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dans les Mémoires de l'académie royale de» sciences i de Paris, dans les PMlosophical Transactions, etc. I On conserve de lui plusieurs ouvrages manuscrits à la bibliothèque royale- de Copenliague. Membre de la société royale de Londres, de Stockholm, de St- Pétersbourg, etc., Bugge eut une vie non moins illustrée, mais beaucoup plus heureuse que celle de son compatriote Tycho-Brahé. Z — o.
BUGLIO (Louis), jésuite sicilien, missionnaire à la Chine, né à Palermc, le 26 janvier 1000, entrait dans sa septième année, lorsqu'il fut reçu, avec dispense d'âge, chevalier de l'ordre de Malte; mais sa piété naissante ne lui inspirant que du dégoût pour le monde, il entra chez les jésuites, en 1625, âgé de dix-sept ans. Après avoir achevé son noviciat, il fut envoyé au collège Romain, où il perfectionna ses études par l'exercice de l'enseignement jusqu'en 1634. Son goftt l'appelait aux travaux de l'apostolat, et il obtint du Père général d'être destiné aux missions de l'Orient. Il se rendit à Lisbonne, où il s'embarqua pour les Indes, et arriva, en 1630, à Goa. De là, sa course devait se diriger vers le Japon; mais, ayant appris que la religion chrétienne venait encore d'être proscrite dans ces Iles, et que tous les ports étaient rigoureusement fermés â ceux qui la prêchaient, il tourna ses vues vers les missions de la Chine, et prit la route de Macao, oii il arriva en 1637. La Chine était alors livrée à l'anarchie et à tous les désordres qu'entraîne un changement de dynastie. Les Tartares avaient commencé la conquête de cet empire. Des aventuriers chinois, à la tête de corps d'armée, s'étaient emparés de quelques provinces qu'ils dévastaient. Les PP. Buglio cl Magalhaens, eu pénétrant à la Chine, tombèrent dans un île ces partis, dont le chef, appelé Tchang-hien-tchonj, est devenu fameux dans l'histoire chinoise par les Ilots de sang qu'il a fait couler. Les deux missionnaires furent condamnés â mort. Cependant un hasard, aussi heureux qu'inattendu, les lit écliappcr à ce premier danger. « Mais ils tombèrent bientôt dans un au- « tre, ° dit le P. Dorléans, qui a consigné ce fait dans son Histoire des deux Conquérants tartares; « car, ayant pris la résolution d'aller se présenter « au générar des Tartares, comme ils approchaient c de son camp, quelques t rouîtes avancées, qui n'en- « tendaient pas leur langue, les ayant pris pour des « espions, les percèrent de llèches, et les laissèrent « tous deux pour morts Le P. Buglio avait dans le « corps le fer d'un javelot, que ni lui ni son com- « pagnon ne pouvaient arracher, lorsque le P. de k Magalhaens trouva une sorte d'outil, dont il se t servit avec succès. Pendant (pic les deux religieux « étaient ainsi occupés â se soulager l'un l'autre, o leurs plaies étant déjà bandées, ils virent venir à a eux un autre escadron de Tartares. Le traitemeut « qu'ils venaient de recevoir leur fit mal augurer de « celui qu on allait leur faire ; mais ils furent agréa- « btement surpris, quand le chef de la troupe, ayant « appris leur accident, et ayant bien deviné qui ils « étaient, les aborda civilement, leur témoigna le « déplaisir qu'il avait de leur aventure, et les fit
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« porter dam son camp. Il pourvut a tous leurs be- « soins et les vit tous les jours panser, jusqu'à ce e qu'étant enfin guéris, il les mena avec lui â Pé- « kin, où ils trouvèrent Je P. Adam Schall, déjà « très en faveur auprès du jeune empereur CIiub- « tchi. » Le P. Buglio ne tarda pas à se livrer à toute l'ardeur de son zèle pour la conversion des Chinois, et il y travailla pendant quarante-cinq ans. La chrétienté de la province de Sé-lchuen fut longtemps celle à laquelle il donna tous ses soins. Après la mort de l'empereur Chun-tchi, et pendant la minorité de son fils (le célèbre Khang-hi), tous les missionnaires, par ordre des quatre régents de l'empire, furent arrêtés, chargés de chaînes et exilés a Canton, à l'exception de trois, que leurs talents firent conserver à Pékin. Le P. Buglio fut de ce nombre. Il eut part, avec les PP.Verbiest et Magalhaens, a la réformation du calendrier chinois, et ne contribua pas moins que ses collègues au rappel des missionnaires exilés, qui furent rétablis dans leurs églises, lorsque Khang-hi, devenu majeur, eut pris les rênes du gouvernement. Le P. Buglio mourut à Pékin, le 7 octobre 1682, âgé de 77 ans. Il parlait et écrivait le chinois avec uuc étonnante facilité, et il a publié en cette langue, pour le service des missions, un très-grand nombre de petits ouvrages, indépendamment de quelques autres plus considérables, tels que les traductions chinoises du Missel et du Rituel romain, imprimées à Pékin, dans la résidence des missionnaires, un Abrégé de la Somme théologique de St. Thomas, un Recueil de décisions de eus de conscience, une Apologie de la religion chrétienne, etc. On croit qu'il a aussi laissé en manuscrit une version chinoise du Bréviaire romain. On trouve un éloge de Buglio, |iar le P. AI bcrli, dans l'Histoire des Jésuites de Sicile. G — R.
