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élé publié dans le Magasin de la critique allemande de Schirach, et qui est un des meilleurs morceaux qu'ait écrits Burmann. 6* Chant* patriotiques avec des airs, Berlin , 1786, iu-8« : ces chants, au nombre de cinq , furent composés lors de l'avènement de Frédéric-Guillaume H an trône de Prusse. 7° lia. dinaçes, ou Preuves de la flexibilité de la langue allemande, Berlin, 1794, etc., etc. Ses fables, ses contes, ses idylles, son poème sur la liberté ont eu quelque succès dans leur nouveauté, mais sont à peu près oubliés aujourd'hui. On conserve encore, à raison de leur singularité, ses poésies sans r ( Gedichte ohne den Buchstaben R), Berlin, 1788, ln-8*, de 5» p. ; il parait que ce petit ouvrage est la suite d'un deli, et que l'auteur a voulu prouver que la langue allemande peut bien se passer de ces syllabes martelées dont on lui reproche la dureté. G— T.
BUHN ( Richard), auteur anglais, né à Winton dans le Weslinoreland , et élevé à l'université d'Oxford, qui lui conféra en 1769 le degré de docteur en droit, fut pendant quarante-neuf ans vicaire d'Orton , où il mourut en 1783. Il fut, en outre, un des juges de paix des comtés de Westmoreland et de Cumberland, et chancelier du diocèse de Carliste. On a de lui : 1* les Devoirs d'un juge de paix. 2« Le Droit etclésiasiique. Ces deux ouvrages jouissent de beaucoup de réputation , et font autorité en Angleterre, où ils ont eu un grand nombre d'éditions. La 2e édition du Droit ecclésiastique, que nous avons sous les yeux, est de Londres, 1767, 4 vol. in-S«. 5° Histoire et Antiquités de Westmoreland et de Cumbcrland (conjointement avec Joseph Nicbolson ), 1777, S vol. in-4°. X— s.
BURNABY (AxnnÉ), ecclésiastique anglais, voyagea, en 1759 et 1760, dans la partie des colonies anglaises d'Amérique comprise enlre >Villiamsbourg en Virginie et Boston. La relation de ce voyage, qu'il publia à Londres en 177S, fut bien accueillie du public. L'auteur devint ministre a Greenwich. Son livre a été traduit en allemand, puis en français : Voyages dans les colonies du milieu de l'Améiique tejitenlrionale, traduits d'après la 2* édition, par Wild, Lausanne, 1778, in- 12. Les observations que l'on y trouve, sans être très-profondes, sont intéressantes, exactes et variées. M— s.
BL'RNES (1) (Robert), poète écossais, né le 25 janvier 1759, à Ayr, comté d'Ayr, était lib d'un pauvre jardinier. 11 apprit a lire, à écrire, à entendre même un peu de français, dans une école «le son village ; et son père lui enseigna les premières règles de l'arithmétique. Là, sans doute, se serait arrêtée son éducation, si la lecture du petit nombre de livres que lui procura son maître d'école Murdoch, savant obscur qui plus tard fut nommé professeur de langue et de littérature anglaise à Ayr, ne lui eut inspiré le désir d'étendre ses connaissances. Les vies des héros de l'antiquité, la lecture des romans de chevalerie, et les discussions théologiques , familières aux Écossais, échauffèrent tour à tour sqn imagination. La lec-
(«) Cm I tort qn I» ptiirart d« bMgrarh« écrireat Btrni,
ture des poètes anglais vint enfin lui révéler, pour ainsi dire, son génie; mais, élevé au milieu dé la nature sauvage de l'Ecosse, l'imagination remplie d'abord de ses singulières traditions, il en conserva dans ses ouvrages l'originalité et même la bizarrerie. l-a plupart de ses poésies sont des chants populaires dans le dialecte écossais , mais remarquables par la chaleur, la force et l'éclat de l'imagination. L'amour fut le premier objet de ses chants ; Burnes y fut très-souvent sensible; mais 11 ne suffisait pas pour bannir le sentiment de mélancolie où le plongeait une situation contraire aux goûts de son esprit. Les plaisirs de la société étaient les seuls qui pussent le distraire : il s'y livrait avec une sorte de passion ; mais ses sociétés ne purent d'abord être d'un genre bien distingué ; il y contracta les plus funestes habitudes d'intempérance. Cependant il commençait à être connu dans le voisinage ; sa conversation y était aussi recherchée que ses vers, et lé • dégoût pour son état augmentait tous las jours. Il cherchait tous les moyens de se soustraire au travail manuel auquel il