiale pendant près de trente ans.
v. 8nuaut«, Metropolia Kecleiic Trever. 1 . 477, •«..-Kuirrr, Befeaiio Abbatias Prominuf . — Bitmm, II, P. JT. VII et XIII.-D.eatca , Eiflia illuttraU.I, part altéra, SOU.
MANDERSCHEID , Evrard, comte de, était ûls de Jean, comte de Manderscbeid-Blanckenheîm (v. son art.) , et de Marguerite , comtesse de La Marck-d'Aremberg. Il est né le 26 novembre 1485 et entra dans le sacerdoce ; il obtint un canonicat à Trêves , la prévôté de St. Paulin près de la même ville, une prébende a St. Lambert de Liège ainsi que les archidiaconés de Condroz et de St. Géréon à Cologne.
Evrard de Manderscheid était un homme de beaucoup d'esprit et d'une vaste expérience à laquelle il joignait une exquise prudence , au point que l'empereur Charles-Quint eut plus d'une fois recours à lui pour lui demander conseil. Hubert Goltz le compte au nombre des plus célèbres connaisseurs et des plus zélés protecteurs des sciences et des lettres, surtout des antiquités italiques , françaises et allemandes. Il mourut à Trêves, le 15 août 1559, après avoir célébré dans cette ville au mois de juin de la même année son jubilé de cinquante ans de canonicat.
Baasca. Eiflia iIla$tr«U , I , part altéra , «54 , «q. — Note* d'étude.
MANDERSCHEID, Guillaume VI, comte de, était fils aîné de Guillaume V et d'Elisabeth comtesse de Sayn , sa première femme. Guillaume V s'était, de son côté , acquis une grande réputation comme guerrier : en 1290 il avait renoncé à son alliance avec Frédéric duc de Lorraine et combattit avec Thierry de Ke/pen et le comte de Virumbourg à la bataille de Bouvignes. En 1310 l'empereur Henri VII de Luxembourg lui adjugea le château de Wilre contre les prétentions de Frédéric de Daun , etc. Il mourut finalement en 1320.
Quant k Guillaume VI auquel cet article est consacré, il se mit en devoir de s'opposer de toutes ses forces aux exigeances et aux vexations des chevaliers de son voisinage; il en attaqua même plusieurs qu'il fit prisonniers et qu'il ne remit en liberté qu'après avoir reçu d'eux le serment solennel que désormais ils respecteraient le Landfrieden. Il eut de m fane plusieurs différents avec ses demifrères et sœurs ; mais ces derniers furent appaisés en 1330 par l'entremise de Baudouin de Luxembourg (v. son art.) , archevêque de Trêves. Il n'en fut pas de même de la querelle qui plus tard surgit entre lui et ce prélat : Les événements de son époque l'avaient engagé en 1343 à reprendre son château de Manderscheid en fief de la maison de Luxembourg. Baudouin qui vit cette démarche de mauvais œil parce qu'il y reconnaissait une perte pour son église , lui déclara la guerre en 1 346 , de concert avec Walram comte de Juliers. Mais le comte de Manderscheid se défendit si vigoureusement avec le secours du comte de Luxembourg et du seigneur de Blanckenheim , pendant un siège que l'archevêque avait mis devant son manoir et qui dura trois ans, qu'à la fin la querelle fut appaisée au moyen d'un accord arbitral.
Cette défense courageuse lui acquit une si grande réputation guerrière que le duc Wencestas I de Luxembourg lui commit en 1357 le gouvernement de son duché pendant son absence; et ces fonctions délicates il les remplit avec une rare distinction. Bertholet l'a omis dans sa liste de nos gouverneurs.
Guillaume VI comte de Manderscheid mourut peu de temps après, sans que nous puissions en préciser Tannée. Il avait épousé Jeanne fille de Gérard, seigneur de Blanckenheim et d'Ermesinde ou Elisabeth de Luxembourg, qui lui donna quatre fils et deux filles.
B-.»»cB , Eiflia illaitr.t., I, p. altéra, II, 006, •M-
MANDERSCHEID, Guillaume, comte
de, était fils de Guillaume comte de Manderscheid-Kayl et d'Adélaïde de Mœrs- Saroerden. En 1499 il devint soixantième abbé de Stavelot-Malmédy et en 1506 il réunit à ces deux abbayes la crosse abbatiale de celle de Pruro, le quarantecinquième en rang.
Les historiens nous représentent l'abbé Guillaume de Manderscheid comme un homme sage , à sentiments élevés , courageux et très docte. Sa prudence consommée le fit admettre dans les conseils des empereurs Haximilien I et Charles- Quint. Comme religieux , il était sincèrement dévoué a son ordre et mettait ses constants efforts à maintenir la plus exacte discipline parmi ses religieux qu'il assujettit du reste à la réforme de Bursfeld. 11 tenait surtout à ce que les offices fussent célébrés avec l'éclat qui est si nécessaire à la majesté des pompes religieuses , et il était tellement attaché à ses devoirs qu'on Ta vu le jour de Noël oltîcîer dans les églises de chacune de ses trois abbayes, c'est-à-dire chanter la messe de minuit au chant du coq à Stavelot, celle de l'aurore à Malmédy et la troisième à dix heures a Prum.
11 faisait sa résidence ordinaire à Stavelot où il avait fait construire sur ou contre la montagne un château-fort dans lequel il avait fait transporter les archives ainsi que les objets les plus précieux du monastère, afin de les mettre en sûreté contre les courses ennemies.
Brower ajoute qu'il y avait également établi un atelier où il frappait une monnaie qu'il envoyait au fameux Sickingen lorsque celui-ci guerroyait contre l'archevêque de Trêves avec lequel, paraît-il, il n'était pas sur le meilleur pied à cause de ses tentatives pour engloutir l'abbaye de Prum à sa manse archiépiscopale.
II a finalement contribué puissamment à l'élection de Charles-Quint comme empereur , et mourut dans un âge avancé en 1 546 , après avoir été abbé de Stavelot- Malmédy pendant quarante-six ans et de Prum pendant quarante. 11 repose au milieu de l'église de l'abbaye de Stavelot.
». Si >*KMtc, Metropol» Ecclttic Trc* er. I , 477. -Biown, II. 84B.-B..TIIOLIT, II. P. i. VII et XIII.— U«»tca , Eiflia MiutraU. I, p. «II. »»9.— A* HoKT«ti«, Htstor. Trerir. diploaut. III, 551, •<Hqi|.-Nol*» d'étude.
MANDERSCHEID, Herman, comte de Manderscheid-Blanckenheim , seigneur de Junckerath , Daun et Erp , était fils aîné d'Arnoul, comte de Manderscheid-Blanckenheim et de Marguerite comtesse de Wied-Runckel. 11 s'était d'abord voué à l'état ecclésiastique et avait obtenu nn canonicat à Cologne lorsqu'il quitta la soutane pour retourner dans le monde et se marier en 1567 avec Julienne, fille de Philippe comte de Hanau et de Mumenberg, et de Julienne comtesse de Stolberg.
Il fut en grand crédit auprès de Frédéric électeur de Bavière , ainsi que de Guillaume duc de Juliers , Clèves etc. , et sut soutenir avec gloire les intérêts de ces princes en qualité de leur ambassadeur dans différentes occasions. L'empereur Rodolphe le consulta de même dans plusieurs circonstances sur des questions politiques et de guerre. Aussi ses mérites lui firent-ils obtenir bien des privilèges importants, tels que ceux de battre monnaie , de lever des impôts, etc.
En 1585 il fut envoyé par l'empereur en qualité d'ambassadeur pour assister aux cérémonies nuptiales de Jean-Guillaume, dernier duc de Juliers et Clèves, avec Jaqueline, marquise de Baden; et à son retour il se retira à Blanckenbeim où il s'adonna uniquement à l'étude, réunissant ces beaux musées d'antiquités dont les auteurs de son époque parlent avec tant d'admiration.
En 1594 il fut député de nouveau par l'empereur à la diète de Ratisbonne ; et peu de temps après son retour , le 8 juillet 1595 il perdit son épouse qui ne lui avait donné aucune postérité.
Il mourut le 4 janvier 1604 avec la réputation d'un savant distingué, d'un grand diplomate et qui plus est, d'un homme de bien.
Buci . Ei«U llI«ttr«U , I , p. »lter» , 847 , $^q.
MANDE RSCHEID , Jean, comte de, est mentionné comme suit dans le raanuscrit des Viri illustres: « 1590. — la copie « de la Bibliothèque de Trêves marque 1 580. «— Joaones cornes a Manderscheid qui (•est in ducatu Luxemburgensi et etiam « a Blanckenheim Episcopus argentora- « tensis S. R. I. Prioceps primus ; Fun- «dator collegii societatis Jcsu Moltzhei- « mii.»
Jean , comte de Manderscheid , était fils puîné d'Arnoul comte de Manderscheid-Blankenheim , seigneur de Junckeradt , Daun et Erp , et de Marguerite comtesse de Wied-Runckel-d'Iserabourg.
Il est né le 8 février 1538 et obtint à l'âge de dix ans, c'est-à-dire en 1548, une prébende à Cologne, et plus tard une autre à Strasbourg. Dès qu'il eut atteint l'âge canonique il demanda et reçut la prêtrise pour laquelle du reste ses vertus et ses vastes connaissances le recommandaient éminemment , à tel point qu'à la mort de l'évéque Erasme de Strasbourg , arrivée le 26 janvier 1 569 , les vœux de tous le désignèrent pour succéder à ce prélat, bien qu'il n'eût encore que 31 ans d'âge. Et en effet l'attente qu'on avait conçue de ses capacités à gouverner cette église fut complètement justifiée par la sage direction qu'il donna au clergé pendant les temps difficiles où il a vécu. Un de ses premiers actes après son avènement fut entr'autres Ja fondation du collège des Jésuites à Molsbeim: il voulait par là donner aux jeunes gens qui se destinaient au sacerdoce une occasion pour se former par des études sévères au ministère des autels et familiariser en même temps le public avec goût des belles-lettres au moyen de professeurs choisis tels que l'ordre d'Ignace avait le privilège d'en livrer, de préférence aux autres congrégations religieuses.
L'évéque Jean de Manderscbeid mourut plein de mérites le 6 mai 1 592.
Viri illu.tres, I. N° 43.-B.uk», Eiflia illuitrala , I , par» altéra , 340.
MANDERSCHEID, Jean- Maurice , comte de, était fils de Salentîn-Ernest, comte de Manderscheid-Blanckenheim et de sa seconde épouse Christine-Elisabeth comtesse d'Erpach. Bsersch le nomme Maurice-Gustave, tandis que les Gesta Trevirorum le désignent comme nous.
Ce personnage est né en 1676, devint archévèque de Prague et primat de Bohème, ainsi que chanoine de Cologne. 11 mourut à Prague le 26 octobre 1763, à l'âge de 87 ans.
Ce fut Jean-Maurice de Blanckenheim qui engagea Scbannat et Hartzheim à réunir les actes des Conciles d'Allemagne et qui publia ce grand ouvrage à ses propres frais.
Gctta Trefirorum, III, 381. — Bct»cn, Eiflia illaatrata, I, altéra pan , «Mj et Tab. geaaal. , N* XXXV ,b.i. fia* toI.
MANDERSCHEID, Philippe-Thierry, comte de, né le 30 mars 1596, était fils de Thierry II Comte de Manderscheid- Kayl, et d'Anne-Amélie comtesse de Manderscbeid-Scbleiden, héritière de Neuerbourg. Il entra en 1613 en possession des seigneuries patrimoniales et épousa en 1628 Elisabeth-Amélie de Lœwenhaupt, comtesse de H as bourg, héritière de Manderscheid et de Falkenstein, qui le rendit père de quatorze enfants.
Le comte Philippe-Thierry de Manderscheid a obtenu de l'auteur du manuscrit des Viri illustres l'article que nous allons transcrire : « 1633. Philippus Theodoricus a Cornes in Manderscheid et Blanckenheim « et D' in Keyll, Reipolskirchen, Neuer- » bourg, Bettingen etc., consiliarius equesc tris Régis in Ducatu Luxemburgensi plu- « ries vice et semel at diu Temporarius « gubernalor ejusdem aedificavit B. M. V. « nobile sacellum rotundum et architecto- « nicum ad Keill, mortuus Bruxellis dele- «gatus ab ordinibus Ducatus Luxembur- « gensis. »
Il est mort le 25 mai 1653.
Viri illaitrea, I, N°330.-IUa»ca. Eiflia illii.tr» U, I, p. altéra, 365 «|., et 843
MANDERSCHEID, Robert, comte de, nom de Hoyer de Mansfelt qui s'est fait
était fils et dix-huitième enfant de Jean tuer en 1115 au service de l'empereur
comte de Manderscheid - Blanckenheiin , Henri IV.
seigneur de Gérolstein, Junckerath et Bet- Celte famille a pris son nom d'une tingen sur la Kyll, et de Marguerite de petite ville de la Saxe en Thuriuge ; elle La Marck-d'Aremberg. 11 est né le 13 porte le titre de Comte et depuis Pierreavril J 503 et se distingua avantageusement Ernest (v. son. article), le célèbre goupar son courage et par son adresse dans verneur de Luxembourg , une de ses les négociations diplomatiques. 11 avait a branches avait obtenu celui de Prince du peine atteint l'âge mûr que déjà l'empereur Saint-Empire.
le nomma Juge-Président de la Chambre Mansfelt primitif ou franc porte : écarimpériale d'Eslingen. Peu de temps après telé : aux 1 et 4 burellé de gueules et l'empereur Ferdinand le fit venir en Hon- d'argent , de 7 pièces , c'est-à-dire 4 grie où il s'acquit beaucoup de gloire sur gueules et 3 argent; aux 2 et 3 d'argent, les champs de bataille, comme le prouvent à 6 losanges de gueules en fasce, poses les lettres que l'empereur écrivit lui-même 3.3. et se touchant par les angles. Ccà Robert électeur palatin. En 1 529 il com- pendant un livre de la Bibliothèque de battit contre Soliman, empereur des Turcs Luxembourg et qui porte l'écusson de qui assiégeait Vienne, et fit à cette occa- la maison de Mansfelt, pour avoir apsion preuve d'une si grande expérience partenu au comte Pierre-Ernest, interstratégique et d'un courage si héroïque vertit ces quartiers en plaçant aux 2 et 3 qu'on lui confia le commandement des ceux que nous avons mis aux 1 et 4 : troupes de Westphalie et du Bas-Rhin. Nous pensons que cette inversion ne vient Il les conduisit en 1532 contre l'armée que par l'effet de l'impression d'un cachet ottomane et en 1535 contre les anabap- gravé à rebours. — Dévise : Force m'est listes. trop.
