VIII. U chiffonnier. Neuchâtel, 1856, in-8«, 44 p
IX. Notice sur la Carinaire , lue à la Société d'histoire naturelle de Neuchâtel en 4838, Mémoires t. II.
On peut consulter sur les ouvrages du colonel de Bosset le<« livres suivants : Gôltinger gelehrte Jnzeigen ,484 7, p. 647 ; 4823 , p. 73. — Brunet , n» 46,507, - Quarterly Reçiew , 4849, n» 45 , p. 4 4 4 — 4 36. — JalirbûcKtr der Literatur , i8«4, XV, etc.
LOUIS BOURGUET.
Il n'y a pas de plus beau spectacle pour Thonnàte homme que celui d'une vie consacrée uniquement au bien public et au progrès iotellectoel qui doit en hâter l'heure et en assurer l'accomplissement. Voilà pourquoi la vie intéressante du savant dont nous allons parler mérite Tattention de tous les Neuchàtelois qui connaissent si peu, malheureusement , la plupart des hommes célèbres de leur pays. On peut dire qu'un très-grand nombre de nos compatriotes, même parmi ceux qui ont reçu quelque instruction , n'ont jamais entendu parier de Louis Bourguet. Et cependant il est appelé dans son épitaphe : Neocomi decus; il est tellement connu à l'étranger qu'il n'est pas une Biographie générale qui n'ait consacré plusieurs pages à cet homme de bien et ne l'ait regardé comme un des premiers savants de son siècle.
L'année même de la révocation de l'édil de Nantes, un riche négociant de Nimes , nommé Jean Bourguet, se rérugiait en Suisse avec sa femme Catherine Rey et un fils nommé Louis, en abandonnant la plus grande partie de ses biens. Cette famille malheureuse se rendit d'abord à Genève, puis à Lausanne où elle séjourna quelque temps. Plein de sollicitude pour l'éducation de son fils , Jean Bourguet l'envoya à Zurich pour y apprendre la langue allemande.
60 BOURGUET.
et peu de temps après s'y rendit lui-même pour y fonder un établissement. Associé à ses parents, Jacques Bourguet et Jean Rey, il monta une grande fabrique de bas de soie , de mousselines et d'autres étoffes. * Le succès qu'il obtint en peu de temps le décida, en 1689, à fonder une seconde manufacture à Casteseigna, village du canton des Grisons. Il y emmena son fils , qu'il destinait à suivre la même carrière que lui, malgré ses progrès rapides, favorisés par une étonnante mémoire. Mais Louis Bourguet avait peu de goût pour le commerce : un penchant irrésistible l'attirait vers les lettres. En 1G90, il retourna à Zurich, et son oncle Rey étant mort deux ans après, il se remit avec ardeur aux études qu'il avait été forcé d'interrompre pour obéir à son père. Tout en surveillant la manufacture, il s'appliqua avec passion à l'étude de la numismatique et de l'archéologie. Son goût pour ce genre d'étude se manifesta à l'occasion d'une dissertation de M. Terrin sur deux médailles de Mausole et de Pixodore , rois de Carie , insérée dans le Journal des Savants de 1685 ; et pendant toute sa longue carrière, l'étude des monnaies et des médailles fut une de ses plus douces jouissances. Il quitta le collège de Zurich en 1696, mais n'abandonna point ses études. Il commença à cette époque une magnifique collection de médailles précieuses et d'antiquités , composée de pièces les plus rares , dont il a donné en plus d'un lieu, dans les journaux du temps, une analyse détaillée, etqu'il vendit, en 1704, au célèbre Alphonse Turrettin, professeur à Genève.
En 1697 , Louis Bourguet fit un voyage en Italie avec son père. Il visita, à Milan, la bibliothèque ambrosienne; à Vérone, le cabinet Moscardi , célèbre par ses richesses , et les antiquités de cette ville. Il se lia avec l'illustre chevalier Blanchi, antiquaire célèbre, duquel il acquit plusieurs médailles curieuses et divers manuscrits grecs et latins. Venise fournit aussi un bon contingent de médailles à sa collection. Un séjour de deux ans , qu'il fit à Bolzano , le mit à même d'étudier la langue hébraïque auprès d'un rabbin juif , qui lui vendit des livres rares et intéressants. Dans
\ Cesi surtout à la famille Bourguet qnc la ville de Zurich est redevable de rétablissement des métiers de bas et de manufactures de mousselines qui ont rendu le commerce de Zurich un des plus florissants de la Suisse. C'est un fait qui n'est point ignore et dont on peut voir les particularités dans le grand Ùiclionnaire de commercej de Savary, Genève i74S, 1. 1, col. 1026.
BOURGUET. 61
une lettre à M. Petit , ministre d'Orange , réfugié à Berlin , Bourguet disait 9 en i70S, qu'il avait acquis en Italie, des rabbins avec lesquels il était en relation , un Pentateuque in-4^, en parchemin , en caractères carrés, sans points ni virgules, qui avait plus de 600 ans d'existence; un autre parchemin renfermant les Prophètes, d'une hauteantiquité;les Psaumes, en très-beaux caractères, fort gros, avec un commentaire écrit par le rabbin Jehuda Pelkel ; le livre hébreu très-rare des Quatre Ordres, imprimé sur vélin en petits caractères, sans aucun point, en 4475. Selon Bourguet, c'est un des premiers livres imprimés en hébreu ; il fut imprimé à Pieria di Scico près de Padoue.
A son retour à Zurich , les hautes montagnes de neige qu'il venait de traverser , lui fournirent matière à une quantité de réflexions intéressantes, dont on trouve l'objet dans sa correspondance, n ne discontinuait pas ses observations sur les médailles et les antiquités. Ce fut à cette occasion qu'il eut, en 1700, une correspondance suivie avec le célèbre Sébastien Fœsch de Bâlc. Mais une catastrophe inattendue vint subitement entraver les études de Bourguet. La ville de Zurich congédia les réfugiés français qui commerçaient à Zurich. La famille Bourguet fut obligée de se séparer : une partie alla s'établir à Francfort et l'autre à Berne. Louis Bourguet fit un nouveau voyage, en mars i70i. En mai, il se rendit à Vérone, où il resta trois mois, étudiant la Mischna , sous un jeune Juif. Il acquit encore dans cette ville plusieurs médailles du prince de Ligny et d'autres personnes , d'excellents tableaux , quelques manuscrits et des livres persans , juifs et arabes , entre autres un exemplaire de la Cabale, imprimé à Gonstantinople. Sa correspondance fait souvent mention de ces divers ouvrages, u II y a dans mon psautier, écrit-il à J-B. Ott, des leçons que Gapelle ni Buxtorf n'ont remarquées , et que je n'ai trouvées nulle part ailleurs. » (i Vous n'ignorez pas , dit-il au pasteur Reboulet , toutes les difficultés qu'il y a d'acquérir les manuscrits et surtout les hébreux ; il y a beaucoup de Juifs qui se font un scrupule de vendre leurs livres à d'autres qu'à ceux de leur nation. Le P. Simon le témoigne dans ses Lettres choisies. »
En 1702, Bourguet épousa mademoiselle Suzanne, fille de Claude Jourdan de Marvejole en Gévaudan , retirée à Neuchàtel depuis le
