‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 16 sur 97 · BIBLIOTHECA REG1A · texte numérisé non relu

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contre Buchot. Un pamphlet (I), dans lequel son nom est toujours précédé du titre de monsieur, flétrissant dans le langage patriotique du temps (novembre 1793), se termine ainsi : déjà son trône ett ébranlé, ta cour consternée, la hache réparatrice préparée ; bientôt on dira : le traître BUCHOT nÉ-

OM DEUX DÉCADES A PONTARLIER. Il ne crut pas

devoir attendre l'efTet de cette menace, et se rendit à Paris pour essayer de la conjurer. Lié depuis longtemps avec le rérocc Dumas, alors président du tribunal révolutionnaire, celui-ei s'empressa de le recommander à Robespierre, comme capable par ses talents de remplir les premières charges de la république. Sur cette recommandation, Robespierre écrivit de sa main le nom de Duchot sur les listes de patriotes ayant plus ou moins de talent, qui lurent, après le 9 thermidor, retrouvés dans ses papiers et imprimés par ordre de la convention. ( Vny. Courtois. ) Nommé d'abord substitut «le l'agent national Payan, il fut fait commissaire des relations extérieures, le 9 avril 1794, en remplacement d'Herman qui lui-même avait été nommé et révoqué le môme jour. C'était l'époque où la république, en guerre avec toutes les puissances, ne conservait de rapports qu'avec la Suéde, Gènes, St-Marin et les Ktats-Unis d'Amérique. Naturellement bon, Bucliot usa de son autorité précaire pour rendre service autant qu'il le put a ses compatriotes, sans considérer leurs opinions politiques. Il ne lit d'ailleurs aucun changement dans ses bureaux, et se conduisit si bien avec ses employés qu'à «a sortie du ministère, en novembre 1791, ils se cotisèrent pour lui procurer des moyens d'existence, eu attendant qu'il fut replacé. Buchot, ne voulant pas rester à la charge de ses amis, se crut trop heureux d'obtenir une place de commis sur le port au charbon, qui lui repartait 600 francs par an. Ayant appris à vivre de peu, cette faible somme suflit à tous ses besoins pendant plusieurs années ; mais, devenu vieux et intirme, il était menacé de perdre sa place quand on lui conseilla de réclamer la protection du premier consul. Une note remise par un compatriote de Ituchot (2) sur le bureau de Bonaparte lui révéla qu'un ancien ministre de la république était simple commis sur le port au charbon de Paris. Frap|>é d'étonnement, il écrivit à la marge 0.000 francs de pension. Buchol en reçut le brevet peu de jours après, et, grâce à la bienfaisance du consul, il termina sa carrière dans une tranquille obscurité, en 1812. W— s.

BUC'IIOZ ( Pierre-Joseph ), né à Metz, fe 27 janvier 1731, mort à Paris, le 30 janvier 1807, suivît d'abord l'étude du droit, et fut reçu avocat à Pont-àMousson en 1750. Il exerçait depuis quelque temps cette profession, lorsqu'il l'abandonna pour étudier la médecine qui avait plus de rapport avec l'histoire naturelle, pour laquelle il avait un goût décidé. Après avoir été reçu médecin à .Nancy, en

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ia-tP de 24 p. On pou vuir jusm Ut Yedetlt, moi .lu Uuuta. «om* 4793. n« W cl »4. (2) Beauli de Uûk, alors iwit-uire de SLvel,