paraissait destiné, et pour lequel il était si peu fait. Ayant quitté la maison paternelle, il vint A Invin s'associer avec un tisserand ; la maison qu'il habitait fut brûlée, et il se trouva entièrement ruiné. Son père mourut en 1781, et laissa toute une famille dans la misère. Burnes crut rétablir leurs affaires en prenant une ferme, conjointement avec sort frère, et ne fut guère plus heureux. Rien ne lui réussissait, et ne pouvait guère réussir à un homme dont l'esprit et l'imagination étaient toujours emportés loin des objets dont il chcrcliait à s'occuper. Enfin, Robert se trouvant sans ressource et sans espoir, on lui proposa une place d'inspecteur des plantations à la Jamaïque, qu'il accepta ; et, pour fournir aux frais de son passage, il publia à Kilmarnock, par souscription, un volume de ses poésies. Ce recueil attira sur lui l'attention du public, et il était près de partir pour la Jamaïque, lorsqu'il reçut une lettre du docteur Blacklock. Ce poète aveugle, sorti, comme Burnes, par son talent, d'une classe obscure, l'engageait à se rendre à Edimbourg, dont le séjour lui devait être profitable, et où il pourrait donner unc nouvelle édition de sort recueil. Oubliant son premier projet, Burnes partit aussitôt pour la capitale, où il arriva au mois de novembre 1786. Il y fut accueilli avec transport par les littérateurs les plus distingués, et admis dans les sociétés les plus brillantes. On ne parlait que du laboureur du comté d'Ayr. Le docteur Blair, Bobertson, Grégory, Uugald- Stewart, Mackensie, Frazcr-Tyler et lord .Monboddo surtout, s'empressèrent de le fêter. C'est alors qu'il fut élu président d'une loge de francs-maçons, et admis avec distinction dans le club le plus célèbre de toute l'Euro|>e, le Caledonian-Hunt, réunion de la plus haute noblesse écossaise, présidée par lord Glencairn, à qui Burnes dédia ses u?uvres poétiaues. Burnes justifiait cet empressement. Son langage, d'une étonnante pureté, était au-dessus de son éducation, et son maintien au-dessus de sa position. Quelque chose d'animé et de noble prévenait en sa faveur, et écartait l'idée de la pro-
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tection. Sans orgueil et sans insolence, simple dans ses manières, il savait soutenir une dignité naturelle, due à l'indépendance et au désintéressement qui faisaient le fond de son caractère; mais une seule tache détruisait l'effet de ces heureuses dispositions. Le besoin de société lui faisait rechercher la plus mauvaise compagnie comme la bonne. Deux ans de séjour à Edimbourg « «infirmèrent son penchant à une débauche grossière, et ses habitudes le repoussèrent constamment dans l'état d'où tendaieut à le tirer ses talents et son caractère. En 1788, se trouvant en possession de 500 liv. sterl., fruit de la nouvelle édition de ses |>oésies, il en envoya d'abord 200 à son frère, puis prit dans le comté de Duinfries une ferme dont le propriétaire eut soin de rendre les baux très-avantageux pour le fermier poète. Il épousa en 1789 une jeune personne, miss Jeanne Armour, qu'il avait aimée plusieurs années auparavant, et a laquelle alors l'état déses|>éré de ses affaires ne lui avait pas permis de s'unir. Les suites de leur amour n'avaient pu se cacher ; la jeune fille avait été chassée de chez ses parents, et Rurnes se hâta, aussitôt qu'il le put, de remplir les devoirs qu'il avait contractés envers elle. A cette époque, dégoûté de sa ferme, il la vendit, et obtint un emploi de collecteur dans l'excise, d'abord a l'octroi de l'Ellisland, ensuite à celui de Dumfries. Des opinions trop favorables à la révolution française faillirent lui (aire perdre celte position. 11 avait cependant quelque espérance, lorsqu'une mort prématurée, suite de ses débauches, qui avaient détruit un tempérament robuste, l'enleva le 18 juillet 1796, à l'âge de 37 ans. Sa mort lit une grande seusalion dans Dumfries. Les volontaires de cette ville lui rendirent les honneurs militaires, et une souscription fut ouverte en Ecosse et en Angleterre, pour une nouvelle édition de ses œuvres, qui fut vendue au profit de sa femme et de ses enfants. Un monument fut érigé en 1820 à la mémoire du poète écossais dans le comté d'Ayr, près du lieu de sa naissance, entre les deux ponts de Doon et d'AIloway-Kirk : les frais en furent laits par vingt-quatre loges de francs-maçons. Ses ouvrages sont trèsestimés en Angleterre, et il est peut-être un des génies les plus distingués parmi ceux qui se sont élevés presque sans culture. 