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L'AN 1580, LE S3 D'OGTOBRB
FUT OSTÉB BT ABOLIE L'iDOLATRIB DB dÉANS PA& LES BOU&GBOIS. '
Après avoir réformé la ville de Neucbàtel , Farel s'adressa au reste du pays et au comté de Yalangin. Etant allé prêcher à Boudevilliers avec son jeune ami, Antoine Boyve, leurs discours amenèrent un tel tumulte qu'ils durent s'enfuir. Arrivés près de Yalangin ils furent assaillis d'une grêle de pierres et allaient être précipités dans le Seyon, lorsqu'à l'intervention de quelques personnes on consentit à les enfermer. Les prêtres qui les conduisaient au château , voulurent les faire agenouiller devant une statue de la vierge ; mais ils ne faillirent pas et Farel leur dit : « Adorez uo seul Dieu en esprit et en vérité et non des images muettes » sans Ame ni pouvoir. » Les prêtres l'accablèrent de tant de coups que son sang jaillit sur les murailles.
Les bourgeois de Neucbàtel ayant appris leur mésaventure, arrivèrent en force, et la comtesse de Yalangin fut obligée de les mettre en liberté.
Au mois de mai IS34 , Farel courut aussi un grave danger. Après une course d'évangélisation à Avencbes et à Orbe , il était revenu à Neucbàtel et avait visité St-Blaise pour la première fois. Mais le lieutenant et le curé , l'appelant bérétique et criant qu'il fallait le pendre , avaient ameuté le peuple contre lui. Farel avait presque été massacré ; il était revenu à Neucbàtel défait, crachant le sang, méconnaissable. Enfin grâce à l'énergie de Farel et de ses compagnons, en 1536, la réformation fut établie dans tout le pays, sauf dans les paroisses de Gressier et Landeron qui restèrent catholiques et le sont encore.
La paroisse de Lignières était aussi restée attachée à la foi catbolique; mais en 4553 la peste ravagea ce village; le curé frappé de terreur s'enfuit, et les habitants s'adressèrent à la Compagnie des pasteurs afin d'obtenir un guide spirituel, ce qui leur fut accordé et dès lors la réforme fut établie dans cet endroit.
Farel fut invité à assister à un synode des églises vaudoises du Piémont, qui devait avoir lieu le 42 septembre 1532. Il s'y rendit avec son a^llègue Saunier. Plusieurs décisions importantes y furent prises, entre autres de faire une nouvelle traduction de la Bible.
Ce fut à son retour qu'il tenta à Genève les premiers essais de rérormation. Gilé devant le Conseil épiscopal à roccasion de ses prédications, il y fut fort maltraité, tant en paroles qu'en actions, et reçut ordre de quitter la ville dans Xtois heures de temps , sous peine de mort. Les années suivantes il y fut mieux reçu , et , aidé de Froment et de Viret, il parvint à faire triompher la réforme dans cette ville, qui devait être la Rome du protestantisme.
Calvin, revenant dltalie en ISS^S^, entra à Genève dans l'intention de s'y reposer quelques jours seulement. Farel désira se l'adjoindre , mais Calvin était sourd à ses sollicitations; Farel dut lui signifier que c'était un ordre de Dieu. L'austérité des principes des réformateurs souleva contre eux une partie de la population et provoqua par deux fois leur bannissement. Cependant ils y revinrent tous deux et l'on sait ce que devint Genève sous la direction de Calvin.
La ville de Lausanne et la plus grande partie du canton de Vaud doivent la réforme à Farel; ce fut lui qui établit Yiret pasteur à Lausanne.
Après son exil de Genève, Farel se rendit successivement à Berne, Zurich et Morat, d*où il faisait de fréquentes visites à Neuchàtel. Dès 4532, il établit des assemblées régulières de pasteurs, qui se tenaient tous les jeudis en divers lieux. C'est de ces réunions que se forma la Compagnie des pasteurs neuchàtelois , institution qui exista jusqu'en 4849.
En4S43, Farel étant allé en Lorraine pour visiter les réformés de ce pays, faillit y perdre la vie. Le duc de Guise, marchant contre Metz, le 2S mars^ surprit les protestants à Gorze; ses troupes en massacrèrent beaucoup, plusieurs périrent dans la Moselle, et Farel reçut une grave blessure: il partit pour Strasbourg où il arriva épuisé de fatigue.
