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duirè les nouvelles doctrines. L'opposition des chanoines le força de renoncer k son entreprise. C'était un prédicateur renommé, quoique sa composition fût pesante et diffuse; mais il imposait par sa taille avantageuse et par sa voix sonore. Ses talents pour la controverse et pour les négociations lui firent jouer un rôle important dans son parti. 11 avait un génie souple, adroit, propre à manier les esprits, fertile en expressions radoucies dont cliaque secte pouvait s'accommoder, et des principes flexibles qui se prêtaient à tout. 11 surpassait en distinctions subtiles les scolastiqnes les plus raffinés, cherchant à concilier tous les différends, et se piquant moins d'être fidèle que d'être conciliant. Rossuet l'appelle le grand architecte det subtilité*, et lorsque Calvin voulait peindre fortement l'équivoque : « Bucer « même, disait-il, n'a rien de si obscur, de si am- « bigu, de si tortueux. » Ce caractère se manifesta dans toutes les affaires auxquelles il prit part. Député, en 1539, par les quatre villes de Strasbourg, de Menimingen, de Landau et de Constance, aux conférences de Marbourg, convoquées par Philippe, landgrave de liesse, pour trouver un moyen de conciliation entre Luther et Zwingle, il y déploya, dit Juste Jonas, toutes les ruses d'un vrai renard, et contribua, à la faveur de quelques expressions ambiguës, à l'espèce de trêve épliémérc qui y fut conclue. La division s'étant renouvelée aussitôt après, il dressa, au nom des quatre villes dont il avait la confiance, une confession de fui où il biaisait sur l'article de la cène, cherchant à tenir le milieu entre les deux partis, sans en pouvoir satisfaire aucun. Une seconde formule, également équivoque et contradictoire, ne fit que produire une division de plus en Suisse, où les uns insistèrent dans la doctrine pure et simple de Zwingle, et les autres adoptèrent le système illusoire de Bucer. Les villes de Strasbourg, de Memmingen et de Landau, qui s'étaient liguées pour le sens figuré, séduites par cette confession louche, passèrent peu après à la présence réelle, tant Bucer avait réussi par ses discours entortillés à plier les esprits de manière qu'ils pussent se tourner de tous cotés. Enfin il imagina un nouveau projet d'accommodement, rédigé avec tant d'adresse que Luther et Mélanchthon le prirent pour une rétractation de la part des saeramenlaires, quoique ceux-ci, en paraissant se rapproclier de la confession d'Augsbourg, ne fissent que changer de langage sans changer de doctrine. C'est ce qui produisit l'accord de Wiltemberg, en 1536, où les chefs des deux partis rirent la cène en commun, pour marquer la sincérité de leur réconciliation ; mais tous les efforts de Bucer ne purent introduire sa formule dans les églises helvétiques; de sorte que l'accord de VVittemherg, qu'il regardait comme le chef-d'œuvre de sa politique, et qui n'était réellement qu'un ouvrage de déguisement et de dissimulation, ne fut pas plus stable qu'il n'avait été sincère. L'esprit de tolérance dont il faisait profession n'alla pas pourtant jusqu'à lui faire souscrire le fameux Intérim de Charles-Quint. Cranmcr l'appela, en 1549, en Angleterre, pour le charger d'enseigner
la théologie. On dit qu'il suivit dans ses leçons les principes des sacramentaires, pour lesquels il avait toujours incliné, et auxquels il était revenu, lorsqu'il se vit loin de Luther. Néanmoins, dans l'épltre dédicatoire de l'édition de ses commentaires qu'il publia dans ce pays, il parait moins zwinglien que dans ses autres épltres mises en tête des précédentes éditions. Bucer mourut le 27 février 1551, à Cambridge. Sous le règne de Marie, ses restes furent exhumés et jetés au feu. La reine Elisabeth lit rétablir sa mémoire. Bucer laissa treize enfants de sa première femme qu'il avait tirée du cloître pour l'épouser. Les uns prétendent qu'il- mourut dans la profession du luthéranisme, les autres, dans celle du calvinisme. Calvin l'accusait d'avoir introduit en Angleterre un nouveau papisme, parce qu'il approuvait la hiérarchie de l'Église anglicane. Il reprochait de son côté à Calvin de ne juger des autres que selon sa passion. Bucer laissa apercevoir toute sa vie un grand embarras entre le dogme des luthériens et celui des zwingliens. Le premier lui semblait trop donner à la réalité, dont les conséquences l'effrayaient, et le dernier ne lui paraissait pas remplir les idées que l'Écriture et l'ancienne tradition impriment dans nos esprits. 11 soutenait, comme la plupart des protestants, que les péchés des fidèles n'excluent jamais du paradis, qu'il n'y a que le péché d'incrédulité qui soit puni de la damnation éternelle. Ce paradoxe est une suite naturelle du dogme qui assure que la foi seule justifie, et que cette foi justifiante est inadmissible. Dans ses livres de controverse, il s'abandonne quelquefois à son érudition, perd son sujet de vue, et oublie les divisions qu'il avait d'abord annoncées Son style a une certaine obscurité qui oblige à une grande contention d'esprit. Le cardinal Conlarini le regardait comme le plus redoutable controversiste des hétérodoxes ; mais comme il emploie souvent des termes nouveaux dont il n'avait pas lui-même des idées claires et distinctes, il tombe quelquefois dans le galimatias. On fait cependant cas de son commentaire sur les Ptaumet, publié sous le nom d'Aretiu* Fetinus, Strasbourg, 1529, in-4°. 11 est littéral et historique. La traduction latine sent un peu trop l'affectation. L'auteur n'y avait déguisé son nom que pour se faire passer pour ortliodoxe; mais on fut bientôt détrompé par la lecture de l'ouvrage. Le commentaire de Bucer sur les Evangile* est encore estimé. Génébrard, Grolius, Gérard Vossius préfèrent les éditions d'Allemagne, parce qu'ils prétendent que Calvin s'était permis des altérations dans celles de Genève. Richard Simon l'en justilie dans ses Lettre* choisie*. 11 avoue que la 1" édition de Strasbourg, 1527, in-8°, est fort différente des suivantes; mais il ajoute que cette différence vient de l'auteur même, qui avait fait beaucoup de corrections à son ouvrage dans les éditions postérieures. Il a laissé un assez grand nombre d'autres ouvrages théologiques, devenus rares. Ceux qu'il publia en Angleterre sont encore estimes des protestants : Seripta Anglicana, etc., Bàle, 1577, in-fol. On y trouve l'histoire de Bucer. On a imprimé à Stras-