BUGLIONI (Fiusçuis), sculpteur, né à Florence en 1478, gagna la bienveillance de Léon X autant par son érudition et son goût pour la musique que pour son talent comme statuaire. Ce pontife lui confia plusieurs travaux. Le portrait de Buglioni, qui mourut à Florence en 1520, se voit en bas-relief sur son tombeau dans l'église de St-Onfroy. — Un autre Bi'GLiOM, qui vivait vers l'an 1500, modelait habilement des figures en terre, qu'il couvrait d'un vernis dont il avait le secret et qui les préservait des injures de l'air. Z— o.
BUGNON (Didieh), premier ingénieur et géographe du duc de Lorraine. On trouve dans Y Histoire de Lorraine, par D. Calmet, la carte générale des duchés de Lorraine et de Bar et des Trois-Évèchés, suivie des caries particulières des diocèses de Metz, Toul et Verdun, et de l'archevêché de Trêves, leur métropole, dressées en 1723, sur les mémoires de Didier Bugnon. Ces mémoires manuscrits, mais dont il existe plusieurs copies, comprennent principalement un Pouitlé ( Polium ) géographique des duchés de Lorraine et de Bar, composé en 1703, par ordre du duc; et un autre Pouillé des Trois-Evéchés. D. Calmet cite plusieurs fois ces mémoires avec éloge. Il i»rle aussi d'un Dictionnaire géographique de la Lorraine composé par bugnon.
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et dont il s'est servi dans la notice de ce duché. Bugnon a publié une Relation exacte concernant Us caravanes ou cortège des marchands d'Asie, Nancy, 1707, in-89. V— VI.
BUGNOT (dou Gabriel), bénédictin de la congrégation de St-Maur, né^à Sl-Dizier, en Champagne, professa la rhétorique dans différente collèges de son ordre, et mourut prieur de Bcrnay, le 21 septembre 1673. 11 faisait bien les vers latins et parlait la langue grecque avec facilité. Outre plusieurs ouvrages demeurés manuscrits, on a de lui : 1 • Vita et régula S. Benedicti car minibus expressœ, Paris, 1662, in-1 2 ; réimprimé eu 166.) et 1669; 2° Sacra Elogia tanctorum ordinis S. Benedicti versibus reddita, Paris, 1663, in-1 2; 3» J. BarclaiiArgenidis pars secunda et terlia, sous le titre iYÂrchombrotus et Tlieopompus, Paris, 1669, in-8°. C'est une continuation de Y Argents, roman allégorique qui avait encore beaucoup de vogue alors; il en a rendu la narration plus agréable, en y insérant beaucoup de vers : on trouve à la fin deux églogues de sa composition. Cette suite de Dugnot fait le 2» volumo de l'éditiou dite Variorum. — Etienne Bcgnot, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, est auteur de la Vie d'André Bugnoi, colonel d'infanterie, Orléans, 1665, in-1 2 (1). André Bugnot, mort en 1663, était frère d'Etienne; l'un et l'autre parents de D. Gabriel. C. M. P.
