‹ Biographie neuchâteloiseChapitre 58 sur 117 · FREDERIC DUBOIS DE MONTPERREDX · texte numérisé non relu

FREDERIC DUBOIS DE MONTPERREDX

Frâlêric DuBois de Montperreux naquit le 28 mai 1798, à Métiers, dans le Val-de-Travers. Par son père, négociant en dentelles, il appartenait à la population montagnarde du pays de Neudiàtel, à celle qui se voue essentiellement à l'industrie et au commerce; par sa noère il tenait de la partie riveraine du lac , dont les habitants sont avant tout vignerons et agriculteurs. Son grand-père paternel , Claude-François DuBois , était un peintre sur émail réputé pour son art, bon dessinateur et amateur d'estampes anciennes. Il travaillait pour la cour d'Espagne et l'on voit de ses ouvrages à l'Escurial. Destiné au commerce, il avait été envoyé à Bêle où il commença à peindre des tabatières dans ses moments de loisirs. Ses patrons ayant remarqué le goût et la finesse de ses essais, engagèrent son père à renvoyer à Genève , la grande école de la peinture sur émail. De Genève , il alla à Paris et à Londres. Les lettres de cet artiste dénotent un développement remarquable pour le temps , uni à cette simplicité montagnarde mêlée de finesse. Le grand-père maternel de F. DuBois , M. L'Hardy , lieutenant de

I Le nom de MontperrtHx^ que M. DoBois avait s^onté au sien , ne dénote pas, comme quelques personnes l'ont cru , des prétenUons nobiliaires dont eel iiomme si simple était fort éloigné ; mais il se trouvait en même temps que lui» n Berlin, deux autres naturalistes du nom de Diiilots, qui avaient fait paraître des livres qu^on aurait pu facilement confondre avec le sien. Pour éviter ces méprises, M. DuBois prit le surnom de Montperreux ^ hameau aux environs dn Lode, où ses ancêtres s'étaient fixés depuis longtemps.

justice de la G6te , était un ancien officier , vétéran de Fontenoy, qui avait rapporté dans sa patrie des habitudes élégantes et même littéraires , le besoin d'un certain comfort , et le goût des livres et des journaux.

C'est à ce double milieu , dans lequel se passèrent les premières années du jeune homme, qu'il faut attribuer les instîticts d'artiste et d'homme de lettres qui se développèrent chez lui de si bonne heure. Entouré d'objets d'art , de portefeuilles de gravures , de li« vres et de cartes , il dessinait et il rédigeait des extraits de ses lectures à un âge où d'autres enfants savent tout au plus s'amuser. Les premiers objets qui frappent nos regards dans nos jeunes années, influent souvent sur toute notre destinée. L'enfant né, élevé dans une bibliothèque ou dans une galerie de tableaux, contractera naturellement des habitudes sérieuses, aura le goût de la lecture et des beaux-arts. C'est là une sorte d'éducation primitive que rien ne peut remplacer absolument , pas même la vie universitaire , la fréquentation et le commerce, dans l'âge de l'adolescence ou de la virilité, des gens de lettres et des savants.

Mais les mauvaises années vinrent trop vite troubler l'enfance studieuse de Frédéric DuBois. Des revers de fortune obligèrent son père à aller vivre à Bordeaux du produit d'un modeste emploi do commis. Sa mère, restée avec quatre enfants et quelques modiques ressources, se consacra à leur éducation avec une sollicitude et une force d'âme admirables. Femme supérieure , elle veille sur eux avec une tendresse éclairée. Dans la situation plus que modeste où ils étaient réduits, rien ne leur manqua de ce qui constitue une instruction libérale. D'une institution particulière, Frédéric DuBois passa an collège de NeuchâteU d'où la maladie , produite en partie par l'excès de travail, le ramena bientôt auprès de sa mère à Âuvemier. C'est là que notre adolescent commença alors l'essai sur lui-même d'un système d'éducation, dont plus tard les efiets influèrent sur sa destinée , et le servirent puissamment dans ses ouvrages. Ce système était un mélange d'expérimentations parfois pénibles et dures, et d'applications à la vie réelle de tout ce qu'il avait noté de curieux dans ses lectures. Aussi , il se fit de bonne heure jardinier, charpentier, menuisier, constructeur. Le jardin de son aïeule maternelle et un domaine de peu d'étendue> situé dans un sol

accidefité el pittoresque à quelques minâtes de sa demeure, senri rent à cet apprentissage de divers métiers. F. DuBois coDstruisi ainsi des digues . des murs , des canaux , des bâtiments rustiques même des ruines destinées i faire point de vue dans le paysage. G qui était vieux et antique avait surtout le don de captiver soi attention. Ayant entendu dire^ d'après les mémoires alors manus crils du chancelier de Montmoliin , que les murailles de Fantiqui Avencbes avaient été construites avec des pierres tirées des car rières de Xeucfaàtel , il n'eut aucun repos avant d'avoir vérifié h fait. Pour cda il entreprit une excursion , moitié par eau , m(Hti< par terre, traversa le lac, parcourut dans tous les sens remplace ment de cette cité , dont les ruines attestent l'ancienne grandeur visita les bords du lac de Morat et tout le champ de bataille des Suis ses et des Bourguignons. Ses parents commençaient à avoir de sérieuses inquiétudes sur son absence prolongée , quand il revin chargé de débris de matériaux de toute espèce , marbres , mosaïques, sans compter une ample collection d'ossements des soldats d< Charles-le-Hardi. Alors seulement le jeune DuBois commença soi travail d'investigation. U ne prit aucun repos qu'il n'eut constata la parfaite identité du calcaire jaune, si connu des géologues, qu'oi trouve près de Neuchàtel, avec les antiques murailles d*Avenlicum. Il voulut déterminer jusqu'à la carrière dont chaque fragment avait été extrait près de deux mille ans auparavant. Certes ce fait, que nous citons entre beaucoup d'autres , prouve une aptitude native , une véritable vocation d'antiquaire à laquelle DuBois ne fil pas défaut.

Tout en suivant , quand sa santé fut rétablie , les leçons du collège et de l'auditoire de belles-lettres , il chercha à soulager sa famille et à subvenir à son entretien, en entrant comme sous-maltit dans rinstitution tenue par M. Droz. Ainsi il donnait déjà des leçons dans un âge où on en reçoit encore, et il se préparait au métief ingrat de pédagogue , le seul que l'état précaire des affaires de sa famille, res angnsta donii, laissât ouvert devant lui. Les livres, les gravures , les objets d'art de la maison paternelle avaient été vendus pièce à pièce pour subvenir aux besoins les plus pressants de réducalion du jeune Frédéric. U sentait le prix de ces sacrifices il avait h&te de montrer qu'ils n'avaient pas été faits en pure perte

MM. Petiipierre, pastear à Serrières, et Ghaillet, ministre, demeurant à Auvernier, s'intéressaient vivement à cette vie rude, courageuse et méritoire du jeune étudiant, et contribuèrent par leurs leçons et leurs conseils à mûrir son jugement et à hftter le moment si désiré où il allait pouvoir se tirer d'affaire tout seul. M. Pelitpierre dirigea son instruction religieuse et inculqua fortement dans cet esprit judicieux ces principes sévères, cet inflexible sentiment du devoir qui ne faiblirent jamais en lui. M. Gbaillet orna et polit son esprit encore un peu rude, par ces leçons d'un goût épuré et d'un tact littéraire , qui ont rendu son enseignement si précieux à tant de Neucbfttelois.

