HENRY
çais. Depuis la création de l'université de Berlin, ce séminaire avait beaucoup perdu de son importance , en sorte que les fonctions du directeur se réduisaient à peu près à celles d'un répétiteur et d'un surveillant ; cependant , dans cette étroite sphère , Henry trouva le moyen de rendre de grands services , par le zèle et l'application qu'il apporta dans l'accomplissement de ses devoirs.
A cette époque il ne s'était encore fait connaître dans la littérature que par quelques servions et autres écrits sur diverses matières. Ce fut en 483S seulement qu'il publia la première partie de l'ouvrage qui lui a conquis une place honorable parmi les meilleurs biographes ; nous voulons parler de sa Vie de Calvin, dont les deux dernières parties ont vu le jour en 1844. Dans ce beau travail, fruit de plusieurs années d'études et de recherches, il se montre à la fois admirateur enthousiaste du caractère de Calvin et sectateur zélé de sa doctrine. Toutefois sa sévère orthodoxie ne le rend pas exclusif , et son admiration pour le grand réformateur ne va pas jusqu'à l'adoration aveugle de ses défauts. Pour lui témoigner sa reconnaissance des services qu'il avait rendus aux églises protestantes par cette publication remarquable, l'université de Copenhague lui conféra le grade de docteur en théologie. En 1845, Henry traduisit en allemand la Conjession de foi des églises réformées de France, et la fit imprimer en y ajoutant une belle préface. L'année suivante il donna un Abrégé de la vie de Calvin , en un volume in-S^' , et il se préparait à la traduire en français quand une mort subite l'enleva, le 24 novembre 1853, à sa famille et à ses amis.
Henry avait l'esprit vif, prompt, un peu caustique, beaucoup d'imagination et le goût des arts. Ses œuvres étaient remarquables par une profonde teinte de poésie religieuse, qui rappelait souvent l'auteur du Génie du christianisme. Il tenait du pays où il était né un abord grave et froid, sous lequel se cachaient une grande bienveillance naturelle et une inépuisable charité. Rien n'égalait le zèle avec lequel il s'acquittait de ses fonctions pastorales, si ce n'est la sollicitude paternelle qu'il témoignait aux jeunes étudiants placés sous sa direction. Exempt d'ambition , il n'aspira jamais qu'à remplir consciencieusement ses devoirs. Il avait épousé, le 16 octobre 1826, Louise Claude, demoiselle douée d'autant d'esprit que de talent; elle était membre de l'académie des beaux-arts de Ber*
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lin. Il vécut avec elle dans une parfaite union pendant treize ans et la perdit, en 1839, sans en avoir eu d'enfants.
Sources. La France prolestante, t. Y. — Extrait des notes du sermon prononce à la réouverture du temple de la Frédérichstadt , le 22 décembre 1861, par M. J-F-D. Andrié, Pun des pasteurs de Téglise du refuge à Berlin. Berlin 1862, in-8\
HORY.
Famille d'ancienne bourgeoisie de Neuchàtel, qui a occupé une des premières places dans notre petit Etat. Elle a bien mérité de la patrie à qui elle a donné un chroniqueur, deux poètes, plusieurs hommes d'Etat, de braves officiers, dés chanoines et des pasteurs. Elle était originaireduDauphiné; mais on ignore l'époque de son établissement à Neuch&tel. Le premier membre de cette famille dont l'histoire fasse mention, est Richard Hory, bourgeois de Neuch&tel, qui vivait en 1440. Perrenel Hory, son fils, vivait en 1460. Jacques Hourry et Roulf Usdervald, gens de bien, dit la chronique des chanoines, commandaient, en 1465, une compagnie formée de volontaires, tant bourgeois que gens du comté , qui allaient combattre, avec plusieurs autres enseignes suisses, sous Gharles-le-Téméraire, contre le roi de France Louis xi.
En 1468 vivait un Vuillemin Hurry, qui tenait de l'abbaye de Fontaine-André une maison à la Coudre et plusieurs vignes à moitresse. En 1470, maître Amé Hory était chanoine de Neuchàtel, et en 1489 , un Horry était chapelain de Notre-Dame de Neuchàtel. Est-ce Amé ou Jacques le chroniqueur? Nous l'ignorons.*
I. En 1495, Biaise Hory, fils de Perrenet Hory, passa les Alpes à la tète d'une compagnie deNeuchàtelois,pour aller combattre en Italie sous le roi de France Charles viii , qui avait fait en Suisse de grandes levées. Plus tard, il suivit en Italie son prince, Louis d'Orléans, qui servait dans l'armée de Louis xii, et que les Suisses, en guerre avec la France, voyaient partout à la tête de leurs ennc-
4 Une ancienne généalogie de la famille Hory, que nous possédons, dit que P/icolat Hory, archevêque de Rheims en 1505, appartenait à cette famille oeuchâtelolse.
