CALAME
dre grâce de ce qu'il vous a choisis pour faire du bien à mes enfants. L'intérêt que vous manifestez pour la grande famille que le Seigneur confie à ma direction , m'assure que quelques détails récents seront accueillis et fortifieront votre foi, comme la mienne en a été augmentée à la gloire de Celui qui la donne.
» Vous savez peut-être que, depuis 1815, je vis au jour le jour, sans savoir avec quel argent j'acquitterai les comptes, n'ayant que cent louis de rente, et seulement depuis deux ans. Les petites pensions que je reçois pour plusieurs ne couvrent pas à beaucoup près la moitié des frais à faire; et pour cent enfants au moins, je n'ai rien du tout. On suppléait en partie à ce vide par une collecte annuelle dans la commune. Les fâcheuses circonstances politiques et commerciales , comme aussi le renchérissement des denrées dans nos Montagnes, rendaient difficile celte collecte ; et une des dames préposées pour cela manifesta sa répugnance avec tant d'énergie que mon cœur en fut vivement peiné. C'était au commencement de février 1832 que j'avais réclamé cette œuvre. Je renfermais ma douleur dans le secret de mon &me ; je me plaignais à Celui qui nous a recommandé d'avoir soin de la veuve et de l'orphelin , lorsque, fortifiant ma foi, il me fit la gr&ce de lui faire un abandon total de cette grande famille, comme étant puissant et bon pour la nourrir, et de comprendre que, n'oubliant pas les petits des oiseaux, il n'oublierait pas les enfants des hommes. Alors, dans l'effusion de mon âme, je lui dis: a Oui, mon Dieu, je me fie â tes promesses. Plus de collectes ! Ces 280 personnes, réunies par ta grande miséricorde, t'appartiennent avant d'être â moi ; je les remets entre tes bras divins! » — Dans ces jours-là , je reçus deux lettres d'amis chrétiens: l'une de Bruxelles, l'autre des environs de Neuchâtel, qui me disaient l'un et l'autre, qu'ayant vu par les papiers publics que j'annonçais un vide dans mes comptes de 1831 , ils avaient dû se le reprocher, ayant trop négligé les orphehns. En réparation de cet oubli, ils m'envoyaient deux sommes qui^ sans qu'ils s'en doutassent, comblaient le déficit de l'année précédente. Une quinzaine de jours après, je reçus une lettre de Liverpool, qui m'annonçait que quelques amis, ayant entendu raconter les détails de Tinstitution fondée pour les enfants malheureux, avaient mis à ma disposition soixante et douze livres sterling et dix schellings , somme
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équivalente à peu près à la collecte annuelle. Vous comprenez quel fut le saisissement de mon âme à la vue de ce bienfait du Seigneur qui, dans le même moment, répondait à la foi qu'il avait mise dans mon cœur ! Quelle probabilité pouvait-il y avoir , à nos yeux bumains , que la miséricorde divine porterait à Liverpool le cri de mon àme, et que là se ferait la collecte refusée ici? Bénissez avec moi Celui qui a promis que, si même une mère pouvait oublier son nourrisson , lui ne l'oublierait pas. Je voudrais associer toute la terre à ma reconnaissance et publier sa fidélité. Je vous confie aujourd'hui le soin de le faire avec moi , puisqu'il vous a choisis pour augmenter ma dette envers ce charitable Maître, qui non-seulement nourrit le corps mais aussi l'àme de ses chers enfants , dont plusieurs cheminent dans les voies du Seigneur , et un grand nombre donnent de douces espérances. » ^