Après la campagne glorieusement ter- Le comte-prince Pierre-Ernest (v. son minée contre les Turcs et une paix hono- article) a obtenu ou pris un accroissement rable conclue avec cette nation , il fut en- d'armoiries à l'occasion de sa promotion voyé à Rome par Herman archevêque- a la dignité de Prince du St. Empire Roélecteur de Cologne pour le représenter main , puisque sur une chasuble conserdaos des négociations très importantes. De vée au trésor de l'Eglise de Notre-Dame retour dans sa patrie il se voua entière- à Luxembourg et que ce prince avait donment et pendant le reste de ses jours au née à sa chapelle funéraire annexée à service de l'empereur Charles-Quint. l'église des Récollets, on trouve un écusson Robert , comte de Manderscheid est différemment blasonné. Cet ornement remort sans alliance, le 12 août 1542, à ligieux , très riche , est en velours rouge l'âge de trente-neuf ans seulement, mais et soie jaune, brodé en argent très fin qui furent honorablement remplies. et parsemé du chiffre du prince travaillé „ .,, , . .. K-„ en or pur: Cette chasuble ayant sur le
Dutcn, Eiflia illustrât* , I , par» «Ucra , 530. , . r „
devant une figure de St. Pierre , patron MANSFELT, la mai ton de , non Mans- du donateur, brodée à la main et d'une feld , comme on écrit généralement. Ce exécution achevée. Au bas on voit rénom, qui est resté populaire dans le cusson ; au champ écartelé, portant : aux Luxembourg à cause des grands et des 1 et 4 les armes franches telles qu'elles nombreux souvenirs que plusieurs per- sont décrites plus haut ; au 2 de sable , sonnages qui le portèrent , ont laissés à l'aigle simple esployée d'argent , armée parmi nous , semble avoir tiré sa première et becquée d'or, mais sans couronne; origine connue d'un capitaine saxon , du finalement au 3 d'azur , au lion naissant
d'or, ayaol la queae foarchae passée en sautoir, armé et tampassc de gueules, au cotice échiqueté d'argent et de gueules, de 20 pièces ou carreaux , dix à chaque rangée, brochant sur le tout. L'écu surmonté de la couronne princière antique , à perles et à fleurons , le tout entouré du collier de la toison d'or.
La maison de Mansfelt était arrivée à sa huitième génération connue et positivement établie lorsqu'elle se divisa en deux branches dans la personne de deux frères, Albert V et Ernest. Plus tard elle se partagea en d'autres rameaux qui ne concernent pas le Luxembourg.
Les personnages que nous aurons à noter dans cet ouvrage sont sortis de la branche cadette, celle d'Ernest, et ne comprennent que deux générations, c'està-dire Pierre-Ernest, et plusieurs de ses enfants.
MANSFELT, Charles, cornu de, était (ils de Pierre-Ernest comte et prince de Mansfelt (t. son article). Presque tous les auteurs regardent ce personnage comme enfant légitime, lui attribuant pour mère Marguerite de Brederode , première femme de son père ; mais l'erreur devient palpable lorsqu'on confère entre elles les dates des mariages de Pierre-Ernest avec celle de la naissance de son 61s Charles. En effet , ce dernier vint au monde en 1 543 , alors que son père n'avait que 24 ou 26 ans et se trouvait dans le Hainaut à la tète d'une compagnie de cavalerie, tandis que son mariage avec Marguerite de Brederode ne fut conclu \\. qu'en 1K$6, c'est-à-dire treize ans plus tard. Schcrer, cité par Moreri, nous apprend dans l'éloge imprimé qu'il a publié de ce grand capitaine , que son père l'aurait eu d'une dame de Mally , dit Moréri, tandisque d'autres écrivent de Matines. Lune et l'autre de ses assertions sont erronées, puisque nous possédons aux archives de la société archéologique de Luxembourg une copie des lettres-patentes en date du mois de Février 1591, ainsi 21 ans après la mort de la seconde
épouse de son père (▼. son art. in fine) , par lesquelles une légitimité entière et absolue était accordée à trois enfants illégitimes que le Prince-Comte de Mansfelt avait eues d'Anne de Benzeradl , famille luxembourgeoise inféodée dans une ferme noble de même nom et dépendant de la seigneurie de Mersch : ces enfanta se nommaient Ernest , Anne et Charles ; ce dernier nous le regardons comme le personnage dont nous nous occupons en ce moment, et ce pour les motifs que nous éoumérerons à l'art, qui concernera Ernest , son frère aîné. Il est possible cependant qu'il soit né à Malines, mais ni d'une dame originaire de celte ville ni d'une de Mally.
Cette légitimation, qui a été subordonnée à certain versement de finance à la chambre des comptes a nécessairement été acceptée, puisque Charles de Mansfelt a été considéré et traité par son père ainsi que par le public comme (ils légitime. A l'article Ernest de Mansfelt nous donnerons une copie entière des lettres de légitimité dont nous parlons ici.
Charles de Mansfelt était né militaire : d'un caractère bouillant, emporté et d'un courage consommé, rien ne lui résistait lorsqu'il se trouvait à la téte de ses troupes. Il était en outre très instruit. Il entra très jeune au service d'Espagne où il sut bientôt s'acquérir la bienveillance du roi Philippe II par la bravoure qu'il déploya à la guerre dans les Pays-Bas. Mais la haine ou plutôt la jalousie que peu de temps après son arrivée le duc d'Albe de même que quelques autres seigneurs espagnols conçurent contre lui, sans qu'il l'eut méritée, lui parut si insupportable qu'il fut un moment irrésolu s'il n'embrasserait pas le parti des mécontents; mais, réflexions faites, il se détermina à aller en France secourir la Ligne: il y fut pendant dix ans un des premiers ministres des rois Charles IX et Henri III.
Son père l'ayant au bout de ce temps rappelé dans les Pays-Bas, le roi d'Espagne le nomma général et amiral. Ayant en 1594 conduit en Hongrie des troupes
auxiliaires espagnoles, l'empereur Rodolphe II, par lettres-patentes du 4 mars de la même année, l'éleva, lai et son père au rang de Prince de l'Empire et lui conféra le commandement de l'armée impériale avec le grade de lieutenant-général. Il marcha encore celte même année sur Strygonie-Gran et y battit le 4 août les Turcs qui tentaient de faire lever le siège de cette place. Comme la haute température de la saison , jointe k ses courses continuelles pendant cette mémorable journée l'avaient très échauffé, il voulut manger quelques fruits pour se rafraîchir; mais cette imprudence lui fit gagner une pleurésie que quelques-uns nomment une dissenterie et qui l'enleva à Commore, le huitième jour, c'est-à-dire le 12 août 1 594, à. l'âge de cinquante-un ans.
Son corps fut embaumé et ramené à Luxembourg pour être placé dans le ca veau de famille que son père avait fait construire sous une chapelle con ligue* à l'église des Récollets (v. l'article Pierre- Ernest de Mansfelt).
Charles de Mansfelt ne laissa aucune postérité de ses deux, quelques auteurs disent même trois mariages. Il avait épousé en premières noces Diane de Cossé, fille de Charles I comte de Brissac, maréchal de France : Ayant surpris cette dame en adultère avec un comte de Maur, il les lit poignarder l'une et l'autre. Il convola ensuite en secondes noces avec Marie-Chris- Une, fille de Lamoral comte d'Egmond, qui était déjà veuve de deux maris, Edouard de Bournouville, seigneur de Caprées, comte de Henin, et Guillaume de Lalaiog, comte de Iloogstraten.
Les historiens français, dans la vue sans doute de ternir la gloire de Charles de Mansfelt, lui ont attribué plusieurs actes blâmables et se sont même attachés à vouloir le flétrir en quelque sorte en faisant la description de défauts congénitaux, c'està-dire qu'il aurait apportés en naissant. C'est ainsi que de Tou raconte qu'il avait été boiteux toute sa vie parce qu'on lui aurait extirpé de la cuisse un nœvus mater-
nus imitant l'empreinte d'un lézard ou d'un autre animal ; que des dérèglements de jeunesse avaient été cause qu'il n'aurait pu devenir père ; qu'un jour, transporté d'un accès de colère pour une bagatelle, il avait poignardé à un repas Henri Staupe, vieux colonel impérial, pendant que les convives étaient occupés à dire le Benedicite ; etc. Nous ne faisons que transcrire ces accusations sans y ajouter plus de foi qu'elles n'en méritent dans la bouche de biographes évidemment ennemis.
Nous finirons cet article en copiant dans le manuscrit des Viri illustres l'article qui concerne ce personnage : « 1594. Carolus « princeps et cornes Mansfeldiae Pétri Er- «nesti filins Luxemburgensis ex generali «Tormentorum Bellicorum Régis Ilispa- « niarum in Belgio accitus a Rudolpho II « supremus militia? caesareae in Hungaria « contra Turcam dietator illum vieil ad Strik goniumeruentissima et famosissima pugn» « et id una cepit, mortuus triduo post et «corpus relatum Luxemburgum in pater- « num monumentum. »
Viri illustra, II y N° 144.-8ca»aa»T. Histoire dit comte de Mansfelt , SI, sq. ; et notes aaaoascrite» ajoatér* à cet oavrage (IViemplaire de notre bibliothèqae).-Mo««ai, III , 74 ; V , 06. -Dn Fana» , Dietiona. histor. litt M. -Win», a Wurnain , DisquisiL antiqaar. butor. Laieaibarg.il, e.6 § 2. — Maskh , «04 -Bcaiaotar, VIII, 103. — Puaarr , I, fol.
MANSFELT, Charlet de, aulre fils naturel de Pierre-Ernest, comte et prince de Mansfelt, gouverneur de Luxembourg.
Il est né après le décès de la seconde femme de son père, lequel devait déjà alors être très âgé. Les historiens ne nous ont conservé aucune indication sur sa mère.
Charles de Mansfelt , qui ne fut jamais légitimé, s'adonna à l'élude et prit le bonnet de Docteur en Théologie ainsi que dans l'un et l'autre droits à l'université de Louvaio, le 29 janvier 1614. Il se voua ensuite à la prêlrise et devint d'abord doyen de la collégiale de Notre-Dame à Yvois- Carignan, puis chanoine de Ste. Gudule à Bruxelles et vicaire -général , premier
chapelain des archiducs Albert et Isabclle- Clairc-Eugénie, ainsi que grand aumônier des années d'Espagne. A des connaissances aussi étendues que variées Charles de MansfeJt unissait une grande piété. Aussi fut-il en 1627, de concert avec Marguerite de Husbacb (v. son art.), un des principaux fondateurs du monastère de la Congrégation de Notre-Dame à Luxembourg. Il donna pour premier établissement à cette maison religieuse l'hôpital que son père avait érigé près du Hund-Haus, dans la ville-basse dite Pfaffenthal : cet hôpital, comme on sait, n'avait pas subsisté faute de revenus suffisants pour son entretien. Les religieuses résidèrent en cet endroit pendant un an environ et se retirèrent en 1628 dans la ville haute, dans les bâtiments que les Dominicains venaient de quitter.
Charles de Mansfelt, qui fut aussi nommé le 27 septembre 1627 conseiller ecclésiastique près le conseil provincial de Luxembourg, est mort a Bruxelles au mois de janvier 1661, dans un âge assez avancé.
Nous avons de lui les ouvrages suivants : i°. Paratitla Decreli, seu de Jure Sacro in génère, deque Ecclesiasticorum moribus et ofïiciis. 1616. — £°.Utriusque Juris concors discordia, quae Canones cum Legibus pugnantes conciliante. Luxembourg, 1619.
— 5° Clericorum Cœnobilica, sive de Canonicorum vita et origine. 1625. — 4°.
Exercitatio civilis ad Régulas Juris. — 5°. Exercitalio civilis ad Brève Apostolicum Urbani VIII, de Constitutione et Pot es ta le Delegati Apostolici in militia Belgica regii exercitus. 1638. — 6". Sacerdotis Breviculum venerationi Cleri sacrum. 1642. — 7°. Castra Dei, sive parochia , religio et disciplina militum. 1642. — 8°. Miles christianus.
L'auteur du manuscrit des Viri illustres , dans l'article qu'il a consacré à ce personnage distingué, répète a peu près ce que nous venons de dire de lui : « 1648. Carolus a Mansfeldt Luxemburgcnsis, No- «thus Pétri Ernesli Principis et Comilis
«Mansfeldise Gubernatoris Loxemhurgen- « sis, S. Tbeologi» Doctor Decanus primo « Ivodii, deinde Bruxellis ad sanctam Gu- « dulam et de Oratorio Serenissimorum «Archiducum ac Régis, Regium quoque « super Exercitum Hispaniarum in Belgio « Vicarius generalis in spiritualibus. Prima- « rius et primus fuudator Virginum congre- «gationis BeaUe Mariae Virginia Luxem- « burgi, quibus attribuit suum Mansfeldi- «cum ut vocat Hospitale, clarus scriptis et « vitae Clericalis de qua potissiraum scripsit, « prastanlia, Mort uns Bruxellis, renuoeia- «tus Prepositus SU. Donati Brugis in « flandria. »
Fa SwaaTtsa, AtbcMt Belgicaj, 160.— Viri illustre.. I , N° 81 .-lloaaai, Supplément, 111. 88U, — Maootcrita Clobcs. — Wiu. a Wiimn, Diaqaii. antiquar. hitt. lairmb. , 11, c. 6. §,5. — D. Cal MET . Itiblioth. lorr. — Note* maaaicritet ajoutée* à noire exemplaire de l'Histoire du comte de Maaafelt, par Scajaanar.— Manu»«rita M«»j*i — Dmthui , VIII, #J4. sq. — Picaacr.I. fol.LXIX.— Cl «sa*. Catalogue de la Bibliotb. de Luabrg., 14», «00, 578, 460— Naoaisa, les auteurs LuieubourgeoM , 88 , »q.
