‹ Biographie neuchâteloiseChapitre 65 sur 117 · FABRI · texte numérisé non relu

FABRI

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nay, à la sollicitation duquel Fabri était allé à Thonon, était un des champions de la nouvelle doctrine et appuyait Fabri de toute la puissance que pouvait lui donner son nom , sa fortune et ses dignités. En 4S46, la Classe de Neuchàtel le réclama avec instance: deux députés de Berne allèrent supplier LL. EE. de Berne de Taccorder à l'église de Neuchàtel. Farel fit aussi des démarches dans ce but. Fabri revint donc dans notre pays & la fin de cette année et fut nommé pasteur à Neuchàtel. En 4548, il fut envoyé en négociatioD à Berne par la Compagnie des pasteurs. Une lettre qu'il écrivit de Berne, le 18 août, à Farel, sur le succès de son voyage, montre que cette négociation concernait l'hôpital , le consistoire et l'école, et qu'il avait obtenu une réponse favorable. En 1560 , Jaqueline de Rohan, protestante très-zélée, entreprit de convertir le Landeron. Accompagnée du gouverneur et de beaucoup d'officiers, elle y conduisit un jour son fils Léonor d'Orléans , prince de Neuchàtel , et entra dans la chapelle avec l'intention d'y faire prêcher la parole de Dieu par Christophe Fabri. Aussitôt une foule de bourgeois accourut en armes , et le jeune prince se retira en protestant qu'il ferait punir leur attentat. Mais Soleure et les cantons catholiques prirent fait et cause pour les bourgeois du Landeron et cette querelle ne fut terminée que par l'entremise de Berne, qui conseilla la prudence aux deux partis. On voit par des mémoires écrits de la main de Fabri, que des députés de Gap en Dauphiné vinrent à Neuchàtel, en 1562, pour demander Farel à la ville de Neuchàtel, mais seulement pour un temps. Il leur fut accordé. Fabri fut aussi appelé à Vienne en Dauphiné ; il s'y rendit avec toute sa famille , dans le dessein d'y finir ses jours. Lorsque Jacques de Nemours s'approcha de cette ville, il essaya de s'enfuir et se cacha dans le château de Pipet, où il fut fait prisonnier et tomba entre les mains des soldats qui le dépouillèrent. Après avoir été détenu trois mois en prison, il fut délivré par l'entremise du comte de Montceval, du sieur de Mandelot et par de Braille, chirurgien du duc de Nemours. Après celle délivrance, il fut donné pour ministre à l'église de Lyon, où nous le trouvons en 1564, collègue de Viret, de Jacques Langlois, ancien pasteur de Lausanne , de David Chaillet de Neuchàtel , de Jacques Dieu et de Jacques Aubert. Fabri resta dans cette ville jusqu'à la mort de Farel , à qui il succéda dans l'église de Neuchàtel, et où il

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mourut en 1S88. Fabri, quoique moins célèbre que Farel, contri* bua peut-être autant que ce dernier à l'établissement de la réformation dans notre pays et dans la Suisse française, et à la mort de Farel Téglise de Neuchâtel trouva en lui un chef qui succéda dignement au grand réformateur.

Quelques années plus tard , en 4S80, Téglise de Mens avait pour ministre un nommé Fabri , qui révéla à Lesdiguières une conspiration des Désunis contre sa vie. Peut-être était-il un des enfants de Libertet. La postérité de Christophe Fabri s'est perpétuée dans notre pays, où elle a fourni plusieurs ministres et plusieurs magistrats.

Le dernier pasteur de ce nom est mort en 48&&. Pendant un quart de siècle il desservit la paroisse de la Sagne, où il était révéré et chéri de ses paroissiens. M. Fabri n'est guère connu que dans les paroisses où il a exercé son ministère, et cela par l'effet même de sa modestie et de son goût pour la retraite. Il avait des connaissances approfondies en mathématiques. Sans le secours d'aucune leçon , il avait poussé très-loin cette étude , et avait découvert des méthodes de calcul qui le conduisaient aux résultats par des chemins fort abrégés. Par lui-même encore , il était parvenu à une connaissance assez approfondie de la musique qui, avec la haute et belle littérature, faisait ses plus chers délassements. Doué d'une imagination vive et d'une sensibilité profonde, il était charmé, ravi de tout ce qui est beau, et le cherchait à sa vraie source, dans le christianisme. Sa paroisse lui donna une preuve de son estime et de son attachement en le nommant député au Corps législatif.

Souroei. Haag, La France protestante , t. VII, p. 87. — Mss. de Genève, n« 147. — Registres de la Compagnie des pasteurs de Genève, reg. B. — Annales historiques de Jonas Boyve, années 4532, 4538, 4536, 4542, 4546, 4548, 4562, 4563, 1565. — VEglise et la Ré formation , par A-C-E. de Perrot, t. II, p. 239 et 240. — Vuillemin, Le Chroniqueur, journal de l'ffelvétie romande, Lausanne 4835—4836, in-folio. — Le livre des cures des églises de Neuchâtel et Falangin, — Vie de Farel, mss. à la bibliothèque de Neuchâtel. — Recueil de Choupard jAr la Réformation. — Chambrier, Hist, de Pfeuchâtel, etc.

