‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 48 sur 97 · DUS · texte numérisé non relu

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chée de la cour. Louis XIV n'aperçut aa figure qu'après la mort du cardinal Mazarin et le mariage du duc d'Orléans son frère , lorsqu'elle entra dans la maison de la nouvelle Madame , Henriette d'Angleterre. Celle qu'il aimait en 1659 était Marie Mancini , nièce du cardinal , qui avait le bonheur de plaire avec un visage fort laid, et dont on signale ici une des imperfections. Madame de Molleville le dit d'ailleurs positivement : a Le peu de beauté de « cette nièce fut célébré par un couplet que firent « ces jeunes débauchés , qui eut grande vogue et « qui n'était pas à sa gloire. » Lorsque cette chanson parut imprimée , longtemps après , duns l'Autotrc amoureuse de$ Gaules , l'imprimeur, qui n'en savait peut-être pas plus , mit en renvoi , au |iassage concernant la maîtresse du roi , le nom de celle qui Tétait devenue plus tard , et cet anachronisme a produit un de ces lieux communs où tous les historiens viennent déposer leur phrase. On ne saurait croire, pour le dire en passant, combien de sottises se sont accréditées ainsi , sur la foi de ces notes jetées au bas des pages par un éditeur ignorant , et où beaucoup de savants critiques se fournissent d'érudition. Les autres couplets du reste attaquaient le frère du roi , sa mère , le cardinal Mazarin , mademoiselle de Montpensier, les filles d'honneur de la reine et quelques personnages moins connus, le tout avec des paroles d'une révoltante obscénité, que rendait plus coupable le retour du pieux alléluia. Quoiqu'on fût encore loin d'avoir en main le texte de cette pièce, il y avait eu cependant assez de scandale pour mériter châtiment, et le comte de Bussy fut exilé en Bourgogne. 11 eut bientôt permission d'en revenir, car la paix était signée, le prince de Condé venait de rentrer en France, le mariage du roi allait se faire , et il n'y avait pas moyen qu'on laiss.1t durer une disgrâce. 11 reparut donc à la cour (1660) , oû il assista au mariage du roi , puis à la mort du cardinal Mazarin (1661) , après laquelle Louis XIV résolut de gouverner lui-même son royaume. Le comte se mit alors â suivre le jeune roi avec une imperturbable assiduité, et H n'y gagna rien. Ainsi que le maréchal de Turenne, Louis XIV se sentait peu de goût pour l'intrépide railleur qui se faisait courtisan. On donna des pensions , et il n'en eut pas ; on fit des chevaliers de l'Ordre (1662) , et il ne le fat pas; on arrangea des fêtes brillantes, et on ne l'y fit pas figurer ; 11 y eut des gouvernements à distribuer, et d'autres en furent pourvus; on créa des ducs (1663), sans se rappeler qu'il n'y avait pas en France, selon lui, de plus ancienne maison que la sienne; enfin, tout lui demeurant fermé, honneurs, places, dignités , profits , sa haute naissance , ses trente ans de services militaires, ses six années de sollicitations à la cour, aboutirent à le faire (1665) l'un des quarante de l'Académie française. Dés ce temps-là, lesns de lettres qui formaient cette compagnie, avec privilège , alors énorme , de se recruter par l'élection , ne se montraient pas extrêmement jaloux de rhoisir leurs collègues parmi leurs pareils. Ils se tenaient au contraire fort honorés lorsqu'un homme

ayant déjà les avantages du rang , de la fortune et des emplois, s'avisait de venir marauder encore sur la faible part de distinction réservée aux travaux de l'intelligence, et ne dédaignait pas d'ajouter à ses titres celui de bel esprit. Il faut dira que rien de pareil ne s'était vu durant le ministère du puissant fondadeur de l'Académie. L'abus commenta sous le protectorat et par le fait du chancelier Séguier, qui, non content d'y avoir occupé une place, et de pouvoir s'en dire le prolecteur après le cardinal de Richelieu , eut encore l'insolente fantaisie d'y faire recevoir son pelil-lils, Armand du Cambout, marquis de Coaslin, à l'âge de dix-sept ans. En f664 , on y comptait un cardinal, deux ducs et pairs, un archevêque, deux évoques , un président à mortier, et bon nombre de ! conseillers d'État. Un de ceux-ci du moins, Claude Bazin, seigneur de Bezons, ne pouvait passer pour n'avoir jamais écrit ; il avait traduit de l'allemand les articles d'un traité de paix. A la fin de cette année, un académicien vint à mourir, et c'était un écrivain dont la réputation surpassait toutes celles qui faisaient bruit alors , un auteur dont le nom a survécu même à ses ouvrages : Nicolas Pcrrot d'Ablancourt. En cherchant bien , nous trouverions probablement quelque pauvre diable d'historien, de poète , de moraliste , qui avait usé péniblement sa vie pour arriver à cet honneur, qui croyait son tour venu de l'obtenir, et que la mort aura surpris avant qu'il se fut présenté une autre vacance. Voici comment on disjxisa de celle-ci : « Au commence— « ment de mars 1665, dit le comte de Bussy (et il « faut remarquer que c'est peut-être la seule date « dont H n'ait pas gardé exactement la mémoire), « le chancelier Séguier, le duc de St-Aignan et « mes autres amis de l'Académie française me « convièrent de prendre la place du célèbre Pcrrot « d'Ablancourt qui venait de mourir; j'y consen- « tis. » L'affaire ainsi arrangée, les formalités de présentation au protecteur, d'approbation, d'élection définitive, furent bientôt remplies, et, au mois de janvier 1665, le nouvel élu vint faire son compliment à la compagnie. C'était là toujours que triomphaient les gens de condition. L'allure libre et familière de leurs paroles , la façon dégagée de leur débit, leur ton leste, leur maintien aisé, émerveillaient chaque fois les gens du métier, habitués à construire péniblement la période et à la déclamer avec emphase. Le comte ne resta pas en cette occasion au-dessous de ceux qu'on y avait vus les plus heureux : « Si j'étais , dit-il , à la tête de la cavaleo rie , et que je fusse obligé de lui parler pour la « mener au combat, la croyance où je serais qu'elle « aurait quelque respect pour moi , et que , de tous « ceux qui m'écouteraient , il n'y en aurait guèro « de plus habile , me le ferait faire sans être fort « embarrassé ; mais , ayant à parler devant la plus « célèbre assemblée de l'Europe et la plus éclairée, a je vous avoue, messieurs, que je me trouve un peu a étonné. » On peut juger combien cette manière d'introduction vive, galante et véritablement cavalière , dut causer d'admiration, non pas seulement

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à George de Scudéry, qui était bien capable d'en Taire autant, mais à MM. Balesdens, Leclerc, Giry, Cotin, Cassagncs et Furetière. II nous fâche seulement de ne pas apprendre que Pierre Corneille se soit penché vers Eudes de Mézeray , |iour lui dire : « Monsieur le comte se moque de nous, mais « nous l'avons bien mérité. » Du reste , dans sa courte harangue , où il y avait des louanges pour le chancelier et pour le roi , pas un mot n'était dit par le récipiendaire à l'éloge du défunt, qui n'était en effet qu'un homme de talent. Le comte de Bussy, en racontant dans ses Mémoires le détail de sa réception , a grand soin d'ajouter : « Il y avait « toujours quelques personnes de naissance dans ce « corps-là ; il y en aura encore bien davantage à a l'avenir. » — « 11 faudra pourtant, dit-il ailleurs, « y laisser toujours un nombre de gens de lettres, « quand ce ne serait que pour achever le diction- « naire , et pour l'assiduité que des gens comme a nous ne sauraient avoir en ce lieu-là. » Cependant il paya cher cette petite satisfaction de vanité. Il y a eu dans tous les temps , au fond des provinces, des gens curieux à l'excès , qui s'obstinent à demander ce qu'a fait un académicien nouvellement élu. On savait que le comte écrivait ses lettres d'un bon style , net, clair, mordant , disant bien ce qu'il voulait dire. Ou avait pu apprendre encore que, lorsqu'il se mêlait d'ajouter un peu de travail à ses heureuses dispositions, il pouvait, comme beaucoup de gens d'esprit, faire des vers détestables. 11 courait déjà dans les ruelles un recueil de Maximes d'amour en forme de décisions poétiques ou d'oracles rimés sur les éternelles questions de la controverse galante, qu'il avait lu tout récemment devant le frère du roi, assisté de deux dames dont l'une était la marquise , depuis duchesse de Montausier. Et à ce propos il n'est pas possible de douter que Molière ait pensé à lui dans la vigoureuse apostrophe d'Alccste contre « les honnêtes a gens de cour qui se font de misérables auteurs, » tant il y a de fâcheuse parenté entre les Maximes d'amour, et le sonnet d'Oronte : ajoutons que le Misanthrope fut représenté l'année suivante. Mais il y avait encore une autre œuvre de lui plus mystérieusement répandue. En 1660, il avait composé, pour divertir sa maltresse , femme de l'honnête marquis de Montglat qui nous a laissé des mémoires , un roman satirique sur les aventures assez connues alors de deux dames de la cour, et il y avait inséré, pour plus de vraisemblance , des passages entiers traduits de Pétrone. En 1662, il l'avait lu lui-même, et de son propre aveu , à quatre autres personnes. Celles qui étaient du monde s'en étaient fort réjouies et en avaient gardé le secret ; mais son mauuscrit était resté vingt-quatre heures dans un couvent, et il en sortit copié. Une fois double , on pense bien qu'il s'était multiplié , et, quand on en fut à s'enquérir de ce qu'avait écrit le nouveau collègue de Chapelain et de le Vayer, son ouvrage clandestin devint public, au point de tomber bientôt jusqu'aux mains des libraires. Or, telle était l'affection du comte pour tout ce qui

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était sorti de sa plume, pour tout ce qui avait servi

de matière à son humeur badine, qu'à son récit médisant il avait joint encore, afin de ne rien perdre, non-seulement le portrait rancunier qu'il * avait fait autrefois de sa cousine , mais encore, A ce qu'il parait , les couplets injurieux , produit commun de la débauche de Roissy. Maintenant aurait tout cela qui voudrait ; les presses de Liège allaient en fournir la France, et c'est a ce sujet que madame de Sévigné s'écrie avec un vrai déchirement de cœur : « Etre dans les mains de tout le « monde, se trouver imprimée, être le livre de dia vertissement de toutes les provinces , où ces « choses-là font un tort irréparable , se rencontrer « dans les bibliothèques, et recevoir cette douleur, a par qui I » Ce fracas pourtant ne faisait que de naître, et Y Histoire amoureuse des Gaules courait seulement par copies manuscrites, quand le roi fut averti de l'existence de ce libelle , où trop de familles étaient intéressées. On dit, et cela est fort possible, que le premier qui s'en plaignit fut le prince de Condé , dont la duchesse de Cliitillon, l'une des deux héroïnes du roman, avait èlé si constamment l'inlidèle maîtresse. Le comte crut se tirer d'affaire en réduisant tout son crime à la vétille d'une indiscrétion sur des faits de galanterie, et il fit remettre au roi son manuscrit , qui ne contenait que les amours des deux dames ; mais une main officieuse avait livré les suppléments. Quoique l'auteur déclarât a se soumettre aux plus rudes « châtiments s'il se trouvait qu'il eût dit ou fait la « moindre chose contre le respect dâ au roi, aux

• deux reines , à Monsieur ou à Madame , ni à pas c un de la famille royale, » il est certain que les couplets de Hoissy offensaient au moins la reine mère et le frère du roi, la première surtout avec une grossièreté que n'avaient pas égalée les cliansonniers du Pont-Neuf au temps de la Fronde. Aussi le roi s'en tint-il à cet outrage, sans toutefois faire connaître , autrement que d'une manière vague , la cause de son ressentiment ; et le comte de Bussy fut conduit à la Bastille , trois mois après sa réception à l'Académie (17 avril), « sous l'accusation , c'est

• lui qui le dit, d'avoir écrit contre le roi et la reine « sa mère. » Il y demeura treize mois , et ne lut quasi pas un jour sans essayer quelque démarche pour en sortir. 11 y employa sa femme ( car les maris retrouvent leurs femmes dans ces moments-là), son ami le duc de St-Aignan , deux pères jésuites, et la charitable madame de Molteville ; il y écrivit, en vers , en prose , des requêtes affectant la gaieté ou exagérant la douleur. Au bout de huit mois , on lui demanda la démission de sa cliarge achetée, pour la faire passer au duc de Coaslin , son confrère de l'Académie ; en moins de temps , sa maltresse lui fut infidèle. A la tin il tomba malade , et sa prison s'ouvrit (16 mai 1666) pour qu'il pAt aller se faire traiter chez un chirurgien, d'où, bien que guéri, il eut permission (10 août) de retourner chez lui en Bourgogne , avec ordre d'y rester. Le comte de Bussy avait alors quarante-huit ans , et il en avait encore vingt-sept à compter avant d'at-

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teindre le terme d'une vie qui , pour la vigueur du corps comme pour la vivacité de l'esprit , parait n'avoir été qu'une longue jeunesse. Vingt-sept ans de repos , d'inutilité , de délaissement ! L'orgueil, qui peut enfin servir à quelque chose , le sauva du désespoir. Fortement retranché dans le contentement de soi-même , au lieu de s'en faire un état contemplatif et paresseux , il le convertit en une passion active , dont le mobile était la crainte d'être oublié. Sa disgrâce lui devint en quelque sorte un théâtre d'où il pouvait impunément proclamer son mérite. Il s'était réconcilié avec son aimable cousine , qui lui avait pardonné , comme les femmes pardonnent, en se réservant à perpétuité le reproche. 11 lui écrivit, il écrivit à ses amis, dont le nombre et la qualité n'étaient pas médiocres ; il ne permit à personne de le traiter en homme qui n'émit plus de ce monde , en provincial enterré dans son château , en courtisan perdu sans retour. Surtout il écrivit au roi, trop souvent peut-être, puisque toutes ses |K>ursuitcs furent inutiles et qu'on en a fait honte à sa mémoire. Cependant il faut juger les actions des hommes, au moins quand elles ne regardent pas le prochain , selon les sentiments qui les y portent et l'idée qu'ils s'en font eux-mêmes. Le comte de Bussy ne pensait pas qu'aucune flatterie, aucune prière , aucune soumission , pût déshonorer un gentilhomme, lorsque la royauté en était l'objet. Suivant les habitudes de croire et d'agir où il avait été nourri , les rapports de courtisan à roi étaient hors des régies ordinaires , et les formules qu'on y employait , monnaie de convention à l'usage de ce seul commerce , pouvaient être prodiguées , comme l'encens aux dieux , comme les serments aux femmes, à même fin et sans plus de vergogne. Aussi fallait-il voir comme, de la plus humble position aux pieds de cette majesté, il se relevait fièrement pour narguer ou traiter de pair tout ce qui n'était pas elle. Il pouvait donc y avoir de la faiblesse, de la puérilité, dans ses supplications obstinées , ou plutôt dans les persécutions, de sa llatterie ; mais c'est abuser du langage que d'y trouver de la bassesse , et les occasions d'appliquer ce mot où il convient ne sont pas, Dieu merci, assez rares pour qu'il soit permis d'en oublier le sens. liayie, sur ce fait-là, est bien meilleur philosophe que d'Alembert , qui épuise contre le comte ' de Bussy tout le vocabulaire de l'injure. « Ceux qui « le censurent, dit le premier, ont-ils goûté de la c vie de cour? Savent-ils les liabitudes et les malau dies qu'on y contracte? S'ils le savaient, ils se- « raient peut-être plus indulgents à son égard. » On peut toutefois faire bon marché, sous le rapport du mérite littéraire, des nombreuses lettres qu'il adressa au roi ; mais celles qu'il écrivait à sa cousine et à ses amis justifient fort bien l'estime qu'elles ont eue dans un temps et dans un inonde où l'on ne manquait , ce nous semble , ni de bon sens, ni de bon goût, ni de bon style. Dans le siècle suivant , une femme célèbre , la marquise du 1 VIfand , les a fort heureusement appréciées , alors qu'elles étaient toiubécs en discrédit , el Jorsoue la