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1759, il obtint le titre de médecin ordinaire de Stanislas, roi de Pologne. Il s'oeetqKi pendant quelque temps de son nouvel état ; mais il le quitta bientôt pour se livrer entièrement à la botanique et à la matière médicale. Il forma les plans les plus vastes, mais sans avoir les connaissances nécessaires pour les bien exécuter. Il commença par publier nue Histoire des plantes de la Lorraine, en 13 vol., dont les dix premiers parurent ù Nancy, 1762, format in-8°, et les trois derniers, de format in-12, à Paris, où l'auteur était venu s'établir. Tout ce qui concernait la Lorraine, sa patrie, fut traite successivement, et l'on vit paraître en peu de temps un Tournefortius Lotltaringia, pour les plantes; un Wallerius iAtharingia-, pour les minéraux, etc 11 y joignit un grand nombre de planches; et, à l'imitation de Morison et de Micheli, il dédia chacune d'elles à un riche amateur, qui fournissait aux dépenses qu'elle exigeait. 11 suivit cette méthode (tour quelques autres de ses ouvrages. 11 lit imprimer aussi de |>etits livres sur la médecine, tels que la Médecine moderne, Paris, 1776, in-8*; la Médecine pratique et moderne, ibid., 1784, 2 vol. in-8', etc. C'étaient des recueils de recettes, ou quelques observations tirées des papiers de son beau-père, le docteur Marquct, médecin a Nancy. Il publia une Histoire naturelle de la France, en 14 vol. in-8'; ensuite, une Histoire universelle du règne végétal, sous deux formats, Paris, 1772 et années suivantes, en 2 j parties in-fol., et un plus graud nombre in-8" ; mais elle n'a pas été achevée. C'était une énorme compilation, distribuée dans l'ordre alphabétique, suivant les noms latins de chaque genre, d'après Linné ; à chaque article, il rapportait tout ce qu'il y trouvait de relatif dans les livres. II y joignit 1,200 planches, dans le nombre desquelles étaient celles de l'herbier d'Amboinc de Rumphius, qu'il avait achetées ; il en avait ajouté d'autres, qui étaient copiées de Schmidel, de Trew et Ëhret, etc., et quelques-unes qu'il avait fait dessiner sur le vivant, dans les jardins, et surtout à Trianon. 11 publia ces dernières sous ce titre : le Jardin d'Eden, le Paradis terrestre renouvelé dans le jardin de la reine à Trianon, Paris, 1783-8"», 2 vol. in-fol., avec 200 planches coloriées. Chaque année, il publiait des traités particuliers sur toutes les parties de la médecine, de l'agriculture et de l'économie domestique : c'étaient des traductions ou des. extraits d'ouvrages originaux et intéressants, des mémoires de sociétés savantes, et des journaux de France, d'Italie et d'Allemagne; mais ces compilations Taites à la hâte étaient ordinairement remplies de fautes, et souvent d'erreurs grossières. Tous les aus il faisait paraître de nouveaux ouvrages et de nouveaux prosiwctus, avec des titres |>ompcuxf pour attirer l'attention et exciter la curiosité du public. Lorsqu'on apportait une plante nouvelle, ou seulement si on en faisait mention dans les journaux, il eu ébauchait aussitôt l'histoire, et la publiait sous le titre de Dissertation. Il a aussi donné sous ce dernier titre l'histoire des animaux domestiques et de quelques autres. Il a fait dessiner et graver beaucoup de plantes nouvelles que Louis XV faisait cul-

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liver à Trianon. Il a aussi donne plusieurs collections de figures coloriéesj, et en particulier cent plantes médicinales de la Chine, Paris, 1788-1791, in-fol. Buc'hoz a été certainement le plus laborieux des compilateurs. 11 a publié plus de 300 vol. (1), dont 95 in-fol.; les autres sont in-8° et in-12, sans compter un très-grand nombre de brochures. Un gros volume suflirait à peine pour indiquer seulement le titre de chacun de ses ouvrages, dont le plus grand nombre est oublié. Cependant quelques-uns ont été utiles dans les campagnes, à une époque surtout oû l'on écrivait peu sur l'histoire naturelle; mais aucun n'a contribué au progrès de la science ; il n'a fait aucune description d'une plante qui soit exacte. Les naturalistes ne citent ni ses descriptions ni ses figures, et aucun des genres nouveaux qu'il avait essayé d'établir n'a été adopté. Il a aussi fait insérer dans le Journal des Mina, de \m'6 à 1811, plusieurs mémoires et un grand nombre d'analyses de métaux. Tant de tra\aux n'avaient pas augmenté sa fortune, et le public ne les achetait plus, quoiqu'il eût renoncé à y mettre son nom. Dans sa vieillesse, ayant perdu sa femme et éprouvé les désastres de là révolution, il était tombé dans le malheur, et il serait mort dans la détresse, si l'amitié généreuse n'était venue à son secours. Une demoiselle qui avait été l'amie de sa femme, et qui, depuis vingt-cinq ans, dessinait et coloriait ses planches, le reçut dans sa maison, et, pour mettre plus de delicatesse dans les dons qu'elle lui faisait, elle l'épousa, malgré sa caducité. M. Deleuze a donné une notice historique sur Buc'hoz dans la Revue, dans le Moniteur et le Magasin encyclopédique ; on y trouvera |>ltis de détails sur la vie de cet écrivain (2). D— P— s.