Ainsi préparé et muni d'une ample provision de science, de bons exemples et de bons conseils, F. DuBois quitta Neuchàtel en 4847, à peine &gé de 49 ans , pour aller à St-Gall occuper une place pénible dans une institution d'éducation. C'était dans un moment difficile. La Suisse orientale, naguère éprouvée par le séjour des troupes alliées , était en proie à la disette et au typhus. Notre compatriote fut vivement frappé de ce spectacle de misère. Il vit dans les campagnes de malheureux enfants, que de vieilles femmes conduisaient dans les champs pour arracher des herbes et des racines, leur seule nourriture. Ce spectacle le navra et lui inspira de bonne heure des sentiments profonds de pitié pour les malheureux. Luimême fut atteint d'une grave maladie , qui le força , en 4819 , de revenir au sein de sa famille. Les médecins renvoyèrent aux bains d'Yverdon , et le séjour qu'il fit dans cette antique colonie romaine raviva son goût pour l'archéologie et les antiquités. Il releva l'enceinte et le pourtour des fortifications de l'ancien Casîrum Ebrodunum, et c'est à lui que l'on doit le premier plan exact de cette localité intéressante.

Quand sa santé fut raffermie, F. DuBois partit avec l'une de ses sœurs pour la Courlande, dans l'été de cette même année 4849. La maison dans laquelle il entra comme précepteur , * était heureusement pour lui un asile consacré aux arts et aux lettres , bien plus qu'aux prétentions nobiliaires et seigneuriales. 11 y trouva de beaux livres, particulièrement de grands ouvrages sur l'architecture et les

I GeUe de M. Ferdinand de Ropp, à Mittau.

arts, des tableaux des bons maîtres qu'il se mit à copier , des marbres et une ample collection de voyages. Le jeune instituteur, tout en remplissant en conscience les devoirs de sa place -, trouva ainsi moyen de se perfectionner dans le dessin , dans la science archéologique, et dans les sciences indispensables au voyageur. Il acheva de cette manière cette éducation intime et pratique qu'il avait commencée en Suisse au foyer domestique. Au bout de deux aos de sé)our, quand il eut interrogé à fond tous les trésors que ce séjour intéressant pouvait lui fournir, M. DuBois, ne se trouvant pas assez occupé par les devoirs de sa place , demanda à M. de Ropp de le placer dans la maison de son frère, M. Théodore de Ropp, dont la famille plus nombreuse offrait plus d'aliments à son zèle et à son activité. M. de Ropp consentit à cet échange , et c'est ensuite de cet arrangement que M. DuBois quitta Mittau pour aller habiter la terre de Pokroy en Lithuanie. Daos cette nouvelle résidence, il rendit à M. Th. de Ropp d'éminents services , non-seulement comme gouverneur de ses enfants, mais comme directeur des coos- Iructions, des plantations, des travaux agricoles. Tout était à créer dans ce vaste domaine , qui devint bientôt, grftce à l'accord parfait qui régnait entre le propriétaire et le jeune régisseur, l'un des plus remarquables de la contrée. Il était devenu le favori de toute la population , qui le voyait mettre la main à tout , dirigeant , enseignant, jardinant, mesurant, moulant et sculptant même au besoin. Il conquit l'affection des juifs très-nombreux dans ce lieu , en leur témoignant un intérêt qui était pour eux chose nouvelle. 11 prit d*un de leurs rabbins des leçons d'hébreu.

Après huit années d'un temps si bien employé, M. DuBois, arriu> au bout de sa carrière de précepteur et de constructeur, quitta cette demeure hospitalière pour voyager dans le midi de la Pologne. Il se livra à des recherches géologiques , dessina une prodigieuse quantité de cartes , de fossiles , de plantes et d'autres productions naturelles, se préparant ainsi à ces voyages d'exploration auxquels, dès son enfance, il avait fait vœu de se livrer aussitôt que les circonstances le lui permettraient. Il détermina entre autres le plan du grand voyage au Caucase , qu'il méditait depuis longtemps , et auquel la guerre entre la Russie et la Turquie le força seule de reuiMuvr alors. Notre voyageur s'arrêta pour cette fois aux rives du

Dniester. Riche de cette première moisson, M. DoBois se rendit à Berlin» en 1829, auprès d* on jeune seigneur polonais dont il devait surveiller les études universitaires. C'est durant ce séjour qu'il publia son premier ouvrage, * qui fut à vrai dire un modeste essai.

Le plus précieux résultat de cette publication fut de mettre le naturaliste neuchàtelois en rapport avec plusieurs savants éminents de Berlin. M. Léopold de Buch, que de nombreux travaux sur la géologie de la Suisse et d'anciennes relations de science et d'amitié avec plusieurs familles neuchàteloiscs, rendait doublement intéressant aux yeux de M. DuBois , le prit en amitié et l'encouragea. Sous ses auspices, il fit la connaissance de Weiss , de Mitscherlich, de Rose , de l'helléniste Bœkh et de Cari Ritter. Les cours de ce dernier sur la géographie physique de l'Asie le captivèrent surtout extraordinairement, parce qu'ils se liaient surtout à ses plans d'explorations en Crimée et sur les flancs du Caucase. Le professeur Licbtenstein, son ami, qui avait vu ses cartes et ses travaux topographiques, voulut les montrer à l'illustre Humboldt. Celui-ci l'invita à déjeuner avec les plus célèbres académiciens de Berlin, l'encouragea, lui donna des conseils et lui parla avec amitié. Les lettres qu'il écrivit à sa sœur à cette époque , publiées dans la Revue fuiste, en 1853 , nous initient à toutes les péripéties de sa réputation naissante.

Frédéric DuBois passa deux ans à Berlin, se préparant incessamment par des études universitaires au voyage scientifique qu'il rêvait d'accomplir ; et quand il partit de cette ville , en 1831» il était connu de tout ce monde scientifique, au milieu duquel le hasard ou un peu de bonheur avait peut-être contribué à lui donner accès, mais où il s'était solidement assis par un mérite réel , comme un savant infatigable et exemplaire. L'académie de Berlin n'bésita pas à approuver ses plans, à en faciliter l'exécution. C'est le moment de dire en quoi consistaient ces projets.

