AVERTISSEMENT. XV
Dans notre troisième année, nous comptons déjà les études remarquables consacrées, clans ces derniers mois, par M. P. Forest, à S. M. la reine Marie-Christine; par M. Eugène de Monglave, à M. le comte de Toreno; ainsi que les articles Larochefoucauld, par M. Cassou ; Lariboisière, par M. Duverger ; Tupinier, par M. H. Dunoyer, etc.
Bans le présent numéro , nos lecteurs liront avec plaisir une profonde et remarquable étude sur la carrière politique de M. A. de Lamartine, une intéressante notice sur Franz Liszt, le célèbre pianiste, et un article court , mais plein de faits, sur l'un de nos premiers financiers, M. le comte Roy, pair de France.
En outre, nous pouvons annoncer, dès à présent, que la Revue publiera incessamment d'autres études aussi importantes. Ainsi, notre premier numéro comprendra une notice étendue sur l'orateur légitimiste de la Chambre des pairs, M. le marquis de Dreux-Brezé. Enfin, nous publierons successivement la vie de M. le maréchal Soult, par M. de Cesena, celle encore plus remarquablement remplie de S. M. Louis-Philippe, par M. E. Pascallet, ainsi que des notices habilement tracées sur MM. Thiers, H. Passy, Teste, Voyerd'Argenson, Saint-Cricq, de Castellane, le roi de Bavière, Duprez, Berlioz, Steuben, général Thiars , Victor Hugo, maréchal duc de Pieggio , maréchal Sébastiani. Delessert, comte de Ram-
buleau, le roi Léopold, Isturitz, Madame la duchesse de Berri, le prince de Ligne , l'empereur Nicolas, le comte d'Appony, Mignet, de Brigode, Michelet, Duperré, Mackau, Roussin , Sauzet, Berryer, Metternich, Mauguin, maréchal Valée, Mérode, Nothornb, Wellington, lord Brougham, J. O'Connell , Mademoiselle Mars , Madame Récaniier, Mademoiselle Rachel, Chateaubriand, Pastoret , Decazes, Pasquier, Ingres, Horace Vernet, Delaroche, Villemain, maréchal Drouetd'Erlon, le général Bugeaud, Duchàtel, de Gasparin, d'Ambray, général Despans de Cubières, duc de Padoue, la reine Marie-Amélie, Monseigneur le duc de Nemours, Madame la princesse Adélaïde, Espartero, comte Zéa Bermudez, Martinez de la Rosa, Mirailores, la reine Victoria, le roi de Suède, Lopez, monseigneur Gousset, monseigneur le cardinal de Latour-d'Auvergne , de Genoude , Lamennais , Cormenin , de Schonen, A. de Vigny, Soumet, Blanqui, etc., etc., etc.
A.» DE X.ASSASI?XSI3 (<)■
« Il y a une ambition plus hante que celle des personnes, » c'est celle des idées.»
«La même morale, la même justice, la même élévation » de cœur qui doit présider aux relations entre les individus, » et qui est plus habile que l'habileté même, doit présider » aux relations de peuple à peuple. Il faut dire aux peuples, » non pas : vous prospérerez si vous êtes habiles, mais si » vous êtes justes. »
A. DE LAMARTINE (Discurns.)
« La révolution do juillet qui m'a profonde- » ment affligé parce que j'aimais de race la
(1) Nous ne donnons ici que la biographie politique de M. de Lamartine. Sa vie littéraire est trop universellement connue pour qu'il soit utile de la raconter encore. Des critiques si éminens se sont occupés d ailleurs de ses œuvres poétiques, qu'il y aurait présomption de notre part à vouloir hasarder nos appréciations après les leurs.
Nous avons négligé de même la partie purement biographique, nous nous bornerons à la résumer dans cette note.
M. Alphonse de Pr\t de Lamartine est né à Mâcon, le
» vieille et vénérable famille des Bourbons, » parce qu'ils avaient eu l'amour et le sang de » mon père, de mon grand-père, de tous mes » parens; parce qu'ils auraient eu le mien s'ils
21 octobre 1791. Sa famille est originaire de Cluny et remonte au XIVe siècle. Son père avait le grade de capitaine dans un régiment de cavalerie sous Louis XVI; sa mère, Mlle Alix des Roy s, était fille de madame des Roys, sousgouvernante des princes de la maison d'Orléans.
