‹ Biographie LuxembourgeoiseChapitre 8 sur 98 · NATA · texte numérisé non relu

NATA

Marchionissa Badbnsis,

FbLIX TRICM FILIORUM ET FNIDS FILliE EX BODBM PRINCIPE MATER, PONI BT INSGRIBI MOBSTA CURAVIT ; QVM ANNO CtlRISTl MDCLXXV,

jetatis scae LXXV, pariter pie oefuncta bidem tumui.o 1l-

[lata.

Pus Manibcs Cbristiake lbctor fave.

Herman- Fortuné marquis de Badcn a été marié deux fois : En premières noces à Antoinette de Cr change, d'où naquirent: MarieSidonie qui fut réponse de Philippe- Fréderic-Cbristophe, prince de Ilohcnzollern - Heckîogen ; et Charles - Guillaume- Eugène, chanoine à Cologne. En secondes noces à Marie-Sidonie, comlesse de Falkenslein qui repose à côté de lui et qui lui donna : Philippe-Ballhasar et Marie- Ele'onore-Sbphie, unie en 1665 à Jean- François-Désiré, prince de Nassau-Siegen, morte en couches trois ans après. Les noms des deux autres fils dont parle l'épitaphe transcrite ci-haut ne sont pas parvenus jusqu'à nous.

Mo «su, II, Itf. — Viri illustre» luxcmburgensct, II, 1 !$0. — Juvi»g, Mémoire

BAOEN , Jacques ^ marquis de, était fils de Christophe, Gouverneur de Luxembourg (v. son art.) et d'Ottilie comtesse de Catzenellenbogen. Bien qu'il semble que ce personnage ne soit pas né dans le Pays de

Luxembourg, nous nous croyons autorisé à le comprendre dans cet ouvrage parce qu'il a nécessairement passé une partie de sa vie soit à Luxembourg même , soit dans une des terres que l'empereur Maximilien avait données à son père. Un autre motif a fini par nous convaincre : l'auteur des Viri illustres Ta rangé parmi les illustrations luxembourgeoises. Voici le passage qu'il lui consacre : « 1490. Jacobus Mar- » chio Badensis filius Chrislophori Guber- » naloris et domioi Hypothecarii Ducutus » Luxcmburgensis , Archiepiscopus Trevi- » rensis S. R. 1. Elector ob eximiam Doc- » trinam vilneque probilatem a Sunimo Pon- » tifice ad banc Catliedram promotus. » On raconte en effet de lui que un jour , c'était en 1 505 , dans une assemblée tenue à Cologne et composée de très-hauts personnages il répondit en latin aux légats du Pape, en français aux ambassadeurs de France, en italien à ceux de Venise , en hollandais à ceux des Etats-Généraux et en allemand à ceux de l'Empire. Il était, ajoute-t-on, aussi habile à la guerre que prélat versé dans le Saint-Ministèçe et instruit dans les connaissances humaines.

Jacques de Baden avait à peine vingtdeux à vingt-trois ans d'Age lorsque Jean II, né comme lui des marquis de Baden, Archevêque de Trêves et son oncle, qui se trouvait cassé de vieillesse, le nomma son coadjuteur, le 21 janvier 1493, avec expectative de lui succéder. Jean II étant mort en 1503, le chapitre métropolitain s'assembla suivant l'usage ; mais il y eut scission pour l'élection du nouvel archevêque, la majorité ayant désigné Jacques de Baden tandisque quelques voix s'étaient prononcées pour Georges , comte palatin, prévôt de la cathédrale de Mayence. Mais le Pape trancha la difficulté en confirmant Jacques marquis de Baden; Georges eut la générosité bien rare pour cette époque, de céder sans protestation.

Sans entrer ici dans des détails sur la sagesse de l'administration de notre prélat , sagesse dont tons ses biographes s'accordent à faire l'éloge, nous mentionnerons simplement que ce fut lui qui concéda en

1505 à la Tille de Cochem le marché hebdomadaire qui s'y tient encore de nos jours, et qui depuis a acquis tant d'importance.

L'archevêque Jacques de Baden était en voyage pour , par commission de l'empereur , se rendre à Cologne à l'effet de régler quelques différents qui s'étaient élevés dans cette ville lorsqu'il tomba malade , les uns disent déjà à Coblence , les autres à Cologne même , et mourut quelques jours après dans cette dernière ville, le 27 avril 1511, à l'âge de quarante ans. Sa dépouille mortelle a été ramenée dans son diocèse et inhumée dans l'église de S1. Florin à Coblence.

La médisance qui s'attache de préférence à ternir les réputations les plus intactes , a répandu le bruit que ce grand homme aurait succombé aux coups d'un homme de la lie du peuple, dans des circonstances peu dignes de sa position: il se serait , dit la chronique de liesse , introduit nuitamment dans la maison d'un cocher de Coblence dont la fille lui avait inspiré un violent amour , et que le père l'ayant surpris avec elle sans le reconnaître, l'aurait si rudement frappé qu'il en serait tombé dangereusement malade. Que ne voulant pas rester dans cette ville il se serait fait embarquer de suite pour arriver à Cologne à l'effet de se faire soigner; mais qu'il serait mort en route Quoiqu'il en soit de ce conte que nous nous croyons autorisé à traiter de calomnie, il n'y a, que nous sachions, que le seul ouvrage que nous venons de citer et Moreri, qui en porte la relation, tandis que les auteurs les plus graves ne tarissent pas dans les éloges qu'ils donnent à son caractère, à ses mœurs et à sa

science.

Viri illoatra. I, W 29.— Moit*a et Wtttwmci, edit. Grttoran TreTircnunm , II , 5tfl , aqq. et AnnoUtione». 54. — Ifoatai, II, 13. — Ai Honnni, Hittoria Trevireosit diplomatie*. II, 491 ad «84; Htm, Prodromn. Hiitari* TrerireMt» , II, 8JJ7.- Mamb, Epi tome Anaalian Trevirenstam, 691, tqq. — Bae»'ia, Annales et Antîqnitate» Tre*iren»rt, II 511, «qq— Pi«*mt, I, fol. LVIII. et IIX-Cloim,

Note* manaterite* — Shimumm, 8eleet jur. et hiatot. (Chronieoo Ha*»ae«a, c 81.) V. 808, iq -Bmt«u , 191.

BADEN, Philibert , marquis tte, était fils de Bernard marquis de Baden, Gouverneur de Luxembourg (v. son article), et de Françoise de Luxembourg-Ligny , comtesse de Brienne et de Roucy. Ce personnage choisit la carrière des armes et s'attacha au roi de France contre les Huguenots, comme nous l'apprend l'auteur des Viri illustres: « 1569. Philibertus « marchio Budensis Bernardi et Francise» « Luxemburgicœ Comitissa» ex Rutlich fi- «lius adduxit 5,000 Equitum Germani- « corum Régi Galliœ auxilio contra Hu- « guenotas , occubuit ad Monconturum in « prœlio. »

La célèbre bataille de Moncontour a été livrée comme tout le monde sait, le 3 octobre 1569. Philibert de Baden n'était âgé que de 33 ans. Il avait épousé Mathilde, duchesse de Bavière, fille de Guillaume IV de ce nom, laquelle lui avait donné Philippe qui fut dans la suite duc de Bavière ; Jaqwtline, mariée à Jean- Guillaume duc de Clèves et morte en 1597 ; Anne-Marie, épouse d'Albert baron de Rosenberg; et Marie-Salomé , femme de Georges-Louis, Landgraf de Leuchtenberg, et morte en 1600. Mathilde de Bavière était morte le 2 novembre 1569, quatre ans avant son mari.

Viri illualrea, II, N° 19. — Moaaai, II, Itf.— Pubbct, III. -Bitifi*. 191.

BADEN, Philippe , marquis de, était quatrième fils de Christophe , marquis de Baden (v. son art.) et d'Otilie ou Odile de Catzenellenbogen. Dans le partage de l'hérédité de sa famille il obtint une partie du comté de Spanheim dont il prit le titre qu'il ajouta à son nom patronymique.

L'auteur des Viri illustres verse dans une' erreur manifeste quand il avance qu'il fut Gouverneur de Luxembourg après son père. Voici l'article consacré à ce personnage: «1480. Philippus Marchio « Badensis Cornes Sponheimensis Dominus

«in Rodenmacher et Unseldingen filius « Cbristophori MarchionU Gubernatoris « Luxemburgensis post patrcm ejusdem « ducatus gubcruator quintacius Philip- «pi IV. Hispaoiarum régis.» Il faut lire Charles-Quint au lieu de Philippe IV, car Charles-Quint a régné entre 1516 et 1556 tandisque Philippe IV ne fut assis sur le trône que de 1621 à 1665.

Nous sommes à nous demander les motifs qui ont fait ranger ce personnage au nombre des hommes célèbres du Pays de Luxembourg, par le grave auteur que nous venons de citer, et que nous avons pris à tâche de suivre dans notre ouvrage, cet auteur qui omet dans sa liste tant d'autres illustrations qui réunissent plus de titres que Philippe de Baden pour revendiquer la qualité de Luxembourgeois? Du reste, pour compléter cet article, nous nous contenterons de transcrire la notice que la Biographie universelle a donnée sur lui : « Philippe I, marquis de Baden prit part «aux conférences et aux querelles qu'oc- « casionna en Allemagne la réformation de « Luther. Il assista en 1521 a la diète de «Worms, convoquée par Charles-Quint, «et, en 1526, à celle de Spire en qualité «de commissaire principal. Ce titre lui « donnait, en l'absence de l'Empereur, « l'administration des affaires de religion ; « et c'est sans doute ce qui a fait dire à « quelques auteurs qu'il gouvernait en l'ab- «sence de Charles- Quint. Philippe avait « conclu avec ses frères un pacte de suc- « cession mutuelle qui établissait entre eux «un ordre d'hérédité mâle, à l'exclusion «des filles: le 14 mai 1533, se voyant « sans héritier masculin, il fit à Muhlbcrg un « testament par lequel il partageait ses « états entre ses frères. »

Nous ajouterons finalement qu'il mourut le 17 septembre de la même année, et qu'il avait été marié à Elisabeth , fille de Philippe électeur Palatin et veuve de Guillaume le jeune , Landgraf de Hesse. De ce mariage naquit une fille qui fut nommée Jaqueline , devint l'épouse de Guillaume le jeune, duc de Bavière et mourut le 15 novembre 1580.

Viri illustres, III, K* 181 - IHoiiii, II, Itt.— BciraoL», IV t Liste de* Gouverneur* de Luieiabonrg, aate teittn, XXVI, *q. — liste des Gourerneurs de Luxembourg; msnwserit d'Aux. m Wilt- ■*», Bifel. Luxbg, N« 3079. - L'art, de vérifier le. dates: Charles-Quint Emperear et Roi de Cattille, Arragoa, etc., 484 et 881, •*;. — Biographie «oiverselle. III. 186.-Pi.smt, III. - Bht.ls, 191.

BAILLET, famille originaire de la Lorraine et qui a succédé à la très-ancieuae maison de Boncourt dont elle a pris les armes : d'azur, à la voile de navire d'or, placée en pal et attachée à une antenne posée en fasce , aussi d'or ; au timbre treillé de trois treilles; bourrelet et hachements d'or et d'azur; le tout sommé d'une biche au naturel. Et, depuis 1719, l'écu sommé d'une couronne de comte, moderne. Supports : deux aigles simples, au naturel. Par Lettres -Patentes du 1" septembre 1674, la noblesse des de Baillet fut confirmée dans la personne de Maximilien-Antoine, Conseiller et Receveur- Général des domaines aux Pays-Duché de Luxembourg et Comté de Chiny. Cette famille a produit plusieurs illustrations que nous allons successivement passer en revue.

BAILLET, Christophe-Ernest de, n'est pas mentionnée dans le manuscrit des Viri illustres, vraisemblablement pareequ'il florissait après la rédaction de cet ouvrage, ou qu'au moins il lui a été contemporain.

Ce grand homme naquit à Luxembourg, le 1er septembre 1668, fils de Maximiiien- Anloine, dont il a été fait mention à l'article précédent, et qui, par Lettres-Patentes datées de Madrid avait vu confirmer sa noblesse.

Christophe-Ernest de Baillet choisit la carrière de la magistrature et fut nommé Conseiller-lettré au Conseil provincial de Luxembourg par Lettres de Charles II roi d'Espagne, en date du 23 mars 1699. Quelques années après, le 26 janvier 1704, ses mérites éminents le firent entrer au Grand-Conseil de Malines où il remplit successivement les fonctions de conseillermaître-aux-requètes, puis en 1706 celles de Procureur-général, enfin, celles de Président, par Lettres de l'Empereur Charles

VI en date du 5 août 1716. Lorsque en 1718 ce monarque rétablit le Conseil d'Etat, de Baillet fut nn de ceux qu'il appela à en faire partie (10 avril 1718) et le 21 septembre 1725 il le nomma Chef et Président dn Conseil privé.

Déjà en 1719, le 10 mars, Christophe- Ernest avait été élevé an rang de Comte de son nom , en récompense de ses services et spécialement de la belle conduite qu'il avait tenue pendant les troubles arrivés à Mali nés le 13 juin 1718. Les Lettres-Patentes dépêchées à cet eflet sont trop flatteuses pour que nous ayons pu omettre d'en transcrire ici un extrait:

« dans tous lesquels Employs le-

« dit Messire Christophe-Ernest de Baillet «a donné toutes les marques de zèle et « d'attachement à notre service notamment « dans la dernière émotion suscitée à Ma- «lines le 13 de Juin 1718 où il montra « et fit paroitre une constance et fermeté h toute extraordinaire, et poussé d'un zèle «pour notre service et pour le maintien du « repos publicq et de l'authorité de la Jus- « tice, il y exposa plusieurs fois sa vie a « la fureur de la populace, et en effet sa «conduitte en cette occasion nous ayant « esté si agréable et si conforme à notre «attente, et à ce que nous nous promettons d'un bon serviteur et fidel sujet, « nous crûmes convenable et juste de luy « en marquer , ainsi que nous fismes par aune lettre signée de notre main Royale «en date du cinquième Octobre 1618 « notre gratitude et le contentement et la « satisfaction que nous avions du nouveau «témoignage qu'il venoit nous donner de « son zèle pour notre service. Pour ce « est il que les choses susdittes considérées, «et ayant particulier égard aux bons et « aggreables services susmentionnés et à la «noble et ancienne extraction, leauté, «expérience, prudence, et autres bonnes « parties qui concurrent en la personne « dudit Messire Christophe-Ernest de Bail- « let, désirant d'en faire quelque demons- « tration , tant en sa personne qu'en ses «Enfans et postérité, et de l'élever, ac-

«croitre et décorer de plus grand honneur, « droits , prérogatives , et prééminences J «avons de nôtre propre mouvement par « grâce spéciale et de notre certaine sci- «ence, libéralité, pleine puissance et au- «thorité souveraine fait et créé, comme «nous faisons et créons le dit Messire « Christophe-Ernest de Baillet, Comte par « ces présentes, ensemble ses hoirs et suc- « cesseurs maies et femelles nés et à nailre « en léal mariage Comtes et Comtesses se- (c Ion le droit de la primogeniture et pour «plus ample grâce et afin de laisser un « plus durable et perpétuel souvenir de «nôtre bienveillance et gratitude vers la «personne dudit Messire Christophe -Er- « nest de Baillet, accordons et consentons « de plus par ces mêmes présentes, qu'au «défaut de sesdits hoirs et successeurs « maies et femelles nez et à naître en léal « mariage, ledit Titre de Comte tombe et « succède sur l'aisné et unique Jean-Bap- « liste de Baillet, seigneur de la Terre et «Seigneurie de la Tour, scituée en nôtre « pays et Duché de Luxembourg, permet- «tons en même temps de pouvoir appli- « quer ledit Titre de Comte sur telles de « leurs terres, Biens, Revenus, ou Seigneuries que le dit Messire Christophe-Ernest «de Baillet ou sa postérité possèdent ou « pourront posséder , et cy-après acquérir « sous notre obéissance ; que nous érigeons « des maintenant pour lors en dignité , « Titre, nom, cry, et prééminence de Comté « avec leurs appartenances et dépendances « pour de la diltc Erection en Comté avec « le» nom et Titre de Comte ensemble des «droits, honneurs, prérogatives y appar- « tenants , jouir et user à jamais par ledit « Messire Christophe-Ernest de Baillet ses « hoirs et successeurs maies et femelles nez « et à naître en léal mariage et à ce défaut « d'iceux, par l'ainé et descendans en ligne « Masculine de feu Jean-Baptiste de Bail- « let, frère aisné et unique dudit Messire « Christophe-Ernest de Baillet , selon que

« dit est »

Christophe-Ernest de Baillet était seigneur de Reckange, Strassen et Munsbacb,

et mourut à Bruxelles le 2 juin 1732. Nous n'avons pas pu nous procurer le nom de son épouse ni la liste de ses enfants. Nous savons seulement que sa fille Anne-Barbe a été* alliée au Président Christophe d'Arnoult, Baron de Meysembourg (y. son article), et que sa branche était déjà éteinte dans les mâles en 1744, puisque ses descendants collatéraux ont à cette époque impétré de l'Empereur Charles VI des Lettres de dévolution du titre de Comte en leur faveur, conformément à une des clauses des Patentes du 10 mars 1719.

Nous ajouterons finalement que Fauteur de la Biographie générale des Belges, de même que M. Marcellin La Garde sont dans Terreur quand ils avancent que Christophe- Ernest, Comte de Baillet serait né au château de La Tour près de Virton , tandisqu'il est prouvé par des actes authentiques, que la ville de Luxembourg est en droit de revendiquer l'honneur de l'avoir vu naître dans ses mura.

Butbolit.VIII. 188, et IV, antè teitam, XLVLU. — Biographie gêsérale de* Belge*, 16. — afMcat.ua L*. G*mb, Notice Mr le* ImcmbonrgeoU célèbres, S9. — Ui.vsi.im, 38.— Pa«c«t, 80. — Gacbabb, Déciment* inédit* concerna** le* tro.ble. de 1717, etc. j 48. — Btrruxi , Trophée* de Brabant , 111, 4SI, *q.; et IV, 514 et 516***. — Recueil ans Commi**ioai , etc., NM 1103, p. 901 .... 1108, p. 914 v* .... et 1109, p. 10; anx archive* dn Paint*, i Lniembocrg. - Pbiut, I, fol LVHX - Clou*, Note* biographique* manuscrite*.

BAILLET, Charles -Antoine- Maximilien, Comte de Baillet-LaTour, conseiller intime et chambellan de l'Empereur d'Allemagne, Grand- Croix de l'Ordre militaire de Marie-Thérèse , Fcldmaréchal des armées impériales , propriétaire d'un régiment de dragons, Président du Conseil aulique et du Département de la guerre, Maréchal de la Diète des Etats du Pays de Luxembourg, etc., est né en 1737, au château de LaTour, près de Virton. Il était fils de Jean- Baptiste- Alexandre- A ntoine de Baillet, seigneur de La Tour, en faveur duquel l'Impératrice Marie-Thérèse érigea le 6 mai 1744 la Terre et Seigneurie de LaTour en Comté en lui conférant

cette dignité par déversion, conformément aux Lettres-Patentes du 10 mars 1719, comme il a été dit à l'article précédent.

Charles-Antoine-Maximilien de Baillet- La-Tour fit ses études au collège des Jésuites à Louvain et entra ensuite à l'âge de dix-huit ans dans la carrière militaire avec le grade d'enseigne au régiment de Salm- Salm. Il fut nommé capitaine de grenadiers à la suite de la bataille de Kolin en Bohème , épisode de la mémorable guerre de sept ans. Son mérite lui valut un avancement rapide: il était depuis cinq ans général major lorsqu'il fut envoyé en 1787 dans les Pays-Bas où venaient de se manifester les premiers symptômes de la révolution brabançonne ; mais ses efforts n'empêchèrent pas cette révolution de triompher. Lorsqu'il vit qu'il ne parviendrait pas à la comprimer il alla rallier dans le Luxembourg les troupes impériales que les patriotes belges repoussaient du centre du Pays.

En 1790 LaTour, c'est sous ce nom qu'il est généralement connu dans l'histoire , LaTour disons-nous , fut nommé Feld-maréchal-lieutenant par l'Empereur Joseph H et obtint ce régiment de dragons qui devait rendre son nom si populaire et auquel les archiduchesses remirent un drapeau brodé de leurs mains , portant cette dévise: «Qo s'y fbottb s'y piqoe ! » Il remporta dans la province de Namur une victoire signalée sur Schœnfeld et Vandermersch , généraux des troupes brabançonnes , victoire qui contribua puissamment à la soumission des provinces insurgées.

Sur ces entrefaites l'Autriche déclara la guerre à la France ; ce fut là une nouvelle occasion pour le comte de LaTour de se distinguer : A la bataille de Jemmapes , en 1792, il soutint pendant plusieurs jours les efforts de l'armée française. Mais à la fin , forcé de céder il se retira sur le Rhin. L'année suivante il rentra en Belgique avec l'armée du prince de Saxe-Cobourg et contribua au succès de la bataille de Neeroinden. Devant Maubeuge il avait

le commandement de l'aile gauche de l'armée autrichienne et se signala le 16 octobre 1793 à la bataiUe de Wattignies.

L'année suivante il se distingua à Landrecies ainsiquedans plusieurs rencontres sur la Sambre et reçut l'importante mission de couvrir la retraite de l'armée coalisée : il passa la Meuse sans que les Français eûssent pu l'entamer. Us ne l'atteignirent que sur l'Ourtbe, le 18 septembre 1794, et à Dûren le 2 octobre suivant} mais il parvint à ramener assez heureusement son corps d'armée sur la rive droite du Rhin. C'est dans le cours de cette campagne que, menacé par le général Jourdan de voir son château de LaTour détruit s'il bombardait Landreeies, il répondit: Le général autrichien fera son devoir , adviendra ce qui voudra des propriétés du comte de LaTour. L'ennemi exécuta sa menace et se vengea de la prise de Landreeies sur le castel du vainqueur : le manoir de LaTour fut incendié , et ses ruines calcinées sont encore là aujourd'hui qui montrent au voyageur les effets d'une basse rancune que même les lois de la guerre sont incapables de justiQer !

En 1795 on retrouve le Comte de Baillet-LaTour avec ses grenadiers, d'abord à la tête du corps d'armée autrichien porté sur le Mein et le Nectar, et peu de temps après il vit réunir entre ses mains le commandement qu'il avait eu d'abord à celui des forces chargées de défendre le Haut- Rhin. Le 11 novembre il s'empara audacieuse ment de Franckentbal qu'il sut défendre contre l'armée de Pichcgru auquel il tua sept cents hommes et Gt trois cents prisonniers. Cinq jours après il occupa Spire et après avoir par d'habiles manoeuvres , forcé les français à la retraite il facilita la prise de l'importante ville de Mannheim qui fut obligée de capituler le 22 du même mois de septembre.