BDGNYON (Philibert}, en latin BuctfOMUs.
né à Maçon, mort en 1590, prend, à la tète de ses ouvrages, le titre de conseiller et avocat du roi dans l'élection de Lyon. A l'exemple des poêles de son temps, il célébra dans ses vers une beauté qu'il nomme Gélasie, c'est-à-dire rianle. Toutes les pièces qu'il avait composées a son honneur ont été recueillies sous ce titre : Êrotasmes de Phidie et Gélasie, plus le chant panégyrique de Vile Pontinr, avec la gaieté de mai, Lyon, 1537, in-8". C'était parler grec en français. Un ouvrage plus intéressant de Bugnyon est son traité des lois abrogées en France : Ltgum abrogatarum in curiis regni Francia Tractalus, I.yon, 1564, in-8% souvent réimprimé; la meilleure édition est celle de Bruxelles, 1702,in-fol. L'auteur regarde comme un principe très-ancien et très-respectable de ne point rendre les places de magistrature vénales. Cet ouvrage a été traduit en français, Lyon, 1568, in-8»; Paris, 1602. in-4°. Il est l'éditeur du Chronicon urbis Malissanœ, Lyon,
1559, in-8°, rare. Bugnyon, qui en avait rangé les faits dans un meilleur ordre, s'en donna pour l'auteur; mais on sait qu'elle est de Fr. Fustaillcr. Elle a été traduite en français par Nie. Edoard, Champenois, sous ce titre : Chronique de Mascon, Lyon,
1560, in-8°. La traduction est moins recherchée que l'original. Ce petit ouvrage, sans preuves et assez négligé, n'a d'autre mérite que sa grande rareté. On a encore de Bugnyon : 1» Remontrances (aux états
«) Petit volame de 400 p.. dont le litre exact «t : Histoire rieewltpotr terrtr de prwt a lé r&ttt du p*rS<Ho,rt, etc., renfitc far proctwcrkéus dreuét m IMS tt 4664, eree m t*r*$e de U ri* et de U *„rf fAmlri Bug**, tlt. D. Taula alirilHW mal a |io|«» cet outrage a D. CabrWsl.
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de Blois) pour la pais, Lyon, 1576, in-12; il y prêche la tolérance pour les calvinistes; 2° Comtnenlarius de Us quœ in comitiis Blesensibus acta sunl, 1577, in 8°. W— s.
BUUAHYLYHA-BYNGEZLA, médecin arabe, dont les vrais noms sont Abou-Ali-Yaiita , surnommé Ibn Djazlak, était chrétien d'origine, et fut converti à l'islamisme par un docteur motazélitc , l'an 466 de l'hégire (1073 de J.-C). Aussitôt après avoir embrassé la doctrine du Coran, il écrivit un petit traité où il combattit celle de l'Évangile, et accusa les chrétiens cl les juils d'avoir retranché de la Bible les passages qui annonçaient la venue de Mahomet. Ses traités de médecine, écrits pour le calife Moctady Bi-amrillah, lui ont acquis plus de célébrité : 1» Tecouym el-abdan fy tadbyr el-insan, traduit en latin par Sarragulh , juif, sous ce titre : Tacuini a-griludinum et morborum ferme omnium corporis humani, cum curis eorumdem, Buhahilyha Bingeila autore, Strasbourg, 1532, in-fol., réuni à diverses autres traductions de l'arabe. Cet ouvrage est rare, et n'a d'autre mérite que celui de son antiquité. Il est dédié à Charles d'Anjou , frère de St. Louis, roi de Sicile. 2* Mcnhadj et-beyan fy ma yestemel el-insan : c'est un Dictionnaire des drogues, estimé; il n'a été ni traduit ni publié. 5e Divers autres opuscules, dont on peut voir la nomenclature dans Ibn-Khilcau et Abou-lbn-Osaïbah. Ibn Djazlah mourut en 493 de l'hégire (1099 de J.-C), selon Aboul-Féda. Il parait qu'il avait passé une grande partie de sa vie à Bagdad. J — ff
BUHAN (Josepii-Miciiel-Pascal) , littérateur, né à Bordeaux, le 17 avril 1770, était fils d'un avocat qui mourut procureur-syndic de celle ville, en 1788. Destiné au barreau, le jeune Buhan lit ses éludes dans sa ville natale et y plaida sa première cause eu 1792 ; mais la révolution l'interrompit dans sa carrière. 11 partit, en mars 1793, pour l'armée de la Vendée, dans un bataillon de volontaires de la Gironde, et y devint bientôt officier d'ordonnance du général Boulard. La faiblesse de sa vue l'ayant obligé de quitter le service actif, il entra pour quelque temps dans l'administration des transports et convois militaires à l'armée des Pyrénées occidentales. Devenu un des propagateurs de la résistance i|ue plusieurs départements du Midi opi •osèrent à la convention pour la défense des Girondins , Buhan fut mis hors la loi. Après le 9 thermidor, il vint à Paris et fut employé quelques années comme chef de correspondance au ministère de la guerre. Ccst alors que ses liaisons avec Andrieux, Legouvé, etc., le déterminèrent à se livrer à la littérature, sans toutefois négliger de suivre le cours de législation que faisait alors Perreau de la Vendée, dont il fut l'ami. Il se lia aussi avec quelques vaudevillistes, et devint leur collaborateur. Après la révolution du 18 brumaire, il retourna se lixcr à Bordeaux, et fut membre du barreau de celle ville, et où il eut pour confrères MM. Lainé, Ravez, etc. En 1811, il lit partie du tribunal des douanes, et depuis 1814 il se livra exclusivement à la profession d'avocat. En 1821 , il fut nommé censeur ; et, à la fin de la même