11 fiait, disait-il lui-même, devenu poète à la charrue, comme Élie y était devenu prophète. 11 a paru en 1800; en 4 vol. in-8*, une édition complète de ses œuvres, publiée par souscription, au profit de sa famille, par le docteur Currie, de Liverpool, qui y a ajouté uue notice biographique et quelques autres écrits. La correspondance de Burnes occupe le 2* volume et la moitié du 4*. Ses poésies ont été réimprimées séparément sous le titre de Poésies, principalement dans le dialecte écossais, Glascow, 1804, 4 vol. in-18. On a publié, il y a quelque temps, sous le titre de Reliques de Burnes, un recueil nouveau de ses lettres et de ses poésies. C'est le seul poète anglais, dit W. Cooper, qui, étant né comme Sliakspcare, dans les derniers rangs de la société, n'ait pas dû une grande partie de sa réputation à la sorte d'intérêt, qu'inspirent n*
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turellement la bassesse de la naissance et le défaut d'éducation. Il a paru en 1823, à Edimbourg, une biographie de liurnes par Lockhardt, sous ce titre : the Ufe of Robert Burns. Ses poésies n'ont pas été entièrement traduites en français; seulement des Morceaux choisis de Burnes, poêle écossais, traduits par MM. James Aytoun (Écossais), et J.-B.Mesnard, ont été publies, Paris, 1826, in-18. S— D.
BURNES (Alexanoer), lieutenant-colonel au service du gouvernement anglais dans l'Inde, chevalier du royaume uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, agent politique du gouvernement anglais dans le royaume de Caboul, compagnon de l'ordre du Bain, chevalier de l'ordre royal de la Légion d'honneur, naquit en Ecosse, à Montrose, le 16 mai 1805 Son arrière grand-père était frère de William Burnes, père du précédent. James Bûmes, |>ère d'Alcxander, magistrat distingué du comté de Foi far, lit élever son lils dans l'académie de Montrose , alors une des plus célèbres de l'Ecosse. Le jeune Burnes y lit d'excellentes éludes, et, à peine âgé de seize ans, en [sortit avec le grade de cadet dans l'armée de Bombay. 11 arriva dans cette résidence le 31 octobre 1821. On sait avec quelle encourageante sollicitude la compagnie des Indes suit et récompense les efforts des ofliciers intelligents qu'elle emploie. Des connaissances variées et plus solides que ne le comportait son âge, une grande facilité à apprendre les divers idiomes de l'Orient, un grand goût de l'étude et une direction déjà toute positive et toute pratique vers d'utiles travaux d'histoire et de géographie locale, firent bientôt distinguer Alcxander Burnes. En 1822 il fut nommé interprète pour le persan du Sadder-a-Doulet, ou cour d'appel de la province de Surate. C'est là qu'il poursuivit ses études ci se fortifia pendant trois ans dans la connaissance des langues vulgaires de la Perse. En 1823, le régiment dont il faisait partie fut envoyé dans le Cutch, pour réprimer une insurrection qui venait d'éclater dans celle province. Burnes n'avait pas encore vingt ans, et cependant déjà il était regardé comme un des officiers les plus distingués de l'armée des ludes : il avait été nommé, au commencement de l'expédition dans le Cutch , lieutenant et quarler-matler ( chef d'étatmajor} de sa brigade. Il eut le bonheur de rendre quelques services dans ce nouveau grade, et, au mois de novembre, la conqiagnie l'en récompensa par le grade d'interprète en chef de l'année, réunie sous les ordres du colonel Napicr, pour la conquête du Scinde. L'ex|iédition ne se fit pas; mais l'armée s'était avancée jusqu'aux bords de l'Indus, et Burnes n'avait pas négligé une occasion jusqu'alors unique d'étudier en géographe ce |>ays encore inconnu. Le fruit de ces études fut un premier Mémoire géographique et politique (1827), dans lequel, aux renseignements les plus précieux sur le pays, étaient jointes des vues d'un ordre tout pratique, sur l'extension possible des armes et du commerce anglais dans ces contrées inconnues. Le mérite scientifique de ce mémoire, et surtout les données positives qui y étaient renfermés, appelèrent l'attention du célèbre