M. DuBois, partant de l'idée qui le travaillait depuis les observations faites dans son enfance , avait conçu le projet d'un voyage à la fois géologique , archéologique et historique à travers quelque

I Conchyologie fouile et aperçu gèognottique du plateau fTolhyni-Podolien, Berlin 4831, 1 vol. in-4* avec cartes et planciMs.

contrée célèbre dans les fastes de l'humanité. 11 avait d'abord songé à l'Egypte, d'où bientôt son attention se porta avec les peuples sortis de la vallée du Nil, sur la Judée, la Palestine et la Grèce. De ce dernier pays il fut conduit naturellement, avec les expéditions mythologiques et héroïques des Argonautes et des premiers colons grecs, sur les bords du Pont-Euxin et dans la Golchide. Son séjour eo Lithuanie , ses voyages en Podolie et en Yolhynie lui permirent d'étudier plus à fond que d'autres érudits, ses prédécesseurs, ce qui concerne ces anciens établissements des Grecs en Crimée et vers les Palus-Méotides. Il se convainquit que l'histoire, telle qu'elle s'était passée, était l'inverse de l'histoire classique telle qu'on la fait ordinairement , et que le Caucase et le Pont-Euxin avaient envoyé en Grèce des colonies bien avant d'en recevoir d'elle. Il entreprit donc de rechercher la route qu'avait suivie la civilisation indo-germanique pour arriver dans l'Asie antérieure, en Thrace, en Thessalieet .dans l'Hellade. L'étude des mœurs, des traditions et des antiquités des Lithuaniens, au milieu desquels il avait vécu, lui démontra que ce peuple , ainsi que les Celtes, les Kourdes, les Slaves qui se rattachent à lui , était bien l'héritier et le descendant direct des Scythes , des Cimmériens , des Sarmates et des Goths , membres des grandes familles ISnoises et indo-germaniques. Dès lors il n'hésita plus à suivre les migrations de ces peuples du nord au midi, jusqu'au point précis où l'on signale le contact de ce peuple asiatique avec le type égyptien et les peuples appelés Autochtones et Aborigènes dans notre Europe et en Occident.

Le vieil Orient étant devenu ainsi le but de toutes les études de M. DuBois , il résolut encore , pour ne rien négliger avant de l'explorer, d'aller étudier dans le nord de l'Europe les antiquités des peuples Scandinaves, dont la civilisation plus immobile, moins mêlée aux migrations et aux révolutions de notre monde central , a conservé plus de traces d'un monde primitif. Tel fut le but de plusieurs excursions dans l'ile de Rugen , en Suède et en Danemark, qui précédèrent immédiatement son voyage en Asie.

Pour celui-ci , comme le champ était immense et les ressources du voyageur fort modestes, il résolut avant de se mettre en marche, de s'imposer une limite fixe. C'est le cas de faire remarquer que tout fut entrepris à ses frais dans cette vaste exploration. Il avait

bien le patronage de sociétés savantes , les recommandations et la protection des autorités russes, mais aucun subside, aucune avance d'un corps constitué ou d'un gouvernement. Quel exemple de dévouement à la science que celui de ce jeune homme ! À peine mis à l'abri de l'indigence et du besoin par les fatigues de douze années passées dans le métier ingrat de précepteur , il va consacrer les économies , fruit de ses labeurs et de ses veilles , à la réalisation d'une immense pérégrination dans des contrées à demi barbares, inexplorées et n'offrant d'autres ressources à l'intrépide voyageur que celles d'une hospitalité primitive et parfois dangereuse ! N'importe, rien ne l'arrête.

Le voilà en marche vers l'Arménie. Il veut arriver au pied de ce mont Ararat qu'il envisage comme le centre du grand système de soulèvements de l'Europe orientale, a Remontant de peuple en peuple, dit-il quelque part, * de civilisation en civilisation, ma pensée s'était arrêtée au pied de ce géant, berceau du monde, et je voulais voir de mes yeux les vieux souvenirs que le temps et les commotions volcaniques y avaient épargnés. La Judée, l'Egypte, la Grèce, les flots de peuples de la Russie m'avaient tous menés là. J'ai marché , j'ai vogué , aucun obstacle n'a pu me retenir , et j'ai rempli ma tâche. »

Elle fut en effet accomplie cette t&che dangereuse, pénible, mais noble, grande , devenue en quelque sorte sacrée par la vocation du voyageur. Il s'en acquitta comme il sut s'acquitter de tout dans sa vie laborieuse^ c'est-à-dire d'une manière complète, consciencieuse, la main sur le cœur et la vérité sur les lèvres ! Bel éloge pour un voyageur qui est revenu de pays où peu de personnes iront après lai ! Les officiers russes qui l'ont connu dans son exploration^ qui ont eu occasion de l'accueillir et de l'escorter ne tarissaient pas en éloges sur la simplicité , la bonne foi , l'amabilité , le sang froid dji savant. Ils ont conservé de lui un souvenir vivant et affectueux, et le beau livre qu'a produit celte exploration est devenu , dans les loisirs de la vie militaire de la guerre si extraordinaire et si chanceuse du Caucase, leur guide, leur compagnon, leur manuel.

I Discours de réception en qualité de professeur d'archéologie dans l'Académie de Neuchàtel, prononcé le 9 novembre 1843.

eiS DUBOIS.

C'est le moment de dire quelque chose des accusatioDS qui fureot portées contre M. DuBois au moment où parut la relation de soo voyage. On prétendit qu'il avait exploré la région caucasienne dans rintérét et à la solde du gouvernement russe. Jamais accusation ne fut plus fausse. Elle prit néanmoins de la consistance » et trouva accès dans quelques journaux de l'Allemagne et d'autres pays. Frédéric DuBois fut sensible à ces insinuations que son caractère ouvert et franc avait peine à concevoir. Il est bien avéré qu'il n'avait aucun engagement avec la Russie , et qu'il n'accepta de son gouvernement que la protection rigoureusement nécessaire à l'accomplissement de la mission scientifique qu'il avait reçue, de sa conscience seule et de son ardeur de savoir. Si plus tard, quand les résultats de son voyage eurent été signalés par les sodétés savantes de la France , de l'Allemagne et de l'Angleterre, il regut de l'empereur de Russie des dons et des distinctions honorifiques, ces récompenses furent entièrement spontanées , et elles servirent à couvrir en partie les frais de publication du monument que DuBois éleva aux sciences géographiques et archéologiques. Le naturel candide, cordial, franchement libéral de M. DuBois se serait révolté à la seule idée de faire tourner au profit d'un but politique , d'une tendance conquérante ou despotique, l'hospitalité qu'il allait courageusement demander aux Tcherkesses en lutte contre la Russie. Les mœurs de ces populations belliqueuses l'intéressaienl vivement à divers titres. Il leur trouvait la plus grande analogie avec les mœurs féodales ; et il a signalé dans plusieurs passages remarquables de son livre, les traits de rapprochement entre la vie du chevalier du moyen-ège et celle du noble Tcherkesse.

Quatre années avaient été employées par Frédéric DuBois à l'exécution de son plan de voyage. Parti en 4834 , avec les instructions et les directions de Humboldt et de Léopold de Bucb, et munfi de passeports et de recommandations auprès des autorités russes ^ obtenus par l'intervention du ministère prussien et de quelqi membres du corps diplomatique de Saint-Pétersbourg, il avait tra versé la Pologne , d'où il s'était rendu en Ukraine. Là commencé- rent ses explorations. Il s'attacha à faire connaître des monumenlc-::^ inconnus ou mal décrits de cette contrée, et à faire ressortir enti autres ce que les mœurs , les coutumes , les ustensiles des peupU

qui l'habitent présentent d'analogie avec les mœurs , les coutumes, les ustensiles décrits dans les auteurs classiques anciens. De là le voyageur passa en Crimée , l'ancienne Ghersonèse taurique , consacrée par tant de souvenirs qui tiennent aux premiers temps de l'histoire, à l'époque fabuleuse et héroïque. De la Crimée il gagna la chaîne du Caucase, autour de laquelle il commença et poursuivit, avec un zèle admirable , une série d'excursions chez les Tcherkesses, les Âbkases, en Colchide, en Arménie, au mont Ârarat, et enfin de nouveau en Crimée.