M. de Lamartine fut élevé à la campagne par son père et par sa mère pendant les troubles de la révolution. En 1801, il entra au collège des Pères de la Foi, à Belley. Ses études furent sérieuses et complètes, il remportait tous les prix. Au sortir du collège, il voyagea et séjourna longtemps en Italie, en Suisse et en Allemagne.
En 181V, M. de Lamartine entra dans la maison militaire du roi Louis XVIII. Trois ans plus tard il donna sa démission et se remit à voyager. Les premières méditations parurent en 1820. Quelque temps après, If. de Lamartine épousait, à Genève, une jeune Anglaise, Mlle Elisa-Marianne Birch, âme intelligente et bonne, digne compagne d'un homme de génie. — Il entra alors dans la diplomatie, comme secrétaire d'ambassade, scus M. de Narbonne, à Naples, et fut employé successivement à Londres, à Turin et à Rome. Nommé enfin chargé d'affaires à Florence, il séjourna cinq ans dans celte ville, et y gagna l'amitié du grand-duc de Toscane, neveu de l'empereur d'Autriche.
Lorsque le ministère Polignac se forma, le jeune diplomate fut appelé à Paris ; on lui offrit le poste de secrétairegénéral du ministère des affaires étrangères. Il refusa à M. de Polignac et prédit la révolution de juillet.
M, de Lamartine fut alors nommé ministre plénipoten-
» avaient voulu, cette révolution ne m'a cepen- » dant pas aigri parce qu'elle ne m'a pas étonné. » Je l'ai vue venir de loin ; neuf mois avant le » jour fatal, la chute de la monarchie nouvelle » a été écrite pour moi dans les noms des hom- » mes qu'elle chargeait de la conduire.... J'ai » pleuré cette famille qui semblait condamnée à » la destinée et à la cécité d'Œdipe ! J'ai déploré » surtout ce divorce sans nécessité entre le passé » et l'avenir! L'un pouvait être si utile à l'autre! » La liberté, le progrès social auraient emprunté » tant de force de cette adoption que les ancien-
tîaire en Grèce, auprès du prince Léopold de Saxe-Cobourg qui venait d'être élu roi des Grecs. Le prince n'ayant pas accepté la couronne qui lui était offerte, le nouveau ministre ne se rendit point à son poste et alla voyager en Suisse. Sur ces entrefaites, la révolution de juillet éclata, M. de Lamartine revint a Paris et se retira de la diplomatie.
M. de Lamartine a publié:
Méditations poétique* 1820.
Secondes Méditation* 1823.
La Mort de Sacrale 1823.
Le dernier Chant du Pèlerinage d'Herald . . . f£fêR».
Harmonies poétiques et religieuses. 1S30.
De la Politique rationnelle 1851.
Souvenirs, Impressions, Pensées et Paysages pendant
un voyage en Orient, ou Notes d'un Voyageur . 1335.
Jocelyn 1836.
La Chute d'un Ange 1838.
Les Recueille mens poétiques • 1839.
Et un grand nombre de morceaux détachés.
4 REVUE GÉNÉRALE RIOGRAPHIQUE.
» nés maisons royales, les vieilles familles, les » vieilles vertus auraient faites d'eux! Il eût été » si politique et si doux de ne pas séparer la » France en deux camps, en deux affections, de » marcher ensemble, les uns pressant le pas, les » autres le ralentissant, pour ne pas se désunir » en route! Tout cela n'est plus qu'un rêve! Il » faut le regretter, mais il ne faut pas perdre le » jour à le repasser inutilement ! Il faut agir et » marcher; c'est la loi des choses ; c'est la loi de » Dieu! (1) »
Telle fut la pensée de M. de Lamartine sur l'événement de juillet. Il regrettait sincèrement le gouvernement de la restauration, il déplorait le suicide des ordonnances, mais il comprenait aussi que, puisque la dynastie avait manqué à ses engagemens envers la nation, la nation avait le droit de rompre ceux qui l'attachaient à la dynastie. Il reconnut que le fait accompli était juste et il l'accepta. Ainsi, il ne voulut point consentir à bouder son pays ou à comploter contre lui, comme fit la fraction légitimiste ; il pensa que mieux valait le servir. Néanmoins, comme il avait chanté, aimé et servi la restauration, comme il était personnellement affectionné au vieux roi qui allait mourir sur la terre d'exil, il résolut de n'accepter pour lui-même aucune faveur du pouvoir nouveau. — Il prit le deuil de la vieille monarchie.