BCCUWALD (Jeun de), médecin à Copenhague, né en 1638, mort en 1758, a publié : Spccimtn medico-pratico-botanicum, tel brevis et dilucida explicatio tirtutum planlarum et tlirpium indigenarvm in officinis pharmaceulis quamplurimum usitalarum, etc., Copenhague, 1720, in-t°. Ce n'est qu'une nomenclature alphabétique des plantes usuelles les plus communes, avec leurs noms en quatre langues Dans un espace laissé en blanc sur l'un de* cotés des feuillets, l'auteur a collé des écliantillons desséchés des plantes dont il parle; mais ce sont des fragments très-petits, et trop incomplets pour les faire connaître avec certitude. Il existe une induction allemande de ectouvrage, par Balthasar- Jtan de Bucfarald, qui y joignit de même des échantillons de plant» ; mais ils sont encore plus incom-

W M. Qncnn\ en a Inrfi.jne le plu* grand nnmlw dan< !.i France IHternfre. I>— «-».

(â) Ce qn'U a fait imprimer Ae pins Mnnulier e«t certainement sa btitertiitton en [arme de compte rendu de Hne'hot è In repnbUqne françaue, dan» ta personne de Ml HiettVSt* et de ses repretentault, in-M. ri sa [Huertation, en [arme d'appel, d* Inlmai Je ta grande satina à FMatNM entier, in-M. Il y donne IblMoIre de ses invaux topai» I7M, et prétend qu'ils lui ont enùle 220,00011*. Il rappelle, parmi les $ervii«* qu'il a rendus, col ni «l'avoir apprit à (aire cob- Mllre le pout* par Ij mO'iqno, suivant la méthode trouvée dans les papiers do dorlear Marqua, son beau-pere. Il appelle ta patrie infime, parre qu'elle lai préfère Aldrovande. Eafln il demande une place, m la deportatiou, ou la mort, et il finit par copier l'imprécation de Camille eonire Rome. V— «t.

pieu, ce livre étant d'un plus petit format. — Balthatar Jean de Blchu au>, fils du précédent, professeur de médecine à Copenhague, né en 1697, mort en 1703, a donné une traduction allemande du Spécimen medico-botanicum de sou père, sous le titre d'Herbier tirant, Copenhague, 1711, in-8". Il a pré»idé à quelques thèses ou dissertations : 1° $ur l'Analyse physico-chimique dunilre, Copcnliague, 1742, in-4» ; 2" sur le Oui et ses usages dans Us maladies, ibid., 1753, in-4»; 3" Essai d'insedologie danoise, ibid., 17G0, in-8°. — Frédéric Blciiwalo a publié en danois l'extrait du journal d'un voyage dans le olcckletibourg, la Poméranie et le Ilol»tein: Co|>cnhague, 1784, in-8°; Uaduit en allemand , ibid., 1780, in-8*. D-P-s.

BLCKELDICS, ou BLTKELZS. Voyez Beic-

kELS.

BlCKERIDGE, ou BUCKABIDGE {Jea>), évèque anglican, né à Draycott dans le comté de . Wilt, se distingua comme prédicateur, et par ses écrits contre les catholiques et les puritains. Sacré évéque de Rochester en 1611, il fut transféré à l'évéché d'Ély eu 1628, et mourut en 1631. On a de lui des sermons, Londres, 1606, in 4», et un livre intitulé : de Polettate papas in rébus tempnralibtis, iive in regibus deponendis usurpata, adversus /iV berium, cardinalem Hellarminum, Londres, 1614, in-4°. Cet ouvrage, bien que partial, est très-estimé des protestants. X— s.