62 BOURGUET.
refuge. Divers voyages en Italie , dans les années 4702 el 1703, accrurent sa collection de manuscrits et de livres en langues orientales et sclavones. A son retour , il s'établit à Neuchâtel, au commencement de 1704. On voit dans sa correspondance de cette époque qu'il avait conçu le plan d'une Histoire critique de Vorigim des lettres , qui devait former trois volumes in-folio et renfermer les alphabets, les essais de diverses écritures de toutes les langues, les lettres grises , les vignettes , les chiffres et les armes des imprimeurs qu'on trouve au commencement ou à la fin des livres , et généralement tout cequise rapporte àl'originedes langues, auxcommenc/ements de l'écriture et de la typographie ; mais la publication de l'ouvrage du P.Montfaucon, .qui traite du même sujet et qui parut au moment où il aurait été en état de publier le sien, l'engagea à garder son travail en portefeuille el à se livrer à d'autres recherches. Il reconnaît dans le tome xviii® de la Bibliothèque italique que l'ouvrage de Montfaucon contient la plus grande partie des choses qu'il eût pu présenter au public.
Nous le retrouvons à Vérone en 1705 , traduisant en français d'anciens écrits rabbiniques , correspondant avec tous les principaux savants do l'Europe, tels que Scheuchzer, Jablonsky, etc., et continuant ses recherches sur la philologie orientale. Sa correspondance , pendant les années 1705 à 1708 , est des plus intéressantes. Il donne la description des principales antiquités de ce beau pays ; il découvre chaque jour des livres rares et des manuscrits uniques. Le monument de Rome qui lui fit le plus de plaisir, fut l'arc de triomphe de Titus , où Ton voit la figure de la table , du chandelier , des trompettes et des vases de l'encens du temple de Jérusalem. Il copia chez l'archéologue Bianchini un des côtés d'une table d'Eugubio en caractères étrusques, et M. Fontanini lui laissa prendre dans la bibliothèque du cardinal Imperiali les légendes des médailles espagnoles du livre de Lastanova. Il eut plusieurs conversations scientifiques avec d'autres savants , et surtout avec les RR. PP. Tolomei , Bouchet et Bonanini , de la Compagnie de Jésus. Le père Bouchet avait été plus de vingt ans missionnaire dans le royaume de Madure ; il communiqua à Bourguet plusieurs observations sur les langues de ces peuples orientaux, et sur leurs livres symboliques. M. Rossi, directeur de l'imprimerie de la Pro-
BOURGUET. 63
pagande, lui fit présent d'une quantité considérable d'alphabets en diverses langues , de la table de Hephurnus et de plusieurs livres curieux imprimés par la Propagande. Bourguet, de son c(Mé , lui classa l'alphabet des Brachmanes , dont la Propagande avait plusieurs lettres , mais qu'elle n'avait jamais employées. Il quitta Rome , emportant l'estime de tous les savants de cette ville , qui admiraient sa vaste érudition et ses connaissances approfondies de l'antiquité.
Bourguet se trouvait à Neuchàtel à la fin de 4708. Les événements pohtiques qui agitaient notre patrie à cette é|K)que , le trouvèrent insensible. Enfermé dans son cabinet, il se mit à étudier la Clef chinoise du docteur Mentzel, qui lui avait été envoyée par Jablonski de Berlin , et dont il tira copie. Peu de temps auparavant, il avait fait présent ik Jablonski d'un ouvrage rare en hébreu , intitulé : Livre des faits de Jésm, Au mois de juillet i799, il explore en philosophe et en géologue les montagnes du Jura neuchàtelois, ne laissant rien échapper de tout ce qui pouvait intéresser le naturaliste. II étudie les propriétés médicinales d'une source minérale à Brot , et recueille dans le voisinage des pierres d'une sélénite blanche, fort friable, dont il emporta quelques morceaux pour son cabinet de curiosités. A la Brévine, il fait une moisson abondante de pétrifications dans une marnière à deu\ cents pas du village. Toutes les curiosités que la nature a prodiguées avec tant de largesse à notre Jura , surtout dans la vallée du Doubs , furent de sa part l'objet d'une étude approfondie , et Itii fournirent d'excellents matériaux pour son Trailé des pétrifications et pour ses Lettres sur Us cristaux.
Mais l'Italie avec son beau ciel et ses trésors scientifiques , attirait sans cesse Bourguet. En 1710, il y fil un nouveau voyage, dans lequel il se lia intimement avec Wallisnieri , professeur en médecine à l'université de Padoue, et avec Zannichelli, célèbre médecin de Venise , auquel il inspira tellement l'étude des pierres figurées qu'en peu de temps il surpassa tous les savants de la péninsule dans cette connaissance. Ils explorèrent ensemble plusieurs parties de la chaîne des Appenins , recueillant sur leur route tout ce qui avait quelque intérêt pour l'histoire naturelle. Ce fut principalement dans ces explorations que Bourguet recueillit la plus
64 BOURGUET.
grande partie des pièces de son cabinet , aidé principalement par M. Monli, professeur en botanique à l'université de Bologne, avec lequel il fut toujours lié. La correspondance de Bourguet à cette époque est immense : il écrivait à Lerbuch, à Tabbé Petrici, à l'abbé Gonti, à Scheuchzer, à M. Rigord, conseiller de la marine de France, etc. 11 paraîtrait même qu'à cette époque , il avait le dessein de se vouer à l'étude de la théologie, car il consulta le célèbre pasteur Ostervald sur ce sujet. Ge pieux théologien , dans une lettre qu'il lui écrivit à Venise , le 8 février 1713 , lui disait : « Le ministère serait le parti qui vous conviendrait le mieux ^ si votre poitrine le permettait ; étant homme de bien, connaissant votre religion et vos langues , pensant et parlant juste , vous seriez trèspropre pour cet emploi. » Mais Bourguet ne put s'arracher à son goût pour les sciences naturelles et les antiquités. Nous le retrouvons, en 1715, dans les montagnes du territoire de Bologne avec le professeur Monti et Jean-Daniel Geissel de Nuremberg, étudiant la configuration géologique de ces contrées.