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I distance des faits leur otait déjà leur principal intérêt. Elle en admirait surtout ce qu'elle appelait « le délibéré , » et elle faisait honneur à Horace Walpole de la ressemblance qu'elle trouvait entre sa manière d'écrire et celle du comte, « II avait « beaucoup d'esprit, disait-elle, très-cultivé, le goût « très-juste, beaucoup de discernement sur les hom- « mes et sur les ouvrages , raisonnait très-consé- « quemment ; le style excellent , sans recherche, « sans tortillage, sans prétention ; jamais de phra- « ses , jamais de longueurs , rendant toutes ses « pensées avec une vérité infinie ; tous ses portraito « sont très-ressemblants et bien frappés. » C'est à peu prés là ce que nous pourrions en dire nousmêmes, avec moins de grâce. Sans doute, par-dessus tout cela, domine la vanité; « mais je la lui parce donne, dit encore madame du Deffand, en faveur « de cette vérité que j'aime tant et à qui la modes- « lie donne quelques petites entorses. » Parfois, d'ailleurs, au milieu des recherches bizarres de son amour-propre pour inventer quelque moyen nouveau de se plaindre et de se glorifier, sa raison a de nobles instincts qui lui révèlent la véritable grandeur. Je me console encore de mon infortune, « écrit-il un jour, en jusant que , quand uiémè je « serais maréchal de France et duc et pair, enfin « tout ce que je devrais être aussi bien que les aua très, je regarderais toujours Sobicski à cent piques « au-dessus de moi. » Outre sa correspondance , il avait encore, dans sa retraite, d'autres occultations D'abord il s'amusait à embellir ses deux maisons, Bussy et Cliaseu , où il rassemblait les portraits de ses amis et de ses amies , avec des inscriptions de sa façon , et force devises moqueuses contre sou ancienne maltresse. Puis il se mil à composer l'histoire généalogique de sa famille , el sa plus grande peine fut, à ce qu'il parait, d'en élaguer les rejetons illégitimes. Ensuite il écrivit ses mémoires, avec la préoccupation personnelle de quiconque entreprend pareille besogne , mais aussi avec une rare exactitude pour les événements et pour les dates , ce qui leur a valu sans doute de n'être pas admis dans les collections modernes. 11 entreprit encore de raconter l'histoire de Louis XIV, noble tâche dont il se croyait le seul digne, et dont il eut le tort de trop annoncer les merveilles, puisque sou travail se trouva être seulement un élégant , mais fade et sec abrégé chronologique. Enfin , sous le prétexte d'un « discours philosophique adressé à « ses enfants, pour leur montrer quel profil on |»euL « tirer de l'adversité , » il imagina une dernière variation sur le thème éternel de sa disgrâce, eu se plaçant le dernier, mais non le moindre , dans une liste « d'illustres malheureux , » fort surpris sans doute de se trouver ensemble et avec lui» savoir : Job, Tobie, Daniel, David, Boêcc, Bélisaire, St. Louis, Marigny, le roi Jean, la Rivière, Gié, Comines , François I", Samblançay , Bcllegardc, Bassompicrre , la Châtre, et Roger de Rabutin, comte de Bussy. Dix-sept ans se passèrent ainsi, pendant lesquels il obtint seulement, à trois diffe— reprises (1073, 1678 et 1680), la i

de faire un court séjour dans Paris pour ses affaires, l'approcha de la cour lui demeurant toujours interdite. Mais enfin il avait pu prendre son parti de longue et sévère punition qui émanait de la souveraine. 11 lui en arriva une autre laquelle il semblait y avoir quelque chose de providentiel. La honte, le scandale, la dérision, tout ce qu'il était allé méchamment porter dans la maison d'aulrui, pénétra dans la sienne par ce côté faible que garde la vertu des femmes. Des trois iilles qu'il avait eues de son premier mariage, deux s'étaient faites religieuses ; la troisième, élevée près de lui , était devenue son affection la plus vive et son espérance la plus chère. 11 l'avait formée avec amour a la ressemblance de son esprit , et comme le disait, pour lui faire plaisir, une dame de ses amies : « H l'avait faite deux fois. » Tout le monde pourtant ne prit pas ainsi ce tendre attachement, et et il y eut de» gens qui le crurent coupable. Nous autres hommes . quand nous sommes amenés par les circonstances à de pareils soupçons , nous hésitons longtemps avant de les produire , et nous y employons tout ce qu'il y a d'atténuant dans les formes dubitatives. Les femmes, qui s'y connaissent peut-être mieux , n'y font pas tant de façons. Suivant madame du Deffand, qui le tenait de sa grand'mére, le comte vivait plus que familièrement avec sa fille , et elle le dit d'une manière beaucoup moins modeste. Quoi qu'il en soit, Louise-Françoise demeurait chez son père , maltresse de sa maison en l'absence de sa seconde femme, qui avait des procès à Parts ; elle en faisait les honneurs, et elle était de moitié dans ses correspondances. 11 l'avait ainsi pnrdée jusqu'à l'âge de trente ans sans lui trouver de mari, et lovsqu'enlin il se résolut à en prendre un pour elle, il le choisit avec tant de bonne chance ( 167/i) , qu'au bout de sept mois elle était veuve, et « heureuse veuve, » écrivait-elle. Comme son mari, (iilbcrl de Latigcac, marquis de Coligny, l'avait laissée enceinte , elle eut la fortune du défunt , qui était considérable , et continua \>\>u librement sa vie de dame du château paternel. Malheureusement, après trois ans d'un veuvage si gaiement accepté , soit qu'elle eut envie de se révolter contre ce qu'il y avait d'égoïste et d'impérieux dans l'affection de son père, soit qu'elle ne voulut pas vieillir tout a fait sans essayer d'une grande passion, elle se laissa engager, et fort vite, avec un «le ses voisins, jusqu'à lui promettre nu riage (1679). La condition de celui que celle aven-* turc regardait est restée, môme après un débat public, quelque chose d'assez mystérieux. II se disait gentilhomme, et le paraissait au moins par ses alliances; Il racontait qu'il s'étail beaucoup ballu depuis que le comte avait quille les armées, et il laissait entendre & sa fille qu'il avait beaucoup aimé. Tant fut raconlé cl laissé entendre , que , comme nous l'avons dit, il eut de la marquise une bonne promesse de mariage, « signée du plus beau et du « plus pur de son sang. » Le père avait commencé, a ce qu'il parait, par trouver son \oisiu homme de bon et d'aimable entrethm; mais 4e quelle

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horreur ne fut-il pas frappé lorsqu'il apprit que l'hôte et le commensal de sa maison, celui avec lequel il avait échangé des compliments , le prétendant i la main de sa fille, n'était rien de plus que l'arrièrc-pelît-fils d'un vigneron, le petit-fils d'un archer de la prévôté , autrefois laquais, enfin , car son indignation se résume par ce mot , « un pay- " o san , » qu'il fallait appeler François Biviére , et non, comme il se disait, Henri -François de la Rivière ! Cependant, paysan ou gentilhomme, ce mari convenait a la veuve du marquis de Coligny, qui, pour ne pas le perdre et pour n'avoir pas perdu aussi les arrhes du contrat, s'en alla tout doucement dans une terre de Champagne qu'elle venait d'acheter, et la, le 19 juin 1681, épousa secrètement celui qu'elle aimait. Le comte en fut bientôt instruit, courut chercher sa fille, l'enferma dans un couvent, et obtint d'elle , par menaces , que , quoi qu'il fût advenu avant ou après le sacrement , elle se tiendrait pour non mariée. Ainsi fit-elle , non sans quelque retour de tendresse pour son amant de basse naissance, et, s'étant affermie dans son devoir, i lie redevint digne du sang des Babutin , aimant mieux avoir failli au hasanl que de se mésallier sciemment, Il restait seulement , de ce commence* mont d'affaire, un résultat contre lequel le repentir ne pouvait rien. Paris, qui cache tout, parut ur lieu propre à en étouffer le mystère, et la marquise s'y rendit avec son père , sous de faux noms (février 1082), pour se délivrer de l'enfant qu'elle portait. Mais le mari , qui s'était jusqu'alors assez vilainement mis a l'abri , les y suivit, et, sous la protection de la justice, réclama hautement sa femme et son lils nouveauté. Alors il y eut un procès, le plus ignominieux qui se pot voir, où chacune des deux parties, pour avoir le droit de son côté, faisait à l'envi le meilleur marché, de ton honneur. Aprêa deux années d'incidents et quinze journées de plaidoiries, il fut jugé (19 juin 1684) q«e fa hlle du comte était bien mariée et mère légitime. Puis son mari consentit à ne jamais se prévaloir de cet arrêt, moyennant qu'on lui abandonnât l'usufruit de la terre où |q mariage avait eu lieu. Le comte rentra donc en possession de sa fille ; mais le procès, avec toutes le* révélations lionteusos dont il était souillé, vengea plus qu'il ne fallait ceux qui avaient à se plaindre de lui , et YUttatn amounuse do G*ult» fut cruellement punie par le Journal du a»dùmct$. Au milieu de tout ce bruit , on ne voit pas que la comt© de Bussy ait porté la téta d'une ligne moins haut. Ce fut au contraire dans le plus grand éclat de la procédure qu'il recouvra enfin le droit de paraître à la cour, et ceci est un trait des niorure d'autrefois qu'il importo de remarquer. Il n'était pas convenable qu'un homme de qualité , plaidant pour un intérêt de famille, entraînant dans sa cause , comme cela se fit par une intervention formelle, tout ce qu'il avait do parents et d'alliés, sa montrât en justice encore frappé de la réprobation royale, cl il fallait d'abord, |>our lui rendre dans le déliai l'usage de toutes ses forces , qu'il fut rétabli courtisan. U obtint donc fa permission de se pre-

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tenter devant le roi (11 avril 1682), au motnefit même où l'action s'engageait devant le jnrlemcnt. Ce fU( là , ainsi que les dates seules l'indiquent, toute ta cause, et ce fut aussi tout l'effet de cette réconciliation imparfaite. Cependant l'Académie française, qui ne voyait pas al loin, crut son noble confrère tout à fait rentré dans les tonnes grâces du roi, et s'empressa de le féliciter par une députation de deux de ses membres, Charpentier et Quinault. Le comte alla l'en remercier, et le commencement de sa harangue montre assez qu'il ne s'était fait en lui, après dix-sept années, aucun changement. « Quoique je sache bien , lui dit-il , que le compli- « ment dont vous m'avez honoré est une suite de « la grâce que j'ai reçue du roi , je ne laisse pas de a vous en être extrêmement obligé , parce que je « sais que vous ne feriez pas cet honneur à tous « ceux de votre corps qui sortiraient de disgrâce. » Cependant , quelque triomphe qu'il eût prétendu tirer lui-même de soh rétablissement , il ne tarda pas à sentir que cela était encore fort loin de la faveur. « Lé roi , dit-il , évitait de le regarder, ét, « quand, après deux mois de cette expérience, il « se hasarda jusqu'à parler , il ne reçut qu'une * froide réponse. » 11 retourna donc dans ses terres, et n'en revint l'année suivante (1685) que pour suivre son procès. Ce procès perdu ( 1681 ), il voulut au moins ne pas perdre la gageure où il semblait avoir mis au jeu sou honneur, et qui était de ne pas mourir disgracié. Il avait d'ailleurs, ce qui était le plus nécessaire pour la soutenir, une singulière confiance dans la durée promise à sa vie ; il se vantait aussi hardiment d'avoir longtemps à vivre que d'être né homme d'esprit et de condition. Après cinq ans d'exil volontaire ajoutés aux dixsept années de son exil contraint , on le revit à la cour ( 1688), où il obtint une ahbaye pour sou second flbî . depuis évêque de Ltlçon et aussi académicien. D'autres grâces pour son fils aîné et pour celui-ci constatèrent encore ce retour de la fortune, qui semblait vouloir sauter une génération. La guerre déclarée en 1689 contre toute l'Euro)*: lui donna bientôt l'oècasion de venir offrir au roi (1690) son service de soldat septuagénaire. Cette fois , il s'était ménagé un ton accueil par l'entremise de madame de Maintcnon , et ce n'est |«s une des moindres bizarreries de sa destinée que d'avoir vu Françoise d'Aubigùé apaiser un ressentiment qui datait d'une injure faite il Marie Mancini. Le roi refusa son épée, mais lui promit d'employer un jour sa plume, et ce vieillard, à qui ou «lisait d'attendre, s'en retourna fort content. Enfin , dans un dernier voyage qu'il fit a Fontainebleau ( 1991 ), le roi lui accorda gracieusement une pension de 4,000 livres, dont H se déclara « redevable à Dieu , au père de « la Chaise et à madame de Maintenon. » Dix-huit mois après , il mourut dans sa maison , le 0 avril 161)3, âgé de 75 ans, et laissant dans le meilleur ordre tout ce qui pouvait servir à lui procurer celle autre vie terrestre qu'on appelle la gloire : sa généalogie complète ; ses mémoires achevés jusqu a sa sottie de la Bastille , et continués par les lettres

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qli'll âvait écrites ou reçues ; ses œuvres littéraires (vers, traductions, imitations, portraits), transcrites dans les diverses parties de sa correspondance ; son histoire de Louis le Grand , conduite , on peut le dire, jusqu'à la veille du jour où la mort l'empêcha d'écrire ; son discours à ses enfants terminé par son entier rétablissement dans les bonnes grâces du roi ; mais surtout ses lettres à sa cousine de Sévigné , et celles qu'il avait d'elle , soigneusement copiées de sa main sur un registre à part , comme s'il eût prévu que ce serait là son meilleur titre au souvenir de la postérité. Et , dans le fait , les deux pvents ont survécu tour à tour l'un par l'autre. Ce fut, sans aucun doute , le comte de Bussy qui mit dans le public et qui nous a conservé madame de Sévigné. Ses Mémoires, imprimés en 1696, l'année même où la marquise cessa de vivre , contenaient quelques lettres de cette dame ; sa correspondance, publiée l'année suivante , révélait toute la suite de cet ingénieux commerce , et , pendant vingt-neuf ans, ce recueil servit seul à témoigner que la France avait un grand écrivain de plus. Ce ne fut qu'en 1726 que parut une partie des lettres écrites par madame de Sévigné à sa fille. D'année en année, ce fonds précieux s'est accru, et c'est par la place fort étroite qu'il y occupe que le comte de Bussy-Rabutin a sauvé son nom de l'oubli. Nous ne prétendons certainement pas mettre en pareil rang la femme la plus aimable, selon nous, qui jamais se soit fait connaître au monde , et celui qui ne fut pas même le plus aimable des hommes; mais nous regretterions fort que trop d'obscurité eût couvert la figure du comte , et nous avons grand plaisir à la voir, comme éclairée de la douce lumière que jette sa cousine, avec son regard hautain , sa morgue railleuse, son naïf orgueil, avec cette vanité mi-partie de 1 homme de lettres et du grand seigneur, dont chaque moitié suffit lotis les jouis pour faire un |»édant et un sot, dont l'ensemble forme ici un caractère original et piquaut. Nous avons du comte de Bussy les ouvrages suivants imprimes : 1° son Discours de réception à C Académie française (1665), et son Remerciaient à celle compagnie (1682), dans le Recueil des harangues, etc., Paris, Coignard, 1688, in-{°. 2° L'Histoire amoureuse des Gaules, dont on compte huit éditions sans date ou datées de I66.J et 1666, dans lesquelles manquent les couplets; une sous le titre d' Histoire amoureuse de France, Amsterdam, van Dyck, 1671, petit in-12, avec le cantique; et un grand nombre d'autres, grossies de plusieurs pièces du même genre, qui n'apparlienneul aucunement à notre auteur. L'édition la plus complète de cet ouvrage est celle de Paris, 1754 , 5 vol. in-12. Une autre a paru depuis, ibid., 1825, 4 vol. in-52. 5° Discours à ses enfants sur le bon usage des adversités et les diver$ événements de sa vie, Paris, 1694 (posthume) 4 vol. in-12, réimprimé la même année à Cologne avec ee titre : les Illustres Malheureux. \a S" édition, Paris, 1701, in-12, porte le litre primitif. 4° Mémoires.... sur les divers événements de sa vie et de son tenu» depuis 1654 jusqu'en 1666, Paru, 1696,

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2 vol. in-4* : les Maximet d'amour y sont insérées. 5" Ses Lettres, 7 vol. in-12, dont quatre publiés en 101*7 et trois en 171(5, Paris, Delaulne : elles ont en plusieurs éditions, parmi lesquelles on distingue celle de Paris, 1757 , 7 vol. in-12, et celle d'Amsterdam, C vol. in-12. 6° Histoire abrégée de iouii XIV, contenant ce qui t'eut passé de plus remarquable tous ton règne depuit 1643 jusqu'en 1692 , Paris, 1099, in-12. — Les bibliographes lui attribuent encore une Carte géographique de la cour, Cologne, 1668, petit in-12, pamphlet de 20 pages, suivi de ses Maximes d'amour : c'est un péché qui ne doit pas être mis à sa charge ; un passage de ses Mémoires en indique le vrai coupable. La Carte géiyjraphique de la cour, donnant la description du pays de Bragues , est une saillie libertine de ce prince de Conti (Armand de liourbon , frère du grand Condé) qui nous a laisse le Traité det Devoirs det grandi. A. B— in.

BUSSY ( Michel-Celse-Roger de Rabutin, comte de), évéque de Luçon, fils du précédent, hérita de son esprit , sans hériter de ses défauts et de ses ridicules. Il était né pour plaire; on l'appelait de son temps le Dieu de la bonne compagnie. Voltaire a célébré les agréments de son commerce dans une lettre en vers et en prose, dont voici le début :

Non, npus ne sommes point tous deux Aussi méchants qu'on le publie.

Et nous ne somme*, quoi qu'on die, yuo de simples voluptueux.

Coutonts de couler notre vie Au sein des grâces et des jeu*.

Cresset ne l'a pas moins bien caractérisé dans ces vers:

Vous, dont l'esprit héréditaire, Et par les grâces même orné, Aux talents d'un illustre père Joint l'agrément de Sévigné.

L'Académie française le reçut en 1732, après la mort de la Motte, comme pour remplacer le plus aimable des gens de lettres par le plus aimable des hommes de la cour. Il ne produisit rien ; mais son goût sûr et délicat, formé par la lecture des bons auteurs anciens et modernes, le rendait très-bon juge des productions des autres. Devenu vieux et infirme, il voulHt éviter le chagrin de survivre aux qualités brillantes qui avaient répandu tant de charmes sur sa vie, et il s'exila volontairement de la société. « Je « ne saurais, disait -il, me résoudre a n'être plus « aimable ; je sens que je ne puis l'être qu'avec effort, « et il vaut mieux renoncer de In. mie grâce à ce « qu'on ne peut faire sans fatigue. » Cet homme, si rempli d'aménité et d'indulgence , 'n'était plus le même quand il avait affaire aux adversaires de la bulle Unigenitut. Ami de la paix cl de l'ordre, il ne voyait en eux que des esprits turbulents et factieux; il allait jusqu'à leur préférer les incrédules. Jls lui rendirent haine pour haine, et, dans tous leurs écrits, lancèrent contre sa mondanité des traits (mi ne portaient point tous à faux. Il mourut le 3 no-

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I vembre 1736, âgé d'environ 67 ans. Il avait, en septembre 1725, harangué le roi sur son mariage, à

I la tète des députés de l'assemblée générale du

I clergé. A — c— a.

