‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 54 sur 97 · BUZ · texte numérisé non relu

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lorsque l'assemblée délibéra sur la question desavoir si le monarque serait mis en cause, on remarqua Buzot parmi les sept députés qui se levèrent pour l'affirmative. Une scission s'etant opérée dans la société des jacobins, par suite de cette affaire, Buzot ne se réunit point aux scissionnaires connus sous le nom de feuillants, et resta lidèle aux jacobins, qui ne comptèrent à cette époque que quatre a cinq députés dans leurs rangs. Malgré la hardiesse de ses principes, et l'opiniâtreté avec laquelle il les développa, Buzot fit peu de sensation à l'assemblée constituante. Il fut beaucoup plus remarqué à la convention nationale, ou il fut envoyé en 1792, par le déparlement de l'Eure. A l'assemblée constituante, il avait marché à peu près sur la même ligne que Bobespierre; il parait même qu'il avait alors été assez lié avec lui; mais voyant, dès les premiers jours de la convention, l'empire que ce dernier cherchait à prendre sur ses collègues , il le dénonça comme affectant la dictature, et ne cessa de l'attaquer-. 11 lit décréter la formation d'une garde choisie dans chaque département, pour garantir l'assemblée du despotisme des démagogues qui dirigeaient alors la commune de Paris, et son triomphe à celte occasion fut réellement très-éclataut; mais le décret ne put être exécuté ; on ameuta toute la populace de la capitale contre le parti qui l'avait rendu, et il fut rapporté après les débats les plus violents. Continuellement accusé de modirantitme et de royalisme par le parti de Bobespierre, Buzot prouva que de pareils reproches étaient mal fondés, en faisant décréter, le 25 octobre, la peine de mort contre les émigrés qui rentreraient en France ; et, le 24, la même peina contre quiconque proposerait le rétablissement de la royauté. Il demanda en même temps que le duc d'Orléans et ses fils fussent déportés. Si l'on excepte ces actes de politique républicaine, Buzot ne professa que des opinions modérées pendant tout le temps qu'il resta dans la convention. Lors du procès de Louis XVI, il proposa l'appel au peuple, que d'inutiles efforts ne purent faire adopter, et vota ensuite pour la mort avec sursis. Il s'opposa néanmoins i ce qu'on rendit un décret d'accusation contre Marat, prétendant que ce serait lui donner une trop grande importance. En mars 1795, Buzot demeura du coté des Girondins et les défendit avec autant de zèle que de courage, malgré les menaces et les invectives des montagnards. Son dévouement parut d'abord imposer à la convention ; mais, a la suite de la journée du 31 mai, il fut mis en arrestation dans son domicile. Etant parvenu à s'écliapper, il se sauva dans son pays, avec plusieurs de ses collègues frappés du même auathéme. Il encouragea avec eux l'insurrection qui s'était formée contre les démagogues dans plusieurs départements, et surtout dans ceux de l'Eure et du Calvados; mais la défection du général Wimpfen, la guerre de la Vendée, et le défaut de plan et d'harmonie, firent échouer celle entreprise mal conçue et mal dirigée. Sur la proposition de StJust et d« Barère, la partir triompiiante de la convention mit Buzot Itors la loi, décréta que sa maison serait démolie, et

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ordonna qu'on élevât un poteau sur la place, avec cette inscription : Là fut la maison du roi Buzot. Ce malheureux s'enfuit alors en Bretagne , accompagné de Louvet, Salle, Guadet, Péthion, Barbaroux, etc., et parvint à s*embaruuer pour Bordeaux, où il se tint caché pendant plusieurs mois avec Péthion. L'activité des recherches les força de quitter cet asile. Après avoir erre longtemps sans oser demander leur subsistance, ils furent trouvés morts dans un champ prés de St-Emilion, et & moitié dévorés par les loups. Buzot avait environ 54 ans, et à l'exception de Louvet, tous ses compagnons périrent de mort violente. Madame Boland , dont Buzot fut un des admirateurs, en parle avec éloge dans ses Mémoires, et va jusqu'à dire qu'il avait de la grâce, lors même qu'il proposait des proscriptions. Il a laissé des Mémoires sur la révolution française, qui ont été publiés par M. Guadet, avec un précis sur la vie de l'auteur, et des recherches historiques sur les Girondins, Paris, Béchet aîné, 1825, 1 vol. in-8°. On peut encore consulter sur Buzot le Dernier Banquet des Girondins, par Charles Nodier. B— u et Ch— s.

BUZBLK-OMID. Voyez KTABtzuRSi-OiJMtD.

BUZUKDJÉM1HB, que Myrkhond, par corruption, nomme Âbouzurdjémihr, (ils de Bakhtegan, était un savant mage que Nouchyrvan appela à la cour de Perse, et à qui il confia l'éducation de Hormouz, son fils. Il n'est pas moins fameux par la subtilité de son esprit que par son érudition. On attribue a ce médecin l'invention du trictrac, et l'on prétend qu'il découvrit de lui-même la marche des échecs, dont le roi Canoudje (dans l'Inde) avait envoyé un jeu à Nouchyrvan, sans aucune instruction. Quoique ces détails soient consignés dans le Chah-Naméh {voy. Ferdouçy), on peut d'autant plus les révoquer en doute, que le savant Hyde a démontré la haute antériorité du trictrac, à l'égard du temps où vivait le médecin Buzurdjémihr, c'est-à-dire du 6* siècle de l'ère vulgaire, puisqu'il Tut un des principaux ornements du règne de Nuchyrvan, surnommé le Juste, et de son fils Ilormouz. Si nous en croyons l'historien cité au commencement de cet article, Buzurdjémihr dut son élévation à l'explication d'un réve qui inquiétait beaucoup le monarque persan. Son nom, en ancien persan , signifie grand soleil. On lui attribue aussi la première traduction persane des fables indiennes qui ont rendu si fameux le nom fantastique de Bydbai on Pidpay et dont le prototype sanscrit porte le titre de Hiiopadësa. [Voy. BunzocYKii et Vichnou- Sabma.) L — s.

