‹ Biographie neuchâteloiseChapitre 72 sur 117 · FAVRE-BULLE · texte numérisé non relu

FAVRE-BULLE

lui servit de guide et qu'une dure épreuve condamnait à la retraite; mais ce n'était pas à de telles fonctions qu'il était destiné; il se hâte de les abandonner et ne s'occupe plus que de cette haute horlogerie à laquelle il consacra le reste de sa vie .

On peut définir F.-L. Favre-Bulle en trois mots: Foi — Loyauté — Génie. La piété de cet homme de bien était simple et vraie comme son caractère. C'était à Dieu qu'il faisait hommage des beaux talents que l'on admirait en lui ; et jamais on ne l'entendit répondre autrement que par ce passage de l'apôtre St-Paul à des éloges bien mérités: qu'as-tu que tu ne V aies reçu? C'est ainsi que se formaient les anciens artistes neuchàtelois : ils vivaient dans la retraite de la famille et dans l'accomplissement de leurs devoirs ; là naissaient dans leur cœur les grandes pensées et l'énergie nécessaire pour les réaliser. La crainte de Dieu et l'ardeur de leur foi intime nourrissaient l'élan de leur génie et les préservaient du contact de ces petits intérêts et de ces petites passions qui l'eussent altéré; le sentiment du devoir leur inspirait la conscience dans le travail , qui les amenait à cette persévérance inébranlable sans laquelle il est impossible à l'homme de rien faire sur cette terre. Ils cherchaient à être fidèles en toutes choses , à leur Dieu , à leur famille, à leur patrie. C'est par là qu'ils se faisaient des &mes fortes et énergiques, et à leur tour la vigueur, l'énergie et la pureté de leurs âmes animaient les facultés qu'ils avaient reçues du Créateur et les dirigeaient dans le soin qu'ils prenaient de la culture de leurs talents.

M. Favre-BuUe était un de ces vieux Neuch&telois qui ne connaissent qu'un chemin , celui de l'honneur. Il chérissait sa pairie et assistait à toutes les assemblées générales de la bourgeoisie de Yalangin, qui étaient ses fêtes préférées. S'il attachait un haut prix aux marques de distinction dont l'avait honoré son souverain, c'était plus encore comme citoyen que comme artiste ; et serait-ce trop dire que d'affirmer qu'un pays serait toujours calme , prospère et heureux , alors que tous ses habitants professeraient hautement avec le neuchàtelois dont nous parlons , que la justice seule élève

les nations?

M. Favre-Bulle avait toute la spontanéité du génie. Dans ks commencements de sa carrière, un marchand horloger pour lequel

Page 1