BLCKINCK ( Arnold ) (1), le premier artiste qui ait gravé et imprimé des cartes géographiques sur cuivre, porta cet art, dès son origine, a un trèshaut degré de perfection. Sweynheym, qui avait appris le secret de l'imprimerie chez les inventeurs Fust et Schocffer, après avoir imprimé avec succès divers livres, voulut donner une édition de Ploléinée. La gravure sur bois était un procédé trop imparfait pour imiter le travail fini des cartes qui se trouvaient dans les somptueux manuscrits de cet auteur; Sweynheyin eut l'idée de les graver sur cuivre, et s'associa Buekinck pour cette grande entreprise. Après trois ans de peines et de travaux, Sweynbeyra mourut sans avoir pu mettre la dernière main à ce travail. Son associé, plus heureux, le perfectionna et l'acheva. \* première édition de Ptoléméc avec cartes (car celle de 1462 porte certainement une fausse date) parut enlin à Rome en 1 578, in-fol. Ce n'est que dans la préface qu'il est question de Sweynheym. U souscription qui s* trouve h la fin du livre fait mention «l'Arnold Ihirkinck seul, et o<-t ainsi conçu : Claxdii Ptnlemaei Alcrtncfrini phihysetphi geftgrnphiam Arnnldns Buekinck e Grrmania llomœ tabuli* a en ri» in piehiris formatam impresit. Sempiterno ingenii artifiriique memumentn. Anno domininalalis M. CCCCLXXYÎ1I. VI. Mus nrinbris. sedente Sixlo IlII, Pont. Max., anno ejux VIU. L'orgueil de l'artiste, qui s'exprime si naïvement dans ces mots, ne déplaît pas lorsqu'on réfléchit que, malgré les difficultés qui accompagnent les premiers

(11, El non Buckin*. comme 11 «t Indiqué dans quelques biographie».

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«s*aw d'un art quelconque, malgré les nombreuses éditions de Ptolémée qui ont été publiés dans les 15', 46e et W siècles, les cartes de Buckinck sont encore les mieux gravées de toutes celles que Ton a faites pour cet auteur, sans même en excepter celles de Mercator. L'édition de Ptolémée donnée par Buckinck fut sans doute tirée à petit nombre et peu connue ; car elle fut réimprimée dans le même format, dans la même ville, et avec les mêmes cartes, en 1490, et l'éditeur, Pierre de Turre, cherche à s'attribuer tout le mérite du travail deBuckincketdeSweynheym, non-seulement en ne faisant pas mention de ces hommes estimables, mais en disant expressément que celte édition est en entier son ouvrage, Arie ae impemit Pétri de Turre. Il est vrai cependant qu'il ne parle dans sa souscription que de l'impression et de la correction du texte. Cette réticence de la part de Turre nous prouve que Buckinck était mort dans cet intervalle. Ses cartes servirent encore à accompagner une troisième édition de Ptolémée, faite avec soin par une société de savants, et publiée à Rome en 1307, sans que, dans la préface de l'éditeur, il soit fait la moindre tneution de sou nom. 11 est vrai que, dans cette édition, on a ajouté aux cartes de cet habile artiste dix autres caries nouvelles et modernes gravées dans sa manière, mais non avec une égale perfection. On donna encore l'année d'ensuite à Rome une autre édition de ce livre avec les mêmes planches, augmentée d'une mappemonde moderne exécutée par un Allemand nommé Jean Ruysch. Nous croyons que cette carte est la première où l'on ait tracé les découvertes dans le nouveau monde, que l'on devait à Colomb et à Améric Vespuce. Elle ressemble jmur la gravure aux dix autres publiées pour la première fois en 1507, ce qui fait présumer que Jean Ruysch est aussi l'auteur de ces dernières ; mais son nom ne se trouve que 6ur le frontispice de l'édition de 1508. ( Voy. Marco, Cotta, et Cu.nEiti.vo. ) VV — r.

UICKLNGHAM (George- Villiers, duc ne), trop célèbre par la faveur dont le comblèrent deux rois, et par le funeste et perlide usage qu'il en fit, naquit le 20 août 1.»92, à firookesby, dans le comté de Leicester. Il était lils d'un second mariage du chevalier George Villiers, d'une famille transplantée de Normandie en Angleterre à l'époque de la conquête. Pendant le cours de son éducation, il montra ou peu de goût ou peu d'aptitude pour la culture <le SOU esprit ; mais tout ce que la nature peut répandre au dehors de beauté, de grâces, de souplesse, elle en avait doué avec |«rofusion le jeune Villiers. 11 avait |»ertlu sou père avant d'atteindre l'âge de dix-huit ans. Sa mère, qui l'aimait avec faiblesse, voulut alors qu'il allât perfectionner en France ses heureuses dis|>ositions. Il y passa trois ans, et en revint sachant très-bien la langue française, moulant à cheval, faisant des armes, dansant surtout avec le dernier degré de perfection. Lady Villiers, issue de l'ancienne et illustre famille de Beaumont, femme ambitieuse et habile, en même temps que mère tendre et passionnée, trouva moyen de faire paraître son (ils avec tous ses avantages aux yeux de