BUSSY-R ABUTI N ( Louise- Françoise de),

i sœur du précédent, épousa en premières noces, Gilbert de Langeac, marquis de Coligni, et en secondes noces, Henri-François de la Rivière. Elle mourut en 1716, âgée de 74 ans. Louis XIV ayant lu chez madame de Montespan une vingtaine de ses

I lettres, dit à la Rivière en les lui rendant : « Votre " femme a plus d'esprit que sou père. » La Rivière brûla dans la suite ces lettres, qui étaient toutes « de feu, » écrivait-il au rédacteur de la Biblioth. des Auteurt de Bourgogne, craignant que leur impression ne fût un présent dangereux pour la postérité, parce qu'elles étaient propres à inspirer des passions. Louise-Françoise de Bussy-Rabutin publia les ouvrages suivants, mais sans y mettre son nom : 1° Abrégé de la vie de St. Fronçait de Salet, Paris, 1699, in-12. Baillet s'est trompé en attribuant cette vie à Diane de Bussy-Rabutin, religieuse de la Visitation ; l'épitre dédicatoire est signée L. deR. ( Louise de Rabutin). 2° La Vie en abrégé de madame de Chantai, Paris, 1697, in-12. L'auteur était petitenièce de cette illustre fondatrice de la Visitation. Le P. Lelong s'est encore trompe en faisant Louise de Bussy religieuse de cet ordre, puisque de la Rivière, son second mari, lui survécut. FJle composa l'épi— taphe de son père, qu'on trouve dans Moréri. — Philippine-Louite de Bussy, née à Paris, le 19 avril 1719, s'est fait connaître par un ouvrage singulier et peu commun, intitulé : La Méprise du mort qui

[ se croit vivant, ou le mort qui doit chercher la vie,

' Paris, 1776, in-12. Tandis que l'évéque de Cloyne, Berkeley, nie l'existence des corps, mademoiselle de Bussy nie de bonne foi que nous soyons en vie; elle

i nous tient pour morts, et croit que ce n'est que dans une union intime avec Dieu, source de toute existence , que nous pouvons retrouver le principe vital. V— ve et D. L.

BUSSY-CASTELNAU (Charles -Joseph Pâtissier, marquis de ) , né à Bucy, près Soissons, en 1718, passa de Iranne heure dans les Indes orientales, et servit avec une grande distinction dans les troupes que la compagnie française enDrctcnait à sa

! solde. Ce fut lui qui exécuta dans le Dékan les vastes projets de Duplcix. Avec une poignée de Français, secondés par un corps de 1,000 Indiens, il fit la conquête d'une partie du pays de Carnute, et établit Salabetzingue a Aurcng-Abad. A la tète d'un corps de volontaires, il défendit sous Dupleix la ville de Pondichéry contre les Anglais, qui furent obligés de lever le siège le 17 octobre 1748. Ses services continuèrent â être d'une grande utilité pendant le temps

| qu'il commanda dans le Dékan. Le roi les récompensa,

I et lui donna le grade de lieutenant -colonel dans l'armée en 1752; six ans après, il Tut élevé au rang de brigadier des armées du roi; enlin il fiit fait maréchal de camp en 1765. Lorsque Lally arrriva dans l'Inde, en 1758, il eut d'abord de grands succès ; mais, ayant été repoussé devant Madras, il

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pria Bussy de lui prêter cinq millions sur sa seule caution pour une nouvelle exjxklition contre les Anglais. Bussy, en homme sage, ne jugea pis à propos de hasarder une somme si forte payable sur des conquêtes si incertaines ; il prévit qu'une lettre de change signée Lally, remboursable dans Madras ou dans Calcutta, ne serait jamais acceptée par les Anglais. « 11 est des circonstances, dit Voltaire, où, si vous prêter, votre argent, vous vous faites un « ennemi secret ; refusez-le, vous avez un ennemi « ouvert. L'indiscrétion de la demande et la néces- « sité du repos tirent naître entre le général et le « brigadier une aversion qui dégénéra en une « haine irréconciliable et qui ne servit pas à réta- « blir les affaires de la colonie. » Vers ce même temps, Bussy en vint aux mains avec les Anglais a Vandavalii; ils furent vainqueurs, et Bussy demeura leur prisonnier. Conduit en Angleterre, il revint en France sur parole, et, lors du procès de Lally, poussé a bout par les reproches sanglants que ce général lui faisait dans ses mémoires, il força Lally à lui faire une réponse, et cette réponse d'un homme en faveur duquel l'opinioa publique s'était alors déclarée ne manqua pas de faire effet sur des esprits prévenus. « Lally, dit encore Voltaire, qui « tant de fois avait prodigué sa vie, et que M. de « Bussy affectait de soupçonner de manquer de « courage, en avait trop en insultant tous ses adver- * saires dans ses mémoires : c'était se battre seul « contre une armée, etc. » L'activité et les talents que Bussy avait développés dans les Indes, les succès qu'il y avait obtenus, et la grande connaissance qu'il avait du pays, lui tirent donner le commandement de nos forces de terre et de mer au delà du cap de Bonne- Espérance. Il partit en qualité de lieutenant général, et fut créé commandant de l'ordre de St-Louis en 178*2. 11 reçut la grande croix du même ordre et le titre de marquis en 1783. Les opérations des forces qu'il faisait agir lurent concertées avec celles de mer, commandées par le bailli de Suffren. De Bussy, réuni aux princes des pays qui étaient dans notre alliance, lutta avec avantage contre des forces supérieures. 11 mourut pendant ce second voyage, eu janvier 1785, .1gé de 67 ans, à Pondichéry, peu de temps après que l'on y eut appris la nouvelle de la paix. Outre le Mémoire à consulter et Consultation contre M. de Lally avec des lettres, etc., l'aris, 1766, 1 vol. in-4*, qu'il publia dans le procès de ce général ; on a encore de Bussy, ou plutôt sous son nom, un Mémoire contre la compagnie de» Indu. { France Littéraire, ) —

Bussy ( Bouchard db), frère du précédent,

fut tué à la bataille d'Hastembeck, en 1757. 11 avait publié une traduction do la Tactique d'EUen, Paris, 2 vol. pet. in-12. R— L.

BUST AMANTE (Barthélémy de) , né à Lima dans le Pérou, entra dans l'ordre des frères mineurs. 11 est cité par Gilles Gundisalvi Davila, dans son Theairum ecclesiaslicum Indico~meridionale, comme auteur d' un ouvrage qui a pour titre : Tratado de las primicias del Pirù en sanlidad y letras. — George Bt stauante. né dans la ville de St-Dominique de Silos, traduisit Justin en espagnol dans le

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16* siècle. Sa version fut imprimée à Anvers soua ce titre : Jutlino espahol, 1586, in-8°. — Jean-Ruix de Bustam ante , auteur du 1G* siècle, publia une grammaire castillane, dont parle Palroirenus, et lit imprimer des Formulas adagiales lalinas y Kspa- Holas, à Saragosse, en 1551, in-8°. — Jean-Alomo Bustamante, prêtre à Malaga, et bénélkier de l'église St-Jacques, composa eu espagnol un traité du Gouvernement ecclésiastique, dont le manuscrit autographe, qui avait appartenu à Didier Colménarès, historiographe de Ségovie, était conservé dans la bibliothèque de Notre-Dame de Montserrat de Madrid. L'auteur insistait principalement sur la nécessité de n'élever au sacerdoce que des ecclésiastiques également avancés dans les lettres et dans la vertu. — Benoit Bustamaste, ou Bustamento de Paz, docteur en médecine à Salamanque, est auteur d'un ouvrage qui a pour titre : Melhodus in 7 Apkorismorum libris ab Ilippocrate observata , qumeteontinuum librorum ordinem, argumenta et schemala déclarât, Venise, Aide, 1550, in-4°, et la même année, Paris, chez Martin le jeune. V — ve.

BUSTAM ENTE DE LA CAMARA (Jean ), florissait dans le 16* siècle. Né à AlcaU de Hénarês, il y étudia, puis y professa la médecine. Il s'adonna avec ardeur ft l'étude de l'histoire naturelle, et se fit une grande réputation par son savoir. On a de lui un traité intitulé de Animantibus sacrm Scriptura. Alcalade Henarès, 1595, 2 vol. in-4»; Lyon, 1620, 2 vol. in-8*. Samuel Bochart, qui depuis a traité le même sujet d'une manière plus complète dans son Hierosoicon [voy. Bochart), y parle avec éloge de Bustamentc, dans le chapitre 4 du C* livre de la seconde partie. ( Voy. le Dict. histor. et critiq. de Baj le. ) — On a d'un autre auteur du même nom : 1* de las Ccremonias de la Missa, Cucnza , 1622, in -8°; Madrid, 1655 ; 2* Rubricas del officio divino, Madrid, 1649. A. B— t.

BUSTEN. Voyez Bustoj».

BUSTIS, ou BUSTO (Ber.iardix de), capucin, né en Italie dans le 15* siècle , se fit une réputation fort étendue par des sermons qui doivent trouver leur place à côté de ceux des Menot et des Barlctta. Bustîs fut un de ceux qui contribuèrent le plus a l'établissement de la fête du St-INom de Jésus. Il adressa à ce sujet au paire Innocent VIII différents écrits , conservés dans la collection de ses œuvres , imprimée à Brescia en 1588, S vol. in-4*, et à Cologne en 1607, même format. La 1'* édition est la plus complète et la plus rec herchée des curieux de ces sortes d'ouvrages. On trouve dans ce recueil des sermons pour le carême, les dimanches et les fêtes de l'année, que l'auteur a intitules Rosarium sermonum per Mum annum, et des sermons pour tontes les fêtes de la Vierge. Ceux-ci , intitulés Mariale, seu Sermones in singulis feslivitalibus beatœ Maria Virginie, avaient été imprimés séparément à Milan en 1494, in-4»; à Strasbourg en 1496, in-4*; dans la même ville en 1498 et 1502, in-fol., et un grand nombre de fois dans le 16* siècle. l^es amateurs préfèrent les éditions les plus anciennes. ( Voy. Ellies Dupin, Biblioth. des auteurs eccUsiast.) W-s.

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BUSTO (àlexis-Vanegas), né à Tolède, au commencement du 16* siècle, étudia d'abord la théologie, et parut se destiner à l'état ecclésiastique; mais il se maria, et ouvrit une école de latin et de philosophie à Tolède. Alphonse Matamoro dit quo Busto avait de vastes connaissances, et qu'aucun savant n'a écrit avec plus d'élégance que lui. Sepulveda et Nie. Antonio le comptent au nombre des meilleurs écrivains espagnols. Il a publié un grand nombre d'ouvrages, dont les principaux sont : 1° Diferencia de libro$ , que al en el univerto', Tolède, 1546, in-4°; Si l.t manque, 1572, in-8a; Pincia, 1585, in-8\ Sous le titre obscur de ce livre, qui fut dédié à Jean-Bernard Diaz-Lugo, évôque de Calahorra, Busto rendit familière aux Espagnols la doctrine de la philosophie sacrée et naturelle. 2° TrcUado de orlografia y accentoi en las très lenguas principale!, Tolède, 1431, in-8°, et 1502, in-4». 3° Brevis Lnuclealio in obteuriores velleris aurei locot Alvari Gomezii, Tolède, 4540, in-8". Dans ces scolics sur le poème de la Toison d'or, d'Alvarez Gomez, Busto annonçait une Grammalica narraliva, sire hisloriea, qui n'a point paru. 4° Brevia Scholia in Pétri Papei, Flandri, Samarilem comediam, Tolède, 1542. Dans sa préface, l'auteur promettait de publier un ouvrage intitulé : Diabologim. Il composa un traité sur l'Agonie, qu'il dédia à la comtesse de la Ccrda , en 1583, in-8% et qui fut traduit en italien, à Venise. — Barnabas Bcsto , précepteur des enfants de l'empereur Charles-Quint, lit imprimer à Salamanque, en 1533, une Introduction à la Grammaire, 1 vol. in-8". y— vb.

BLSTON, ou BL'STEN (Thomas-Etie:nne), jésuite anglais, né eu (540 dans le diocèse de Salisbury, fit ses études à Borne, et, en 1578, fut envoyé en mission dans les Indes orientales, où il exerça son ministère dans l'Ile de Salcct pendant près de quarante ans, y fut recteur d'un collège, et moulait en 1610, âgé de 70 ans, û Goa, où il était regardé comme un apôtre. 11 avait composé, pour l'instruction de ses néophytes el pour l'usage de ses confrères dans la môme mission, plusieurs ouvrages qui sont très-recherchés aujourd'hui , comme étant les plus anciens qui aient été imprimés sur les langues de l'Indoustan : \" Arle da lingoa Canarina, da F. Thomas Eslevano, Bachol (Goa), 16 H), in-S°, ou petit in-4°. Cette édition fut donnée par le P. Didace de Bibciro, qui y lit plusieurs augmentations. C'est une grammaire de la langue qui se parle sur la cote de Canara ; elle est écrite en portugais, langue vulgaire des Européens établis à Goa. Le nom de la langue eanara étant peu connu, a trompé quelques bibliographes, et leur a fait dire que le P. Busten avait, le premier, fait connaître la langue qui se parle aux iles Canaries. 2* Un catéchisme en langue indienne. 3° Purana: c'est un recueil de poésies en langue vulgaire de l'Indoustan, sur les principaux mystères du christianisme. Cet ouvrage hit reçu avec applaudissement dans les missions, et, dans toutes les églises chrétiennes de l'Indoustan , on en a longtemps lu des fragments a la suite rie l'office divin. C. M. P.

BUT

BUTAS ou BUTUS, poêle éléglaque cité par Plutarque, qui, dans la Fie de Romulus, rapporte de lui des vers pour expliquer l'origine des lupercalcs. On peut le mettre au nombre des écrivains grecs qui ont écrit irtpt Ami*, des Causes, ouvrages dans lesquels ils ont fait des recherches sur l'origine des institutions romaines, et que l'on a appelés pour cette raison JEliologues. D--R — a.

BUTE ( J ean-Stcart , comte de), naquit en Écossc, vers le commencement du 18* siècle, d'une famille élevée à la pairie en 1703, et qui avait la prétention d'appartenir à la maison des anciens souverains de ce royaume. Dans sa jeunesse, Bute parut porté a la dissipation, et peu enclin à se mêler de politique; cependant, en 1737, il fut nommé pour remplacer au parlement un des pairs d'Ecosse qui venait de mourir. L'opposition constante et souvent mal fondée que Bute manifesta contre toutes les mesures proposées par le ministre lui attira l'animadversion du gouvernement ; aussi ne fut-il pas réélu au parlement suivant, en 1741. Piqué de cet affront, Bute se retira dans l'Ile dont il portait lo nom, qui est une des Hébrides, et qui lui appartenait. 11 s'y livra à l'étude , et s'occupa à 'améliorer le sort de ses vassaux. Marié quelque temps avant sa disgrâce, il paraissait se livrer tout entier aux douceurs de la vie domestique, lorsqu'un événement inattendu vint troubler sa retraite. Le prétendant (il une descente en Ecosse, en 1745 ; la plupart des seigneurs écossais attachés à la maison régnante en Angleterre quittèrent leur pays, dans la crainte d'être soupçonnés d'attachement aux Stuarls. Bute fut un des premiers à se rendre à Londres, et à offrit ses services au gouvernement. Cette preuve do zèle ne lit pas oublier sa conduite précédente, et il ne serait pas sorti de l'obscurité, si la fortune ne l'eût, par un coup imprévu et bizarre, mis sur le chemin des grandeurs. La duchesse de Queensbury donnait chez elle des représentations dramatiques-, on devait jouer la Belle Pénitente, tragédie de Howe. Le rôle de Lolhario, le plus«marquant de la pièce , tomba à Bute. Son air noble, sa taillo élégante et ses manières aisées, lui donnaient de grands avantages pour jouer le rôle d'un séducteur aimable. Il le remplit à la satisfaction de tous les spectateurs. Le prince de Galles fut un des plus ardents à l'applaudir , et l'invita à venir à sa cour. Bute ne tarda pas à y acquérir une influence marquée. 11 devint absolument nécessaire au prince pour ses amusements, et môme pour ses affaires. A la mort de l'héritier du trône, en 1751, sa veuve, qui avait reconnu en lui des principes politiques conformes à ceux qu'elle avait apportés de l'Allemagne, où elle était née, lui accorda toute sa confiance. Après beaucoup de démarches, elle le fit placer auprès de son dis en qualité do gentilhommo de la chambre, et s'en rapporta entièrement à lui pour l'éducation de l'héritier présomptif de la couronne. Bute ne perdait jamais son élève do vue. On avait donné au jeune princo le comte de Hurcourt pour gouverneur, et l'évêque de ISorwich pour précepteur. Le caractère et les principes de ces deux personnages leur avaient acquis

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l'estime générale. Ils s'aperçurent bientôt qu'il leur était impossible de remplir leur devoir, parce que l'ascendant de Bute sur la princesse de Galles était si grand qu'il mettait dans la position la plus désagréable ceux qui remplissaient des emplois auprès du jeune prince. On avait trouvé plusieurs fois dans ses mains des livres dont la doctrine politique était extrêmement dangereuse. Un débat s étant engagé sur ce [sujet à la chambre haute, en 1753, le comte de Harcourt déclara que son pouvoir, dans ce qui concernait l'éducation du jeune prince, étant purement illusoire , ses services devenaient inutiles , à moins que l'on no renvoyât plusieurs des personnes qui, attachées à l'héritier présomptif de la couronne, lui inculquaient des principes politiques réprouvés par la constitution. Le comte de Harcourt et son collègue donnèrent leur démission a la suite de cette discussion, et Turent remplacés par le lord Waldcgrave et l'évéquc de Lincoln, qui firent vainement entendre les mêmes plaintes. A mesure que le roi George II avançait en age, le jeune prince, et sa mère qui dominait son esprit, acquéraient un plus grand crédit, et celui de Bute s'en augmentait. George II mourut le 23 octobre 1760, et, le 47, Bute fut nommé membre du conseil. Cette distinction signaléc choqua le public, et n'étonna personne. Quelques jours après, l'inspection de la forêt de Hichmond fut ôléc à la princesse Amélie, celle do ses lilles que le feu roi affectionnait le plus, cl on la donna à Bute. Dès lors on prévit des cliangcments de la plus liaute importance. Malgré les assurances données par le discours du roi à l'ouverture du par* lement, et malgré la manifestation des principes du plus pur patriotisme, même dans le sens des whigs, les chefs de ce paru' virent qu'il se formait déjà des cabales pour renouveler le ministère. Bute parlait assez ouvertement a ses créatures des changements qui s'opéreraient. Au mois de mars 1701, le parlement fut dissous. Deux jours après, lord llolderness, secrétaire d'État, fut remplacé par Bute, qui nomma pour son sous-secrétaire CliarlesJcnkinson, si connu depuis sous le nom de lord Hawkcshury, et ensuite sous celui de comte de Livcrpool. Legge, chancelier de l'échiquier, fut congédié, parce que, dans une élection au parlement, il avait refusé, malgré les instances du prince de Galles, de céder sa place à un parent de Bute. Malgré le crédit tout-puissant de ce favori (c'est ainsi qu'on le désignait), Pilt continuait à diriger les affaires étrangères, dout il avait le département. Instruit que les cours de Versailles et de Madrid avaient conclu un traité contre la Grande-Bretagne, il insista fortement dans le conseil, d'après l'esprit do l'ancienne administration, pour que l'on attaquât sur-le-champ l'Espagne : son beau-frère fut seul de son opinion. Voyant que son influence dans le cabinet était nulle, il donna sa démission au mois d'octobre 1761, La retraite de ce ministre chéri du peuple ne lit pas, dans l'esprit du public, autant de tort à Bute qu'on aurait pu le supposer. La partie saine de la nation, qui n'était pas persuadée des intentions liosiilea de l'Espagne, ne voyait pas La nécessite de plonger l'Htal dan» une