MANSFELT, Ernest de, non Pierre- Ernest comme quelques biographes ont écrit erronément, était né iils illégitime de Pierre-Ernest, comte de Mansfelt (v. son art.).
Les auteurs varient sur la date de la naissance de ce personnage , les uns la fixant à l'année 1540 tandis que les autres admettent 1585. Tous s'accordent néanmoins à dénommer sa mère Anne , mais aucun n'a jusqu'à ce jour indiqué la famille de cette dame. Nous allons chercher à éclaircir et à établir ces deux points.
Il existe dans les collections de la Société archéologique de Luxembourg des lettres-patentes du mois de février 1591 , par lesquelles le gouvernement de Philippe II, roi d'Espagne à Bruxelles, accordait la légitimité à trois enfants naturels de Pierre-Ernest comte de Mansfelt procréés avant mariage , d'Anne de Bcnzcrxdt : ces trois enfants sont dénommés Ernest , Anne et Charles.
Pour ce qui regarde la mère de ces personnages il n'existe donc plus de doute
à son égard , elle se nommait Anne Benzenedt on plutôt de Benzersdt, famille luxembourgeoise originaire à ce qu'il parait du fief noble de même nom ressortissant à la seigneurie de Mersch.
Quant aux supputations les plus raisonnables concernant l'année de la naissance d'Ernest de Mansfelt, nous dirons d'abord que dans les Patentes ci-haut rappelées et dont nous donnerons une copie à la fin du présent article, Ernest est dénommé le premier, puis vient sa sœur Anne , enûn son frère Charles. Or , il est admis que ce dernier ou le plus jeune des trois est né en 1343 ; il devient dès lors impossible que l'aîné ou Ernest soit né après 1540. 11 ne l'est pas non plus avant cette année , vu que son père n'avait alors que viogt-deux ans tout au plus d'âge.
Quant au lieu de la naissance d'Ernest , nous ne pouvons le désigner d'une manière absolument précise : quelques auteurs dénomment Bruxelles, d'autres Malines, ajoutant ces derniers que sa mère aurait été originaire de cette dernière ville. Nous dirons simplement que pendant l'année qui a précédé la naissance de ce personnage le comte son père avait été soit à la cour de Bruxelles, soit occupé à faire le siège de Landrecies ; son fils a donc pu naître soit à Bruxelles même soit à Malines, sans qu'à défaut de preuves ultérieures on puisse donner la préférence à l'une ou à l'autre de ces deux villes.
Cependant les auteurs ajoutent que Ernest de Mansfelt aurait eu pour parrain au baptême l'archiduc Ernest d'Autriche qui l'aurait fait élever à la cour de Bruxelles et dans la religion catholique. Le premier de ces faits ne peut être vrai attendu que l'archiduc est né quinze ans après Ernest de Mansfelt. Pour ce qui regarde le séjour de ce personnage à la cour de Bruxelles nous pouvons également élever des doutes , parce que de tels honneurs ne sont pas souvent accordés à un bâtard. Quoiqu'il en soit cependant, dès qu'il eut atteint l'âge où il se trouva
capable de porter les armes il entra d'abord an service d'Espagne dans les Pays-Bas , passa ensuite à celui de l'empereur Rodolphe II et se distingua d'une manière brillante en Hongrie. A son retour le roi d'Espagne lui donna un régiment avec lequel il fit des merveilles au fameux siège d'Ostende en 1604.
Avant son départ de l'armée impériale, disent quelques historiens allemands, l'empereur voulant récompenser les grands mérites d'Ernest de Mansfelt ainsi que les bons services qu'il venait de lai rendre , lui aurait fait expédier des lettres-patentes de légitimation. Mais nous pensons pouvoir révoquer ce fait en doute en présence de pareil octroi lui accordé déjà par son souverain direct et treize ans auparavant, à moins que, suivant la judicieuse remarque de M' de la Fontaine , il pouvait, après la mort de ses frères légitimes, nourrir l'ambition de succéder aux titres d'un prince allemand.
Son père, qui était venu à mourir pendant le siège d'Ostende, ne l'avait pas compris dans son testament, puisque dans cet acte il avait disposé de ses biens en faveur des princes de la maison royale d'Espagne. Cette circonstance , jointe à ce que l'on aurait rabattu de ses gages et à ce qu'on refusait de lui accorder un avancement ou des charges et des honneurs qu'il croyait avoir mérités ou lui être dus comme fils du prince-comte son père, parce que disait-il , on les lui avait promis, l'irrita contre le gouvernement qn'il taxait d'injustice et lui fit quitter le service d'Espagne , conservant toute sa vie dans le cœur une grande haine contre celte monarchie. Dans le dessein de se venger de ce passe-droit prétendu il embaucha trois cents chevaux des troupes que l'archiduc Léopold avait envoyées dans le pays de Juliers et vint faire des courses dans le Luxembourg , forçant la ville de Schleiden et la saccageant. Mais il fut fait prisonnier peu de temps après par le comte de Solms, et tout son monde passé au fil de l'épée , à la réserve
de quinze hommes seulement. Lorsqu'il fut rendu à la liberté il leva derechef trois cents chevaux et trois compagnies d'infanterie avec lesquels il ravagea de nouveau le pays, puis les frontières de l'Electorat de Trêves ainsi que lu principauté de Stavelot , causant des maux incalculables partout où il passait. En 1609 il prit service sous l'archiduc Léopold qu'il quitta encore peu de temps après pour, en 1610, se ranger sous la bannière des protestants dont il adopta le culte et devint un ennemi aussi redoutable que puissant de la maison d'Autriche. 11 servit également sous Charles-Emmanuel , duc de Savoie contre l'Espagne; et ce duc, pour récompenser ses services le créa marquis de Castelnuovo. Après la paix il alla en Allemagne avec deux mille hommes pour rendre service à Frédéric , électeur palatin qui l'envoya en 1618 en Bohême au secours de ceux qui dans ce royaume s'étaient soulevés contre la maison d'Autriche.
Les Bohémiens lui donnèrent à Prague la charge de Grand-maître de l'artillerie et de général d'infanterie. Il prit ensuite la ville de Pilsen le 21 novembre 1619 et fut mis à cause de ce fait d'armes au ban de l'Empire par l'empereur Mathias ; mais les Bohémiens l'admirent au nombre des princes de leur pays.
De là il voulut joindre le comte de La Tour qui assiégeait Vienne ; mais il reçut le 8 juin 1620 quelqu'échec près de Rotilitz , dans une rencontre avec Bucquoy, général de l'empereur. Il ne s'en déconcerta pas et se hâta de rassembler les débris de l'armée après la bataille de Prague ou du Mont-Blanc que les siens avaient perdue le 9 novembre de la même année, et continua seul la guerre. Cette même année encore les Bohémiens voulurent se donner un roi; et Ernest, comme membre des Etats de ce pays donna sa voix an duc de Savoie qui , à ce qu'il l'assurait, devait embrasser le culte protestant, comme lui-même il l'avait fait bien qu'il eût été élevé dans la religion romaine.
Vers le même temps encore les Bohé-
miens lui donnèrent le cloître de Codischau et deux petites villes avec quelques villages qui lui rapportaient un grand revenu. Cependant l'électeur palatin fut élu roi de Bohème ; mais il perdit bientôt après ce royaume par la perte de la bataille de Prague (1620) où Ernest ne se trouva pas. Après cela il défendit longtemps les villes de Pilsen et de Thabor , et le roi Frédéric le nomma pour son général en Bohême; mais l'empereur mit sa tête à prix, promettant une grosse somme d'argent a qui le lui livrerait mort ou vif. Pilsen se rendit en 1621 et Ernest ne se trouvant pas en état de tenir tête au général Tilly se retira avec son armée dans le Haut-Palatinat sur les frontières duquel il battit quelques troupes de Tilly et de Wurtzbourg. Tilly marcha avec les troupes impériales et bavaroises réunies vers le Haut-Palatinat; mais Ernest se retira dans le Bas-Palatinat et dans Pévêché de Spire.
En 1622 il ravagea l'Alsace, assiégea sans succès la ville d'Elsas-Zabern et fut pour la seconde fois iris au ban de l'empire ; ce qui ne l'empêcha pas de rentrer sur les terres de Spire. Après que le roi Frédéric eut joint son armée à la sienne ils battirent les bavarois près de Mingelsheim, prirent Ladenbourg d'assaut et secoururent Hagenau. Ces heureux succès reveillèrent le courage de ses troupes malgré qu'elles ne reçussent que très irrégulièrement leur paye , et les animèrent à le suivre prompteraent et de bon cceur. 11 tomba aussitôt sur Louis, Landgrave de Hesse-Darrostadt qui tenait pour l'empereur et le fit prisonnier avec Jean son fils , mais il les relâcha presqu'aussitôt à certaines conditions qui furent acceptées. 11 joignit ensuite son armée à celle de Christian , duc de Brunswic et évêque d'Halberstadt , traversa l'Alsace , la Lorraine et le Hainaut pour entrer dans le Brabant , parce qu'il voyait que les affaires de l'Union allaient mal et que d'ailleurs il ne trouvait aucun accès auprès de l'empereur à qui il avait vainement offert ses services à condition qu'il révoquât son ban.
Sa marche dans les Pays-Bas se fit dans an temps où l'on s'y attendait le moins , et s'exécuta avec facilité : mais les lieux qui se trouvèrent sur son passage s'en ressentirent terriblement parce que ses soldats ne vivaient que de butin et de pillage. Leduc de Bouillon se servit de l'occasion et voulut lui persuader ainsi qu'à Christian de marcher au secours de* réformés.
D'an autre coté, l'approche de ces deux généraux ne donna pas peu d'inquiétude au roi de France. Le duc de Nevers chercha à les faire entrer au service du roi ; mais Ernest prit le parti de se rendre directement daos les Pays-Bas et trouva inopinément Gonsalve de Cordoue , général espagnol rangé en bataille derrière une hauteur près de Fleuras, dans le dessein de lui couper le passage. Les soldats de Mansfelt n'avaient depuis six semaines pas passé une seule nuit à couvert ; et , n'ayant depuis une quinzaine de jours point vu de pain ils avaient été contraints de se nourrir de fruits ; de façon qu'ils étaient exténués et bon nombre d'entre eux malades.
Cependant Ernest bazarda le combat et délit entièrement les espagnols qui perdirent leurs canons et leurs équipages.
Cependant parce qu'on ne s'acharna pas à leur poursuite ils s'attribuèrent la victoire. Comme ses troupes manquaient de vivres il se hâta de gagner les Pays-Bas : il perdit beaucoup de monde en chemin, mais il arriva tout à propos pour assister à la levée du siège de Berg-op-Zoom assiégé par Spinola, ainsi qu'à l'infructueuse tentative du Prince d'Orange contre Anvers.
Pendant la même année , après avoir couru grand risque de se noyer il revint en Allemagne où chemin faisant il prit Dorsten ainsi que quelques autres villes de Westphalie et entra dans le comté d'Ost- Frise. Sur ces entrefaites Christian duc de firuuswic fut battu par Tilly, et son armée , entièrement débandée , prit service en Hollande. Nais comme le soldat était accoutumé au pillage on fut bientôt après obligé de donner leur congé à ces mer»
cenaires : Herman-Olton, comte de Stirum, conduisit ceux qui voulurent continuer de servir en Ost-Frise vers Mansfelt qui leur permit toutes sortes d'insolences.
Tilly ayant voulu aller l'attaquer près de Stuckhausen le trouva si bien retranché qu'il ne put l'approcher. Mansfelt avait eu outre reçu un secours de quelques mille français; mais comme il n'avait point d'argent pour leur paye ils commencèrent bientôt à se mutiner et a commettre de grands désordres. Les habitants de la Frise orientale perdirent enfin patience et après avoir en vain demandé qu'on les débarrassât de ces fâcheux hôtes ils voulurent prendre les armes pour les chasser. Mais les Etats-Généraux engagèrent Mansfelt à quitter le Pays moyennant lui payant une somme de trois cent mille livres, et à congédier ses troupes. Il le fit, ne conservant que quelques jeunes gens, lesquels finirent également par se débander.
Il se retira en France où l'on craignait de plus en plus la puissance de la Maison d'Autriche , et pria le roi de vouloir soutenir l'électeur palatin , ce qui lui fut en quelque sorte promis. De là il passa eu Angleterre où on lui fit une bonne réception accompagnée de riches présents et d'un brevet de général pour la présente guerre. Sur ce il fit ses préparatifs et repassa en Hollande avec quelque troupes anglaises qu'il remit au Prince d'Orange pour s'en servir à faire lever le siège de Bréda. La seconde fois qu'il alla en Angleterre il fit naufrage et courut grand risque de perdre la vie. 11 se sauva néanmoins mais avec perte de presque tout son équipage.
En 1625 il retourna en Allemagne, ravagea l'archevêché de Cologne, se tint pendant quelque temps entre Hambourg et Lubeck et marcha enûn sur la Basse- Saxe où il se joignit au roi de Danemark. En 1626 il chercha à se rendre maître du fort nui est dans le voisinage de Dessau ; mais Wallenstein le repoussa avec de grandes pertes. Il fut plus heureux dans la Marche de Brandenbourg et ré-
solut de faire une diversion en Silésie et en Moravie, et même jusqu'en Hongrie.
Mansfelt était surtout porté pour BeUilem Gabor, prince de Transylvanie qui en ce moment se mettait en état de se défendre contre l'empereur. Il reçut sur ces entrefaites du roi d'Angleterre un secours de trois mille hommes et de celui de Danemark un autre de deux mille. A ces troupes vinrent se joindre un grand nombre de ceux qui avaient été chassés des états héréditaires de l'empereur, de sorte qu'il put se mettre en marche avec des forces considérables pour entrer en Silésie et passer jusqu'en Moravie, expédition qui fut très funeste à ces pays à cause que ses soldats, qui ne recevaient pas de solde, ne subsistaient que de pillage.