Mountsraart Elphinstone, alors gouverneur de la présidence de Bombay. Les éloges du gouverneur et une récompense pécuniaire assez importante encouragèrent Burnes à publier, en 1828, un nouveau Mémoire sur la bouche orientale de l'Indus, suivi, deux mois après, d'un Complément très-remarquable. Désormais la route de Burnes était tracée, et ses études étaient dirigées vers un objet tout spécial. Le premier il avait compris l'importance de ces vastes contre us et donné l'éveil à l'ambition toujours croissante de l'Angleterre : le premier il avait indiqué la possibilité de débouchés immenses pour le commerce anglo-iudien. Mais ce n'était pas assez pour lui d'avoir campé quelques mois sur les bords de ce fleuve mystérieux, dont il voulait faire la grande route de l'Inde, il fallait le mieux connaître, il fallait en remonter le cours, étudier depuis l'Indus jusqu'à Khiva les pays qui avoisinent la frontière occidentale de l'Indoustan. Plus que tout autre, Burnes était appelé par ses connaissances et sa vocation spéciale à remplir une mission aussi importante , et le tact qu'il avait déployé dans ses relations avec les indigènes du Cutch, race soupçonneuse et guerrière, était une garantie de succès pour une expédition semblable. Sir Jolm Malcolm et le lieutenant-colonel sir Henri Potlinger, auxquels Burnes s'ouvrit au sujet de cette mission, en comprirent tous les avantages, mais aussi tous les périls. Ce n'était pas en ennemi qu'un oflicicr anglais pouvait explorer l'Indus, et il fallait un prétexte au gouvernement pour couvrir le but réel de l'expédition. En attendant, et pour prouver au jeune officier toute l'estime qu'on faisait de ses talents, on le promut (mars 1848) au grade iVassistant-quarter-master-chief de l'armée de Bombay (sous-chef de l'élat-major général). Quelques mois après, la cour des directeurs de Londres lui lit demander de compléter la carte du Cutch. Burnes fut détaché de l'état-major et passa sous les ordres du lieutenant-colonel Potlinger, alors agent politique du gouvernement anglais dans le Cutcii. Les années 1828 et 1829 furent employées aux travaux tO[»ographiques demandés par la cour des directeurs. Enfin, en 1830, on crut trouver un prétexte à la mission de l'Indus. Le maha-rajah de Lahore, Rcndjit-Sing, ayant envoyé des présents au gouverneur, on convint de lui en renvoyer qui ne pussent être transportés que par eau, et on Ht venir d'Angleterre Je:, voitures magnitiques que Burnes fut chargé de présenter solennellement à Rendjit. La flottille qui portait le nouvel ambassadeur faillit périr aux embouchures de l'Indus : les amirs du Scinde, tout en affectant une bonne volonté apparente pour l'envoyé de l'Angleterre, cherchèrent par tous les moyens à rendre son voyage impossible ; mais enlin Burnes surmonta toutes les difficultés et parvint jusqu'au royaume de Lahore, où il fut royalement accueilli par le maha-rajah près duquel se trouvaient alors les généraux Allard, Ventura, Avitabili et Court. Il eut aussi occasion, vers la même époque, de voir à Dehli Victor Jacquemont, cet autre voyageur intrépide qui devait, lui aussi, mourir si jeune, et à
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qui il u'a manqué, pour rendre d'importants services à la science, que ces encouragements et ces secours que le gouvernement britannique sème avec intelligence sur les pas de ses agents. Le succès de cette expédition, terminée en 1 831 , détermina lord %V . Benlinck , gouverneur général, à autoriser un voyage de reconnaissance dans l'Asie centrale , au milieu des pays barlrarcs de Balkh, Koundouz et Bokliara. Parti en janvier 1832, Burnes accomplit heureusement une mission dans laquelle ses prédécesseurs avaient échoué ou trouvé la mort, et revint au com mencement de 1833 par la Perse. De retour à Bombay, il apprit que la cour des directeur-, réclamait sa présence à Londres ; il partit de Calcutta le 10 juin : son arrivée à Londres fut un véritable événement. Présenté à Guillaume IV, appelé dans le sein des sociétés savantes les plus importantes de l'Angleterre, reçu, sans avoir sollicité cet honneur, par le plus inabordable des