BYDBAI ou PIDPAY. Voyez Vichnoc-Sarma.

BYE. Voyez BlE.

BYLDEBDYCK. Voyez Bilderdyk.

BYLING (Albert), surnommé le Bégulus hollandais. Après la mort de Guillaume IV, comte de Hollande, Marguerite, femme de Louis de Bavière, lui succéda. Elle remit bientôt les rênes du gouvernement à son lits Guillaume ; mais le comte, peu reconnaissant, laissa sa mère dans la plus grande détresse. Marguerite voulut alors reprendre l'auto-

ritë; deux partis se formèrent, les Hameçont et les

CabilUtudt; ceux-ci favorables au comte, ceux-là partisans de la comtesse. Les troubles, les lutines civiles survécurent à la cause qui leur avait donné naissance. En 1423, sous le règne de Jacqueline, les Hameçons, qui assiégaient le château de Schoonhoven, furent arrêtés longtemps par la valeur du Zélandais Albert Byling. Maîtres de la place et atroces dans leur vengeance, ils condamnèrent le brave cltef des Cabillauds à être enterré tout vif. Byling, avant de mourir, leur demanda uti court délai pour mettre ordre à ses affaires, jurant sur l'honneur de revenir au jour marqué. Ces hommes étaient farouches, impitoyables, mais ils croyaient à l'inviolabilité du serment, ils avaient foi dans l'héroïsme; ils acceptèrent donc cette proposition, et Byling, malgré les larmes de sa famille, malgré les prières de ses amis, se présenta à l'instant désigné pour subir son supplice : on l'ensevelit tout vivant sous un moulin hors de la ville. Ce trait ne pouvait échapper à Helmcrs. ( Yoy. ce nom.) Il l'a célébré avec talent, avec grandeur au V* citant de son I* •'"»>•• de la Nation hollandaise, traduit en vers français par M. Clavareau, Bruxelles, 1825, in-8". Malheureusement le poète a négligé la couleur locale, et Byling est plutôt un héros grec ou romain qu'un âpre, mais loyal factieux du 13* siècle. R — a.

BYNJEUS ( Antoine ) , né à Utrecht, en 1034, exerça le ministère évangélique en divers endroits, et fut enlevé au milieu de sa carrière, le 29 août 1698, à Devcnter, où il était professeur de théologie et des langues orientales. C'était un homme savant dans les langues, l'histoire et les antiquités. On lui doit les ouvrages suivants : 1° Jésus-Christ crucifié, ou Explication des souffrances, de la mort et de la sépulture de Noire-Seigneur Jésus-Christ ( en hollandais ) ; Li 3* édition est de Dordrecht, 1688, in-4° : l'ouvrage eut un tel succès, que l'auteur le traduisit en latin, Amsterdam, 1692, 3 vol. in-12. 2« De Natali Jesu Chrisli libri duo, Amsterdam, 1689, in-40. Il y traite de toutes les questions qui ont rapport à la naissance de Jésus-Christ, d'après les meilleurs commentateurs, et rémte toutes les absurdités que les juifs et les anciens hérétiques ont débitées à ce sujet. On trouve à la suite une dissertion sur la circoncision, où il prouve, contre Marsham et Spencer, que cette cérémonie a été établie chez les Juifs et chez les Égyptiens pour des raisons différentes, et qu'elle n'a point passé des uns aux autres. 3° De Caleœis Hatbrœontm, Dordrecht, 1682, in-12; la meilleure édition, revue et augmentée, est celle de 1693, in-4»; elle est suivie d'un discours curieux sur la critique, prononcé et applaudi, en 1676, à Utrecht, et publié à part sous ce titre : Somnium de laudibus critices, Dordrecht, 1682, in-12. L'auteur suppose qu'Apollon ayant, dans une assemblée de savants, donné la préférence aux critiques, les théologiens, les jurisconsultes, les médecins et les philosophes se révoltèrent contre ce jugement; que cependant les trois premières classes finirent par y acquiescer, mais que les philosophes persistèrent dans leur révolte; que néanmoins la Sagesse confirma, sans restriction, le juge-

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ment d'Apollon. 4» Une Explication de la prophétie de Jacob, et du psaume HO, appliquée à Jésus- Christ (en hollandais) , Deventer, 1694, in-4». S* De» semions, Amsterdam, 1689; la Haye, 1737, in-4". Bynsus a laissé plusieurs manuscrits. T— d. .