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mis. Hory qu'avait anobli Jeanne de Hochberg , femme de Louis d'Orléans, était écuyer du prince et seigneur de Bellevaux ; et en 45H, les cantons irrités de la conduite de Louis d'Orléans, envoyèrent des députés à Neuohàlel pour proposer au Conseil de ville de prendre les rênes de l'Etat, et pour le requérir de sévir contre les bourgeois qui, à l'instigation de leur comlc, l'avaient accompagné en Italie, entre autres contre ses deux fidèles écuyers, Biaise Hory et Nicolas Jaquemet. Mais l'assemblée générale de la bourgeoisie refusa de s'emparer de la souveraineté, et quant à la se* conde réquisition, elle se borna à prononcer la prescription à futur des bourgeois qui portaient les armes en faveur des Français contre les Suisses, et qui ne paraîtraient pas en personne dans le terme de six semaines pour solliciter leur réintégration. Cependant les cantons avaient dépossédé (1542) Louis d'Orléans de son comté de Neuehàtel; et nous voyons Biaise Hory conduire son enseigne avec celle des Suisses dans les plaines de Marignan et devant les murs de Dijon.
A la même époque, il y avait parmi les chanoines du chapitre de Neuehàtel un Jacques Hory, frère de Biaise, qui continuait (de 1503 à 1516) les Afinales Nenchdteloises commencées par ses prédécesseurs. «Il était, dit Samuel de Pury, un très-bon écrivain, quelquefois un peu long et trop minutieux chronologiste. Il jugeait avec sagesse et avec un vrai patriotisme les événements qu'il racontait , et ses réflexions prouvaient autant de justice et d'honnêteté dans ses sentiments que de rectitude et de fermeté dans l'esprit. » Un frère du chanoine, Pierre Hory, périt à la bataille de Novarre, en 1513.
Cependant Biaise Hory parait avoir promptement oublié Louis d'Orléans dont il avait été le fidèle écuyer; déjà en 1516 , il était dans les bonnes grâces des ambassadeurs des Ligues à Neuehàtel. Jeanne de Hochberg étant rentrée, en 1529, en possession du comté, Hory est de nouveau cité parmi les personnages influents. Il était, en 1501, membre du Conseil de la ville de Neuehàtel; en 1512, il exerçait une charge de notaire, qui lui avait été accordée déjà en 1485 par Rodolphe de Hochberg, par lettre du 12 décembre. Il fut élu banneret de sa bourgeoisie en 1521. Il demeurait dans la rue des Moulins, qui était alors habitée par les familles les
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plus considérables de Neuehàtel. Il eut de sa femme Jeanne, fille de Guillaume Hardy, bourgeois de Neucb&tel :
1^ Guillaume, qui suit.
2^ Claude, dont on ignore la postérité. Peut-être est-il la souche de la branche qui ne s'est éteinte que dans notre siècle.
3^ Pierre, mort en IS44, laissant un fils mineur nommé Biaise, dont le tuteur était son oncle, le commissaire-général Guillaume.
Ce Biaise Hory se trouve mentionné dans les poésies de son cousin , le pasteur de Gleresse , qui le nomme son aîné, major. Il était ne en 1527. Il fut commissaire du Vauxtravers et secrétaire d'Etat, fit trois expéditions en France et mourut dans la dernière, en 4576. Lors de sa première expédition en France, en 1567, le pasteur de Gleresse avait composé le distique suivant, pour être écrit en lettres d'or sur son drapeau :
Summe Deus, fer opem, nostrœ succurre cohorti , Quae fréta auxiUo suscipii arma tuo.