(1) Voyage en Orient, tom, premier, pag. 25.
LAMARTINE (à. De). o
Cependant, M. de Lamartine ne voulait pas non plus se renfermer dans l'égoïsme de ses regrets. C'eût été demeurer neutre, et, dans les temps de crise, il faut savoir être d'un parti. Or, dans les premières années qui suivirent la révolution des trois jours, la France se trouva, comme on sait, en proie à une crise permanente. A l'extérieur le gouvernement nouveau luttait contre les mauvais vouloirs de l'Europe; à l'intérieur, il avait à-la-fois à se défendre contre les hommes du passé et contre les hommes de l'avenir. — La lutte intérieure était la plus animée, la plus véhémente comme aussi la plus décisive. Sous le ministère Laffitte elle demeura incertaine ; Casimir Périer la décida en faveur de la royauté du 7 août. Toutes les sympathies de M. de Lamartine furent acquises à Casimir Périer, parce que, dans sa conviction , ce ministre comprenait la situation présente comme elle devait être comprise et savait en aborder vigoureusement les difficultés.
Mais Casimir Périer, absorbé par la lutte dont il portait le poids, ne voyait que cette lutte; M. de Lamartine recueilli dans sa solitude volontaire regardait au-delà. Il se mit à rechercher attentivement quelle œuvre aurait à accomplir le gouvernement nouveau, lorsque les obstacles contre lesquels il se débattait encore seraient tombés, lorsque les derniers échos de la tempête populaire des trois jours se seraient tus.
Quelle est la meilleure direction à imprimer au pouvoir, à l'époque actuelle, si l'on veut que sa marche soit à-la-fois sûre pour lui-même et salutaire pour la nation? — Telle est la question que se posa d'abord M. de Lamartine. Mais il ne pouvait la résoudre sans entrer dans une vaste étude théorique.
Lorsqu'un navire se trouve abandonné aux ilôts de l'Océan , il ne suffit pas qu'il soit en état de résister aux secousses de la vague et aux efforts du vent, il ne suffit pas que les officiers et les matelots qui le montent soient nombreux, habiles et pleins d'ardeur, il faut encore qu'il possède une boussole pour le guider dans sa roule. — Si cette boussole lui manque ou si elle est mauvaise, à moins de quelque hasard de la fortune , il demeurera l'éternel jouet des vagues ou deviendra la proie inévitable des tempêtes de la mer.
La boussole des gouvernemens c'est la politique. C'est elle qui les guide dans leur marche : lorsqu'elle est mauvaise, ils font fausse route et se perdent.
Donc, lorsqu'un gouvernement disparaît dans une catastrophe, c'est dans sa politique qu'il faut rechercher d'abord la cause de sa perle.
Cependant l'on a si peu coutume de procéder ainsi, que, le plus souvent, un pouvoir qui s'élève après la chute violente d'un autre pouvoir, trouve tout naturel de lui emprunter les erre-
LAMARTINE (A. De). 7
mens de sa politique, sans se demander s'il n'y a point là quoique cause de ruine cachée, si ce n'est point se revêtir de la robe empoisonnée de Nessus?
Eh bien, après 1830, M. de Lamartine s'appliqua, avant tout, à connaître la politique des gouvernemens qui se sont succédé en France depuis la fondation de la monarchie. — 11 vit avec étonnemenl que le même système gouvernemental, qui se trouvait en vigueur avant la révolution sociale de 1789, avait continué de subsister plus tard et subsistait encore.
Et cependant, on le sait , les règles de la politique ne sont pas éternelles, immuables, elles dépendent de l'état des sociétés auxquelles elles s'appliquent : cet état étant variable, elles doivent varier; elles doivent se modifier comme les sociétés se modifient. Une révolution dans l'état social amène nécessairement une révolution correspondante dans la politique. — Ainsi, il était absurde de prétendre appliquer au gouvernement de la société démocratique, née de la révolution de 1789 les mêmes règles, les mêmes erremens avec lesquels on gouvernait la société monarchique et aristocratique qui subsistait auparavant. Voilà ce que la restauration ne voulut pas comprendre, et voilà la raison pour laquelle elle se perdit.