BYNG (Geohge), amiral anglais, naquit en 1663 d'une ancienne famille du comté de Kent. Destiné, dès sa jeunesse, au service maritime, il ne le quitta que pendant peu de temps, pour être employé à Tanger dans les troupes de terre. En 1684, il éuit lieutenant à bord d'un vaisseau du roi qui allait aux Indes orientales, et manqua de périr en abordant un pirate. Il servit, en 1688, sur la flotte destinée à empêcher le débarquement du prince d'Orange; mais il embrassa le parti de ce prince, et fut employé dans les négociations qui tendaient à le faire reconnaître pour roi d'Angleterre. Peu de temps après, il obtint le grade de capitaine de vaisseau, et servit, dans la Manche et dans la Méditerranée, sous les amiraux Itooke et Russel. Créé contre -amiral en 1703, il servit en cette qualité sous sir Cloudesley Sliovel, qui le dépêcha avec cinq vaisseaux vers le dey d'Alger, avec qui il renouvela le traité de paix. En 1704, il commandait l'escadre qui attaqua Gibraltar; il mit à terre une partie de ses équipages, et cette place se rendit au bout de trois jours. On a dit que ce fut par l'effet de la corruption ; mais il est plus vraisemblable que ce fut par la négligence des Espagnols. Byng se distingua encore en plusieurs occasions, particulièrement à la balaUle de Malaga. La reine Anne le nomma chevalier. Fait vice-amiral en 1706, il fut envoyé, avec une flotte de vingt vaisseaux, pour secourir Barcelone, alors assiégée par le duc d'Aujou ( Philippe V ). Étant en 1708 amiral de l'escadre bleue, il commanda la flotte destinée à s'opposer à la descente du prétendant, qu'une escadre française, sortie de Dunkcrque, devait favoriser. Il ne put, malgré sa vigilance, empêcher cette escadre de sortir du port; mais il la poursuivit sur les côtes d'Écosse, et la contraignit de rentrer dans les ports de France sans avoir opéré aucun débarquement. La même année, Byng convoya la reine de Portugal à Lisbonne. En 1709, il commanda une escadre daus la Méditerranée, où diverses circonstances s'opposèrent au succès de ses entreprises. Il fut néanmoins nommé, à son retour, lord de l'amirauté; mais on le destitua , parce qu'il n'était point partisan des mesures politiques adoptées à la fin du règne de la reine Anne. A l'avènement de George l", il fut réintégré et nommé baronnet. En 1717, lorsque l'on crut que Charles XII, roi de Sûède, avait le projet de faire une invasion dans la Grande-Bretagne, Byng fut envoyé avéc une flotte dans la Baltique, où il agit de concert avec les Danois. En 1718, on le chargea de défendre la Sicile contre les Espagnols qui avaient une armée dans cette lie, et y faisaient de grands progrés. Arrivé dans la baie de Naples le 1" août, il apprit que les Espagnols faisaient le siège de la citadelle de Messine, après s'être rendus maîtres de la ville. Il fit d'abord au marquis de Lêde, qui commandait les troupes espagnoles, des propositions d'armistice qui furent rej«tées; mais ayant aperçu

la llotie espagnole, il se dirigea contre elle et lui livra un combat dont ta destruction presse tout entière fut la suite. Le» Espagnol», dans leurs relations, ont accusé les Anglais d'avoir violé le droit des gens, en les surprenant par une attaque imprévue et sans déclaration de guerre. Byng victorieux resta dans la Méditerranée et donna des secours aux troupes allemandes qui reconquirent la Sicile. La relation de cette expédition, en 1718, 1719 et 1720, fut imprimée en anglais, à Londres, 1730, in-8°. Ses services furent récompensés par la place de trésorier de la marine et de contre-nmiral de la Grande- Bretagne. En 1721, il fut élevé à la pairie, sous le titre de vicomte de Torrington, baron Byng de Soutliil, en Bedfordshirc. Il fut, de plus, créé chevalier du Bain, et placé ]>ar George 11 à la tête de l'amirauté. 11 mourut au mois de janvier 1735, à l'âge de 70 ans. I) — t.

BYNG [John), amiral, quatrième fils du précédent, entra fort jeune dans la carrière que son père avait si glorieusement parcourue. Son avancement fut rapide. Quelques succès relevèrent de bonne licurc au grade d'amiral. L'histoire a négligé les actions de la vie de John Byng pour ne s'occuper que de l'événement malheureux qui la termina. Elle présentera l'amiral John flyng à la postérité, comme une de ces victimes sanglantes que la politique croit pouvoir sacrifier à ce qu'elle appelle le salut de l'Etat dans les temps difficiles, mais dont l'histoire révise les jugcmcnls pour l'instruction de la postérité. Vers le commencement de 1730, le gouvernement anglais, informé des préparatifs qui se faisaient dans les ports de France, effrayé du mouvement des troupes sur les cotes de la Manche, se vit menacé d'une invasion, et ue crut se rassurer qu'en appelant 12,000 hommes de troupes hessoises. A celle époque, l'Angleterre ne comptait plus sur l'énergie du peuple ; elle mettait toute sa confiance dans les subsides multipliés qu'elle payait aux puissances du Nord, C'était un ministère sans énergie, qui gouvernait une nation mercantile, uniquement occupée fies progrès de son commerce (1). En même temps qu'on entendait parler du mouvement des troupes au delà de la Manche, des avis informèrent les ministres des préparatifs qui h faisaient dans le port de Toulon, du nombre des vaisseaux qu'on armait, et des troupes qu'on y rassemblait. Ils étaient trop occupés du salut de l'Angleterre et de l'Irlande pour donner une attention bien sérieuse aux établissements de la Méditerranée, quoiqu'ils y possédassent l'Ile de Miuorquc, bien plus précieuse que Gibraltar pour assurer leur commerce dans le Levant. Cependant, pressés par les avis réitérés qu'ils recevaient des côtes de la Méditerranée, ils se déterminèrent à ordonner un armement insuffisant pour combattre les préparatifs qui se faisaient notoirement à Toulon. Dix vaisseaux furent équipés sous le commandement de l'amiral John Byng, plus connu alors par la gloire, de son