Marie- Anne Galame se trouvait entourée dans sa maison de personnes dévouées comme elle et par les mêmes motifs. Madame Zimmerlin, qui maintenant continue l'œuvre sainte, fut constamment son aide et son amie; et son nom s'associe à celui de la fondatrice dans la reconnaissance des habitants du Locle. Ce n'est pas une des moindres faveurs de Dieu à l'égard de W^^ Calame , que de lui avoir donné des aides capables de la comprendre , dont plusieurs avaient été élevées dans la maison, et qu'un même amour et un même dévouement animaient. Rien n'a plus peut-être contribué à donner à cette foule dVnfants , venus de tant de lieux, l'as- {)ect d*une seule famille étroitement unie. Tout se faisait dans un esprit d*ordre et de soumission à la règle, dont la discipline douce et sainte soumettait les enfants les plus pervers. Un seul , du vivant de M"*" Calame , a été renvoyé comme incorrigible. Cependant il est arrivé que des enfants élevés dans des habitudes de vagabondage n'ont pu se soumettre au régime de l'Institut des Bil- KhIos et se sont enfuis. Mais Dieu a veillé sur ces petits fugitifs et les a toujours ramenés sous Taile maternelle de leur mère adoptive. Un dos jeunes garçons, Agé de douze ans et d'une intelligence
I l/nnnôo où M"*t>l«ni<^ êcrîvail cette lettre adBlrable, la dépense de Pinsliliil dos Billmle5 <êt;iil êlexce à L. ii«%i6, 16 sols, 6 deniers de Neuebâlel (fr. 50,»»^5»»5\» Minime et>«sKlèr3il>le que Dieu a\-ail fait envoyer au jour le jour |)ar dv5 liieiifaiteum »ou\ent inconnus.
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bornée, s'enfuit un jour, et courut à Neuchàtel ; là , ne sachant que devenir, il s'adresse à un ami de M^^^ Galame, qui le renvoya avec une lettre où il implorait son pardon. Cette intercession n'était pas nécessaire, car sa mère adoptive ne le voit pas plutôt arriver, qu'imitant le père de l'enfant prodigue , elle le prend et l'embrasse à plusieurs reprises. Les admonitions vinrent ensuite , mais elles furent pleines de tendresse; et l'enfant n'eut pour toute punition que la honte et le regret d'avoir causé tant de chagrin à sa bienfaitrice.
Pendant les premières années , l'Institut des Billodes ne reçut lue des jeunes filles; mais sa pieuse fondation prospérant chaque jour, M^^® Galame en étendit les bienfaits, en 1820, aux jeunes garçons, et bientôt une maison voisine de l'établissement fut conférée à l'éducation de plus de cinquante garçons, qui apprenaient divers métiers et ne sortaient que lorsqu'ils étaient en état de gagner honorablement leur vie. Le plan de cet établissement était le même que celui des jeunes filles, avec les seules modifications que peut exiger la diflérence du sexe. « J'irai chaque jour, disait W^^ Calame, interroger leurs jeunes cœurs et y déposer les germes de la vertu. C'est l'Evangile à la main que je leur enseignerai les sages maximes qui font le bon citoyen , l'homme de travail et l'artisan utile. Si une juste défiance de moi-même me fait craindre de ne pouvoir seule arriver à mon but, je m'entourerai des sages conseils de nos vieillards ; je consulterai les années de Texpérience et j'espère obtenir du Seigneur une bénédiction pareille à celle qui repose sur l'Institut des Orphelines.)) Cette attente n'a pas été trompée. Dignement scondée par quelques amis , elle a eu la satisfaction de voir ce nouvel établissement prospérer dès l'origine. A la fin de 1820, il comptait déjà 25 garçons, d'entre les plus dénués et les plus malheureux.
Quelques années après la mort de M^^^ Calame , la nécessité de simplifier l'administration de l'Institut a fait supprimer rétablissement des jeunes garçons , et depuis ce moment , l'Institut a été ce qu'il était au début, un asile exclusivement consacré à l'éducation des jeunes filles.
L'établissement des Billodes ne tarda pas à avoir du retentissement dans le cœur des Neuch&telois et parmi les étrangers: il intéressa par sa beauté et par la piété de la femme qui y consacrait