M. de Lamartine vit fort bien cette grande faute. Il comprit qu'il fallait faire table rase de
la vieille politique, et il s'appliqua à chercher les principes et les règles de la politique nouvelle, de celle qui convient à la société constituée depuis 17S9. — Il trouva ces principes et ces règles, puis il en déduisit les conséquences et en découvrit les applications. — Tout un système naquit ainsi dans sa pensée. Ce système, dans lequel sont déterminés les rapports vrais et utiles des gouvernemens avec les sociétés, dans l'époque moderne, et qui marque, dans la théorie politique, un changement semblable, équivalent, a celui que la révolution de 1789 a opéré dans la société, fut exposé par M. de Lamartine dans une simple brochure publiée en 1831 et intitulée: De la Politique rationnelle.
Nous allons examiner celte politique nouvelle, mais d'abord nous dirons par quel enchaînement de pensées, par quelles analogies, par l'examen de quels faits sociaux, M. de Lamartine fut conduit à l'adopter.
Le problême qu'il avait a résoudre se posait, au reste, devant lui d'une manière fort simple. On pouvait l'énoncer ainsi :
Connaissant l'état social de deux époques successives de l'histoire d'une nation, la politique <!e la première époque, déterminer la politique de la seconde.
Il ne s'agissait que de bien apprécier la valeur des trais termes donnas et de les comparer pour
LAMARTINE (à. DE). 9
déterminer la valeur du quatrième terme , la valeur de Y inconnue.
M. de Lamartine, disons-nous, connaissait l'état social de la France avant 1789, la politique de cet état social, plus l'état social moderne.
Avant d'indiquer la solution qu'il donna à ce problême politique ainsi posé, et afin d'établir rigoureusement l'exactitude de cette solution , il est utile que nous jetions un coup-d'œil rapide sur les données dont il disposait.
Voyons d'abord ce qu'était l'état social qui subsistait avant la révolution de 1789.
La société française, comme la plupart des sociétés modernes , a été formée sous l'action de trois grandes puissances: le paganisme, le christianisme et la conquête. — Sous l'empire du paganisme la majorité de la société était individuellement esclaxe de la minorité. Lorsque les peuples du Nord eurent débordé sur le monde romain, ils le trouvèrent ainsi constitué. Mais, soumis presque aussitôt h la loi du Christ, ils ne conservèrentpoint intacte l'institution de l'esclavage. La loi chrétienne qui établissait l'égalité des hommes devant Dieu était antipathique à l'esclavage. «Le chris- » tianismc effaça l'esclavage du code civil des na- » lions (1 . » Cependant eette institution organique de la société païenne convenait trop aux vainqueurs barbares de l'empire romain, elle s'alliait
(1) Lamartine. — Politique rationnelle.
trop bien avec leurs mœurs rudes et primitives, pour qu'ils l'abandonnassent lout-à-fait. Ils se bornèrent, quoique chrétiens, à l'adoucir. Ils ne pouvaient l'adoucir qu'en la généralisant. Voici ce qui arriva : les vaincus ne furent plus possédés individuellement par les vainqueurs , ils le furent en masse; les hommes ne furent plus esclaves comme individus , ils le furent en qualité de membres d'une nation subjuguée. Avant la conquête, l'homme vivait, travaillait et mourait sous le joug de l'homme; après la conquête ce fut une société qui vécut , travailla et mourut sous l'empire d'une autre société superposée à elle. La société des vainqueurs fut l'aristocratie, la société des vaincus fut le peuple.
Mais bientôt la société des vainqueurs subit elle-même des transformations : constituée d'abord comme une démocratie, son gouvernement devient ensuite olygarchique et enfin tyrannique. — Les pouvoirs de la nation conquérante ou aristocratique finissent par être réunis en faisceau entre les mains d'un roi. Sous Louis XIV, la nation aristocratique est complètement annulée par le roi. L'aristocratie cesse d'être puissante comme souveraine, en revanche, elle est privilégiée comme sujette. En échange du pouvoir qu'elle abandonne, elle reçoit des honneurs, des dignités et des traitemens. Le peuple reste en dessous.
Le peuple vit, travaille et meurt, non plus au
bénéfice d'une caste, mais au bénéfice d'un roi appuyé sur une caste.