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nouvelle guerre, qui ajouterait encore â l'énormité de la dette, et Pilt semblait avoir résigné par un mouvement d'humeur ; mais après une lutte violente entre les partisans de l'ancien système et ceux du nouveau, les premiers l'emportèrent; et lorsque le roi, conformément à un ancien usage, alla à l'hotcl de ville de Londres pour la première élection du lord maire qui eût eu heu sous son régne, l'air retentit des acclamations de la multitude en faveur de Pitt. On fit a peine attention au monarque, et le favori fut accablé des injures les plus grossières. La cour de Madrid conlirma bientôt la justesse des soupçons de Pitt, en répondant aux questions catégoriques de l'ambassadeur anglais d'une manière qui fit sentir la nécessité do déclarer la guerre en 1764. Depuis la retraite de Pitt, la direction des affaires était entièrement entre les mains de Bute, «mi jouissait de la confiance de son souverain à un degré inconnu depuis le comte de Clarendon sous Charles II; mais son ambition n'était pas encore satisfaite. Le duc de Newcastle, qui avait vieilli au service de la maison de Brunswick, et qui avait joui longtemps de la conliance de George II, occupait encore la place de premier lord de la trésorerie. Seul partisan de l'ancien système, il n'était plus que l'ombre d'un ministre, et ne cherchait qu'à s'assurer une retraite honorable. Bute jugea qu'enfin le moment était venu pour lui d'occuper ce poste éminent ; le premier ministre reçut une insinuation sur sa démission ; il la donna, et Bute, en obtenant cet emploi, fut décoré de l'ordre de la Jarretière. Dès (pie le favori eut joint le titre à l'autorité de premier ministre, il chercha sérieusement à faire la paix. Ce dessein louable présentait de grandes difficultés. Le peuple anglais, enivré de ses succès, désirait la continuation d'une guerre qui lui promettait encore de nouveanx triomphes. Il se forma contre Bute une ligue formidable. On lui reprocliait la manière précipitée dont il avait éloigné de leurs emplois les membres d'une administration chérie du public, pour partager leurs dépouilles avec ses amis; on le blâmait de ses manières hautaines et de sa conduite artificieuse. De quelque manière que la paix se fit, les antagonistes du ministre ne manqueraient pas de soutenir qu'elle n'était ni proportionnée aux avantages immenses que Ton avait obtenus dans la guerre , ni compatible avec l'honneur de la Grande-Bretagne. Bute réussit dans ses projets , et même, pour parvenir à ses Ans, il sacrifia l'allié de l'Angleterre sur le continent, le roi de Prusse, en lui refusant les subsides qu'on lui avait fournis auparavant. La paix signée â Fontainebleau était une des plus glorieuses que l'Angleterre eiH jamais conclue ; elle fut néanmoins combattue très-vivement dans les deux chambres du parlement. Bute la défendit, dans la chambre haute, avec un talent et une énergie qui surprirent généralement. 11 finit son discours en disant qu'il souhaitait que , sur sa tombe, on se contentât de mettre pour épi ta plie : a Qu'il avait conseillé de faire cette paix dont ses « collègues discutaient en ce moment tout le mé- * ri». » Le irai», censuré par une partie du public,

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ayant reçu l'approbation du parlement, tout semblait promettre une longue durée au pouvoir du ministre. Il était parvenu à exclure de l'administration tous les hommes du parti des whigs, en Taisant entendre au monarque que les partisans de ce système , qui avaient fait la révolution de 1688, et placé la maison de Brunswick sur le trône, n'étaient au fond du cœur que des factieux peu disposés à soutenir les idées du pouvoir absolu, seules bases de la grandeur réelle d'un souverain ; que les torys avaient des sentiments plus compatibles avec ceux dont il était nécessaire que le peuple anglais fût imbu, et que même les jacobites, ayant absolument renoncé à tout espoir de voir les Stuarts remonter sur le trône, reporteraient sur la maison de Brunswick l'attachement pour leurs anciens souverains dont ils avaient été les victimes. Bar de telles insinuations, préparées de longue main , il entoura le roi de geris dont les principes se trouvaient en harmonie avec les siens, et surtout de ses compatriotes les Ecossais. La nation anglaise murmurait ; la guerre des pamphlets, que Pitt avait eu le talent d'assoupir, reprit avec une fureur nouvelle. Le ministre fut en butte à des agressions violentes ; cependant il ne pouvait que gagner graduellement la confiance du public, à mesure que l'on recueillerait les avantages de la paix, lorsque de nouveaux motifs de mécontentement aigrirent les esprits au dernier point. La guerre ayant laissé beaucoup dedettes arriérées, il fallut négocier un nouvel emprunt. Le ministre eut recours, pour en couvrir les intérêts, à une taxe sur le cidre. Lorsque cet impôt fut proposé au parlement, l'opposition eut beau l'attaquer avec force, les deux chambres lui donnèrent leur approbation. Alors la ville de Londres supplia le roi de ne pas lui accorder sa sanction. Malgré les clameurs réitérées du public, dont la haine contre le favori s'accrut jusqu'à l'exaspération, le bill fut converti eu loi. Personne ne douta plus du crédit immense de Bute, et de sa puissance dans les conseils de la nation ; tout à coup on apprit qu'il avait résigné l'emploi de premier ministre. Content, comme il s'en vantait, d'avoir rendu la paix au monde, seul motif qui lui avait fait accepter les sceaux, heureux de n'avoir manqué à aucun engagement, de n'avoir abandonné aucun ami, et d'avoir formé un ministère assez puissant pour ne pas avoir plus longtemps besoin de lui, il voulait prouver, en se livrant aux douceurs de la vie privée, que la grandeur et les honneurs n'avaient pour lui aucun charme. On traita généralement celte déclaration de forfanterie. Ses ennemis soutinrent que , ne pouvant, |jar orgueil, revenir sur une mesure qu'il avait adoptée , il se trouvait, après avoir fait passer \e dernier acte, objet des ressentiments du public , dans une position tellement difficile, qu'il n'était ni assez habile ni assez courageux pour s'y maintenir. Ils ajoutèrent que, certain d'être en horreur à la nation, qui le chargeait des accusations les plus odieuses, il craignait de ne pouvoir résister au torrent de la haine générale. Ses amis ne purent le défendre que faiblement des inculpaUons dirigées

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contre lui. Ils dirent pourtant que le roi ayant le déterminer à rester à la tète des affaires, Bute avait représenté au monarque qu'il lui était impossible de résister à tous les désagréments d'une autorité souvent contredite ; que sa santé en souffrait , et qu'il avait ajouté : « Sire, je consens à mourir à a votre service ; mais il m'est impossible d'y vivre, a — Kn ce cas, reprit le roi, j'aime mieux perdre « mon ministre que mon ami. » Les ennemis de Bute prétendirent, au contraire, que, sûr de son ascendant sur l'esprit de son souverain, il pensa que, dans une conjoncture plus favorable, il lui serait facile de ressaisir le timon des affaires, ou plutôt il aima mieux gouverner invLsiblement, et jouir ainsi du pouvoir ministériel, sans courir le risque de la responsabilité, quelquefois illusoire, toujours embarrassante. Il eut |K>ur successeur George Grcnville. Reconnaissant bientôt, malgré sa déclaration positive, la faiblesse du ministère, il demanda au mois d'août une entrevue à Pitt, et lui annonça que le roi désirait former une nouvelle administration par son avis, et qu'il y prendrait place. Le projet échoua II en résulta entre les partis un redoublement d'animosité qui s'exhala dans les pamphlets les plus virulents. Bute, malgré sa retraite, était regardé comme l'ame des conseils du roi. Il passa pour l'auteur du fameux acte du timbre, qui jeta le premier brandon de la discorde entre la Grande- Bretagne et ses colonies de l'Amérique septentrionale. Il est au moins certain que lorsqu'il fut question de rapporter cet acte , les créatures de Bute soutinrent que l'oit ne pouvait raisonnablement y songer, et que lui-même dit assez clairement dans la chambre haute, que cette mesure serait extrêmement désagréable au roi. En toute occasion, les ministres qui agissaient dans un sens opposé à celui de Bute ne tardaient pas à recevoir l'ordre de donner leur démission. Ses créatures, qui prenaient le nom d'amis du roi, formaient un parti puissant. On les désigna sous le nom de cabale, et, plusieurs fois, ils furent signalés comme les auteurs des maux dont on se plaignait. En 1766, Bute avait déclaré, dans la chambre des pairs, qu'il avait renoncé aux affaires, et qu'il ne voyait plus le roi ; malgré cela, on supposait qu'il avait toujours connaissance des affaires de l'État, et qu'il y 'conservait une grande influence. Il |«ralt, au reste, qu'il ne s'y ingéra plus aussi directement depuis la mort de la princesse de Galles, mère du roi, qui arriva en 1772; peut-être même ccssa-t-il d'y prendre part. La haine du public se calma ; il fut oublié. Il passa les dernières années de sa vie dans son château de Lutton, qu'il avait fait bâtir dans le Berkshire. Cette habitation , vantée pour la magnilicence et le bon goftt de son architecture, était entourée d'un pare immense. Un jardin botanique, où Bute avait recueilli les filantes les plus rares, une bibliothèque de 50,000 volumes, un superbe cabinet d'instruments d'astronomie, de physique et de mathématiques, l'aidaient à passer le temps plus en philosophe qu'en homme d'Etat. Son étude favorite était la botanique. Il avait fait d'assez grands progrès dans cette science, et i

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pondait avec les plus habiles botanistes de l'Europe. Il écrivit meute, pour la reine d'Angleterre, un ouvrage intitulé : Tables de botanique, contenant les différentes familles de plantes de la Grande-Bretagne, distinguées d'après les cinq parties de la fructification, et rangées suivant une méthode synoptique ( Botanical Tables , containing tlie différent fauiilys of British plants, etc. ), Londres, 9 vol. in-4" : c'était, dans cette science, l'ouvrage le plus magnifique qu'on eut vu jusqu'alors. Cependant, il ne présentait aucune vue nouvelle, et n'a fait (aire aucun progrès réel à la science. Il n'est remarquable que par la beauté de l'exécution, le luxe typographique, et par sa rareté. Les frais se moulèrent à 10,000 liv. sterling. On n'en tira que douze exemplaires, que l'auteur donna en présent; il en envoya un à Buffon, qui le déposa à la. bibliothèque du roi. Linné a dédié au comte de Bute un genre qu'il a nommé StevBartia ; il renferme des arbrisseaux de l'Amérique septentrionale qui appartiennent à la famille des malvacécs ; mais, ayant fait une faute dans la manière d'écrire le nom de famille de ce seigneur, l'hommage qu'il devait rappeler est devenu équivoque, et peut se rapporter à d'autres personnages. Quoique depuis longtemps plusieurs auteurs, et surtout les Anglais, aient corrigé celte faute, en écrivant Stuartia, William Jones, président de la société asiatique de Calcutta, lui a dédié un nouveau genre de l'Inde, sous le nom de Buica. Ce genre fuit partie de la famille des légumineuses : il renferme un des plus beaux arbres de la cote de Coromandel. C'est au comte de Bute que Ilallcr a dédié sa Bibliotkeca botanica. Bute vécut pour lui-même et un petit nombre d'amis jusqu'à un âge très-avancé, habitant alternativement Lutton et une autre maison qu'il avait fait bâtir sur le bord de la mer, dans la province de liants. Sa mort, arrivée le 10 mars 1792, ne produisit dans le public aucune sensation. En résumant ce qu'ont dit de Bute ses partisans et ses ennemis, on voit qu'il était plus présomptueux qu'habile ; qu'en se livrant à la politique, pour laquelle il n'était pas né, et dont il n'avait pas fait de bonne heure une étude approfondie, il perdit sa tranquillité, et, par les fausses mesures qu'il suggéra, lit naître le trouble et la discorde dans le sein de la nation. Il voulut dominer à l'ombre de l'autorité souveraine, et fut sur le point de la compromettre. H manquait de cette étendue de vues nécessaire à ceux qui gouvernent les hommes. On lui a reproché d'être haut-iin, mais il se mêlait à ce défaut une noble fierté. Il dédaigna constamment, durant son ministère, de soudoyer, à l'exemple de ceux qui l'y avaient précédé, les écrivains de libelles, toujours prêts à se vendre. Défiant et caché , il passa pour dur, impérieux et obstiné; cependant il montra généralement un esprit incertain, irrésolu, timide même. Jamais on ne l'attaqua sur ses nururs; fait pour la vie privée, il y portait une simplicité aimable. Doux, humain , généreux sans ostentation, il cachait ses bienfaits a ceux qu'il obligeait. Ses connaissances variées rendaient sa conversation intéressante et animée. Sa politesse, ses attentions , son

humeur toujours égale, ne se démentaient jamais envers ceux qui vivaient avec lui. Plein d'attachement pour son souverain, il n'en parlait jamais qu'avec des expressions qui annonçaient ses sentiments, et il avait son portrait dans tous ses appartements. Son caractère cuuune homme privé, et surtout comme homme d'État, a été peint avec les couleurs les plus défavorables par Frédéric II, roi de Prusse, et représenté avec les traits les plus avantageux par Duteus. Il ne faut pas oublier qu'il refusa des subsides au premier, et que le dernier acte de son ministère fut de signer le brevet d'une pension pour le second, qui fut d'ailleurs attaché à sa famille. Bute a laissé plusieurs enfants. Son (ils aiiié fut membre du ministère ; le second , archevêque de Dublin. Une de ses filles a épousé le duc de ÎNor- Ihumberland ; l'autre, le comte de Macartney, ambassadeur à la Chine. E— s.

BUTEL-DUMONT (George-Marie), né à Paris, le 28 octobre 1723, successivement avocat, censeur royal , secrétaire d'ambassade à St-Pélcrsbourg, et chargé du dépôt du contrôle général, mourut vers la lin du 18* siècle. Il était très-laborieux, et a publié les ouvrages suivants: 1° Mémoires historiques sur la Louisiane, composés sur les mémoires de M. Uumonl par L. L. M. (l'abbé le Mascrierj, Paris, 1733, 2 vol. in-12, avec Jig. : c'est un recueil exact, où l'on trouve réunis tous les documents que l'on avait alors sur ce pays. 2" Traités sur le commerce et sur les avantages de la réduction de Cintérél de l'argent , traduit de l'anglais de Josias Child, en société avec Cournay, 1734, in-12. 3" Histoire et commerce des colonies anglaises (Paris), 1733, in-12 : ce livre traite d'une partie des pays qui composent aujourd'hui les Etats-Unis d'Amérique. Il était , ainsi que le suivant, très-bon jiour l'é|K)quc où il parut, l'auteur ayant pris ses renseignements dans de bonnes sources. 4* Histoire et commerce des Antilles anglaises, 1738, in-12. 3° Essai sur l'état présent du commerce d'Angleterre, traduit de l'anglais de Cary, considérablement augmenté par le traducteur, 1733, in 12. 6« Conduite des Français par rapport à la Nouvelle- Ecosse, traduit de l'anglais ( de Jcffcrys ), avec des notes, Londres, 1765, in-12. 7° Acte connu sous le nom d'acte de navigation du parlement d'Angleterre, traduit de l'anglais, avec des notes, Paris, Jombcrt, 1760, in-12. 8° Point de vue sur les suites que doit avoir la rupture de la paix avec les Anglais, Amsterdam, 1761, in-12. 9° Théorie du luxe, ouvrage qui remporta le prix à l'académie des inscriptions, Londres et Paris, 1771,2 vol. in-12; l'auteur y établit que le luxe est un ressort utile et profitable dans les États. 10° 7raïf«! de la circulation et du crédit, Amsterdam et Paris, 1771, in-8». M* Recherches hittoriques et critiques sur l'administration publique et privée des terres chet les Romains, Paris, 1779, in-8°. 12* Essai sur les causes principales qui ont contribué à détruire les deux premières races des rois de France, Paris, 1776, in-8°, couronné en 4775 par l'académie des inscriptions. 13* Les Ruines d« Paulwn, ou Pottidonie, traduit de l'anglais de

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Th. Major, 1769, in-4»: cet ouvrage est moins recherche depuis que la Gardcttc a publié les mêmes antiquités, 1799, In-fbl. D. L.