L'année 1562 fut celle où les protestants de France persécutés, prirent les armes pour leur défense. La guerre civile avait commencé et les deux partis demandaient des troupes auxiliaires à leurs corréligionnaires de la Suisse. Les cantons protestants avaient refusé et s'engageaient à une stricte neutralité; mais les cantons catholiques promirent quinze compagnies. Cependant le prince de Condé réitérait ses instances auprès des protestants suisses; le gouvernement de Berne fil entendre qu'il n'empêcherait pas ce qu'il ne voulait pas accorder ouvertement, et plusieurs mille Bernois, Neuchàlelois et Valaisans franchirent la frontière et se dirigèrent sur Lyon, dont les protestants s'étaient emparés. Les Bernois reçurent l'ordrcde Jeur gouvernement de revenir dans leurs foyers, et ils durent obéir. Mais les compagnies Yalaisannes, dont les Neuchâtelois faisaient partie, n'écoulèrent pas les députés qu'on avait envoyés après eux, ils poursuivirent leur route et se réunirent aux troupes que commandaient le baron des Adrets et Montbrun. Les Neuchâtelois eurent la première part au péril et à l'honneur du combat, qui se livra à Vaulréas, dans le comté d'Avignon, où les catholiques, commandés par le comte de Suze, perdirent 2500 hommes. Mais dans
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le nord-ouest de la France, où était le centre de la guerre, les protestants avaient le dessous; ils avaient perdu Rouen, et le prince de Gondé fut fait prisonnier à la bataille de Dreux, dont la victoire fut due aux Suisses catholiques. Tous les Suisses au service de ce prince furent rappelés; mais il y eut six drapeaux de Neuchàtelois qui y restèrent, par zèle pour la religion.
Biaise Hory a-t-il été du nombre de ces NeuchAtelois qui ont quitté les derniers le sol français? Nous l'ignorons. Mais en 1568, il était commissaire du Yauxtravers et fît une campagne de deux mois à Genève. En 1569, étant à Berne, il s'emporta contre l'ambassadeur Maniquet et fut disgracié par son prince Léonor, qui le suspendit de la place de secrétaire d'Etat qu'il occupait depuis quinze ans. On exigeait de lui une réparation formelle; mais plutôt que de s'humilier devant celui qu'il avait offensé, il s'enfuit, leva une compagnie et la conduisit en France, où les protestants étaient dans la situation la plus critique par la défaite de Jarnac et la mort du prince de Gondé.
L'avènement de Henri m au trône de France, en 1574, n'avait pas suspendu les guerres de religion qui déchiraient ce malheureux royaume. Vers la fin de 1574, le prince de Gondé et le comte palatin Jean Gasimir, avaient envoyé un négociateur très-habile en Suisse, dans le dessein de lever des troupes pour le parti protestant. On tint à Neuchâtel une conférence très-secrète, où l'on convint de la manière de lever les troupes à l'insu des magistrats, des officiers qui les commanderaient, du moment de leur départ et de la route à suivre. On leva seize compagnies, dont trois furent formées dans le comté de Neuchâtel, et quatre dans la seigneurie de Yalangin, dans le val de St-Imier et à la Neuveville. Ges sept compagnies furent commandées par autant de Neuchàtelois, parmi lesquels était Biaise Hory. Toutes les protestations de l'ambassadeur français et les mesures énergiques que prit le sénat de Berne contre ses ressortissants ne purent empêcher le départ de ces seize compagnies. En janvier 1576, Gondé et le prince-palalin pénétrèrent de Lorraine en France, à l'instigation du ducd'Alençon , frère du roi, qui avait pris parti pour les protestants et qui se mit à la tétc de l'armée. Leurs forces étaient très-supérieures à celles de leurs ennemis qui se hâtèrent de faire la paix. Plusieurs soldats de Neucbâ-
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tel regagnèrent leurs foyers ; mais Biaise Hory ne fut pas de leur nombre; il avait trouvé la mort au mois de mai dans les plaines de Champagne, enlevé par la maladie ou tué dans quelque combat obscur dont l'histoire n'a pas gardé le souvenir. Le pasteur deGleresse nous a conservé la mémoire de sa mort en ces termes :
In efAgiem Blasii Horicœi majoris, duanim expeditionum Gallicamm ducis, dcfunti mensc maio» anno 1576. yEtatis suse 49*.
Qui fuerim quseris, terras peregrinus oberrans.
Andromèdes sacrae Pcrseus alter eram, Ejus dum tueor partes, armatus in orisj Campanîs atro funere contumulor.