FALLET.

David Fallet de Dombresson , surnommé le Kleinjogg Neuchdtelois, est très-connu dans les cantons de la Suisse pour ses travaux

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sur l'agriculture , pendant que la plupart de ses compatriotes n'ont jamais entendu prononcer son nom. Cet habile agronome est morti la fin Au siècle dernier, après avoir rendu à la paroisse qu'il habitait les plus grands services. C'est lui qui , dans notre pays, commença le premier à faire usage de la marne pour fertiliser les terres et augmenter la production des herbes artificielles , en particulier de l'esparcette. Doué de génie et rempli de l'ambition de se faire un sort meilleur, il osa secouer le joug des préjugés et de l'inertie , qui affaiblissait ses concitoyens ; il comprit , d'après les sages réflexions d'un père raisonnable qui le guidait et Téclairait, que les terres étaient trop fatiguées, qu'il n'y avait nul rapport entre ce qu'on leur donnait et ce qu'on en exigeait , qu'il faUait donc chercher les moyens de leur donner plus de repos et d'augmenter le fourrage, pour avoir une masse d'engrais capable de faire produire plus à une moindre quantité de terrains en champs, ce qui était une économie de peines et de dépenses. Cette première réflexion générale, faite et démontrée à ses yeux par son observation particulière, il s'informe, il consulte, il étudie. Un agronome du Vignoble, nommé Yéluzat, qui avait amélioré sensiblement les terres de Saint-Biaise , lui indique la marne comme ce qui pouvait le mieux répondre à ses vues. Déjà depuis quelques années, vers 4760, Fallet en avait fait quelques faibles essais. Possesseur d'une marnière dans une métairie que son père avait auprès du Bugnenet, il l'employa avec succès; mais incertain s'il en serait de même à Dombresson, où il n'en avait point encore fait l'épreuve.

Encouragé par Yéluzat de Saint-Biaise, il se décide enfin ; mais encore retenu par la crainte des moqueries s'il ne réussissait point, ce n'est que dans les ténèbres qu'il amène deux charriots de cette marne, éloignée de deux lieues du village. Il la répand en secret sur des terrains de diverses natures, et attend en silence, mais non sans une vive inquiétude, l'effet de cet essai. L'herbe s'épaissit, se renforce sur celte terre ; et les informations que Fallet avait eu Toccasion de prendre dans la Haute- Alsace, achevant de l'éclairer, il se décide et achète de tous côtés des terrains qui doivent bientôt prendre de la valeur dans ses mains.

Cependant une réflexion de calcul l'arrête ; il supputa le prix auquel lui reviendrait cette espèce de bonification à la distance à

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monstratives et remportèrent enfin sur les objections faibles et ridicules que Ton essaya d'avancer contre lui. Si Dombresson possède aujourd'hui des terres, soit en vergers, soit en champs d'une excellente qualité et d'un bon produit, c'est à David Fallet qu'il en est redevable. Il fut un homme marquant par sa capacité et son désir de faire faire des progrès à l'agriculture , en améliorant tout ce qu'il voyait autour de lui : il aimait à faire des essais et des expériences. Il est bon qu'il y ait de ces hommes-là dans tous les états et surtout parmi les agriculteurs, plus portés à la routine que les autres classes de la société. Nous voudrions que David Fallet revécut dans la personne de quelqu'un des habitants de son villagCi auquel nous remettrions la question de la marne , qui n'est plus en faveur au Val-de-Ruz. Peut-être s'en était-on exagéré les avantages , ou les eut-elle perdus dans les terres où l'on en a fait an usage excessif; ou bien s'est-on abusivement dispensé de mettre de l'engrais sur les terres où l'on avait employé la marne , comme si elle était un engrais , bien qu'elle ne soit qu'un stimulant. Il nous semble qu'un agriculteur expérimenté, qui ferait un travail sur les lieux-mémes où David Fallet a fait un si excellent usage de la marne, pourrait être utile à d'autres agriculteurs.

Souroei. Description de la mairie de Falangin, par Samuel de Chambrier, 1794 , p. 66-72. — Dictionnaire géographique et itatistique de ia Stiiite. Lausanne I86i , nouvelle édiUon , art. Dombreuon, — Messager boiteux de Neuchâtel pour 186i.