clubs de l'époque, VAthenaum club, Burnes fut jugé à l'unanimité digne du prix de la société de géographie de Londres. De toutes parts arrivaient au jeune savaut des témoignages d'estime, et de Humboldl lui-même lui adressa ses félicitations et ses éloges. La France s'associa à ces manifestations. Burnes étant venu à l'aris fut invité à assister à une séance de l'académie des sciences. La société de géographie lui décerna, en séance extraordinaire, la médaille d'or destinée a récompenser les progrés véritables dans la science. Enfin le roi fit prier lord Brougham de lui présenter le savant anglais, S. M. voulant de ses propres mains lui remettre la croix de la Légion d'honneur dont elle venait de le nommer chevalier. Mais déjà Burnes était reparti pour Londres. 11 apprit bientôt qu'une nouvelle marque d'estime et de confiance allait lui être donnée par son gouvernement. Lord Ellcuborough, alors ministre des affaires asiatiques (président du bureau du contrôle) lui fit offrir le grade de colonel, le titre de chevalier du royaumeuni et un emploi diplomatique près la cour de Perse. Burnes refusa. Ce refus pourrait surprendre si l'on ne réfléchissait aux débuts du jeune officier, à ses connaissances toutes spéciales d'un pays nouveau, fécond en ressources inconnues, et où il devait espérer un avancement moins rapide mais plus sûr. D'ailleurs une sorte d'instinct sympathique semblait le ramener toujours vers ces contrées mystérieuses où il rêvait la gloire et où il devait trouver la mort, « Au- « jourd'hui, écrivait il le 7 janvier 1835, aujourd'hui « d'après les conseils de M. Elphinstone et de « M. Mill (auteur d'une excellente Histoire de l'Inde « anglaise ) je suis allé au bureau du contrôle pour « refuser l'offre que m'a faite lord Ellenborough « de m'envoyer en Perse. J'ai dit cependant a Sa « Seigneurie que j'accompagnerais volontiers M. El- « lis si l'on voulait me garantir le titre d'agent po- «. litique du gouverneur général sur l'Indus. » Les promesses de lord Ellenborourg avaient été , à ce qu'il parait , encore plus explicites, et il avait fait entrevoir à Burnes la possibilité du rappel ultérieur de M. Ellis, ambassadeur du royaume-uui à Téhéran : dans ce cas Burnes, l'eût remplacé. Vers la
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fin d'avril 1854, Burnes quitta l'Angleterre , et Irois mois après il arrivait â Bombay accompagné de son plus jeune frère Charles, né en 1812, qui devait partager sa fortune et tomber avec lui sous le fer des Affghans. Burnes reprit du service avec le grade de capitaine, et se rendit dans le Cutcli à l'armée qui y stationnait sous les ordres de sir H. Potlingcr. La compagnie n'avait oublié ni les espérances nouvelles fondées sur les débouchés de l'Indus, ni les services que pouvait rendre Burnes dans une mission semblable à la première. Au mois d'octobre, le jeune officier fut envoyé près des amirs du Scinde pour négocier un traité de commerce dont le résultat eût été d'ouvrir l'Inde aux produits anglais. En août 1856, cette mission n'était pas encore terminée, lorsque Burnes reçut l'ordre de revenir immédiatement à Bombay. L'état de la péninsule indienne commençait à inspirer au gouvernement anglais de sérieuses inquiétudes. Le scliah de Perse réunissait une armée pour faire le siège d'IIérat. L'Angleterre crut voir dans cette aggression le premier acte des intrigues de la diplomatie russe pour créer des embarras à l'Angleterre dans ses possessions de l'Inde, et appeler au pillage de la péninsule tous les barbares de l'Asie centrale. Le gouvernement se hâta d'envoyer à Hérat des officiers et de l'argent, et en même temps, Burnes fut chargé de négocier avec les amirs du Scinde, les souverains de Caboul, de Kandaliar, de Kélal, un traité d'alliance offensive et défensive. Bm nés partit, au mois de novembre I856, accompagné du lieutenant John Wood (auteur de plusieurs Mémoires remarquables sur la navigation de V Indus et d'un Voyage à la recherche des sources de l'Oxus), du docteur Lord, tué dans le Caboul en 1840, et du lieutenant du génie Linch. Quoique celte mission soit restée sans succès, Burues n'en déploya pas moins une grande habileté de séduction auprès de ces farouebes Affghatts dont