Au commencement de l'automne de 171S , Bourguet revint à Neuchâtel. Barbeyrac venait de quitter la chaire de droit à l'académie de Lausanne, pour se rendre à Groningue. Les amis du naturaliste lui conseillèrent de postuler sa place. Son intention était de concourir; il composa même dans ce but deux discours, l'un en français intitulé : Idée de l'histoire du droit naturel ; et l'autre en latin : De vero atque genuino juris naturalis studii usu , qui sont insérés dans la Tempe helvetica » tome m , sect. i. Gependant lorsqu'il apprit que le célèbre antiquaire Loys de Rochat se mettait au rang des concurrents , il se relira et renonça aux disputes et exercices publics pour se renfermer dans son cabinet avec ses livres, ses fossiles et ses médailles. 11 étendit son commerce littéraire : à Abauzit et à Gaze , il parle de l'histoire naturelle et des antiquités; à llaller , de géologie et de botanique ; à Scheuchzer , de philosophie et de la fameuse question de la figure de la terre et de la pesanteur de chaque partie du globe ; à Loys de Rochat , de la géographie ancienne et des inscriptions ; à M. de Soigneux, de la langue des Etrusques et des anciens peuples de l'Italie ; à Bemouilli , d'astronomie et de mathématiques : ses vastes connaissances suffisaient à tout. L'étude des livres cabalistiques l'occupait aussi
BOURGUET. 6S
beaucoup. Nous avons sous les yeux une lettre qu'il écrivait à Loys de Bochat, le IS avril 1727, dans laquelle il lui apprend que le chef des cabalistes est un nommé Bernard. « Ce sont de bonnes gens, dit-il, infatués de cette science chimérique , et ils sont tous à peu près tels que les piétistes fanatiques. La cabale est un fanatisme d'une autre espèce: grands mots, idées extraordinaires, piété feinte ou sincère , mais peu éclairée , espérances vaines ou chimériques ; et tout cela fondé sur quelques vérités fort mal appliquées , et mêlées avec beaucoup de mensonges. A l'égard de la cabale défendue, il y a plusieurs auteurs qui en ont écrit , dont le plus méthodique est Ck)rneille Agrippa. Je l'ai prêté au Conseiller qui protège ici les cabalistes. Ces messieurs et tous ceux qui sont infatués de cette vaine science, qui est la magie théurgique , font tous sonner haut qu'ils né prétendent avoir recours dans leurs cérémonies qu'aux bons esprits. Voyez sur ce sujet un beau passage de M. de Thou, rapporté par Bayle dans une note sur l'article Tiresias. Toute cette cabale pratique est fondée sur les rêveriesde l'astrologie judiciaire. >» Il paraîtrait qu'à cette époque il y avait à Ncuchàtel un certain nombre de personnes qui s'occupaient des sciences occultes, cherdiaient à faire de l'or, à découvrir des mines et des trésors. Bourguet s'en moque souvent spirituellement dans plusieurs lettres. Le 17 juin , il écrit à M. du Lignon: « Nos cabalistes de Neuchiitel devraient déjà avoir éprouvé la réalité de leur prétendue science, depuis que leur chef s'y est appliqué; mais n'ayant encore rien aperçu , ils se bercent de vaines espérances. Messieui*s nos cabalistes insinuent , quoique de loin , qu'ils pourraient être utiles à l'Etat, à l'égard des mines; mais je crois qu'ils n'y entendent rien, et que lors même qu'on découvrirait des mines de plomb, de cuivre ou d'argent dans le pays (car pour celles d'or, il n'y en a absolument aucune) , il serait impossible d'y travailler , faute de bois, car nos forêts seraient épuisées avant cinquante ans. Il faudrait que la mine fut aussi abondante que le Potosi pour supporter les frais qu'il faudrait faire. Ces gens se sont retirés je ne sais où ; on ne les voulait plus à Neuchàtel , parce qu'ils s'étaient attirés le clergé sur les bras à l'occasion de quelques expériences qu'ils firent dans le Yal-de-Ruz. Outre cela le curé de Cressier et quelques autres catholiques avaient fort envie de se saisir de madame de Corsinge. »
66 BOURGUET.
Bourguet séjourna aussi en Hollande, et il rapporta de ses voyages de nouvelles antiquités, des manuscrits et des livres rares dans tous les genres. De retour en Suisse, dans Tannée 4725, il entreprit de fonder à Genève un journal littéraire, qui servit à la fois de lien entre les savants des pays étrangers et ceux de la Suisse, et de dépôt pour les recherches qu'ils voudraient mettre en lumière. Ce journal fut la Bibliothèque italique, qui parut de 1729 à 1734, et qui forme 18 volumes.* Destinée essentiellement à faire connaître en France, en Allemagne, en Hollande et en Suisse les productions de l'Italie , que des préventions de divers genres avaient empêché de circuler dans ces pays, la Bibliothèque italique acquit bientôt de la consistance et de la réputation. Les principaux rédacteurs étaient, avec Bourguet, Cramer et Calandrini à Genève > Seigneux de Correvon, Abraham Ruchat, Loys de Bochat et du Lignon à Lausanne, gentilhomme français, oncle de Loys de Bochat, qui s'était fixé en Suisse , où il s'est fait connaître comme savant et comme philanthrope . Les articles de Bourguet dans ce recueil sont en fort grand nombre ; nous en avons compté trente-huit dans les douze premiers volumes. C'est dans la Bibliothèque italique qu'il a publié principalement le résultat de ses recherches archéologiques , entre autres: Lettre sur deux prétendues inscriptions étrusques; — Litanies pelages des anciens habitants de V Italie; — Lettre sur V alphabet étrusque; — Explication de quelques monuments des anciens Pelages, etc.
En 1732, Bourguet créa le Mercure suisse, qui vécut sous différents noms jusqu'en 1784, ' et qui occupe une large place dans
i Chaque mois il paraissait une livraison ou cahier , dont quatre forment un volume. Les éditeurs étaient Michel Bosquet etC*, à Genève. Ce n'était pas encore un journal suisse , mais c'était un journal sur la science italienne, rédigé en Suisse et par des Suisses.
2 Le premier numéro du Mercure suisse parut au mois de décembre 4732, à Neuchàtel. 11 est dédié « au Gouvernement et au Conseil d'Etat de sa Majesté le roi de Prusse, et à messieurs les Quatre-Ministraux de la ville de Ncuchâtel. • l\ est extrêmement rare, parce qu'il fut distribué à titre d'essai et que les exemplaires se sont presque tous perdus. Ce recueil parut ensuite sous le nom de Mercure suisse, de t733 à t737. En t738 , il changea de titre et fut divisé en deux parties, l'une littéraire sous le nom de Jouniat Helvétique, ou recueil de lilléralure choisie; et l'autre politique, sous celui de Nouvelliste suisse, historique, politique et amtuant. l\ parut sous cette double forme de 4738 au mois d'août 4769. Alors il se transforma en IVouçtau Journal Helvétique , de 1769 à
BOURGUET. 67
rhisloire littéraire de la Suisse française, pendant la seconde moitié du xviii* siècle. Cette feuille scientifique, historique et littéraire, qui paraissait à Neucbàtel , comptait un grand nombre de collaborateurs distingués, tels que Engel, Aleraann, Wattevillc et Haller, de Berne; Iselin, de Bêle; Abauzitet Baulaire, de Genève; Bochat, seigneur de Gorrevon ; Rucbat de Lausanne, et quelques autres plus ou moins actifs. Elle refléta pendant de longues années une partie notable du mouvement intellectuel suisse, en voyant toutefois varier le personnel de sa collaboration , depuis le patronage de Bourguet jusqu'à celui d'Elie Bertrand , le géologue , puis de Félice le littérateur distingué. Ce nouveau recueil se fit bientôt remarquer au dehors par d'excellents articles sur les antiquités , la littérature, les sciences physiques et naturelles, l'histoire ancienne et moderne. Mais ce qui doit surtout attirer jiotre attention , au milieu de cette variété de prose et de vers , c'est la partie réellement nationale, celle qui traite de l'archéologie, de l'histoire ecclésiastique, civile et militaire de la Suisse , de l'état de ses académies ; de ses sociétés savantes. C'est là qu'on peut voir le travail qui s'opérait dans la Suisse française aux approches de Tannée 1750. LiCS efiorts incessants que faisaient à Neucbàtel, Bourguet; à Berne, Engcl ; à Genève, Baulacre, pour organiser et créer en quelque sorte les bibliothèques de ces trois villes, paraissent avec tout leur mérite dans un échange de correspondances entre ces trois savants. C*est delà que vient de première source tout ce qu'on a fait pour illustrer dès lors ces précieux dépôts. Quelle sagesse on voit briller dans les lettres de Bourguet sur l'office et les devoirs du bibliothécaire! Ce seul morceau, inséré dans le Mercure suisse de juillet 173G, suffirait pour donner de notre compatriote la plus haute idée. Nous ne prétendons pas que tout dans le Mercure suisse soit d'un
nso, et reparut de nouveau en 4781, sous le titre de Journal Heltèlique. Enfla le ministre ChaiUet , qui en était un des principaux rédacteurs dans les dernières années, le fit paraître de t783 à t784 sous le tilre de f^ouvtau Journal de littérature de l'Europe el surtout de la Suisse. En tout 158 vol. In-i2<* et in-8*. " Ce journal, que Néaulme, dans son catalogue, «lualifle de très-curieux, a été critiqué assez vivement par Rousseau dans sa lettre au maréchal de Luxembourg: « Ils ont (les Neuchàtelols) une manière de journal dans lequel ils s'efforcent d'être gentils et badins. Us y forment même de petits vers à leur façon. Madame la maréchale trouverait, sinon de Tamusement, au moins de Toccupa- Uon dans un Mercure, car c'est d'un bout à l'autre un logogriphe, qui demande an autre OEdipe que moi. •