Pendant la trêve qui fut conclue en janvier 1796 et qui donna à de Baillet- LaTour quelques moments de repos, l'empereur l'éleva à la dignité de Feldzeugmeister. Au mois de mai le maréchal

Wurmser ayant reçu l'ordre de se rendre en Italie avec une partie de l'armée , le comte de LaTour fut chargé de défendre avec de faibles forces toute la ligne qui s'étendait depuis le Danube jusqu'au Tyrol. La défection des Saxons et des Bavarois rendait sa position encore plus critique : aussi ne put-il pas empêcher les Français de passer le Rhin sous le commandement du général Moreao ; et après avoir reçu quelques légers échecs il se retira audelà du Lech. Mais à la nouvelle des succès remportés à Bamberg et à WurUburg par l'archiduc Charles qui avait été nommé général en chef de l'armée autrichienne , le Feldzeugmeister de LaTour attaqua l'ennemi à Geisenfeld pour l'éloigner de User et le refouler jusqu'à (Jim. Le général Moreau se voyant exposé à perdre son artillerie et ses bagages dans le dé61é de la Forêt-noire prit alors le parti de se replier vers le Rhin ; puis il vint attaquer de LaTour à Biberach (2 octobre) et lui Gt essuyer de grandes pertes. Malgré cet échec le général autrichien ne cessa de harceler l'ennemi qu'il poursuivit par la vallée de Kinlzig jusqu'à Dillingen.

S'étant réuni le 17 octobre à la grande armée près d'Ettenheim , il commanda le troisième corps autrichien aux combats du 19 et du 20 où l'archiduc rejeta Moreau à l'autre rive de l'Elu. Il enleva Malterdingers et Kildringen que l'ennemi avait vaillamment défendus et s'empara du pont sur l'EItz ainsiqne du village de Demingen. Moreau continuant toujours sa retraite par la tête du pont d'Hunningen l'archiduc établit son quartier-général à Offenbourg et ordonna à de LaTour d'entreprendre le siège de Kehl. La tranchée fut ouverte le 24 novembre, et le 9 janvier suivant Kehl se vit réduit à capituler.

Ce siège terminé, l'archiduc partit pour Vienne et de LaTour resta chargé du commandement en chef de l'armée autrichienne du Rhin. Il établit son quartier-général à Mannheim et s'occupa activement à réorganiser ses forces affaiblies par le départ des troupes que le prince Charles avait

emmenées pour renforcer l'armée d'Italie. Tandisqa il y travaillait il reçut la nouvelle des préliminaires de Campo-Formio et fut chargé de diriger à Rastadt, au nom de l'Empereur, les négociations avec le général en chef français Buonaparte. Il signa la convention militaire en vertu de laquelle les provinces vénitiennes furent cédées à l'Autriche et prit les dispositions nécessaires pour l'évacuation de celles du Rhin.

L'empereur François lui conCa en 1798 le commandement en chef de la Moravie et de la Silésie autrichienne, et le nomma son conseiller intime actuel. Six ans plus tard il fut élevé au poste éminent de président du conseil aulique et du département de la guerre.

La guerre de 1805 donna à de LaTour une nouvelle occasion de montrer son dévouement et son activité. Mais de grandes fatigues auxquelles se joignit le chagrin que lui causèrent les désastres de cette campagne et la perte de son épouse, achevèrent de ruiner sa santé : Il mourut le 22 juillet 1806, à l'âge de 69 ans et fut suivant ses désirs, inhumé à Vienne.

Un de ses fils , le comte Théodore de Baillet-LaTour , né le 15 juin 1780, et qui avait été élevé à la dignité de chambellan de l'empereur d'Autriche, Feldmaréchal et ministre de la guerre, a été lâchement assassiné à Vienne pendant les troubles du 6 octobre 1848.

Biographie géaérale de* Belges, 16, tq. — M*«- CUU» L«G**M, Notice car les luxembourgeoii célèbres, 50, *qq. — Caaai.cs Soboaix mm (ViKasavraeTB, Biographie du Comte de Baillet-LaToar — Devras, Histoire générale de là Belgique; et Histoire particulière dea proTioeei bclgiqwea — Le* Belge* illartrr», 1, 570, aqqq.. — CoaTersatioBt-Leiikon, édit de 1851.

BAILLET , Louis-Willibrorde-Antone, dit de Baillet-LaTour , neveu du précédent, naquit au château de LaTour le 1 2 février 1753 et entra au service d'Autriche où il parvint jusqu'au grade de Lieutenant-général (1796). En 1810 il donna sa démission à l'Autriche pour entrer dans l'armée française où nous le voyons en 1811 inscrit sur le tableau des généraux de division. Il se retira définitivement en

1814 et s'établit en Belgique. Il est mort à Bruxelles en 1836. Il ne nous a pas été possible d'obtenir des renseignements plus circonstanciés sur la carrière de ce personnage.

biographie générale dea Belges, IT.

BALONFEAUX ou BALLONFEAUX, Jean-Georges de, était seigneur de Rollingen, près de Bous, et conseiller au Conseil provincial de Luxembourg. Sa famille était d'origine française et sera venue habiter Luxembourg à la suite de la couquête de Louis XIV.

Jean-Georges de Balonfeaux naquit à Luxembourg. Il était un des antiquaires les plus distingués de son époque et bien digne de vivre dans la familiarité de Christophe Binsfcld qui devint son beau-père, ainsi que des frères de Wiltheim qui furent ses oncles par son épouse Gerlrude Biosfeld, laquelle était fille de Marie de Wiltheim, sœur de ces savants, et du dit Christophe Binsfeld.

Nos publications précédentes, de même que tes ouvrages de l'évôque de Hontheim ont déjà dénoncé l'acte de vandalisme des Jésuites de Luxembourg après la mort d'Alexandre de Wiltheim (v. son art.), lorsqu'ils ont jetté dans les fondations de leur nouvelle maison les nombreuses pierres antiques que ce savant avait colligées : de Balonfeaux acquit d'eux le cabinet numismatique que les de Wiltheim avaient réqni , et il en enrichit ses collections qui déjà avaient été précieuses. 17 avait en outre, dit D. Calmet, (écrit lui-même?) trois volumes in folio de Mémoires et pièces concernant l'histoire de Luxembourg, de la maison de ce nom, ainsi que des Pays voisins, dont Bertholet s'est beaucoup servi pour son ouvrage.

Ce savant a été longtemps en relation de lettres avec le Jésuite Hardouin. Ce dernier a publié leur correspondance dans ses Oeuvres choisies, p. 647, suiv. de l'édition d'Amsterdam de 1709. Cet échange de lettres a même donné lieu entr'autres à la rédaction d'un ouvrage spécial, devenu très-rare aujourd'hui et qui se trouve

à la Bibliothèque de Luxembourg. Il a pour titre : Réponse aux observations de M. Galland sur les explications de quelques médailles de Tétricus, le père, et d'autres, tirées du cabinet de M. de Balonfeaux. Luxembourg, André Chevalier;

Jean-Georges de Balonfeaux mourut en 1726 et a été enterré dans l'église d'Oetrange où Ton voit encore sa tombe en forme de dalle, avec cette inscription :

HiC JACET

PhjEhomus et Clarissutos Vir Jors-Gbor-

[gICS DR BALONFEAUX TOPARCBA IN RoiXINGBff, SACRA CfSAREJ:

[Majestatis

IH CoifSILlO DUCATÔS LuXBMBORGBNSIS Sb-

[nator,

Qui omit 21 jcnii 1726.

La famille de Balonfeaux , qui ne s'est continuée dans le Luxembourg quant à la lignée masculine que dans la personne des deux ûls de Jean-Georges, lesquels devinrent, l'alné Jean- François, Conseiller au Conseil provincial , le puîné , seigneur de Schrassig , portait : coupé d'argent et de sable, à deux hures de sanglier du second en chef et un pélican à deux têtes du premier en pointe. Supports : deux sangliers. Ces armes se voient encore audessus d'une porte de jardin au château de Schrassig, qu'on dit avoir été construit par Jean- Georges de Balonfeaux, seignenr de cette terre.

Après la mort de sa première femme, née Binsfeld, Jean-Georges de Balonfeaux avait épousé Jeanne-Philippe de Scouvilte, elle aussi veuve de Jean de Wiltheim, substitut du Procureur-Général au Conseil provincial, puis Conseiller ordinaire au même Conseil. De chacune de ces deux unions naquit un des 2 fils que nous venons de mentionner.

Par son testament Jean-Georges de Balonfeaux légua aux pauvres son cabinet tout entier , avec ordre de vendre le tout

pour le prix en être mis en constitution de rente et les intérêts distribués aux indigents.

L'avocat Pierre Herny, nommé exécuteur testamentaire fit procéder publiquement en la chambre d'audience du Conseil et en présence du Conseiller Lejeune et du Conseiller Procureur-Général de Lanser, à la vente du cabinet, ce tant livres « qu'urnes, médailles, pierres et autres race retés ». Le tout fut adjugé le 24 octobre 1727 à Messire Christophe Baron d'Arnoult et de Meysembourg , Conseiller d'Etat de S. M. 1. et C. et Président du Conseil provincial, pour le prix de six cents écus ou 2760 francs monnaie d'aujourd'hui .

D. Caum, Bibliothèque Lorraine { et Histoire Je Lorraine, 1. eoL LUI i Catalogne alphabétique du écrirai»* de Lorraine. — Nam, Notice sur la famille 4e Wiltheim } pasaim. — Publications de la Société archéologique de Luiemboorg, VI, 63. — BaarsoLBT, I; Préface, XXXIV.— Nmmanm; Lea auteurs lusembourgeois; dans . Programme de l'Athénée, 1830. 53; note 1. IIP.

BANDE, Georges d*, est né à Luxembourg. Sa mère, Catherine Ferier, fille d'Englebert Ferier , échevin et secrétaire de la ville et du Comté de Laroche, étant devenue veuve se remaria le 15 juin 1572 avec Gilles de Neuforge-des-Pouxhous, seigneur de ce lieu ; d'où Englebert de Neuforge, autre illustration luxembourgeoise qui a son article dans cet onvrage. 11 parait que la famille de Bande qui porte: d'azur, a une force de tondeur renversée d'argent accompagnée de trois quintefeuilles de même, deux en chef et une en poiute, était de noblesse assez ancienne, puisque par Lettres-Patentes du 10 décembre 1699, un petit-Bis de Georges de Bande, nommé François-Euslache, fut créé chevalier : cependant elle est peu connue dans les annales du Pays et semble n'être pas originaire du Luxembourg.

Quant au personnage qui nous occupe ici, nous laisserons parler l'auteur des Viri illustres, qui donne sur lui des notions assez précises pour que nous n'ayons pas besoin d'y ajouter d'autres détails. « 1638. «Georgius de Bande, Engelberti istius— >

« id ett Engelberti de la Neuf orge — uteri- « nus frater, et scriba Luxemburgensis gra- «pharia: secreterius Hispaniarum régis, « multis ac variis legatiooibos Viennaï apud «Caîsarem et in Polonia apud Regem, « grapbarius ordinis aurei velleris, iovexit « in Hispaniam artem fundendi bellica tor- « mente ex ferrica, in Torganis loco et «muncipio suarum officinarum acdificavit « Templiun sat nobile cujus frontispicii co- « lumnac Trabeato provectiore, omnia fer- « rea. Moriens legavit 40,000 pateconum - « in fundationem hospitalis pauperum opi- « ficum sub Directorio PP. Societetis Jesu.»

G. de Bande mourut en 1618. Nous devons croire dès lors que la date de 1038, placée en marge du manuscrit des Yiri il* lustres est une faute du copiste.

Viri MUitrct, III, 9*6.— Bmtboibt, VIII, 100. — TJi.VM.tM. 58. — TJnaucicci, Dictionn. herald. — Nobiliaire dr.t Paj«-Bat et de Bourgogne; «cconde pmrUe. T. II, 6i8. - *»m«t, I, fol. LXIII.

BARTHÉLÉMY, originaire de Weyler, commune moderne de Hachiville au canton de Clervaux, a été dénommé Villarius de son endroit natal. Il naquit vers la seconde moitié du seizième siècle et entra dans la compagnie de Jésus où il se fit remarquer par ses grands mérites. Ses profondes connaissances le firent donner pour gouverneur et pour confesseur à Ferdinand d'Autriche qui devint empereur d'Allemagne sous le nom de Ferdinand II.

Barthélémy de Weyler mourut en 1619, l'année même où Ferdinand fut élevé à l'empire. Voici la notice que lui a consacrée l'auteur des Viri illustres; elle ne nous apprend rien de nouveau sur ce personnage, mais nous avons cru utile de la transcrire pareeque nous voulons donner l'ouvrage entier dans notre présente publication : « 1619. Bartholonueus Villarius Ar- « duennas, ex pnepositurà Bastoniensi So- «cietet. Jesu, Ferdinandi II Imperatoris « Confessarius et instructor a prima aelate « usque ad electionem in Imperatorem. »

Viri illo.tre., I. «• M ~Bmt.oi.it, VIII. 107.

BARTHÉLÉMY , Michel, fils unique

de Pierre , assez riche cultivateur, et de Marguerite Agnes ou Agnessen , est né le 17 mai 1763, au village de Kaundorf, commune de Mecher au canton de Wilte.

Nous ne savons absolument rien de la jeunesse de ce respectable ecclésiastique. Après avoir achevé ses études il entra au séminaire de Liège où il fut ordonné prêtre et devint d'abord curé à Kaundorf, son endroit natal; il fut ensuite transféré à Berlé, commune de Winseler, où il mourut le 12 avril 1843 à l'âge de 80 ans moins un mois.

Fils d'une bonne maison, il vendit à son départ de Kaundorf son bien patrimonial qui lui rapporta une somme assez ronde , mais qui ne lui fit pas quitter ses idées d'économie et de simplicité vraiment évangéliqup. Tout aux soins de sa paroisse il ne s'occupa jamais que de ses ouailles qu'il chercha constamment à instruire dans les voies du salut avec ceUe onction qui sied si bien à un vrai ministre du ChrisL Aussi à son décès, on peut le dire , fut-il sincèrement pleuré de tous.

Nous venons de dire que la fortune métallique qu'il acquit par la vente de ses biens de famille ne l'éblouit pas comme elle ne lui fit pas augmenter les dépenses de son ménage qui était fait avec toute la frugalité possible ; il se contentait en effet d'un seul mets, épargnant, épargnant toujours , dans un but que personne n'a jamais su déviner jusqu'à ce que lui-môme le mit au jour, et ce fut en 1836, alors qu'il comptait soixante-treize années d'âge. En cette année il commença a faire des donations en faveur de l'instruction des indigente dans les écoles publiques ; et en trois ans de temps, c'est-à-dire de 1836 à 1839 il a distribué dans ce but des capitaux très-considérables entre les villages des Ardennes qu'il savait avoir le plus de pauvres.

C'est ainsi que successivement il a versé des sommes très-rondes à Brachtenbach, a Bavigne, a Dahl, à Dunckroth, à Eschweiler, à Gœsdorf, à Harlaoge, à Hcider-

schcid, à Kaundorf, à Kautenbach, à Knaphoscbeid, à Merckoltz, à Wiltx, etc., etc., etc., pour servir à l'instruction des pauvres et à leur fournir le matériel nécessaire , ainsique pour soulager les ménages indigents : sa grande fortune , que l'on peut estimer à environ quarante ou cinquante mille francs, fut entièrement absorbée par ces libéralités.

Il avait aussi fait un testament dans lequel il demandait à ce que hors de sa succession on fondât plusieurs grands anniversaires; lorsque en 1843, trois mois avant sa mort, voyant les calamités que la cherté des vivres occasionnait pendant cette année peu prospère, il révoqua ce testament, réduisit à des proportions plus que modestes ses fondations pieuses pour le salut de son âme et ordonna que la différence dans les prix fût encore distribuée aux pauvres de sa paroisse, « parce- « qu'il était convaincu, di tait-il, que les «charités faites aux indigents sont tout « aussi méritoires aux yeux du Dieu de « miséricorde que d'autres bonnes œuvres, a et que ces charités produisent même un « double bien. »

Note» communiqué»*. — Fondations Barthélémy.— Archive* «Je diverse* commune*.

Baudouin de Luxembourg; v. LUXEM- BOURG, Baudouin de.

BAUR, Jean-Michel, né à Auel, le 7 février 1707, s'adonna aux éludes dans le but de parvenir à la prêtrise pour laquelle il se sentait une vocation particulière. Son père étant venu à mourir sur ces entrefaites, laissant ses affaires dans un mauvais état, le jeune Baur, forcé d'interrompre ses études faute de moyens pour les continuer, se rendit à Luxembourg et y prit service en qualité de volontaire dans l'armée autrichienne. Peu de temps après il fut nommé officier et accompagna comme adjudant le général comte de Spuri dans la guerre contre les Turcs où il se distingua autant par son courage que par sa prudence. Spuri ayant été tué dans une escarmouche, Baur se chargea du commande-

ment de son régiment et contribua beaucoup au succès de l'action. La veuve du comte ayant eu l'occasion d'apprécier la valeur et les qualités distinguées du jeune adjudant qui venait de passer colonel, lui offrit sa main qu'il accepta. Ils se retirèrent à Temeswar et il refusa le grade de général avec l'annoblissement. Son épouse étaut venue à mourir après six mois de mariage, laissant Baur héritier de ses grands biens, ce dernier vendit le tout et en plaça le capital à intérêts entre les mains du duc d'Aremberg qui se trouvait en ce moment à Peterswardein, puis se rendit au séminaire de Cologne où peu de temps après il obtint les ordres.

Il retourna ensuite dans son endroit oa^ tal dont il fit reconstruire et agrandir l'église, en partie hors de ses déniers, et y éleva de nouveaux antels. Il y fonda de même un bénéfice pour un ecclésiastique et y annexa une maison pour la demeure du titulaire. Sa maison paternelle fut rétablie à neuf, et le 8 novembre 1778 il constitua une bourse d'études au revenu annuel de soixante-dix écus, 262 fr. 50 centimes, en faveur de ses parents, les plus proches en descendance, issus en première ligne de la maison paternelle ; à leur défaut elle peut être donnée a on jeune homme d'Auel, et finalement à défaut de celui-ci , à un étranger : Le boursier est tenu de réciter tous les jours le petit-office de la conception de Notre-Dame. Il a établi pour collateurs le bénéûcier d'Auel et le propriétaire de sa maison paternelle. En cas de contestation entre ces deux, le gouvernement est appelé à décider. Ce respectable ecclésiastique mourut dans son village et fut inhnmé dans le chœur de l'église sous une tombe sur laquelle on voit deux mains surmontant une rose. L'une de ces mains porte un drapeau sur lequel la rose est reproduite; l'autre une épée croisant le drapeau. Audessus se trouve un calice auquel sont attachées deux ailes, et de chaque coté un crâne funéraire. Tout en haut un cœur transpercé de trois clous. Autour

de ces figures emblématique» on lit l'inscription suivante :

1779. 9. mat omit A. R. D. Michal

[Baor

MILBS. MABITtJS.

SUCEIIDOS. FONDATOR Vf AUEL. B. I. P.

Bmuem, Edition de l'Eiflia Uloatrata de Schau- »at, m, O, 119, *q.

BAUR, Sébastien de, issu d'une famille noble habituée à Kitzingen, ville de Bavière et dont elle avait adopté le surnom, était fils d'un officier au service des empereurs Ferdinand I et Maiirailien II, et fut seigneur d'Everlange , de Brandenbourg, par achat de Tannée 1628 des mains de François de Lorraine, duc de Vaudémont, et d'Esch sur-la-Sûre. Né dans la religion luthérienne, ce personnage embrassa le culte catholique, apparemment pour entrer au service de l'archiduc Albert qui lui confirma sa noblesse par diplôme expédié en 1609 et le nomma colonel d'un régiment de quatre mille hommes. 11 fut aussi gouverneur de la ville d'Oppenheim dans le Palatinat et commanda plusieurs fois à Luxembourg en l'absence du Gouverneur. Sébastien de Baur dit de Kitzingen, était très-brave militaire ; il se trouva à un grand nombre d'expéditions et nommément à la guerre de Bohème où il se distingua infiniment et sut s'acquérir une très-brillante réputation. L'archiduc Albert qui l'aimait beaucoup le nomma membre de son Conseil de guerre.

Les historiens contemporains s'accordent à dire que Jean Beck lui dut sa grande fortune d'honneurs et de titres; et ce fut peut-être par reconnaissance que ce héros luxembourgeois épousa la nièce de son bienfaiteur, non sa fille comme le manuscrit Blanchard le porte par erreur, parceque cette dame était fille d'un frère de la femme de Sébastien de Baur (v. l'art. Beck, Jean).

Il avait épousé Madelaine van der Capelle, nom francisé en: de Capelle, morte

au mois de septembre 1636; d'où un fils nommé Sébastien comme son père et qui continua la lignée des seigneurs d'Everlange , ainsi qu'une fille qui fut dame de Brandenbourg. Sébastien de Baur mourut au château d'Everlange le 22 avril 1622, d'autres disent 1632, et a été inhumé dans le chœur de l'église des Récollets a Luxembourg.

La famille de Baur, qui est éteinte

aujourd'hui, portait: à la fasce

de , avec 3 étoiles à 6 raies

de de face eu chef, et 3 des

mêmes, 2. 1. en pointe: Les couleurs ne sont pas indiquées sur la pièce que nous consultons.

Avant de terminer cet article nous devons relever une erreur de Pierret qui avance que Sébastien de Baur serait në au village de Gœtzingen près de Kœricb, dans le Luxembourg. Cette erreur a été naguère partagée par Mr de la Fontaine père. En effet, il n'a jamais existé, que nous sachions, un de Baur dans le village de Gœtzingen , tandis que nous possédons une généalogie authentique presque complète des de Baur de Kitzingen , lieu de leur origine. La consonnance relative de ces deux noms aura amené Pierret à celte faute d'orthographe que nous ne relevons ici que pour empêcher d'autres personnes d'admettre cette erreur pour une vérité. Les de Baur de Kitzingen sont du reste de proches agnats de la maison de Villers de Burgesch.

Butbolbt. VIII. 100.— Picatir. I. fol. L VIII j et III, 105. — Publications de la Société archéologique de Luxembourg, IV, 44. N" 80 et 80 ; VI, 180 { VU, 45, 811, note, et 818, aq.-Mam»crit BtABCaaaa. — Archives de la Société archéologique de Luxembourg.

Bacschlkyden , François; Gilles; Jérôme et N. de; v. BUSLEYDEN , F...

G . . . J . . . et N . . . de.