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année, ses confrères l'élurent bâtonnier de Tordre. Butian est mort à Bordeaux, le 24 février 1822, laissant de sa nièce qu'il avait épousée quatre enfants sans fortune. Comme il avait adhéré avec enthousiasme à la révolution opérée à Bordeaux, le 12 mars 1814, par l'arrivée du duc d'Angoulème, ses puissants amis firent obtenir à sa veuve une pension de 1,200 francs, quoiqu'elle fût fille d'un ancien procureur impérial dont M. de Peyronnet, garde des sceaux, n'avait pas eu à se louer. Buhan avait été membre de l'académie de Bordeaux et de quelques autres sociétés littéraires. Voici la liste de ses ouvrages, plus exacte et plus complète que celle que V Annuaire nécrologique de M. Mahul et la France littéraire de. M. Quérard ont copiée dans la Biographie de* vivant*. Buhan a donné au théâtre du Vaudeville : 1° ( avec Armand GoufTé ) Hippocrate amoureux, 1797, dontPiis réclama la paternité, bien que la pièce ne méritât pas de faire plus de réputation à cet auteur qu'aux deux autres. Les élèves de l'école de médecine la sifflèrent pour leur honneur et celui d'Hippocrate. 2° (avec MM. de Chazet, Creuzé-Delesser et Dupaty) les Fronçai* à Cythère, 1707, in-8°, allusion à la conquête des lies Ioniennes, au nombre desquelles est Cérigo, l'ancienne Cythère. 5° (Avec Armand Gouffé) Jacquet le falaliite.HQS, in-8». 4° ( Avec Léger et M. de Chazet) II faut un état, ou la Revue de l'an 6, 1798, in-8°, pièce qui obtint un succès de vogue justement mérité, ainsi qu'au théâtre des Troubadours, où elle fut transportée en 1799.5 Buhan donna seul, en 1799, Colombine- Arlequin, ou Arlequin lorcier, qui ne réussit pas. 6* (Avec Armand Gouffé et Besfougerais) Gillet aéronaute, ou r Amérique n'ett pa* loin, 1799, in-8°, pièce relative à une ascension de Lalande avec Blanchard, qui s'était vanté d'aller en Amérique dans un ballon. 78 Revue de* auteur* vivant*, grand* et petit», coup d'œil tur la république de* lettre* en Fra nce, par Mit impartial t'il m fût, Lausanne et Paris, 1799, in- 18. Il y a de l'esprit dans ce petit dictionnaire qui ne contient que 86 pages ; mais l'auteur* a eu tort de parler de son impartialité. Le grot Chénicr, le pudique Nouvel, le philotophe Garât, y sont fort maltraités. On y trouve même des personnalités fort peu obligeantes contre quelques auteurs encore aujourd'hui vivants, et avec lesquels Buhan a dû avoir sympathie d'opinions politiques; et comme il se félicite, dans sa préface, d'avoir gardé ["incognito de peur d'être battu, U serait possible que la découverte de l'auteur anonyme et la crainte des résultats qu'elle pouvait avoir l'eussent déterminé â quitter Paris. 8° Réflexion* tur l'étude de la légitlation, et sur la meilleure manière d'enseigner cette science, 1799, in-8*. C'est l'analyse des leçons du savant professeur son ami. On trouve des pièces de poésie de Buhan dans les journaux et recueils du temps , entre autres dans le Journal de* Mute*, dont il publia quelques numéros, en 1798, avec Margerel et Labiée ; mais il n'a rien inséré dans le recueil des Dinar* du vaudeville, dont il ne faisait point partie. On lui attribue d'autres pièces de théâtre : (avec Armand Gouffé) Aline, reine de Golconde, différente
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de l'opéra dont M. Berlon a fait la musique; Arlequin mannequin ; ( avec Diculafoi ) YEtpiègU , ou Sont-ellt* deux? opéra-comique dont la représentation n'eut pas lieu, à cause de la mort de Della- Maria qui en composait la musique ; ( seul ) Montezuma, ou le* Mexicain*, tragédie en 5 actes, non représentée. Enfin on a de Buhan le Temple de l'Amour, ouvrage inédit en prose et en vers. A — T.