11. GaiHaume Hory s'éleva aux premières dignités de sa patrie et éclipsa ses deux frères. Dans la première partie de sa carrière politique, il fut, comme son père, conseiller de ville , et on le voit dès 4547, et depuis lors en 1553 et 4557, siéger aux audiences sur le banc du tiers-état. Déjà en juin 1553, Jaqueline de Roban avait accordé à Guillaume Hory « des lettres de provision et institution de roffice de commissaire-général au comté de Neuchàtel»; mais il n'avait pas pu vaquer à Texercice de cet office pour plusieurs causes. 11 ne fut mis en possession que le 22 avril lî^57. Par lettres patentes datées de Cbâleau-Regnaull, le 13 août 1565, Léonor de Longueville, « considérant les services multipliés que cette ancienne famille avait rendus en tout temps aux comtes de Neuchàtel, et les lettres de noblesse que son aïeule, dame Jeanne de Hocbberg, avait précédemment données à Biaise Hory, son père, confirme et renouvelle l'anoblissement du dit Guillaume et de tous ses descendants raàles et femelles, etc. »
Guillaume Hory siégea, en 1566, aux audiences en qualité de commissaire parmi les officiers du prince. En 1576, il fut nommé lieutenant substitué du gouverneur; et en 1588, qui fut probablement Tapnée de sa mort, il fut remplacé dans cette haute charge par Claude de Neuchàtel , baron de Gorgier.
C'est à lui que son fils Biaise, pasteur à Gleresse , fait allusion quand il dit dans sa chanson sur la guérison de son fils Guillaume, encore enfant:
Quand pour luy je t'ai requesté (6 Dieu), De tout mon cœur ay souhaité.
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Qu*estant soigneusement nourry , Fust un second Guillaume Ilory En rondeur, en foy, en sagesse.
Jusqu'à sa dernière vieillesse.
Il est qualifié dans son testament : « Lieutenant du gouverneur de Neuchàtel, du Conseil privé de nos souverains princes et seigneurs, comraissaire-général, ancien châtelain de Boudry, clerc et bourgeois de Neuchàtel. )> Il avait épousé Clauda Marquis, qui lui donna quatre fils et deux filles :
l^ Jean Hory, qui suit ;
i^ haïe Hory, qui succéda, en 4581 , à Biaise Varnod dans la charge de procureur-général et qui joue un rôle assez considérable. En 1590, il demanda à son prince Henri de recevoir de lui en fief le revenu de l'ancienne abbaye de Fontaine-André, et en 1591 , le gouverneur lui amodia ce lieu pour six ans. Il reçut avant 4593 la charge de châtelain de Boudry. Il ajouta à ses deux autres places celle de receveur du Vauxtravers, qu'en 1G03 il possédait déjà depuis quelques années. Un acte nous apprend qu'il vivait encore en
3" Daniel Hory fut avec Isaïe le successeur de Guillaume dans les charges publiques. Notaire en 1569, il était, en 1574, intendant des bâtiments de Marie de Bourbon , duchesse de Longueville. En 1576, il fut nommé secrétaire du Conseil privé de cette princesse, et en 1588, conseiller d'Etat. On le voit, en 1592 , assister comme conseiller d'Etat et secrétaire de Marie de Bourbon , à la conférence qui termina les diflérenls survenus entre cette princesse et le comte de Montbéliard au sujet de la seigneurie de Valangin. Il avait épousé, le 12 mai 1572, Esliennc N., a de père et mère de réputation», est-il dit, qui lui donna quatre fils, Jean, Jonas, Pierre et David Hory, dont on parlera.
4^ Biaise Hory, pasteur à Gleresse, dont nous donnerons plus loin une biographie détaillée, un des personnages les plus remarquables de la famille Hory.
5** Isabelle Hory épousa, le 16 décembre 1555, Nicolas Vcrdonnet, d'abord châtelain de Boudry, puis capitaine et châtelain du Val-de-Travers. Elle vivait encore en 1574.
6^ Verène Hory, mariée à Pierre Junod, châtelain de Boudry.
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in. Jean Hory naquit en septembre 1534. Il fut établi notaire le 2S février 1S53, à l'âge de dix-neuf ans. Il épousa, le 3 novembre 15tiG, Judith, fille du procureur-général Guillaume Hardy. Jean Hory fut interprète du roi de France auprès des Ligues; nous le trouvons occupant cette place en 1560 et 1569. U passa sans doute la plus grande partie de sa vie loin de Neuchàtel. Il mourut en mars 1587, après vingt ans de mariage, ne laissant aucune postérité.
Avec le xvii® siècle parait dans l'Etat et dans l'église une nouvelle génération de Hory, dont Biaise nous fait connaître trois membres, ses deux fils Guillaume et Samuel, et Jean, fils de Daniel, chancelier de Neuchàtel, célèbre par ses malheurs.
lY. Jean Hory faisait, en 1592, ses études à Lausanne. U avait envoyé pour le premier jour de l'an, à son oncle Biaise, des vers latins qui étaient assez bons pour que celui-ci les crut copiés de quelque auteur, ainsi qu'il le dit très-clairement dans une douzaine de vers qu'il lui adressa, le 12 janvier, et dont voici les derniers:
0 utinam deînaps generis sis gloria nostri; Tota tuo niteat nostra décore domus.