BEAUFORT, Charles de, ou de Beffort , fils d'un seigneur de cette ancienne maison, située au canton d'Echternach dans le Grand-Duché de Luxembourg, a

vécu pendant la seconde moitié dn treizième siècle et la première du siècle suivant. Les historiens ont beaucoup disputé sur le lieu de lu naissance ou plutôt sur la famille de ce personnage ; les uns lui donnent la Tille de Trêves pour patrie, les autres les environs de Luxembourg, les autres enfin , et avec raison , le manoir de Beaufort, Belfnrt en latin du moyenâge : Nous arrêterons-nous sur la parfaite identité qui existe entre les mots Beaufort, Boflbrt , Beffort et Horreum , de Horreo, noms sous lesquels Charles de Beaufort est désigné par quelques chroniqueurs allemands? Il suffira sans doute d'avoir indiqué la chose pour n'être pas obligé d'entrer dans d'ultérieurs détails. Ainsi, c'est une chose absolument arrêtée , que le Carohu de Horreo, Trevir, des auteurs , est bien positivement notre Charles de Beaufort , alors du diocèse de Trêves, comme Petrus Aichspallcr, Trevir, est Pierre, né à Aspelt (v. l'article Pierre, dit d'Aspelt) , dans le Luxembourg , de la portion ressortissant dans ce temps au même diocèse de Trêves , non à Trêves même, ni dans une ferme problématiquement homonyme avec Aspelt ou Aichspalt située près de Welscbbillig.

Ceci posé et admis , nous allons rapporter ht notice que le manuscrit des Viri illustres consacre à Charles de Beaufort : « 1343. Carolus de BofTort prope Trevi- «ros ait Muosterus, in Ducatu Luxembur- «gensi hodierno XIII Magnus Magister «ordinis Teutonici in Prouiâ aediOcavit «Christ-Memmel. »

La date placée ici en marge, sans doute pour indiquer celle du décès de ce Grand- Maître de l'Ordre Teutonique , est erronnée. En effet, il périt en 1323 , pendant une irruption qu'il venait de faire dans le pays de Medenike où l'ennemi lui avait coupé le retour et le saccagea avec la plupart des siens. Bajrsch nous apprend qu'il doit avoir été inhumé à Trêves dans l'église de son ordre , où sa tombe aurait encore existé sous l'administration française. Il avait été élevé à ta grande-maîtrise en

1312, et eut en entrant en fonctions de grandes contestations avec les archevêques de Gnesnes et de Riga , contestations qui furent néanmoins décidées par le pape en faveur de son ordre.

La construction de Christ-Memel , sur la rivière de ce nom en Lilhuanie , date de 1323, l'année de sa mort.

La maison de Beaufort , qui porte : d'or, au chef de gueules, comme Wiltz dont elle est issue, a ajouté à ses armes primitives un lambel d'argent à cinq pendants, pour indiquer qu'elle est en ligne cadette. Son nom et son lustre subsistent encore aujourd'hui en Belgique.

Montai, VI, 603. - P» <joït, 24. — Behtrolet, VI, 43-Piumt, I, foL UX; III. 41, tq. -*!•■«. erita Ciomm. - Viri illutres I, H° 18. — L'Art de vérifier le, dates; edit de 1770. p. 908. - B.uco, •ra éditioa de l'EilUa illustrât*, II. II, 399*.

BEAUSSANT, N. de, natif du Luxembourg aujourd'hui belge, ne nous est connu que par la mention d'une fondation qu'il a faite en faveur de l'instruction publique.

Taaan, Exposé de I* sitaatiM da Luxembourg

belge, 1834, p. 87.

Becanos, Théodore-Otlon ; v. BECK, Théodore-Otlon.

BECK, Jean, Baron de, une des plus belles illustrations doot la ville et le Pays de Luxembourg puissent s'honorer, naquit comme Jean, comte d'Aldringen (v. son article) en l'année 1588, dans une des villes basses de Luxembourg, nommée Grund. Ces deux érainents personnages eurent de commun entre eux que, venus au monde pendant la même semaine et dans la même localité ils ont eu le même parain ; sortis tous les deux de la classe bourgeoise la moins aisée , ils se sont , l'un et l'autre élevés au plus haut rang d'honneurs et de position sociales auxquels il puisse être donné d'aspirer: ils sont l'un et l'autre morts en braves.

Nous transcrirons d'abord l'article que le manuscrit des Viri illustres a consacré au personnage qui nous occupe:

« 1647. Joanncs Beck a Ferdinando II « Cœsare creatus Baro a Beck civis Luxem-

«burgensis t'm Grundt filins eâdem sep- « timana eodem in fonte Baptismatis eodem «a patrino susceptus qui)» us Joannes co- « mes ab Aldringen uti ille aliquando Ca> «sari: primuin ex Tabellario Equestri et «deinde e Tribuno militari generalis «vicarius Militise Caesareae cis- Khenanae « onde dux supremus Hispanise in Belgio « et ob Aream recuperatam suasmet pâte tris gubernator. Laesus in pugnà ad « Lindium lethaiiter et a Gallis quia pedi- «tatim deserere noluit captus , mortuus « est ex vulnere Atrebati et relatum corpus « Luxemburgum in sepulcrum ei cura tu m «a conjnge Catbarina de Capella apud « Franciscanos in sacello eidem ab eadem « aedificato. Ipse vivus aedificaverat aliud «in Dominii sui BefFort. Mor-

<t tuum luxit totum Romanorum Imperium « et Hispaniae Regnum. »

Les commencements du Général Baron de Beck sont diversement rapportés. Son père, dit-on, avait nom de Paul Beck et était messager à cheval ou courrier du Conseil de Luxembourg au Grand-Conseil de Malines. Il habitait une des basse-villes de Luxembourg. Quelques biographies avancent que Jean Beck fut d'abord pâtre, ce qui ne nous semble guère vraisemblable puisque déjà à l'âge de 13 ans il embrassa le parti des armes et qu'il se trouva entre 1601 à 1604 au siège d'Ostende.

S'étant dégoûté de cette profession , il prit en 1610 celle de son père que la mort de celui-ci avait laissée vacante. Dans cette position, ajoutent quelques personnes, il se maria à une marchande de pommes dont l'humeur acariâtre l'aurait forcé à la quitter pour aller s'enrôler dans un régiment d'infanterie allemande, abandonnant femme et enfants. Mais ces derniers récite sont absolument dénués de vraisemblance lorsqu'on les compare aux faits positifs que nous possédons. En effet, personne que nous sachions ne lui a jamais attribué deux mariages; or la seule femme qu'on lui connaisse se nommait Catherine van der Capelle , dont l'origine noble est

suffisamment prouvée par les alliances contemporaines de ses agnals — parmi lesquels nous citerons entr'autres Sébastien de Baur (v. son art.) , seigneur d' E verlange, Esch et Brandenbourg — pour que l'idée ne puisse venir à personne de vouloir faire de cette dame une marchande de pommes. On pourrait cependant objecter que Catherine van der Capelle a pu être une seconde épouse , prise après le décès de la première , dont le nom ne serait pas, parvenu à la postérité. Nous répondrions alors que les cinq enfants que nous connaissons à Jean Beck ont eu cette dame pour mère et que aucune mention n'a jamais été faite d'autres enfants dont ce personnage aurait été le père. Ainsi disparaissent ces contes creux qu'on se plaît tant à débiter sur les premières années de la vie de ce grand homme dans l'intention sans doute de rehausser sa gloire en brodant sur l'exiguïté de ses prémices.

Quoiqu'il en soit il quitta bientôt l'emploi de messager pour reprendre du service militaire avec le grade de quartier-maître dans le régiment de Sébastien de Baur de Kitzingen où ses heureuses dispositions se développèrent rapidement et où sa bravoure ainsique son excellente conduite lui valurent le grade d'officier qu'il obtint en 1617 , alors qu'encore il n'était âgé que de vingt-neuf ans. Cette circonstance est une nouvelle preuve du peu de fondement que peut avoir le conte qui se débile d'un mariage qu'il aurait eu contracté avant de redevenir soldat. En effet, nous savons tous combien il devait être difficile à cette époque , pour un roturier sorti des rangs les pins infimes de la société, conséquemment sans grande instruction peutêtre, de parvenir au grade d'officier; il fallait pour cela un service d'un assez grand nombre d'années; et alors, à quel âge anrait-eu lieu ce premier mariage de Beck avant sa rentrée à l'armée ?

Beck assista avec le grade de capitaine au siège d'Anvers où il se distingua dans le régiment de Beriayroont. De là il fut envoyé en Bohême où en 1618 son in-

telligence et sa perspicacité lui firent saisir les ttls de la conspiration qui se tramait à Prague contre l'Empereur et contre la Maison d'Autriche. Son dévouement lui fit dénoncer ce complot, et de ce moment date véritablement le commencement de sa fortune militaire comme des honneurs dont le combla la Cour d'Allemagne. Ces faveurs furent encore redoublées lorsqu'on sut avec quelle magnanimité il avait à cette occasion refusé les brillantes propositions de Walienstein : Ce trait de fidélité fut du reste récompensé par des lettres de noblesse et le don de la belle seigneurie de Wydimb en Bohême.

En 1620 il passa dans le Palatinat avec le grade de lieutenant-colonel toujours dans le régiment commandé par Sébastien de Baur qui fut plus tard son oncle par les femmes: il est même a croire que le mariage de Jean Beck date de cette époqne où il aura fait la connaissance particulière de son chef.

Entré plus tard au régiment du comte de Suite il fut, après la mort de celuici nommé colonel-propriétaire de ce corps à la tète duquel il se distingua à la bataille de Nuremberg contre Gustave roi de Suède; ensuite il ne contribua pas peu à faire lever le siège d'Ingnlstadt et défit une partie des troupes de l'armée suédoise au passage du Lech.

Monté rapidement de grade en grade , Beck fut en 1636 nommé marécbal de camp et en 1642 major-général de bataille ainsique gouverneur civil et militaire des Pays-Duché de Luxembourg et Comté de Cbiny en remplacement de Philippe-Thierry, comte de Manderscheid-Btanckenbeim et Keyll.

On raconte que pendant qu'il faisait son entrée solennelle & Luxembourg, sa femme qui était assise à ses côtés lui rappellant la bassesse de son extraction, aurait demandé ce que pouvait bien penser la popnlace en le voyant au milieu de ce brillant cortège, lui qu'on avait vu précédemment avec le chétif accoutrement de messager ? Beck aurait donné cette réponse

qui est devenue proverbiale dans le Luxembourg : quand la boue devient fumier elle veut être charriée.

L'administration de Beck à Luxembourg n'a laissé aucun souvenir odieux.

En 1640 Feuquières, général français était venu investir la ville de Thionville qui dans ce moment n'avait pas de gouverneur , ou plutôt dont le gouverneur Jean Baron de WUtz était momentanément absent, presque point de garnison et se trouvait entièrement au dépourvu. Dans cet état elle eût pu être promptement enlevée ; mais Feuquières avec une lenteur que tous condamnent, laissa à Piccolomini général espagnol le temps d'accourir de Bastogne au secours de la place menacée : Beck commandait l'avant-garde espagnole et snt si bien combattre qu'il mit l'armée française en déroute complète , le 7 juin, dès six heures du matin , après lui avoir tué six mille hommes et fait trois mille prisonniers. L'année suivante (1641) nous voyons Beck tenter, inutilement cependant, de secourir Arras ; mais en revanche il reprit le 7 décembre la ville d'Aire que le maréchal de Meilleraye venait d'emporter le 19 mai précédent. Le 26 mai 1642 il combattit à Honnecourt et sut par ses habiles manoeuvres mériter les honneurs de cette grande journée, bien que l'adulation eût tenté pendant quelque temps de l'attribuer au Gouverneur- Général des Provinces belges , Don Francisco de Melo.

Après cette bataille Beck resta dans l'Artois et dans le Hainaut pour veiller a la conservation de ces provinces qui étaient continuellement menacées. Depuis lors, disent les historiens militaires , ce général fut presque constamment malheureux dans ses entreprises , bien que pour les mener s bonne fin il s'exposât toujours généreusement lui-même aux dangers.

Enfin la conduite que le Baron de Beck tint à la célèbre bataille de Lens le 20 août 1 648 ainsique les circonstances de sa mort surtout, ont rendu le nom de ce héros célèbre et justifient pleinement l'auteur des Viri illustres quand il dit que sa

perte fat pleorée par l'Empire d'Allemagne et par l'Espagne entière : l'archiduc Léopold Gouverneur des Pays-Bas commandait l'armée d'Espagne et le Grand Condé l'armée française. La ville de Lens était tombée aux mains du général de Beck auquel l'archiduc avait conûé le commandement général de ses troupes pendant qu'il était allé à Bruxelles pour quelques jours. Léopold venait de rentrer au camp et était à peine descendu de cheval lorsqu'il apprit que Condé s'avançait à grands pas vers Lens pour lui livrer bataille. Comme l'archiduc avait dix-sept mille hommes et que son adversaire n'en comptait guère autant, il l'attendit de pied ferme. De Beck voyant l'arrière-garde française éloignée du corps de bataille se mit en devoir de la charger brusquement et la mit en fuite : il faillit même faire Condé prisonnier. En présence de ce premier succès il conseilla à Léopold de quitter la position qu'il occupait pour engager une bataille générale. Condé de son côté , ordonna aux siens de recevoir le feu Espagnol avant de tirer; un grand nombre tomba; mais les autres ne donnèrent pas aux ennemis le temps de recharger leurs pièces : ils s'élancèrent sur eux avec tant d'impétuosité qu'ils détruisirent leurs lignes et leur firent essuyer la plus désastreuse défaite qu'ils eûssent subie depuis Rocroy. Le général Beck fut blessé; et comme il ne voulut point fuir avec les autres il fut fait prisonnier. Lorsqu'il se vit au pouvoir de l'ennemi il manifesta le regret de ne s'être pas fait tuer dans la mêlée et déclara qu'il ne voulait pas survivre à la seule bataille rangée où il eût été vaincu. En effet il refusa obstinément de se laisser panser ; et ses plaies, peu dangereuses d'abord, finirent par se gangrener faute de soins : il expira en vrai héros, dix jours après le désastre, le 30 août 1648, à Arras où le vainqueur l'avait fait transporter.

Son corps fut ramené a Luxembourg où sa veuve le fit inhumer avec tous les honneurs dus à son rang et à sa bravoure. Il fut placé dans le caveau qui se trouvait au-

devant de l'autel dédié à la Su Vierge, dite de la conception , dans la nef de gauche de l'église des Cordeliers de cette ville. Le général baron de Beck avait fait ériger cet autel à ses frais : La statue de la S" Vierge est en bois et d'un bon travail. Il a en outre un très-médiocre tableau représentant la Sainte-Famille , avec les armes du pieux fondateur. L'autel dont nous parlons ici, sert aujourd'hui de maitre-autel à l'église dltzig, commune de Hespérange.

Le vandalisme des sans-culotte a détruit la tombe du général avec son épitaphe, avant même que d'autres vandales ne soient venus troubler et disperser sa cendre.

Le général baron de Beck qui, outre ses emplois militaires et son gouvernement de Luxembourg avait obtenu le titre de Chambellan de l'Empereur, avait poussé le patriotisme et l'amour pour son souverain si loin qu'il fit en 1647, nne année avant sa mort, convertir en caserne le chàtcau-neuf qu'il avait fait construire à Beaufort et mettre en état de défense pour en faire une forteresse contre l'invasion étrangère le vieux manoir à tourelles gothiques et à enceintes gigantesques, placé à côté.

Cette seigneurie de Beaufort, le baron de Beck l avait acquise le 17 novembre 1039 de Gaspard du Bost-Moulin, pour la somme de cent dix-mille, huit cent soixante-quinze florins Carolus.

Nous avons dit plus haut que le général Beck avait été créé Baron de son nom. On raconte à ce sujet une anecdote que nous nous voyons engagés à consigner ici, bien qu'elle n'ait aucun fondement historique. Un jour, dit-on, c'était en 1637 ou suivant d'autres en 1640 , un jour on parlait à la cour de Vienne des exploits de notre compatriote, mais surtout de sa courtoisie et de son imperturbable sangfroid pendant les combats, lorsqu'une dame de haute lignée, qui se targuait sans doute de ses nombreux quartiers , vint à dire devant l'empereur: «Quel dommage que ce gé- « nérat ne soit pas au moins chevalier ! » Ferdinand II ne répondit rien pour le moment; mais le lendemain il fit expédier

dans la meilleure forme des Lettres de Baron héréditaire du Saint- Empire Romain, pour Jean Beck et ses descendants légitimes, arec rétroaction des prérogatives attachées à cette dignité sur quatre degrés d'ascendance, afin de le faire comprendre d'emblée au rang de l'ancienne noblesse d'estoc et participer à tous ses privilèges; le tout avec octroi des armes suivantes : Ecartelé. Aux 1 et 4 d'or, à l'aigle simple, éployé de sable ; aux 2 et 3 échiqueté d'argent et de gueules, simulant une muraille de ville forte; au chef de gueules, chargé de trois étoiles d'or, rangées en face. Sur le tout : un écu d'or, à l'aigle de sable, éployé et à deux têtes, couronné d'une couronne impériale d'or.

Cimier: à dextre l'aigle des 1 et 4, à sénestre une muraille surmontée d'une étoile d'or. L'écu posé sur on faisceau de drapeaux noir et jaune, rouge et blanc.

Nous avons dit que l'anecdote que nous venons de rapporter n'a aucun fond historique. En effet, il est constant que les Lettres-Patentes de Baron, en date du 18 avril 1637, ne furent délivrées à Jean de Beck qu'en récompense des avantages nombreux qu'il avait remportés sur les ennemis de l'empire et nommément pour la valeur qu'il avait déployée au siège de Ratisbonne.

Beck laissa cinq enfants ; deux fils : Jean-Georges It dit Gérard, et Jean- Georges II; ainsique trois Allés : Marie- Sidonie, Appoline et Marie- Reine, qui était l'atnée.

Cette famille s'est éteinte dans les mâles après la quatrième génération.

Avant de terminer cette notice nous éprouvons le besoin de reproduire sommairement les preuves que Monsieur Wurth- Paquet, Président de la Cour supérieure de Justice et ancien Président de la Société archéologique du Grand-Duché de Luxembourg a données dans le septième cahier des Publications annuelles de cette société savante, p. 207 à 211, pour rectifier une bonne fois l'erreur de certains biographes trop superficiels qui ont fait naître ce grand

homme à Bastogoe , voir même quelquesuns en Lorraine.

A défaut de registres baptistaires, de cette époque même et qui renfermeraient l'acte de naissance de Jean Beck, dit à peu près ce savant infatigable — puisque les actes de cette nature pour la paroisse de Munster (Luxembourg) ne commencent qu'à l'année 1630, — nous citerons deux passages d'ouvrages très-sérieux et pour ainsi dire contemporains, c'est-à-dire écrits l'un en ou vers 1670, l'autre vers la même époque , peut-être encore avant cette année puisque la dernière date qu'il donne est de 1656. Ces deux manuscrits ont donc été rédigés du vivant môme des enfants du général luxembourgeois , ils ne pouvaient renfermer une fausseté qui n'aurait certes pas manqué d'être relevée. Or, tous les deux s'accordent à affirmer positivement que Jean Beck est né au Grand, basseville de Luxembourg. L'un de ces ouvrages est le manuscrit des Viri illustres qui sert de base à notre présent travail et dont nous avons copié le passage concernant en tête de cet article. L'autre a pour titre : Rbs munstbbibnsbs; c'est-à-dire Histoire de l'Abbaye de Notre-Dame de Luxembourg, dite Munster. Il s'exprime en ces termes : «Henricus Suynen, abbas munsteriensis

« consecratus est Adstiterunt Agri-

ctius Reckingen, D. Maximini, Laurentius « de la Roche, Aurese-Vallis abbatibus, et « Joannes a Beck, Luxemburgeosium Pro- « pugnator, vir billi ac pacis artibus claris- « simus, patriac pater et incomparabile or- «namentum. » Puis la note 113: «Joana nés a Beck qoo pabobciano sdo Muns-

tt TEBIENSBS , NON MINUS QUAM PAROECIA a D. UnALRICI SUIS Aldbingbbis GLORIA- « tub et globiabitur, eoque amplius, « qnod horum virtus procul a patrià eam «duntaxat ornaverit; illius non modo in « patrià illustrandà sed etiam adjuvandà, « domi felicis una desudet indus tria. »

Une autre preuve plus directe encore si cela était possible , vient d'être découverte par M. Wcyer, secrétaire communal de la ville de Luxembourg. Elle a été

consignée par le garant M. de la Fontaine, père, dans le XII* volume des publications de la Société archéologique de Luxembourg. Elle consiste dans la rencontre d'un acte couché en un registre de mariages de ta paroisse de St. Nicolas, à Luxembourg. Nous allons le transcrire textuellement : « 1684. — November 26. « Contraxerunt Matrimonium in templo Re- « ligios. Congrégation, hic in urbe Iir™ « ac gen' D"' D. Eugenius Àlbertus Baro ode Beck œtatis.... annorum, Dau in «Beaufort et filius legilimus HP1 ac Ge- « ner"" Dai Joh. Georgii Baronis de Beck « Equitis ordinis mi li taris S" Jacobi , co- « lonelli in servitio hispanico qui fuit filius « magni illius gênerait» de Beck civis na- « ti Hic Lcxbmbcrgi , etc. et D" Anna> « Anthoniae de Daun conjugum et Nobilis « ac 11T D*'u Anna de Bœtzeler Consiliarii « regii curta? togœ et D~ Evœ d'Argen- « taux. Testes , etc. »

Or, comme l'acte même le dit, cette pièce a été rédigée du vivant d'un petit fils du grand gouverneur , et en sa présence. Elle a même dû être lue par lui j comment voudrait-on dès lors soutenir qu'il eût consenti à ce qu'elle portât une allégation fausse dans les qualifications. Il devait cependant savoir parfaitement le lieu de naissance de son grandpère dont la biographie entière lui était naturellement connue ? Le curé lui-même qui a rédigé le document , pouvait encore avoir été un contemporain ou à peu près, de Jean de Beck qui n'était mort que depuis 36 ans. Si donc on veut encore récuser ces témoignages , rien n'empêchera de nier tous les faits historiques sans exception aucune.

Ajoutons enfin à ces actes qui sont probants pour nous, et outre ce que rapportent la plupart des chroniqueurs luxembourgeois, nous dirons même tous les contemporains, ajoutons qu'une tradition constante du fait s'est conservée dans le quartier de la ville-basse du Grand, nommé le Rham, où l'on tient que fut sa maison paternelle.