68 BOURGUET.
très-bon aloi ; il y a encore, surtout dans les premières années, bien du mélange; mais en général le bon l'emporte sur le mauvais. Nous ne saurions mieux faire, pour donner une idée de l'étal où se trouvait la littérature périodique de la Suisse romande, au moment où Bourguet, en fondant cette Revue, imprimait un si grand élan aux esprits, que d'indiquer les titres des principaux morceaux que renferment les six derniers numéros de l'année 1750;
Recherches sur la cathédrale de Genève. — Lettres à M. d*Arnaud sur quelques poëtes français. — Epitre du prieur d à M"* — Stances sur les vicissitudes humaines. — Aventures amusantes. — Recherches sur le lieu où le concile d'Epaune s'est assemblé. — Recherches sur les cloches des églises et les horloges.— Essai sur cette question: Le rétablissement des sciences et des arts a-t-il contribué à perfectionner les mœurs ? — Histoire tragique du sieur Carantini et de ses deux filles. — Réflexions sur la parabole du Semeur. — Essai sur rastrologie judiciaire. — l.ettre sur la mort du professeur Ruchat. — Lettres de M. d'Ivernois sur la petite-vérole. — Lettres sur Torigine de Timprlmerle. — Vie des réformateurs de Berne. — Ouvrages de botanique de Haller.
— Lettres sur les piétistes. — Lettre sur les dieux de TEgypte. — Lettres sur des dés anciens découverts à Baden. — Essai sur les songes. ~ Lettres latines et françaises sur Tinondation survenue à Neuchâtel en 4579. — Réflexion sur Ta* mitié. — La science du salut opposée aux curiosités blâmables. — Particularités sur Tacadémie de Genève. — Chronique d'Etterlin , imprimée à Baie. — Lettres sur Fantiquité des Carmes. — Réflexions sur les mœurs de notre siècle.
— Mélanges, variétés Uttéraires, etc. — Apologie des botanistes suisses. — Sur la nouvelle édition de la Bible de M. d'Osterwald. — Traité des fossiles de la Suisse. — Histoire des démêlés de religion en Suisse, etc.
Le Mercure ou Journal helvétique s'adressait donc un peu à tous les goûts; on peut en dire comme de toute œuvre de ce genre: sunt bona, sunt mediocria, sunt mala plura. Mais ce qu'il est impossible de méconnaître , c'est l'impulsion que donna aux études littéraires ce centre de publicité créé si à propos dans la Suisse française. C'est dans ce recueil que s'essayèrent les meilleurs auteurs que compte ce pays au xviii® siècle. Bourguet lui a donné son bon contingent d'articles, marqués au coin du savoir, de l'érudition et d'une saine critique. On en trouvera le catalogue un peu plus loin.
En 1731 , le gouvernement de Neuchâtel ayant créé une chaire de philosophie et de mathématiques, nomma pour professeur Bourguet, qui ne s'attendait point à cet honneur, mais qui l'accepta. Celte
BOURGUET. 69
Dominalion doit faire époque dans l'histoire scientifique et littéraire de notre pays , non-seulement à cause du mérite de la personne nommée , mais encore par la raison que Bourguet est , autant du moins que nous pouvons le savoir, le premier professeur en rang de date qu'il y ait eu à Neuchàtel. Les honoraires de cette place étaient bien minimes et ne dépassaient pas 400 livres. Plusieurs fois les amis de Bourguet rengagèrent , mais toujours en vain , à demander une augmentation au roi : a Je ne suis point un sujet digne d'être connu de Sa Majesté Prussienne, répondait le savant; ce ne sera au moins jamais de ma part que je ferai agir personne auprès du roi. Pour ce qui me regarde, je ne suis pas accoutumé à faire la cour aux grands et surtout aux rois. Il est vrai que je m'accommoderais très-fort d'une pension de S. M. Prussienne. Je remercierais bien vite la Bourgeoisie, dont la plus grande partie me fournit fort à contre-cœur 200 francs , et le magistrat les !200 autres. »
Bourguet commença ses fonctions de professeur par un discours inaugural sur l'histoire abrégée de la philosophie et des mathématiques. Voici le titre de ce discours : a Ludovici BourguetiPhilosojïh. et Math, apud Neoconiemes professoris: Dissertatio de faits Philosophiœ inde ab ejus natalibus ad nostra mque tempora , 32 p. in-4^. H le récita en présence de Messieurs les Quatre-Ministraux et Conseil de ville, de Messieurs les pasteurs et diacre de la ville et d'un grand nombre d'auditeurs , le mercredi 49 décembre 4734 , à 10 heures du matin. A la fin de ce discours , après avoir parlé des établissements pour la philosophie et les mathématiques dans les pays étrangers et en Suisse, il ajoutait : u Que si l'exemple de tant d'académies ne suffisait pas pour prouver l'excellence et l'utilité de l'étude de ces sciences, les soins des Pères de la Patrie nous le démontreraient assez , puisqu'il leur a plu de fonder une chaire de philosophie et de mathématiques pour servir de commencement & une académie. C'est ce dont je devrais parler à présent, mais persuadé des étroites limites de mes lumières, et que tous mes auditeurs n'ignorent pas la bonne volonté de messieurs les Quatre-Mi* nistraux et du Conseil de ville envers les bourgeois, je ne puis rien faire de plus à propos que de remercier premièrement en mon nom, messieurs les Quatre-Ministraux et le magnifique Conseil^ de ce
70 BOURGUET.
qu'ils ont daigné m'honorer, quoique sans le mériter, de la fonction de professeur; et de faire aussi des remerciements très-humbles, au nom des bourgeois, aux mêmes Pères de la Patrie, de ce qu'ils ont pensé ainsi à leur utilité, etc. » — Ce discour^latin fut imprimé dans la Tempe Helvetica, 1. 1, p. 126. Le Journal helvétique de décembre 1732 en a donné une analyse.