Les impériaux, sous la conduite de Wallenstein , s'étant mis à sa poursuite , il sut si bien prendre ses mesures qu'il gagna Jablonka , d'où traversant les mon- Lignes il passa de la Moravie en Hongrie pendant que Wallenstein pensait le tenir enfermé. De Hongrie on envoya quatre mille chevaux a sa rencontre et Jean- Ernest, Duc de Saxe-Weimar vint également le joindre avec douze mille hommes. Mais Mansfelt s'étant aperçu que Gabor le trahissait , il lui remit son artillerie, et ses autres troupes au Duc Jean-Ernest ainsi qu'au général Carpezan , dans le dessein de se rendre à Vénise en passant par la Turquie , et de s'abandonner ensuite à sa fortune. Mais arrivé à Vracovitz, petite ville de la Bosnie, disent des auteurs tandis que d'autres nomment cet endroit Zara , il fnt surpris par -une maladie qui l'enleva le 20 novembre 1626.
Son corps fut porté et enterré a Spaletto en Dalmatie , contrairement à ses derniers désirs, comme nous le verrons plus bas.
On rapporte que, sentant sa fin approcher il se serait fait revêtir de son uniforme de général, l'épée au coté, et qu'appuyé sur ses officiers il aurait rendu le dernier souffle, parce que, aurait-il dit, il ne convient pas qu'un général meure dans uu lit. Quelques auteurs ont préten-
du qu'il avait été empoisonné à l'instigation de ses ennemis.
Ernest de Mansfelt était un homme extraordinaire auquel il ne manqua rien pour être un grand capitaine : entreprenant au point de braver avec le plus grand sangfroid les dangers et les fatigues, il sortait toujours de ses défaites plus terrible qu'auparavant. Jamais général d'armée ne fut plus patient, plus infatigable, plus endurci au travail, aux veilles, au froid et même à la faim. 11 montra constamment un grand esprit dans les négociations ; son éloquence était entraînante et sa ruse inépuisable. Comme il n'entretenait ses troupes qu'au moyen de vols et de pillage on a été jusqu'à le comparer à Attila.
On rapporte de lui que, ayant été instruit un jour de manière à n'en pouvoir douter, qu'un de ses plus grands aflldés communiquait ses plans et ses projets au général autrichien, il ne parut pas s'en fâcher : il fit remettre au traître une somme de trois cents écus et le chargea de porter au général ennemi une lettre conçue dans les termes suivants : « Le porteur de cette « missive étaut votre serviteur affectionné, « non le mien, je vous l'envoie afin que « vous puissiez profiter de ses services. » Comme il était toujours de la dernière exigeance envers ceux qu'il avait servis, les Hollandais ont dit de lui qu'il était capable de rendre de grands services à ceux qui l'employaient, mais qu'en revanche il les faisait payer bien cher : Bonus in auxiliis, carut in pretio. Enfin on dit généralement que ce fut Ernest de Mansfelt qui aurait introduit l'usage des dragons dans la guerre.
En rapportant les circonstances du décès d'Ernest de Mansfelt nous nous sommes conformé au récit que nous en ont livré les biographes de cet homme extraordinaire. Cependant nous devons ajouter ici une rectification quant au lieu où cet événement s'est passé. Cette rectification nous est devenue possible depuis que nous avons eu connaissance de sou testament militaire, c'est ainsi que lui-môme il nomme cette
pièce restée inédite jusqu'à ce jour et dont nous devons la communication à l'obligeance de M' de la Fontaine père , ancien Gouverneur du Grand-Duché, Président actuel du Conseil d'Etat et l'un des fondateurs comme des membres effectifs les plus actifs et les plus instruits de la Société archéologique du Pays. Lui-même en a fait la découverte dans les archives anciennes de la maison de Wiltz. C'est une copie manuscrite contemporaine que nous nous croyons en devoir de faire imprimer à la suite de cette notice biographique à cause du grand jour qu'elle est destinée à jeter sur notre personnage. Cet acte a été dressé la veille de la mort du général Ernest de Maasfelt; il est daté de Verona près de Sauray en Bosnie.
« Au nom de la Saincte Trinité
« Nous Ernest Comte de Mansfelt Mar- « quis de Castelnuovo et Boutigliers, Baron « de Heldruugen et C" gnal des Boys très « Cbrestien et de la grande Bretagne, sca- « voir faisons a tous qu'il appartient par « ce nre testament militaire, que nous sou- « venans de nre mortalité , avons voulu « ordonner ceste nre dernière volonté, la- « quelle nous voulons estre gardée invio- « lablement, après nre mort si le bon Dieu « nous appelle de ceste vie, désirant qu'elle « soit vaillable comme testament militaire « encore que toutes les formalités des tes- « tamento solennels n'y soient point obser- « vez, a cause des incommoditez du voyage, « auquelles nous sommes pnt au service de « noz maislés.
« Nous voulons doncques , que si Dieu «nous appelle de ceste vie, auquel nous « commandons nre ame , que nre corps « soit transporté aux terres de la sérénis- «sime Bépublique de Vénise et en icelle « enterré, selon les honneurs et estats que « le bon Dieu nous a donné en nostre vie.
« Pour le 2*° Nous commandons que tous
« nos serviteurs domestiques qui sont nous «en ce put voyage, soient payez et licen- « liez de leurs services les aultres qui sont « demeurés en Hongrie seront semblable- « ment licentiez et payez de nos bardes « que nous avons laissé au Royaume d'Hon- «grie.
« Pour le 3"* que tous les debtes, pour « lesquelles noz serviteurs comme nre cornet missaire gnal et nre trésorier sont demeuré « caution doibvent estre payez devant toute «aultre chose.
«Pour le 4"*. Nous subvenans des « fidelles services quenoz vienx serviteurs «nre commissaire gnal Peblis le maistre « de la Cavalerie Daniel de Rive, le Colo- « nel Ferens, le li. Colonel Dezes de Ber- « nadino, le quartier maistre de nre Ca- « vallerie, le sieur de Batten et nre Tre- « sorier général le capi. Dulbier lesquels « nous ont si fldellement servy en temps « de nécessitez, et danger, voulons qu'a « chascun soit payé deux moys de paye et «de mesme aux aultres que nous avons « prins que nous en ce pnt voyage , nous « voulons qu'il reçoivent aussi 2 moys de «paye oultre ce que l'on leur doibt pour « leurs descootes et a nre Cirurgien gnal « 3 mois de paye pour se retraictes et au « Reingraff 200 Reicbsz. Dallers.
« Pour le 5"* nous commandons à nre « Commissaire gnal Peblis puis qu'il a en- « tière cognoissance de tout ce que sest <« passé de temps que nous somes aux ser- « vices de leur Majestez, principalement de «ce que Ion a traicte audt le prince de « Transilvanie, où il a tousiours este pre- « sent et sur quoy nous avons entreprins «ce nre voyage de seo aller le plustost « qu'il pourra après nre enterrement faict « vers sa Majesté très chrestienne, et eu « passant vers le duc de Savoye pour leur « proposer de rendre conte de tout ce qui
« sest passé , ce que nous avons conclu « avec le prince de Transilvanie, et que « nous a esmeu de faire ce voyage, et nos «intentions, finalement tout ce qu'il scait « que nous voulions dire , représenter et « proposer à leurs Maiestez et Altesse aios « que tout luy est bien cogneu, corne ayant «assisté à ses affaires. A nTe Trésorier «gual le capitaine Dublier commandons c d'aller en Angleterre délivrer nre Ire « Credentiale laquelle nous luy donnons « aussy bien qu'au colonel Peblis pour « France et Savoye, et dy proposer tout «ce que nre Instruction à luy donnée porte, « et qu'il tienne entierre correspondance « audt le colonel Peblis, durant le temps « qu'il seront en France et Angeterre pour « ces affaires, afin qu'il puisse adviser la « part où il sera nécessaire lestât des af- « faires et procure ceq. toute aillet selon « que nous avons eu lintention durant nre « vie tant que faire se peut, tous deux au- « ront soing tant qu'il sera possible que « nos officiers et soldatz soient contents de «ce que l'on leur doib pour le service « faict aux couronnes de France et Angle- « terre soubs nre commandement, que nre « réputation soit conservée et les affaires « publicques maintenues. Le colonel Ferens « pendant leur voyage demeurera à Venise « pour adresser leurs 1res au Prince de « Transilvanie et audt luy tenir correspoo- « dance sur ces affaires aussy pour nego- «cier audt la serenis. Respub. selon les « instructions a lui donné. Les frais de ce « voyages corne aussi la demeure du Co- « lonel Ferens seront prios de nre argent « que nous avons à Venise et de ooz biens «que nous avons audt nous.
« Pour le 6"' nous commandons que le « 1000 ducats que le Prince Transilvanie « nous a prestez soient incontinent après « leur arrivée à Venize restituées pour re- « tirer nre obligation.
« Nous voulons aussi que les C quia us « Zoreqs qui nous ont conduis par l'hon- «grie et de la Bosnie soyent hooneste- « teroent recompensés comme aussy les « gentilshommes hongroiz.
« Pour le 7"*. Lon doibt payer au Lieu- « tenant Colonel Dellesgein un mois de «gage c'est-à-dire 1500 franeqs aiosique «nous lui avons promis.
« Lon doibt taseber pour le Sm* de te- « nir toutes noz truppes qui nous avons « laissé en Hongrie ensemble, jusques à ce « que l'on puis avoir ordre de nos Maisci très de ce qu'il désire qu'on face d'eux.
« Pour le 9"* s'il y a quelque chose de « reste de noz biens personels Cq. ne sera «d'employé pour ce que nous avons or- « donné en ce nre Testament il doibt estre « pour payer nos officiers et soldatz avec « ce que nos maistres doibvent encor.
«Et si pour le 10"* viendront encor « quelques aultres de noz Conditions ou « qui ont raisonnablement a prétendre sur « noz biens il doibt estre remis pour ce Cq. « le Roy de France et de la grande Bre- « tagne nous doibvent encore en vigueur « des traictez avec leurs maiestez.
«Pour 11"". Quand nre Commissaire « gnral et trésorier aurout tant en France « qu'en Angleterre , la volonté de leurs « roui estes, il procéderont avec noz troup- « pes selon icelle volonté le licention ou « leur donneront. Et si noz maistres de- « manderont contre des desniers quil nous « ont données come ilz ont esté employés « ils rendiront les dicts contes également, « come il appartient, et garderont en tout « nre honneur et reputaon representans a « nos maistres ma fidélité et realité pour « leur service.
«Finalement nous commandons a nre «commissaire gnal colonel Ferens et nre Trésorier destre exécuteurs de ce nre tes- « tamcnl , et de faire tous ce que nous
« avons ordonnans ordonné en Iceluy , «comme ceux a qui nous transportons «toutes noz actions en les constituants « corne héritiers pourveu quil faccnt tout « pour le bien de noz soldutz et public.
« En tesmoignage de mailleur asseoraoce « de tout cela nous avons conGrmé en la « présence de li. Colonel Badenbourg et « de nre Cirurgien gênerai Maistre Hansz « Jacob Ancbat tout ce que dessus le temps « venant trop court pour plus ample coo- « firmation, ce que est faict à Varona au- « près de Sauray en Bosnia estant sur mon « lict le £ nonembre 1626 à qui net heures «du soir.
« Nous soubsignés suivant les intentions <« de feu son Excellence Mons. le Prince « et Çomte de Mansfelt Marquis de Cas- « telnuovo et Boutigliers Baron de Hel- «drungen nre gnal qui a tousiours travaillé « pour le bien public, et particulièrement « pour le service de leur Mejesté de Bo- « hôme, déclarons conformité de sa volonté «qu'après l'enterrement de son corps et « le renvoyé de la maison avec conlente- « ment de ses serviteurs le tout sera rerois « a sa Majesté de Bohème qui sera très « humblement prié de prendre la prolec- « tion de l'armée dressée seulement pour «son service et de prendre sur elle la « peine de retirer ce que se trouvera estre « deu de qui que ce soit afin que assignaons « faictes et signiez a plusieurs officiers et « serviteurs puissent estre payez a ceulx « qui les ont et que le rest soit employé « pour lentient de larraee et nouvelle levée «pour le renforcement d'Icelle. faict a «Vcnize le 15 de janvier 1627. C. J. Pe- « Mis. Rh. Ferens. J. Dublier. »
Nous finirons enfin notre article Ernest de Mansfelt en produisant également une copie des lettres-patentes de légitimation de ce personnage ainsi que de sa sœur Anne et de son frère Charles (v. son art.
et celui de son père, Pierre-Ernest, in fine) , parce qu'encore ce titre n'a jamais été publié.
« Lettres - Patentes du mois de février « 1 691 par lesquelles Philippe II, roi d'Es- « pagne, à l'instance de son très-cher et féal h cousin etc., M es sire Pierre-Ernest 3 comte « de Mansfelt , légitime ses trois enfants « naturels nommes Ernest, Anne et Charles, « procréés d'Anne Benzerœdi.