Viri diantre* II, N* 187. — Lucas Nuuohii, Re» uunsterienses ; à la Biblioth. Je Luxembourg, N' 1S4.-Pu.ut, I, fol LIX. - Montai, Suppléaient, I. 711. - Bearnourr, IV. antè textom, XXVII; et VIII, 188. — M 4Kn.Lt* La Gaaob, Notice nr 1m luxembourgeois célèbre*, 90, sqq ; et llistoire do Duché «le Luxembourg. II, 1B5, aote. — De la Babab» Moutcib, Itinéraire du Luxembourg germanique, 873. .qq.-Biogr.pbir générale de. Belge., 85.- Publications de la Société archéologique de Luxembourg, VI, 189, sqq.; VII, 807, sqq. et XII. 146 sqq. — WlllllKI A WiLTB.tn, Disquiiitione* autiquariie Historist Luxemburgenais, lib. II, c VI, { 8

— Ultkuuc, 87. — Paoobt, «6. — Ntav, Mémoires historiques et politique, aur le. Paya-Bas autrichiens, 1, 99. — Tnisswa. llistoire de Thiourille, 110, sqq.

— Geata treTirornm, HL 88. — Aa Hoamerai, Prodromus Hutoriz Treriremit, II, U80.-D.wk., Histoire générale de la Belgique, VII, 10. — Chronique luxembourgeoise manuscrite, à la Bibliothèque de la Société archéologique de Luxembourg, p 4Utt.

— Les Délices de* Pays-Bas, III, 179 a 10».- Ilouiine. illustres des Pays-Bas, I, 58. •- Cooartn, Encyclopédie moderne. III, 958. - Manuscrits Clonxs - De la Fomtaika, Notes snr J. Beck ; dans Publications de la Société archéologique de Luembourg. T. XII et XIII.

BECK, Jean-Georges I, dit Gérard, Baron de, fut sans doute un de ces personnages auxquels le lustre du père donne une auréole éphémère de gloire que l'histoire oublie bientôt. Et ce fut vraisemblablement sous l'influence de ce sentiment momentané de considération de famille que l'auteur du manuscrit des Viri illustres, qui a écrit pendant les premières années de la seconde moitié du dixseptième siècle, lui a consacré la notice «qui suit: 1640. Joannes-Gerardus Baro «a Beck Joannis Gubernatoris filius Lux- « emburgensis Dominus in Beffort Tribu- « nus legionis Germanetum et aUquando « urbis Luxemburgensis patriae suœ pro « pâtre militiœ absente commendans, uxor « mil» Odilia Huart, filia Caspari Huart, « pracsidis Luxemburgensis , occubuit in « oppugnatione arcis. »

Gérard de Beck était fils aîné du célèbre Baron Jean de Beck dont nous avons parlé à l'article précédent. Comme son père, il embrassa la carrière militaire et parvint jusqu'au grade de major ou de colonel d'un régiment Haut-allemand dans lequel il trouva la mort devant la ville d'Aire.

Jean-Georges I de Beck, dit Gérard, ■Tait été admis au Conseil provincial de Luxembourg en qualité de Conseiller noble ou de courte-robe. 11 ne laissa aucune postérité de son épouse, Odile d'Huart, fille dn Président Jean-Gaspard d'Huart (v. son art.) et de Hélène de Cymont. Son corps fut embaumé et ramené à Luxembourg pour être déposé dans le caveau de sa famille. II était enfermé dans un cercueil de plomb, comme celui de son père; une inscription qui y était attachée, portait ces mots :

Ici repose Mkssjre Jean-Gborges Baron db Beck et db Bbaofort Sbignbdr db Wiedimr, Hbringbn et Fosgas Chevalier de l'Ordre militaire de S1 Jacques Du Conseil db Guerre de Sa Majbstb et Colonel d'un Régiment d'infantbrib Haut- Allemand qui mourut le VIII Novemrre 1662. R. I. P.

Nous nous voyons engagé à entrer ici dans une digression généalogique qui nous paraît intéressante au sujet d'une alliance d'un des membres de la famille de Beck, pareeque jusqu'ici les descendances de celte famille ne sont pas encore positivement établies. Dans la notice généalogique que Monsieur Wiirth-Paquet a fait imprimer dans le T. VII, p. 211 des Publications de la Société archéologique de Luxembourg, il établit que Jean, Baron de Beck avait épousé Catherine van der Capelle; qne son fils aîné, Jean-Georges, dit Jean- Gérard , auquel cet article est consacré, avait été marié à Odile d'Huart qui lui a survécu, et que son second fils, aussi nommé Jean- Georges l'avait été à Anne-Antoinette, comtesse de Daun, que également il a laissé veuve. Cependant Pierret, III, 196 de notre copie, et d'après celui-ci Bertholet, VII, 130, disent : «L'an 1608 « mourut Gérard d'Enschringen, fils de Lu- «dolphe d'Enschringen et de Marguerite «comtesse de Manderscheid, qui d'Ursule «de Braunsberg son épouse procréa Anne- -Madelaine d'Enschringen, son héritière,

« laquelle fut mariée l'an 1621 à Jean a Baron de Beck et mourut l'an 1641.

« Cette Anne-Madelaine avait eu une grande « tante nommée Jeanne d'Enschringen, ma- «riée à Jacob de Loutzen, dit Roben.»

Cette mention esl absolument trop positive pour qu'elle puisse n'être pas vraie. Le fait du mariage d'un Jean , Baron de Beck avec Anne-Madelaine d'Enschringen semble donc établi. Mais quel fut ce Jean ? Evidemment ce ne fut pas le général-gouverneur, puisque Catherine van der Capelle vivait encore au décès de celui-ci , le 30 août 1648. Les deux fils connus de ce Jean avaient bien chacun le nom de Jean au nombre de leurs prénoms; mais ils n'étaient pas appelés par ce nom, l'un étant connu sous celui de Gérard (Jean-Georges I) , l'autre sous celui de Georges (Jean- Georges II). On pourrait dès -lors être porté à croire que le général aurait eu un troisième fils, nommé simplement Jean et que celui-là aurait été l'époux de Anne- Madelaine d'Enschringen : Cependant la chose , pour être vraisemblable n'est pas historiquement démontrée , puisqu'il ne nous reste aucune donnée sur ce Jean supposé, ou soupçonné par induction.

Si d'un autre côté on voulait admettre que cette Anne-Madelaine d'Enschringen aurait été la première femme d'un des deux fils de Jean Baron de Beck , nous nous verrions forcé de refuser absolument la possibilité de la chose quant à Jean- Georges I , dit Gérard , puisque déjà avant 1641 il était marié à Odile d'Huart, tandisque Anne-Madelaine d'Enschringen n'est morte qu'en cette année, au rapport de Pierret. Ce que nous venons de dire ici est principalement destiné à rectifier une erreur commise par nous dans la généalogie de la famille d'Huart; v. Publications de la Société archéologique de Luxembourg, T. X, p. 1 18 , et note de la même page.

Viri illustre* II, HP 170.— Publication* de la Socirte arenéologiqve de Luxembourg. VII, 311 ; et X: Mm», Géoraloffie de la famille d'Uaart( H» 3 do 8« Deçré. et notea; p. 118 et notes. - Msuai, manuscrits. XXIV.

BFXK, peut-être BECKX, nom latinisé en Becanus, Théodore, ou Théodore Ottoni jésuite, né dans la proTioce de Gucldre et profès de la maison de Groningue, fut chassé ayec ses co-religieux par l'édit de proscription lancé par les Etats-Généraux des Provinces-Unies contre les catholiques. Il Tint à Luxembourg le 14 août 1594 avec son provincial et trois autres Pères de sa compagnie pour reprendre la mission commencée en 1586 par les Jésuites de Trêves , et fut assez heureux de réussir par ses prédications à persuader au Conseil provincial de donner les mains à plusieurs réformes dans la discipline ecclésiastique et à obtenir enfin la permission d'établir dans cette ville un collège tenu par les Jésuites. Ce personnage n'aurait-il pas été de la famille de Jean-Pierre Beckx, général actuel des Jésuites? Nous n'oserions le nier comme nous ne voudrions pas l'affirmer.

L'éloquence du P. Théodore Beck était si entraînante, disent les historiens contemporains, que l'église paroissiale de St. Nicolas n'était pas assez grande pour contenir tous les auditeurs qui accourraient pour l'entendre ; aussi finit-il bientôt par se créer un ascendant immense tant sur les populations en général que sur le Conseil provincial ainsique le magistrat de la ville qui voulut que la mission y devint permanente. Deux ans après (1596), les PP.

Jésuites obtinrent la cession provisoire, ponr les services de leur Ordre, de la chapelle dite de St. Clément ou de St. André, contigue & la paroisse et ils achetèrent en mfnie temps une maison dans la rue de l'eau pour s'y retirer en attendant qu'ils eussent acquis les moyens de construire un édifice spécial pour leur collège et pour leur habitation.

Le manuscrit des Viri illustres nous fournit des données précieuses sur l'amour que tous portaient à ce personnage, par le narré du grand deuil que son décès excita à Luxembourg. Nous transcrivons l'article : « 1607. Theodorus-Otto a Patria Becanus «Gelder, S. Jesu primus Missionis ejus-

« dera Luxemburgi et ejusdem post Col- «legii rector per annos XII. usqne ad « mortem quam S. P. K. Luxemburgensis « tanquam patris patrie publico funere et « luctu sunt prosecuti, triduana scilicetcom- « pulsatione omnium campanarum totius « urbis, veste prilla : Conclavi senalus atris » tapetiis vestito, exequiis publicis etsump- «tu Reipublicœ et adbuc aliis privatis.

« Praeses Joannes Penninck — lege Senti ninek — , sepultus in aede Sancti Nicolai «anno 1607. »

Viri illaitre* I. N» 116. — Ht» ton» Acadrmi* LueilibnrgcMi*. manuscrit de la Bibliothèque de Luiembourg. — Molmo, Programme de l'Atuéaée de Luie-bourg. 1838, 7, .qq.

BECKER, Jean-Bernard, de Michelbuch ; voir GREYN , Jean-Baptiste.

BECKERICH , Mathias, est un de ces noms ignorés aujourd'hui, qui ont sans doute à leur époque procuré de grands biens à leurs ouailles sous le modeste habit de la religion , saus cela le savant auteur du manuscrit des Viri illustres, qui semble avoir été son contemporain ne l'aurait pas compris dans le catalogue des célébrités ecclésiastiques du Luxembourg:

« 1652. Mathias Bœkcrich , dit-il en effet, «vicarius perpeluus Unseldingeosis, pas- «tor in Seul bujus devotionis sioguktris « Promotor et hinc Casparo adjutor. »

Ce passage serait inintelligible si on ne passait a la notice sur Gaspard Blanchard (v. ce mol) qui précède immédiatement dans le manuscrit, et où l'on voit que la dévotion particulière dont il s'agit , était bien la grande procession que Gaspard Blanchard avait fondée dans le prieuré d'Useldange et qui se faisait en l'honuenr de la Vierge Marie, le 2 juillet, jour de la Visitation. Cette solennité, qui ne subsiste plus depuis la suppression de cet établissement qui périt avec la compagnie de Jésus elle-même, attirait jadis un grand concours de fidèles dans l'église d'Useldange. Il ne faut pas confondre du reste cette fête avec la procession qui a encore lieu aujourd'hui dans l'église paroissiale d'Useldange, le 2* dimanche de juillet,

car cette dernière se fait en l'honneur de St. Donat. La paroixse actuelle occupe l'ancienne chapelle castrale, tandisque l'église des Jésuites avec le noviciat même sont devenus propriété particulière etchangés en bâtiments d'exploitation rurale.

La date placée en marge des Viri illustres indique vraisemblablement l'année du décès de ce respectable ecclésiastique qui était sans doute originaire du petit village de son nom dans le canton moderne de Rédange.

par M' HttMMa, cm* actuel d'UKldaage.

Bxcxx, Théodore -Otton; v. BECK, Théodore -Otlon.

Bbffort, Charles de; v. BEAUFORT, Charles de.

Bellacostb, la maison de, et les personnages connus; v. SCHOENECK.

BELMIQUE , le Pire Amans ou d'Amour, ou encore Helmie d'Amour, naquit pendant la seconde moitié du quatorzième siècle à Zutphen, dans la Gueldre hollandaise et prit l'habit de chanoine régulier de l'ordre de Sainte-Croix à Venloo. En 1415 il fnt élu supérieur-général de son Ordre où la réforme avait commencé à s'introduire. Par une buUe du 19 avril le pape Martin V le chargea de continuer celte œuvre et de procurer la réforme à tous ceux des monastères de l'ordre qui ne Pavaient pas encore acceptée. L'empereur Sigismond voulant joindre son autorité à celte du Souverain-Pontife donna au Père Amoris des Lettres-Patentes par lesquelles il le prenait, lui et tout son Ordre, sous sa protection spéciale. Muni de ces pouvoirs et plein de zèle pour son entreprise le supérieur-général se fit accompagner par plusieurs religieux de l'abbaye de Clair-lieu de Huy qui était la maison Chef-d'Ordre, et se mit à parcourir l'Allemagne, la France, l'Angleterre, l'Irlande, etc., et rétablit partout la discipline primitive, laissant même de ses religieux, qu'il chargeait de maintenir ponctuellement la régularité, dans les monastères où il en voyait ou soupçonnait

le besoin. Enfin après dix-huit ans d'un gouvernement pénible, constamment semé de contradictions, cet homme apostolique résigna son généra la t en 1433 et vint s'enfermer dans le prieuré de Sainte-Gertrude d'Ivoix que son successeur, Henri de Nimegue lui avait donné pour retraite. Il y finit ses jours dans les exercices de la piété, le 28 juillet 1441, et fut enterré dans la chapelle de ce monastère. Amoris a laissé un ouvrage manuscrit : Anatome seu medullala explicatio parabolarum teu proverbiorum sapienlissimi Salomonis, juxta quadruplicem Sacra Scriptum sensum. Ce livre, qui est sans doute perdu aujourd'hui, avait été conservé chez les Croisiers de Cologne.

Paocot, Mémoire. littéraire*. V. 60 à 61.-L'Ecot. Ah. ciT .1 nJig d-YToU-Crigu-o, 400 et 470.- Ckrpaiqae de* Grattera d'Iioii, -aaoMriL

BENNINCK, Jean de, Chevalier, naquit pendant la seconde moitié du seizième siècle. Nous n'avons découvert ni les noms de ses parents ni celui du lien dont sa famille était originaire. Il est à croire cependant qu'il vit le jonr à Luxembourg, puisque après avoir terminé avec distinction ses études et reçu le bonnet de Docteur en droits civil et canon à l'Université de Louvain il se fit admettre avocat postulant au Conseil-provincial de cette ville : Cependant Swertius le dit natif d'Amersfort. Le 34 juillet 1593 il fut nommé Procureurgénéral en remplacement de Gérard van der Aa : ces fonctions il les desservit en même temps que celles de Conseiller-lettré. En 1596 il fut attaché au Grand Conseil de Malines en qualité de Conseiller et Maitre-aux-Rcqu^tes, et cinq ans plus tard, le 20 janvier 1601 il revint à Luxembourg occuper le fauteuil de Président du Conseil de cette province, laissé vacant par la mort de Jean de Hattstein (v. ce mot). Enfin, le 5 mars 1614 il fut encore chargé de la garde des Chartres et archives du même Conseil. Jean de Benninck mourut le 20 janvier 1632. Nous ne savons pas le nom de son épouse ; mais il est constant qu'il a été marié , puisque sa fille fut unie à

Eustache de Wiltbeim qui aussi fut une des célébrités du Pays (v. sou art.).

Ce digne magistrat s'est rendu particulièrement remarquable par son active coopération à la rédaction des Coutumes générales des Pays-Duché de Luxembourg et Comté de Chiny, travail immense puisqu'il a fallu pour le composer, compulser et comparer entre eux les anciens usages de toutes les seigneuries, grandes et petites dont le Pays était parsemé, afin de les réduire en un tout concordant et homogène. Cet ouvrage, dû en très -grande partie à la plume du Président de Benninck, a été publié dans les deux langues en 1623 et imprimé chez Pierre Reulandt, format in quarto, édition devenue très-rare aujourd'hui. Nous avons eu en main un savant commentaire manuscrit sur ces Coutumes, écrit par Jean de Benninck : c'est un volumineux in folio, autographe.

De Benninck avait aussi composé a.

Traité sur les Comtes et les Ducs de Luxembourg; b. Histoire du Pays de Luxembourg ; c. Chronique de l'Abbaye de S1 Maximin ; d. Dissertation sur les droits et les jurisdiclions diverses de l'Abbaye de S1 Maximin ; en deux livres. Guillaume de Wiltheim qui a vu ces ouvrages, avait manifesté le désir de les voir imprimés un jour ; mais ce vœu n'a pas été réalisé et aujourd'hui ces compositions sont perdues, à moins qu'elles ne se trouvent, ignorées peut-être, à la Bibliothèque de Bourgogne à Bruxelles: Cependant le Traité sur les Comtes et les Ducs de Luxembourg a été récemment mentionné dans les Bulletins de la Commission royale d'Histoire, de Belgique.

Swnnn, AUeic Belgicz, 393. — BaaTCta, 118. — WiLacuict a Wnrnt<, Ditqoiiit. aotianar. ni»». L*xemb.. I. II, e VI. | S. - BoTtMS, Troph. Brab., IV. *317. - A. Uoainaiw, Hitt Treiir. diplom. III, 189, ■. : Liber ottcialia et titalaria CancellariB Trevireoai* f«b Lotbario Arcbiep. — Neybj, Notice butor sur la famille de Wiltbeim, 14 et note 1.— Paqcibt, 63. — Archive* du Cona. Provincial i Enreg. et Bec. aui Commiaaiona. — Cociria, Encyclopédie moderne, ni. 908. — Biographie nniTeneUe, IV. 17S.

BENTZ , Nicolas, fils de Nicolas Benlx

et de Catherine Feschen, cultivateurs à Gœsdorf, est né le 28 octobre 1758.

Il embrassa l'ordre des capucins à Luxembourg où la révolution française exigea de lui le serment de haine à la royauté : « Nous « ne jurons pas» s'écria-t-il à sa manière; et il alla se cacher pour se dérober à la poursuite des gendarmes qui ne cessaient de le rechercher pour l'arrêter et le déporter ; et il fut assez heureux pour leur échapper. Après la restauration du culte, le Père Bentz, qui avait en religion pris le nom de F. François, fut nommé vicaire, successivement dans pUsieurs localités, et remplit môme pendant quelque temps les fonctions de curé à Udange. Ce digne prêtre s'est surtout rendu recommandable par la construction à ses frais, d'une salle d'école dans le misérable hameau dit Grevels-Brésil, qui doit son origine à de malheureuses familles égarées qui, déçues dans leur espoir de trouver monde et merveille de fortune en émigrant pour le Brésil (1824 — 1828) , ont été obligées de se bâtir des huttes sur le plateau stérile et exposé à tous les vents entre Eschdorf , Wahl et Bambroucb, après s'être vues arrêtées au port d'Anvers où on les empêcha de s'embarquer.

Nicolas Bentz est mort chapelain à Levelange, à l'âge de 82 ans, le 12 mai 1841. Par son testament il mit le complément à sa première fondation en laissant le capital nécessaire pour l'entretien d'un maître d'école pour les enfants pauvres de Grevels-Brésil. 11 fonda en outre 21 messes annuelles, à célébrer dans plusieurs des endroits où il avait résidé.

Eaouat, Die luiembnrger Glaubentbekenner, 1 30.

BENZERATH , Charles de, naquit en 1635 ou 1636, a Ecbternach, d'une famille noble et ancienne que nous croyons éteinte et qui portait : d'argent, à la croix engrelée de sable. Cimier : un vol adossé par les pennes, au blason de l'écu. Charles de Benzeratb était fils de Guillaume et de Madelaine de Ville-sur-Iron.

A vingt ans il fit profession de religion à l'abbaye d'Orval. Dix ans plus tard il fut

nommé coadjutenr et deux ans après élu quarante-cinquième abbé de ce monastère, en remplacement de Henri de Meugen (t.

son art.) Dès son avènement à cette dignité U entreprit d'introduire la réforme dans sa maison et d'y rétablir l'observance primitive de l'ordre de Cîtaux. Ce dessein rencontra d'abord une formidable opposition de la part des moines ; mais de Bentzerath sut par sa patience et sa constance finir par parvenir a vaincre cette opposition et à réaliser son vœu le plus ardent.

Cet abbé envoya en 1694- quelques-uns de ses religieux à Conques, à l'effet d'y établir et fonder un prieuré relevant de la maison-mère. En 1701 une autre colonie fnt dirigée dans le même but vers Lurige, petite ile sur le Rhin , k huit lieues de Cologne. Cette dernière fut plus tard transférée à Dussenlbal, près de Dusseldorf.

Charles de Benzerath mourut chargé d'années et de mérites, le 12 juin 1707 et l'abbé Etienne Henrion, son successeur lit graver sur sa tombe l'inscription suivante:

CAROLO DB BeNZBRADT EPTERKACRNSl

Hojos Ecclbsije Abbas XLV.

Qn sakctobdm Oeimnib Cistbrsir!isis rtm-

[datoruu

8bctator perpetdu8 ,

PBIX1GB1UAM KJUSDEM MSTITUTI DISCIPLI- NAI!

CoNSTAirri XXXIII. amnorum labore et

[viGILANTIA II» BAC DOMO IlfSTAURAVIT.

F. Stkphancs Soccessor , Convbntosqub

[Aurba Valus

PATRI PlISSUfO COU LTJCTC POSOBRUIIT, ObIIT AîtNO jBTATIS LXXIII.

PROFBSSIONIS MONASTICE LU.

Abbatial» dignitatis XL.

Aeb£ Christian* MDCCVII .XII . jumi.

Disciplinant in pace conservait Fxlii.

Eccl. 41.

Bkiwut, III. P. J. IV; et VIII, 79 »«,. — U»cocbock, Dietioaa. bérald — JtAarta, Lrs chronique» «U l'Abbaye d'Orral, «71, 410 »qq. — ArckiTe» An

diplom. II. «79, Mt a.; m, 191. — D. CtLatT, HiiL de Lorr., III, col. CLXX. — Maaiucrita An curé WiLTta. — B.HtcH , cdil. Eiflia illustrata, II, para altéra, 41. — Hommes illustre» des Paya- Bas, I, 40.

BEONRAD, Berntrad, Beonradut ou Beraldus, troisième abbé de S1 Willibrorde à Echtcrnach , vivait pendant la seconde moitié du huitième siècle. Les Annales ne nous ont pas appris le lieu de sa naissance.