A la fin de l'année 183ft , M. DuBois était au bout de sa tâche active ou voyageuse , mais il lui restait à mettre en ordre les immenses matériaux, fruits de tant de courses^ à rédiger le texte de son voyage, et à publier les atlas qui devaient l'accompagner. C'est de ces travaux qu'il s'occupa incessamment, durant l'année 183S, qu'il passa en partie en Suisse et en partie à Berlin et en Lithuanie, d'où il se rendit à Paris. C'est à la société de géographie de cette capitale qu'il voulait soumettre les résultats de ses investigations. Il tenait à savoir , de la bouche des hommes les plus compétents, s'il s'était exagéré l'importance de ses découvertes. Sa modestie eut tout lieu d'être rassurée. La société de géographie de Paris, sur le rapport de MM. Walkenœr , Jomard, Eyriès, décerna son grand prix à M. DuBois> a pour avoir examiné les régions situées au nord et à l'orient de la mer Noire , sous tous les rapports qui peuvent attirer l'attention du géographe, du géologue, de l'historien, de l'antiquaire, de l'artiste, et de cette honorable classe d'observateurs qu'intéresse l'étude de l'homme. » Faisant allusion à la qualité d'étranger du voyageur couronné , le rapport ajoutait : a La société regarde comme membres d'une même patrie tous les hommes qui avancent les progrès de l'intelligence humaine, n

La société géologique de Londres ne resta pas en arrière. Elle déclara par l'organe de son président, le célèbre Murchisson, « que la tâche herculéenne entreprise par M. DuBois, donnait pour la première fois un tableau vrai de la géographie physique et de la structure géologique des côtes de la mer Caspienne et de la chaîne du Caucase , tableau qui était à la fois d'un géographe et d'un géologue. »

Quand Paris et Londres eurent prononcé, les autres approbations

ne se firent pas attendre. Le gouvernement russe, auquel le voyage de DuBois révélait tant de choses intéressantes sur un pays qui l'occupait et l'inquiétait à tant de titres , le gratifia d'un don de vingt mille roubles , qui servirent à la publication de l'ouvrage et des atlas qui l'accompagnent. L'empereur de Bussie décora aussi le voyageur d'un ordre qu'il ne prodigue pas . celui de Saint-Stanislas , et lui fit présent d'une bague enrichie de brillants. Le roi de Prusse lui remit la grande médaille d'or pour l'avancement des sciences. Ces encouragements ne l'étourdirent pas un instant. Il n'y vit qu'une seule chose, savoir, les facilités que ces récompenses lui donnaient pour la publication de son voyage , qui devint la grande affaire de sa vie. Durant quatre années, de 4839 à 18(^3, à Paris d'abord, puis à Neuchètel, il s'occupa incessamment de cette t&che qu'on peut appeler immense, en raison de la quantité et de la variété des objets qu'elle renfermait. ^

Il est bien rare en effet de rencontrer un auteur de voyages dont l'activité, la compétence et les recherches, roulent sur tant de branches à la fois. Frédéric DuBois est tout ensemble géographe , géologue , architecte , historien et philosophe. On est plus qu'étonné, on est réellement stupéfait en feuilletant les cinq atlas qui accom-

1 Le texte, publié à Paris par rédlteor Gide , forme 6 vol. iii-8* , Inlitolés : Voyage autour du Caucase, chez les Teherkesses et les Jbkases, en Colchide , en Géorgie en Arménie et en Crimée, atec un atlas géographique, pittoresque, archéologique, géologique, etc., par rBÉDÉRic dubois de montperreux.

Un atlas de 200 planches grand in-f* , publié à Neuchàtel par Pauteur luimême, accompagne ce texte et lui sert de complément. Cet aUas est divisé en cinq séries :

1* La série géographique, composée de cartes faites en grande partie avec les matériaux recueillis par les officiers de Pétat-m^or russe. A ces cartes est jointe une série de tableaux représentant la position géographique des différents peuples du Caucase, (elle que Pont comprise les historiens et les géographes depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours.

S* La série pittoresque, représentant les points de vue les plus intéressants des pays parcourus par Pauteur , tant sous le rapport pittoresque que sous le rapport historique et politique, avec un panorama de la chaîne du Caucase.

8* La série d'architecture, contenant des \iies et des plans d^ensemble et de détails de tous les monuments intéressants des pays Caucasiens et de PArménie.

4* La série archéologique, représentant une foule de cryptes, de vases antiques, de tombeaux, de t>as-relief$, d^nscriptions, etc., appartenant aux époques les plus anciennes de Phistoire.

5* La série géologique , comprenant une carte géologique du Caucase et de la Crimée, des coupes de terrain, des vues de plusieurs localités remarquables pour Phistoire des révolutions de notre glol>e , et une série de planches représentant les fossUes les plus intéressants rapportés par Pauteur.

pagnent son ouvrage « de penser qu'ils sont le produit du travail d'un seul homme. Lui seul a tout vu, tout noté, tout recueilli, tout mesuré , tout dessiné , dans ces contrées qui offrent si peu de ressources à l'étranger qui tente d'y pénétrer. A la vérité tout n'est pas également parfait et irréprochable dans le style et dans les dessins de F. DuBois. Il en convient lui-même dans sa préface : « Souvent, dit-il, sans antécédents, sans guide, j'ai été obligé de me suffire à moi-même. D'ailleurs, tout seul, toujours isolé, livré à mes propres forces, il m'était impossible de songer à tout, de tout voir, de tout examiner. Ceux qui parlaient de m'accompagner se sont laissé effrayer à l'heure du départ par la guerre, par les fièvres si souvent mortelles dans le brûlant et humide climat de la Colchide, par les Tcherkesses , les Kourdes , et surtout par les fatigues et les mille privations d'un semblable voyage. »

De pareilles raisons sont la meilleure excuse de quelques négligences. On a reproché au style de DuBois des idiotismes^ une préoccupation trop constante , en décrivant les bords de la mer Noire ot de la mer Caspienne , des mœurs , des sites , des mesures de la finisse et du pays de Neuchàtel. Mais, comme on l'a fait observer dans le temps, cette critique renferme aussi un éloge , en ce qu'elle prouve à quel point le voyageur , au milieu de ses pénibles courses, ctait travaillé par le souvenir de la patrie absente.

En revanche de ces tournures familières, de quelques comparaisons parfois un peu risquées^ de quelques phrases sentant le terroir, de quelques plaisanteries peu attiques , le style de DuBois s'élève par moments jusqu'à la noblesse. Il est presque toujours digne, clair, soutenu. Le ton est constamment vrai, convenable, naturel. Dans ses dessins on signale quelques inégalités. Les cartes et les dessins topograpbiques sont des modèles d'exactitude et de précision. Dans la reproduction des sites et des paysages, notre auteur sacrifiait volontiers le pittoresque, l'effet artistique à la vérité. Cela se comprend du reste : il n'était pas peintre de profession. Le dessin i^'était pour lui qu'un moyen et non un but. La monotonie que l'on ''eproche à ses paysages est encore une preuve de sa parfaite bonne foi et de sa véracité; elle tient d'ailleurs aussi à la nature du pays parcouru .