On a quinze leçons en latin sur la logique , récitées ou lues dans l'auditoire de Neuchâtel par le professeur Bourguet, et deux discours français: l'un du 30 octobre 1733, et l'autre du 13 novembre delà même année, sur la philosophie. Ses entreliens publics sur l'excellence de la philosophie , la vérité historique , la formation de la terre, les minéraux, le grand œuvre ou la transmutation des métaux, les météores, les aurores boréales , les vents , etc., ont une clarté et une profondeur d'observation qui les rendraient dignes de l'impression et feraient honneur à leur auteur. Parmi les discours qu'il prononça en 1733 , le public remarqua surtout celui sur la Providence, reproduit en partie dans le Journal helvétique du mois de mai 1734. Son auditoire était dans un appartement de la maison de Charité. Ce fut là qu'il prononça son beau discours sur l'origine des pierres, qui est imprimé en tête du Traité des pétrifications.
Personne ne contribua plus à répandre le goùl des études, en particulier des sciences naturelles, dans sa ville adoptive, où il ne se borna pas à donner ses cours réguliers comme professeur : il en donna plusieurs où le public était admis. Dans son discours public du 7 avril 1734, il examine la question, si la terre est la même aujourd'hui qu'elle l'était dans sa formation. Il soutient avec tous les philosophes modernes que la terre porte des marques sensibles de plusieurs bouleversements consécutifs. On nous permettra de citer quelques lignes de ce discours :
« Les angles des montagnes sont toujours réciproques, de sorte que si l'on marche dans une vallée, on ne peut manquer d'apercevoir qu'ils sont alternativement saillants et rentrants, pourvu que l'on se donne la peine d'y faire attention. Ce sont au reste ces angles qui forment les contours des rivières , et les forcent de couler en serpentant. Ces angles sont moins aigus dans les vallées plus larges, et leurs côtés s'allongent encore davantage dans les plaines.
BOURGUET. 71
Disposition admirable de la partie solide de la terre qui avait échappe à tous les philosophes anciens et modernes , même à ceux qui avaient fait une étude particulière de la théorie de notre globe, mais que la Providence a permis que nous ayons découverte à l'occasion des fréquents voyages que nous faisions autrefois à travers les Alpes et les Aiiennins, et même aux environs du Jura. Nous n'avons qu'à renvoyer ceux de nos auditeurs qui douteraient de cette vérité, à l'examen du Val-de-Travers , du lit du Seyon , surtout depuis le pont au-<lessus du moulin de ce nom jusqu'à Yalangin et au Valde-Ruz. »
Mais les titres de gloire les plus précieux de Bourguet, sont le Traité des pétrifications et ses Lettres sur la formation des sels et des cristaux et sur la génération et le mécanisme organique des plantes et des animaux, à l'occasion de la pierre bélemnite et de la pierre lenticulaire, avec un mémoire sur la théorie de la terre. Bourguet prévient que ce petit hvre, qui ne renferme que quatre lettres, est la préface et le résumé d'un travail plus considérable qu'il se pro|)0' sait de publier. 11 y discute en dialecticien habile et en métaphisicien profond les systèmes philosophiques de Burnet , de Whiston, de Woodwart , sur la matière , la formation et la génération des êtres, et fait voir que la pression infinie de l'cther de Mallcbranche, les mouvements conspirants de Leibnitz , l'attraction de Newton sont la même chose sous des noms diOérents. On trouve énoncées dans ce livre une foule de vérités essentielles , dont la découverte a été attribuée à d'autres savants, quoiqu'ils n'eussent eu d'autre mérite que de les avoir réduites en système; mais à côté des principes les plus sains , se rencontrent aussi bien des hypothèses bazardées. Le mémoire sur la théorie de la terre est surtout remarquable; il assigne à Bourguet une place parmi les créateurs de la géologie scientifique.
Le Traité des pétrifications parut en 1742. A cette époque notre pays comptait plusieurs savants étroitement liés , dont les travaux se dirigeaient vers l'élude des fossiles; à Neuchàtel, Bourguet, Garcin, Cartier, Magnet de Formont et Gagnebin, exploraient nos montagnes avec intrépidité et rédigeaient des travaux pour les Mémoires scientifiques de l'époque. En 1740, ces savants constituèrent une sorte d'association sous la direction de Bourguet. Jugeant par
72 BOURGUET.
les collections de fossiles dont ils disposaient , de Tinsuffisance des ouvrages de J.-J. Scheuchzer et de Lang, ils arrêtèrent la publication du Traité des pétrifications. Il fut décidé que ce que ces auteurs avaient déjà fait connaître serait reproduit et qu'on y ajouterait tout ce qui paraissait nouveau , du moins dans de certaines limites. Le tout fut figuré dans une série de planches, gravées par un artiste du pays , nommé Brandt , et acx;ompagné de plusieurs Mémoires et Notices sur la spécialité : une Dissertation sur l'origine des pierres en général, et plusieurs lellres par Bourguet; une autre Dissertation sur l'origine des pierres figurées, par Cartier ; un plan de classification des fossiles ; un indice des auteurs qui ont écrit sur les pétrifications; une énumération des localités où Ton trouve des pétrifications ; une explication des planches, où sont respectivement marqués d'une lettre de convention les fossiles provenant des divers collaborateurs de Bourguet. Cette publication , qui réunissait l'état des données positives et du débat paléontologique, fit époque dans les pays français encore peu initiés. Du reste elle fut patronée en France par des savants en haute position , tels que Réaumur et Mairan , à qui l'ouvrage était en quelque sorte dédié. La Suisse allemande n'avait pas besoin d'impulsion. Dans la Suisse française, Je nom de Bourguet suffisait. 11 importe également de consigner que dans les Montagnes neuchàteloises , plusieurs pasteurs portaient un intérêt remarquable à ces sortes de sujets; tels étaient: D. Rognon à la Côte-aux-Fées , C.-F. Rognon à Couvet, L. Osterwald à Travers, de Luze à Yalangin. N'oublions pas enfin, que plusieurs des savants de notre petit cercle étaient membres d'associations scientifiques étrangères et célèbres, telles que celles de Paris, Londres, Berlin, Edimbourg, Gôttingen et Turin.
Le Traité des pétrifications établit assez clairement l'état des opinions minéralogiques et géologiques à l'époque où il parut ; on y voit naître la notion encore confuse du cristal, la distinction entre minéral, roche, pétrification, enfin la classification des pierres en trois origines : les unes développées sous l'empire des lois élémentaires, lors de la formation même du globe, ce qui achemine l'idée des terrains primitifs; d'autres formées postérieurement par dissolution de masses préexistantes, ce qui conduit à la notion des terrains scdimentaires en grand ; les troisièmes se formant encore de
BOURGUET. 73
DOS jours par voie de concrétion en petit. Quant au\ fossiles, leur interprétation comme pierres figtêries accidentelles est abandonnée, et on conclut à leur nature primitivement organique. On recherche si leur entassement dans les couches terrestres est le résultat d'un catachysme unique, ou s'il faut avoir recours à l'hypothèse d'une longue série de dépôts successifs, etc.