Beonrad jouissait de beaucoup de considération à la cour de Charlemagne et était intimement lié avec Alcuin qui écrivit même la vie de S -Willibrorde {\. ce mot) à la prière de cet abbé auquel il la dédia. L'abbé Beonrad donna pendant deux ans une généreuse hospitalité à Wiilehad (v. ce mot), premier évéque de Brème qui avait été forcé de fuir son diocèse pour échapper aux persécutions de Wittikind : Wiilehad profita de ce temps pour composer quelques commentaires sur l'Evangile et laissa par reconnaissance son manuscrit à l'abbaye qui l'avait soigneusement conservé jusqu'à sa suppression.

Plusi e u r s a u leurs ont avancé que Beonrad aurait, sur la fin de sa vie été évéque de Sens , auquel évéebé il aurait été appelé après avoir été abbé d'Echternach pendant vingt-deux ans ; et que , ajoutent-ils, il aurait conservé cette abbaye avec son évêché. Mais nous croyons pouvoir révoquer ce fait en doute , ou au moins l'anteposer en admettant qu'il aurait résigné son titre d'évéque pour aller passer ses jours en paix à l'abbaye d'Echternach dont il aurait été créé abbé. Nous fondons notre opinion sur une chartre du Liber aureus d'Echternach, où il est dit: dono a pressente die ad Ecclesiam sancti Pétri quaî est constructa in pago Bedensi super fluvio Sura ubi ipse preciosus dominus Willibrordus pontifex cor pore requiescit vel venerabilis vir Beonradus arebiepiscopus et rector Ecclesiarum praeesse videtur.

Il mourut en 796.

Ramrau, 161. — Bcaraoïar. II, P. J. VIII. — D. Cauut, mst de Lorr. III. eol. XCIX - Mirait , Programme do Progymnase d'Echtirnsch , 1U43, ». - t. 8ra»>ai««, Metropolia Eceleai» Treverie». 1, 893. - Liber aurcu», mauMcrit, fol. 83, r».

Beraldcs; t. BEONRAD.

BÉRÉGISE, Saint, abbé do monastère des Ardennes , était né dans le Condroz et n'appartiendrait dès lors pas à la biographie luxembourgeoise s'il n'avait passé une partie de sa vie dans notre pays, occupé à défricher les vastes bruyères de cette contrée et a y prêcher l'évangile.

Le lieu de la naissance de Bérégise n'est pas dénommé par les auteurs ; il vit le jour vers le milieu du septième siècle , c'est-k-dire en 647. Ses parents Foffrirent dès son enfance au monastère de Sarchina qui devint plus tard St. Trond où il fut élevé sous l'habit religieux. Son goût pour l'étude lui fit bientôt acquérir des connaissances très-étendues pour le siècle de ténèbres où il a vécu. Aussi la réputation de sa science, jointe à celle de sa conduite exemplaire et de ses mœurs austères se répandit-elle bientôt au loin et parvint jusqu'aux oreilles de Pépin de Herstal , le puissant majordome des rois d'Austrasie qui l'attira à sa cour pour profiter de ses conseils et lui confier l'éducation religieuse de ses enfants avec la direction spirituelle de sa famille.

Bérégise, qui était habitué aux austérités et à la tranquilité de la vie monastique ne pouvait se faire au bruit et aux distractions continuelles du palais. Il méditait sans cesse sur les moyens de retourner dans la solitude afin de se livrer sans partage au culte de Dieu et à l'étude , lorsqu'une occasion s'offrit pour remplir ce désir si cher à son esprit : un prodige , disent les légendaires , une pieuse supercherie suivant d'autres auteurs, se présenta qui fit réaliser ses vœux. Pendant un voyage qu'elle faisait dans son domaine d'Ambra-près-du-lac , Ambra- ad -Iacum en Ardenne , un billet miraculeux était tombé du ciel aux pieds de Plectrude, la vertueuse épouse de Pépin , lui ordonnant de consacrer ce lieu à la religion en y élevant un monastère. Pépin et Plectrude consultèrent sur ce leur confesseur qui sut leur insinuer d'exécuter sans retard cette invitation venue d'en-haut et de lui

confier la conduite de la maison à fonder ; ce qui lui fut octroyé en 687 , avec concession en toute propriété pour lui, sa communauté et leurs successeurs, d'un vaste territoire à défricher.

Le saint homme se hâta de mettre la main à l'œuvre en élevant à côté des ruines de l'antique castel d' Ambra quelques modestes cellules avec un oratoire qu'il dédia, ou plutôt qu'il fit dédier par l'évèque St. -Lambert en l'honneur du prince des apôtres. Ces premiers travaux achevés il partagea le temps de la communauté de clercs ou de moines qui était confiée à sa conduite , entre la prière et les travaux des champs. Nous disons communauté de clercs ou de moines, car rien n'est décidé touchant l'institut qu'ils avaient adopté.

Trente-sept ans de sa vie furent passés dans ces occupations salutaires , après lesquelles Bérégise rendit pieusement l'âme à son créateur, le six des noms d'octobre 724 , chargé de bonnes œuvres, au point que son nom a mérité d'être inscrit au catalogue des saints.

Saint Bérégise avait été inhumé dans l'oratoire de son monastère; mais lorsque Walcand , évéque de Liège transféra en 817 cette institution religieuse au lieu actuel de Saint-Hubert, les religieux emportèrent son corps pour le déposer dans leur nouvelle église où , croyons-nous , il est resté ignoré jusqu'à nos jours.

Fut», Historia Eeclrsia; Leodieasts, L IV, N° XXXVI, p. 138, sq. — Ira Boum, Traduction dm Cantaloriam, 8, 46, 88. SI. - Bnnour, II, 147, •q. — Neveu, Dissertation intitulée : Amberlonx, Ambra-ad-lacvin ; dans: Aanales de la 8uciété pour la conterration des monument» kiitoriques et des n»Tm d'art, d'Arlon, T. III, 1864, p. 1S8 à 990.— Attoirnc n«rr*BT, Vita sancli Beregiai; danstHistoria Abbalia Sancli Hubert! In Ardaenaâ; manuecrit de la BibUotbèqae de lUniTersité de Liège. N* 18. — Antiquités Eecleaias andaginensis eancti Pétri; roaauicrit du XVII* »iècle, public par M. le Baron de ileifl'enlierg, dansi Monuments pour ter- Tir à l'Histoire des Provinces de Namur, de Haiaaut et de Luxembourg. — Fandatio Monastrrii Andaini, sive 8*' Hubert» in Ardueanâ; manuscrit appartenaot à la fabrique de l'Eglise de Seint-Uaiert. — IloMoaiaa Haacaa, Histoire du monastère de 81 Habert ea Ardenne; manuscrit, propriété de M. Lambin, juge de paix à S(- Hubert; et extraits de ce

manaacrit dantt Annale* delà »oc. hbtor. d'Arloa, III, 18*4. P. 979 à 5191.- Act. NacUro» Or- 4ia. S"-Beaedietl, utc. IV. pan I, fol. 994 - Vita 8''-Bc rrgi»i ; d'après un minutent de l'an 057, écrit par aa religSeai de S'-Hubtrt. — M*»tr.»it rt Dm*aa, Amplissima collccllo, IV. 917. — Fn tu , Flores Eedeaia LeoJienaii, 437. — Blum , Dittertatioa daoa t Pro^ra— e.ale iadtutnelle d Ec.ler.ac.. 1889.

15 ERG , Claude, était né dans l'un des deux villages nommés Colpach qui sont distingués par les prépositions Ober et Nieder. Ce personnage florissait vers le milieu du dix-septième siècle, si nous en croyons l'auteur de Viri illustres qui lui a consacré la phrase suivante: « 1654. Clau- « dius Bergh a Colpach D" ibidem Décati nus Ecclesia? Collégiale Badensis et Mar- <« chionum istorum Consiliarius. Pastor Bas- «toniensis. » Ces particularités sont les seules qu'il nous a été donné de découvrir sur Claude Berg , peut-être de Berg, en ajoutant à son nom la particule nobiliaire puisque notre source, qui est contemporaine , le dit seigneur de Colpach.

Nous n'avons trouvé ce nom inscrit sur aucun document ni dans aucun ouvrage , partant nous aurions pu nous croire autorisés à l'omettre dans celte Biographie, faute de renseignements le concernant , si nous n'avions pas tenu à donner le manuscrit des Viri illustres absolument dans son entier. Il en est peut-être de Claude Berg comme de tant d'autres hommes bien méritants dont les noms sont oubliés aujourd'hui et qui n'ont eu de tort envers la postérité que de n'avoir pas assez fait mousser leurs faits et gestes , comme le public s'exprime de nos jours.

Viri Ulaatrea. I, N* 109.

BERNARD, dit de Strassen, erronnément dénommé par quelques auteurs et même dans plusieurs de ses propres ouvrages, Bernard de Luxembourg, naquit pendant la seconde moitié du quinzième siècle dans le village de Strassen près de Luxembourg, non dans la capitale même.

Voici ce que le manuscrit des Viri illustres dit de cet homme aussi religieux que savant: « 1535. Bernardus de Luxembur-

«go, strassensis, sic agnomtnatus ab urbe « pntria , ordinis predicatorum S. Theo- « logis Doctor et hxreticœ pravitatis in- « quisitor, Lutheri antagoniste, non minus « vitœ sanctitate quam doctrina conspicuus, « Ducibus juliacensibus a confessionibus , «mortuus ctsepultus Colonise anno 1535.

« Scripsit plurima Theologica , Moralia , « Historiés. »

Bernard de Strassen entra dans Tordre des Dominicains , dit aussi des frères prêcheurs. Ses heureuses dispositions pour l'étude se développèrent rapidement dans le monastère de Luxembourg qu'il avait choisi pour prononcer ses vœux; aussi passa-t-il Bachelier en 1500. En 1507, d'autres disent 1516, SI prit le bonnet de Docteur en Théologie a la faculté de Paris. Il alla ensuite à Louvain et enseigna pendant quelque temps dans la célèbre université de cette ville. De là il se rendit auprès de Guillaume duc de Juliers dont il devint le confesseur et le prédicateur ordinaire. Il fut en même temps nommé inquisiteur général dans le diocèse de Cologne, charge qu'il remplit avec le dévoument le plus ardent, puisqu'il passa une bonne partie de sa vie à combattre contre l«s novateurs et à défendre l'église catholique romaine contre leurs attaques et leur doctrine, à tel point qu'on lui donna le surnom de fléau des hérétiques. Plus tard il quitta la cour de Juliers pour s'enfermer dans la maison professe de sou ordre à Cologne dont il fut deux fois de suite désigné prieur et dans laquelle il mourut en odeur de sainteté, le 6 octobre

Le père Bernard a laissé un grand nombre d'ouvrages. Nous allons donner la liste de ceux que nous sommes parvenus à découvrir. Ces œuvres respirent en général une science profonde et un grand amour pour Dieu et la religion ; mais parfois la passion y domine ce sentiment d'onction et de persuation qu'on aime tant a trouver toujours chez celui qui veut convaincre son lecteur ou son auditeur par la raison et la vérité ; ce sont : f Quod-

libetum de Jubilseo anno saeculari sacro MD. in Universitate Lovaniensi determinatum, occasione jubilaei ab Alexandro VI. concessi, et Anlverpix summà pietate celebrati. Anvers, 1501, in 4°. — 2°. Une édition des Postiles d'Albert-le-grand sur l'Apocalypse. Basle, 1506, in 4°. —5».

Compilatio in commendationem B. Josephi, sponsi Christifera Virginis et Nutricii D.- N. Jesu-Christi. Subjicitur Mi&sa in honorent dicti sancti , et Coronœ dnodecim in honorem cjusdem. Cologne, 1510. — 4*.

Sermones de diabolîcà colluctatione septem vitiorum capitalium et virtutum spiritnalium, proclamati in Quadragesiroà anni 1516. Cologne. — 5° CataJogus omnium htcreticorum , qui ad hîcc usque tempora passim litterarum monumentis proditi sunt. Paris, 1 522 : Cet ouvrage, qui a olenu plusieurs éditions, a été réimprimé à Cologne et ailleurs. — Opusculum de Jubikeo, sivc peregrinatorium ad urbem Bomam, in XXX dietas redactura. Cologne, 1525, in 4°. — 7°. De Ordiuibus militaribus et armorum militarium mysteriis. Cologne, 1527.-5°. Tractatus de Purgatorio. Cologne, 1627. — 9°. Liber de supers tilionibus. 40°. Compendium de laudibus aquœ benedictœ , ejusque primarià institutione, contra Lutberanos. — 44°. Sermones de Bosario. — 48°. Tractatus de sua legatione et peregrinatione et laboribus pro quorumdam Cœnobiorum reformatione. — 45°.

Chronica de Viris illnstribus Sacri Ordinis Praedicatorum ; inter viginti priores annos saeculi decimi-sexti exarata : Cet ouvrage est resté manuscrit. — 4é°. Expositio in symbolum Athanasii, in 4". Incuonable à la Bibliothèque de Luxembourg. — 15°.

Planctus super afllictione Ecclesiœ, ad factionem rusticanam, edilus a Fratre Bernardo de Lutzenburgo, Ordinis Praedicatorum : Brochure in 8°. 1525. — 46°. Quelques auteurs lui attribuent enGn tn Catalogue général des écrivains de l'Ordre de S'.- Dominique. Serait-ce peut-être l'ouvrage que nous avons annoté sous le n° 13?

Vin illo.lr*,, I, N« 57.-Aa Uonuti , Hi.lorii TKTir. diplon». n. 889.-D. Camut. Bibl Larr.j «t

Cattlsgue dea aoteori larraiiu.— Manatcrita Clomci. — BcaTEU. 75 rt 130. — Uivauao , 57. —Wii.aci.aoa a WiLtacia, DUqaiait. aatioaar. Hitt Lttxemb., lib.II, e IV. §4.etc VI, § 5 -Menti, H, 211.— Fr. Swertiua, Albeaie BelfU*. IM.-Piaaatr, I f.l. LIX.— BatTBOLBT , VIII, 188.— Nabob, Sappléraertt du Catalogue de la Bibliotb. de Lolbg. 700 et 711. — UttruiKia, Bibliotheca colonie»» il , 39,aaj.— Aela Saactorun , III , 181. Ncdbabb , Lea aateara lnxeatboatgeoia, dam: Prosraame de l'Athéaêe, 1856. lO, ta.

Bernera» ; v. BEONRAD.

BERTELS, Jean, successivement abbé de Munster à Luxembourg, et de St.-Willibrordeà Echternach, est né en 1544, à Louvain, fils de Pierre et de Marie Bollrerts. Après qu'il eut, à l'âge de dix-sept ans , achevé ses études en philosophie au collège du Lys attaché à l'Université de sa ville natale et passé bachelier dans cette faculté, Pierre Cœlen (v. son article) l'amena à Luxembourg lorsqu'il vint prendre possession de l'abbaye de Notre-Dame, dite de Munster, en qualité de vingt-septième abbé. Il y fit son cours de théologie, fut ordonné prêtre, prit l'habit religieux et fit sa profession.

Bertels remplissait à l'abbaye de Munster l'office de cellericr lorsque son protecteur vint à mourir, le 30 décembre 1573.

Les religieux s'étant assemblés en chapitre pour dénommer un successeur à l'abbé défunt, toutes les voix se réunirent pour appeler le Père Bertels à celte dignité. Après qu'on eut en 1574, reçu la confirmation de ce choix tant de Philippe II que des Sérénissimes Gouverneurs des Provinces Belgiqucs et de l'Ordinaire, ce Prélat fut solennellement consacré le 6 août 1576, par Georges de Virnenbourg, abbé de S'.-Mathias, qui était en môme temps évéque d'Azot et suffragant de l'archevêché de Trêves.

Les historiens de l'abbaye s'accordent à faire l'éloge de cet abbé pour les soins qu'il mit à pourvoir au temporel de sa maison en relevant de ses ruines la censé du Felscbenhof (1585) que les guerres avaient détruites, en étendant les murs de clôture du jardin de l'abbaye et en rendant les dortoirs plus spacieux et plus sains.

Non content d'avoir procuré à set religieux ces biens matériels il voulut aussi pourvoir à l'avancement de leur instruction dans l'Ordre qu'ils avaient embrassé et il composa spécialement pour leur usage vingt-sept dialogues sur la règle de S\- Bënoit, auxquels il ajouta le Catalogue des abbés de Munster. Ces deux ouvrages ont été imprimés a Cologne, en 1581.

Un autre acte de l'abbé Bertels doit être rapporté ici parcequ'il l'honore et montre que, tout étranger qu'il était au pays par sa naissance, il n'en savait pas moins bien vénérer ses souverains dont la glorieuse mémoire fait encore aujourd'hui palpiter le cœur des vrais Luxembourgeois: Depuis la destruction du premier monastère de Munster, — qui comme on sait était placé sur le plateau rocailleux en avant de la porte du château, vers l'Orient, lequel a retenu le nom de Vieux -Munster, Ait- Munster, et qui porte de nos jours ce fort de construction récente, destiné à une défense sans doute inutile de la forteresse, — la Momie du Prince-héros Jean de Luxembourg, roi de Bohême, gisait négligée chez les Cordeliers dans une vieille caisse de bois pourri, presque sans couvercle, placée derrière le maître-autel et sur laquelle on n'avait pas eu honte d'attacher celte inscription :

Dum Luxemburgi mea mania Rex capit

[armis

Francisco G ail us, pellor ego tumulo Qui sceptris eessi Casimir o sponte Polonis, Rrgno ut Rex prtssens esset uterque suo. Qui très Augustos genui, qui lumine quam-

[vis

Orbatus, pugnâ Cressieà eecidi, Fortiter affini pro Gallo rege Britannis Ineurrens; tribus his non merui tumulum?

Un curieux sacrilège avait même été assez osé , un jour, pour couper la tête au vaillant roi et se l'approprier, tandisque les cordeliers demandaient l'aumône pour montrer aux passants son cadavre détronqué.

L'abbé Bertels, indigné de ce scandale, se crut en devoir de réclamer ces cendres

vénérables, parcequ'elles appartenaient à son abbaye et qu'il ne pouvait souffrir une plus longue profanation : On savait encore apparemment le nom du possesseur du chef. On en réclama la restitution ; et cette réclamation, quelque fondée qu'elle fût, amena d'abord un assez long procès qui fut néanmoins terminé suivant les principes de la justice. Les cordeliers furent condamnés à laisser suivre la bière et le voleur du crâne du bon roi à restituer sou larcin. Pourquoi la rigueur des lois sur les crimes de lèse-Majesté ne lui fut-elle pas appliquée ?

Le vénérable prélat muni de cette sentence se mit aussitôt en devoir de procéder à la translation solennelle qui eut lieu avec une pompe digne de la dépouille mortelle qui en était l'objet. Ceci se passa en 1592.

Trois années plus tard l'abbaye d'Ecbternach étant venue à vaquer par la mort de Jean Gladt, natif de Luxembourg, décédé en 1594, et les religieux ne pouvant pas tomber d'accord sur le choix de sou successeur, Philippe II roi d'Espagne dont le Luxembourg relevait alors, adressa en 1595 à Jean Bertels des Lettres de provision d'Abbé de ce monastère. Celui-ci résigna en conséquence celle de Munster et vint entreprendre la direction de celle de S'.-Willibrode, au Catalogue de laquelle il figura depuis en qualité de soixanteneuvième abbé. L'archevêque Lothaire de Trêves lui en donna l'investiture au nom de l'Empereur.

Il n'y avait pas un an révolu qu'il était installé dans cette nouvelle dignité lorsqu'une troupe de cavaliers hollandais avec quelques fantassins sous la conduite d'un chef nommé Corneille von der Hardt, vint tout-à-coup le 28 mai 1596 , par une nuit obscure faire irruption dans la ville d'Echternach qui fut piise avant que les bourgeois eùssent eu le temps de se reconnaître. Après ce coup de main ils forcèrent les portes de l'abbaye des Bénédictins et la pillèrent entièrement , ne faisant aucune distinction entre le sacré et

le profane. L'abbé Bertels pour échapper à la fureur de ces forcenés s'était réfugié dans la tour de l'église où il fut enfin découvert et pris avec ses religieux. Avant de l'emmener les vainqueurs se firent compter quatre mille écus du pays pour racheter la ville de l'incendie auquel ils menaçaient de la livrer en cas de refus. Ils traînèrent ensuite l'abbé et les siens ainsique quelques bourgeois notables jusqu'à Nimègue avec le riche butin qu'ils venaient de faire, et les tinrent enfermés dans une infecte prison pendant quatre mois entiers, au bout desquels ils ne furent rendus a la liberté qu'après avoir encore payé douze raille Dalers pour leur rançon, plus deux mille ducats pour frais de leur entretien.

Rendu à la tranquilité après cette rude épreuve, Jean Bertels ne s'occupa plus apparemment qu'à des travaux littéraires. Il mourut le 19 juin 1607 et a été inhumé dans une chapelle conligue à l'église de son abbaye. Son épitaphe, qu'il avait composée lui-même et qui a échappé au vandalisme des temps modernes avec la pierre tumulaire qui la porte, est conçue comme suit :

SlSTB VlATOR, ISTA LEGAS :

Joannbs Bertels, hujus Moxastbrii olim

[abbas,

AbmT NON 0B11T, DISCBSSIT NON DBCBSSIT,

A BUT UT VIVAT IN iETERNUM.

EjUS CORPUS IN HAC 9PBLUNCA ABSCONDITUR, E X SPECTATQUB DIEU K0V1SSIMUM.

avb v1at0r. valb viat0r.

Joannes Bertels mortbm habens pr,e

[occlis ,

VlVBNS POSUIT ANN0 1606.

Après sa mort les religieux ajoutèrent la date de son décès :

Obiit 19 Jumi 1607.

Sur ce piédestal se trouvait placée la statue de Bertels, grandeur naturelle, taillée en pierre, les mains jointes et sculptée, dit-on, en vrai portrait.

Le piédestal du monument avec son inscription se trouve encore à sa place pri-

mitive; mais la statue en a été enlevée pour être posée sur le pont de la Sûre à Echternach : M. Dondelinger devenu propriétaire de l'abbaye, cédant à la prière des bateliers, la fit mettre en cet endroit pour remplacer trois images de saints qui s'y trouvaient anciennement et que les Français avaient jetées à la rivière.