BUHLE ( Jean-Théophile ), savant allemand , naquit â Brunswick, le 29 septembre 1765. Son père, qui était connu par plusieurs ouvrages, et qui occupait à la cour ducale l'emploi de médecin, lui fit donner une excellente éducation. Étant encore enfant, il eut, par une chute, la langue coupée en deux parties; ce qui exigea une opération que sou père exécuta avec tant de succès que la prononciation du jeune Buhle n'en fut pas même altérée. Doué d'un goût très-vif pour les études littéraires et d'une mémoire prodigieuse, il apprit beaucoup et très-rapidement. Travaillant quinze heures par jour, il lut un grand nombre d'auteurs latins et grecs, et se familiarisa en même temps avec l'histoire littéraire et avec les langues. A seize ans, il composait de jolis vers qui, tout dépourvus qu'ils fussent de ce feu créateur qui est l'essence de la poésie, n'en prouvaient pas moins beaucoup de souplesse cl de facilité. Toutefois, au lieu de grossir d'une médiocrité de plus la foule des versificateurs ordinaires, il s'adonna de préférence aux études philologiques et philosophiques. Sa pénétration, son esprit méthodique et net, sa tendance â tout soumettre à l'analyse, le rendaient éminemment propre à des travaux de ce genre. A dix-huit ans, il fit comme professeur, et avec beaucoup de succès, un cours de littérature philosophique. Deux ans après (1783), il se rendit à l'université de Goettingue que toute l'Allemagne alors proclamait une nouvelle Athènes. Buhle y rencontra, dans l'illustre Hcyne, un professeur et un ami. Dirigé par les conseils de cet homme célèbre , il concourut, l'année suivante, pour un prix dont le sujet était un calendrier de la Palestine, et il remporta la palme. Ce triomphe répandit beaucoup d'éclat sur le nom de Buhle, qui dès lors s'occupa de grands travaux. Les princes d'Angleterre s'étant rendus à la cour de Brunswick, il fut 'placé près d'eux en qualité de lecteur des langues grecque et latine. Nommé, en 1787, professeur extraordinaire de philosophie â Goettingue, il obtint, cinq ans après, le titre de professeur ordinaire. L'enseignement de Buhle fut plus remarquable par l'érudition et la solidité que par le brillant. Il était classé parmi les professeurs les plus estimés de l'Allemagne, lorsque le contre-coup des événements politiques se fit sentir jusque dans l'université de Goettingue; Buhle, privé de sa chaire, retourna dans sa patrie, et resta quelque temps dans l'inaction. Alors il contracta un mariage que le divorce rompit bientôt ; et ses chagrins furent encore augmentés par une gêne excessive. 11 refusa cependant une chaire en Autriche; mais il accepta de la Russie des offres qui lui parurent plus avantageuses. Ce fut l'université de Moscou qui lui proposa la chaire de philosophie, d'his-
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loirc et de littérature anciennes, avec 2,000 roubles de traitemeni et le titre de conseiller d'Etat. Dans cette nouvelle position, son genre de vie devait être tout différent. A Goettingue il avait pris l'habitude de travailler douze à quatorze heures par jour, et il avait eu pour maxime que six heures de sommeil suffisent au savant. Aussi tous ses grands travaux sont de celte époque, et il n'en lit plus de semblables dans la suite. Après avoir payé en passant au tombeau de Kant, a Kœnigsberg, son tribut d'hommages, il se rendit à Moscou, et à peine installé dans sa chaire, il fut encore chargé de l'inspection de toutes les écoles du pays. Cependant il truuva le temps de rédiger, à l'uidc d'un traduotcur russe, une Gazette littéraire, Moscou, 1803-7, in-4°, a laquelle il lit succéder un Journal de» beaux-arts, 1807, in-8*; et publia des Recherches sur les dieux pénales apportés suivant la tradition par Enée dans le Latium, Moscou, 1805, ln-4*. 