Bourguet était membre de l'Académie royale des sciences de Berlin et de celle de Paris. Il fut l'ami de Scheuchzer, dont il donne l'éloge. La plupart des savants le consultaient avec fruit et fesaient le plus grand cas de ses travaux : Hofer l'appelait Neocamensium Plinius. Le 23 décembre 1740 , Mairan lui écrivait: a Les excellentes et utiles remarques que vous avez données sur les noyés dans votre Merctire suisse, ont paru si importantes à l'Académie , qu'elle a exhorté le magistratd'en faire publier un petitextraitd'une feuille, qui a été envoyé à profusion en divers endroits du royaume. » — « La découverte de Bourguet sur la langue des tables En gubines est admirable, écrit M. de Yeze à Seigneux ; elle suffira à elle seule pour l'immortaliser. » En 1734, Seigneux l'invite à publier ses remarques « si curieuses et si précieuses sur une médaille de Crolone, unique, au jugement du président Boubier. » Réaumur lui-même consultait fréquemment Bourguet et lui envoyait des remarques critiques sur ses ouvrages : « Vous avez oublié, lui disait-il en 1742, dans le catologue des auteurs français qui ont traité des coquilles pétrifiées, un auteur qui mérite d'y occuper la première place, c'est Bernard Palissy , qui est peut-être le plus ancien de ceux qui en ont traité, et probablement le premier qui en ait fait des collections.)) Bourguet avait une correspondance littéraire très-suivie avec Leibnitz, dont il fut un des partisans les plus zélés. Dans le Mercure (année 1738 et 1739), on trouve quelques lettres que lui et le fameux théologien Roques, tous deux réfugiés français , échangèrent sur un des points fondamentaux de la philosophie de Leibnilz. Raques attaquait le philosophe allemand, Bourguet le défendait. 11 discute souvent des questions d'antiquités avec Walisneri et Loys de Bochat ; nous lisons dans une biographie de ce dernier : « On sait que Bourguet avait expliqué avec beaucoup de bonheur la table de Lespirius, où Scaliger, Saumaire et Peiresc n'avaient vu que des énigmes indéchiffrables. Un savant italien ayant contesté l'cxpli-
74 BOURGUET.
cation donnée par Bourguet, Bochat, qui par les recherches qu'il faisait précisément alors sur la religion des anciens Helvétiens, avait qualité pour prendre part aux débats, découvrit le côté faible des argumentations du savant italien , et écrivit dans le Journal Helvétique cinq lettres à Bourguet, dans lesquelles il adopte tout à fait les explications du professeur neuchâlelois. »
Si Bourguet était en rapport avec des savants de divers pays, ses travaux consciencieux sur les antiquités de l'Italie et ses voyages dans ce pays, lui attirèrent une foule d'admirateurs dans toutes les parties de la péninsule , où on lisait avec attention sa Bibliothèque Italique ; aussi dès que l'Académie étrusque de Cortone fut fondée, Bourguet en devint un des premiers membres. Il a fourni plusieurs dissertations aux Mémoires de cette société savante, dont on trouvera le détail dans le catalogue de ses ouvrages, qui accompagne cette notice.
Si Bourguet n'appartient à notre pays que par les longues années qu'il y a passées, et par les lettres de naturalisation qu'il reçut du roi en 1704, on peut dire que personne au siècle passé n'a mieux mérité de sa j)atrie adoptive que ce savant modeste. Son épitaphe l'appelle avecraison la gloire de Neuchâtel, l'admiration des savants, le modèle d'une vraie piété, l'espérance des pauvres. Dans un dernier voyage qu'il fil à Genève, il tomba malade, se hâta de revenir à Neuchâtel, où il mourut en 1742. Le Lexicon de Leu, Y Histoire des savants actuellement vivants (Geschichte jetztlebender Gelehrten) de Rathelf, le Journal Helvétique de février 1743, et Léonard Meister, Helvétiens heriïhnte Mânner, ont publié des notices assez entendues sur Bourguet. La Biographie de Michaud et la France protestante de Haag, lui donnent aussi les éloges qu'il mérite.
Il ne nous reste plus qu'à donner la liste des ouvrages imprimés du professeur Bourguet, qui est fort étendue; la Bibliothèque de Neuchâtel possède plusieurs de ses manuscrits, qui ont assez de valeur pour qu'il fût à désirer que quelqu'un, qui serait qualifié à cet eflet, fit dans cette collection inédite un choix de ce qu'il y aurait de mieux h publier. A cette publication, on pourrait joindre avec avantage celle d'un volume qui se composerait des écrits de Bourguet, qui, épars dans divers journaux, y sont comme perdus. On doit, nous sembic-l-il, d'autant plus conserver et honorer sa mé-
BOURGUET. 75
moire, qu'il fut non-seulement un savant de premier ordre, mais encore ce qui vaut mieux , un savant pieux ; les titres de plusieurs de ses opuscules en seraient à eux seuls déjà la preuve. Aujourd'hui que tant de personnes s'occupent de la conversion des Juifs au christianisme, on nous saura gré de citer quelques fragments d'une Lettre sur la conversion des Juifs, adressée à M. Osterwald et publiée dans le Journal Helvétique:
« Les chrétiens animés de cette espérance (la conversion des juifs), pour l'accomplissement de laquelle on prie dans toutes les églises des différentes communions chrétiennes, n'ont pas tout à fait négligé d'attirer les Juifs à la connaissance du Messie. Je ne parle pas de la contraite et de la violence dont on a usé pour celle fin dans quelques états chrétiens ; ce n'est pas ainsi qu'on doit travailler à l'avancement du règne de notre Seigneur. Heureusement l'exemple de cette mauvaise méthode , si opposée à celle des Apôtres, n'a pas été suivi dans d'autres endroits. En Italie même, on travaille à la conversion des Juifs par la prédication de l'Evangile, à laquelle on les oblige d'assister en certains jours. J'ai été, à Rome, au nombre des auditeurs d'une semblable prédication, dans une église destinée exprès à de pareilles fonctions, et destituée d'images, pour ne pas effaroucher cette nation. — Tout ce qui s'est fait jusqu'à présent pour la conversion des Juifs , n'est rien , comparé avec ce que M. Callenberg, professeur en philosophie dans l'université de Halle, a entrepris, depuis quelques années, pour ce pieux dessein. Après avoir fait imprimer, en hébreu, et répandu parmi les Juifs des traités écrits pour eux, des portions du Nouveau Testament, etc., il forma, en 1730, un collège perpétuel, comme il l'appelle, composé d'un certain nombre d'étudiants en théologie, qui s'offrirent volontairement d'apprendre l'idiome judaïque, afin d'être en état de s'entretenir facilement et d'une manière utile avec les Juifs, soit en voyageant, soit lorsqu'ils seraient de retour chacun dans leur patrie. — Pour contribuer , de mon côté , en quelque chose aux entreprises louables de M. Callenberg et à des succès aussi heureux, j'ai dessein de faire, entre les gens de lettres et quelques personnes pieuses de Suisse, une petite collecte en faveur des travaux de ce zélé serviteur de Dieu. Les établissements utiles dont nos églises vous sont redevables, les savants et pieux ouvrages que vous avez mis