BUTEO (Je* s), chanoine régulier de l'ordre de St-Àntoine, né à Charpey, près de Romans, en 1492. C'est à tort nue Sax le nomme Jean de Boteon, car son vrai nom était Borrel ou Bourrel, qu'il latinisa en celui de Buleo. Les devoir* monastiques ne l'empêchèrent pas d'apprendre, sans maître, le grec et les éléments d'Euclide. Ses supérieurs lui permirent enfin de suivre son goût jwur les sciences, et, quoique âgé de plus de (rente ans, il alla étudier à Paris. De retour à St-Antoine, on lui confia l'administration de la (erre et du château de Balan, à use lieue de cette abbaye. C'est dans celte retraite qu'il composa ses ouvrages géométriques, qui lui acquirent une grande réputation. Les calvinistes, dans différents pillages, ayant brisé ou emporté divew instruments de mathématiques dont il se disposait à donner la description, il se réfugia à Canar, prés do Romans, où il mourut en 1372. Ses œuvres ont paru sous ce titre : Joannis Buteonis Delphinaliei Opéra geomrtricu etjuris civilis, Lyon, 1534, in-fol. Ce recueil comprend quiuze traités, dont plusieurs ne concernent que la jurisprudence. Les plus intéressants sorti : i'de Sublicio ponte Casarit Ubellus, souvent inséré dans les éditions des Commentaires de César; de Arca Xoe; de fluenlit aquœ Mensura; de (luriatlcis Jntulis secundum jus civile dividendes; Geomclria Cognilio jureconsulto necessaria. 2" Logisliea, Lyon, 1559, in- 12. Cet ouvrage est divisé en 5 livres; les deux premiers n'ont rapport qu'à l'arithmétique; le troisième est un des plus anciens traités élémentaires d'algèbre écritt en France ; les deux derniers sont des recueils de problèmes d'arithmétique et d'algèbre. On y trouve aussi une description trés-détailléc des cadenas de combinaison. Ce traité est suivi d'une |»clile dissertation pour rectifier un passage de Vitruve sur les balistes-S' De Quadratura circuli libro duo, Lyon, 1559, in-8% ouvrage rempli de bonne cl solide géométrie ; on y lit l'histoire de ce problème, et la réfutation de» divers paralogismes qu'il avaii déjà occasionnés. ( Voy, FilNé.) Buleo avait laissé encore quelques ouvrage* manuscrits, entre autres une traduction de douze livres d'Euclide faite sur le grec, C. M. P.

BUTES. Voyez Bogès.

BDTET ( Pierre - Rouan - François ), connu sous le nom de Bulet de la Sarike, grammairien, naquit, en 1709, à Tuffé, dans le Maine. Après avoir lait de bonnes éludes dans sa province, il vint a Paris, où il étudia la médecine et les mathématiques. Désigné par son déparlement élève à l'école normale, il y suivit les cours de Garai, de Sicard; et, eu 1794, il se chargea d'une éducation particulière, afin, dit-il, de jouir des moyens de continuer ses recherches lcxicologiqu.es. Quelques années après, il ouvrit, dans une vaste cl belle maison de la rue de Clichy, une école qu'il nomma polymatiqut, parce qu'il se proposait d'y faire marcher de front l'élude îles lettres et celle des sciences; et, dans le même temps, il donna de* cour* dj> l'IiyWqwe au.

lycée républicain. Il nous apprend lui-même que ce fut la nomenclature de chimie de Lavoisicr (voy. ce nom] qui lui donna l'idée de changer celle de la grammaire. Ayant, en 1800, présenté sa Lexicologie a la seconde classe de l'Institut, la commission chargée de l'examiner (1) déclara que l'ouvrage de Butet lui paraissait un des plus propres à l'avancement de l'idéologie, et que son système, le meilleur que l'on pût adopter dans un dictionnaire philosophique, offrait, en outre, les moyens les plus sûrs d'arriver aux hases fondamentales d'une langue universelle. D'après ces conclusions, le ministre de l'intérieur fut prié de designer une des écoles de Paris où Butet pourrait faire en grand l'application de son système ; mais le ministre, ne voulant pas compromettre le gouvernement dans des discussions grammaticales, éluda cette demande, en répondant que Butet pouvait s'entendre, à cet égard, avec le chef de l'école ou de l'institution qui lui conviendrait le mieux. Malgré la critique très-vive que l'abbé Morellet (voy, ce nom) fil de cet ouvrage (Magasin encyclopédique, 1801, t. 5, p. 17), Butet jouit tranquillement, quelques années, de la réputation de grammairien philosophe que lui avait faite la commission de l' Institut. Mais d'imprudents amis ayant demandé que son ouvrage fût admis à concourir pour les prix décennaux, Morellet, rentré depuis quelque temps à l'Académie française, reproduisit dans le Moniteur* journal plus répandu que le Magasin encyclopédique* la critique de la nouvelle lexicologie, où il démontrait que, loin do faciliter l'étude des langues, les innovations proposées par Butet devaient, au contraire, la rendre beaucoup plus diflicile ; et que sa nomenclature, aussi bizarre qu'inutile, ne pouvait qu'olftcurcir les notions grammaticales les plus simple» et les plus claires. Ce jugement de Morellet eut, sans doute, quelque influence sur celui que Chénier porta de l'ouvrage de Butet. « Après avoir, dit-il, <t développé dans sa Lexicographie les rapports mu- « t ur K qui existent entre la langue latine et la lan- « gue française, M. Butet a cru pouvoir présenter « dans son cours de lexicologie une mélhodo cer- « laine pour décomposer et recomposer les mots con- « foratémciit a l'analyse des idées... S'il n'est pas « bien sùr qu'il ait réussi dans son entreprise, ses « recherches peuvent le conduire à des résultats " d'une utilité plus incontestable. » ( Tableau de Im littérature, p. 37.) Butet ne répondit pas a l'abbé Morellet ; mais, dans ses remarques adressées à son ancien professeur, Garai, sur l'étymologie du mot attention (il, il se plaignit d'avoir été si peu nié* nagé par les critiquai, qui, penl-élrc, auraient dû lui tenir compte d'avoir tenté l'exécution du travail sur la valeur des proposition* et des désinences, indiqué comme trés-imporiant par de Brosses dans son Traité sur la formation mécanique des langues. Dans

(l) La nomniMian ruil nmif"*** da MM. Dmimd, de Ttkt

Qijiup'Knr, auxquels m adjoignit le grand H^omeirc LanUiv.

(â' licmtiryucs tvr rtlymoleaie tue l'on donne ordinairement du mrl Allmlim et rrr fSf/pu-/ antres qnettiont de pkUoheiS, Uuu le tMctuteptdieee, ISdS, US, p»T

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ittot ditétlidn Vieat tfâtitneré, et non A"atlendm, comme le dit, avec tous les philologues, le Dictionnaire de t Académie. Mais ses raisons, moins solide» que subtiles, furent vivement attaquées par deux académiciens, François de Neufchfttcau (1 ) et l'abbé Morellct. Butet répondit au premier (ï) par une lettre qu'il crut sans doute rendre plaisante, en affectant d'employer tous les termes usités au barreau, pour se plaindre que son adversaire eut changé le terrain du combat (3). Ne se sentant pas assez fort pour lutter avec Morellet, il ne se proposait pas de lui répondre; mais ses amis lui ayant représenté que les critiques du malin abbé pouvaient nuire à son école polymatique, il se décida, non sans peine, à faire insérer au Moniteur (1808, p. 1286) une lettre par laquelle il déclare que son système lexicologique n'est point suivi dans son école, et que l'enseignement y est donné, comme dans tous les collèges, par divers professeurs (4). Quoiqu'il dut être bien découragé par ces attaques multipliées, il n'en continua pas moins avec persévérance ses recherches grammaticales. Sa Dissertation sur la lettre A, publiée en 1813, ranima contre lui le zélé de l'abbé Morellet, qui fit prompte justice d'arguties plus dignes d'anciens scolastiques que des disciples de Dumarsais. Des travaux plus importants, mais toujours relatifs à la grammaire, l'occupèrent le reste de sa vie. Il mourut a Paris au mois de mars 1823. On a de lui : 1° Abrégé d'un cours complet de lexicographie et de lexicologie, Paris, 1801 , 2 vol. in-8». 2° Dissertation philologique (sur la lettre A), ibid., 1819, in-8» de 32 p. y Cours théorique d'instruction élémentaire, applicable à toute méthode d'enseignement, etc., Ibid., 1818, in-8° de 22 p. 4» Cours pratique d'instruction élémentaire, etc., ibid., 1819, in-8*. Cet ouvrage, qui contient une nouvelle méthode de prononciation et d'orthographe, a été adopté par la société de Paris pour l'instruction élémentaire [Revue encyclopédique, t. 2, p. 375). 5* Mémoire historique et critiqué dans lequel l'S se plaint des irruptions orthographiques de l'X, qui l'a supplanté dans plusieurs cas sans aucune autorisation, etc., ibid , 1821 , in-8» de 20 p. Butet, membre de plusieurs sociétés littéraires, fut l'un des collaborateurs des Annales de grammaire, et il a fourni plusieurs articles au Manuel de la langue française de Boni face. 11 s'est longtemps occupé de Recherches sur l'histoire univcnetlc de la langue latine et des idiomes qui en dérivent \ Magasin encyclopédique, 1808, t. 2, p. 370), et M. de Roquefort se l'était associé pour la rédaction d'un Glossaire général de la tangue française. W— «S.

BU'l HERUS de Cyziquc est nommé par Jaiublique parmi les plus célèbres pythagoriciens; mais

M KênUfur, ttw, p. 591.

(S) ètonileur, tSOS, p. 70t.

(3) Dutet Yeut dire qu'ajant insère ses remarques dans le

Sh McfdtpèiStwâ, c'était dans le même journal qqc Francis de fteofiMtean tarait dû faire iin|»riDM?r m répo«**.

(4) 11 «ail bit iratet de» icte* de teiire» où l'on totiii u (magie avec cet de tu devises i S«MtuU4)Ki si uitçit»» t Ici», aro et ; cet s de v— ve.

BTJT i!H

ce biographe ne dit pas a quelle époque il a vécu. Il a écrit sur les nombres. Stobée donne dans les églogues un fragment de cet ouvrage, dont aucun autre écrirain de l'antiquité ne fait mention. ( Voy. Jambliqne, de Vila Pylhagorœ. D — R — H.

BUTIGNOT (Jean-Marguerite), né à Lyon, vers 1780, est mort dans les premiers jours d'octobre 1830, au Sénégal, où il exerçait les fonctions de président du tribunal civil. Avoué pendant dix ans dans sa ville natale, il y demeura jusqu'en 1815, époque à laquelle il renonça au barreau pour venir se fixer à Paris. 11 obtint un emploi dans les bureaux du ministère de la guerre. En 1807, il avait été l'un des fondateurs du cercle littéraire de Lyon, qui subsiste encore. On connaît de lui plusieurs pièces de vers, qui se trouvent dans l'Almanach des Muses. L'auteur les réunit, en 1815, sous ce titre : Élégies et Odes, Lyon, 1 vol. in-8», tiré à 100 exemplaires, et dont il fit présent à ses amis. Botignot publia encore, en 1823, Louis XVI, récit élégiaque, in-8° de 16 p. On trouve dans son recueil de poésies quelques grandes idées, de belles images cl un su le pur; niais, quant à la forme, les élégies ressemblent â des romances, et les odes, sauf deux ou trois, ne sont guère que des stances. La jolie ballade de l'Ermite, traduite de l'anglais de Parncll, et qu' Andrieux a également imitée, est très-bien versifiée. Les deux pièces les plus remarquables du recueil sont l'ode sur la Destruction de Paris, et le dithyrambe sur la Fin de la terre. Les amateurs |>ourront rapprocher la première pièce d'une élégie d'Hoffmann sur le même sujet, qui fut insérée dans l'Almanach des Muses, quelques années avant la révolution de 1789. Le dithyrambe sur la Fin de la terre est peut-être ce qui a paru de mieux sur un si beau sujet. On a remarqué que l'ode 14 du 1" livre de J.-B. Bousseau n'a pas plus d'analogie que plusieurs autres avec le Jugement dernier. Le Franc de Pompiguan est bien inférieur à lui-même dans son hymne sur le Jugement dernier; et Gilbert, dans son ode sur le même sujet, n'offre que deux beaux passages, que Laharpe trouvait sublimes. F— le.

BCTIM (Dominique), né en 1612, prédicateur à Genève en 1677, bibliothécaire en 1709 et mort en 1728, a publié Thèses et universa philosophia, Genève, 1661. — Pierre Bui.M, fils du précédent, naquit a Genève, le 8 février 1678, étudia en théologie avec succès, et fut admis au saint ministère , en 1698, avec distinction. En 1700, il fut appelé & desservir l'église de Lcipsick, et il y resta trois ans. L'Église française de Londres, que l'on nomme communément l'Eglise wallonne, voulut l'attirer à elle; mais la faiblesse de sa santé et les désirs de sa famille le firent revenir dans sa patrie. 11 y desservit une église de campagne, et mourut en 1706, d'une dyssenterie qu'il prit en visitant plusieurs de ses paroissiens attaqués de la même maladie. Butini, quoique enlevé aux lettres à l'âge de 29 ans, a laissé plusieurs ouvrages : 1* Sermons sur divers textes de l'Ecriture sainte, en 2 vol. in-8*, publiés en 1708 par Yetnet, qui les publia de nouveau en 1736. 2* Histoire de la Vie de

Jésus-Christ, Genève, 1710, in-4". Les dix premiers chapitres, dit Senebier, sont une traduction libre de la paraphrase de Leclerc ; niais ensuite Butini se traça une route nouvelle, et on y trouve des traits heureux et originaux. Butini avait aussi composé un commentaire français sur l'Évangile de St. Matthieu, qui est reste en manuscrit. V— ve et D — r— n.

BUTIN 1 (Isaac), médecin genevois qui vécut à la lin du 16» siècle et au commencement du 17«, publia une. édition des Aphoritme$ d'Hippocrate, en grec et en latin, avec une courte exposition tirée des commentaires de Galien; les trois livres des Pronostics d'Hippocrate, avec une explication et les sentences les plus remarquables de Cclse. Ce recueil fut imprimé à Lyon, en 1580, in-12. — Gabriel Butini, pasteur d'une église de campagne, en 1629, et de Genève, en 1619, cultiva les muses latines. On a de lui : 1° In obitum Jacobi Gothofredi cm- mai epicedium, 1652; 2° Carmina in miraculasam el felicem libérât ionem a Deo Opt. Max. urbi Genevœ missam, anno 1602. — Jean-ltobcrl BOUM, né i Genève, en 1681, mort en 1714, étudia la médecine avec succès, cl eut beaucoup de part on livre intitulé : Traité de la maladie du bétail, fait par la société de médecine, Genève, 171 1, in-12. Il est auteur d'une dissertation tendant à prouver, d'après la position des lieux et le sens d'un passage du 1" livre des Commentaires de César, que ce grand homme avait élevé un retranchement, non depuis la ville de Nyon jusqu'à la montagne voisine, mais près de Genève, le long de la rive gauche du Rhône, pour fermer le passage aux Helvétiens dans les Gaules. Clarkc a inséré celte dissertation de Butini dans sa belle édition des Commentaires de César, Londres, 1712, gr. in-fol., lig. — Jean-Antoine Bitim, ne à Genève, en 1723, fut reçu docteur médecin en 1746, et enlra au conseil des deux cents dans sa pairie, en 1758. Ses ouvrages sont : I8 Abrégé de la Chronologie des anciens royaumes, par Netcton, trad. de l'angl. de Reid, Genève, 1743, in-8°. 2* Ditsertatio Itydraulico-medica de sunguinis circulalione, 1746, in-4* ; r< ;"npr. dans las Disserlationes et Quasi ioncs medicœ |t. 1, ann. 1767). 3» Traité de la petit» vérole communiquée par l'inoculation, Paris, 1752, in-12. 4° Lettre sur la cause de la non-pulsation des veines, Lausanne, 1761, in-8". 5° A mes concitoyens, 1779, in-8°. Butini a publié, dans la mémo année, deux feuilles différentes sous le mémo titre. 6* Projet de conciliation, 1780, in-8°. 6° Entendonsnous, ou les Moyens de se réunir, 1782, in-8". Jean- Antoine Butini a laissé en manuscrit plus de huit cents observations de médecine, et l'Esprit du christianisme, ou la Doctrine de l'Evangile détachée des additions humaines. ( Voy. ï Histoire littéraire de Genève, par Senebier, t, 2 et 3.) — Pierre Butini, médecin du 18' siècle, a publié : 1" Nouvelles Observations et Recherches analytiques sur la magnésie du sel d'Epsom, etc., Genève, 1781, in-8»; 2" Distertutio philosophica de sanguine, ibid., 1783, in-4". On a encore de Butini de Nouvelles Observations sur le teenia, impr. dans le 5* volume des œu-

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vres de Bonnet, et nn Mémoire sur la théorie de la terre, inséré dans le recueil de la société des Curieux de la nature. Il a laissé en manuscrit plus de huit cents observations sur diverses maladies. — Jean- François Butim, avocat genevois, s'exerça dans plusieurs genres. On a de lui : Lettres africaines, ou Histoire de Phédimêe et Abensar, Londres et Paris, 1771, in-12; 2* Traité sur le luxe, Genève, 1774, in-12; 3° Othello, tragédie en 3 actes, Genève, 1774, in-8° ; 4° Projet de code civil, précédé d'un rapport lu au conseil législatif de Genève, imprimé par ordre de ce conseil, eu 1796. V— ve et D — h— R.