Outre les Dialogues sur la Règle de St.- Bônoit et le Catalogue des abbés de Munster, dont nous avons parlé plus haut, on a de l'abbé Bertels : 5". Catalogus et séries Abbatum Epternacensium, rédigé vers l'année 1595 et imprimé à Cologne. — 4°. Deorum Sacrificiorumque gentilium, cum ad vitandos etbnicae superstitionis ritus et ceremonias j tum ad sacros protanosque scriptores probe intelligcudos delucida etsuccincta descriptio. Cologne, 1606, in 4° : Cet ouvrage, quoique superficiel en apparence, peut être lu avec quelque fruit, surtout pour ses applications au culte de nos aborigènes. — 0°, enfin , Histoia Luxemburgeusis, seu Commentarius quo ducum luxemburgensium ortus, progressus, ac res gestœ continuata série ab ipso primario initiatore , usque ad praesentem illustriss. Archiducem Albertum accurate discribuntur. Simul et totius Provinciœ Luxemburgensis Ducatus, Marchionatus, Baronatus, cœteraque Oominia succinete perstringuntur. Cologne, 1605, in 4°; et Amsterdam, apud Guiljelmum Blacu, 1635, in 32. Cette dernière édition, publiée sous le titre de : Respublica Lulzelburgensis , est incomplète. Ce livre, pour avoir été tourné en ridicule par Bertholet (v. son article) qui ne le comprenait sans doute pas, et trop peu estimé par l'évéque de Hontheim , est le fruit de longues et de laborieuses recherches dont la profondeur commence seulement de nos jours à être appréciée à sa valeur. Bertels a, en outre, le mérite d'avoir été le premier qui ait entrepris a" écrire et de publier V Histoire du Pays de Luxembourg. Si donc on fait abstraction de quelques taches de crédulité, inévitables dans le siècle où l'auteur a vécu, on sera forcé d'admettre, après de mûres réflexions , que celte œuvre est a

moins aussi estimable que la confuse et indigeste compilation du Jésuite qui la critique tant. Nous ajouterons cependant que le style de Bertels est en général trèsdur ; ce qui joint aux innombrables fautes typographiques de l'édition de Cologne, en rend la lecture absolument fatigante. MM. Brimmeyr et Michel en ont publié une nouvelle édition-luxe, revue et corrigée, en un vol. in 8°; Luxembourg, Bûck, 1856.

Rnnu, lui-même. «Un* ion Uiatorîa Laiembar- (cwù.édU. de Cologne, 151»; 144, a<j. ; 178} 184 . •q — D. Ctt-arr, BiLliolhèqae Lorraisc, et Catal. de» litran Lorraiaj — Wilb. a Wiltbub , Ditqaia. ant Bitt. Laseab. I. II. , c. VI , j 5— Paoorr, 09.-Baanoin, I. aate teitom, XXXV.; II. P. J. XI; VIII, 5S-M«am Epitoae Butor. Tre™ , 885.- Mo.«,. II . 880- Rra mon.Urien.e., -Kr -BUtoire de l'Abbaye de N. B de Manater; macr. Bibl. de Luibg. — Aa HaaraciB, Iliit. Trevir. diplon. , II, 852; et III, I017.-Ge*ta Trevirarura. III. 58.— Baovaa, Anlitj. et Aanal. Trevir., II, 488. —Da Ftiua. Bictiaanaire biatorùfiie . litt. B.;et auppléaacatt * cet ouvrage, edit 1810.1. 1 80. -Dr lice, de* Paya- Boa, III. 801.— Monta, Geacbicbte der 8. Wîllibrord'a-Abl^jr , 88.— *. BraaHatM, Bfetropalia Ecelet. TrcTeriete, 1, 838 ; et 853, •«{.— Bmaica , EiOia tllualrata, III. II. n.. 800. acj«{. — Cobbtib , Eacyclopédie moderae , UI , 308.— Citât* . CaUl. delà BibL de Laxemboor); , 474. — Biugrapbic univenelle, IV. 347. — Naoaaaii, Le* aatenr* laterabourgeoi»; daaa; Programme de l'Atbénée, 1858, 80.— 8wb*tic(, Athease Bclgicae , 31HJ.

BERTHOLET, Jean, né à Vieil-Salm, le 30 décembre 1688, étudia les humanités et la philosophie au collège des Jésuites à Luxembourg ; et, décidé à entrer dans leur Ordre il se rendit à Tournay en 1708 pour y faire son noviciat. Il ne reçut la prêtrise qu'à l'âge de trente-cinq ans et se lia alors à la société de Jésus par la profession solennelle des quatre vœux.

Cette cérémonie se fit à Armentières en

L'élocution facile de Jean Bertholet le fit désigner pour la prédication. Pendant quinze ans il remplit avec zèle, dans la plupart des villes de la Belgique les pénibles fonctions de missionnaire, qui ruinèrent sa santé et l'obligèrent à mener désormais une vie sédentaire. Une telle vie se conciliait d'ailleurs parfaitement avec son penchant pour l'élude des faits historiques,

comme il le dit lui-même dans la préface d'un de ses ouvrages dont nous aurons occasion de nous occuper.

Il parait par les actes que nous avons sous les yeux que Bertholet a résidé pendant nombre d'années au collège de Luxembourg ; que de là il s'est rendu à Namur, pour enfin aller s'enfermer définitivement dans la maison des Jésuites de Liège où il est mort le 25 février 1755, à l'âge de près de soixante-sept ans.

Si Bertholet a eu des talents comme prédicateur, on peut dire sans hésiter que comme auteur, surtout comme historien, il est resté bien audessous du degré de critique nécessaire pour juger les faits et les présenter sous leur véritable point de vue. L'ordre dans les idées, la logique dans le classement de ses matériaux semblent lui avoir complètement fait défaut. Dominé le plus souvent par une idée fixe il n'est pas de torture d'esprit qu'il ne se soit donnée pour plier à sa pensée les événements qu'il retraçait. Si nous portons sur ce personnage nn jugement dicté par la justice la plus sévère comme la plus impartiale, c'est bien pareeque lui-même il nous a donné l'exemple de l'acerbe dans les appréciations presque toujours outrées qu'il s'est permises sur le compte des auteurs qu'il consultait, souvent sans les comprendre suffisamment, lorsque ces auteurs ne professaient pas la tournure qu'il voulait donner aux faits qu'il avait à rapporter.

Le P. Bertholet a beaucoup écrit ; mais nous ne connaissons d'imprimé que trois ouvrages dont voici les titres : 4*. Histoire ecclésiastique et civile du Duché de Luxembourg et Comté de Chiny; 8 forts volumes in 4°; Luxembourg, André Chevalier, 1741 — 43 : Cette œuvre prolixe et dénuée d'ordre, pour la rédaction et la publication de laquelle les Etats du Pays avaient fait des sacrifices très - considérables en argent et communiqué de nombreux documents hors des archives publiques, et qui n'y sont jamais rentrés, n'a ni plan ni unité et est tellement entremêlée de faits étrangers au pays, y intercallés inutilement, qu'en maint en-

droit le lecteur est fondé à se demander s'il lit bien un livre sur l'Histoire particulière du Luxembourg ? Du reste , pour le dire d'un trait : l'Histoire de Bertholet n'est réellement qu'une copie du manuscrit intitulé: Essay db l'IIistoirb db Luxembourg , en cinq volumes in folio, attribué au notaire Pierret auquel les Etats l'avaient acheté pour six cents florins et qu'ils avaient communiqué à notre auteur pour le consulter : même style, mêmes mois, mêmes tours de phrase, le même manuscrit en un mot ; mats ce manuscrit jeté pêle-mêle, décousu feuillet par feuillet et recopié au hazard, avec addition d'innombrables digressions tant sur l'histoire générale que sur des objets entièrement étrangers. Tout le texte de Pierret s'y trouve, moins plusieurs titres très-importants que Bertholet n'a pas appréciés ou qui ne se pliaient pas à sa manière de voir; mais hors tordre parfait que l'auteur de ce manuscrit avait mis dans son ouvrage. Nous aurons l'occasion de revenir sur ce manuscrit qui est très-précieux à nos yeux (v. l'art. Pierret). D'un autre côté, par suite de différentes circonstances peut-être indépendantes de la volonté de Bertholet, cet auteur s'est trouvé comme balotlé entre des difficultés et des procès-d'argent à l'occasion de la publication de sa soi-disante Histoire de Luxembourg. Tantôt c'étaient les Etats qui lui demandaient le remboursement de leurs avances montant à audelà de cinq mille florins; tantôt c'étaient les imprimeurs ou les relieurs qui saisissaient ses livres et ses documents, qui ces derniers cependant ne lui appartenaient pas, et les vendaient publiquement à l'encan ; à tel point qu'il faut vraiment admirer sa persévérance, en ce que dans des circonstances si fâcheuses il soit parvenu en fin de compte à mener à terme un travail d'aussi longue baleine et si coûteux autant qu'il était parsemé d'obstacles aussi nombreux qu'humiliants.

Dans son Histoire de Luxembourg cet historien critiquait avec plus ou moins de fondement, ce que nous ne discuterons pas

ici, une soi-disante tradition que les PP. Capucins d'Arlon avaient eu soin de répandre et qui consistait à faire admettre que le lieu occupé par leur monastère aurait porté dans les temps reculés un temple consacré à la lune; et qu'une pierre antique trouvée dans les environs et qu'ils avaient exposée devant l'image de la Sainte- Vierge aurait été l'autel consacré à l'idole payenne , pour symboliser la victoire du culte chrétien sur l'idolâtrie. Les PP. Capucins craignant vraisemblablement de voir diminuer le nombre des fidèles qui venaient journellement invoquer la Ste.-Vierge dans leur église et y déposer leurs offrandes, du moment où par leur silence ils seraient censés avoir passé condamnation sur la critique de Bertholet, se mirent à rédiger et à répandre à profusion une brochure d'invectives contre cet auteur. Leur opuscule, in 18, de 54 pages est devenu rare de nos jours, a pour titre : L'ancienne tradition d'Arlon, injustement attaquée par le R. P. Bertholet, Jésuite; mais justement défendue par la Ville et Magistrat d'Arlon; Luxembourg; héritiers de J.-B. Ferry,

Le P. Bertholet se crut en devoir de répondre anx accusations des Arlonais par une lettre imprimée même format, de 30 pages et datée de Liège, le 5 février 1745. Cette lettre il l'adressait à un capucin du monastère d'Arlon, nommé P. Bonaventure (v. l'art. Mirchout, Henri-Remy), natif de Luxembourg, qu'il supposait peut-être h bon droit être l'auteur du libelle lancé contre lui.

Sa lettre fut suivie la même année , de la part des Arlonais, d'un nouveau libelle intitulé : Remarques de la part de la ville d'Arlon sur la lettre etc.; 61 pages; et peu de temps après , d'une : Suite des remarques etc ; 48 pages.

Dans ce procès dont les sarcasmes plutôt que les bonnes raisons ont fait tous les frais de part et d'autre, le pauvre Père Bertholet qui en était la cause innocente , semble n'avoir péché que pour avoir d'abord donné pour sienne la dissertation

d'Alexandre de Wiltbeim (v. son art.) sur le même objet, «ans a?oir eu les connaissances de son devancier pour réfuter convenablement le sentiment contraire qui lui était opposé.

En 1746 , alors qu'il était déjà retiré à Liège, le même auteur publia une:

Histoire de l'institution de la Fite-Dieu, avec la vie des bienheureuses Julienne et Eve ; in 4°. Son confrère , le Jésuite de Feller pense que dans ce livre il y aurait à désirer plus de critique : C'est encore le reproche que nous avons donné h son histoire de Luxembourg.

Bertholet s'occupa en outre à plusieurs autres ouvrages qui sont restés manuscrits, pareeque , dit-on , les réviseurs les ont rejettes. Ce sont entr'autres: 4°. Abrégé de l'histoire de Luxembourg ; volume in folio, de 635 pages, possédé ptrM. Lavalleye. — 5*. Histoire de l'Eglise et de la principauté de Liège; in folio, 1749; à ht Bibliothèque de l'Université de Liège. — 0*. Vie des Saints et des Saintes des Pays-Bas; 2 vol. in folio, dont le sort nous est resté inconnu. — Et peut-être encore d'autres compositions.

lucnui L*G«aa«, ïfotiec snr les Luxembourgeois célèbres , 55 a 55. — Aa Hohth*i« , Hiitoria Trerireiui* diplomatie», III, 1017.- B«*Tnoi.eT, Histoire de Luxembourg, I, Préface. — D. Calmt, Bibliotb, lorraine; et Catalogue de* auteur* lorrains. — Di Fiun, Dictions, bistor.i litt fi. — De fictrrtn- Hit, édition de: Histoire de* doc* de Bourgogne, pardeBamute, 1856» IX, 861 , note— L'ancienne tradition d'Arloa , etc. — Jansnas , Histoire des Pays- Bas depuis 1rs temps ancien* jusqu'à la création du Bornasse de* Pays-Bas en 1 U 1 5 ; I. Introduction,XIIl. -WftaTn-PaocsjT. Escb sur l'Alselte et section* nui en dépendent; 1841$, 5, note 5.— Archive* du Gouvernement du Grand-Duché de Luxembourg. — Paqcct, 80 —Hommes illustre* des Pays-Bas; I, 41. — Codsti» , Encyclopédie moderne, III, 508.— Classa, Catalogue de la Bibtiotb de Lnxbg.. S56. 474- Biograpbte universelle, IV, 556 — Nranann, Le* auteurs luxembourgeois; dan*: Programme de l'Allié- .«,1886, 49, so.

BETTINGEN , Wolfram de , naquit à Beltingen-aur-la-Prun* , devint en 1077 le vingt-unième abbé de Prum et mourut en 1103 après viogt-*ix ans de prélatine.

Les Chroniques de son abbaye le dé-

signent comme un homme prudent qui défendit avec énergie et force les droits de son monastère. Il sut obtenir pour ce dernier la protection de l'empereur Henri IV contre les entreprises des avoués. •

B«a*»,Eiuia illustrata; I, i, Vil, »q.— Knaorr, Defensio Abbatix prumieasis. -Butsstir.

BIDART, Marie-Anne de, originaire d'une famille équestre très-distinguée du pays de Liège, avait été mariée à François de Thomassin , chevalier , seigneur d'Ansembourg , Dieulcwart , Septfontaines et Kahler, mort le 15 septembre 1684. En 1688 elle fit pour le Mont-Marie, près d'Ansembourg , la fondation de bénéfice qui a motivé son inscription dans cet ouvrage. Voici à quelle occasion :

Depuis un certain nombre d'années il y avait un grand concours de fidèles sur une colline placée à l'est du vieux château d'Ansembourg, où l'on venait honorer , principalement aux fêtes de Notre- Dame , une petite madone qui suivant la tradition populaire avait été découverte entre les branches d'un chêne séculaire : On l'invoquait sous le titre de refuge des pécheurs.

La dame de Bidart , touchée de cette dévotion, avait fait bâtir en cet endroit vers 1678 une chapelle superbe qui fut d'abord consacrée le 12 septembre 1779 par l'évêque suffragant de Trêves. Elle la fit aggrandir en 1687 et elle fut consacrée de nouveau le 4 mai 1690, par Henri d'Anéthan, évéque de Hiéropolis. — En 1771 celte chapelle fut de nouveau aggrandie et ornée de son portail actuel ainsique de ses deux clochers latéraux par Joseph- Lambert de Marchant, comte d'Ansembourg (v. son article). Audessus du portail il fit placer ses armes avec celles de la comtesse son épouse et il décora l'intérieur d'un orgue qui fut plus tard vendu et transporté dans l'église paroissiale de Neuerbourg.

Non contente de cette première œuvre, la fondatrice expédia , manu propriâ , sous la date du 27 octobre 1688, une constitu-

lion en règle pour un bénéfice de chapelain qui serait attaché à la dite chapelle pour la desservir et qui serait eu même temps chargé de donner l'instruction primaire à un certain nombre d'enfants de la seigneurie.

Afin de présenter une idée exacte de cette institution nous allons extraire du titre même les passages qui énumèrent les charges et les émoluments attaches au bénéfice.

Elle ordonne à son héritier qui possédera le château d'Ansembourg , ainsi qua tous ses successeurs d'entretenir la chapelle en bon état de conservation , de réparation et d'ameublement. Pour le cas où les seigneurs d'Ansembourg seraient réduits à l'indigence au point de ne pouvoir suffire à cet entretien elle affecte à cet objet le tiers des revenus du moulin d'Ansembourg avec les rentes en dépendantes.

Elle y constitue ensuite un chapelainprêtre, à sa nomination et à sa révocation, de même qu'à celles de ses successeurs. Ce chapelain sera chargé 1* d'y célébrer le service divin et d'administrer aux fidèles; les sacrements de pénitence et d'Eucharistie ; 2* d'y dire toutes les semaines la messe , le dimanche pour tous les fidèles; le lundi pour les trépassés et nommément pour le mari de la fondatrice , ses père et mère, sa famille et finalement pour tous ceux qui pour leur soulagement n'ont aucun suffrage ni intercesseur en ce monde ; le vendredi en l'honneur de la passion et enfin le samedi en celui de la Sainte Vierge.

3° Le samedi , le dimanche et les fêtes pendant toute Tannée , à cinq heures du soir, le chapelain est tenu d'y chanter le salve regina.

' 4° Le chapelain instruira gratuitement douze enfants dans la foi catholique , la pratique des vertus et les lettres : Ces élèves sont au choix du seigneur et seront pris de préférence parmi les pauvres de la terre d'Ansembourg.

A défaut de sujets dans celle-ci ils le seront parmi les enfants des villages voisins : Chacun d'eux pourra suivre l'école pendant quatre ans.

Pour ses émoluments le chapelain recevra: 1° pour ses messes hebdomadaires, cinquante écus blancs par an ; 2° pour l'instruction des douze enfants pauvres, neuf écus ; et 3* pour le salve regina six écus; en tout, monnaie moderne, trois cent soixante dix-sept francs. Pour sa résidence le seigneur lui fournira une maison convenablement distribuée et entretenue, et pour son chauffage quinze cordes d'Espagne de bois à couper dans le bois vis-à-vis du château.

La fondatrice ordonne en outre qu'aux sept fêtes de la Sainte Vierge il soit célébré dans la chapelle du Mont-Marie une messe haute à trois prêtres ; qu'à ces jours aussi il y ait prêche et deux confesseurs pour entendre les fidèles qui voudront faire leurs dévotions ; pour le jour de la nativité elle commande quatre confesseurs. Ces prêtres doivent recevoir du seigneur: l'officiant cinq escalins ou deux francs quatreving-dix centimes; chacun des deux lévites, y compris leur messe basse, trois escalins ; le chantre deux escalins; le prédicateur trente-cinq sols. En cas que l'officiant de la messe haute ferait en même temps le sermon il recevra un écu en tout. Chacun des confesseurs enfin obtiendra vingt sols, plus dix sols pour sa messe. Ces prêtres auront en outre droit à une réfection honnête avec une pinte de vin , à leur offrir par le chapelain qui recevra de ce chef, pour chacun d'eux, un quart d'écu à lui payer par le seigneur.

Afiu que le concours qui a lieu au Mont- Marie n'entraîne à aucun excès, le seigneur d'Ansembourg aura à veiller scrupuleusement à ce qu'il ne s'y débite pas de boissons et à ce qu'aucun niurchand- mercier n'y étale ses marchandises pendant les dites fêtes.

Le lendemain de chacune de ces sept fêtes il sera célébré dans la chapelle une messe haute à trois prêtres, et deux messes basses, toutes de requiem pour le repos de l'àme de la fondatrice, de celle de son époux et de celles de sa parenté. La même rémunération que dessus sera payée aux prêtres et au chantre; mais sans repas.

Somme toute, les rétributions ici flxées montent en total , pour les sept fétcs, à trente-huit écus et dix sols , monnaie forte ou ancienne; pour les anniversaires a onze écus et dix-huit sols , même monnaie ; pour les honoraires du chapelain a soixantecinq écus; total cent quatorze écus et trentecinq sols , argent du pays , l'écu compté à soixante sols de huit centimes.

Le seigneur d'Ansembourg est tenu d'acquitter cette somme sans déduction aucune, sous l'hypothèque spéciale du château , des forges, fourneau et dépendances ainsiquc du tiers de toute la seigneurie d'Ansembourg, de même que de tous les biens meubles et immeubles, droits, raisons et actions de la fondatrice, dame dudit Ansembourg, là où ils pourront être situés et de quelle nature ils soient, sans que la spécialité dérogea la pluralité , ni la généralité à la spécialité, avec défenses et interdiction de les pouvoir alliéncr , engager ou autrement en disposer qu'avec les charges et obligaUons ci-dessus énoncées.

La fondatrice ajoute : « Je déclare qu'en «cas que ledit chapelain serait négligent à in- « struire la jeunesse ou qu'il n'eût le nombre v de douze enfants réglé ci-dessus, que pour v chaque an on lui défalquera trois quarts « d'écu par enfant ou bien trois sols par mois « et par enfant manquant. De même pour «chaque fois qu'il omettra déchanter le sal- « vc regina il subira une réduction de deux «sols; le tout hors le cas d'une maladie qui • ne serait pas absolument trop longue. »

Tous les bénéfices opérés par ces réductions seront distribués aux pauvres d'Ansembourg et de la paroisse de Tuntingeo.

Finalement, la fondatrice prie le Procureur-général de Luxembourg de veiller à la conservation de sa fondation ; et elle rengage à cet effet a se transporter deux fois par an aux fêtes de Notre-Dame au Mont-Marie pourvoir si ses intentions s'exécutent ponctuellement. Les honoraires du magistrat sont fixés pour chaque visite qu'il fera, à trois écus qui sont à payer par le seigneur ; le tout ajouté à l'hypothèque ci-haut consentie.

La dame de Thomassin, née Marie- Anne de Bidard est décédée sans enfants , le 10 mars 1711. Elle a été inhumée dans sa chapelle au Mont-Marie, du côté de l'évangile du maître-autel , sous une tombe en marbre , artistement travaillée. Ce monument porte l'inscription suivante, en lettres d'or:

Piaf memoriœ Pranobilis Domina D. Marias Anna Bidarl, hujus sacclli mariant fundatr ici* , Toparchce in Ansembourg et Kahler, et ferrifundinarum dominas, pranobilis ac gêner oti Domini D. Franciscide Thomassin t ordinis equestris, conjugis

Qua obiit 10"' Martii anno 1711.

Hoc monumentum posuit gratut nepot ac hares , Pranobilis Dominus D. Thomas Marchant, toparcha in Septemfontibus et Ansembourg.

Lector piis manibus apprecare.

Requiescat in pace.

Nous ajouterons subsidiairement que depuis la promulgation de la loi sur l'instruction primaire , en date du 26 juillet 1843, le chapelain -bénéficier de Mont- Marie à Ansembourg ne fait plus l'école aux douze enfants pauvres fixés dans l'acte de fondation : le seigneur est dès lors tenu de verser la somme fixée à cette fin dansla caisse communale pour être employée h l'usage désigné.

Acte de foadalioa d« bénéfice de Mont-Marie; a«i arcbÎTesda Siège de. nol.lt.; vol. 130. p. lit», N'1104.- ttenicignemiiil. recueillis.— Noir. d'ëUde. — D' Ri** Nillm. Maria, die mechtige Patronin sur Eicbe , auf dem IL Berge Maria** bcjr Aaaembvrg ; pa.im.