père que par la sienne propre. A cette escadre devaient se joindre trois autres vaisseaux et cinq frégates, avant son entrée dans la Méditerranée. Elle appareilla lo 6 avril 17S6 de la rade de Stc-Hélêne. Contrariée par les venu, elle arriva le 2 mai à Gibraltar, où elle dut s'approvisionner d'eau et de vin, et réparer ses pompes. C'est la que l'amiral apprit qu'une escadre française, composée de douze vaisseaux de ligne, d'un nombre indéterminé de frégates, avec des vaisseaux de transport chargés de 19,000 hommes de troupes, était partie de la rade d'Hières le 10 avril ; que l'expédition avait été dirigée contre M inorque; que le débarquement s'était 0|>éré, et que les Français, maîtres de toute l'Ile, étaient occupés au siège du fort St-Philippc. L'amiral assembla un conseil de guerre, et consulta les ingénieurs sur la possibilité de jeter des forces dans la place. Le major d'artillerie, le capitaine et l'ingénieur, qui avaient été employés aux fortifications de M inorque, déclarèrent unanimement qu'en supposant que les Français eussent placé des batteries sur les deux côtés de l'entrée du port, précaution qu'on ne pouvait pas les soupçonner d'avoir négligée, il était impossible de réussir sans avoir fait auparavant taire les batteries, qui infailliblement couleraient i fond les vaisseaux de transport. 11 fut donc décidé qu'il ne fallait pas sacrifier à une espérance chimérique des forces qui, dans la circonstance, pouvaient être nécessaires à la conservation de Gibraltar. C'est dans ce moment, et le 4 mai, que l'amiral écrivit à son gouvernement une lettre dictée par le désespoir. Il ne dissimulait aucune des difficultés de sa position; se plaignait d'avoir été envoyé trop tard, du mauvais état de plusieurs vaisseaux de sa flotte, de la pénurie où se trouvait Gibraltar des objets nécessaires au radoub des vaisseaux. 11 disait que jeter des secours dans la forteresse était une entreprise impraticable; mais que, dût-on réussir, on ne ferait qu'augmenter le nombre des prisonniers, attendu qu'on ne pouvait espérer de faire lever le siège que par la coopération de troupes de terre assez fortes pour combattre les assiégeants. Ce langage trop libre, qui accusait le ministère de négligence et d'impéritie, ne fut pas tenu impunément. Tous ceux qui ont lu les pièces du procès ne peuvent disconvenir que le sort de M inorque était dé-' cidé au moment où la flotte anglaise mouilla dans la rade de Gibraltar, et que la tentative d'une bataille navale ne pouvait empêcher la reddition du fort StrPhi lippe. Néanmoins l'amiral Byng, pour remplir sa mission, autant qu'il était en lui, appareilla le 8 mai. Le 19, il aperçut l'Ile de Minorque ; le pav illon anglais flottait encore sur le fort St-Plulippe; Ton voyait aussi les flammes françaises sur la partie occidentale, et les bombes pleuvoir sur la citadelle. Il s'empressa de dépêcher trois frégates, qui devaient tenter d'établir une chainc de communication entre la flotte et la citadelle, reconnattro l'entrée du port, faire parvenir au général Blakcney, qui commandait, une lettre qui l'informait de l'arrivée de l'escadre et du secours qu'elle lui apportait. Mais l'cicadre française, commandée par le nwquU 4c la

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GalHssonhlère, n'ayant pas tardé à paraître au sudest, et le vent de terre souillant fortement, l'amiral Byng fut contraint de rappeler ses frégates avant qu'elles eussent pu reconnaître l'entrée du port, et s'assurer si des batteries empêchaient l'approche de la citadelle. 11 était cinq heures du soir avant que l'amiral anglais eût pu former la ligne, cl distinguer les mouvements des Français. Les deux escadres, chacune de leur côté, cherchaient a s'assurer du veut avant la nuit. Au point du jour suivant, le 20 mai , elles étaient encore hors de vue l'une de l'autre ; enfin elles s'aperçurent du haut des mâts , et manoeuvrèrent pour se rapprocher en ordre de bataille. Le marquis de la Gallissonnièrc avait pris le vent ; mais û l'approche du combat, vers deux heures de l'après-midi, il tourna à l'ouest , de manière que l'escadre anglaise eut pour elle l'avantage du vent lorsque le combat commença. On comptait, du côté des Anglais, treize vaisseaux de ligne et cinq frégates. La flotte française n'était composée que de doure vaisseaux de ligne et de cinq frégates. Le combat s'engagea, et dura trois heures et demie ou quatre heures, sans que les deux flottes pussent ■'entamer; mais le vaisseau anglais l'Intrépide avait eu son mât de beaupré emporté |>eu après le commencement de l'action. .Sa chute, Tayaut mis hors d'état de manoeuvrer pendant quelque temps, laissa un vide dans la seconde division. Iiyng le fit remplacer par le Depfbrd, le plus petit de la flotte, qu'il tenait en réserve. Il parait qu'il montra de l'hésitation , que le combat ne fut pas très-animé , soit parce que l'amiral anglais était frappé du mauvais étal de quelques-uns de ses vaisseaux , et, comme il le dit dans sa défense, de leur infériorité relative, qui ne résulte pas toujours de la différence du nombre , soit parce que, dans le cas d'un combat très-meurtrier, il voyait d'avance l'avantage qu'aurait le marquis de la Gallissonnièrc, do pouvoir renouveler ses troupes et mettre à terre ses blessés; enliti , craignant quo la flotto française ne format une nouvelle ligne qui lui donnât l'avantage du vent, et voyant le vaisseau l'Intrépide en danger d'êire pris, Byng fit cesser le feu, et la victoire resta aux Français. 11 parait que la flotte anglaise avait beaucoup plus souffert, et qu'indépendamment delà circonstance du voisinage do M inorque, la flotte française était bien plus en état de recommencer le combat. Le jour suivant, les deux flottes étaient déjà hors de vue. L'amiral anglais recueillit l'Intrépide et le Cketterfield chargé de le conduire. Il tint un conseil de guerre , qui fut d'avis de ne pas renouveler une tentative qui n'avait aucune apparence de succès. L'examen qui fut fait de l'état de la flotte démontra que trois des principaux vaisseaux étaient endommagés au point de ne pouvoir tenir la mer. Il n'y avait eu cependant que quarante-cinq hommes tués et cent soixante-deux blessés ; mais c'est surtout dans les agrès que les vaisseaux anglais avaient beaucoup souffert. Le marquis de la Gallissonniére , qui n'avait aucun intérêt & le poursuivre . reprit sa station devant Mahon, pendant que l'amiral Byng continua sa