BUTKENS ( François-Christophe ), né à An vers, fut moine de l'ordre de Clteaux, el mourut en 4650. Il est auteur des ouvrages suivants : 1° Trophées, tant sacrés que profanes, de la duché de Brabant, Anvers, 1641, in-fol., lig., t. 1. 11 se proposait de donner un 2* volume, que sa mort l'ein|>ècha de publier; mais il le laissa manuscrit, et on le trouve, avec des suppléments par JaCrens, dans la seconde édition, des Trophées du Brabant, publiée à la Haye en 1724-1726, 4 vol. in-fol., fig. Des écrivains hollandais l'ont accusé d'avoir forgé de faux actes pour appuyer ses mensonges historiques. C'est le reproche que lui fait Scriverius. (Voy. les Analecta veleris œvi d'Ant. Matthieu, Leyde, 1698, \n Sn.) Quoi qu'il en soit, on a essayé de rétablir la réputation de Butkensdaus l'avertissement de la seconde édition, qui, ainsi que la première, est rare et recherchée. 2° Annales généalogiques de la maison de Linden, divisées en 15 livres, vérifiées par chartes, titres et autres bonnes preuves, avec le récit de plusieurs histoires où les seigneurs de cette maison se sont trouvés, etc., Anvers, 1626, in-fol. , fig. Ces annales, où l'on voit les portraits, les tombeaux et les anciens sceaux de la maison de Linden, sont d'une extrême rareté, même en Flandre; cependant les bibliographies des livres rares, si on en excepte celle de David Clément, n'en font aucune mention ; mais ce qui est encore plus remarquable, c'est que le P. Lelong, dans sa Bibliothèque historique de France, Lenglet Dufrcsnoy, dans sa Méthode pour étudier l'histoire, et plusieurs autres savants, ont cru que Bulkcns avait écrit en latin, et ils donnent dans cette langue les titres de ces deux ouvrages, en ne présentant les originaux, qui sont en français, que comme des traductions. David Clément n'a point commis cette erreur, et même il l'a relevée. V— VE.

BUTLER (Guillaume), gentilhomme irlandais, naquit au comté de Clarc vers le milieu du 16* siècle. Poussé pnr sa curiosité naturelle, il entreprit dans sa jeunesse de voyager. Après un assez long trajet sur mer, il fut pris par des corsaires, et conduit en Afrique, où on le vendit comme esclave. Par un hasard singulier, le maître auquel il échut en partage était un de ces mortels privilégiés auxquels le Seigneur a daigné révéler le secret de la bénite pierre. Il employa Butler aux travaux les plus pénibles de son laboratoire. Celui-ci ne fut pus longtemps sans reconnaître le but des opérations de son

mat ire ; mais ce fut en vain qu'il essaya d'en saisir le fil. L'adepte se cachait si bien, que toutes les tentatives de Butler furent vaines. Le hasard le servit mieux que son intelligence. 11 découvrit le lieu où son maître cachait sa poudre, parvint à s'en saisir, à s'évader, et fut assez heureux pour arriver sans accident en Angleterre. Possesseur d'un trésor aussi précieux, notre Hibernois se mit à faire assez publiquement des projections : prudence et richesse inopinée vont rarement ensemble. 1-e bruit de ces projections se répandit jusqu'à la cour. Un médecin du pays de Butler conçut, à son tour, le projet de lui ravir son secret. Pour y parvenir, il se déguise, et vient s'offrir au chimiste comme domestique : il est accepté ; mais Butler, devenu plus circonspect, s'enfermait pour faire ses opérations. Un jour, il eut besoin de plomb et de mercure, et chargea son nouveau valet d'aller lui en- acheter. Avant que d'obéir, celui-ci va trouver l'hôte de Butler, et, par l'appât d'une forte récompense, il le détermine à l'introduire dans une chambre contiguê à celle de son maître, à la cloison de laquelle il fait à la hâte plusieurs trous. Lorsque Butler se fut mis à l'ouvrage, le faux laquais courut à son poste; mais comme il avait pratiqué ses trous à une certaine élévation, et échafaudé plusieurs cliaises pour y parvenir, son édifice s'écroula au moment où il examinait avec le plus d'attention les opérations de l'alchimiste. Alarmé de ce bruit, Butler court, l'épjêe à la main, dans la chambre voisine, et le médecin n'évite que par une prompte fuite les effets de sa colère. Furieux d'avoir manqué son coup, ce médecin alla dénoncer Butler comme faux monnayeur. On l'arrêta ; on fit chez lui d'exactes perquisitions, mais on n'y trouva aucune indice du prétendu crime, et il fut mis en liberté. Ne se croyant plus néanmoins en sûreté dans son pays, il s'embarqua de nouveau, avec l'intention de se retirer en Espagne. Avant que d'y arriver, il mourut sur mer en 1618, âgé d'environ 80 ans. Quelque temps après, le médecin, s'étant trouvé impliqué dans une conspiration, fut pendu. Butler a, parmi les adeptes, un titre bien plus grand encore à l'immortalité : c'est la fameuse pierre qui porte son nom, et dont il fut, ou l'auteur, ou tout au moins le propriétaire. Posée seulement sur la langue d'un malade, elle rappelle des portes du tombeau celui qui est près d'expirer. Van Helraont, et, d'après lui, l'abbé Rousseau, ont écrit sur les propriétés innombrables de ce divin arcane. Les cures qu'il cite surpassent en prodiges tout ce qu'on nous raconte de la baguette des fées ; et, ce 'qu'il y a de plus merveilleux, c'est que la composition en est si facile, qu'on a peine à concevoir que, possesseur d'un trésor si précieux, les hommes aient bien voulu continuer de se laisser mourir. 11 ne s'agit, en effet, que de combiner entre eux, par l'union philosophique, le lion rouge, l'aimant et le ferment. Les personnes qui auraient le malheur de ne pas comprendre un langage aussi clair pourront s'amuser de la recette suivante, que nous avons extraite d'un vieux manuscrit : • Triturez exactement ensemble six onces de vitriol,

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« calciné au soleil ; sang humain desséché, uno

« once ; mumie, une once ; usnée humaine, demi- « dragme ; vers de terre desséchés, quatre onces. « Enfermez ces poudres dans un matras, que vous « exjiostTez au soleil d'avril pendant un mois; elles « s'aggloméreront par l'action de la clialeur, et for- « meront la pierre de Butler. » Z.

BUTLER (Chaules), auteur anglais, né en 1560 à W y combe, dans le comté de fiuckingliam, et élève d'Oxford, fut vicaire dans une {croisse de campagne, et mourut le 29 mars 1647. Il est auteur de plusieurs ouvrages, et, entre autres, des suivants : 1* the féminine Monarchy (la Monarchie des femmes), Oxford, 1609, in-8° ; 1654, in-4« ; et très-souvent réimpr. 2° The Principlei of musick (les Principes de la musique pour le chant et la composition), Londres, 1656, in-4». 5° Une Grammaire anglaise, publiée à Oxford en 1655, 1654, in-4». Butler y propose un plan d'orthographe régulière, et se sert de caractères, dont quelques-uns sont empruntés du saxon, et dont les autres, de sa propre invention, sont si singuliers, que nous n'avons point de caractères pour les figurer. Sa prédilection pour ce prétendu perfectionnement était telle, que ses ouvrages sont imprimés de la même manière que sa grammaire. La conséquence en a été un dégoût presque universel pour tous ses écrits, quoiqu'ils soient d'ailleurs curieux et intéressants. Ceux que nous n'avons pas cités sont : Rheloricm libri duo, Oxford, 16*29; Oratoria tibri duo, Oxford, 1655 ; et Rrgula de propinquilate matrimonium impediente, Oxford, 1625, in-4». X— s.

BUTLER (Samuel), poète anglais, né à Strensham dans le comté de Worcester, non pas en 1612, comme on l'a imprimé plusieurs fois, mais en 1600. Son père, simple fermier, avait assez d'aisance pour lui faire faire à l'école de grammaire de Worcester de bonnes études qu'U acheva à l'université de Cambridge. Revenu dans son pays, il fut commis d'un juge de paix, qui, ayant démêlé son goût et ses dispositions pour la littérature et les arts, lui laissait assez de loisir pour s'en occuper. Il entra ensuite, on ne sait en quelle qualité, chez la comtesse de Kent, chez qui se réunissaient plusieurs savants. Elle avait pour intendant Sclden, qui encouragea particulièrement le jeune Butler dans ses travaux^ littéraires. On ne sut en quelle qualité il fut attaché à la comtesse de Kent, combien de temps il resta à son service, et pourquoi il la quitta. Les vicissitudes de sa situation le placèrent ensuite dans la famille de sir Samuel Luke, personnage considérable par sa naissance et sa fortune, ardent puritain, qui s'attacha depuis à la cause de Cromwell. C'est alors que Butler conçut l'idée du fameux poème d'Hudibras, ouvrage qui a fait sa réputation, et qui, par la nature du sujet, par les circonstances dans lesquelles il a été publié, ainsi que par l'originalité du talent qu'on y remarque, ne pouvait manquer d'avoir un brillant succès : on dit que c'est sir Samuel Luke luimême que le poète a voulu peindre dans le personnage d'Hudibras. L'objet du poème est de tourner en ridicule le fanatisme et l'extravagance féroce des

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sectes fctig'cilsés et des faction* jV)1Uiques qui ont bouleversé l'Angleterre dans les dernières années du régne de Charles 1er, et ont A la fln fait périr ce prince sur un écliafaud. Voltaire a remarqué que ce poème rappelait â la fols le roman de Don Quichotte et la Satyre Jttènippé'e. On trouve cli effet (fans les détails le genre de satire qui distingue le dernier de ces ouvrages, et la fable est entièrement Calquée Mir celle de Cervantes. Iludibras est un éeervelé qui monte à cheval pour aller défendre la cause du fanatisme, comme don Quichotte s'arme pour soutenir l'honneur de la chevalerie. Iludibras avait aussi son ccuyer, nommé Ralph, comme don Quichotte avait son Sancho. iludibras et Ralph sont peints d'une manière Tort grotesque ; leurs actions et leurs discours s'accordent parfaitement avec leur ligure et leur accoutrement. La peinture peut paraître exagérée; mais si l'on se reporte à ces temps de factions et de fanatisme dans tous les genres, on concevra aisément «pie ce qui n'est aujourd'hui eprune Caricature pouvait être alors un portrait assez lidele, qui n'avait que le degré d'exagération permis, pcut-êtie même nécessaire a la poésie. Iludibras eut le plus grand succès à 1a cour de Charles II, qui en faisait lui-même ses délices. L'horreur générale que l'on conservait pour les crimes et les extravagances qui étaient l'objet de cette satire lui donnait un intérêt plus vif, et la conversation fournissait a chaque instant l'occasion d'en citer quelques fragments et d'en tirer des allusions très-piquantes. En s 'éloignant de cette époque, l'effet de l'ouvrage a dù s'affaiblir. Beaucoup de plaisanteries et d'allusions sont détenues presque inintelligibles. On a été obligé de commenter Butler, comme on a commenté Rabelais parmi nous. .Enfin Iludibras n'est plus guère lu en entier, même en Angleterre, que par un petit nombre d esprits curieux ou malins qui aiment la satire et les anecdotes. Butler n'en jouit pas moins d'une célébrité trés-inéritée. Son poëme est plein d'esprit, d'originalité, de traits vraiment comiques; de ces tournures inattendues, de ces rapprochements d'objets et d'idées qui plaisent par la surprise qu'ils causent à l'esprit. Il a pour les Anglais un autre mérite, c'est d'être tout à fait national ; non-seulement il leur rappelle des événements ou des anecdotes d'une époque intéressante de leur histoire, mais c'est cncu*e une ]>cinture de mœurs, de caractères, de ridicules même, purement anglais ; et il n'y a point de nation qui mette plus d'intérêt à tout ce qui lui ap|karticnt exclusivement. L'admiration de quelques écrivains auglais pour Butler s'est portée jusqu'à un excès diflicile à concevoir hors des lies britanniques. « Butler, dit M. Granger, est resté « sans rival dans la poésie burlesque. Son Iludibras « est, dans son genre, un effort de génie presque « aussi étonnant que le Paradis perdu de Milton. s Un étranger aura bien de 1a peiue à psrtager une telle opinion. L'intérêt des allusions qui faisaient le piquant du poêuio û'IIudibras n'est plus aujourd'hui assez senti pour compenser le défaut d'invention et de mouvement ; mais il se soutient par une prodigieuse verve de gaieté, d'esprit, et de ce que

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les 'Anglais appellent humour ; par une vérité cTobservatfou qui le rend bien supérieur â Scarron, auquel on l'a comparé. Scarron n'est jamais plaisant Ue par les formes ; le pofte anglais l'est par le fond es choses et par l'observation des caractères. Scarron ne s'appliquait qu'à rendre ridicules des choses qui ne l'étaient pas; Butler peint des ridicules véritables. Il est vrai que, pour apprécier son genre de mérite, il faut être Anglais, ou du moins avoir fait de la langue anglaise une étude particulière. Dans toutes les langues, le ton familier et celui de la plaisanterie sont ce qui est le plus difficile à bien entendre. L'obscurité qui naît, en plusieurs endroits, d'allusions â des personnages ou à des anecdotes du temps, inexplicables aujourd'hui, même en Angleterre, rend très-pénible la lecture de ce poème, qui parait intraduisible dans une langue étrangère, et qui l'est certainement dans la nôtre. Nous n'en avons qu'une traduction en vers, imprimée en 3 volumes, Londres, ilôt ; encore est-ce l'ouvrage d'un étranger, familier avec notre langue, mais qui n'était pas en état de l'écrire avec élégance. La traduction est fidèle , mais la diction est triviale, et les vers sont sans poésie (t). Rien n'est plus propre ù donner quelque idée du ton et du genre d'esprit de ce singulier poème, que la traduction que Voltaire a faite d'une partie du t" chant, et dont nous ne citerons que les vers suivants :

Quand les profanes et les saints Dans l'Angleterre éhient aux prises; Qu'on se battait pour des églises Aussi fort que pour des câlins ; - Lorsqu' Anglicans et puritains Faisaient une si rude guerre, i t qu'au sortir du cabaret, Les orateure de Nazareth Allaient hatlre la caisse en chaire; Que partout, sans savoir pourquoi, Au uoin du ciel, au nom du roi, Les gens d'armes couvraient la terre ; Alors monsieur le chevalier, Longtemps oisif ainsi qu'Achille, Tout rempli d'une sainte bile, Suivi de son grand Ccuyer, S'échappa de son poulailler Avec son sabre et i évangile, Et s'avisa de guerroyer.

Sire Iludibras, cet nomme rare, Était, dit-on, rempli «l'honneur, Avait de l'esprit et du cœur.

Mais il en était fort avare.

D'ailleurs, par un talent nouveau, Il était tout propre au barreau, Ainsi qu'à la guerre cruelle ; Grand sur les bancs, grand sur la selle, Dans les camps et dans un bureau.

Quoique Butler ait joui de sou vivant d'une graude

(t) Cette traduction, l'ûtrrrtre a* 1\>*tiUy, toi piihtir* p»r l'abbé Tubmtlle Needam, vtet Ae* remarque* par Lutter. On trouve daits le Napatin eacpclop^dlfuf. 0e «nuée, i. 4, p. 827, la rttf

.W. — Nouvelle édition. Paria, IS», 3 vol. kn-12, «tués de t5 ne. tVapres Ho«arin, et aneracnlfs d'une dot renerate d7/*Jtbra$ par Lultln le jeune, c» d une notice sur Towulay.

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réputation, qu'il ait vécu dans une cour brillante et spirituelle, et qu'il y ait eu pour protecteurs et même pour amis des hommes très-distingués, on ne connaît de sa vie aucune circonstance remarquable ; oo qui 'parait le plus certain, c'est qu'il vécut et mourut pauvre. Au retour du roi Charles II, le moment semblait arrivé où la loyauté pouvait espérer d'être récompensée. Cependant Butler fut seulement nommé secrétaire du comte do Carbury, président de la principauté de Galles, qui lui procura le gouvernement de Ludlow-Castle, quand la cour des M «relies ou frontières fut rétablie. A cette époque de sa vie, il épousa mademoiselle Hébert, personne d'une bonne famille, et vécut avec le bien de sa femme; il avait étudié le droit anglais; mais il n'exerça jamais l'état d'homme de loi. « Elle avait « de la fortune, dit le biographe inconnu de « Butler, mais celle-ci fut perdue, ayant été mal « placée. » Ce Put en 1663 qu'il publia la première partie du poème d'Hudibras, composée de trois chants, que, suivant Prior, le suffrage et l'influence du comte de Dorset firent connaître a la cour. Quand cet ouvrage eut été lu, il fut nécessairement admiré. Le roi le cita, les courtisans l'éludièrcnt, et tout le parti des royalistes l'applaudit. Tout le monde s'attendait à voir tomber une pluie d'or sur l'auteur, qui certainement participait aussi a cet espoir général ; mais il n'en fut rien. Charles II se borna à une gratilication passagère. En 1664 parut la seconde partie d'Hudibras. La curiosité de b nation se réveilla; l'auteur fut de nouveau loué et sentit renaître ses espérances ; mais les éloges furent sa seule récompense. Suivant Wcod , dans les Athena Oxonienut, Clarendon fit espérer à Butler qu'il aurait des emplois lucratifs et honorables ; mais cette promesse ne fut jamais accomplie. On prétend que le roi, qui l'aimait, lui donna 500 guinées. Cependant on ne voit nulle part que cette laveur momentanée soit prouvée. Wood rapporte qu'il rut secrétaire de Villiers avec de Buckingham, lorsque celui-ci était chancelier de Cambridge : ce fait est révoqué en doute par le biographe inconnu, qui convient que le duc fut souvent son bienfaiteur. On raconte encore qu'a la sollicitation de Wicherley, le duc s'était déterminé à représenter au roi que c'était une tache pour la cour qu'un sujet aussi fidèle, qu'un poète aussi distingué restât obscur et dans le besoin. Un rendez-vous même fut assigné pour que Buckingham présentât Butler au roi. Butler et Wicherley s'y rendirent exactement : le duc y vint ; mais, comme si le diable s'en fut mêlé, dit le narrateur anglais, la porte de la salle on ils étaient assis était restée ouverte, et le duc qui était auprès, apercevant un courtisan libertin (jui passait lestement avec deux femmes de plaisir, quitta sur-le-champ Wicherley et Bntler pour un autre genre] d'occupation & laquelle il était plus disposé qu'à rendre service au mérite négligé. Depuis ce moment jusqu'au jour de sa mort Budcr n'éprouva pas le moindre effet de la promesse que ce seigneur lui avait précédemment faite. Cette histoire est attestée par quelques vers satiriques que Butler n'eût certainement