11 s'adonna aussi à l'étude de l'histoire de Hussic , et il lit imprimer ]' Estai d'une bibliographie critique de cette histoire, dont le 1" volume parut à Moscou en 4810. Cet ouvrage est resté incomplet. La mort de son protecteur Mouravief, les guerres qui causèrent une dépréciation du papier-mounaic de la Russie, et la vie dissipée qu'il était obligé de mener au milieu des grandes familles de Moscou, troublèrent son repos. La grandc-duchcssc Catherine, femme du prince de HoUtein-Oldcnbourg {voy. Catherine), le nomma, en I8M, son bibliothécaire, et parla si avantageusement de son profond savoir à son frère, qu'Alciandre le lit venir à Tver pour le consulter sur les opérations de linances exigées par la dépréciation des assignats russes. Par suite de cette consultation, Buhlc fut attaché au conseil du prince d'Oldenbourg, avec 7,000 roubles d'ap|>ointements. Ces fonctions le jetèrent encore dans une carrière toute nouvelle et trèsagiléc. Car, a pciue eut-il suivi, eu 1812, le prince à St-Pctersbourg , que la guerre contre Napoléou le força encore de le suivre à l'armée. Buhlc resta auprès de la grande-duchesse , se rendit ensuite avec elle à Tver, puis à laroslav, au milieu du désordre de l'émigration générale causée par l'entrée des Français à Moscou. Il souffrit beaucoup, dans cette activité forcée, et il rédigea alors pourtant un parallèle entre l'expédition des Gaulois a Home, et celle des Français eu Russie, à peu près comme Barzoni ( voy. ce nom ) avait composé, en 1790, son Flaminius en Grèce. Ou conçoit que Napoléon en fut très-irrité, et que, par celte raison , Buhle dut être bien accueilli a St-Pctersbourg. A la fin de novembre 1812, lors du rclour du quartier impérial à Tver, il éprouva a son tour les rigueurs du froid qui avaient accablé l'armée française. Le prince d'Oldeubourg mourut le 27 décembre, de l'épidémie qui des hôpitaux s'était répandue dans la ville; Buhlc, quoique souffrant, suivit la veuve à St-Pétersbourg, et, en 1814, il s'embarqua avec elle pour Lubeck. Quittant alors son service, il revint, en août, dans sa ville natale, bien las du séjour de la Russie; aussi dissuada-t-il les jeunes savants d'accepter jamais de» places dans ce paya. On rcor-
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ganisait le collège Carolin de Brunswick -, Eschenburg, son ancien maître, avait une grande part a celte opération ; Buhle eut une chaire. 11 célébra la cinquantaine du professorat d'Eschenburg, suivant l'usage des universités allemandes, par la publication d'une pièce d'érudition : Episiol* ad Eschenburg, accidunt observationes criticm de Taeiti stylo advtrsus Bill, Brunswick, 1817. Il se chargea, pour les gazettes littéraires de Goeltingue et de Halle, de la revue des ouvrages nouveaux sur la Russie ; il prit part à l'Encyclopédie d'Ersch et de Gruber ; de plus, il forma le projet de continuer son édition des œuvres d'Aristote, ainsi que son histoire de la philosophie moderne, et de rédiger la relation de ses voyages en Russie. Enfin le gouvernement, en établissant la censure, lui avait confié cet emploi qui , par sa nature, excite tant de sarcasmes et d'inimitiés. Buhle fit tous ses efforts, dana ces nouvelles fonctions, pour satisfaire en même temps les auteurs et le souverain, mais il n'y réussit pas toujours ; et les désagréments qu'il éprouva furent au moins en partie la cause de sa mort. Trouvant trop vils quelques passages de l'ouvrage imlémique d'un de ses collègues, il l'avait engage a les modifier, et en avait reçu la promesse. On imprime ; quelle est la surprise de Buhle en voyant que pas un des cliangeinenis qu'il a demandés n'est effectué I Obligé d'en référer au gouvernement , il s'acquitta de ce triste devoir que lui imposait sa conscience ; mais l'inculpé ne lui pardonna pas cette démarche nécessaire, et fit tomber sur lui les traits d'une acrimonie telle que Buhle en fut affecte au plus haut point. Déjà la mort d'une sœur, compagne de toute sa vie, l'avait jeté dans une mélancolie profonde. Ce dernier coup l'acheva. 