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Jacques 1", dans un divertissement que donnaient au monarque les étudiants de Cambridge, en 1615. Ce prince, â qui l'on a reproché tout à la fois de la ).<•danteric dans ses études et de la frivolité dans ses goûts, ne pouvait résister, dit Clarendon, aux charmes d'un beau visage et d'un bel habit. A la première vue de George Villiers, il fut saisi d'admiration. La mère de George se hâta de le faire présenter à la cour, et le roi de le nommer son échanson. Jacques commençait à se dégoûter du comte de Sommerset, seul favori peut-être auquel le peuple n'ait jamais rien eu à reprocher : mais les courtisans n'en étaient pas moins envieux de lui ; ils n'avaient rien omis pour hâter les dégoûts du roi, et ouvraient la porte au nouveau favori, qu'ils devaient bientôt haïr, pour avoir le plaisir de chasser l'ancien, qu'ils haïssaient alors. Tout à coup fut révélé à la justice un crime d'empoisonnement , commis par la comtesse de Sommerset, el dans lequel elle avait entraîné son époux à devenir son complice. ( Voy. Oversbury et Sommerset. ) Le roi, délivré même de ses combats, et croyant faire beaucoup pour ses anciens sentiments en commuant la peine de ces grands coupables, se livra tout entier au penchant qui l'entrainait vers son nouvel échanson. Pendant tous ses repas, il conversait avec lui, l'inlerrogcait sur la France, était d'autant plus charmé de ses réponses que tous les courtisans auditeurs. affectaient de s'en montrer aussi charmés que lui. Enlin Jacques se passionna encore platoniqucment pour l'idée de faire l'éducation morale de son adolescent ami, d'unir en lui tous les trésors de la sagesse à tous les dons de la nature, de le mouler, disait-il, dans ses formes, d'être en un mot le Socralc de cet Alcibiade. Malheureusement les récompenses du mattre prévinrent les progrès de l'élève. Chaque jour apportait à celui-ci un nouvel honneur ou de nouvelles richesses. En moins de deux ans, il fut fait chevalier, gentilhomme de la chambre, baron, vicomte, marquis de Buckingham, grand amiral, gardien des cinq ports, etc. ; enlin, dispensateur absolu de tous les honneurs, dons, offices, revenus des trois royaumes. Il en disposa au gré de son ambition, de sa cupidité, de ses caprices. Tout fut accaparé pour lui, sa famille, ses espions, ses instruments, ses complices La nation s'indigna de voir le mérite méconnu, le peuple foulé, la noblesse humiliée, la couronne apauvrie et dégradée, pour qu'une élévation sans mesure et une fortune sans exemple devinssent le |wrtagc exclusif d'un mignon insolent et ineple. Il lui manquait d'être perfide, et il le devint en 1623, la huitième année de sa faveur. Il voulait écarter des affaires le comte de Bristol, aussi habile que vertueux ministre, qui négociait alors à Madrid le mariage d'une infante ovec le prince de Galles, qui fut depuis Charles 1". Il n'aspirait pas seulement à se réconcilier avec ce jeune prince, sur lequel, dans un accès de colère extravagant, il avait osé lever la main : il prétendait mettre dans sa déj>cndance l'héritier présomptif de la couronne, et assurer ainsi la durée de sou pouvoir. Il inspira au jeune Charles le désir romanesque d'aller lui-même, à Madrid, tran-