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pas faits contre un homme qui aurait eu quelque droit à sa reconnaissance. Malgré cet injuste oubli, il conUnua de suivre son projet, et publia en 1678, une troisième partie, mais qui n'est pas encore la lin du poëme. 11 est impossible de deviner jusqu'où il s'était proposé originairement de le pousser, et par quels événements il aurait terminé l'action. Pour en finir sur la triste existence de Butler, il fut obligé de recourir à quelques amis afin d'en obtenir les secours plus urgents. Il mourut en 1680. Il n'est pas même resté de cette époque une simple tombe funéraire avec une inscription qui atteste son existence. Après avoir sollicité sans succès une souscription pour qu'on le plaçât dans l'abbaye de Westminster, de Longueville, un de» amis du défunt, le fit enterrer a ses frais dans le cimetière de Covcnt-Garden. Le docteur Simon Patrick lut les prières funéraires. Environ soixante ans après, M. Barber, imprimeur, lord-mu ire de Londres, qui était dans les principes de Butler, lui fit ériger à ses frais un monument en marbre à l'abbaye de Westminster. Ainsi, celui qui, pendant sa vie, ne trouva pas toujours un protecteur qui lui donnât à dîner, obtint, soixante ans après sa mort, un tombeau a coté de ceux de ses. rois. On prétend que le peu de générosité qu'il avait éprouvée de la part des hommes puissants qui se déclaraient ses protecteurs lui inspira à la fin le dégoût de la cour, et lui donna de l'humeur contre les courtisans. On trouve des traces de ce mécontentement dans quelques-uns de ses derniers ouvrages, et d'une manière très-marquée dans le poème d'JÏMdi*T«* à la cour, qu'on lui a attribué, et qui parait destiné à faire la quatrième partie d'Hudibras. Le nouveau poème ne parut qu'après sa mort, dans un jecueil en 3 petits volumes, intitulé : Œuvra posthumes de M. Samuel Butler, et précédé de sa vie, mais dans lequel se trouvent plusieurs pièces qu'on ne croit pas de lui. On a fait depuis en Angleterre plusieurs éditions d'Hudibras; la plus estimée est celle qui a |«rru en 1714 avec des notes de Zacharic Grcy, 2 vol. in-8*, et celle de Londres, 1793, 3 vol. in-4«, exécutée avec beaucoup de luxe. En 1815, M. Thyer de Manchester a imprimé sous ce titre Buller'i Remains, ou Reste» de Butler, 2 volumes, qui sont incontestablement de ce poète. Aucune des pièce» insérées dans ce recueil ne peut nous faire connaître ni sa vie ni son caractère. Une d'elles, i' Eléphant dans la lune, nous montre qu'il fut du nombre de ceux qui tournèrent en ridicule l'établissement de la société royale de Londres, dont les ennemis étaient alors très-nombreux et très-acharnés. Comme prosateur, Samuel Butler a acquis quelque renom par son Traité sur la Raison et ses Caractères imités de Théophraste. Samuel Johnson a fait une vie de Butler, u-aduite par A.-M.-H. Boulard, insérée dans le Mercure étranger, n*2l, année 1816, et imprimée séparément, Paris, 1816, brochure in-8« de 16 p. S— d et ï) — a— r.

BUTLER (Joseph), théologien anglais, naquit en 1692 à Wantage, dans le comté de Berk, et fut élevé dans la communion presbytérienne; mais ses

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r lierions l'ayant conduit à embrasser la religion épficopale, son père, après beaucoup d'opposition, lui permit eulin d'entrer, en 1714, dans l'université d'Oxford, où il reçut les ordres sacrés. Il avait adressé l'année précédente au docteur Clarke trois Le tiret contenant de modestes objections sur les preuves de l'existence de Ditu, contenues dans un de ses sermons. Ces lettres ont été imprimées à la suite de la quatrième édition du traité sur YExislence et les attributs de Dieu, S'élanl lié d'amitié avec Édouard Talbot, frère du grand chancelier, il fut nommé en 4718, sur sa recommandation cl celle du docteur Clarke, prédicateur des archives, et publia en (726, in-8*, quinze sermons préebés à cette chapelle, et qui, comme le pouvait annoncer la tournure de son esprit, plus métaphysique qu'éloquent, conviennent mieux à des étudiants en théologie qu'à un auditoire de simples chrétiens. Cependant ces sermons et son Traité sur l'analogie de la religion naturelle et révélée avec la constitution et le cours de la nature, publié en 4756, in-4\ sont regardés comme de très-bonnes études théologiques (1). Après avoir possédé différents bénéfices, et avoir été environ un an secrétaire du cabinet de la reine Caroline, Butler fut nommé, en 1757, évèque de Bristol, et, en 1750, évèque de Durham. Les premières instructions qu'il donna à son clergé, en arrivant dans son diocèse, eurent pour objet la nécessité du culte extérieur. Ces instructions et l'érection d'une croix eu marbre dans sa chapelle ont peut-être contribué à faire supposer que Joseph Butler, qui d'ailleurs ne s'était jamais marié, avait secrètement embrassé la religion catholique romaine ; mais cette assertion parait dénuée de fondement. 11 mourut en 4752, dans sa 60* année. X— s.

BUTLER ( Aliu.n ), pieux et savant agiographe, né eu 1710, dans le comté de Nortiiarapton, d'une ancienne famille peu fortunée, fut envoyé, à l'âge de huit ans , au collège anglais de Douai. Ses progrès dans les vertus et dans les sciences ecclésiastiques attirèrent l'attention de ses supérieurs ; il devint successivement professeur de pliilosophie et de Uiéologie. Ce fut pendant son séjour dans ce collège qu'il publia une discussion, en forme de lettres, sur Y Histoire des papes d'Archibald Bower , apostat de la religion catholique. Celte lettre, écrite d'une manière facile et élégante, annonçait une érudition peu commune et une excellente critique. Chargé, en 1745, de servir de mentor à trois jeunes seigneurs anglais catholiques, dans leurs voyages en France et en Italie, il composa une description intéressante des monuments des arts qui se trouvent dans ces contrées. M. Charles Butler, neveu de l'auteur, a publié cet ouvrage après la mort de l'auteur. A son retour en Angleterre, on l'employa dans la mission du comté de Stafford, qu'U quitta peu de temps après, pour accompagner le fils du duc de Norfolk en Flandre et à Paris, et il fut ensuite

(I) l u» tndaciioo de cet ctorreg* a paru en «823 sans ce tilrc : Analogie ie la rtllyion naturelle et tfrelie arec t ordre et le court 4e la nature, Parti, BniAot-UbUi. 1*21, u-S». D-«-«.

BUT

nommé principal du collège anglais de St-Omer. Les détails qu'exigeait cette place, ses occupations multipliées comme vicaire général de cet évéché, de ceux d'Arras, de Boulogne et autres, le détournèrent de ses travaux littéraires. 11 passa tout le reste de sa vie dans ces divers emplois, qu'il remplit avec un zélé et un succès au-dessus de tout éloge, et mourut le 15 mai 1775. Alban Butler avait des con. naissances variées et étendues sur toute sorte de matières; il en parlait avec autant de facilité que de modestie. L'ouvrage par lequel il a établi sa réputation est la Vie des Saints en anglais : Lives of ihe Fathers, Martyrs and others Saints, Dublin, 4779-80, 12 vol. in-8°; 1798, 6 vol. iu-8*. Quoique le style en soit quelquefois négligé, il est cependant meilleur qu'on n'aurait dû l'attendre d'un homme qui avait passé la plus grande partie de sa vie en pays étranger. On peut lui reprocher un peu de prolixité, mais rien ne s'y ressent du mauvais goût qui défigure souvent ces sortes d'ouvrages. Il (ait aimer la piété, inspire un grand intérêt pour ses personnages; il en a banni les discussions trop ardues pour le commun des lecteurs. Sous tous ces rapports, il a quelque avantage sur Baille t, mais il lui est inférieur par la critique. ChaUoner, vicaire apostolique tle Londres, l'avait engagé a retraucher les longues notes dont l'ouvrage était surchargé, afin de le rendre plus usuel ; aussi ne les trouve-t-on point dans la première édition. On les a rétablies dans les éditions postérieures, d'où elles ont passé, avec des augmentations considérables, dans la traduction française. Ces notes donnent des notions plus ou moins étendues sur l'origine et l'institution des fêtes, les cérémonies, les rites et les usages de l'Église ; sur la fondation, la propagation, les réformes, la suppression des ordres monastiques ; sur les sectes philosophiques ou idéologiques ; sur les écrits et les éditions des SS. Pères : tout cela est quelquefois superficiel, mais toujours curieux pour un lecteur ordinaire. Cet important ouvrage a été traduit en français par Godcscard, chanoine de St-Honoré, aidé de l'abbé Marie, professeur de mathématiques au collège Mazarin : Fie* des Pères, det Martyrs et des autres principaux Saints , Villefranche et Paris, 1765 et années suiv., édition dont les deux premiers volumes ont été réimprimés en 1785-84, avec des augmentations; Maastricht, 1794, 42 vol. in-8* ou in-12 (1). Cette traduction ne fut pas toujours du goût de Huiler, qui trouva que Godcscard s'était quelquefois écarté de son texte par un style affecté, sans parler de quelques suppressions et additions qui excitèrent aussi ses plaintes. La partie des fêtes mobiles était restée en manuscrit, parce que l'auteur, la jugeant trop prolixe, se proposait de la réduire. C'est ce qui fut fait après sa mort, sous la direction de Challoner. Elle a été depuis traduite en français par Nagot, mais elle n'a pas le même intérêt que le reste de l'ouvrage. On a aussi publié à Toulouse une traduction française du traité des Fêtes

(I) A l'article GoBEMAkD, nous iudiqneroos les principale* éditions qui oui été faites en France de cei ouvrage.

mobiles, en 2 volumes in-8°. Il a paru deux abrégés : l'un commencé par l'abbé Godescard et continué par Bourdier-Delpuits, Paris, 1802, 4 volumes in— 12» et l'autre par M. Villenave, Paris» 1812, in-8° ou in-12, vol. 1 à 4; les deux derniers n'ont pas paru. Ce dernier abréviateur a amélioré l'ouvrage par des changements utiles, et il a eu soin d'en faire disparaître plusieurs inexactitudes. L'agiographe anglais avait composé des tables chronologiques qui devaient former une suite et comme le complément de son ouvrage : il serait à désirer qu'on se les procurât. Butler publia ensuite la Vie de la saur Marie de la Croix, religieuse du couvent des Anglais de Rouen. C'est un cadre dans lequel l'auteur a placé des instructions sur les devoirs des personnes qui vivent en religion. Il avait aussi entrepris un traité de la Religion naturelle et révélée, qui est restée manuscrit, ainsi que ses sermons et autres discours de piété. M. Jones a extrait de ces trais ouvrages de quoi composer trois volumes de Discours posthumes, plus solides que brillants. Enfin Butler a laissé des matériaux pour les vies de Fisher et de Morus. On voit, par ses lettres manuscrites, qu'il était en correspondance avec plusieurs savants des deux communions, tels que Prosper Lambertini, depuis Benoit XIV, Lowth, Kcnnicot, etc. Ce dernier le cite comme un de ses iaborieux collaborateurs. Charles Butler, habile jurisconsulte de la société de Lincoln'Inn, homme recommandable par ses talents, son savoir et ses vertus, a publié en anglais la vie de ce respectable agiosraphe, qui était son oncle, Londres, 4799, in-8*. Cette vie est un peu diffuse. T— d.

BUTLER (Weede*), né le 3 octobre 1742, à Margate, était le fil* du solliciteur ou procureur du roi de celte ville. A Tige de quatorze ans, il avait perdu sa mère et son pére. Son frère aîné le mit alors en qualité d'apprenli-clcrc chez un attorneysolliciteur de Londres, auquel il donna six ans de son temps. A l'expiration de ce temps convenu, la vocation du jeune homme était changée. En vain son patron lui lémoigna-t-il sa satisfaction en lui offrant de l'associer à son étude, sans l'astreindre à la nécessité d'y mettre des fonds : Butler, insensible aux attraits de la richesse, quitta pour jamais la carrière des lois, et se prépara par de fortes études à entrer dans les ordres. Il dut beaucoup dans ces circonstances à la conversation du trop fameux Wil- ' liam Dodd, dont au reste le caractère n'avait avec le sien qu'un seul trait de conformité, le goût de l'érudition. Autant Dodd était présomptueux, hypocrite, égoïste, ami du luxe et même de la débauche, autant Butler était franc, humble de cœur, simple dans ses manières et irréprochable dans sa conduite. En revanche, il faut avouer que Butler n'avait pas eette étendue de lumières, cette facilité d'élocution qui distinguaient Dodd. C'est Butler qui recueillit les matériaux du grand commentaire de Dodd sur la sainte Bible (3 vol. in-fol. ), et qui l'écrivit presque entièrement. Cest encore lui qui assista celui-ci dans la publication des quatre derniers volumes du Magasin chrétien. Enfin il révisa l'informe copie et

lut les épreuves des Pensées en prison de Dodd. Le captif dans ce poème. Inspiré par le malheur plus que par un vrai repentir, rend un touchant hommage aux vertus de Butler, pour lequel il avait autant d'affection que d'estime. Nommé en 1767 prédicateur de la chapelle de Charlotte-Street, rendezvous des fashionables des deux sexes, il avait donné

™U-!erJ.e **** dclecleur; et lorsqu'en février 1776 il résigna son office, il demanda que son lecteur lui succédât. Ce vœu fut rempli, et le recteur de St-George, Courlcnay, qui le connaissait personnellement, s'empressa de faire cette nomination. Le nouveau prédicateur ne profita de l'amélioration survenue dans son existence que pour se rendre utile. Il y eut à Londres peu d'institutions charitables auxquelles il ne contribuât soit par ses prédications vraiment populaires, soit par son influence. C'est lui qui donna l'idée de la société de Cravent-Street pour la libération des personnes détenues à cause de dettes légères ; il fut parmi ses fondateurs celui qui mourut le dernier. L'école particulière de Chelsea fut aussi l'objet particulier de ses soins ; elle était tenue par un de ses fils, et Butler le secondait activement. Le duc de Kent avait pour ce vénérable ecclésiastique une haute estime, et il le nomma son cliapclain. Butler qui, outre son titre de prédicateur à la cliapelle de Charlotte-Street, avait depuis 1778 celui de lecteur à St-Clément et à St-Marlin, résigna en 1814 la première de ces fonctions en faveur de son fils, et se retira à Chelsea, où il demeura six ans Ses infirmités l'ayant contraint à chercher un climat plus favorable â sa sanlé, il se rendit à l'Ile de Wight puis à Bristol et enfin à Greenhill, où il mourut le 14 juillet 1823. On a de lui : 1° le Guide à Chellenham, in-8*. 2° Simples Sermons, in-4«; 3« une édition des traités de Jortin, 1790, 2 vol. in-8- (la plus complète jusqu'à celte époque). 4« Une édition de» Conversations romaines de VVilcock, 1797, 2 vol în-8. 5» Mémoires de Marc Hildesley, évéque de So~ dor et Man, et directeur de Chôpital de Sherburn 1799, in-8o (c'est le Hildesley sous les auspices duquel la Bible fut traduite en langage de l'Ile de Man ) ; 6" Tableau de la vie et des ouvrages de George Slanhope, doyen de Cantorbéry, in-84. Il faut y joindre divers sermons imprimés séparément. De plus il eut part à la 3« et à la 4« éd. (1805 et 1812) de la* Notice sur la société de Craven-Street. Enfin il a laissé divers manuscrits dont un contient une tragédie et une comédie inédites. Elles sont intitulées celle-ci Sir Roger de Coverly, celle-là le Syracusainl On assure que ces deux poèmes sont Irés-agrcablcment écrits. Val. P.