Ce fut en cette même année 4543 , qu'il accepta comme poste fixe le pastoral à Neuchàtcl. Sa vie n'en fut pas moins active et ses voyages ne cessèrent pas: il s'en va de Neuchàtel à Genève, de Genève en Allemagne, de là en Dauphiné> etc. En 4S53, il fut atteint d'une maladie si grave que ses amis ne pensaient plus le conserver longtemps et que lui-même croyait sa carrière terminée ; mais il se rétablit à la grande joie de son église.
Quelques années après, en 1888, il se décida à épouser une personne avancée en Age , Marie , fille d'Alexandre Torel , de Rouen, qui s'était retirée à Neucbàtel pour cause de religion. Ses amis, et surtout Calvin, trouvèrent cette union fort étrange et hors de saison ; car , disaient^Is , se marier à 69 ans c'est se marier au bord de la tombe. Farel leur fit comprendre que pour lui c'était une affaire de principe ; il s'agissait de prouver que le célibat n'a rien de méritoire; qu'il est contraire à l'Ecriture-sainte, et qu'ainsi l'église romaine enseigne une fausse doctrine, qui a amené une grande dépravation dans les mœurs. De ce mariage naquit, en 1864, on fils baptisé sous le nom de Jean , et qui survécut à son père à peu près trois ans.
Après une courte maladie, Farel mourut à Neucbàtel le 13 sq>tembre 1865. Il était âgé de 76 ans. Ainsi finit cet homme énergique, qui avait passé sa vie sur les grands cbemins et lutté contre d'immenses obstacles afin d'amener une partie de ses semblables i la connaissance de la vérité.
<c Sa parole était un tonnerre ; petit, de pauvre apparence, la figure commune, le front étroit, le teint pâle et brûlé du soleil, Fœil de feu, la bouche parlante, tel se présentait le Réformateur. Il se distinguait par un zèle toujours fervent, par une éloquence màket entraînante; c'est du cœur qu'il parlait, ne se donnant d'autre titre que celui de prêcheur de l'Evangile. Ce ne sont pas les biens , kt honneurs , les plaisirs de ce monde que nous cherchons , écrit-il à Calvin, c'est uniquement de servir le Seigneur^ car ce Seigneur prépare à ceux qui lui sont fidèles et qui souffrent pour lui , une rie el iffif paix éternelles. Sa persévérance ^ale son enthousiasme, sa vdi lutte avec les clameurs et domine le bruit de l'airain, ses discours, disent les chroniques , roulaient plus véhéments que les torrents. Sa prédication ressemblait plutôt à l'éclat d'un orage qu'à des paroles prononcées par un homme. Les persécutions, les mauvais traitements qu'il endure , les dangers les plus grands ne servent qu*à eialter son courage ; il sait tout supporter pour le règne de Dieu , et déclare , en maintes circonstances , qu'il laisserait sa vie pour prouver la vérité de ses discours. U unit une franchise énergique à une grande modestie, et ne craint point de censurer les tièdes « les indifférents , les pasteurs qui négligent leurs devoirs « les
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hommes sans convictions religieuses. Il aime surtout sa patrie, saisit toute occasion pour y prêcher la réforme. En 1561, il parcourt la Suisse avec des députés des malheureux vaudois, implorant des aumônes , et dans le même but , pour la même cause , il écrit en France et en Allemagne. Il a d'abondantes larmes pour les infortunés huguenots, et fait les vœux les plus ardents pour qu'ils soient délivrés des maux de la persécution. Sa confiance dans la sainteté de la cause qu'il défend, demeure inébranlable, et la conviction que son œuvre ne sera pas vaine auprès du Seigneur , double ses forces pendant tout le cours de son ministère. La sévérité de ses principes rend ses mœurs irréprochables et lui inspire une grandeur d'âme vraiment extraordinaire. Il éclairait les lieux qu'il abordait, il rendait meilleurs les hommes qu'il instruisait , il dissipait les erreurs qui désolaient le genre humain , il triomphait même des passions les plus furibondes, par la pureté de la doctrine qu'il prêchait. S'il venait à rencontrer un paysan à la charrue , il lui expliquait la parabole du Semeur; étaient-ce des vignerons, il les entretenait de la vigne et des ouvriers. »
(Ancillon, Vie de Farel.)