Mais dans les planches d'architecture et d'antiquitéSi dont beau-

coup soDt coloriées avec grand soin, quelle scrupuleuse exaclitude, quelle ISdélité , quel amour de l'art, quel soin d'entrer dans la pensée des architectes de ces antiques monuments , quelle sagacité dans la reconstruction idéale des parties détruites ! C'est ici que l'on voit briller le génie de l'archéologue , auquel une pierre , uoe moulure, une frise, suffisent pour deviner le plus immense palais, le monument le plus compliqué. Frédéric DuBois montre dans cette science quelque chose de ce que Guvier a été dans la sienne. Celui-ci devinait les œuvres de la création à l'aide d'un fragment fossile ; celui-là refaisait l'œuvre de l'homme avec un débris que tout autre aurait foulé aux pieds comme insignifiant.

L'apparition du Voyage au Caucase fit le plus grand honneur à son auteur. Elle ouvrit une troisième et dernière partie de sa carrière, le temps où il revint dans sa patrie, non point pour s'y reposer de ses travaux passés, mais pour en entreprendre de nouveaux et pour appliquer à l'étude des antiquités de la Suisse une expé* rience si chèrement achetée dans les pays lointains.

A son retour à Neuchâtel , et en rédigeant d'après ses notes le texte définitif de son Voyage autour du Caucase ^ Frédéric DuBois avait été maintes fois conduit à faire des comparaisons entre les mœurs féodales des Circassiens et nos vieilles mœurs helvétiques, comme aussi entre les monuments de l'Orient et les nôtres. L'architecture sacrée l'avait surtout préoccupé. A chaque instant , en parlant des églises bysantines et romanes de l'Arménie et delà Géorgie , il était ramené par analogie aux temples de son pays, à ces monuments défigurés de nos contrées, qui avaient été l'objet de ses premières études. Il se reportait en décrivant les basiliques de la Colchide et de la Crimée, aux années de sa jeunesse, où il mesurait la collégiale de Neuchâtel , en cherchant à la comparer a>'ec l'église de Payerne , pour prouver leur communauté d'origine et l'authenticilé de ces fondations de la reine Berthe de Bourgogne. Parfois même il ne pouvait s'empêcher d'interrompre ses citations pour exprimer en passant un regret sur certains actes peu esthétiques, pour ne pas dire tant soit peu vandales, de quelques-unes des autorités des petites villes de la Suisse. C'est ainsi qu'à la fin du premier volume , au milieu d'une dissertation savante sur le style architectural de la cathédrale de Koutaisen en Colchide , on trouve

une boutade originale sur l'église de Payerne, dont le portique sert de prison^ le chœur de poids public, les sacristies d'écuries et de bûchers, et les voûtes de magasin à tabac, à foin , etc., parce que la population la trouvait trop belle pour le culte !

Le talent éminent d'application et de comparaison que déployait M. DuBois dans ses études , ne tarda pas à frapper plusieurs personnes de Neuchàtel, qui dès longtemps étaient en rapport d'amitié avec sa famille. Ces personnes l'engagèrent fortement à s'occuper des antiquités de Neuchàtel, et lui assurèrent, pour ses recherches et ses publications, le concours du gouvernement.

<c Je viens de recevoir , écrivait-il à un ami , un avis du Conseil d'Etat, de la Société d'Emulation, qui m'annoncent qu'ils sont prêts à avancer les fonds pour la publication de la première partie de mes antiquités neuchèteloises, et cela jusqu'à la concurrence de fr. 5000. Je vais donc commencer incessamment. Les premières planches sont déjà à Zurich pour être gravées sous la direction de mon ami Ferdinand Keller, qui va bientôt aussi publier, de son côté, un ouvrage qui intéressera tous les amis de notre ancienne histoire. »

Les matériaux réunis par Frédéric DuBois étaient immenses ; il ne lui restait que l'embarras du choix. Dans ses voyages, il avait fait des recherches approfondies sur les antiquités du nord et sur l'époque celtique. Il eut un moment l'idée de procéder par ordre chronologique et de commencer par là ; mais bien que tout ce qui concerne cette période lui fut familier, qu'il connût jusqu'à la moindre pierre druidique de nos forêts, jusqu'à la plus étrange des traditions et des légendes féeriques de nos grottes et de nos montagnes, il ne tarda pas à reconnaître que tout cela ne constituait pas les bases d'un ouvrage sur les antiquités nationales. En effet, dans ce monde lointain, les traditions et les monuments d'un pays ont une ressemblance si parfaite avec ceux d'autres pays, qu'il est impossible de déterminer ce qui nous appartienten propre. Aussi l'époque romaine l'attira bientôt et lui fournit matière à des recherches plus précises. En 1839 , il ISt exécuter des fouilles près du château de Colombier. Il était guidé par l'idée fort juste que nos manoirs modernes ne sont que des reconstructions de castels du moyen-âge , lcs(]uels avaient été eux-mêmes édifies sur des débris romains, c^mme beaucoup de nos églises sont faites avec des matériaux de temples païens.

Le résultat justifia son hypothèse , et déjà en 1840 , il envoyait à Berlin le plan de ses fouilles et les dessins des vestiges d'édifices romains qu'il y avait découverts. Une chambre du château, celle des anciens seigneurs , fut transformée en musée et reçut ces an* ciens débris. Sans doute M. DuBois ne trouva ni statues de marbre, ni bas-reliefs, ni objets précieux ; mais à défaut de ces trésors, il réunit et classa tous les matériaux qui servaient aux constructions romaines, depuis les pierres taillées, les briques pour divers usages , les stucs , pavés , mosaïques , incrustations de marbre et peintures à fresque, jusqu'aux ustensiles variés, comme amphores, objets en verre, instruments en fer et en cuivre. L'antiquaire était ainsi parvenu à retrouver tous le^ éléments qui servaient chez nous à la construction d'une maison romaine. Il avait constaté aussi la provenance de ces divers matériaux, entre autres celle des marbres, qui étaient extraits de carrières ouvertes près de l'endroit où s'éleva plus tard la chartreuse de la Lance. Quand le roi de Prusse vint dans le canton de Neuchàtel , en 4842 , il voulut visiter le musée nouvellement improvisé ainsi par notre archéologue, et il l'honora de paroles encourageantes et de distinctions flatteuses , que certes sa modestie était loin de rechercher.

Mais ce petit monde romain de Neuchàtel était encore trop peu caractéristique , trop peu considérable pour donner matière à des dissertations bien originales. Le Casirum et la t?t7Ia retrouvés à Colombier , ressemblaient à tous les édifices consacrés à des destinations analogues sur toute la surface du vaste empire des Césars. C'était à une époque relativement plus moderne, au cœur du moyenàge, que M. DuBois avait hâte de remonter, pour élever les fondements de son ouvrage. Cette époque lui offrait tout un monde neuchàtelois à révéler.