BINGEN, Antoine, né à Useldaoge , le 23 prairial an XI (12 juin 1803) , était fils de Sébastien Bingen, riche cultivateur et de Anne- Catherine Clomes, sœur du professeur Pierre Clomes (v. son art.).

Après avoir achevé avec distinction ses études gymnasiales à l'Athénée de Luxembourg, il alla faire sa philosophie au collège philosophique de Louvain, celte con-

ception de Guillaume 1" , roi des Pays- Bas , si belle en théorie mais qui fut absolument Ticiée dans son mode de mise en pratique.

En se rendant à cet établissement Biogoa n'a fait qu'obéir aux lois de son pays ; et cependant lorsqu'il se présenta ensuite pour être admis au séminaire clérical de Namur les portes lui en furent impitoyablement fermées comme à tant d'autres jeunes gens de la même époque qui comme lui se sentaient une véritable Tocation pour le sacerdoce et qui désertèrent ensuite l'école pour retourner à moitié instruits dans leur famille et embrasser une autre carrière. Mais Bingen eut plus de constance et plus de fermeté dans sa résolution : il alla solliciter et obtint son admission au séminaire de Trêves où il Ct ses cours de Théologie et fut ordonné prêtre en 1827.

On était alors si prévenu en Belgique contre les anciens élèves de Louvain qu'on ne voulut les admettre à aucune place de curé, pas même de vicaire. Et cependant Bingen était ordiné; il ne pouvait bonnement pas se condamner à passer sa Tic dans l'inaction : ses connaissances demandaient à être mises à profit à la prédication de la loi de l'Evangile ; son caractère l'appelait à devenir le dispensateur des sacrements de l'Eglise et le pasteur d'une communauté catholique. Répudié par l'autorité ecclésiastique de sa patrie envers laquelle cependant il n'avait pu pécher pour avoir obéi a la loi civile, il fut forcé de rester dans le diocèse de Trêves où il obtint bientôt la cure de Schœnberg, village qui autrefois avait aussi été luxembourgeois. C'est là qu'il passa ses jours et qu'il mourut le 14 décembre 1854, à l'âge de cinquanteun ans.

Sans nous étendre sur ses actes comme curé, puisqu'ils ont été accomplis en Pays étranger, l'abbé Bingen mérite par deux circonstances importantes de lignrer parmi les luxembourgeois distingués: Son oncle le Professeur Clomcs (v. son art.) l'avait nommé son exécuteur testamentaire, le

chargeant de fonder une bourse d'études en faveur de sa famille et de vendre au Pays sa bibliothèque pour, le prix à en provenir, servir à augmenter le revenu de cette bourse. Il lui avait cependant permis de retirer de cette bibliothèque les ouvrages de Théologie. Bingen, plus ami de son pays natal refusa cet avantage qui était considérable et voulut que la collection entière restât h la patrie luxembourgeoise. La fondation fut faite et il se trouva que par un effet de son abnégation personnelle elle put être portée à un revenu annuel de cinq cents francs.

De plus, son oncle avait ordonné en termes généraux que celle bourse fût attachée à sa famille. Bingen refléchissant sur la possibilité où la famille pourrait venir à s'expatrier ou à s'éteindre, ajouta dans son testament et pour ce cas , la stipulation de l'aliénation à perpétuité du capital au profit des élèves de l'athénée.

Le second acte de civisme du curé Bingen est plus personnel, plus direct: il fonda aussi une bourse d'études dont le chiffre ne nous est pas connu, mais qui à ce qu'il est à présumer, s'élèvera à la même somme de dix mille francs de capital et qui est accessible à tous les luxembourgeois sans préférence de famille. Quant à son patrimoine qui était considérable, s'élévant à près de vingt-mille francs, il l'a légué à ses parents ; et finalement, ce que sa cure lui avait laissé d'épargnes il a statué que cela serait consacré à fonder de bonnes écoles dans sa paroisse. Ainsi, ce dont la générosité de son oncle l'avait gratifié il le légua à son pays natal ; il a laissé aux siens ce qu'il avait reçu de ses auteurs et il a donné à ses paroissiens, qu'il aimait comme un père, les moyens de continuer à toujours l'instruction qu'il n'avait cessé de leur enseigner par lui-même pendant un quart de siècle qu'il a dirigé leur conscience.

NftKVt. Catalogue de la Biblioth. de Luibg., 70. •q. — MuLLti, Notice nécrologique, dam le Journal ■ Luiemborger Wort fur Wahrneit und lUckt, 18JStf, N« 18. — Renseignement» fourni* par M. le Bourgmestre dU*eldaogc.

BINSFELD, famille recommandable de Luxembourg, qui a produit vers la fin du seizième et la première moitié du dix-septième siècles plusieurs personnages trèsdistingués et dignes de figurer au nombre de nos illustrations. Cependant , à défaut de données généalogiques plus positives il nous est impossible de marquer d'une manière absolue leur degré de parenté à moins de les reconnaître pour frères , à l'exception toutefois de Pierre binsfeld qui doit dans ce cas avoir été Tonde des deux Jean, de Christophe et de Bernard dont nous aurons à parler successivement. Le nom de Itinsfeld subsiste encore à Luxembourg et dans le Pays ; mais nous nous croyons autorisé à douter si les familles qui le portent aujourd'hui descendent des Binsfeld dont il s'agit ici.

BINSFELD Bernard, vivait en 1645.

L'auteur du manuscrit des Viri illustres nous fournit les seuls renseignements que nous ayons pu recueillir sur ce personnage : «1645. Bernardus Binsfeldius, Luxem- « burgensis, S. Theologise Licentiatus , ceci Donicus ad sanctum Cunibertum Colonix « et Pater spiritualis ibidem in M agno Na- « zareth mortuus in eodem cum opinione « sanctitatis. »

Viri Maîtres, I, If* 79.- Nim, HUtice historique •«r la Cwille de Wiltheia, 14.

BINSFELD Christophe, était vraisemblablement frère du précédent, puisqu'il a Técu à la même époque que lui et que comme lui il était originaire de la ville de Luxembourg. Christophe Binsfeld se voua à l'étude du droit: « Christophorus Bins- « feld, dit le manuscrit des Viri illustres, «J. U. Doctor Consiliarius Régis in hoc oducatu; hic Luxemburgensi seminario acessit quarts m partem Décimas in Sasasenheim fîliumquc unigeuitum Joannem «Wilbelmum dedicavit Societati Jesu. »

Nous ajouterons encore que ce personnage s'est rendu recommandable par ses vastes connaissances dans les antiquités du Pays, à tel point qu'Alexandre de Wiltheini (v. son art.) le cite très-souvent avec éloge et comme autorité, à l'égal de Cbif-

flet, dans son Luxembnrgnm romanum ; et si comme il semble il n'a rien écrit luimême sur cette branche des connaissances humaines on ne peut cependant pas lui ôter le mérite d'avoir aidé de ses avis, de ses recherches et de ses collections à mener à sa perfection un des plus profonds ouvrages qui ail été écrit sur la matière.

Christophe Binsfeld qui avait commencé sa carrière publique en se faisant admettre avocat-postulant an Conseil provincial de sa ville natale, fut nommé substitut du Procureur-Général près le même Conseil par Letlres-Patentes du 23 juin 1634; ensuite Procureur-Général le 29 avril 1 636 ; enfin Conseiller-lettré le 28 avril 1638. Nous n'avons pas découvert la date de son décès.

Il avait épousé Marie de Witbeim, fille de Jean, Greffier au Conseil provincial et de Marguerite Brennerde Nalbacb, et sœur des savants frères de Wiltbeim (v. leurs articles): sa science profonde avait sans doute puissamment contribué à la conclusion de cette union d'où naquirent deux enfants, une fille, Gertrude, qui fut a son tour mariée à Jean Georges de Balonfeaux (v. son art.), Conseiller à Luxembourg et qui vivait encore en 1723 ; et Jean-Guillaume qui entra dans l'Ordre des Jésuites comme nous l'avons vu plus hant.

Viri Ulotlret. III. N* S18.-D. Caukt. BibtioCk. lerr.; et Catml. de* aotears lorr. — Nm*, Notier lii«t. sur la famille de Willhriia, 14. — Natta***, Les ••leurs Luxembourgeois; dans : Programme de l'AUtoftée, 1806. 19.

BINSFELD, Jean. Ici nous devons hésiter sur la question de savoir si nous admettrons deux personnages de ce nom qui auraient simultanément existé; ou bien si les actes que nous connaissons pour avoir été accomplis par Jean Binsfeld doivent être tous attribués à une seule et même individualité. Ce doute fondé ne provient que du laconisme désespérant des sources où il nous a été donné de puiser et qui sont cependant les seules, que nous sachions qui existent. En définitive cependant nous croyons pouvoir nous résoudre à recon-

naître qu'il y a eu réellement deux Jean Binsfeld qui ont vécu la même époque et qui sont morts tous les deux vers le même temps. Voici nos motifs: Les deux Jean Binsfeld ont existé à ou vers le temps où le manuscrit des Viri illustres a été rédigé ; l'un des deux était prêtre , cela est hors de doute , et l'autre a été classé parmi les laïcs, les claripace, mis en opposition avec les clari ecclesiastici , par l'auteur du manuscrit invoqué. Mai» ces deux personnages étaient-ils frères? Etaient-ils cousins ou seulement parents lointains? Ou bien ne Tétaient-ils pas ? C'est ce que nous n'entreprendrons pas de fixer.

Nous dirons donc que Jean Binsfeld, que nous désignerons par Jean I , est mentionné comme suit dans le manuscrit des Viri illustres: («1656. Joannes Binsfeld, «Luxemburgensis, Consiliarius inlimus « ducis neoburgensis Juliae Olivia:. » Il nous est impossible de fournir aucune donnée ultérieure sur cet homme distingué; nous disons distingué, car sans cela l'auteur de notre manuscrit, qui était un excellent critique , ne lui aurait pas donné place dans son œuvre.

Jean II Binsfeld , de son côté , n'est pas cité parmi les Viri illustres. Ce dernier était frère de Pierre Binsfeld , dont l'article suivra. Il entra dans les Ordres sacrés et devint Chanoine-Doyen de la collégiale de St. Siméon , à Trêves. Tous les documents que nons avons consultés pour la rédaction de cette notice s'accordent à dire que Jean II Binsfeld a été un écrivain célèbre; mais aucun ne nous donne le titre de ses ouvrages ; et même la Bibliothèque de Luxembourg n'en possède point. Ce personnage mourut vers l'année 1655 ou 56, non en 1636 comme quelques auteurs nous l'avaient fait accroire lorsque nous avons rédigé notre Notice historique sur la famille de Wiltbeim; ni en 1615, suivant d'autres, puisque plus de vingt ans après cette date il a encore concouru à des actes concernant ses fonctions de Doyen du chapitre de St. Siméon. Viri Illustres, HI, N» M3. D. Cai-tr, DibliotV

lorr.{ et CataL. «les auteur* lorrain*; -Nam, Notice histor. sur la famille de Wiltheim, 14. — Geata Trevirornm, 111, 88, note g. — PiaaaaT, I, fol. L1X.— Biiiiour, VIII, 188, — Ui.vBi.isr., 57. — Aallon- ■un, HisCor. Trerir. diplosa. , III, 444. — Clos»*, Manuscrits. — t. Stiabicbo, Metropol. Ecclea. Trever. I, 910 et 213. -NiHits», Les auteur* luseinbourgeois; dans. Programme de l'Athénée , 1886, 19.

BINSFELD, Pierre, qui n'est pas mentionné dans le manuscrit des Viri illustres, était frère de Jean II Binsfeld, doyen de St. Siméon. Comme ce dernier , il était né à Luxembourg , de parents peu moyennes à ce qu'on rapporte. Sur la puissante recommandation de Jean de Bridel, abbé de Himmerode , il fut admis a faire ses éludes au collège germanique de Rome où il reçut le bonnet de Docteur en Thiologie et en Droits. Il était encore dans cette ville lorsque Jean de Schoneubourg, archevêque de Trêves, demanda au Pape quelques jeunes prêtres à mœurs régulières, éloquents et pro.ondéiuent instruits, pour s'opposer au schisme qu'un hérésiarque nommé Gaspard Olévianus avait essayé d'introdnire dans le diocèse. Pierre Binsfeld fut un des trois orateurs qui furent députés à cet effet ; et il n'était pas le moins instruit d'entre eux. Aussi les annales de Trêves font-elles réloge le plus brillant de sa science et de la force de son entraînante éloquence. Quelque temps après l'archevêque le désigna pour se rendre à l'abbaye de Prum afin d'y faire revivre l'esprit de la règle religieuse et de corriger les mœurs dépravées des moines. Dans celte mission Binsfeld cul d'abord à subir des contrariétés voire même des avanies sans nombre de la part des religieux récalcitrants habitués à mener une vie dissolue. Il ne se rebuta pas cependant. Plus la communauté se montrait revêcbe à ses exhortations et plus il affichait la patience la plus évangélique qu'il unissait constamment à la science la plus approfondie. Sa mission dura trois ans entiers au bout desquels , après avoir constamment prêché par son exemple autant que par ses paroles, il parvint enfin à ramener ces brebis égarées dans le bercail et à les faire rentrer

sous la loi dont dans leurs vœux religieux ils avaient juré de ne jamais s'écarter. Jean de Sehonenbourg qui était vieux et infirme , apprit avec une vive satisfaction la réussite de l'objet de ses désirs , et voulut en récompenser dignement Binsfeld : Il le manda en conséquence à Trêves , le sacra évéque du titre d'Azot (1589), le nomma son suffragant et ajouta à ces dignités celle de Prévôt de St. Siméon, afin , disent les annales que nous consultons , de lui donner les moyens de remplir ses fonctions nouvelles avec l'éclat nécessaire. Binsfeld avait accepté toutes ces dignités avec reconnaissance , pensant apparemment que le caractère nouveau d'évéque allait lui fournir l'occasion de prêcher l'Evangile avec plus d'autorité.

Mais pour les biens terrestres très-considérables qui y étaient attachés, leur acquisition ne lui fit pas abandonner la vie austèrement régulière qu'il avait menée jusqu'alors : Ce qu'il épargnait sur les revenus de ses prébendes il le distribuait aux nécessiteux. Son humilité qui avait été admirée par tous jusqu'alors , resta la même si elle n'augmenta pas. En un mot Pierre Binsfeld peut au rapport de tous les historiens , être cité comme un vrai modèle de science et de vie chrétienne.

Ce grand homme fut une victime de la peste qui sévissait en 1598 dans le diocèse de Trêves et qui l'enleva le 24 novembre. Suivant ses désirs exprimés à son lit de mort , il fut inhumé en avant du vestibule de l'église inférieure de St. Siméon, à côté de trois enfants jumeaux qui venaient de mourir immédiatement après avoir reçu le baptême ; afin , ajouta-t-il , qu'à la résurrection générale il soit compris au nombre de ces enfants pour paraître devant le juge-suprême.

L'évêque Pierre- Binsfeld dont nous avons admiré la science, a publié plusieurs ouvrages dont quelques-uns ont été souvent réimprimés et qui sont encore aujourd'hui fort estimés. Nous allons en donner les titres en ajoutant que presque tous se trouvent à la Bibliothèque de

Luxembourg. Ce sont : 1° Commentarius in titulum juris canonici : De Injuriis et Damno dato. Treviris. 1597: in 12. — 2° Commentarius in titulum juris canonici: De Simonià , per quaestiones et conclusiones. Trev. 1604; in 12. — 3" Commentarius in titulum juris canonici : De Usuris. Trev. 1609; in 12.-4° Liber receptarum in Theologiâ sententiarum et conclusionum, cum brevibus necessariisque fundamentis. Trev. 1595; in 12.— 5* Tracta tus de Confessionibus maleficorum et sagarum , an et quando fides iis habenda sit. Trev. 1591; in 8°.— 6* Enchiridion Theologiâ; pastoralis , pro animarum curationibus non contemnendo labore consuluit. Trev. 1 599; in 8*. —V Exactum examen ordjnandorum. Rothomagi , 1620 ; in 12. — 8° Tractatusde tentationibus et earum remediis. — 9* Commentarius ad titulum Codicis Lib. IX. deMaleficis etMathematicis. In fine adjunctae bullœ et extravagantes Rom. Pontif. advenus astrologos, etc. — ftf° Enchiridion théologie pastoralis cum additionibus Sylvii; cum Fr. Borgiœ rhetorica concionnandi. Antverpias, 1647; in 12.

fresta Trevirorum, III, 50. rt Annot. Mtsq.— Ca> talogu» Bikliothecz Collegii 8oC Jetn Loran , 1 2$. — Ai IIo*tbsibj. Hiat. Tretir. diplom. II, 840. — Nmi, Notice ki*t«r. *nr la famille de Wiltbeiin. 14, -D. Ctun, nibliotli. lorr.j Catal de* auteur* lorrain*; et Hi*t. de Lorraine, HT, 35 *«|. — Clam», Catal. Bibl. Laxbg., 48, «84. 501, 300. S70 — Mum , Epitomr Annal. Tretir , 696. — Boowaa, Annal. Tretir., II. 491. a* et 490. - Moam, II, 858. — Piaaasr, I. fol. LX. — Ulvilisc, 37-ftea-

THOLKT. VIII. 188. — T. STBAklBtaC. MetTOpol. Ec-

de*. TreTer. I, 78, 910, 813. et 478. — Connria. Encyclopédie moderne, III, 364, *q. — Ncvaana. Le* auteur* luiembourjcoi* ; dan*: Programme de l'Athénéa, 1856, 19.

BIKTHON, Mathias, naquit vraisemblablement à Luxembourg. En 1598 et 1 599 il était échevin de cette ville. Si nous nous laissons aUer à une induction qui a pour elle quelque vraisemblance nous admettrons qu'il était fils de Hubert (Huprich) Birthon (Birtoin) qui est cité comme échevin sous l'année 1572. Quoiqu'il en soit, c'est à ce personnage qu'est dû l'honneur d'avoir importé dans la capitale

du Pays la première imprimerie permanente. Avant lui, en 1578, Martin Marchand avait bien édité quelque» ouvrages portant le nom de Luxembourg comme lieu de leur impression ; mais , ainsi que M. Wiirth-Paquet Ta fort bien démontré dans sa savante dissertation sur l'introduction de l'art typographique en cette ville , il n'est guère à croire qu'il y eût eu alors déjà une presse permanente. Et en effet, par Lettres-Patentes du 10 avril 1598, le roi Philippe III lui octroya le permis d'imprimer. Le 5 septembre suivant Birthon prêta le serment à l'office d'imprimeur devant le Conseil provincial et commença de suite à faire travailler, puisque nous avons un placard imprimé par lui encore la même année.

Birthon était uq homme instruit puisque dans sa requête au roi il dit qu'il a achevé sa philosophie et ses cours de littérature ; et dans une lettre du 18 avril 1C01 à LL. AA. , le comte de Mansfelt , Gouverneur du Pays, le déclare « bien expert en «sciences mathématiques, mesme la géo- « graphie et géométrie. » — Dans un ouvrage publié en 1603, il prend le titre d'imprimeur du Roi.

Birthon mourut en 1603 ou 1604. Sa veuve continua l'état d'imprimeur.

Wvbtii-P*ovbt, DiiterUtion tor l'introduction de l'imprimerie a Lu*e«b«urg; danai Publications de U Société archéologique de Luxembourg. 184S, II, 46. — BcaraouT, IV, antè teitum, XLI.

BISSEN, Marc, est encore une des illustrations nationales qui nous serait restée entièrement inconnue si le manuscrit des Viri illustres ne nous avait conservé son souvenir dans les quelques mots que nous allons transcrire : « 1 596. Marcus Bissen « natus in suburbio Pfa(fenthall dicto filius n tenuissimi civis et aliqnando stabularius « per militiam Hungaricam evectus in gu- « bernatorem minoris Ratisbona?, /m lloff « dictée pro Bavariac duce. » Comme Beck et Aldringen, ce personnage est donc né dans une des basses-villes de Luxembourg, le Pfaffenthal ; comme eux il a vu le jour pendant le seizième siècle; et, extrait

comme eux de la plus basse classe de la bourgeoisie il a commencé par occuper un des emplois les plus modestes, celui de valet d'écurie à la suite de l'armée. Mais, par quelle suite d'actions d'éclat s'est-il rendu digne de devenir Gouverneur civil et militaire du quartier de Ratisbonne dit : la Cour, poste éminent s'il en fut, puisque celte ville était une des grandes et des importantes cités de l'Empire? c'est là une question que nous ne pouvons résoudre à cause du silence des auteurs. En effet, aucune Biographie, aucun mémoire de tous ceux que nous avons consultés n'a conservé son nom, tandisque bien des hommes beaucoup moins méritants sans doute que ne l'était Marc Bissen ont échappé à cet oubli :

Viri UUaUea, II. N* 147.

Bittbodrg, Mathias de; v. MAT11IAS, dit de Bitt bourg.

BLANCHART, Blanc kart ou Blanquard, nom qui désigne un blanc par opposition à un maure. Famille de nom et d'armes, originaire d'Espagne, laquelle porte : d'azur, à un marteau guerrier, maillet ou masse d'argent, obliquement placé. Heaume : un buste de chien d'azur portant au col le maillet de l'écu.

La maison Blanchart vint s'établir en France pendant le treizième siècle, ensuite en Lorraine, enfin dans le Pays de Trêves, celui de Cologne et celui de Juliers, où ils sont jurés depuis plusieurs siècles dans l'ordre équestre et dans les chapitres nobles. Plusieurs de ses membres ont rempli un grand nombre de charges importantes à la Cour. Dans la suite elle s'est partagée en deux branches qui se dénommèrent , l'une d'Odenhausen , aujourd'hui d'Alstorff, l'autre d'Ars sur Moselle, ou d'Ahrweiler.

Cette famille a produit entre autres personnages distingués les illustrations luxembourgeoises que nou9 allons rappeler ici successivement.

BLANCHART, Antoine de, que le manuscrit des Viri illustres n'a pas mentionné et qui eut cependant mérité cette distinc-

tion plus peut-être que les autres personnages de sa maison qui y figurent. Il était fils de Claude de Blanchart, d'Ars, seigneur de Crespy, et de Barbe de Fla- Tigny.

Antoine de Blanchart (Antoine I dans la généalogie de sa famille) se titrait de seigneur de Crespy, Sorbé et Linden. Il naquit à Metz, le 13 mai 1535. Lorsque cette ville et le Pays messin furent subjugués k la France en 1552, il quitta sa patrie pour rester attaché à la maison d'Autriche et vint s'établir dans le Luxembourg où rArchiduehesse Marguerite, gouvernante des Pays-Bas le nomma successivement Conseiller de S. M. C, receveur des domaines k Bastogne, commissairegénéral des montres et son envoyé plénipotentiaire dans diverses ambassades importantes entre autres près des princesélecteurs pour les détourner de prêter secours aux Provinces-Unies révoltées. Dans tous ces emplois Antoine de Blanchart se rendit très-recommandable par son intégrité, son zèle et ses vastes connaissances diplomatiques.