76 BOURGUET.
au jour, et qui contribuent si efficacement à l'instruction et à l'édification des chrétiens, même parmi différentes nation^, et jusque ciiez les sauvages, seront toujours des monuments glorieux de votre piété et de ce zèle ardent qui vous fait consacrer des veilles conlinuelles à travailler à rétablissements du règne de J.-G. »
Tous les opuscules de Bourguet donnent l'idée la plus avantageuse de sa sagacité, de son esprit philosophique, et prouvent combien il s'intéressait à la propagation du christianisme chez les peuples païens et chez les Juifs. Il avait un extrême respect pour la Bible, respect qui l'entraîna non-seulement à contester la chronologie des Chinois dans une LeUre à M. HoUinger sur rhisloire des Chinois, mais à soutenir dans une Lettre sur la jonction de V Amérique et de rAsie, que l'ancien et le nouveau monde sont unis par un isthme. Les sentiments religieux qui lui ont valu le nom de philosophe chrétien > respirent dans toutes ses productions, mais surtout dans les discussions qu'il eut fréquemment au sujet de la philosophie de Leibnitz.
Catalogue des ouvrages de Louis Bourguet.
I Traité des pétri ficatiom, Paris i 742 , in-4«, 254 p. avec 60 planches. — 2* édition, Paris 4778, in-4«, 343 p., 60 pi. — Une autre édition parut sous le titre de: Mémoires pour servir à l'histoire naturelle des pétrifications, dans les quatre parties du monde. La Haye, chez Jean Néaulme, 4742, in-4* , xti et 320 p. et 60 pi.
Bourguet est l'auteur des pièces signées par la lettre 0; les deux pièces signées C ont pour auteur Pierre Cartier, pasteur à la Chaux-du-Milieu, et contiennent 40 pages, qui furent vivement critiquées par l'auteur de la Bibliothèque raisonnée, t. XXX, p. 140-470. Cartier répondit dans le Journal Helvétique de mai 4755. L'abbé du Rcmel a donné un extrait raisonné de ce livre dans le Journal des savants de novembre 4 742. On peut consulter sur cet ouvrage important Dcliciœ Cobresianœ, p. 723. Haller, Biblioth. I, N« 4827; Haller, Acta Hcivet.; Ersch et Gruber, Encyclopâdie, etc.
II Lettres philosophiques sur la formation des sets et des cristaux , et sur la génération et le mécanisme des plantes et des animaux , à Toccasion de la pierre beiemnite et de la pierre lenticulaire, avec un Mémoire sur la théorie de la terre. Amsterdam, François PHonoré, 4729, in-42*, xliv et 220 p. et une planche.— Seconde édition, Amsterdam, Marc-Michel Rey, 4762,in-8«.
III Dissertation sur les pierres figurées , 4745. 11 y combat Topinion du docteur Lang de Lucernc. Cet ouvrage n'est point indiqué dans le catalogue bibliothecœ historico-naturalis, Josephi Banks, Londini, 1798-1800, 5 vol.
IV Opuscules mathétnatiques , contenant de nouvelles théories pour la ré-
BOURGUET. 77
solution des équations de deui, trois et quatre degrés. Leyde, 1794, in-8*. Aucun des biographes de Bourguet ne fait mention de cet ouvrage postliume indiqué par Quérard.
y. Biblioll^èque italique , ou Histoire littéraire de l'Italie depuis I7S8 jusqu'en 4734. Genève, Marc-Michel Bourguet, I7S8-I734, in-8**, 18 vol.— Bour- (piet fut le principal rédacteur de cet excellent ouvrage. Ses collaborateurs étaient Cramer, Calandini, Seigneux de Correvon, Ruchat, Loys de Bochat, du Lignon, etc.
Dans le Journal Helvétique.
1732 Décembre. Analyse du discours inaugural de M. Bourguet sur Phistoire
abrégée de la philosophie et des mathématiques.
1733 Août. Eloge historique de Scheuchzer. Octobre. Eloge historique de Jacques Hermann.
Pfovembre. Lettre sur les noyés par un philanthrope. — Devila aqua sub-
mersisrestituenda.— Lettre adressée à PAcadémie des sciences
de Berlin.
1731 Janvier. Extraits du traité physique et historique de l'aurore boréale,
par M. de Mairan.
Mars. Lettre au R. P. Bouvet, soc. Jésus, missionnaire à Pékin , du
5 mars 1 707.
Àçril. Lettre à M. Hottinger sur Tanliquité des chinois.
Mai, Discours sur la Providence de Dieu.
Juillet. Relation des progrès du christianisme dans les Indes. Août. Lettre d'un philanthrope à l'occasion d'un jeune homme ra-
mené à la vie.
17S5 Janvier. Discours sur les phénomènes prétendus miraculeux. Juillet. Lettre sur la jonction de l'Amérique et de l'Asie. Septembre. Particularités intéressantes sur la colonie protestante de Herrn-
hout et sur les missions du Grœnland et de la côte de Coro-
mandel.
Noçembre. Extraits du traité de la dissolution du mariage pour cause
d'impuissance (ouvrage de Bouhier , président du Parlement
de Dijon.) » Première lettre sur l'histoire des insectes de Réaumur.
Décembre. Seconde lettre sur l'histoire des insectes de Réaumur. 1736 Février. Seconde lettre sur la jonction de l'Amérique et de l'Asie. Juillet. Lettre sur l'office de bibliothécaire, adressée le 26 mars 1715
à l'abbé Guiseppe Signoretti à Venise et à M. Engel à Berne. • Lettre sur la conversion des Juifs à M. Osterwald , pasteur à
Neuchâtel.
Septembre. Lettre sur les Eglises des prosélytes indiens. Novembre, Lettre à M. Loys de Bochat , contenant diverses observations
sur le livre de M. F., intitulé: « Réflexions critiques sur les
histoires des anciens peuples.
78 BOURGUET.
i 737 Janvier, Lettre à M. Chaillet , servant de réponse à répitre adressée à
M. le professeur B. dans le Mercure de septembre i 735. » Lettre sur le système philosophique de M. de Leibnitz.
Février. Lettre à M. Polier sur le tome II de Thistoire des Insectes de
Réaumur.
Avril, Juin. Lettres à M. Meuron, à l'occasion des recherches physiques et géométriques deBernouillisur la propagation de lalumière. Mai. Lettre sur quelques missions de la communauté deHerrnhout.
Novembre. Lettre sur TAcadémie étrusque de Cortone et sur deux ouvrages envoyés de Rome à Fauteur, qui traitent de quelques monuments antiques.
» Explication d'une inscription messapienne, relative à la criti-
que d'Olivier.
Décembre. Lettre d'un philosophe Leibnltzlen, sur l'harmonie préalable.
1 738 Mars, Mai, Juillet, Décembre. Quatre lettres sur la philosophie du baron de
Leibnitz.