L'époque des rois bourguignons, connus sous le nom de rois Rodolphiens, ou rois de la petite Bourgogne, attirait souvent notre aatiquaire. Les temps où ils régnaient , qui forment comme la transition entre le monde Ilelveto-romain qui s'en va , et l'époque féodale qui arrive, offrent en eOet un monument unique de notre histoire. Quelle figure que celle de notre reine Berthe par exemple ! Qu'y a-t-il de réellement historique dans tout ce qu'on lui attribue? car l'imagination et la reconnaissance des peuples a été jusqu'à lui

rapporter une foule de choses qui appartiennent & d'autres Berlhe plus ou moins authentiques. Ce point délicat et difficile exerçait la sagacité de l'habile archéologue. Il avait pu se convaincre , dans les régions lointaines de l'Asie , qu'il faut y regarder à deux fois avant de traiter de fables et de chimères certaine^ histoires , sous prétexte qu'elles ne sont pas appuyées par des monuments , si l'on ne veut pas s'exposer à faire amende honorable , quand plus tard ces monuments se retrouvent. Aussi M. DuBois , pour en revenir à notre Berthe , soutenait l'authenticité de la plupart des actes attribués à cette reine populaire , fille d'un duc d'Allimanie , épouse de deux rois , Rodolphe ii de Bourgogne et Hugues d'Italie , mère du roi Conrad et grand-mère du roi Rodolphe m , le dernier de sa race. Une découverte faite à cette époque par M. Matile , aux archives de Turin, en venant corroborer une des hypothèses de notre antiquaire, contribua à maintenir sa ferveur. Il avait toujours soutenu, conformément à sa théorie, que le château actuel de Neuchàtel avait été édifié sur les ruines d'un palais des rois Bourguignons. Or, dans l'acte trouvé à Turin et qui est une donation de plusieurs lieux faite à Aix-les-Bains par Rodolphe m, petit-fils de Berthe, à son épouse Irmengarde , Neuchâtel est désigné par l'expression de Novum Caslrum regalUHma sedes.

a Voilà donc , écrivait-il à M. Gaullieur, l'histoire de Neuchâtel fixée par cette charte , sur des points jadis parfaitement obscurs. Elle corrobore tout ce que j'avais avancé sur le château de NeuchâteU auprès de MM. de Ghambrier et de Sandoz-Rollin. Us me disent que je suis sorcier, en devinant ainsi l'histoire sur des pierres. Ce Novum Castellum , ce Neuchâtel , siège très-royal , est retrouvé presque intact depuis 1837, et aujourd'hui, plans, vues, dessins de cette demeure ou résidence royale , dont j'avais trouvé la porte et une fenêtre fort décorée dans les caves du château actuel, sont chez mes artistes à Zurich. »

Mais les voyages de M. DuBois avaient usé sa robuste constitution, et c'est en vain qu'il cherchait à la raffermir dans la paisible retraite qu'il s'était ménagée à Peseux , près de Neuchâtel. Déjà, dans la préface de son livre sur le Caucase, il avait donné à entendre à quel prix ses recherches, dans un climat humide et brûlant, avaient été acquises. Il dut céder aux conseils de la faculté et aller.

en juillet 4846, aux eaux de Baden ; mais là sa vie fut aussi active qu'à Neuchâlel. Le gouvernement de Neuchàtel voulait qu'il augmentât son ouvrage d'un certain nombre de planches. Il trouvait urgent de joindre aux monuments de l'ancien Neuchâlel, les armoiries, les médailles et les monnaies. Aussi trouvons-nous notre antiquaire occupé à recueillir et à dessiner des anciennes monnaies et des médailles, (c J'aurai environ soixante monnaies ou médailles à représenter , écrivait-il à Gaullieur , et cela sans me répéter. Il y en a des comtes de la première race, entre autres du comte Louis, de Jeanne de Hochberg, de Léonor d'Orléans, de Henri i'. Henri ii de Longueville, qui est l'une des figures intéressantes de notre petite histoire, sera représenté par treize pièces, choisies sur les trente d'années différentes qu'on connaît de lui. J'ai deux médailles sur la prise de possession de notre pays en 1707 , et , ce qui est hien plus extraordinaire, une médaille en argent, frappée à Vienne^ sur l'occupation de Neuchàtel par les Autrichiens, le 23 décembre 1843. Etaient-ils donc fiers ces Kaiserliks d'avoir pris sans coup férir notre petite bicoque , et d'avoir pu s'y refaire sans être troublés dans leur digestion ! Les anciens batz de Neuchàtel , que la m'as envoyés , ont été les bienvenus. Celui de 1790 est beaucoup plus rare que celui de 1648. Cela provient de ce que tout le billon frappé de 1790 à 1803 a été refondu en 1806 pour faire la monnaie du prince Berthier. Les pièces plus anciennes n'ont point subi cette réforme. As-tu remarqué sur le batz de 16tô une singularité bistorique assez intéressante? L'ancienne devise des Orléans-Longueville était : Oculi Dotnini super justos. Dans la célèbre année 1648, où notre Henri ii concluait le fameux traité de Munster pour le roi de France , il fit ajouter à sa devise sur les monnaies de Neuchàtel ces deux mots : ei par , de sorte qu'on lit : Oculi Damini et pax super justos. Cette devise s'est perpétuée jusqu'à la duchesse de Nemours, qui a fait effacer et pax. Il parait qu'elle n'aimait pas la \m\ »

Cette citation nous donne une idée des correspondances de M. DuBois. Ce qu'il appelait souvent de la longueur dans le travail aurait pu passer pour de l'activité chez d'autres.

L'année suivante une amélioration sembla se manifester dans b santé de M. DuBois. Le 13 mai 1847, il écrivait à son parent Gaul-

lieur, de son charmant ermitage de Peseux , où il avait réuni tous ses proches, ses amis, ses livres, ses dessins et ses fleurs, tout ce qui pouvait lui constituer une vie de philosophe chrétien et d'érudit:

« Je me porte mieux , quoique je ne sois pas au bout de mes remèdes. Les forces me reviennent petit à petit après quarante-six accès de fièvre. Dieu soit loué, l'avenir est plus riant pour moi que dans ces douloureux mois de janvier , février et mars. C'est ce qui a retardé le renvoi de tes documents. Tu auras remarqué dans le sceau de Rodolphe m, provenant de l'abbaye de Saint-Maurice, que le sceptre de ce roi bourguignon est terminé aussi par une fleurde-lis... Pour les sceaux de l'histoire de Neuchâtel, j'ai reçu communication du manuscrit le plus précieux et qui appartient à M. de Sandoz-RoUin. C'est celui de Walthard de Berne , avec les dessins originaux des difiérentes branches de la maison de Neuchâtel . Notre gouvernement veut que je paraisse au complet ; mais je ne veux pas que rien me trahisse aux yeux d'autres antiquaires , qui s'occupent des mêmes recherches et qui pourraient se chagriner de cette protection. Quand l'ouvrage aura paru, ce sera toujours assez tôt. J'ai reçu l'autre jour l'avis que la société impériale de géographie de Saint-Pétersbourg m'a nommé membre correspondant. Je le suis de celle de Berlin , membre honoraire de celle de Londres et correspondant perpétuel de celle de Paris. Tu vois qu'il ne manque plus de fleurons à ma corolle de ce côté-là. Mais garde cela pour toi , et ne me trahis pas vis-à-vis d'un public auquel je ne dis pas ces choses-là. »

Après, ou plutôt avec ses antiquités de Neuchâtel, l'académie de cette ville était ce que M. DuBois avait le plus à cœur. C'est que cette institution, récemment fondée, réunissait réellement alors des professeurs tellement distingués, qu'on les aurait vainement cherchés dans les plus grands centres. Le départ de M. Agassiz pour l'Amérique, bien qu'annoncé comme un simple voyage scientifique avec espoir de retour , commença à dénouer ce faisceau et fut comme le prélude de la dispersion. M. DuBois était attaché de cœur ' à M. Agassiz. L'éloignement de l'illustre auteur des Poissons fossiles ' alarma donc son ami et fut pour lui comme un triste pressentiment. Sa correspondance exprime les sombres préoccupations qui

le tourmentaient au sujet de Tavenir de l'académie. La guerre da Sonderbund , à la fin de 18&7, en venant confirmer ses appréhensions, troubla aussi ses travaux.