route vers Gibraltar. Dès que le gouvernement anglais eut reçu la nouvelle du mauvais succès de cette expédition, il chargea les amiraux Hawke et Saunders de prendre le commandement de la flotte, et donna des ordres pour traduire en état d'arrestation l'amiral Byng a l'hôpital de Greenttich. Le fort St-Philippc , qui avait une tranchée ouverte depuis le 10 mai , se rendit le 27 juin , i la suite d'une attaque générale. Cette conquête produisit citez les deux nations l'effet qu'on devait attendre de la différence de leur caractère : |>endant que les Français faisaient éclater la joie la plus vive, les Anglais, huiuiliésdanscequi fait l'objet chéri de leur orgueil, se livrèrent à uue fureur qui approchait de la rage. Cette marine, sur laquelle ils se ressaient pour la défense de leurs foyers, s'était retirée devant une flotte française iuférieure en apparence I La honte de cet événement aurait dù rejaillir tout entière sur des ministres inhabiles, qui s'étaient laisse frapper de la terreur paniquo d'une invasion dont le projet n'était que simulé, et qui, négligeant les avis réitérés qu'ils recevaient des grands pré|>arauf* faits à Toulon, avaient envoyé dans la Méditerranée une flotte insufiisante, pendant que les ports d'Angleterre regorgeaient do vaisseaux. Aussi, après l'événement, les ininiatres se reprochaient - il* mutuellement la faiblesse de leurs déterminations. II parait que les avis de Fox n'avaient pu prévaloir sur les terreurs paniques du duc de Kewcasllo et sur la présomption du lord Anson, qui espérait que l'escadre de l'amiral Byng battrait facilement toutes les forces que les Français pourraient réunir dans la Méditerranée. Le ministère recourut, dans cette circonstance, au moyen que la corruption lui donne de se blanchir aux yeux du peuple, qui croit ses intérêts toujours bien défendus lorsque le parlement on fait l'objet de ses bruyants débaU. I »ans la session qui suivit cet événement, la chambre des communes désira connaître les véritables causes de la perle de Minorquc. Après un examen rapide des pièces qui auraient exigé le travail d'une session pour les rédiger et les mettre en ordre, il fut résolu par la chambre : a 1° quo, d'après les avis reçus |«r les ministres, « ils avaient eu raison d'appréhender l'invasion de « l'Irlande ou de l' Angleterre ; i' qu'ils n'avaient a pu avec sûreté détacher un plus grand nombre « de vaisseaux pour l'expédition confiée à l'amiral a Byng. s Cette résolution ne lava pas entièrement les ministres aux yeux du peuple; mais, pour lui donner le change, ils travaillèrent a diriger son ressentiment contre lo malheureux amiral Byng. La populace le pendit en effigie. Les feuilles ministérielles l'accablèrent de leurs calomnies avec une fureur qui jetterait sur leur mémoire un blâme ineffaçable si leurs noms étaient connus. Le procès fut commencé le 28 décembre 1756, devant une cour martiale, composée de cinq amiraux et de neuf capitaines, à bord du vaisseau le St-Oearge, dans la baie de Porstmouth. Après avoir entendu une foulo de témoins, cette cour décida : « que, dans le combat « du 20 mai, l'amiral Byng n'avait pas fait les der- « niera efforts pour prendre, saisir et détruire les