«Philippe, par la grâce de Dieu Roy «de Castille, d'Arragoo, de Léon, des Deux «Siciles, de Jérusalem, de Portugal, de «Grenade, de Tolède, de Valence, de « Gallicie, de Maillorque, de Séville, de « Sardaine, de Cordule, de Corsique, de « Murcie , de Gènes , des Algarbes , de «Algezirre, de Gibraltar, des Isles de «Chmarrce et des Indes tant orientales « qu'occidentales, des Isles et terre ferme « de la mer Océane ; Archiducq d'Austri- « ce ; ducq de Bourgogne , de Lothier, «de Brabant, de Lembourg, de Luxcm- « bourg, de Gueldres et de Milan ; Comte «de Habspurg, de Flandres, de Artois, «de Tirol, Palatin et de Haynault, de « Hollande , de Zélande , de Namur et « de Zutphen ; prince de Zwane ; Mar- «quisdu St. Empire de Rome; Seigneur «de Frise, de Salins, de Malines, des «villes et pays d'Utrechl, d'Oueryssel et «de Groningen, et dominateur en Asie « et Afrique , scavoir faisons à tous presens « et advenir que à l'instante requeste de « nostre très-cher et féal cousin chevalier « de nostre Orde , de nostre Conseil « d'Estat , Mareschal de nostre host , gou- « verneur et capitaine gênerai de nostre « pays et duché de Luxembourg et comté «de Chiny, Messire Pierre Ernest Comte « de Mansfelt , nous avons de nostre cer- « taine science authorilé pleine puissance , « de grâce especialle , légitimé et Jégiti- « mons ses trois enflans naturels assavoir « Ernest , Anne et Charles procréez en « la personne de Anne Benzerœdt fille « libre et non mariée comme il estait « seinblablenient, et deflault de
« leur naturalité aboly et effaché abolissons «et effachoos par les présentes leur oc- « trayant et accordant par lcelles qu'ilz «paissent et pourront comme personnes «légitimes et habiles succéder en tous « biens meubles et immeubles et aultres « quelconques esquelz de droict et selon « les coustumes et usaiges de doz pays ilz «pourront succéder s'il* nez et procréez « de leal mariaige et venir aux successions « de leurs père et mère , et aultres leurs « parents et amys , qui leur compétent et «pourraient appartenir ci-après pourvue « toutes fois que à ce coosentaus leurs «parents et amys plus prochains de lig- «naige, et que aulcun droict ne soit «desja acquis à aultres. Et que en ce « cas ilz puissent et pourront avoir et « tenir pour eulx , leurs hoirs et succes- « seurs à tousjours tous les biens qui leur « adviendront et escherront desdictes suo- « cessions et que aullrement ilz acquerront «et d'iceulx biens ordonner et disposer « par testament ou aultrement ainsyque « bon leur semblera , ainsy que doresna- « vant ilz soyent receuz a tous honneurs «estatz offices et aultres faicts légitimes «reputez et tenuz comme s'ilz fussent «nez en leal mariaige, mesme que après « leur trespas iceulx de leur lignaige pro- « créez en leal mariaige leur puissent «succéder par droict d'hoirie en tous «leurs dicts biens héritages possessions « et aultres choses quelconques acquiz «et à acquérir tout ainsy comme ils fc- «roienl et faire pourraient s'ilz esloieut « nez et procréez de leal mariaige , sans «que a cause de la dite baslardise ou « illegitimation nous ou noz successeurs « y puissions ou doyons quereller ou de- « mander aulcun droict en tems advenir , « nonobstant quelzcunques ordonnances , «statutz, droietz, constumes et usances «à ce contraires, a charge toutesfois que « lesdits Ernest , Anne et Charles en re- « cognoissance de ceste nostre présente « grâce et légitimation seront tenuz payer «a nostre prouffict la et ainsy qu'il appartiendra, certaine finance et somme
« de deniers pour une fois sellon la faculté «et qualité de leurs biens à l'arbitrage « et tauxation de noz amez et feaulx «les président et gens de noz comptes « en Brabant, que commettons a ce , pour- «veu aussy que disposition que lesdits «Ernest, Anne et Charles feront et voul- « dront faire des dits biens immeubles ou « héritages ne soit au prouffrit de quelque «église monastère ou aultre main morte.
« Sy donnons en mandement ausdicts de « nos comptes en Brabant qu'ils procèdent «bien et deuement à la vérification de « de ces dites présentes , et à la tauxation « de la dite finance , et ce faict et la dicte «finance par eulx tauxée et arbitrée et «par lesdits Ernest, Anne et Charles «payée, à ceux de noz recepveurs qu'il «appartiendra, quy sera tenu en faire «recepte, et rendre compte, a nostre «prouffict, avecq les aultres deniers de « son entremise , ilz et tous aultres noz «justiciers officiers et subjeclz p resens « et advenir lui ne peult et polra toucher
« ... les dits Ernest, Anne et Charles en- « samble leurs hoirs successeurs et ayans «cause procréez en leal mariaige, de « de cette nostre présente grâce et legi- « timation et de tout le contenu en icelle , «selon et en la forme et manière que « dict est plaincment , paisiblement et per- « petucllemenl joyr et user, sans leur faire, «mectre ou donner ores, ny au tems «advenir aulcun trouble destourbier ou « empeschement au contraire en manière « quelconque. Car ainsy nous plaisl-il. Et « affin que ce soit chose ferme et stable « a tousjours nous avons faict mectre nostre « seel a ces présentes , saulf en aultres «choses nostre droict et l'aultruy en « toutes. Donné en nostre ville de Bru- «xelles au mois de février l'an de «grâce 1591, de noz règnes assavoir de « Naples et Jérusalem le trente buiticsrae ,
« de Castille , d'Arragon et des
«aultres le trente sixiesme. et de Portu- «gal le donzicsrae, Et au bout de la «dicte lettre escript en lettre italienne
« Pamele. Sur le reply de l'adicte lettre « escripte en parchemin estoit par le Roy, «et signé en paraphe Verreycken; et a « l'aultre part visa audq. le grand seel de «Sa Majesté en cire Terde pendant de «soye rouge et verde. » (D'après une copie volante contemporaine, conservée dans les collections de la Société archéologiqae de Luxembourg.)
8c»4x*at, HUteiredu Comte de M»o»felt, OS, tqqq. —Le» hommes illustres de* P»yi-B»i, II, 80, tq — Mmui.V. 97. Et 8«|>pléme.t , II , 007, «a. -D« F«it«« , Diet. butor, litt. M.-CooTerMtiooi-Leiicon ; «dit. 1884, VII. 483;édit 1880, Il , 104(1 ; édit. 1831.— Wilb. * Wiltbbim , Di*q. «ot. kitt Inicmb. Il, c. 0. §. 8.— Cocktih. Encyclopédie moderne, XV, 105,-Lc. beleet célèbres, I, 448, iqqq.- Biogr. aniv. XXVI. 007.
MANSFELT, Pierre-Ernest, Comte et Prince de; seigneur de Heldrungen, Chevalier de la Toison d'or, Maréchal des armées d'Espagne dans les Pays-Bas , Gouverneur et Capitaine général des Pays- Duché de Luxembourg et Comté de Cliiny, troisième fils d'Ernest, comte de Mansfelt, seigneur de Heldrungen, et de sa seconde épouse , Dorothée comtesse de Solms , est né le 1 5 , ou plus vraisemblablement le 20 juillet 1517, non 1519 comme plusieurs de ses Biographes l'ont avancé.
Le manuscrit des Viri illustres fait de ce personnage la mention suivante: « 1604. « Petrus Ernestus Mansfeldia? prioceps « et cornes , exterus quidem , sed quia « per annos 59 Luxemburgensis Guberna- « tor est Ducatum quasi patriam sortitus, « collega et consors omnium prope victo- « riarum Alexandri Farnesii principis Par- « menais. Sed inclytissimus Victoria ad « MoDtconturium i II i ab ipso Galliarum « rege adscripta mortuus Luxemburgi aô « 1604. et sepultus in templo ab se ibi- « demconditoconditusquemausolxo Regio « quam et urbem hortis plusquam regiis « ornavit. »
. Pierre-Ernest de Mansfelt était très jeune encore lorsqu'il fut admis en 1 528 à la cour de l'empereur Ferdinand I en qualité de page. 11 conserva le même emploi auprès de Charles-Quint, successeu
de Ferdinand. Ce prince n'ayant pas tardé à apprécier les mérites du jeune Mansfelt, le nomma son écuyer, bien qu'il ne fût âgé que de 18 ans.
11 venait seulement d'être élevé à cette charge auprès de l'empereur l'orsqu'il fut admis en 1 535 , à accompagner ce dernier à la conquête de Tunis dans laquelle il se distingua par son courage et son sangfroid à affronter les plus grands périls , à tel point , disent les annales , que loin de le prendre pour un conscrit qui faisait ses premières armes on aurait cru qu'il était un vieux militaire rompu au métier de batailleur. Aussi l'empereur, qui fut témoin <le plusieurs de ses faits d'armes , voulutil l'en récompenser au retour de l'expédition en le plaçant en 1543 à la tête d'une compagnie de cavalerie qui fut envoyée faire le siège de Landrecies dont l'armée française s'était emparée quelque temps auparavant. Nommé l'année suivante, 1544, lieutenant-colonel de cavalerie au régiment de Bréderode il se trouva au siège de St. Dizier.
Par patentes datées d'Arnheim, le 2 juillet 1545, Charles-Quint le nomma Gouverneur des provinces de Naniur et de Luxembourg: il était alors figé de 28 ans. Il ne conserva pas longtemps , paraitil , le gouvernement du Namurois , tandis qu'il n'abandonna celui du Luxembourg qu'avec la vie. Le 9 janvier 1546 le même monarque conféra à Mansfelt l'ordre de la Toison d'or , au chapitre qu'il tint à Ulrecht.
Mansfelt s'avança encore pendant la même année à la tête de cinquante cavaliers qui composaient l'avant-garde d'attaque dirigée contre Apiemont, et mit en déroute un corps de douze cents français qui avaient voulu s'opposer à son passage. Ce coup hardi déconcerta tellement la garnison de la place qu'elle se rendit dès l'arrivée des assiégeants.
Après quelques années de repos la guerre se déclara de nouveau en 1552 entre l'empereur et le roi de France qni avait pris les armes sous prétexte que , comme allié de Maurice électeur de Saxe
et de quelques autres princes de l'Empire , il devait combattre pour rétablir la liberté en Allemagne. Le roi Henri II après s'être emparé des villes de Tool, de Metz, de Verdun et de Nancy qui loi avaient ouvert les portes comme à un prince ami qui ne demandait que le passage pour ses troupes , s'avançait par la Lorraine vers l'électoral de Trêves pour entrer ensuite dans le Luxembourg. La reine Marie , gouvernante des Pays-Bas pour Charles-Quint , soupçonnant les projets du monarque français , se mit aussitôt en devoir d'envoyer au-devant de lui une puissante armée qui devait arrêter ses projets. Le comte de Mansfelt à qui cette princesse avait donné le commandement d'uue partie de ses troupes passa la Meuse et se rendit d'abord maître de Stenay , Montfaucon , Grandpré et de plusieurs autres places. Il aurait poussé ses conquêtes plus loin encore si Henri II qui s'était déjà avancé jusqu'à Francfort ne fut prompteinent accouru an secours de son royaume.
Les ravages qu'il commit en passant dans le Luxembourg où il forma le siège de Damvillers, de Montmédy et d'Yvois, forcèrent Mansfelt à quitter son armée victorieuse pour se jeter dans cette dernière place, une des plus importantes de son gouvernement. La vigoureuse résistance qu'il opposa d'abord au feu continuel des assiégeants sembla pendant quelque temps lui promettre la conservation du poste qu'il défendait. Mais ce courageux général, lâchement abandonné par une partie de sa garnison qui se mutina faute de paye , se vit bientôt contraint de se rendre à discrétion , le 22 juin 1552. 11 fut emmené prisonnier de guerre et retenu en France pendant cinq ans, jusqu'à ce qu'il eut payé une énorme rançon qu'on exigea pour sa mise en liberté, rançon à laquelle le Luxembourg contribua pour une très large part. Philippe II qui avait succédé en 1556 à son père Charles-Quint, s'était de même fortement employé pour procurer la délivrance de son général.
Mansfelt rentra à Luxembourg le 18 mai 1557 et reprit ses fonctions de gouverneur qui avaient été successivement remplies pendant sa détention par le comte d'Egmond , Martin de Rosse m , maréchal de Gueldre et Charles de Brimen , comte de Meughen.
Il était à peine de retour lorsque Philippe II le députa à la diète de Ratisbonne où il eut le bonheur de réussir complètement dans l'objet de ta négociation dont il avait été chargé. De là il revint dans les Pays-Bas d'où il fut envoyé à l'armée commandée par Emmanuel-Philibert , duc de Savoie , dans laquelle il se distingua en plusieurs rencontres à la tête de son régiment d'infanterie wallonne et de ses mille chevaux , et mérita d'être fait maréchal-de-camp au siège de Saint- Quintin: Anne de Montmorency, connétable de France , s'était mis en mouvement le 10 août pour secourir cette place lorsque Mansfelt vint l'attaquer à ('improviste et avec tant de vigueur qu'il le culbuta à tel point que Emmanuel-Philibert , qui s'avança en même temps avec ses troupes se trouva maître du champ de bataille. La déroule des Français fut même si générale , au rapport des mémoires militaires contemporains , qu'elle eût inévitablement entraîné après elle, non seulement la reddition instantanée de St. Quiotin qui ne fut pris d'assaut que le 26 août, seize jours plus tard , mais encore la conquête de la France entière si Philippe II qui s'était rendu au camp avait su profiter de la victoire remportée par son armée.
Dans cette action Mansfelt reçut denx blessures. Cette bataille mémorable, dit de Thou , coûta la vie ou la liberté à l'élite de la noblesse française. Les soldats espagnols, ajoute le même auteur , ne connaissant pas la qualité de la plupart de leurs prisonniers , les vendirent à Mansfelt pour un vil prix. Alors celui-ci , pour se dédommager de l'énorme rançon à laquelle il avait lui-même été taxé lorsqu'il avait été pris à Yvois , usa de représailles envers ces captifs , en exigeant d'eux des sommes
immenses , que quelques-uns payèrent tandisque les autres n'ayant pas les moyens de se libérer , restèrent en prison où ils moururent: cet acte, qu'on blâmerait aujourd'hui, n'était a cette époque pas un fait extraordinaire. Le vainqueur, pendant la féodalité , était le maître absolu des prisonniers qu'il faisait à la guerre; il lui était conséquemment très libre de les taxer comme bon lui semblait ; et ici Mansfelt pouvait bien, par cette espèce de dureté , montrer à la France combien elle aussi avait été dure à son égard. Cependant nous devons ajouter que le fait que nous venons de rapporter u'ayant d'abord été consigné que par de Thou , historien français, il est très possible qu'il ait été exagéré , en haine contre la gloire du général espagnol.
L'année suivante, 1558, le duc de liuise revint dans le Luxembourg où il pritTbionville par capitulation , le 22 juin, après quoi il forma le dessein de faire le siège de la capitale. Il s'était déjà avancé jusqu'à la vue de cette place avec trois mille chevaux et quelques régiments d'infanterie dans l'intention de l'investir lorsque JUansfelt qui y était enfermé avec une bonne garnison marcha au-devant de lui , culbuta ses troupes et le força à se retirer. La paix de Càteau-Cambresis ayant été conclue sur ces entrefaites , le 3 avril 1559, Mansfelt fut chargé de reprendre possession , au nom du roi d'Espagne, des villes de Tbionville, Damvillers , Yvois et généralement de toutes les conquêtes que la France avait faites dans le Luxembourg.