Dost-Moliammed était alors souverain, sinon de droit, au moins de fait. Homme énergique et rusé, ce prince avait comprit tout le parti qu'il pouvait tirer de l'alliance anglaise, et il paraissait disposé à s'y ratlacber sincèrement. Burnes encouragea ces dispositions par ses promesses et ses conseils, et les lettres qu'il écrivait à cette époque au bureau du contrôle (trouvent combien il avait confiance dans la loyauté et dans la fidélité de Dost-.Molammtd. Le gouvernement anglais ne pensa pas de même, et soit que les lettre* de Burnes, longtemps connues du public par des fragments tronqués , n'eussent pu éclairer son jugement, soit que des insinuations contraires à Dost- Mohammed, faites parallèlement à celles de Burnes par le colouel Wade, eussent prévalu dan» l'esprit des directeurs, soit, ce qui est probable, que l'Angleterre n'eût attendu pour envahir le Caboulislan qu'un prétexte a défaut d'un droit légitime, il n'en est pas moins vrai qu'une rupture, éclata bientôt entre Dosl - Mohammed et l'Angleterre. Bans le cours de l'année 1858, et lorsque la mission do Burnes le retenait enewo à Caboul, un Po-
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lonais, le lieutenant Vclkievitcli, agent secret de la Russie , demanda une audience au souverain dt l'Afghanistan. Dost-Mohammed, qui ne connaissait encore l'Angleterre que par uu de ses agents les plus honorables, ne vit là qu'une occasion de montrer son dévouement à une nation amie. Il fit parvenir à Burnes les papiers de l'agent, ne reçut Velkievitch qu'à la demande de Burues lui-même, et alla jusqu'à proposer de donner par le meurtre du Russe une garantie à l'Angleterre. Mais la politique anglaise se dévoila tout a coup par un de ces revirements qui semblent inexplicables lorsqu'ou ne consulte que les principe* ordinaires de la justice et du droit des gens. Boat-Mo-» hammedJut déclaré ennemi de l'Angleterre, et lord Auckland s'apprêta à envahir le Caboulistan avec le but apparent de replacer sur son trône l'ancien roi des Affghans, le schah Soodjali. Burnes se hâta de quitter Caboul et de rejoindre par le Peshawur l'armée d'invasion, à laquelle il fut attaché avec les titres de lieulcnant-coloiiel, chevalier du royaumeuni, agent politique daus le Caboul, et 75,000 francs d'appointements, plus une somme égale pour frais de représentation. Ou sait les fautes politiques et militaires qui signalèrent cette expédition malheureuse. Burnes les avait prévues en partie et eu fut victime. Le corps dont sir Alexandcr faisait partie fut cantonné à Caboul, au milieu d'une population irritée, avec des moyens de défense insuffisants. Une insurrection éclata dans les derniers jours du mots d'août 1842, et le 2 septembre Burnes fut massacré avec plusieurs autres ofiiciers, au moment même oit la retraite de sir William Mac-Maghlen, nommé à la présidence de Bombay, allait faire de lui le principal personnage politique de l'Asie centrale. La mort de Burnes fut le signal de ces scènes horribles de carnage qui rendront si tristement célèbre la déplorable campagne de l'Affghanistan — Burnes ne peut être jugé par ce qu'il a fait, mais parce qu'il pouvait faire. Il est impossible de lui refuser et la science pratique et les vues profondes d'uue politique élevée. Ses lettres, tronquées par le gouvernement anglais, mais dont son frète, le docteur James, et M. B. I rquhart, publicisle distingué, ont rétabli les passages altérés et le sens véritable, montrent que, mieux que le gouvernement anglais, Alexander Burnes avait pressenti les moyens véritables d'influence dont la Grande Bretagne peut disposer dans l'Inde et les dangers d'une politique ambitieuse et déloyale. Nous avons de Burnes, outre plusieurs mémoires géographiques très-csiimés , deux ouvrages importants. Sous ce titre : 1° Tratels inlo Bokhara, un Voyage de l'embouchure de V Indus à Lahore, Cûboul, Balkh, el Bokhara, ei retour par la Perse en 1831, 1852 et 1855, 5 vol. tn-H*, traduit par Eyriés, avec atlas, Paris, 1855. 2» Un vojage à Caboul, traduit en français par M. Xavier Raymond, mais non encore publié. En voici le titre : Caboul, being a Personal narrative of a Journey (o, and résidence in that city, fn fseyear 1856, 1837 rnid 1838, vith