« Il était, dit un illustre historien, éminemment propre, par ses défauts comme par ses qualités, à la tâche qui lui fut assignée dans le grand travail de la réforme. Il était infatigable de corps , ardent d'esprit, intrépide de cœur et doué d'une volonté indomptable. Sa conviction et sa passion lui donnaient un singulier ascendant. Il fut le plus entraînant des réformés français. 11 avait de cette éloquence populaire avec laquelle Luther avait subjugué les masses, et de cette intrépidité héroïque qui fait sortir des grands périls en les bravant; mais il était dépourvu de la prudence politique qui avait concilié â Luther la faveur des princes d'Allemagne , et â Zwingli l'assistance des magistrats de la Suisse. Son courage était plus celui d'un soldat que d'un chef , et sa prédication annonçait plus un fougueux apôtre qu'un habile novateur. »
Farel n'était pas écrivain , la prédication improvisée convenait mieux â l'ardeur de son esprit ; aussi quoique nombreux, ses écrits ne sont pas volumineux. Son style n'a rien de remarquable , sa phrase est d'ordinaire d'un tissu embrouillé , diffuse quelquefois jusqu'à en perdre toute forme. Il répond à Calvin qui lui recom-
mandait un style facile et attirant : a Je ne puis venir à bout de classer mes figures , mon style aura barbarisme et sollécisme, et nulle clarté. »
Malgré cette inhabilité grammaticale, Farel atteint à la grandeur et à la force. Ses expressions sont énergiques et parfois colorées, la clarté de sa pensée et la vigueur de ses convictions percent à travers tous les obstacles de style ; enfin , on entrevoit encore , dans ces pages encombrées , le plus grand missionnaire de la réformation française.
Pendant son premier séjour à Bàle il publia diverses brochures, mais l'existence de ces pièces, toutes anonymes, nous serait inconnue sans quelques passages de ses lettres et sans les plaintes d'Erasme qui y était vivement attaqué.
Voici la liste des écrits de Farel qui sont parvenus jusqu'à noas:
I. Themala quœdam latine et germanicè propoêila. BoiUeœ et Bema^ iSSS.
— Les tlièses soutenues à Bâie par Farel ont été publiées en latin par Gerdesius et M. Adam ; en français par Ruchat; en allemand par Kirchhofer.
II. Sommaire: c'est une briève déclaration d'aulcuns lieux fort nécesioiret à un ckacun chresiien pour mettre sa confiance en Dieu etàayder son prochain,
— La date de la V édition de cet ouvrage est Inconnue; Il a été réimprimé en 1537, 1542 et 1582.
lU. De oratione dominica, 1524.
\\, A tous seigneurs et peuples et pasteurs à qui le Seigneur tit^a donné aeeezt qui m*ont aidé et assisté en l*œuvre de N, S. Jésus , et envers lesquels Dieu i'ett servy de moy en la prédication de son saint Evangile, grâce, paix, salut et ni vous soit donné. Morat, 4830. — Imprimé dans Tappendice du t. U de Ruchat, nouv. édit.
V. A tous mes très-chers frères en nostre Seigneur, tous les amaleurt de la saincte Parole, Morat 4532. « Imprimé dans Ruchat, t. III.
VI. La manière et fasson qu*on tient en baillant le sainet baptesme en ht saincte congrégation de Dieu, et en espouzant ceulx qui viennent au sainet fMriaige et à la saincte Cène de nostre Seigneur es lieulx, lesquelz Dieu de sa gréa a visitez faisant que selon sa saincte Parole ce qu'il a de/fendu en son égliss uni rejetiez, et ce quHl a commandez soit teneu. Aussi comment la prédication commence, moyenne et flnist, avec les pryeres et exhortations qu'ion faict à tous et pour tous, et de la mitaiion des malades. Imprimé par Pierre de Vingle à IVenf' chastel, le 29* jour d'aoùst Pan 4 533.
VII. Lettres certaines d'aulcuns grands troubles et tumultes advenus à Ce' nève, avec la disputation faicte Van 4534. Genève 4534, in-8*.— Cet ouvrai > été traduit en latin par F. Manget. Genève 1644. Il a aussi été réiraprimé mqs
ce titre: DUpute tenue à Genèçe Van 1534 , le» entre-parleurs citant le moine dominicain Guy Turbiti et un prescheur du Sainct Evangile. Genève 4634 , in-8».
YIII. Confession de la foi, laquelle tous tHmrgeois et habitants de Genève et subjetz du pays doibvent jurer de garder et tenir. Genève 4537, in-24«.
IX. Epistre envoyée au due de Lorraine, Genève, 4543 et 4545.
X. Bpistre de maistre Pierre Caroly, docteur de la Sorbonne de Paris, faiete en forme de def fiance et envoiée à maistre G. Farel, serviteur de J. Ch. et de son église, avec la response. Genève 1543, in-8*.
XI. La seconde épistre envoyée au docteur P. Caroly par G. Farel, prescheur de l'Evangile. Genève 4543, in-8*.