Les Pays-Bas débarrassés pour un moment de la guerre à l'étranger , ne purent jouir de la paix à l'intérieur. Philippe II avait à son départ pour l'Espagne placé à la tête du Conseil de Marguerite , duchesse de Parme et gouvernante des Pays- Bas, le trop fameux Antoine Perrenote, évéque d'Arras,plus particulièrement connu sous le nom de Cardinal de Granvelles : ce personnage qui était détesté des grands et de tous ceux qui nourrissaient eu eux l'amour de la patrie , n'était pas à beau-
coup près l'homme qu'il aurait fallu pour cette haute position; mais Philippe H trop entier dans ses résolutions , fui sourd aux remontrances des personnes les plus influentes et ne voulut écouter aucune observation à cet égard, malgré qu'on lui eût démontré le danger imminent que sa couronne pourrait courir s'il persistait à le conserver à la téle des affaires. Des murmures, comme on sait, on en vint à une résistance ouverte, à la révolte disent les historiens d'alors, pour se débarasser du poids insupportable que le cardinal faisait peser sur tous par les mesures vexatoires qu'il faisait adopter. Mais ces événements déplorables et leurs suites n'appartiennent heureusement pas à notre Biographie, et nous nous hâtons de tirer sur eux un voile épais, pour reprendre le récit des faits cl gestes de notre héros qui, quoique souvent, mais toujours indirectement enchaîné à ces événements tragiques, n'en fut jamais la cause, puisque tout en restant Qdèle au souverain auquel il renouvela même son hommage en 1562 à l'origine des troubles qui ensanglantèrent les Provinces belgiques, il n'a jamais approuvé, comme nous aurons l'occasion de le voir, les mesures auxquelles Philippe II a cru pouvoir recourir pour étouffer la révolte.
Mansfelt se trouvait retiré à Luxembourg où ii jetait les fondements de sou palais qui devint dans la suite si splendide, lorsque la gouvernante des Pays-Bas le chargea d'aller prendre en Portugal et de conduire à Bruxelles la princesse Marie, fille d'Edouard et d'Isabelle de Bragance, et petitetille d'Emmanuel roi de Portugal, pour la marier avec Alexandre Farncse, duc de Parme, son fils. Après son retour à Bruxelles en 1566, il fut nommé gouverneur de celte ville , et la suivante , au mois d'avril il alla à la lète de seize cents hommes s'assurer d'Anvers dont il obtint de même le commandement.
Lorsqu'en 1567 la gouvernante résigna ses pouvoirs, Mansfcld fut encore chargé de l'accompagner jusqu'en Italie. Le duc d'Albe qui succéda à Marguerite de Parme, envoya en 1 569 et sous le commandement
da gonvernear de Luxembourg un renfort de vingt-cinq bataillons et de deux mille chevaux a Charles IX pour combattre les Huguenots, dans cette malheureuse guerre civile connue sous le nom de Ligue, pendant laquelle le roi, qui aurait du être le père de tous ses sujets sans exception comme sans distinction , a employé les armes des uns pour combattre les autres, soudoyant le frère pour assassiner son frère , et cela à cause d'une soi-disante dissidence dans les opinions religieuses , car en réalité la religion n'a été que le prétexte de ces honteux massacres tandis que l'ambition de quelques grands en fut le vrai motif. L'armée royale était campée dans la plaine de St. Clef, lorsque Mansfelt la joignit avec ses troupes auxiliaires espagnoles; et elle avait celle de la Ligue en regard. Dès que le général espagnol eut remarqué la position avantageuse de son parti il proposa de marcher droit a l'ennemi et de lui livrer bataille. Ce conseil fut adopté. Le choc, qui fut donné immédiatement , le 30 septembre , fut terrible et ût déjà présager la victoire complète que le roi Charles IX remporta trois jours après , le 3 octobre , près de Montcontour.
A ce jour les armées se trouvant de nouveau en présence , commencèrent par se canonner pendant quelque temps, après quoi elles en vinrent aux mains : les Huguenots se battirent avec un courage de lion et avaient déjà mis la cavalerie royale dans une déroute complète , lorsque Mansfelt avec une intrépidité à peine croyable fondit sur eux à la tête de ses wallons et les Suisses qui formaient l'aile droite , en fit une terrible boucherie et leur arracha décidément la victoire qu'ils croyaient déjà certaine. Ils laissèrent sur le champ de bataille dix mille morts sans compter les prisonniers, ainsi que leur matériel avec tout le bagage.
Charles IX qui devait cet éclatant succès au général espagnol, lui en témoigna sa reconnaissance dans une lettre où il le nommait le Protecteur de sa couronne.
Mansfelt avait pendant cette bataille célèbre reçu au bras droit une blessure grave qui le rendit estropié. Il retourna bientôt après dans son gouvernement de Luxembourg où il conserva un corps de deux mille chevaux destiné plutôt , disent les auteurs contemporains , à défendre la province contre les atteintes des révoltés des Pays-Bas — car ces malheureuses provinces étaient alors en révolution complète contre la tyrannie du duc d'Albe — que pour y maintenir par la force la fidélité due au prince. Et en effet , par sa sage administration le gouverneur avait su éloigner tout motif de mécontentement religieux parmi nos paisibles populations chez lesquelles l'attachement devenu proverbial à la foi de leurs pères avait du reste rendu absolument inutile la publication des édita inquisitoriaux du monarque espagnol.
Louis de Zuniga de Requesens , Graud Commandeur de Castille fut sur ces entrefaites (1572) envoyé dans les Pays-Bas pour succéder au sanguinaire et féroce duc d'Albe dont la mémoire restera à jamais exécrable parmi ces populations.
Ce nouveau gouverneur général se hâta d'appeler Mansfelt à Bruxelles, le nomma membre du Grand Conseil-d'Etat et général de bataille.
L'état déplorable où les affaires se trouvaient dans le moment faisait un devoir pressant à ceux qui en obtinrent la conduite d'employer toutes leurs ressources pour les rétablir ; et Mansfelt ne fut pas un des moins zélés ni un des moins capables pour arriver à ce but si désirable. Comme sa présence était jugée absolument nécessaire à Bruxelles et que conséquemment il lui était impossible de se rendre à l'armée , il leva à ses propres frais un corps de deux mille chevaux qu'il envoya dans la Gueldre pour renforcer les forces de Don Sanchez d'Avila : ce renfort ne contribua pas peu à la victoire que ce général remporta peu de temps après près de Moch sur Louis, Prince de Nassau (1574).
Cet avantage fut suivi de près, en
1575-1676, de la reddition de Zieriezée en Zélande.
Louis de Reqnesens gouverneur général des Pays-Bas étant mort sur ces entrefaites le 5 mars 1576, le Conseil d'Etat avait été chargé du Gouvernement en attendant l'arrivée d'un nouveau gouverneur, lorsque le 4 septembre le grand Bailly du Brabant à la tète de trois cents fusiliers vint faire irruption dans ce conseil qu'il emmena en prison au milieu des huées de la populace ameutée : M ansfelt était du nombre des prisonniers et resta avec ses collègues enfermé dans la maison des brasseurs jusqu'à l'arrivée de Don Juan, Gis naturel de Charles-Quint, qui fut désigné pour succéder à Louis de Requesens.
Ce prince qui arriva le 4 novembre 1 576 à Luxembourg pour prendre possession de son nouveau gouvernement , montra «l'abord des intentions paciliques ; mais il refusa de se rendre à Namur pour entrer en négociation avec les députés des Etats des différentes provinces des Pays-Bas parce qu'il craignait, avec quelque fondement peut-être, pour sa sûreté personnelle , tant l'état de ces provinces était déplorable, tandis que dans le Luxembourg tout était dans une tranquillité tellement parfaite que nos Etats ont pu placer sur le nouvel hôtel de ville qui a été construit sous le gouvernement de Mansfelt, ainsi entre les années 1545 et 1604, et qui de nos jours forme l'hôtel du Gouvernement du Grand-Duché, cette inscription mémorable autant qu'elle était flatteuse pour le grand homme qu'elle concernait particulièrement :
In Belgio omnia dum vastat civile bêlait*,
Mansfeldus bbllo et pacb fi dis,
PeRPETDDS /EQCITATIS CUSTOS,
iEouissiaii Régis Lbgatus, Haï»c provinciam in fide continbt,
SBRVATOUB ILLvESAM
Cfm summo popdi.i commodo bt dilari SE-
[ctJRITATE.
Umde Mansfbldi nome.n Apud gbstbm Luxembcrgam PER SPECULA
Cl.ARIM M AINE BIT.
Cet éloge si vrai et si mérité, incrusté en lettres d'or sur une table en marbre noir, a disparu il y a bien longtemps déjà, parce que sans doute les luxembourgeois, ou plutôt les édiles de cette ville ont eu bientôt oublié un bienfait dont il ne leur était pas donné alors d'apprécier l'immensité, n'ayant pas connu les horreurs que les guerres civiles et religieuses entraînent à leur suite.
Don Juan, avons-nous dit, ne consentit pas à se rendre à Namur pour traiter avec les députés des Etats des Provinces des Pays-Bas, parce qu'il croyait avoir à redouter des attentat» contre sa personne.
Il convoqua en conséquence ces députés à Marche où il conclut avec eux le 12 février 1577 cet accord devenu fameux et connu sous le nom d'Edit perpétuel, qui confirmait la pacification de Gand, rompait les alliances et les confédérations tant offensives que défensives que les Provinces révolutionnées avaient faites pendant les derniers troubles avec des puissances étrangères et rendait la liberté aux membres du Conseil d'Etat. Cependant Mansfelt qui était du nombre de ces derniers, ne fut relâché que deux mois après ses collègues, et encore fallut-il l'intervention du roi de France pour procurer sa délivrance, tant la populace, mal informée, était irritée contre lui parce que sans doute elle était instiguée par les agents de Guillaume-le-Taciturne, par vengeance de ce qu'il avait obtenu la jouissance de la terre de Vianden et autres dans le Luxembourg, lesquelles avaient été saisies sur la maison de Nassau-Orange et séquestrées par ordre du roi d'Espagne.
Le nouveau gouverneur général 6t son entrée à Bruxelles le 8 mai 1 577 et chargea d'abord Mansfelt, en exécution des clauses de l'édit perpétuel , du soin de conduire hors des Flandres et du Brabant, par le Luxembourg, les troupes espagnoles, italiennes et bourguignonnes, lesquelles s'élevaient à trente mille hommes, pour les faire rentrer dans lenrs pays respectifs. Il était en marche pour remplir cette commission lorsque Don Juan, forcé de fuir
dans le Luxembourg par suite des menées du prince de Nassau-Orange, le rappela promptement avec ses soldats pour Tenir à son secours. Mansfelt obéit, et dans les premiers jours de 1578 le gouverneur général se vit à la tète de vingt mille hommes qu'il conduisit vers les frontières de Bradant où il attaqua les confédérés le 31 janvier avec tant de vigueur près de Gemhloux, qu'il les mit dans une déroute complète. Cette victoire fut suivie de près de la reddition de Louvain, Arschot, Sichem, Diest, Philippeville, Limbourget de plusieurs autres places dont la plupart furent conquises par Mansfelt.
La mort inespérée de Don Juan, arrivée le 1" octobre de la même année 1 578, mit fln à ses conquêtes. Mansfelt pleura sincèrement ce prince qu'il affectionnait beaucoup, tant à cause de ses grandes qualités qui furent longtemps méconnues, qu'en mémoire de l'amour qu'il avait jadis porté à son père.
Alexandre Farnèse, prince de Parme, lui succéda.
Les confédérés s'assemblèrent le 29 janvier 1579 à Utrecht et y conclurent le fameux traité-d'union qui servit plus tard de base à la République batave.
En arrivant dans les Provinces belgiques, Alexandre Farnèse avait voulu réduire les mécontents par les négociations ; mais ayant vu bientôt qu'il n'avait aucun succès à espérer par celte voie il eut recours aux armes et marcha d'abord contre Maastricht dont il fit le siège. Mansfelt y assista et se distingua à son ordinaire. Après bien des peines et des péripéties sans nombre cette Tille fut prise le 29 juin 1579 et livrée au pillage.
Après la reddition de Maastricht Mansfelt fut envoyé avec un gros détachement dans la Gucldre. La promptitude qu'il mit à y appaiscr les troubles lui permit de se diriger encore pendant la même campagne du côte du Ilainaut et de l'Artois ainsi que vers les environs de Lille et de Douai. Pendant les premiers jours de décembre il se trouva devant Le Quesnoy dont il obli-
gea la garnison à se livrer à discrétion, et il en fit pendre une partie avec le gouverneur qui s'était obstiné à défendre son poste. Deux jours après il emporta*. Cornmines et les trois mille hommes qui y étaient en garnison furent faits prisonniers de guerre. Ce hardi coup de main intimida si fort ceux qui gardaient le château de Varnesdonck qu'ils l'abandonnèrent précipitamment et sans attendre son arrivée. 11 y mit deux cents hommes de garnison et s'achemina sans s'arrêter vers Courtray et Mortagne qui se rendirent par capitulation. De là il courut sur Lille d'où il chassa un détachement ennemi occupé à ravager les abords de cette ville et qui avait déjà mis le feu à quelques maisons du faubourg.
Enfin il couronna cette campagne par la soumission de St. Amand.
Le gouvernement pour récompenser tant de succès , nomma Mansfelt gouverneur et capitaine général de cette partie des Provinces belgiques.
L'année suivante Alexandre Farnèse lui donna la direction du siège de Bouchain dans le Hainaut. Cette place quoique assez forte et située dans le voisinage de Cambrai dont les confédérés étaient les maîtres, ne se voyant pas en état de résister longtemps à la force des attaques des assiégeants, demanda à capituler et la garnison obtint des conditions favorables , parce que Mansfelt ne pouvait pas soupçonner la lâche perfidie du Gouverneur Villers qui , avant de sortir de la ville avait fait creuser dans plusieurs directions des mines qui ayant été mises en jeu renversèrent plus de cent maisons et ensevelirent une partie des habitants sous leurs ruines : cependant les espagnols n'en reçurent aucun dommage parce que marchant au pas lorsqu'ils entrèrent , l'éclat des poudres avait fait ses ravages avant leur arrivée.
De là notre héros marcha contre Nivelles dont la garnison se rendit le 5 octobre 1581 après trois jours d'attaque:
Mansfelt en fit pendre une partie et accorda à l'autre la vie et la liberté. Le
gouverneur fut retenu prisonnier pour l'échanger contre la princesse de Nivelles que ce gouverneur avait faite prisonnière quelque temps auparavant lorsqu'il s'était emparé de cette ville par les confédérés.