« vaisseaux du roi de France, et qu'il navaft pas « employé tout ce qui était en son pouvoir pour « secourir le fort St - Philippe ; en conséquence ils « déclarèrent à l'unanimité, que l'article 12 du code « maritime, qui, dans ce cas, prononce la peine de « mort, sans laisser aucune option à la discrétion « des juges, lui était applicable. Cependant, croyant « que sa mauvaise conduite n'était l'effet ni de la « lâcheté, ni de la perlidie, ils se reposaient dans » leur jugement sur la clémence du roi. » Ils la sollicitèrent dans un écrit particulier, signé unanimement par tous les juges, et qui mérite d'être connu ; il est adressé aux lords de l'amirauté dans les termes suivants : « Nous, soussignés, président et mem- « bres de la cour martiale assemblée pour le juge- « ment de l'amiral Byng, croyons inutile d'informer « Vos Seigneuries que, dans le cours de cette longue • procédure, nous avons fait tous nos efforts pour « découvrir la vérité et pour rendre à la fois la jus- « tice qui est due à l'accusé et à notre pays; mais « nous ne pouvons nous défendre d'épancher devant « Vos Seigneuries le chagrin dont nous sommes « pénétrés, par la nécessité de condamner un homme « à jnort d'après l'extrême rigueur de l'article 12, « qui lui est applicable en partie, et qui n'admet « point de modification dans le cas où le crime est « commis uniquement par erreur du jugement. C'est « pourquoi, tant pour le soulagement de nos con- « sciences que par justice pour l'accusé, nous supplions « de la manière la plus instante Vos Seigneuries de « le recommander à la clémence de Sa Majesté. » Dans le cours des débats qui précédèrent le jugement, Byng montra un sang-froid qui suffirait pour éloigner le soupçon de faiblesse. Avant de subir son jugement, H remit à l'officier de l'amirauté un écrit dans lequel il déclare qu'il éprouve dans l'intérieur de sa conscience la satisfaction de s'être acquitté de son devoir avec fidélité, selon son jugement et ses moyens; il se qualifie de victime destinée à détourner le ressentiment d'une nation justement indignée. Voltaire,' dont le sang s'allumait à l'idée des grandes injustices, engagea le maréchal de Richelieu à envoyer aux juges un certificat de la vérité, qui ne pouvait être d'aucun poids dans cette affaire. Byng leur adressa, de son coté, sa justification ; mais, comme il l'avait prévu lui-même, rien ne pouvait arrêter la résolution des ministres. Il alla à la mort avec calme, et fot arquebusé le 14 mars 1757. On a publié un Testament politique de Byng, traduit de l'anglais, Portsmouth ( Paris ), 1759, in-12. D — a — L — e.

BYNGHAM. Voyez Bingham.

BYNKERSHOECK (Corneille van), l'un des plus savants jurisconsultes modernes , né en 1673, à Middclbourg, étudia d'abord la théologie à Franeker, qu'il abandonna ensuite pour la jurisprudence ; il parut avec distinction au barreau de la Haye, et mourut dans cette ville, le 16 avril 1745, président du haut conseil de Hollande. Vicat a publié une édition complète de ses ouvrages , Genève, 4761, in-fol. ; Lcyde, 1766, 2 vol. in-fol., dont les principaux sont : 1° Opuscula varii argument, Leyde, 1719, in-4«. C'est un recueil de dis-

seTtations sur diverses parties du droit romain, écrites d'un style serré, parmi "lesquelles on en distingue une où il soutient , contre Noodt , que l'ancien usage d'exposer et de tuer même les enfants chez les Grecs et les Romains ne fut entièrement aboli que sous les Antonins. 2° Obscrvationes juris romani libri quatuor, Leyde, 1710, avec une savante préface , où il prouve que le droit romain était en usage en Hollande dès le temps d'Antonin le Pieux , mais qu'il n'y a eu d'autorité que sous Philippe le Hardi. 3° Queeslionet jurii publici libri duo, Leyde, 1737. 4» De Foro legatorum competenli, 4721. Ce traité a été traduit par Barbeyrac, sous ce titre : du Juge compétent des ambassadeurs tant pour le civil que pour le criminel, la Haye, 1723, 2 vol. in-4°; réimprimé, eu 1750, A la suite de Y Ambassadeur de Wicqucfort. Dans tous ses ouvrages , Bynkershoeck s'occupe de l'éclaircissement de l'ancien droit romain, et de la restitution des textes qui ont été altérés et corrompus par la négligence des copistes cl le malheur des temps. On remarque partout une étude profonde du droit, une lecture réfléchie des meilleurs jurisconsultes, et une saine critique. L'auteur avait fait des recherches très-étendues sur les droits, lois, décrets, usages , coutumes , etc. , des diverses provinces de la Hollande, et il s'eu était composé, pour son utilité particulière , un corps de droit hollandais et zélandais qui n'a pas vu le jour. Il rédigeait en 1699, en hollandais, une feuille périodique intitulée Nouveau Mercure de la Haye; elle fut bientôt supprimée comme trop satirique. T— D.

BYISKES. Voyez Binkes.

BYKS ( A.vxe ) ; c'est ainsi que le nom de cette femme poète , qui contribua puissamment à pertionner la langue flamande, est écrit dans ses ouvrages ; cependant Paquot soupçonne que son véritable nom était van Bvss, et que sa famille provenait originairement de la petite ville de Binche, en HainauL Quoi qu'il en soit, elle naquit à Anvers et y exerça avec zèle la profession de maîtresse d'école. Inviolablement attachée a la religion catholique, portée a l'ascétisme par son caractère et pur son sexe, elle résolut de combattre par des chauts, qu'elle rendrait populaires, la secte luthérienne qui commençait à faire des progrès. MM. Huyzinga , Bakker, Jérôme de Vries , J.-F. "VVillems, N.-G. van Kamj*en ct Siegenbcek, ont signalé son mérite sous le rapport de la langue et de la versification. Ils conviennent que, bien que l'on remarque dans ses écrits les défauts dominants de l'époque , savoir celui de la mesure et l'emploi de termes bâtards, ces taches y sont moins fréquentes que partout ailleurs , et qu'on y trouve plus d'imagination et de verve que dans aucun autre poète flamand contemporain. Plusieurs morceaux respirent une sensibilité vraie, une onction communicative, et cette chaleur que donnent les convictions sincères et profondes. Les lecteurs français en pourront juger par la traduction d'une élégie ou chant funèbre, insérée au t. 4 des Archives pour servir à rhisloirt

civile et littéraire des Payi-Bat, p. 116-120. Anne Byns mourut vers l'année 15*8, et reçut de grands éloges de tous ceux qui voyaient la réfortnation de mauvais œil. On ne manqua pas de la comparer fa Sapho, en lui laissant néanmoins l'avantage. Swecrl a bit ce distique en son honneur :

Arle pares, Lesbis Sappbo cl mca Bynsia distant Hoc solo : villa hax dedocet, il la doccl.