La révolution française de février , qui amena la révolution neuchàteloise de mars 18&8 , vint mettre le comble aux alarmes de Frédéric DuBois. Il avait vu trop de pays et de peuples pour ne pas avoir pris une certaine largeur d'idées en politique; et s'il était conservateur , ce n'était pas un conservateur étroit. Il vit avec peine les événements de sa patrie qui interrompirent brusquement ses travaux , en supprimant d'abord l'allocation qui lui avait été allouée par l'administration renversée, et l'académie de NeuchâteL. elle-même. Il pensait beaucoup aux autres et peu à lui. Il déplo — rait le renversement d'un ordre de choses qu'il estimait relative — ment le meilleur pour sa patrie , et le sort fait à des magistrats parmi lesquels il avait constamment trouvé des amis et des protec -^ teurs.

Il recommença cependant son cours académique, sans savoir qu'il adviendrait de l'académie; il reprit aussi ses travaux d'ant quités ; mais la caisse était vide , et il fut obligé d'employer forte somme de sa bourse pour la gravure des planches. Mais soir cœur aimant soufirait beaucoup ; il se vit bientôt seul, car ses collègues se dispersèrent: MM. Lesquereux, Guyot et Matile partaieo/ pour l'Amérique , M. Guillebert rentrait dans la vie privte , et M. Sacc avait bien envie de partir aussi. Sa santé, un moment moios mauvaise, devint plus chancelante.

« Je suis , écrivait-il en novembre 18&8 , dans l'impossibilité physique de faire aucune visite , même d'aller voir ma mère au château de Peseux. Quand je puis , pour quelques heures, m'occuper de travaux sérieux, je débrouille un arriéré qui me pèse sur la conscience. Quand la fatigue vient et qu'il fait une lueur de beau temps , je me traîne jusqu'au bas de mon Jardin pour saluer le lac et les Alpes, et renouveler dans mon cœur tous les sentimeots de reconnaissance que je dois à la Providence pour tant de magnificences dans les œuvres de sa création. Quand le temps est au froidi à la pluie et à la neige, je vais soigner mes fleurs que j'ai fait rentrer dans mes chambres de travail qui en sont encombrées. Je taillei j*arrose , j*épluche... et je soufire par-ci par-là. Je suis soigné ad-

mirablemeni oserais-je me plaindre, quand j'ai tant de sujets de bonheur et de jouissances? Quand il me vient sur la conscience des remords de ce que je ne réponds plus à mes amis , je les apaise en me disant que je n'aurais que de mauvaises nouvelles à leur donner. »

L'hiver de 4849 fut très-pénible pour Frédéric DuBois : « Jamais , disait-il en juin de cette année , je n'ai passé un plus triste hiver ; hiver de soufirances , qui s'est terminé par une quatrième rechute de ma fièvre qui me tient depuis bientôt trois mois. Dans cet état valétudinaire tout me coûte : écrire une lettre est une affaire. Mes travaux scientifiques sont totalement interrompus. Il faudrait pouvoir penser, compiler, résumer, et j'en suis incapable. J'attends avec impatience le soleil pour aller aux eaux de Baden, car l'affreux temps qu'il fait n'est pas propre à guérir les fiévreux.»

II languit ainsi pendant quelques mois. Cette fièvre intermitente, qu'il avait rapportée du Caucase, le reprenait presque chaque jour avec une nouvelle intensité et ne cédait à aucun traitement; enfin, le 7 mai 18S0, la mort en mettant fin à ses soufirances , vint interrompre cette carrière honorable , si remplie et si active. Jusqu'au dernier moment ses pensées se sont portées sur sa patrie, qu'il chérissait avec l'affection instinctive qu'un enfant conserve toujours pour la mère qui l'a nourri et élevé.

Par ses dernières dispositions , M. Frédéric DuBois fit don à la bibliothèque et au musée de la ville de Zurich de ses collections d'histoire naturelle, de plans^ de cartes et de livres , en général de tout ce qui constituait ses recherches scientifiques.

La disposition testamentaire ajoutait que ce legs était fait à Zurich dans l'espérance que cette ville recevrait incessamment l'université fédérale , dont la création occupait alors les Conseils de la Suisse. En général les amis que M. DuBois comptait en grand nombre à Neuchàtel , auraient préféré qu'il eût testé en faveur des établissements publics de sa patrie et entre autres du musée d'antiquités dont il avait eu la direction, et qui avait été en quelque sorte sa création. On aurait tort cependant de chercher dans cette espèce d'exhérédation une preuve de ressentiment pour les derniers procédés de sa patrie. M. DuBois estimait que depuis la suppression de l'académie de Neuchàtel , le gouvernement de ce canton avait re-

nonce à faire du cheMieu un centre scientifique , abdiquant ainsi en faveur d'autres académies de la Suisse française ou de l'université fédérale à créer. Il estimait donc que les collections, fruits des labeurs de toute sa vie , profiteraient mieux à la jeunesse studieuse de toute la Suisse , s'il les déposait dans un lieu plus fréquenté par les étudiants , plus scientifiquement qualifié. Il rendait aussi hommage à la sollicitude que ses amis de Zurich avaient apportée dans la direction des planches de son dernier ouvrage.

Durant les derniers temps de sa vie, M. DuBois, arrêté dans son activité par la maladie , n'avait encore pu mettre la main au texte de son ouvrage sur les antiquités et en arrêter définitivement la rédaction. Nous avons déjà dit l'intérêt que le gouvernement et la Société d'émulation patriotique prenaient de cette publication neuchàteloise. Nous transcrirons ici un fragment d'une lettre de M. DuBois à l'occasion de laquelle ces deux administrations votèrent une allocation dans ce but :

(( Depuis onze ans je m'occupe à recueillir tous les matériaux qui peuvent servir à l'histoire monumentale de notre pays. Un esprit de remaniement s'empare des particuliers, et bon nombre de monuments du goût de nos ancêtres , que j'ai trouvés intacts en 1835 , n'existent déjà plus que dans mon portefeuille.... Et ma tâche je Tai envisagée comme un devoir, quoique toute spéciale. Je >iens vous ofirir la première partie de mon travail ; elle forme un cadre complet qui embrasse les monuments qui appartiennent à l'ancien Neuchàtel, depuis le i\* siècle jusqu'au xvi*. C'est le Neuchàtel de nos comtes , avec les souvenirs qu'ils nous ont laissés, leurs châteaux, la collégiale, leurj tombeaux, le chapitre, les donjons des fiefs militaires, etc. Soixante dessins environ composeront cette première partie. La société des antiquités nationales de Zurich accepterait volontiers ce travail pour faire partie de ses MUiAW/nn^c^ii, sans aucune indemnité, ni frais de librairie, mais moyennant quelques avances faites par Neuchàtel. D'un tirage à part, de 500 exemplaires, on en réser\erail ioO à 300 pour le public neuchàtelois. ^