Il est peu d'hommes dont la destinée ait été plus extraordinaire que celle du Réformateur qui va nous occuper. Parti du Dauphioé, fervent catholique romain , il arrive dans notre pays prêchant la doctrine de Luther ! Par sa puissante parole il convertit nos ancêtres à la foi protestante et, lui étranger, accomplit chez nous une révolution qui changea complètement nos institutions religieuses et civiles , dont les effets se perpétuèrent de siècle en siècle et se perpétueront jusqu'à la fin des temps.

Guillaume Farel naquit en 1 489 , au hameau des Farelles près de Gap en Dauphiné. Sa famille était noble et riche; une de ses

branches collatérales existe encore au lieu de sa naissance. Il se fit remarquer dès sa jeunesse par son goût prononcé pour l'étude des langues et des sciences. Après avoir étudié quelques années en Dauphiné , il se rendit à l'université de Paris , où il trouva Lefèvre d'Elaples, qui était alors très-attaché à Téglise romaine, et Gérard Rnffi , docteur distingué , qui , après avoir embrassé la réforme, lui devint infidèle.

Sa connaissance des langues anciennes et de la philosophie, procurèrent de bonne heure à Farel une chaire de professeur au collège du cardinal Le Moine. Tout.dévoué alors & Féglise de Rome« il témoignait un profond éloignement pour ceux qui tentaient de réformer cette église , dont les erreurs avaient nourri son enfance. Cependant les leçons de Lefèvre , la lecture de la Bible et surtout l'étude des épUres de St-Paul donnèrent & ses sentiments un cours opposé. Les écailles tombèrent de ses yeux et la vérité lui apparut. « Alors , dit-il , la papauté fut entièrement renversée ; je commençais à la détester comme diabolique, et la Parole eut le premier lieu en mon cœur, y»

Dès que l'œuvre des réformateurs allemands et suisses lui fut connue, il l'approuva et voulut y prendre part. Ayant été dénoncé au Parlement de Paris, en 4521 , il fut obligé de s'enfuir avec Lefèvre et quelques autres partisans des nouvelles doctrines.

Ils se réfugièrent chez l'évéque de Meaux , Briçonnet , personnage de grand talent, penchant pour la réforme , mais qui ne voulait pas rompre avec la papauté. Au bout de deux ans Farel dut quitter cet asile, car Briçonnet, par crainte des persécutions, s'était fait lui-même persécuteur des protestants. Il retourna & Paris; mais poursuivi de nouveau il rentra en Dauphiné, où il eut le bonheur de faire adopter ses doctrines à ses trois frères. Traqué dans son pays natal encore plus vigoureusement qu'à Paris, Farel dut quitter la France et ne put se dévouer dans sa patrie , à la vocation qu'il avait reçue d'en haut.

Il arriva en Suisse en 1524 et se rendit à Bàle auprès d'OEcolampade. Protégés par les magistrats et malgré l'opposition des théolugiens , ils soutinrent publiquement des thèses rédigées par Farel; mais l'hostilité de l'université et de Tévôque contraignit encore Farel à se retirer. II s'en alla à Zurich , puis à Berne , où

Zwingli et Bertbold Haller TaffermireDl dans sa résolution de codsacrer sa vie à prêcher l'Evangile. De Berne il partit pour Strasbourg, où deux illustres réformateurs, Bucer et Capiton, prêchaient la vraie foi.

Ayant appris que plusieurs habitants de Montbéliard désiraient le posséder au milieu d'eux, Farel y arriva en juin 1524. Il y fut protégé par le duc Ulric, qui aimait les nouvelles doctrines et ne craignait pas les Réformateurs. Plus tard , en août 1525 , les cantons suisses qui étaient les plus opposés à toute réforme religieuse, contraignirent Ulric à congédier Farel, « attendu qu'il était à craindre que les paysans , surtout de la Thurgovie , ne fussent poussés à la révolte par les prédicants. »

En quittant Montbéliard, Farel retourna à Strasbourg, où étant devenu prédicateur des réfugiés français , il les réunit en une petite église qui a subsisté jusqu'à nos jours. De 1526 à 1529 , il prêcha dans différentes parties de la Suisse française. S'étant présenté & Aigle , sous le nom de Guillaume Ursinus , maître d'école, il instruisit les enfants sans recevoir aucune rétribution ; mais ses principes religieux et sa manière d'enseigner lui suscitèrent aussitôt des obstacles , suivis de si mauvais traitements , qu'il fut forcé de se retirer.

Après une première apparition à Neuchàtel, en 1526, qui n'eut pas de suite, Farel ayant été expulsé de la ville, débarqua à Serrières le 1& décembre 1529, venant de Morat. Il avait appris que le curé de Serrières, Emer Beynon, était un partisan secret de la réforme. Beynon reçut bien Farel , mais ne put l'autoriser à prêcher dans son église ; alors le Réformateur monta sur une pierre placée près du temple et prêcha au peuple qui était rassemblé en foule. Cette pierre qui lui servit de chaire, existe encore : elle a été introduite, en 1829^ dans la muraille du temple avec l'inscription suivante:

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