Ses poésies ou refraint, comme on disait alors, ont eu de nombreuses éditions qui sont inexactement citées par la plupart des bibliographes. Nous ne signalerons avec certitude que celles que nous avons eues entre les mains : 1- Dit it een sehoon enn suuerlye boeeken. ( Ceci est un beau et pieux petit livre, etc.), Anvers, Martin Nuyts, in-12, oblong, caractères gothiques, dernière signature Lv. Ce volume, partagé en 23 litres ( et non 24, comme dit Paquot ) , ne porte pas de date, quoique Paquot lui donne celle de 1533 , et doit avoir été publié vers 1529, puisqu'on celte année même il en parut une traduction laline par Eligius Houeharius ou Euekarius, maître d'école de Gand, dont Valèrc André , dans la première édition de sa Bibliotheea Belgica, fit deux personnages différents, en quoi il fut suivi par Sander et par Sweert ; mais Valère André se corrigea dans seconde édition. Cette traduction porte un long titre, dont voici les premiers roots : Itie etl pulcher et syncerus libellus, Anvers, Guillaume Vorsterman , 1329 , in-12 , oblong de 141 pages non chiffrées. La version conserve toute l'âpre et rustique naïveté de l'original , témoin ce précepte relatif aux dames :

Sinl ex nobilibus, sinl caudal* atque opulenla?, Ne sociare illis : sunl relia Dxmonis. Una Vacca aliam ftrdal, si sil fœdaia parumper.

On y parle ainsi de Luther :

flcresiarcha unus, Jtida'o insidior, ipsum Pncvcnlcns aniiehristum seu nuncius, inter Infâmes monachos insignis apostata...

Ces vers sont de 1529 ; mais, dès 1520, Luther avait lui-même qualifié le pape d'antechrist : ce n'était donc qu'un prêté rendu. Dans sa première édition, Valère André et après lui Sander mentionnent une édition de la traduction d'Houcliarius , de l'année 1581 ; Sweert en indique une autre de 1364 ; Paquot, sans en déterminer la date, en marque une imprimée chez Jérôme Verdussen. Toutes ces indications sont extrêmement équivoques. On peut en dire autant des srise livret d'Anne Byns dont parlent Aubert Lemire et Foppens ; tandis que Valère André n'en compte que deux. En effet , cette division par livres ne se trouve pas dans les imprimés , fa moins que le numéro suivant n'y ait fait croire. 2° Het tteeede Boeck (le deuxième recueil ), Anvers, Martin Nuyts ( d'après le privilège daté de Bruxelles, le 17 novembre 1548, il semblerait qu'Anne vivait encore fa cette époque ), in-12 oblong

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commence par quatorze vers de Liévin van Brecht, poêle latin vanté jadis , né également à Anvers et mort en 1558 ou 1560 à Malines. 11 y reproduit la comparaison avec Sapbo, mais moins heureusement que Sweert :

Hoc opus, Anna, tuum, caslo veneranda pudore, In rhyihmis Sappho Lesbia teutonicis.

3° Gheeslelyeke refereyn (chansons spirituelles) publiées pour la première fois avec une préface , par F. Henri Pippinck , provincial des récollets de la basse Allemagne), Anvers, Pierre van Keerlierghen, 1366, in-12, édition signalée par Paquot. Nous n'en avons vu qu'une très-rare, de 115 feuillets sans la table, in-12, imprimée en 1611 chez Jérôme Verdussen. ( Un des ancêtres de J.-F. Verdussen, qui fut membre de l'académie de Bruxelles, laissa un grand nombre de répertoires, tracés de sa main , que possède la bibliothèque de Bourgogne, et dont la collection de livres et de manuscrits fut vendue après sa mort, en 1776.) l-a Biblioth. $elec titrima , Amsterdam , 1744 , p. 202 , n* 2748, met cette édition sous la date de 1610, au lieu de 1611. 4» Une Histoire littéraire d'Anvers inédite, par le prêtre van Hy, attribue encore i Anne Byns un ouvrage dont elle ne produit le litre qu'en latin, quoique le livre fût écrit en (lamand : l'Alouette spirituelle, ou vers sur divers mystères, imprimé, dit ce manuscrit, en plusieurs lieux et à Anvers, en 1665. Nous n'avons jamais rencontré ce livre. M. J.-F. Willcms, qui, dans la 4e livraison de ses Mengelingen ou Mélanges, a donné un catalogue curieux de recueils de chansons flamandes et hollandaises, annonce qu'il possède un manuscrit d'Anne Byns, intitulé : Hefereinen , rondeelen en andere gedichten (chansons, rondeaux et autres poésies) , orné de musique notée et remontant environ à l'année 1540. R— G.