L*auteur nVut pas la joie de voir son travail terminé. C'est sur des notes seulement que les amis de M. DuBois, entre autres M. de Saiuliui-RiJIin » ont rêdi^ les vingt-deux pages de texte qui ac-

compagneDt les soixante planches de cet ouvrage. On comprend combien cela est insuTËsant et à quel point cette lacune est regrettable. Cet ouvrage , poursuivi avec tant de ferveur et de ténacité, au milieu des circonstances défavorables que nous avons mentionnées , a eu jusqu'au bout la chance contraire. Inspiré , patroné et subventionné par le gouvernement du canton de Neuchâtel , il se vend aujourd'hui comme faisant partie du recueil d'antiquités que publie la Société d'archéologie du canton de Zurich.* Il est précédé d'une notice de trois pages sur l'auteur. '

La plupart des journaux de la Suisse et de l'étranger ont consacré un article nécrologique à M. DuBois de Montperreux. Au risque de répéter des faits déjà racontés, nous reproduirons un article du Journal de Saint-Pétersbourg, du l®*" juin 1850, qui montre combien notre compatriote était apprécié à l'étranger, et quelle estime les peuples les plus lointains professaient pour ses ouvrages. Nos lecteurs liront ces lignes avec intérêt :

ce La mort vient de frapper M. Frédéric DuBois de Montperreux. Cet homme distingué fonda sa réputation comme géologue par la Conchyologie fossile du plateau de Vothyme, publiée en 1831 à Berlin , ouvrage placé fort haut dans l'opinion des connaisseurs , tant par la justesse des vues que par la rare exactitude des dessins exécutés par l'auteur lui-même. Mais le titre le plus précieux à l'estime de la Russie , qui peut à bon droit le revendiquer , c'est son Voyage autour du Caucase, fruit de ses recherches personnelles depuis le milieu de l'année 1833 h la fin de 1834. Seul, avec ses ressources particulières , M. DuBois ne craignit point d'entreprendre un pareil voyage, justement ré(mté comme très-dangereux; il puisa

i M. DuBois de Montperreux avait déjà fourni aux Mémoires de cette Société savante, dont les publications sont très-remarquables et très-soignées, une livraison contenant la description et le plan de la bataille de Grandson , avec plusieurs feuilles de planches. Ce travail est indispensable à tous ceux qui veulent être au niveau des publications historiques relatives aux guerres de Bourgogne.

2 Les Monuments de Neuchàtely i'* partie, ouvrage posthume de M.Frédéric DuBois de Montperreux, forment un volume in-^» avec 60 planches gravées ou lithographiécs ; Zurich 1852, prix 4 5 fr. Les monuments décrits sont : la tour des prisons, la tour de Diessc, celle du Donjon, Tcglise collégiale de Notre- Dame, le cénotaphe des comtes de Neuchâtel , de Fribourg et de Hochberg , le château de Neuchâtel, etc.

M. DuBois a publié, en 4846, dans la Revue Suisse, un autre travail intéressant sous le titre de : Le château de Pounié , épisode de Vhistoire de Lithuanie,

sa force dans Ténergie de son caractère , en même temps que par ses qualités il sut mériter et justifier la protection constante du gouvernement impérial. Rarement en efiet une exploration des contrées lointaines réunit en lui tant de moyens de succès. Habitué à manier le crayon du dessinateur^ le marteau du géologue, les instruments précis du topographe; amateur érudit de numismatique et d'antiquités , quelles qu'elles fussent ; ayant l'esprit nourri par une vaste lecture ; observateur attentif et éclairé de toute espèce de faits ; et pour comble sachant donner à son style le coloris d'une imagination ardente , il n'est pas étonnant que son livre forme une sorte d'encyclopédie caucasienne , qui pourra être surpassée peutêtre dans les parties , mais difficilement égalée dans l'ensemble. Quant aux monuments géorgiques qu'il a si bien décrits , il est le premier qui en ait relevé les inscriptions; car avant lui un préjugé reçu en niait jusqu'à l'existence. Les derniers voyageurs , et l'auteur de ces lignes en particulier , ont pu profiter personnellement des indications de M. DuBois et en vérifier sur place la scrupuleuse exactitude.

» L'album bien connu où M. DuBois a crayonné lui-même les vues et les restaurations d'édifices anciens de la Caucasie , les monuments d'archéologie recueillis par lui, n'est pas la partie la moins curieuse de son travail; c'en est le corps, dont il faut chercher l'àme dans les pages brillantes de son texte.

» A un mérite reconnu comme investigateur , M. DuBois joignait une non moins grande modestie , un amour pour la vérité qui le portait à soumettre ses lumières au contrôle de celles d'autrui: c'est ainsi que pour la botanique , pour la minéralogie , pour l'archéologie proprement dite, et pour l'histoire, il fit concourir à son œuvre toutes les spécialités , et qu'en raison même de leur coopération, son livre présente réellement en chaque genre l'état de la science contemporaine. Tant de zèle et de mérite ne pouvaient rester sans récompense. Les savants les plus distingués de l'Europe , parmi lesquels il suffira de nommer Humboldt et Elie de Beaumont , prirent sous leur patronage les collections de M. DuBois. La savante Société géographique de Paris lui adjugea son grand prix, en 1838, distinction rare en France surtout, à l'égard d'un étranger, et qui lui faciUla l'impression d'un texte volumineux. D'autre part, grâce

à la munificence du gouvernement russe , aux encouragements de sa patrie , car il était sujet du roi de Prusse , son riche atlas, composé d'environ 200 grandes planches, a pu voir le jour.

)• Avant cette importante publication , l'académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg avait eu en vue M. DuBois pour lui décerner un fauteuil dans son sein ; mais sa patrie nous l'envia. Il fut nommé professeur d'archéologie à l'académie de Neuchàtel, place qu'il occupa jusqu'en iShS , et dont il se montra digne , soit en publiant divers Mémoires sur l'histoire de la Suisse , soit surtout en préparant 70 planches et un texte explicatif pour un ouvrage sur les antiquités de Neuchâtel. II s'occupait activement de ce travail lorsqu'il fut surpris par les bouleversements politiques des années 1847 et 1848. Réformé brusquement avec tous ses collègues^ il rentra dans la vie privée dont il goûtait vivement les douceurs.

» Malheureusement aux agitations morales de son existence se joignirent les ressentiments d'une fièvre intermittente, dont il avait été atteint dans la Transcaucasie et dont il ne put être soulagé par des remèdes héroïques qui portèrent à son robuste tempérament une grave atteinte. M. DuBois était marié depuis peu d'années. Outre une modeste fortune , il a laissé à sa femme et à sa jeune fille le souvenir d'un noble cœur et d'un esprit distingué, la réputation d'un savant honorable et sincèrement estimé de tous ceux qui l'ont connu. »

Sonroet. Frédéric DuBois de Montperreux , esquisse biographique ^ pubUée dans la Revue Suisse par M. GauUieur, juillet et août <853.— Leben des Herm F. DuBois von Montperreux; Pfeujahrsblatt çon Zurich 1852, in-4**, portrait. — Noiice sur M. DuBois de Montperreux , au commen cernent du volume des Antiquités de Neuchâtel , 4852, in-4«. — Bibliothèque universelle de GenhCf janvier, a%Til, mai 4843. -^ Journal de Saint- Pétersbourg, i' juin 4850. — Discours du recteur de VÀcadémie de Neuchâtel à la réception de M, DuBois , en qualité de professeur d'archéologie, — Messager boiteux de Neuchâtel, 4854, etc. etc.

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