cher par sa présence toutes les difficultés de la négociation, et enflammer le cœur de l'infante par ce besoin de la connaître, cl cet empressement de s'unir à elle. La candeur de Charles, surtout dans une telle occasion, était encore plus facile à tyranniser que la faiblesse de Jacques. Entraîné par les désirs de son (ils, le roi consentit d'abord au voyage; rendu à ses réflexions, il retira ce consentement. Les larmes du prince et les emportements du favori le lui arrachèrent de nouveau. Jacques, dilClarendon, ne le pardonna jamais à Buckingliain. Qu'importe, puisque, pendant ce voyage-là même, le |>ére trahi encouragea le favori corrupteur, puisque le minisire insolent reçut du roi ofTensé le plus haut degré d'honneur, et, de marquis, devint duc de Buckingham? Le succès fut celui qu'avait annoncé Jacques, en supposant à la démarche. L'infante ne parut qu'en public aux yeux du prince dé Galles, et Buckingham, qui bravait ou ignorait le sentiment des bienséances vit ou voulut voir dans cette délicatesse de mœurs un sujet de méfiance. Les venus modestes de Charles, les grâces de sa jeunesse, charmèrent la famille royale et toute la nation espagnole ; et elles se sentirent révoltées par les vices arrogants, la familiarité grossière et la dissolution scandaleuse de l'étrange Mentor auquel avait été conlié un si précieux élève. Cette négociation, tant avancée par la franchise et la sagesse conciliante du comte de Bristol, recula tout à coup par la folie et la mauvaise foi de Buckingliaui. 11 résolut de la faire avorter, pour qu'un autre ne la fit pas réussir. Sacrifiant à ses passions les plus chers intérêts de son maître, il iusulta le ministère espagnol, ramena brusquement le prince, lui lit faire de fausses promesses en quittant Madrid, et attester de faux récits en rentrant à Londres. L'Angleterre trompée célébra le retour de son jeune prince, comme s'il fut sorti miraculeusement sain et sauf du milieu de houles sauvages. Enliu, soulevé contre le roi par lé favori du roi, le parlement alla déclarer à Jacques qu'au lieu de s'allier avec l'Espagne, il fallait lui faire la guerre ; et Jacques fit la guerre à l'Espagne. Le comte de Middlcsex, grand trésorier, voulut rester fidèle au roi. et se refuser aux dilapidations du favori : il fut accusé de malversation par la chambre des communes. Vainement le monarque essaya de résister à son ministre et à son fils. La jeunesse du prince était trop séduite, et la vieillesse du roi trop faible pour que les volontés de Buckingham ne triompliassent pas. L'innocence évidente de Middlesex et sa courageuse défense forcèrent les juges à respecter la tète de l'accusé, et à l'absoudre de crimes capitaux ; mais une forte amende, une longue détention et l'inhabileté à siéger daus le parlement, furent prononcées contre lui : il n'en fallait pas davantage à Buckingham. Jacques attendait avec impatience le retour du comte de Bristol pour se jeter dans ses bras, pour trouver dans la vertu courageuse de ce ministre un bouclier contre les attentats de son favori : le comte de Bristol arriva, et un ordre du roi, expédié par Buckingham, le fit conduire prisonnier à la Tour de Londres. Le procureur général du roi l'accusa de