11 tomba malade, et mou rut -au mois d'août 1821. Ou a de Buhle un grand nombre d'ouvrages. Les plus importants sont le Traité de l'histobe de la philosophie et d une bibliothèque critique de cette science (en allemand), Goeltingue, 1796-1804, 8 vol. in-8% et VHietoire de la philosophie moderne depuis la renaissance des lettrée jusqu'à Kant (en allemand), précédée d'un abrégé de la philosophie ancienne, depuis Thaïes jusqu'en 14* siècle, Goeltingue, 1800-1809, 6 vol. in-8*, traduit en français par A.-J.-L. Jourdan, Paris, 1816, 7 vol. in-8*. La |»reroière de ces grandes publications avait été précédée d'une Histoire de la raison pliilosophique, Lemgo, 1795, in-8*, dont Ituhle n'a donné que le commencement. La seconde forme la sixième section de l'histoire des arts et des sciences depuis leur naissance jusqu'au 18* siècle, vaste monument élevé k frais communs par d'illustres professeurs de Goeltingue. Le travail de Buhle est un des plus précieux morceaux de ce grand ensemble. L'introduction peut-élre est un peu brève relative» ment au corps de l'ouvrage ; mais il faut penser que c'est une introduction, et que, restreint par le cadre général da tableau , Buhle ne devait commencer i donner des détails minutieux qu'à partir de h renaissance des lettres. Du reste, on ne peut que louer l'habileté et la fidélité avec lesquelles les divers systèmes sont expose». Quant k la manière dont il les
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juge, elle est Impartiale autant qu'on peut l'attendre d'un philosophe qui a lui aussi son opinion. Buhle est hautement kantiste. 11 voit tout du point de vue de la raison pure, et plus d'une fois il lui arrive de parler de l'influence délétère de la religion, de la foi. Que Pon ne s'y trompe pas néanmoins, ce point de vue exclusif ne peut induire en erreur. Buhle est conséquent et logique. Si l'on se place au même point, on verra comme lui ; qu'on se place sur un autre point, on verra différemment, et cependant n manière d'apprécier, de juger, aura été utile, même pour se séparer de lui. Le seul reproche grave que l'on soit en droit de lui adresser, c'est d'être pesant et ennuyeut. Ce n'est pas qu'un traité de* l'histoire de" la philosophie doive être attrayant comme un roman à la mode ; mais enfin il serait hon de ne pas rebuter ses lecteurs. Ni Tcnnemann, ni de Gérando n'ont ce défaut (1). Buhle a encore publié ! 1* Observations critiques sur Us mnnumenti historiques de la civilisation des anciens peuples celles et Scandinaves (en allemand), Goettinguc, 1788, ln-8*. 2* Précis de la philosophie transcendante, Goettingue, 1798, in-8\ 5» Manuel du droit naturel, Goettingue, 1799, in-8».4' Origine et Histoire des Rose-Croix et Francs-Maçons. Goettingue, 1805, in-8*. 5° De optima Rationequa historia populorum qui, ante seculum nonum, terras nunc imperio rUtsieo subjectas, prasertim méridionales, inhabitasse aut pertransisse /ërtm/ur, condiposse videeUur, Moscou, 1806, in-4«. 0* Prolusio de auctoribus suppellectilis Htlerariœ ad historiam rutsicam maxime spectantibus: buhle y réunît des détails intéressants sur plus de quarante anciens historiens russes. T Sur l'Origine de tespèee humaine et le sort de l'homme après sa mort, 1821. C'est après la mort de sa sœur et sous le poids de l'affliction que Buhle écrivit cet ouvrage ; il y émet des conjectures sur les idées que nous aurons après la mort ; il pense que la raison conservera les souvenirs de la vie d'icibas, même après la destruction du cerveau ; ou que c'est du moins une chose possible, sur laquelle au reste nous no pouvons établir aucun argument, puisque nous ignorons le mode de la continuation de notre existence au delà du tombeau. 8' Une excellente traduction allemande de Sextus Empiricus. 9* Une édition trea-eatimée de VOrganum, de la Rhétorique et de la Poétique d'Aristote, sous ce