Le principe païen de l'esclavage antique s'est donc transformé delà sorte : d'abord c'est l'homme asservi à l'homme, puis un peuple à un peuple, enfin un peuple à un homme.
Mais en se transformant, ce principe ne change évidemment point de nature, il ne change que de forme.
Jusqu'en 1789 l'organisation de la société demeure païenne.
Maintenant quelle fut, quelle devait être la politique de cet état social?
Cette politique ne fut, ne pouvait être que la théorie de l'asservissement. Maintenir le peuple sous le joug du souverain, soit que ce souverain fût une société, soit qu'il fût un homme , telle était son œuvre. — De même que l'organisation sociale, elle était encore païenne.
« Remarquez-le bien, dit M. de Lamartine (1) , » la politique a été jusqu'ici hors la loi de Dieu, » la politique des peuples chrétiens est encore » païenne ! L'homme ou l'humanité n'est à ses » yeux qu'un véritable esclave antique, né pour » servir, payer, combattre et mourir. »
L'asservissement d'une fraction de la société au bénéfice d'une autre fraction est une iniquité que reprouve la loi divine aussi bien que la raison
(1) Politique rationnelle.
humaine. Une iniquité ne saurait être consommée et maintenue qu'à l'aide de moyens iniques. L'art d'user de ces moyens était toute la politique. — Ainsi, elle servait à abuser le peuple sur son droit et à lui cacher sa force, parce que s'il avait connu son droit et sa force, il aurait employé celle-ci à recouvrer celui-là. Pour l'abuser sur son droit, on le tenait dans l'ignorance; pour lui enlever le sentiment de sa force, on affectait de la mépriser ; pendant long-temps même on dédaigna absolument de s'en servir... La politique se fondait donc sur la ruse, le mensonge, le dol, c'est-à-dire exclusivement sur le côté vicieux des instincts et des passions de l'homme. — C'est à ce point de vue que Machiavel en formula le code dans son immortel livre Du Prince (1).
Telles étaient et l'organisation sociale et la politique rationnelle avant la révolution de 1789. Examinons, à présent , le nouvel état social que cette révolution a établi et que l'événement de juillet 1830 a consacré.
Le principe de la conquête réuni tout entier sur la tète du roi, tombe avec cette tète. — La nation se reconquiert elle-même. Son organisa-
(1) Ce livre Du Prince est , comme on l'a dit, trop profondément vrai pour n'être point l'ironie méprisante d'une grande âme. Machiavel a tracé le portrait du prince comme Tacite a écrit ses Annales, pour dégoûter les peuples de la servitude, en la leur montrant nue.
tion cesse d'être païenne. La doctrine de l'égalité des hommes, introduite par le christianisme dans la loi civile, pénètre dans la loi politique.
Empruntons à M. de Lamartine la définition de cette époque.
« Cette époque est celle du droit et de l'action » de tous, époque toujours ascendante , la plus » juste, la plus morale, la plus libre de toutes » celles que le monde a parcourues jusqu'ici, » parce qu'elle tend à élever l'humanité tout en- » tière à la même dignité morale, à consacrer » l'égalité politique et civile de tous les hommes » devant l'état, comme le Christ avait consacré » leur égalité naturelle devant Dieu ; cette épo- » que pourra s'appeler l'époque évangélique, car » elle ne sera que la déduction logique, que la » réalisation sociale du sublime principe déposé » dans le livre divin comme dans la nature mê- » me de l'humanité, de l'égalité et de la dignité » morales de l'homme, reconnues enfin dans le » code des sociétés civiles. »
Après s'être reconquise, la nation remplace le souverain, dont elle était la sujette, par un gouvernement de délégués. C'est la forme naturelle de la démocratie. Seulement, et dans un but de stabilité , le principal délégué de la nation , le magistrat supérieur du gouvernement est déclaré héréditaire.
Eh bien ! quelle doit être la politique rationnelle de ce nouvel état social ?
M. de Lamartine la formule ainsi :
« La politique dont les anciens ont fait un rnys- » tère, dont les modernes ont fait un art, n'est ni » îun ni Vautre : il n'y a là ni habileté, ni force, » ni ruse ; à l'époque rationnelle du monde, dans » l'acception vraie et divine du mot, la politique,