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haute trahison, et lorsqu'il eut reversé cette accusation sur celui qui l'avait fabriquée, un nouvel ordre Un défendit de paraître à la cour. Cependant cette chambre des communes, qui avait été toute de feu pour faire déclarer la guerre, se montrait de glace pour fournir les subsides. Buckingham n'eut pas honte de se lier avec le parti puritain, et il osa concevoir un plan pour abolir l'épiscopat,. vendre les terres de l'Église, et en employer le produit à soutenir sa guerre d'Espagne. Ainsi Jacques fut trahi par son favori dans tous ses intérêts de politique, de cirur et de conscience. S'il (allait en croire une note remise à ce monarque par l'ambassadeur espagnol avant le départ de celui-ci, l'ingrat Buckingham aurait médité le crime de confiner son roi et son bienfaiteur dans un de ses châteaux, pour gouverner à sa place sous le nom du prince de Galles, !.<• fondement de cette accusation est ignoré ; le caractère du prince la repousse, mais non celui du duc, et la mort du roi, qui arriva sur ces entrefaites, aurait empêché l'exécution du complot. Avant de mourir, Jaccuies avait eu la consolation de conclure un traité pour le mariage de son fils avec Henriette de France, comme il avait eu la douleur de voir détruire, par les mauvaises mesures de son favori, une armée anglaise, oLligée d'aller reconquérir le Palatinat [tour son gendre, tandis que l'alliance avec l'Espagne en aurait assuré la restitution pacifique. Ministre encore plus tyrannique de Charles 1e' qu'il ne l'avait été de Jacques, le duc ne tarda cependant pas à Voir se vérifier les prophéties de son ancien maître. Celui qui, dans la dernière chambre des communes, avait été proclamé sauveur du prince et de la nation, fut déclaré, par le nouveau parlement, corrupteur du roi, traître aux libertés de son pays, ennemi public. Et l'on était en guerre 1 Et les délits commis parle ministre faisaient refuser les subsides demandés par le roi ! De la cette dissolution de deux parlements, cri te arrestation des membre* qui s'y étaient le plus signales par leur chaleur, les taxes illicites et les emprunts forcés mis à la place des impôts consentis , les emprisonnements arbitraires de ceux qui se refusaient à les payer, la lutte inévitable qui devait s'ensuivre ; enfin tout ce qui devait conduire le plus vertueux des rois a la plus terrible des catastrophes. Après une entreprise ridicule et honteuse sur Cadix, lorsque, sans talents et sans subsides, Buckingham ne pouvait soutenir une guerre contre l'Espagne, il voulut en avoir une de plus contre la France. Le motif de celle-ci fut le comble du scandale. Lorsque, après la mort de Jacques Buckingliam était allé à Paris pour y épouser, au nom de son nouveau maître, la fille de Henri IV, du milieu des fêtes et «les carrousels, enivré de l'éclat qui l'euvironnalt, brillant encore lui-même de jeunesse et de beauté, présomptueux et encouragé par une foule de succéb, les seuls pour lesquels la nature l'eût formé, il avait osé porter ses vœux jusqu'à la reine de France, et avec une ostentation qui aggravait sa témérité. B ichelicu en avait conçu de l'ombrage, Buckingham l'avait bravé. Déjà en route pour conduirc la reine d'Angleterre à son royal époux,

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il n'avait pas craint de se déguiser pour retourner a la cour de France, et y entretenir la reine en secret. Renvoyé par cette princesse avec plus d'indulgence que d'indignation, si l'on en croit quelques historiens, averti, selon d'autres, qu'il courait les plus grands dangers s'il se présentait au palais, à peine avait-il été de retour en Angleterre, qu'il avait songé à se faire nommer ambassadeur ordinaire a la cour de France. Au milieu des préparatifs de cette nouvelle ambassade, il avait reçu une lettre de Louis XIII qui lui interdisait jusqu'à la pensée de ce voyage. Alors il avait juré « qu'il verrait la reine c de France en dépit de toutes les forces de la « France. » Depuis ce moment, il ne cherchait qu'un prétexte d'hostilité. Pour rompre avec l'Espagne, il n'avait pas été effrayé de semer la division entre le père et le fils ; pour rompre avec la France, il ne lui en coûta rien de compromettre l'heureuse intelligence qui réjinait entre Charles et son épouse. Au mépris d'un article formel du contrat de mariage de cette princesse, il lit chasser tous les domestiques français qu'elle avait amenés : il porta un jour sa brutale insolence jusqu'à lui dire qu'il y avait eu en Angleterre des reines décapitées. Il encouragea, des armateurs anglais à s'emparer de bâtlmenta français que, par ses ordres, l'amirauté déclara être de bonne prise. Enfin, las de provoquer une rupture sans obtenir autre chose que des plaintes, il se résolut à une agression positive, et se ligua avec les protestants de la Rochelle pour faire une invasion sur le territoire de France; et cette expédition et celle de l'Ile de Khé (IG'27) surpassèrent en honte et en maladresse celle de Cadix. Burkingham, tout à la fois ministre, amiral et général, sembla se déshonorer à l'envi sous chacun de ces trois rapports. 11 revint en Angleterre, également méprisé ou détesté de ses ennemis et de ses concitoyens; n'ayant attaqué les Français que par une honteuse et stérile perfidie ; n'ayant soulevé les habitants de la Rochelle que pour les livrer à la vengeance de Richelieu; n'ayant levé une armée anglaise que pour en sacrifier inutilement les deux tiers; assailli par les cris de toutes les familles qu'il avait mises eu deuil, et foreé par la détresse de convoquer un troisième parlement, après avoir insulté, meurt et cassé les deux précédents. Il l'ouvrit en disant « que le roi « aurait pu s'en passer; et que si l'on différait de « voter les subsides, Sa Majesté trouverait d'autres « moyens de pourvoir il ses besoins. » H le rondin it en semant la discorde entre le roi et «on peu- I le, qui ne demandaient alors qu'à s'entend rc. 11 Plipportn impatiemment que, dans les débits, on fnppel.it l'entrepreneur de la misère publique, tandis qu'on reconnaissait dans le cerur du roi le sanctuaire de toutes les vertus. Ne sachant ni céder ni résister à propos, il luUa jusqu'à la dernière extrémité contre celte fameuse pétition de droits qui, comme le disait Wenlworlh, « ne faisait que res- « susciter les libertés vitales des Anglais ; » il se désista précipitamment de son opposition, sur la nouvelle que le* communes dressaient contre lui un acte d'accusation capitale; et il ne songea mémo