II épousa le 28 mai 1564 dame Jeanne Brenner de Nalbach, de Luxembourg, fille de Jean Brenner, Greffier du Conseil provincial et de Marguerite Housmann d'Ebly; d'où neuf enfants : Michel, capitaine d'une compagnie de cent hommes d'armes; Jean, qui a son article dans cet ouvrage ; Gaspard, qui aussi a son article ; Louis ; Antoine II; Marguerite; Jeanne; Anne et Françoise.

Antoine de Blanchart mourut à Luxembourg en mai 1586, à l'âge de 51 ans et fut enterré aux Cordeliers de cette ville. D'après un manuscrit de famille presque contemporain, sa femme lui survécut de vingt-sept ans, étant morte le 20 novembre 1613. Robens verse donc dans nne erreur lorsqu'il avance qu'après Jeanne Brenner, Antoine Blanchart aurait épousé Marie-Salomée Housmann d'Ebly.

■aaaaerît de famille de StMsnc* - FiAnçois de Buxcaaar. «cigaear du Cbatelet, Belvaas. Hachivitle et partie de Braadenbonrg. - Boanaa, Adel*-

Buca de* Niedcro aad Mittel -Rbeina. — Baaoa Eaa*noai a'acaaT, Généalogie de la Maiaoa Blanchart; dana: Publication* de la Société archéologique de Luxembourg. VI, ,H4, «qq. Généalogie Brenaer de Malbachj manaacrit.

BLANCHART, François de, était fils de Michel de Blanchart , de la branche d'Ars, capitaine d'une compagnie de cent hommes d'armes, mort de la peste en 1636, et de Françoise Rœmer, de Tborn, sa seconde femme. Le manuscrit des Viri illustres le mentionne comme suit: u 1654. « Francisais Blanchart Luxemburgensis « pastor in Feulen, magnus Seminarii Lux- « emburgensis fautor. » Monsieur le Baron Emmanuel d'Huart s'est donc trompé lorsqu'il a dit que François Blanchart était curé de Diekirch. Quoiqu'il en soit de l'assertion des Viri illustres qui le proclame grand partisan des progrès du séminaire attaché au collège des Jésuites de Luxembourg, il n'est rien resté de cette protection dans les archives de l'établissement; du moins l'auteur de la dissertation sur les fondations attachées à cette institution ne fait aucune mention de ce personnage : Mais tous les actes d'une véritable charité chrétienne ne sont pas parvenus jusqu'à nous.

Viri illaitre*. I, N« U7.-Roaaaa. Adeb-Boch — Naaca, Catalogne h i* torique dea Bonne* d'étude* fondée* an collège de* Jeauite* à Luxembourg; dan*- Programme de l'Athénée. 1847. - Eaa. a Hv*»T. GéaéaL Blaaehart; dana. Publicat. de la B*c. „chéol. de Laibg. VI. 184, »qq

BLANCHART, Gaspard- Antoine de, toujours de la même famille, était l'oncle de François qui précède, et fils d'Antoine II de Blanchart (v. son art.) qui avait quitté Metz à la conquête de cette ville par la France pour se retirer dans le Luxembourg. Catherine d'Everlange, dite de Vitry, était sa mère.

« 1651. Casparus Blanchardt Luxembur- « gensis, dit le manuscrit des Viri illustres, « ex vaticinio illi Majoria; a Bw Fratre nostro « Rodrigues Collegii istius Janitore facto a Societatis Jesu Coadjutor Temporalis In- «stitutor et quasi fundator Famosissimœ « processionis annua» in Unseldingani prio-

«ratûs Templo Festo Visitationis Beatis- «sima; Virginis Maris.»

Il résulte de ce passage que Gaspard de Blancbart n'entra pas dans les ordres sacrés, bien qu'il fût affilié à la Société de Jésus. Et en effet une généalogie authentique de sa famille lui donne pour femmes: a. Louise de la Court; et 6. Catherine- Sidonic Dcschamps, dite Van de Velde.

Il a laissé postérité de l'un et de l'autre de ces mariages.

C'est lui qui avec le concours de Mathias Beckerich (t. son art.) , le pieux vicaire perpétuel du village de Saeul, institua la procession et la dévotion particulière qui subsistèrent pendant près de deux siècles dans l'église du prieuré ou noviciat d'Useldange. Les annales ne nous apprennent rien d'ultérieur sur ce pieux personnage.

Vîrî illnttrea, I, N» 84 En. b'IIoabt, — Généalogie nianekirt. — flotta», Adela-Lemikon.

BLANCHART, Jean de, était frère de Gaspard qui précède. Il mourut en 1617. Ce personnage devint bailly du Baron Jean de Wiltz, en l'absence de celui-ci qui résidait presque toujours hors de sa seigneurie , d'abord à l'armée , ensuite dans son gouvernement à Thionville, enfin dans celui du Limbourg. Il est difficile de croire combien d'actes divers ce personnage a rédigés lui-même et transcrits de sa main, tous sur parchemin, pendant les douze à quinze ans qu'il occupa ces fonctions avec celles de juge féodal, dans la plus grande seigneurie du Pays. Mais il semble que la mention que le manuscrit des Viri illustres fait de lui a été particulièrement motivée par une autre cause, celle d'une donation pieuse. En effet, voici ce que nous y lisons : « 1616. Joannes Blanchard! Luxem- « burgensis pnxfectus Dominii et Comitatus «Wiltz— erreur.- la seigneurie de Wiltz n'a « été érigée en comté qu'en l'année 1629 — , « moriens donavit aediGcandx ccclesix So- « cietatis Jesu Luxembourg! 900 florenos « brabanticos, quantum vix ullus.»

Jean de Blancbart n'avait pas contracté mariage.

Viri illustre*. III, N« 908. — E»«»«"tt aUcAar, O-cDcalogie Blancbart. — Archive* de la maUon de WiiU. de 160S à 1817.

Blahckart; v. BLANCHART.

Blanquaud; v. BLANCHART.

BOCIi, les frères, famille très -respectable , originaire paraît-il de Hayange au canton de Thionville, ou d'Audun-le-Tiche, canton d'Audun-le-Roman, France, et établie dans le Luxembourg depuis la seconde moitié du dix-huitième siècle.

Le père des frères Boch, excellent ouvrier employé aux forges de Hayange, y était occupé, dit-on, avec ses fils à couler les bombes, boulets, canons, etc., tant en sable qu'en moule.

Ses fils, au nombre de trois, se nommaient : Dominique et Jean-François, jumeaux; ainsi que Pierre- Joseph, le pins jeune. Outre ces trois garçons le père Boch avait plusieurs filles dont l'aînée était devenue l'épouse d'un nommé Valette, chef d'atelier à la faïencerie de Saint-Clément en Lorraine. Ce dernier qui connaissait les grands bénéfices que les poteries ou les faïences donnaient, ne cessait de répéter à ses beaux -frères : «C'est de la « faïence qu'il fant faire ; il y a à Audunctle-Tiche tout ce qu'il fant pour cela. » «Et en effet, malgré que l'on gagnât sa «vie en puisant la fonte incandescente pour «remplir les moules de petites casseroles, «comme Pierre-Joseph, l'un des frères « Boch répéta souvent à ses enfants, les ré- « sultats ont démontré que la fabrication « des faïences donnait des richesses » lorsqu'on possède l'esprit inventif et le talent industriel.

Les frères Boch goûtèrent facilement les conseils de leur beau-frère, lis s'associèrent et fabriquèrent sous leur toit de ebanme de la faïence commune, recouverte d'émail blanc.

A leur porte se trouvaient les ruines d'un vieux château d'où sortait une source dont ils ne pouvaient se passer pour délayer leur argile. Ils voulurent l'utiliser ; mais le sieur de Gerbeville, propriétaire de la masure et qui était le seigneur du

village leur défendit de s'en servir. Les frères Bocb se virent ainsi obligés de jetter les yeux d'un autre côté. Ceci se passait vers 1755.

Dans un voyage que Pierre- Joseph, l'un d'eux, fit à Luxembourg il eut occasion de se plaindre des procédés peu courtois du sieur de Gerbe ville et il eut le bonheur de se faire comprendre par la portion la plus sensée du Magistrat de la ville ; à tel point qu'on l'engagea à venir s'établir a proximité de la forteresse où le bois, disait-on, l'argile et le terrain vague abondaient. On lui lit entendre que la concession de ce terrain nécessaire à l'usine en projet n'entraînerait qu'à peu de difficultés, peutêtre même à aucune à cause de la protection des personnages qui voulaient bien prendre cet établissement naissant sous leur patronage. Le bois était à vil prix et l'eau y sortait de sept sources très-rapprochées, limpide comme le crystal, ne tarissant jamais.

Pierre-Joseph Boch se laissa facilement convaincre, et il engagea ses frères à le rejoindre : ils avaient à peu près six cents livres de fortune lorsqu'ils arrivèrent à l'endroit aujourd'hui si riant et si populeux dit des Sept-Fontaines, mais qui alors était encore désert et couvert d'un gazon rabougri et vierge de culture. Ils demandèrent au Souverain la concession de ce qui leur était nécessaire en terrain pour établir leur four et leur habitation; et cette concession ne tarda pas à leur être octroyée moyennant quelques escalins de cens à payer annuellement au domaine :

cette rente même ils la rachetèrent quelque temps après en versant le capital multiplié au denier vingt.

Us commencèrent alors à travailler.

Environ dix ans après, en 1767, la grande Impératrice Marie-Thérèse voyant leur industrieuse activité et leurs premiers succès dans une branche de commerce entièrement neuve pour le Pays, leur accorda de beaux privilèges , entr'autres celui de pouvoir creuser la terre là où ils voudraient pour la recherche des argiles et sables,

moyennant indemnité à dire d'expert. Leur fabrique obtint le titre de Manufacture impériale et royale, le droit de placer les armes de l'empire à la partie la plus apparente de leurs bâtiments et de prendre pour cachet l'aigle à deux têtes, etc. « S'il «arrivait, ajoutait la Patente, que la fats brique eût besoin de quelqu'autre faveur « ou encouragement raisonnable pour son « soutien ou accroissement, les frères Boch « pourront s'adresser au Gouvernement qui a y disposera favorablement suivant les «circonstances et les progrès de la fa- « brique. »

Plus tard le Gouvernement offrit aux frères Boch la prohibition des faïences étrangères; mais ils eurent la générosité de refuser cette nouvelle faveur.

A leur début ces industriels eurent à soutenir de bien rudes épreuves. Nous avons dit plus haut que dans le principe tout leur pécule ne se composait que de six cents livres tournois environ. Ils eurent d'abord des succès au point que bientôt leur premier four devint trop petit pour suffire aux besoins. Ils songèrent donc à le reconstruire sur une plus grande échelle; malheureusement le nouveau four n'était pas encore assez séché lorsqu'ils voulurent l'employer: à leur première cuisson la voûte s'en écroula et détruisit dans sa chute la marchandise qu'il contenait. Les ressources de l'établissement se trouvèrent anéanties par cet accident.

Pour remédier au sinistre qui semblait devoir engloûtir la fortune naissante des frères Boch , la veuve Valette leur sœur qui avait perdu son mari et qui s'était retirée chez nos potiers, partit à pied pour Metz et alla trouver un de ses parente , l'abbé Guistelle chanoine de la cathédrale, auquel elle conta le malheur qui venait ruiner les espérances de ses frères. Le généreux abbé lui remit cinquante louis d'or pour aider à la reconstruction du four. Etabli cette fois avec des dispositions mieux calculées le nouveau four leur permit de reprendre leurs succès et de les continuer sans interruption; les cinquante

louis prêtés parent être rendus peu de temps après.

A cette époqne la chimie n'avait pas fait les immenses découvertes que cette science a enregistrées de nos jours ; mais les frères Boch qui joignaient l'amour du travail au génie de l'invention et a la probité la plus exquise qu'ils accompagnaient de l'esprit d'ordre le plus parfait , ne pouvaient manquer d'arriver à la fortune , et ce qui plus est, à la considération publique la mieux méritée. Ils n'avaient que l'instruction que l'on recevait à cette époque dans les écoles de village ; et cependant ils prirent rang parmi les plus baut placés dn Pays , parceque tout le monde devait admirer en eux cette aménité de cœur et cette franche honnêteté qui caractérisent si particulièrement l'homme de bien et l'industriel qui est digne de ce nom.

On fabriquait à la manufacture de Septfontaines deux espèces de faïences communes: l'une entièrement recouverte d'émail stannifère blanc, l'antre ayant une couverte brune à l'extérieur ; on y fabriquait en outre deux espèces de faïence fine : l'une ayant une couverte transparente , l'autre un émail blanc. Ces deux faïences Gnes , l'une nommée terre de pipe , l'autre blanc fin , étaient décorées de peintures bleues : Pendant quelque temps on a même orné cette faïence fine émaillée au moyen de diverses couleurs qu'on cuisait à la mouille.

Une autre fabrication , moins importante cependant , était celle de statuettes en biscuit de porcelaine tendre , modelées avec beaucoup de goût par de véritables artistes : un suisse , nommé Spengler , a travaillé entr'aotres pendant quelque temps à Sept-fontaines. Un allemand avait fabriqué en terre cuite les P*ris , les Baigneuses , etc. , qui décoraient les jardins à l'italienne des frères Boch. Ces statues , presque de grandeur naturelle , passaient l'hiver dans un caveau.

En 1781, lorsque l'Empereur Joseph II passa à Luxembourg, les bourgeois de cette ville se plaignirent déjà auprès du monarque de ce que les frères Boch faisaient

renchérir le bois; tellement leur établissement avait pris d'extension.

En 1795 , lorsque les armées françaises envahirent le Duché de Luxembourg, le général Lebrun ordonna aux habitants de Scpt-Fontaines , car déjà alors il y existait un assez grand nombre de maisons d'ouvriers de la faïencerie qui devaient leur origine à cet établissement ; le général Lebrun, disons-nous, ordonna aux habitants de Sept-Fontaines d'abandonner leurs demeures dans l'espace de deux heures, les menaçant de les canonner après ce délai : cet ordre était motivé sur la proximité de la forteresse.

On avait laissé à la famille Boch deux chevaux sur dix qu'elle possédait po'ir ses travaux. Pierre-Joseph Boch mit ce qu'il put sur un grand chariot , plaçant sur un matelas sa femme avec un enfant au maillot et son frère Dominique qui était malade. Il traversa à pied l'armée française , conduisant à la main ses cinq autres enfants et une belle-sœur à laquelle la frayeur fit perdre la raison pendant quelque temps.

Cependant le lendemain il alla trouver le général Davoust et lui dit: «Citoyen «général, je te prie de me laisser enlever « de chez moi ce que je pourrai empor- « ter. » L'autorisation fut accordée ; et à l'aide des paysans des environs il fit ce pénible déménagement eu trois jours.

Quand après les sept mois que dura le blocus de Luxembourg les frères Boch purent revenir dans leur établissement, ils le trouvèrent entièrement saccagé et pour ainsi dire réduit à l'état de ruine: les portes et les fenêtres avaient été transportées au camp et la charpente ainsique les planchers enlevés pour servir au chauffage de l'ennemi pendant un hiver rigoureux.

Les propriétaires firent expertiser leur dommage et il fut reconnu qu'il s'élevait à six cent quarante-huit mille francs. Quelle pros}térité pour un quart de siècle de travail et d'économie bien dirigée!

Les frères jumeaux Dominique et Jean- François, dont le premier n'était pas marié et dont l'autre avait épousé Marie-Françoise

Bourgeois, fille d'an négociant de Luxembourg mais qui ne loi tirait pas donné d'enfants, prirent en partage les biens-fonds de la communauté et laissèrent à Pierre- Joteph, le plus jeune comme le plus industrieux, les ruines de la faïencerie. «J'ai « fait ma fortune par le travail, dit ce der~ « nt>r en recevant son lot, je saurai la re- « faire de même : Je rebâtirai les maisons « incendiées et je ne Tendrai pas un champ.»

Son parent, le chanoine n'existait pins ; mais il lui restait dans les Ardennes un ami qui, dévinant sa position, lui prêta vingt à vingt-cinq mille francs sans intérêts : il avait alors près de soixante ans d'âge. Il reprit sa baonette, se remit snr le tour et fit de nouveau tous les moules nécessaires à sa fabrique.

La guerre terminée il eut des lattes d'un antre genre à soutenir. Ne pouvant plus aller chercher sa craie en Champagne il apprit à la remplacer par un tuf calcaire qui se trouve dans le Pays. Il en fut de même pour le sable des Vosges et la soude d'Alicante ; il croyait que le minium, qu'il nommait mine rouge de plomb, était un minerai qu'on ne trouvait qu'en Angleterre: il apprit forcément à le fabriquer lui-même.

Il est curieux de comparer les efforts des particuliers à ceux que fit la nation française pour sa défense, par suite de son isolement : L'an X de la République le trop fameux Camus, membre de l'Institut, visitant le département des Forêts reconnut que Pierre-Joseph Boch était le premier ouvrier de son établissement dans lequel il se faisait aider par son lits aîné, qu'il avait eu soin d'envoyer à l'école de Paris entendre les leçons de Vauquelio.

Pierre-Joseph Boch ne tarda pas à rétablir l'importance de sa faïencerie. Par son travail infatigable il encourageait ses ouvriers; par sa sage économie il les habituait à la régularité ; par les égards qu'il avait pour tout le monde il leur apprenait l'urbanité et la politesse; en un mot sa fabrique était à la fois une école de travail, de sobriété et de douceur pour les mœurs. En effet lorsqu'encore on ignorait

généralement l'influence salutaire de la musique sur le caractère, Pierre-Joseph Boch fondait dans ses ateliers un corps de musique où chacun rivalisait de xèle pour faire des progrès dans cet art si éminemment civilisateur. Et tandisque les ouvriers des autres établissements s'adonnaient à l'intempérance pendant les jours de fête, ceux de Sept-Fontaines se réunissaient autour du chef d'orchestre qui était soldé par le patron, pour exécuter des morceaux d'harmonie ou de chant, amusement innocent à la fois et bien destiné à polir ce que le caractère de l'ouvrier a d'apreté native.

Mais ce n'était pas encore assez pour lui, pour cet excellent maître , pour ce philantrophe par excellence : l'ouvrier devenu vieux ne pouvait plus gagner pour son entretien et celui de sa famille ; il pouvait aussi tomber malade et se trouver dans l'impossibilité de travailler. Pierre-Joseph Boch chercha et trouva un moyen pour parer à cette terrible perspective : à une époque oh les caisses d'épargnes n'existaient pas encore, il en créa une pour les artisans de Sept-Fontaines. Les malades y reçoivent, au moyen d'une retenue imperceptible sur leur salaire les secours de la médecine et les infirmes une pension.

L'une et l'autre de ces institutions, qui à elles seules dépeignent si bien l'esprit d'ordre et de prévoyance ainsi que la charité vraiment chrétienne du fondateur de la faïencerie de Sept-Fontaines , subsistent encore et subsisteront tant que rétablissement sera debout. La seconde, celle pour fonds de secours , possédait k la fin de 18S4 un capital de francs 10,263 et 33 centimes, et les dépenses se sont élevées pendant la même année, à une somme de francs 404, pour subsides aux malades cl pour inhumation de frères décédés ; finalement à celle de francs 1,033, 71 centimes pour pensions à des ouvriers infirmes et à des veuves.

D'un autre côté encore, le généreux patron non content d'avoir créé ces fon-

dations de prévoyance qui devaient se soutenir par des moyens de mutualité, voulut aussi inspirer à ses ouvriers l'esprit de propriété en leur fournissant de quoi acquérir quelque bien au moyen d'une caisse de prêts à remboursements presque insensibles à prélever sur le salaire : Ainsi, lorsqu'un ouvrier veut s'établir et avoir une maison, la caisse lui prête, sans intérêts, les sommes nécessaires pour acquérir le fonds et pour la construction. Ces avances sont ensuite remboursées denier par denier; de façon que , contrairement à ce qui se remarque presque partout ailleurs, les ouvriers de l'usine de Sept-Fontaines sont tous ou presque tous propriétaires sans avoir besoin de louer leur logement ; et ils le sont devenus au moyen de sacrifices successifs moindres que n'aurait été on loyer, même modique. Par ce procédé civilisateur Pierre-Joseph Boch est parvenu à peupler en peu d'années la solitude dans laquelle il s'était établi de ces maisons d'artisans à l'extérieur riant qui y fourmillent de nos jours et dont le nombre s'élève en ce moment à deux cent quatrevingt-quatre avec une population de 1410 âmes , ayant une belle église et une superbe maison d'école dues l'une et l'autre en très grande partie à la générosité du fils aîné du fondateur (v. l'art. Jean-François Boch).

Les trois frères Boch atteignirent chacun un âge respectable , ayant approché ou atteint les quatre-vingts ans. Dominique, le premier-né des jumeaux, mourut à Sept- Fontaines; Jean-François, le second, avait obtenu pour sa part le domaine de Kockelsebeuerdans la commune de Hollericb, où il est décédé le 22 juin 1817 , à l'âge de 83 ans. Sa veuve lui survécut jusqu'au 26 mars 1817 : elle était âgée de 78 ans. Le troisième enfin, Pierre-Joseph, ou le vrai fondateur de la faïencerie de Sept- Fontaines, avait épousé Dame Marie-Antoinette-Louise Nothomb , d'une ancienne et belle famille. Cette dame , qui était née a Differdange, lui donna: Marie-Catherine, qui fut unie à son oncle maternel,

le sieur Jean de Nothomb, ancien colonel de cuirassiers au service d'Autriche; Jean- François, époux en Dame Rosalie Buschmann, de S' Vilh; Marie-Françoise-Ferdinande, morte en 1856, veuve de Jean- Pierre-Bonaventure Dutreux, en son vivant receveur- général à Luxembourg : Cette généreuse dame a légué à la Société archéologique de Luxembourg, dont son fils, ancien receveur-général du Grand-Duché, est un des membres fondateurs, sa collection de tableaux anciens et d'objets rares. Antoine-Jean, mort célibataire; Marie- Louise, veuve en ce moment de Guillaume Buschmann, de S* Vith ; finalement Jean- Joseph, mort pendant ces dernières années, époux de dame Charlotte Richard, de Clervaux.

Pierre-Joseph Boch et sa femme moururent à Sept-Fontaines ; ils reposent l'un à côté de l'autre au cimetière de Weimerskirch, autrefois paroisse du lieu, sous une tombe en marbre noir, portant cette inscription qui est vraie si jamais il en fut:

Ici reposent Pierre-Joseph Bocn, décédée a Sept-Fontaines, le 12 novembre 1818,

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