JAQUET
Et piiys son praesumé correcteur n*y scait note. >
Tout sera exploré et le tien et le mien,
Le refrain de leur chant sera : « Tout n^y vault rien. »
L'ancien ami Jaquet , dont la charité el riiumilité n'étaient pas les prenaières vertus, fut blessé au vif de cette critique tant bénigne et de ces bons el sages conseils, el il composa des rimes injurieuses contre son ami. Hory lui répondit sous le voile transparent de l'anonyme, et se comparant sans trop de modestie à Hercule endormi, il lui conseilla de ne pas le réveiller ni le piquer encore de son aiguillon :
Holà ! tout beau, tout beau ! Quel œstre, quelle mouche
A piqué mon baudet qui si fort s'escarmouche ?
Es-tu impatient et tendre à Tesperon,
Estant ja sur le bord de la nef de Charon ?
Est-ce fait sagement, ingrat, de rendre injure
A Tamy qui t'a faict une honneste censure ?
Tu l'en avais requis ; pourquoy te fasche-tu
S'il n'a prisé tes vers guère plus qu^un festu ?
Est-il pourtant mordant? La parolle est certaine.
Que vérité engendre inimitié cl haine,
Ung ami non farder ne sait gnatoniser : ^
Quiers ung autre que lui qui te veuille priser.
Et die que tu es digne qu^une belle couronne
De quelque verd laurier ton front docte environne.
Biaise Hory n'avait pas tort : les vers de Jaquet qui nous restent sont très-mauvais et sont plutôt de la prose rimée que des vers. Nous n'en voulons pour preuve que cette courte citation empruntée à une espèce de poëme descriptif qu'il composa à Dombresson :
Or je veux te dire la cause Qu'on nomma ainsi Dombresson ; Assurément dire te l'ose, Car Saint-Bris lui donna son nom.
Or le dit Bris était sainct homme, ( J'en parle d'après nos villageois ) Nouvellement venu de Rome, Fut reçu comme franc-bourgeois, Et fut patron de cette église Et compaignon de Saint-lmier.
I Ce mot rare chez les écrivains français vient du latin gnatonare, flatter, çcomifler, du parasite Gnaton dans Terence^
Ces rimes sont des meilleures : elles font partie d'une requête en langage rimé que Jaquet adressa au gouverneur Yallier pour lui demander une augmentation de traitement; il profita de cette occasion pour lui faire l'histoire de sa paroisse et surtout celle de sa prébende. Jaquet, chargé de dix-huit enfants , parle en ces termes de sa pauvre chevance :
Las ! doulent le pauvre curé Demoora comme une pauvre oie.
Tout décimé et épuré Premièrement de toutes censés....
Plus lui osta tout le chenève.
Déplumé comme un oiselet.
N'y demoura que du senève Pour nourrir un chardinolet.
La plupart des vers de Jaquet ont péri sous l'injure du temps ; personne n'a songé à les recueillir. La postérité n'a pas perdu grand'chose , car il fut un de ces infiniments petits poètes qui se font plutôt illustrer par leurs travaux que par leurs talents. Laissons-le dormir avec sa muse éclopée. Nous ne l'aurions pas réveillé si nous n'avions voulu raconter ses démêlés avec Biaise Hory. Les vers que ce dernier adresse à ung rUhmeur présomptueux conviennent assez à l'ami Jaquet.
Ung rithmeor ignorant est entre les poètes Comme entre les 0}'seaulx, les hiboux et chouettes. Ou comme entre poissons la langue de grenouille, Laquelle son eoa9 en son estang barbouille.
Souroet. Poésieê de Biaise Hory^ publiées par F. de Rougemont. - Histoirt de la seigneurie de ^alangin, par G-A. Matile. ^ Le Uvre des Cures , manuscrit. — Poésies de G. Jaquet, mss., etc.