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pas à se prévaloir du consentement royal, donné à la pétition, pour disperser les vainqueurs, et sortir au moins sain et sauf de la bataille qu'il venait de perdre. Les dénonciations reprirent leur rours. La chamhrc des communes se crut as«cz indulgente en ne suivant pas son projet d'une accusation capitale devant la chambre des pairs; mais par des remontrances solennelles, où toute la conduite du favori fut sévèrement passée en revue, la chambre supplia le roi d'écarter de sa personne et de ses conseils le duc de Burkingham, qui, par l'excès et l'abus de son pouvoir, avait été la principale cause des malheurs publics. La réponse du monarque fut une prorogation subite du parlement. Charles sonne aussitôt a effacer par l'éclat de la gloire militaire le désavantage de la lutte politique : une nouvelle expédition fut résolue pour secourir les protestants de la Rochelle et le grand duc, ainsi qu'on l'appelait, en fit donner le commandement a son lieau-frére, le comte de Denbi'.'h. Bnckingham, en se montrant général incapable, avait du moins été brave soldat : Denbigh n'osi pas même s'approcher de la flotte ennemie. Après une promenade oisive sur les mers, il ramena dans les ports consternés de la Grande-Bretagne le pavillon britannique déshonoré. Le roi, enfin mécontent, ordonna qu'à l'instant même Buckingham allât se mettre en personne à la tête d'un armement nouveau. Le duc refusa. • L'Angleterre vous re- « garde, dit le roi, et je le veux. » L'expression était nouvelle pour cet impérieux favori; mais il fallut obéir. L'expédition qu'il allait commander devint aussitôt le seul besoin tic l'Etat. L'n armement immense fut préparé avec une célérité incroyable. Tons les subsides que le parlement venait d'accorder y furent employés. I.c duc était à Portsmouth, prêt à s'embarquer ; obligé de vaincre, car toutes ses ressources étaient consumées, mais rendu à la confiance par les vastes moyens dont il s'était environné ; remonté dans la faveur de son maître par les derniers efforts de son zèle ; couvert de faveur, d'espérance, et presque de gloire. Cet homme, dont le nom seul donnait l'idée du plus haut degré de pouvoir, qui avait bravé les clameurs de son pays, les dénonciations des deux chambres, la haine de Richelieu et d'O- Iharès, jusqu'au mécontentement des deux maîtres sous le nom desquels il avait régné ; cet homme environné de tant de courtisans, de gardes, de soldats, périt le 89 août 1628 par le poignard d'un fanatique Obscur qui n'avait pas même de complices (voy. Fbxtov) : digne sans dotite de quelque intérêt h l'instant de sa mort, car il périssait par un crime, et peut-être la veille du premier service qu'il eût encore rendu à sa patrie; mais, du reste, né pour le malheur de cette patrie ; trop excuse par Ctarendon, incapable de gouverner un seul de ses mouvements, et prétendant gouverner l'Europe; ne rachetant ses vices par aucune vertu réelle ; plutôt dissipateur que libéral; plutôt téméraire que brave ; bon ami, a-t-on prétendu, c'est-à-dire qu'il voulait des créatures, et ne pouvait ni supporter un caractère noble, ni recevoir un conseil sage ; bon parent, c'est -à-dire qu'il dévoua tous ses proches à l'en-

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