Ce jeune homme à qui son vieil oncle souhaitait un si brillant avenir, arriva au faite des honneurs; mais sa chute fut encore plus remarquable que son élévation. Il est le seul de sa famille dont le nom se soit conservé dans le souvenir des Neuchâtelois. Voici ce que la tradition rapporte de lui :
Hory était devenu tout puissant dans notre pays, et il disposait à son gré des grâces et de la faveur du prince Henri ii. Mais il avait (le nombreux ennemis qui cherchaient à le perdre. Il fut employé dans plusieurs négociations pour défendre à l'étranger les intérêts de son souverain et de sa patrie; et pendant son absence, son eonemi personnel, le maire Favargier, accusa sa femme de sorcellerie, parce qu'elle avait le malheur d'avoir les yeux rouges, la fil saisir dans sa maison, conduire en prison, juger prévôtalement et exécuter le jour même ou le lendemain, dans la cour du château de Neuchàtel, où l'on montrait encore récemment et avec un respect mystérieux les traces ineflaçables de son sang sur le pavé.
Soit que personne n'eût eu le courage d'écrire à Hory cette ter-
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rible nouvelle, soit que ce meurtre juridique eût eu lieu au moment où il était déjà en route pour retourner dans son pays, il arriva jusqu'à une distance peu considérable de sa ville natale, ignorant encore ce qui s'était passé; et là ayant rencontré un paysan qui faisait la même route que lui et qui ne le connaissait pas, il se mit à causer avec lui et apprit accidentellement de lui la mort de sa femme. Il veut partir aussitôt et se rendre auprès de son prince pour lui demander justice, et il reçoit de lui sa lettre de disgrâce. Ses ennemis l'avaient noirci auprès de Henri, qui avait, on ne sait comment, ouvert Toreille à leurs calomnies. Hory se retira sur les montagnes de la Tourne, à Combe- Varin, qui lui appartenait et où il finit misérablement ses jours dans une mauvaise cabane. Il y mourut de langueur, n'ayant pu se venger de ses ennemis.
Celte tradition vaut ce que valent les traditions : elles attestent là réalité de faits importants qui ont frappé vivement Timagination du peuple; mais tous les détails sont sinon inventés , au moins dénaturés et déplacés. L'histoire authentique de Jean Ilory, connue de tous nos lecteurs , se trouve racontée en grands détails dans YHis' Unre de Neuchdlel de M. F. de Chambrier, p. 404-413.
Hory s'était formé de bonne heure aux affaires , en assistant au conseil plusieurs années avant de succéder à son père, et le prince lui avait fait don du fief de Mirecourt , en récompense des services de trois générations. Financier , jurisconsulte , administrateur , homme politique, il avait amélioré les revenus de l'Etat, rédigé la coutume, dressé plusieurs règlements de police et montré beaucoup de capacité dans diverses commissions en France et en Allemagne. Nommé lieutenant du gouverneur du pays , en 1623 , après la mort de Wallier , il gagna la confiance du prince en entrant avec chaleur dans un projet qu'il lui suggéra peut-être , ou que le dépit avait inspiré à Henri ii.
C'était la construction d'une ville nouvelle destinée à devenir la rivale de Neuchâtel. Tandis que les habitants de cette vieille cité étaient obligés de porter de la terre sur des rochers et de repousser les eaux du lac pour planter de nouvelles vignes et bâtir de nouvelles demeures au pied de leurs deux collines , la future Ilenripolis s'élèverait sur le sol fertile de la plaine de Thieile , et on se flattait d'y introduire les manufactures qui fleurissaient alors au Pays-bas,
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et d'en faire , comme Âugsbourg l'était alors, {^entrepôt du commerce de la France et de Tltalie, grâce à une communication par eau non interrompue du lac de Neuchfttel avec la Hollande , à une liberté de commerce illimitée , de belles franchises » et à la profession ouverte de toutes les religions.