(I) On s rrpwehé s YflUtotre 4e te pkihsspkle le désordre qui est le résultat de II saétliode throooiogiqac adoptée par Taulenr; on f,.ut lui reprocher aussi tu débit <la proportion (Uns U place qu'il a accordée aux divers objets de son livre; par exemple-, il ii't a que dix pages pour Fr. Baron, tandis qu'un bien plus grand nombre sont accordées 1 Vaitini, Cardan, Canpanelta, et qac Reid tu à peine neononné. On n'y parle point de Bardlli, de Boute rwerk et de Schilling ; mais Buhle leur avait donné place dans son Traiti 4e fhitteirt 4e h pMotopkie, etc. (t'est l'ouvrage précédemment elle). Si M. Joardan avait tonna relui ci, il n'efti sans doute pas manqué de le mute a contribution pour compléter ht livre qu'il a traduit. Au surplus, on peut prendre une idee des mérites et des imperlecUons de VHUtoire 4* la pMotopkie, en lisant deux articles dans les Archiva pkiloscpkiaues, pelitlquu et lude MM a 4Slt, son* la direction de M. Guliot, ar-
mm criticam et novam ver ti ont m latinam adjscit, etc., 5 vol. in-8», Deux-Ponts, 1792; Strasbourg, 1800. 10° Une édition des Phénomènes d'Aralus (Arati Phœnomena et Diosemia, etc.), Leipsick, 1793 1801, 2 vol. in-8°. 11° L'édition de la Correspondance littéraire de J.-D. Michaelis, Leipsick, 1794, 2 vol. in-8*. 12° Plusieurs articles dans des recueils périodiques allemands et russes, tels que les Commentaliones soc. rtg. scientiarum Goetting., lo Magasin de psychologie de Moritz et Pœkel', les Gazettes savantes de Goettingue, de Halle, de Moscou, la Bibliothèque delà nature et de l'art chet le* anciens. On peut y joindre YEncyclopédie d'Erscli et Gruber. Buhle allait , dit-on mettre sous presse un Recueil de voyages et une Histoire de Russie , lorsqu'il fut enlevé à la science. D — o et Val. P.
BUHON (le Père Louis), dernier inquisiteur do la foi dans le comté de Bourgogne, était né vers 1640, à Quingcy, petite ville bailliagère. Après avoir achevé ses études, il prit l'habit de St-Dominiquc, au couvent de Besançon, le quatrième de cet ordre en France, et ne tarda pas à se distinguer par son talent pour la prédication. Élu successivement aux premiers emplois de sa province, il fut pourvu, en 1672, de l'office d'inquisiteur général du diocèse. Il succéda dans celte charge au P. Vernerey, connu par ses démêlés avec l'abbé de St-Paul (voy. Alix), et que son excessive sévérité n'avait pas empêché de tomber dans des écarts de conduite qui le forcèrent de prendre la fuite pour se soustraire au châtiment qu'il méritait. Le P. Bubon se montra plus indulgent que son prédécesseur, ou du moins on n'eut à lui reprocher aucun acte rigoureux pendant sa courte administration. Il est vrai que les lumières, en se répandant de proche en proche, avaient déjà diminué le pouvoir de l'inquisition dans le comté de Bourgogne, où, pendant près de cinq siècles, elle avait ordonné un grand nombre de supplices. Deux écrivains consciencieux {voy. Cocjrbouzoy et Grappin) avaient entrepris l'histoire de ce tribunal ; et l'on doit regretter qu'ils n'aient pas entièrement accompli ce projet {!), d'autant plus que les registres et autres documeuts qu'ils avaient & leur disposition ont été brûlés à Besançon en 1794, dans une fête civique, par ordre du conventionnel Lejeune. ( Voy. ce nom.) L'inquisition fut supprimée en 1674, par la réunion de la province à la France ; mais le roi permit que le P. Buhon continuât de jouir du prieuré de Rosey, attaché à l'office d'inquisiteur, et il l'a possédé jusqu'en 1720. On peut croire qu'il ne fut point étranger à la fondation faite, en 1669, par sa famille d'un couvent de dominicains à Quingey, sous la condition de tenir un collège pour l'enseignement des belles-lettres et de la philosophie. — Le Père Gaspard Bubon, neveu du précédent, embrassa la règle de St-Ignace, et fut le premier jésuite qui reçut l'autorisation de professer la théologie à Besançon, où jusqu'alors ses i
(I) Cette histoire ett (te an aUle titwnù Umntimr. ouvrage turieui, imprime t Dole, de prés de 1,000 p., composé et publié par '