Ayant enfin fait subir en 1582 à peu près le même sort à Vilvorde et rendu ainsi impossibles les courses des ennemis dans le Hainant et la province de Namur, Mansfelt joignit ses troupes à l'armée d'Alexandre Farnèse et assista avec ce prince à la prise de Tournai et d'Audenarde après quoi il repassa en 1583 dans son gouvernement de Luxembourg pour donner la chasse à quelques régiments espagnols qui s'étaient révoltés faute de paye et qui comme liai eut des pillages dans ce pays.
Les mutins s'étaient retranchés près de St. Vith lorsque avec les garnisons des places voisines qu'il avait réunies il les attaqua le 21 août et en fit un horrible carnage, massacrant les uns et chassant les autres hors du Duché.
Mansfelt était à peine revenu dans ses foyers que sa présence dans les Pays-Bas redevint nécessaire pour aider a l'exécution des projets que le prince de Parme avait arrêtés après la mort de Guillaumele-Taciturne qui fut comme on sait , assassiné le 10 juillet 1584, à l'instigation de la cour d'Espagne: il s'agissait en effet de récupérer Anvers. Le Gouverneur de Luxembourg mandé en diligence se rendit précipitamment à l'armée de Flandre qui s'était déjà emparée de plusieurs postes dans le dessein de serrer Anvers de plus près. Dès son arrivée Alexandre Farnèse lui donna le commandement d'une partie de ses troupes avec commission de s'assurer des frontières du Brabant. Il passa en conséquence l'Escaut à Rupelraonde snr un- pont de bâteaux qu'il fit jeter sur le fleuve et vint camper à Stabrœcb à quatre lieues de Lille. Il s'y tint retranché jusqu'à l'arrivée de Farnèse qui l'emmena à la conquête de Tcrmonde.
Cette ville qui se rendit après onze jours d'attaque livra un passage libre pour entreprendre le siège d'Anvers dans les règles.
Les confédérés qui connaissaient l'importance de cette ville , ne voulurent rien négliger pour s'en assurer la conservation. Ils conclurent en conséquence le 10 août 1585 avec Elisabeth reine d'Angleterre un traité par lequel cette princesse s'obligeait à leur fournir de puissants secours. Mais tous leurs efforts furent inutiles.
En effet , Farnèse avait pris toutes les mesures et les précautions imaginables pour assurer la conquête qu'il méditait. 11 lit jeter sur l'Escaut ce pont remarquable , de deux mille quatre cents mètres de long, pour faciliter la communication des deux armées mais surtout afin d'empêcher les assiégés de recevoir les secours qu'ils attendaient: aux deux extrémités de ce pont il fit construire des forts dont l'un fut nommé la tête de Flandre et l'autre celle de Brabant. Mansfelt eut la garde de ce dernier. Ces ouvrages étaient destinés à mettre le pont hors de l'insulte des ennemis qui firent des efforts presqu'ioooïs pour le détruire. Ces gigantesques constructions terminées il ne s'agissait plus pour réduire la ville, que d'emporter la digue de Cowenstein qui était défendue par treize forts. Farnèse donna le signal de l'attaque et fut le premier à mettre son ordre à exécution : il s'élança dans l'eau jusqu'à la ceinture , suivi des siens , et harcela l'ennemi dans ses retranchements pendant que Mansfelt secondait ses efforts avec toute la valeur possible , puisque repoussé deux fois avec perte il ne se déconcerta pas, rassembla à la hâte les débris de ses colonnes et revint à la charge avec la plus imperturbable intrépidité. La digue fut enfin forcée par lui après huit heures d'un combat des plus acharnés où périrent plus de deux mille hommes de part et d'autre.
Ainsi que les assiégeants l'avaient prévu, la prise de la digue emporta celle de la ville qui fut obligée de capituler le 17 août 1585 et après un an de siège.
On rapporte que le roi Philippe II ayant pendant le siège d'Anvers conféré au duc de Parme son ordre de la Toison d'or , ce prince ne voulut l'accepter qu'a-
près la reddition de la place ; et que dès après la capitulation, avant même d'entrer dans la ville il fit prier Mansfelt de se rendre au fort St. Philippe placé en tête du pont qu'il avait fait construire, et que là il lui déclara qu'il voulait bien maintenant recevoir le collier de ses mains; «car, ajouta-t-il, Tordre insigne que mon « souverain me donne ne saurait être ap- « pendu à mon col par des mains plus « dignes. »
L'avantage immense que les espagnols venaient de remporter par la prise d'Anvers les anima de plus en plus à poursuivre leurs conquêtes sur les confédérés. Farnèse se mit en conséquence en marche, accompagné de l'intrépide Mansfelt et alla en 1586 soumettre successivement Venloo et Grave; puis il vola au secours d'Ernest de Bavière électeur de Cologne. Mais sa présence y devint bientôt inutile puisque les factieux contre lesquels il se disposait à combattre étaient trop faibles pour pouvoir opposer une résistance sérieuse à tant de forces réunies. Alexandre Farnèse retourna donc dans les Pays-Bas d'où il avait projeté de joindre ses vaisseaux à la flotte dite l'invincible qui devait être destinée à investir l'Angleterre. Mais la défaite complète qui suivit cette entreprise obligea le gouverneur-général à diriger ses forces vers un autre point. Mansfelt avait été chargé du Gouvernement-général pendant l'absence du duc de Parme : il reçut encore Tordre d'aller se mettre à la tête des troupes qui avaient été laissées dans Télectorat de Cologne , sous la conduite du prince de Chimay pour terminer la guerre dans ce pays. Mais ayant reçu en chemin la nouvelle de la réduction de Bonn avec la soumission de Télectorat entier, et ses troupes étant d'ailleurs encore en bon état il les dirigea vers la Gueldre , toujours sur Tordre de Farnèse qui lui avait commandé de chasser la garnison de Wachtendonck (1588) parce qu'elle ne cessait de commettre des pillages dans les environs.
Bien que le succès de cette nouvelle
expédition parût fort douteux à cluse de la saison avancée et que d'ailleurs la place était abondamment pourvue de munitions et de vivres, le comte de Mansfelt qu'aucune difficulté ne rebutait, qu'aucun péril n'arrêtait, marcha à cette entreprise comme à une conquête assurée. Il fil d'abord investir la place et repoussa l'ennemi pendant plusieurs sorties jusqu'à ce que ses batteries fussent en état d'être mises en jeu pour battre les murs en brèche. De son côté le gouverneur de la ville ne se déconcerta pas; il faisait réparer de la nuit les dégâts que les assiégeants faisaient pendant le jour ; et le siège aurait été traîné en longueur si Mansfelt, voulant en finir, n'avait employé les bombes qui venaient seulement d'être inventées. Presque toutes les maisons étaient déjà réduites en cendres par ces terribles projectiles et les souterrains enfoncés, que le gouverneur ne songeait pas encore à se rendre, lorsque les bourgeois craignant pour leur vie ainsi que pour le reste de leurs propriétés se révoltèrent contre la garnison et menacèrent d'ouvrir les portes aux assiégeants. Mais le Gouverneur les appaisa par de belles paroles ; après quoi il commanda une nouvelle et vigoureuse sortie qu'il dirigea lui-même et dans laquelle il périt avec beaucoup des siens. Le reste de la garnison, qui n'avait pu se sauver qu'à grande peine, rentra dans la place et se rendit à discrétion , le 26 décembre 1588, après un siège de deux mois.
La conduite de Mansfelt, qui à l'âge de soixante-onze ans avait encore soutenu avec tant de fermeté de si pénibles travaux, plut tellement à Alexandre Farnèse qu'il écrivit expressément au Roi pour le lui recommander d'une manière toute particulière. Et cependant malgré ce grand âge qu'il avait lui-même reconnu au héros, il ne laissa pas que de le charger encore dès la campagne suivante (1589) d'un nouveau commandement dans une expédition dirigée contre lleusdin qu'il &e contenta de bloquer jusqu'à ce qu'il eut pris Hemert. Mais comme il tenta simultané-
mont une surprise infructueuse contre Bommel , le fruit de son entreprise de ce côté fut perdu : En effet , l'ennemi ayant lâché toutes les écluses il fnt obligé de se retirer et d'abandonner même quelques forts dont il s'était déjà rendu raaitre.
Ce revers ne déconcerta pas Mansfelt:
il se jeta incontinent sur la ville de Sevenberg qu'il emporta avec le château après quelque résistance. Mais comme il ne put réduire le fort qui y était contign et sans lequel ce poste était intenable , il l'abandonna, se bornant à la prise des châteaux de Heel et de Hemert. Il passa ensuite la Meuse pour entrer dans l'île de Thiel: mais la fortune qui semblait en ce moment prendre plaisir à traverser ses desseins excita ses troupes à la révolte pendant qu'elles étaient en pleine marche. Les espagnols en vinrent aux mains avec les italiens , et en un clin d'œil toute l'armée se trouva dans un desordre complet. Mansfelt accourut au milieu des combattants pour calmer les esprits, mais il ne put y réussir et il essuya même plusieurs coups de mousquets : force lui fut donc de conduire les mutins en garnison à Grave où il Gt sévèrement punir les auteurs de la rébellion.
Malgré que la campagne de 1589 eût été à peu près infructueuse en gloire pour Mansfelt comme en profit pour la couronne d'Espagne , la renommée bien méritée du général luxembourgeois ne perdit rien de son prestige aux yeux du Gouverneur-général. Car lorsque ce dernier partit en 1 590 avec une armée de dix-nuit cents hommes au secours du roi de France il remit de nouveau à notre Comte les soins de l'administration dans les Pays-Bas pendant son absence.
Le peu de troupes qui étaient restées dans ces provinces ne purent être efficacement opposées aux entreprises du Prince Maurice, de Nassau qui en définitive resta maître de la campagne après avoir repris Hemert , Elshout , Crevecœur , Ter- Heyden et Steenberg d'où il se dirigea avec trois mille hommes sur Dunkerquc
qu'il pensait emporter par surprise. Tant de progrès étaient faits pour alarmer le comte de Mansfelt qui se hâta de passer en revue trois régiments allemands qu'il chargea de tenir tête à l'ennemi. Mais ces soldats refusèrent d'obéir à moins de recevoir leur paie d'avance. Dans cette perplexité il crut pouvoir leur faire distribuer l'argent qui était destiné à la solde des garnisons de Zutphen et de Heerenthals , et iU marchèrent. Cependant la résolution qu'il avait été forcé de prendre , pressé qu'il avait été par les circonstances, ne manqua pas de produire un contre-coup fâcheux , en ce que les soldats de ces deux garnisons ne recevant pas leur paie menaçaient de se mutiner et de se livrer à des désordres dont les suites ne pouvaient être calculées d'avance. Mansfelt sut les contenir dans le devoir en leur promettant qu'au retour du Prince Gouverneur-général ils recevraient ponctuellement leur arriére:
ce qui fut exécuté en effet.
L'année suivante, 1591, Alexandre Farnèse marcha de nouveau au secours du roi de France et confia encore au comte de Mansfelt les soins du Gouvernement général des Pays-Bas. Tout y fut tranquille pendant son absence et aucun événement de marque ne se présenta, excepté quelques actes de brigandage commis par des mécontents contre lesquels Mansfelt envoya trois cents hommes de troupes qui les eurent bientôt mis à la raison.
En 1592 les confédérés mirent sur pied une nombreuse armée avec laquelle ils se rendirent maîtres de Cœvorden, de Steenwick , d'Ootmsersen et de plusieurs autres places sans que ni le Gouverneur-général ni Mansfelt pussent s'opposer à ces conquêtes ; et pour combler la mesure du désastre, Alexandre Farnèse lui-même vint à mourir à Anvers le 3 décembre.
Le lendemain le comte de Fuentés s'étant rendu à Bruxelles s'empressa d'assembler le Grand-Conseil et proclama, en vertu des pouvoirs dont il était pourvu , le comte de Mansfelt Gouverneur-général des Pays-Bas, honneur qui jusqu'alors
n'avait été conféré qu'à des princes et princesses de sang.
Dès le 5 janvier suivant (1593) le nonveau Gouverneur-général fit publier un édit par lequel il était expressément défendu de payer à l'ennemi des contributions quelconques. Les confédérés frappés au cœur par cette mesure de haute politique destinée à leur ôter les ressources nécessaires pour solder leurs troupes , répondirent à cet ordre par la menace d'exiger les subsides par le fer et le feu. ce qu'ils auraient exécuté sans doute si Mansfelt n'avait pas cédé en révoquant son ordonnance pour laisser le tout dans le statu quo précédent. Il leva sor ces entrefaites une armée de quatre mille hommes dont il donna le commandement au comte de Berlaimont qu'il envoya contre Philippe de Nassau qui faisait des courses continuelles dans le Luxembourg et le Lirabourg ; mais il fut bientôt obligé de rappeler une partie de ces forces pour s'opposer au dessein des ennemis qui, ayant fait mine d'attaquer Dunkerque vinrent le 28 mars investir Gertruydenberg par terre et par mer. Le Prince Maurice qui conduisait ce siège fit d'abord travailler en même temps aux lignes de circonvallation et de contrevallation , et fortifia les unes et les autres avec tant d'art et de précaution qu'il sut mettre en peu de temps son camp à l'abri de toute insulte.
De son côté Mansfelt convoqua k Anvers un grand Conseil de guerre dans lequel on arrêta les mesures qu'on jugea nécessaires et utiles pour venir au secours de la place assiégée ; et le 6 mai il se mit luimême à la tête de onze mille hommes avec lesquels il vint camper le 26 du même mois à Osterhout en vue du quartier de Maurice. Il commença par faire exécuter à ses troupes des marches et des contremarches presque continuelles, dans l'espoir d'attirer l'ennemi au combat; mais comme après plusieurs jours de ces manœuvres il vit qu'elles ne produiraient pas l'effet espéré il résolut d'attaquer le prince dans ses re-
tranchements mêmes. A cet effet il fit demander dix pièces de canon de gros calibre au comte de Fuenlès qui se tenait à Anvers. Mais celui-ci, on ne devine pas pour quel motif, ne lui en envoya que deux. Mansfelt en les voyant arriver, dit tout en colère et comme animé d'un esprit prophétique : « si Fuenlès veut remettre « Gertruydenberg entre les mains de l'en- « nemi j'en serai l'innocent spectateur. » Et en effet l'événement vérifia ses prévisions: car après avoir tenté plusieurs fois mais sans succès de donner des secours aux assiégés ceux-ci se virent contraints de capituler le 24 juin, après une vigoureuse résistance.