Hory arriva de Paris au mois d'avril 1625 , avec la patente de cette fondation , à laquelle Montigny , ambassadeur du prince en Suisse, et lui, devaient présider; et pour mettre la main à l'œuvre, on n'attendait plus que la remise d'une somme de50,000écus, que Gaspard Scherer, de St-Gall, et Boniface Iselin, de Bàle, agissant au nom d'une société des Pays-bas , devaient fournir incessamment, pour acheter, entre St-Blaise et Marin , le sol de cette colonie , ou dans un an leur négoce allait commencer , et dont le prince les avait nommés chefs leur vie durant. En attendant, on fit des publications jusques dans les lieux les plus éloignés pour attirer les habitants. ^ Tout ce qui était projet marcha avec la plus grande activité; mais tandis qu'il se manifestait dans la ville de Neuchàtcl une forte opposition , les habitants de la ch&tellenie de Thiellc refusèrent de vendre leurs terres. Insensiblement l'ardeur se ralentit, les correspondances cessèrent. Hory lui-même envisagea l'afiairc comme manquée; on ne parla plus de Henripolis, et tout ce qui en a passé à la postérité, c'est le projet, le plan et le nom.
Hory fut plus heureux dans sa négociation pour réunir à TEtat toute la mairie de Lignières , dont l'évéque de Bâie céda sa moitié avec le territoire d'Entre-deux-Ruz, près de Landeron, en échange du fief de Mireconrt, auquel Hory renonça pour devenir seigneur de Lignières. Il continuait à diriger l'administration , conjointement avec les ambassadeurs Montigni , Bauvais , Saint-Romain et Maréchal, qui se succédaient fréquemment à Neuchàtel. Comme la place de gouverneur restait vacante , Hory conçut l'espérance de l'obtenir, et il commit la faute de la faire demander pour lui par quelques communautés et par les bourgeois renonces. Le prince
I Ilory est probablement Tauteur de la brochure très-rare intitulée : Deteriptii» etreprésenlaliondu plan et assiette de la nouvelle vtlle nommée Henripolis qui se bastit proche de Pfeufchastel, en Suisse, avec utie ample déclaration des privilêçti^ libertés, franchises et commodités dont jouiront ceux qui feront leur relnùett en la dicte villCf etc. A Lyon chez Claude Savary et Barth. Gauthier, 4626, avec permission des supérieurs, in-42*, 16 p.
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s*en trouva blessé, et ce fut une première atteinte à la faveur dont il jouissait. Alors ses envieux commencèrent à l'attaquer sourdement, et on toucha une corde fort sensible, en Taccusant de soutenir la résistance des gens de Gornaux à un arrêt rendu contre eux par le prince lui-même, en 1618.
Hory était ambitieux et intéressé* Déjà en 1613 , il était receveur des quatre mairies, et on le voit quelques années après demander à son prince une somme assez considérable avec laquelle il achèterait près de la ville quelques terres, qu'il recevrait en fief, et qui pourraient un jour retourner au domaine. Henri ii, qui vivait constamment près de Louis xiv, à la cour ou dans les camps , faisait de grandes dépenses et n'était pas un créancier facile. Le receveur des quatre mairies, qui devait payer chaque année une somme assez considérable, ne le faisait jamais complètement. En 1627, il redevait plus de cent quarante mille livres, et ses frères, Pierre, receveur de Valangin, et Jonas, maire de Neuchàtel, une somme encore plus forte ( 316,000 livres ). Après bien des ennuis ils furent condamnés à payer ces sommes énormes. Hory fut destitué de toutes ses charges et tomba dans la disgrâce du prince. Il était alors occupé auprès de la cour impériale à défendre les droits de son prince contre la maison de Baden , quand il reçut la nouvelle de sa destitution. II revint en toute hâte à Neuchàtel, et fit son possible pour rentrer en faveur , mais inutilement. Sentant qu'il est perdu si on lui fait rendre compte à la rigueur, il demande pardon au prince , et le prie que le patrimoine qu'il a reçu de ses pères puisse passer à ses enfants. La somme dont il était débiteur était trop considérable pour qu'il fût possible de la payer comptant , et le prince lui avait refusé d'accepter un contrat de 7000 écus sur le roi de France, et de lui accorder le rabais énorme qu'il demandait. Hory lui avait remis, en 1629, là seigneurie de Lignières, ses terres au Landcron et sa dlme de Montezillon, que Henri avait acceptées à la plus haute évaluation possible. Mais la dette était loin d'être acquittée en entier , et le procureur-général Favargier, ennemi implacable du pauvre Hory^ reçut l'ordre de faire subhaster les biens-fonds de Hory, qui perdit ainsi successivement toutes ses terres. La vente de ses biens dura plusieurs années: en 1639, il n'avait point encore liquidé sa fortune, et le procureur-général saisit