BUTLER (Jacques). Voyez Ohmond (duc d') BUTLER (Thomas). Voyez Ossory (comte d') BUTRET (le baron C. de), gentilhomme français du 18* siècle, se dévoua lui-même à l'obscurité et se réduisit au plus strict nécessaire, en cédant son droit d'aînesse â son frère, pour se confondre presque dans la classe des artisans, et se livrer à son goût pour l'agriculture et le jardinage. Une conduite si extraordinaire lui fut dictée par les idées religieuses du martinisme, qui avaient en-

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flammé son imagination, et il y trouva l'occasion de se livrer à son goot passionné pour la cullurc des arbres fruitiers. Les habitants de Montreuil, prés Vinceunes, avaient, depuis quelque temps, singulièrement perfectionné cette brandie du jardinage ; Butret se transporta dans ce village , et se mit sous la direction de Pépin , le plus habile d'entre eux. Par son assiduité au travail manuel, il se rendit familiers les détails les plus minutieux de la pratique, et les connaissances qu'il devait a son éducation le mirent à portée de les lier ensemble par de* vues théoriques. Pour mettre a profit les connaissances qu'il venait d'acquérir, il entreprit de cultiver de ses propres mains un terrain de vingt arpents sous les murs de Strasbourg. Il ne cherchait en cela que l'utilité qui pouvait résulter d'une école pratique établie dans un pays fertile, mal» très-reculé dans l'art de faire valoir ses richesses. Déjà il avait 1,600 toises de murs garnis d'espaliers, et comptait en ajouter encore 2,000 lorsque la révolution survint. Son terrain lui fut enlevé, et il se vit forcé d'émlgrcr. Accueilli par l'électeur palatin, dont l'épouse élait connue par son penchant pour le système des roartinistes, il jouit dans celle cour de beaucoup de considération, quoiqu'il y conservât sa manière de vivre simple et frugale. Il paya les soins généreux de l'hospitalité en dirigeant à Schwelzingen les jardins de l'électeur, qui, bientôt, devinrent les plus beaux de l'Allemagne. Butret a consigné les résultats de ses expériences dans un traité intitulé : Taille raitonnée des arbre* fruitiers, et autres opérations relatives A leur culture, par C. Butret , jardinier-propriétaire depuis plus de cinquante ans, in-8° de 72 pages, avec une planche, Paris, 1795. Malgré sa brièveté, cet ouvrage est le plus instructif de tous ceux qui ont été éerits sur cette matière, parce qu'il ne contient que des faits essentiels. La pratique des jardiniers de .Montreuil, si renommés pour la culture du pécher, y est exposée avec autant de clarté que de précision ; tout ce qu'il dit d'après ses propres observations est de la plus grande justesse ; mais on pourrait contester quelques opinions qu'il n'adoptait que d'après ses maîtres. Cet ouvrage a joui d'un tel succès, qu'en seize ans il a eu treize éditions, et, depuis 1801, ces éditions jieuvcnt être regardées comme stéréotypes, l'imprimeur en ayant conservé les formcs(l). La bienfaisance de Butret, suite de ses principes religieux, n'était pas moindre que son désintéressement; nous n'en citerons qu'un seul exemple : ayant un jour reçu 500 francs d'une édition de son livre, il se transporte dans un village prés de Strasbourg, où la culture des arbres élait négligée, quoique le sol y fut très-favorable; il s'y établit, fait venir des arbres, les distribue aux habitants, et, leur donnant en même temps le précepte et l'exemple, ne les quitte qu'après avoir dépensé la

(I) I n SupfUmrH à U taille r*tMn*f* éet arlrt* fntltieti i fié

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BTJT

somme entière à fonder ainsi une branche d'industrie qui sera pour jamais une source d'aisance pour ce pays. Butret a publié quelques autres opuscules : 1» Pain économique et Examen de la mouture et de la boulangerie, Francfort, 1767, in-8» ; 2° Objet de la mythologie et des monuments de l 'antiquité, ibid., 1797, in-88; S» Lois naturelle de l'agriculture et de l'ordre social, Neufchâtcl, 1781, in-8»; A' Manuel pour les agriculteurs et les propriétaire!, Carlsruhe, 1780, in-8» de 19 p., en allcm.; reproduit, avec des notes et des augmentations, dans les Nouvelles Archives pour les hommes et les citoyens, par Schletwein, Lcipsick, 1787, t. 4. Butret est mort à Strasbourg, en 1803, secrétaire de la société d'agriculture. D— P— s.

BUTRON (Jean-Alphonse), avocat au conseil royal de Madrid, était né vers la fin du 16* siècle, 4 Najera dans la Vicille-Castille. Le gouvernement espagnol ayant décidé que les peintres seraient soumis à payer une taxe annuelle |»our avoir le droit d'exercer leur art, Butron réclama contre cette mesure financière dans un excellent mémoire où il prouve que les arts libéraux ont toujours été libres, et qu'en aucun pays la fiscalité n'a été permise au point de prélcmlre imposer le génie. Cet ouvrage est intitulé : Dialogos apologeticos por ta pintura, en que se dépende la ingenuidad de este arle, que et libéral y noble por todos los derechos, Madrid, 1624, in-l» ; rare et recherché. Il a été réimprimé avec quelques changements dans le titre, Madrid, 1634, à la suite du Dialnguo de la pintura de Vincent Carducho. (Voy. ce nom.) W— s. '

BUTTA PL OU) [MATTHIEU), maréchal de camp et député de la Corse à l'assemblée nationale, né en 1730, à Vescovato près de Uaslia, d'une famille ancienne et distinguée, entra fort jeune dans la carrière des armes, et, dès 1764, parvint au grade de major du régiment royal italien. Appelé en Corse dans cette même année par des intérêts de famille, Buttamoco rc<;ut du ministre Choiseul la mission aussi délicate que difficile de continuer les négociations entamées avec Paoli par Valcroissant, au sujet de la Corse ; et il s'acquitla de cette mission avec autant de zèle que d'habileté, jusqu'en l'année 1767. Lorsque les Génois curent perdu tout espoir de faire rentrer la Corse sous leur domination, Buttafuoco se prononça hautement pour la France en déclarant a Paoli, sans hésiter, qu'il fallait renoncer à tout projet de résistance et consentir à la réunion. Deux opinions bien prononcées divisaient alors les esprits cl laissaient entrevoir les calamités qui ne tardèrent [tas a fondre sur celle Ile. La première de ces opinions, généralement adoptée par le» habitants da l'iutéricur, élait celle de Paoli. Ce général pensait que la pairie pouvait reconnaître la France comme puissance protectrice ou tutelaire, à des conditions arrêtées, ainsi qu'il l'avait proposé en 1763, par l'intermédiaire de Valcroissant ; mais U ajoutait qu'il fallait bien se garder de permettre que cette puissance s'immisçât dans le gouvernement et dans l'administration du pays; que la Corse ne pouvait être libre et heureuse qu'à l'ombre d'uu gouverneront

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national et indépendant. Ayant rotation et surtout volonté de faire parvenir le peuple corse au degré de civilisation qui lui était interdit depuis tant de siècles, il soutenait que les puissances qui avaient successivement dominé le pays s'étaient constamment appliquées à tenir le peuple dans une ignorance et un abrutissement tels qu'aucune idée d'indépendance ne pût entrer dans son esprit, et il aflirmail que la France elle-même suivrait indubitablement ce système. Bultafuoco pensait au contraire, avec la minorité de ses compatriotes, quo la France était la puissance européenne appelée par la nature des choses à gouverner sa patrie; il disait aux habitants des villes que le temps était arrivé de se réunir à elle , quelles qu'en fussent les conditions ; il soutenait que, pour rendre l'Ile réellement heureuse, il fallait l'associer au mouvement progressif du peuple le plus puissant et le plus civilisé de l'Europe, de la nation qui, tout en la protégeant contre les attaques des étrangers , avait assez de force pour contenir et comprimer au besoin l'esprit d'insurrection qui depuis longtemps était le caractère distinctif du peuple corse ; et il citait à l'appui les autorités imposantes de Sampietro et de Gaffori qui avaient l'un et l'autre constamment dirigé vers ce but les idées do la nation. La Corse était en proie à ces dissensions lorsqu'on y apprit que les Génois avaient cédé tons leurs droits a la France, par un traité (mai 1768). Cet événement y fut le signal de la guerre, et Buttafuoco, qui avait contribué plus qu'aucun autre à ce résultat, fut non-seulement un des premiers à le proclamer, mais il lit plus encore , car il marcha sous les drapeaux de la France contre ceux de ses compatriotes qui combattirent les derniers pour l'indépendance de leur patrie. On conçoit qu'après une telle conduite il dut jouir d'un grand crédit auprès du ministère français, lorsque la soumission fut complète. Cependant nous devons à la vérité de dire qu'il n'en abusa pas dans son intérêt personnel, et qu'en général ses avis furent pour des mesures de sagesse et de modération : c'est ce dont nous trouvons la preuve dans un mémoire qu'il présenta ans ministres en mo. Ayant continué de suivre la carrière des nrmes , il parvint au commandement du régiment royal corse , l'un des plus beaux de l'armée française ; il fut nommé inspecteur général du provincial corse; il avait obtenu le grade de maréchal de camp en 1787. Elu député de la noblesse de Corse aux états généraux, en 1789, il se montra, dès le commencement, dans celte assemblée , l'un des hommes les plus dévoués aux principes de l'ancienne monarchie; cependant il n'y prit guère la parole que lorsqu'il fut question des intérêts de la Corse, et notamment le 21 janvier 1790, à l'occasion d'une réclamation de la république de Gênes , qui prétendait faire valoir ses anciens droits sur cette lie. Buttafuoco demanda que l'on rassurât les Corses à cet égard, déclarant qu'ils se livreraient plutôt au diable que de rester sou9 la domination des Génois. Il parla ensuite contre Paoli, qui, dit-Il, sous prétexte de liberté voulait rendre la Corse in-

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dépendante et en devenir le maître, et II publia même dans ce sens une brochure intitulée : Conduite politique dit général Paoli. Il se plaignait aussi très-amèrement à la tribune du parti révolutionnaire en Corse, surtout de son collègue Salicelti, qui le représentait sans cesse comme un aristocrate , et qui avait excité contre lui les passions au point que dans beaucoup de villes on l'avait pendu en effigie. A la même époque (1791 ) , Napoléon Bonaparte, qui était simple lieutenant d'artillerie & Auxonne , publia contre ce député , sous le litre de Leltn à JHatleo liullafuoeo , une diatribe trésviolenle, que la prodigieuse élévation de son auteur a seule rendue digne de l'histoire. Nous n'en citerons que quelques lignes : «... 0 Lameth! o Ho- « hespierre! 6 Pétition ! ô Volneyt ô Mirabeau! 6 «cBarnavel 6 Bailly ! ô Lafayclte! voila l'homme « qui ose s'asseoir a coté de vous ! tout dégouttant « du sang de ses frères. Souillé par des crimes de « toute espèce , il se présente sous une veste de « général , inique récompense de ses forfaits I II « ose se dire représentant de la nation , lui qui « la vendit, et vous le souffrez ! Il ose lever les « yeux et prêter les oreilles à vos discours, et vous « le souffrez ! Si c'est la voix du peuple , il n'eut «jamais quo celle do douze nobles. Ajaccio, Bastia « et la plupart des cantons ont fait a son cfllgic ce « qu'ils eussent voulu faire A sa personne... » Celte lettre, imprimée à Dole, fut envoyée par Bonaparte au club d'Ajacck) qui la répandit dans l'Ile , ce qui ajouta beaucoup à l'irritation contre Bultafuoco. Ce député continua cependant h professer dans l'assemblée les mêmes "principes, et il signa toutes les protestations de la minorité contre les innovations révolutionnaires. Après la session, il passa à l'étranger comme tous ceux de son parti, et il ne revit la patrie qu'en 1794 , époque de l'invasion de la Corse par les Anglais, qui l'accueillirent avec distinction dans l'espoir de s'appuyer de tous les partis ennemis de la révolution. Mais , lorsqu'ils furent obligés de s'éloigner, Buttafuoco disparut pour toujours do la scène du monde. Cet homme ne manquait ni d'esprit ni d'instruction ; néanmoins ces qualités ne compensaient pas les défauts que ses contemporains lui ont reprochés peut-être avec trop d'amertume. II avait formé une collection complète de mémoires relatifs a la Corse , qui fut dispersée en 17C8Jors du pillage de sa maison. Il a laissé une histoire de Corse qui n'a jamais vu le jour. Enfin c'est lui qui , du consentement du général Paoli , entretint avec J.-J. Rousseau une correspondance politique au sujet de la constitution à donner aux Corses ; il s'acquitta de cette tache avec plus de talent que de succès. Buttafuoco mourut dans l'exil au commencement de ce siècle, dans un à?e avancé. G— ry.

BUTTEL ( Albert-Louis— Emmanuel ) , né à Arras, au commencement du 18» siècle, fut destiné & la magistrature. Jeune encore, il montra tant do dispositions qu'il obtint, en 1729, une dispense d'âge, pour exercer la charge éminente de second président au conseil d'Artois , où il déploya , pen-

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dant plus de trente années , le savoir, le dévouement et l'intégrité qui devraient toujours se rencontrer dans les cliefs des corps judiciaires. Il a publié, sans y meure son nom, une Notice de Vital ancien et moderne de la province el comté d'Artoit, Paris, 1748, in-12. Cet ouvrage, en forme de dictionnaire, contient les renseignements les plus exacts sur l'état civil , militaire et ecclésiastique de la contrée, depuis les temps anciens jusqu'à l'époque où l'auteur écrivait. L'histoire d'Artois, qui depuis a été traitée d'une manière plus complète par D. Devienne, y occupe peu de place ; mais on y trouve avec beaucoup de développements tout ce qui se rapporte à la législation , aux coutumes el statuts locaux, et en général à toutes les matières qui font l'objet des études du jurisconsulte. Buttel mourut à Ai ras, en 1758. L— M— x.

BUTTERFIELD, mécanicien allemand, vint s'établir à Paris vers la fin du règne Louis XIV, et obtint le titre d'ingénieur du roi pour les instruments de mathématiques. Les artistes anglais n'avaient pas encore perfectionné l'art de diviser les instruments astronomiques ; et ceux de ButterGeld, surtout ses grands quarts de cercle, jouirent longtemps d'une cerlaine réputation. II construisait - beaucoup de cadrans solaires portatifs a boussole, el cet instrument est encore connu sous son nom. Le catar Pierre voulut visiter en 1717 l'atelier de col artiste, qui mourut le 28 mai 1724 , âgé de 89 ans. 11 a publié quelques ouvrages dans lesquels il donne la description de divers instruments qu'il avait inventés ou perfectionnés : 1° Niveau d'une nouvelle construction, Paris, 1677, in-12; 2» Odomètr* nouveau, 1681, in-12 C. M. p.

BLTTI-T (Marc-Claude), né à Chambéry, d'une famille distinguée. Ayant achevé ses études à ■ Paris, il s'appliqua aux mathématiques el à la littérature grecque et latine, el fut lié avec Daural, Ronsard, et les autres beaux esprits de son temps, s'efforçant, à leur exemple, d'enrichir la langue française de nouveaux mots, dont la plupart n'ont pas fait fortune. 11 prétendit aussi à l'honneur d'avoir introduit dans la poésie française les vers saphiques mesurés, projet bizarre que Baïf avait déjà tenté avant lui et avec aussi jieu de succès. Voici la liste île ses ouvrages : 1» Apologie pour la Savoie, contre Barthélémy Aneau, de Bourges, Lyon, Benoit, 1.154, m s : c'est une pièce eu vers latins. 2* Ode sur la paix (de Vervins), Paris, Buon, 1559. 3° Epithalame pour les nopets de PhilibertE manuel de Suvoye et de Marguerite de France, ibid., Rob. Estienne, 4.*i59, iu-4°; pièce de plus de six cents vers héroïques, précédée d'une épitre en prose a la nouvelle duchesse de Savoie. 4° V Amallée. ibid., 1560, revue et réimprimée a Lyon en 1372 et en 1573. C'est un recueil de cent vingt-huit sonnets, où l'auteur ne parie que de son amour désespéré pour la belle Amallée, qu'il avait commencé d'aimer dès l'âge de dix-neuf ans. 5° Le premier livre des vers de Marc- Claude de Butiet, Savoy sien, auquel a esté ajousté le second, ensemble l' Amallée, Paris, Fézandat, 1561, in-8°; ibid., de Marnef, 1588, in-8«. Le 1" livre con-

tient vingt-cinq odes, et l'autre trente et une. Bans la 2* ode du second livre, l'auteur déplore la mort de Charles III, duc de Savoie, et nous apprend que cet événement lui fait abandonner un poème qu'il avait commencé sur les glorieuses actions de ce prince. 6" Chant sur la convalescence d'Emanuel- Philiberl ; sur la venue de la duchesse de A etnourf, Chambéry, 1563, in-4«. 7» Le Tombeau de Marguerite de Savoye, 1575. 8» Eloge d' Emanuel-PhUibert de Pingon, Turin, 1582. 9" Il a laissé en manuscrit Job, poème héroïque en vers français ; la Maison ruinée; Eloges en vers des plus illustres personnages de Savoie, et une Ode à Marguerite de France, manuscrit de vingt-deux feuillets, conservé à la bibliothèque de Turin, cod. 157, et qui se trouvait aussi dans celle de la Vallière. ( Fby., (tour plus de détail, la Bibliothèque française de l'abbé Goujet.) — Louis deButtet, seigneur de Malatret, chevalier de l'ordre de St-Maurice et de St-Lazare, avait entrepris d'écrire en 30 livres l'histoire générale de la maison de Savoie, sous le titre de Décades savoisiennes ; il n'en acheva que les vies de Bérold et de Humbert, qui se conservaient en manuscrit dans la bibliothèque de Turin. Le style en est précis et élégant, selon Guichenon, qui a profité de ce travail. L'auteur, qui vivait en 1600, manque un peu de critique. — Marc- Antoine de BiiriET, chevalier comme le précédent, et avocat au sénat de Chambéry, publia : 4* le Cavalier de Savoye, ou Réponse au soldai francois, Chambéry, 1605, in-8°, plusieurs fois réimprimé. L'auteur cherche à y établir les prétentions des ducs de Savoie sur Genève. Jean Sarasin, par ordre du conseil de cette république, y opposa le Citadin de Genève. Butiet publia en réponse : 2° le Fléau de l'aristocratie genevoise, ou Harangue de M. Piclet, conseiller d'Etat à Genève, Chambéry, 1606, in-8°. Ces écrits polémiques, qui offrent peu d'iutérét aujourd'hui, valurent à l'auteur le titre d'historiographe de Savoie; il écrivit en cette qualité un Discours de l'extraction des princes de Savoye, qui se conservait manuscrit à la bibliothèque de Turin. C M. P.

BUTTINGHAUSEN (Charles), professeur de théologie et prédicateur à Heidelberg, né a Frankental en 1731, mort le 43 juin 1786, a beaucoup contribué par ses recherches à éclaircir l'histoire du Palalinaten général, et de l'uni rersilé de Heidelberg en particulier. On a de lui, outre un grand nombre de thèses et de dissertations théologiques : 1* Supplément à la Chronique d'Aventin, Francfort, 1758, in-8° ; 2° Délassements tirés de l'Histoire du Palalinat et de la Suisse, Zurich, 1766, en 5 parties in-8* ; 3° Matériaux pour servir à l'histoire du Palatinal, 2 volumes publiés en 8 parties, de 1773 à 1782, Manheim, in-8"; 4e Renseignements historiques sur le Palatinal, tirés d'écrits modernes (enallem.), Manheim, 1783-86; 5'Miseella historiœ univerrilalis Heidelbergensis inservientia, Heidelberg, 4785-86, 2 part. in-4°. G— T.

BUTTMANN ( Philippe-Charles), philologue, naquit à Francfort-sur-le-Mein, le 5 décembre 1764. Il reçut sa première éducation au gymnase de sa ville natale, puis, en 1782, il se rendit à l'université

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