Décembre. Lettre à M. le conseiller C. (Chaillet), sur la relation du voyage
d'un académicien de Paris vers le cercle polaire. Novembre. Lettre sur les hypothèses , concernant l'union de l'àme avec
le corps.
1739 Août, Réponse à M. Roques sur les objections contre le système de
Leibnitz.
Octobre. Particularités curieuses sur les missions anglaises et sur la traduction des livres sacrés en idiome Wamgue
1740 Février, Extraits des lettres de M. Cullenberg.
Mars. Lettre à M. Roques , sur les idées inées et leur développement.
Avril. Lettres sur les progrès de la conversion des Juifs et sur les
missions protestantes de Tranguebar et de Madras. Septembre. Lettre sur la pétrification des crabes de mer de Coromandel. Novembre. Lettre à M. Osterwald, sur la conversion des églises du comté
de Nortampton dans la Nouvelle-Angleterre. Décembre. Lettre à l'occasion d'un extrait des lettres philosophiques de
M. B., inséré dans le Journal de Trévoux. 4742 Février. Lettre sur la nouvelle édition du Dictionnaire de Commerce
de Savary.
Dans la Bibliothèque Italique.
Le nombre des articles publiés par Bourguet dans ce recueil est si grand que
nous devons nous contenter d'indiquer les suivants :
Tome II. Echelle de fossiles, publiée d'abord dans un recueil d'observations naturelles de M. Yallisnieri, Venise 4728, en latin, puis en français dans la Bibliothèque italique, avec quelques additions.
TOBifS III. Lettres sur deux prétendues inscriptions étrusques.
ToMK IX. Lettre sur les vers séminaux. Traduite en italien par Yallisnieri
BOURGUET. 79
dans Isioria délie generaziane dell'nomo el degli animali. Venise, l72l,in-4«.
T Yiv i ^'^"^^^ ^^^ anciens habitants de Iltalie.
) Explication de quelques monuments des anciens Pelages.
Ces deux opuscules, ainsi que celui du tome 111 ont été traduits en Italien par Anibal degli Olivieri, sous le titre de: Speyazione di alcuni monumenti degli anlichi Pelasgi , transporlale dal franeese, con alume oiservationi topra i medesimi. Pesano, 1 735, in-A**. Les études de Bourguet relatives à la langue et aux monuments étrusques ont été le sujet de critiques assez vives. Nous renvoyons sous ce rapport à Luigi Lanzi , Saggio di Lingua Elrwtca et di allre anliche d'ttalia per servire allaStona del popoli, délie lingue el délie belle arli.Komsk, il S9, i A, p. 10, fi, 43,28,47,48, 198, SOO; t. II, p. 6, 59, 746, et Christ. Gerh. Sucke. Commenta* rio de recenliuimis monumenta eslrutca explicandi. Lipslae, 1 737, in-4«.
ToHK XVIII. Lettre sur Palphabet étrusque.
Le Journal des iavants, 1744, p.480; 1745, p.80, critique cette lettre tout en en faisant réloge. On la trouve en italien dans le Saggi di diMsertazioni academiche puhlicatamente lette uella nobile ÀcO" demia Elrusca di Cortona, Roma, 1735, in-4«, p. l-23.~ L'abbé Venusti, auteur de cette élégante traduction, n^apas jugé à propos d^ joindre la lettre du président Bouhicr de Dijon à LeClcrc sur l'alphabétique, non plus que la réponse de LeClerc à ce magistrat.
Dans la Tempe HeWetica.
Dissertatio de fatis Philosophlœ Inde ab ejus natalibus ad nostra usque tempora. 32 p. in-4*, 1735, 2* section.
Dissertatio de vero atque genuino Juris naturalis studii usu, 41 p. in-4*, t. III, sect. I.
Dans divers recueils.
I. t>iuertazione di Lodovico Bourguet, prof essore in Neufchastel sopra Valfabeto etrusco diretta a mansignor Emeslo Conte d*Harrach , auditore di Rota, e principe d*ell acad. Etrusat in Cortona, accompagnée d'une planche qui représente les caractères de cet alphabet, comparé avec ceux de Thébrcu Samaritain, Grec, Arcade et Pelage. Dans les Saggi di Dissertazioni dell Aead, EtruKa di Cortona, Roma, 1 742, t. I.
II. Observations sur une pierre de Berne , qui est une espèce de phosphore : Dans rilistoire de PAcadémie royale des sciences , année 1724, p. 58 , édition in-8*, p. 83.
III. De crystallorum generatione: Dans les Acta acad. curios. 1 730 , vol. IV. Appendix p. 7-46.
IV. Epistolœ iMdovici Bourgueti, professoris hodie Neocomensis celeberrimi ae primorum Evangelii apud MtUabares prceeotmm ex ipsis authographis dn^
eriplœ: Dans Schelhornii Amœnit. Hist. eccles. et litterarise; Francofurti, 1738, II, p. 710-764.
y. Plan abrégé de Vhittoire critique de Vorigine de$ lettres: dans THistoire critique de la république des Lettres, Utrecht, t. I, p. 300-303. — Dans le Journal det savantSy t. LVIII, p. i34-236, — et dans les Mémoires de Tréçoux, 1714, août, p. 1478.
Souroei. Journal helvétique, 4743, février, mars et avril. — Jôcher, Mlg, Gelehrlen-IéCxicon, I, p. 1305.— Haller, Biblioth, botan,, II, p. SS6. — Histoire critique de la réptiblique des Lettres, t. Y, p. 351.— Etrenneshisl,, 4795, p.35- 38. — Helveliens berûhmte Mdhntr, t. II, 306. — Erscb und Grûber , Eneyelopâdie, 4824, t. XII, p. 451-454. — Sinner , Voyage dans la Suisse occidentale, t. I. — Heltetische Bibliothek , Zurich , lY, 228. — Lutz , Nekrolog , N« 62. « GauIIieur , Etudes littéraires sur la Suisse romande , Genève , 4856. — Hofer, Jeta helvetica, III, 489. — Haag , La Finance protestante , article Bourguet. - Biographie de Michaud. — Messager boiteux de Neuchàtel, année 4857. — Leu, Lexicon, art. Bourguet,— Sandoz-Rollin, Essai statistique sur Neuchàtel, p. 402. — Abram Gagnebin de la Perrière , Notice par Thurmann , Porrentruy, 4854, p. 44, 4 5, etc. — Mémoires de Trévoux, 1714, août, p. 4478. — Journal des Savants, t. LYIII, p. 234-236; 4763, p. 243; 1744, p. 480; 4745, p. 80. — Sucke, Commentario de recenlissimis monumenta etrusca explicandi , Leipzick , 4737, in-4«. — L. Lanzi , Saggio di Ifngua etrusca et di altre antiche d'ttalia , etc. Rome,4789, t. I, p. 40, 42, 43, 28, 47, 48, 498, 200; t. II, p.6, 59, 746.— Leibnitz. Opéra omnia, l, p. 488; II, p. 324; Y, p. 44, 20, 490, 497, 504; YI, p. 802, 220. — Tiraboschi, Storia delta letleratura Italiana , Roma , 4782, 1, p. 32. — Deliciœ Coln'esianœ, p. 7:43, — Quérard, la France littéraire. 1. 1, etc.