Mansfelt qui ne dut cet insuccès qu a une secrète jalousie de Fuentès , ne décampa de devant les lignes ennemies que le lendemain de l'occupation de Gertruydenberg. Il marcha sans perte de temps vers l'Ile de Bommel dans le dessein de reprendre Creveeœur, fort situé sur la Meuse a l'embouchure de la Deise. Mais ayant été repoussé trois fois avec grande perte il se retira le 6 juillet vers Vtiemen et Engelen, et ne pensa plus qu'a assurer la conservation de Bois-le-Duc.
La bourgeoisie de cette ville était alors divisée en factions , ce qui fut cause que les troupes qu'il y envoyait en garnison ne furent point admises. Tout ce qu'il put obtenir fut d'y faire entrer son artillerie. Il laissa cependant une partie de cette artillerie autour de la place pour la couvrir contre les insultes de l'ennemi et vint luimême camper à Os.
Le fort qu'il fit élever en même temps à Orthen, afin de mieux tenir la garnison de Crèvecœur en bride, alarma les habitants de Bois-le-duc qui se crurent à la Veille de se voir en proie h l'un ou à l'antre parti. Dans cette pensée ils firent une vigoureuse sortie, démolirent le nouveau fort et obligèrent les troupes qui campaient autour de la ville à se retirer. Mansfelt qui se trouvait en ce moment en Frise ou il était allé amener des secours, ne put punir cet acte de témérité inconsidérée. Il
laissa le général Verdogo (v. son art.) qui devint son gendre, dans la Frise afin d'y maintenir la tranquillité et revint en diligence à Bruxelles où des troubles avaient éclaté parmi les troupes espagnoles qui se plaignaient de ne pas recevoir leur paie.
Les brigandages que ces mutins exerçaient dans le Hainaut et dans l'Artois furent même cause que Hansfelt se trouva dans l'impossibilité d'arrêter les courses du comte de Solms dans le pays de Wacs, ni de tenir tête à l'armée du prince Maurice de Nassau. Il chercha cependant à opposer la ruse à la force ouverte, et fut sur le point de se voir maître de Zierickxée, par intelligence avec un traître qu'il avait su gagner : mais ce dernier ayant été fait prisonnier son espérance fut trompée.
Sur ces entrefaites Philippe II avait conféré le Gouvernement général des Pays- Bas à 1 archiduc Ernest, frère de l'empereur Rodolphe. Dès que Mansfelt en eut reçu la nouvelle, il alla à sa rencontre jusqu'à Luxembourg où il le reçut avec toute la magnificence possible, le 17 janvier 1594, loi remit ses pouvoirs et l'accompagna à Bruxelles d'où il revint bientôt dans sou gouvernement pour s'opposer aux projets du roi de France qui, secondé par les troupes auxiliaires du prince Louis de Nassau, méditait d'envahir la province.
Aussitôt après son arrivée il envoya aux frontières un corps de quatre cents suisses que le nouveau gouverneur - général des Pays-Bas avait mis à sa disposition.
Cet acte de prudence, qui valut à Mansfelt le titre de prince du Saint -Empire, pour lui et ses descendants de l'un et de l'autre sexe, que l'empereur Rodolphe II lui conféra par Patentes datées de Prague le 4 mars de la même année 1594, était destiné à garantir le pays contre toute attaque à l'improviste.
L'année suivante les Pays-Bas perdirent encore une fois leur Gouverneur-général par le décès de l'archiduc Ernest qui mourut en février 1595. Le comte de Fuentès fut chargé de l'intérim jusqu'à l'arrivée du Car-
dinal-Archiduc Albert d'Autriche. Mansfelt conduisit ce prince à Luxembourg à la tête de cinq compagnies de cuirassiers et de mille lances. Il fit son entrée solennelle à Bruxelles le 11 février 1596.
Les progrès que l'archiduc fit d'abord en Picardie malgré la rigueur de la saison et les forces que la France lui opposait furent d'heureux présages pour son gouvernement futur. Mansfelt raccompagnait en qualité de maréchal de camp lorsque le maréchal Biron, voulant profiter de son absence pour tenter une surprise contre la ville de Luxembourg, investit cette place pendant une nuit profonde et tenta d'en escalader les murs le 17 novembre 1597. Mais la vaillance de la bourgeoisie qui se réunit à la faible garnison commandée par Jacques de Raville sut déjouer ses projet* et culbuter son monde. Dès que Mansfelt eut reçu avis de cette glorieuse défense il se hâta d'en faire un rapport détaillé à l'archiduc qui écrivit le 10 décembre 1597 une lettre très-flatteuse à ces courageux défenseurs de leur cité.
La paix ayant été conclue sur ces entrefaites, Mansfelt revint en 1599 dans sou gouvernement à Luxembourg où il attendit le retour de l'archiduc Albert qui était allé en Espagne épouser l'infante Isabelle- Claire-Eugénie: cette princesse, fille de Philippe II, apportait pour dot les Pays- Bas et la Bourgogne que son père lui avait cédés en toute souveraineté par acte du 6 mai 1598.
Mansfelt alla au-devant des nouveauxmariés qu'il reçut à Luxembourg le 21 août 1599, à la tête de toute la noblesse du Pays, au milieu d'une haie formée par la bourgeoisie rangée sous les armes et au bruit de l'artillerie des remparts. Le lendemain il y eut fête et grande réception dans son palais, à Clansen, faubourg de Luxembourg ; puis il accompagna ses augustes hôtes jusqu'à la frontière du Brabant.
Revenu dans la capitale du pays, Mansfelt y vécut tranquillement jusqu'en 1602 où, ayant fait défense aux habitants du
Luxembourg de payer des contributions à l'ennemi , le comte Louis de Nassau y pénétra à la téte de mille chevaux et de douze cents fantassins, mettant tout à feu et à sang. La ville de St. Vitb qu'il avait d'abord attaquée, s'était déjà rendue par capitulation, le 11 novembre (1602), et avait été obligée de payer une rançon de trente-deux mille écus afin d'être préservée du pillage et de l'incendie dont le prince Nassauvîen l'avait menacée en cas de refus. Bastogne , Marche , St. Hubert et plusieurs autres petites places étaient menacées de subir le même sort si elles n'avaient pas été mieux défendues par leurs habitants auxquels les paysans des environs étaient venus se joindre. Enfin les troupes hollandaises après avoir rapidement étendu leurs ravages jusqu'aux portes mêmes de Luxembourg, prirent le parti de se retirer emmenant avec elles un butin considérable avec plusieurs Otages, sans que Mansfelt eût pu s'y opposer à cause de la faiblesse de sa garnison et de la lenteur que les secours qu'il avait demandés dans les Pays-Bas mettaient dans leur marche : Ces troupes auxiliaires commirent même sur leur passage, disent les chroniques contemporaines, de plus grands désordres que l'ennemi, parce qu'elles ne recevaient pas leur paie assez régulièrement.
Dans ces conjonctures déplorables Mansfelt crut devoir faire son testament le 2 décembre de la même année 1602. Par cet acte il légua ses tableaux, ses statues et les plus riches meubles de son palais à Philippe III, roi d'Espagne, et le palais même à l'archiduchesse-infante Isabelle- Claire -Eugénie: Cependant comme cet édifice était chargé de plusieurs dettes assez considérables la princesse refusa le legs qui, étant resté abandonné et sans entretien, ne tarda pas a tomber en ruines.
Enfin ce grand homme mourut le 22 mai 1604, à cinq heures du soir , à l'âge de 86 ans, 10 mois et 2 jours, avec la réputation d'un des plus vaillants généraux et des plus expérimentés administrateurs
de son temps. Son corps fut embaumé et resta exposé sur un lit de parade pendant huit jours, c'est-à-dire jusqu'au 1" juin où les États et la noblesse du Pays procédèrent à son inhumation avec toute la pompe qui était due aux hautes qualités comme aux éminentes dignités du défunt.
Comme toutes les bouches dans le Luxembourg ne prononcent encore aujourd'hui le nom de cetéminent personnage qu'avec un religieux respect, il nous sera bien permis de nous étendre dans son article, en rapportant tout ce que nous avons pu recueillir sur son compte. C'est ainsi que nous donnerons ici le récit de l'ordre de sa pompe funèbre, la description de son mausolée et finalement des indications sur ses alliances et ses enfante.
L'ordre du cortège funèbre a été le suivant :
1° Cinquante-deux bourgeois rangés deux à deux et portant des cierges allumés.
2° Les ordres religieux de la ville, savoir: les récollets et les dominicains; puis environ soixante-dix prêtres séculiers ; enfin les bénédictins de Munster suivis de leur abbé, le Père Pierre Roberti et le Père Jean Bertels , abbé d'Echternach.
3" Les domestiques de la maison du défunt, en grand deuil.
4° Le premier cheval de bataille, couvert de drap noir et conduit par Herman de Larochette et par Philippe de Waldeck.
8° La bannière de la province de Luxembourg , portée par Théodoric de Lonzen, dit Roben.
6° L'écusson de la Maison de Mansfelt, porté par Geoffroy de Hœngen de Wassebourg.
7° Les éperons d'or, portés par Ernest de Munichausen.
8° Le casque et les gantelets de fer, portés par Charles de Munichausen.
9° L'épée dans le fourreau, portée par Michel de Wopersnow.
10° La cotte d'armes, par Gérard, baron de Schwartzembourg.
11° Le bâton de commandeur, par Pierre, baron de Brandenboarg.
12° Le second cheval de bataille, conduit par Pierre-Ernest de Larochelle et par François Du Mont.
13° Le troisième cheval, conduit par Guillaume de Hattstein et Jean-François de Raville.
14° L'épée de commandement, portée par Salentin Faust de Stromberg.
15° La couronne de prince, portée par Godefroy d'Eltz.
16* Le collier de la toison d'or sur un coussin de velours noir, jwrté par Eustache de Municbausen, seigneur d'Esch-sur-la-Sôre.
17° Le corps, dans un cercueil de plomb, porté par : a. Bernard de Mctzenhausen , seigneur de Linsler ; b. Oswald de Larochette , seigneur de Merscb et de llefllngen; c. Charles de Daun , seigneur de Sassenheim ; d. Engelbert d'Autel , seigneur de Bertrange ; t. Jean-Henri Schloder de Lachen , seigneur de Schœnfellz ; /. Jean-Frédéric de Gondersdorf , seigneur de Neuerbourg ; g. Frédéric de Steio; h. Nicolas de Laittre ; ». Ernest Fock , de Heisdorf.
Aux deux cotés marchaient trente-six personnes , toutes couvertes de deuil et tenant en main des flambeaux allumés.
18° Le président et les membres du Conseil provincial , précédés de dix huissiers.
19° Le prévôt de la noblesse.
20° Le bourgmestre de la ville, les échevins et les gens de la justice.
21° Douze hallebardiers suivis de deux cents bourgeois avec les armes traînantes.
Les restes mortels du héros furent déposés à coté des corps de ses deux épouses et de deux de ses 61s qui étaient morts avant lui , dans le caveau qu'il avait fait pratiquer sous la chapelle annexée , du côté de l'Orient , a l'éguse des récollets , la plus vaste et la plus belle de la ville de Luxembourg.
Cette chapelle , construite par ordre de Mansfelt en 1586 , avait un bon tableau
représentant la résurrection , peint par Martin de Vos, d'Anvers. Le fondateur y avait attaché un capital de deux mille florins de Brabant , dont les revenus étaient destinés à un anniversaire à perpétuité et à une messe haute à chanter le jeudi de chaque semaine.
Au centre de cette chapelle se trouvait placé le mausolée du comte de Mansfelt. C'était un bloc de marbre noir , de six pieds huit pouces de long sur cinq pieds et quatre pouces de large et trois pieds quatre pouces de haut, sur lequel se trouvait couché sur une natte , roulée en haut pour former coussin , le prince Pierre- Ernest entre ses deux femmes , Marguerite de Brcderode et Marie de Montmorency.
Ces trois ûgures , d'un beau travail, étaient en bronze et plus que de grandeur naturelle. Le comte était vêtu à la mode des capitaines espagnols de son siècle : il avait les cheveux courts et la barbe à l'espagnole , la couronne de prince sur la tôte, portant une fraise au col et couvert de son harnachement sur lequel était passé le manteau avec pélérine en hermines. Sur la cuirasse on voyait le collier de la toison d'or. Il portail sa main droite à la téte et la gauche à un coutelas ou couteau-poignard pendu à la ceinture. A ses pieds (la jambe droite était un peu relevée) se trouvait un lion supportant dans une de ses grilles les armes de la maison du défunt. A droite et à gauche on voyait son casque et ses gantelets.
Ses deux épouses étaient couchées de même et dans l'attitude du sommeil. Elles portaient des couronnes princières , des fraises ainsi que des robes à manches longues et étroites allant jusqu'aux poignets. A leurs pieds se trouvaient des chiens , symbole de la fidélité conjugale. Les figures, dit-on, étaient faites d'après nature et très ressemblantes.
Aux quatre coins du cénotaphe se trouvaient des piédestaux en marbre noir , supportant des pleureuses en marbre blanc. Les côtés étaient ornés de bas-
reliefs en bronze. Sur le derrière Charles, un de ses fils naturels et aumônier de l'Infante Isahelle-Claire-Eugénie (v. son art.), avait fait graver en lettres d'or sur une table en marbre noir , l'épitaphe suivante:
QU TCMOtXM VIDES, VlRCM COGITA HlC , ILI.O MAJOR BST
PETRUS-ERNESTUS, S. R. I. Princeps, MANSFELDLE COMES, Eqces Velleris
[aurei :
ex ea stirpe, ou.e et seriem c/esabcm
[auxit.
An ARMA BIT ImPERLA NATTJS
Scb Carolo Ces., Philippo Regb, Al-
[berto Abchid.
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EtROP-E IN se occlos CONVBRTIT.
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A Cabolo IX accepit.
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A Farnesio agmttjs.
Honores adjcngo sed maximos Province Luxemborgbnsi annis LIX
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