BYRADIAN (Sempao), prince arménien, né vers l'an 50 de J.-C, succéda i son père dans la principauté de Sper, et se déclara le protecteur d'Ardaschès, jeune prince de la famille de Sanadrong ( de la dynastie des Arsacides), qui s'était jeté dans ses bras après le massacre des siens par l'usurpateur Erovant. Byradian marcha contre lui avec une armée nombreuse, et parvint, après des victoires signalées, à replacer Ardaschès sur le trône de ses pères. Ce prince le nomma gouverneur de son palais, et commandant de toutes ses troupes, à la lête desquelles il combattit les Romains, commandés par Trajan ; et fit prisonnier Parsmann (Pharasmanc), qui régnait sur les rivages de la mer Caspienne. La famille Pakradouni, fa laquelle il appartenait, est d'origine juive, et s'établit en Arménie cinq siècles avant l'ère vulgaire. Le prince Bagration («oy. ce nom), descendait de cette ancienne famille, qui a donné des rois à l'Arménie et fa la Géorgie. K.

BYRGE (Juste), mécanicien et astronome, né à Lichtensteig, en Suisse, mort en 1652, âgé de 81 ans. Appelé fa Cassel par Guillaume IV, landgrave de H esse, il y contruisit plusieurs instru-

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ments d'astronomie, des horloges fort curieuses, un globe céleste en argent, et plusieurs machines, conservées, pour leur singularité, dans le cabinet de ce souverain, qui se livrait à l'étude de l'astronomie. Après la mort de son protecteur, Hyrge continua de résider à Casscl jusqu'en 1597 , l'empereur l'ayant alors nommé son mécanicien. Kcpplcr fait un grand doge de son talent et de sa modestie qui l'empêcha de rien publier; mais cette dernière assertion est reconnue fausse aujourd'hui. On lui attribue mal à propos l'invention du conquis de proportion -, Lévin Holstius, dans ses Tractalu* 1res ad géode tiam tpectanlet, publiés en 1603, décrit l'instrument invente par Byrge, et en donne la gravure : c'est tout simplement ce que nous appelons un compas de réduction. C'est avec moins de fondement encore que Bêcher attribue à Byrge l'application du pendule à la mesure du temps; il n'en apporte d'autre preuve que l'assertion d'un mathématicien de l'électeur de Mayence, qui le lui dit en 1678, c'est-à-dire plus de quarante ans après la mort de Byrge. Bramer, son disciple et son beau -frère , dit formelleii>cnt

• qu'il avait fait imprimer, sans texte, à Prague, en « 1620, une belle Table des Progressions avec leurs « différences de dix en dix, calculées à neuf ehif- « fres ; de sorte, ajoute Bramer, que l'invention des

• logarithmes n'est pas de Napier, mais a été faite ■ par Juste Byrge longtemps auparavant. » Il y a sur ce sujet deux observations & faire : premièrement l'antériorité reste à Napier, qui publia sa découverte dès 1614; secondement Ka-sUicr . qui le premier a retrouvé les tables de Byrge, dont l'impression parait n'avoir pas été achevée, a reconnu que ces tables, comprenant sept feuilles et demie in-fol., ont une disposition inverse de celle des tables ordinaires. Ce sont les logarithmes qui y croissent pur des différences égales, en sorte qu'elles ne mènent d'abord qu'à trouver un nombre par son logarithme, et demandent un calcul assez long pour trouver les logarithmes quand le nombre est donné. Dans le siècle dernier, Dodson en a publié de semblables en Angleterre, sous le titre à'Anli-logarUhmir-Canon ; mais ces dernières se rapportent au système des logarithmes ordinaires, dont la base est 10, tandis que celles de Byrge, sont calculées dans le système qui répond à la quadrature de l'hyperbole équilalére. H parait d'ailleurs qu'il s'est glissé quelques fautes dans les calculs de Byrge. Ou |>eut voir de plus grands détails sur ce savant dans la Notice sur le» savante Hessois par Stricder, Goettiugue, 1781, in-8% en allemand. C. M. P.

BYBiSE (Guillaume), néà Cambridge en 1740, apprit de Woollet l'art de la gravure. Il passa en France en 1770, y travailla sous Jacq. Aliamet et V ille, et grava alors à Paris plusieurs sujets de paysage et de marine, entre autres le Fanal exhaussé, d'après Vernet. De retour en Angleterre, il donna la Mort du capitaine Cook, d'après Webber, et le Départ «f Abraham, d'après Zuccliarelli. Daus ces deux estampes, les ligures sont de Bartolozii ; et eu effet, le geurc où Byrne a réussi le mieux est le paysage. Ou a de lui plusieurs morceaux d'après

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Wllson, qui rappellent le talent avec lequel Woollet a gravé les paysages de ce peintre, qui, pins qu'aucun autre, s'est approché do Claude Lorrain ; toutefois, le plus important ouvrage de Byrne est une suite de vues qu'il a exécutée de concert avec Hearnc, intitulé : Antiquités pittoresques de la Grande- Bretagne Cette collection est une des plus intéressantes qui existent, soit a cause du goût avec lequel les vues sont [irises, soit à cause de l'exactitude qu'on a mise à rendre les détails d'architecture, soit enfin à cause du talent remarquable de l'auteur. Byrne est mort à I-ondrcs en 1805. V. S. M.

BYItOM ( Jeam ), poète anglais, naquit en 1091 a Kersal, près de Manchester. Son père était négociant. Il fut élevé ii Cambridge, où il montra plus de dispositions pour les études littéraires que pour celles qui conduisent à la fortuue. Il se fit connaître en 1714 par une pastorale imprimée dans le 8* volume du Spectateur, et jar quelques lettres piquantes dans ce même ouvrage. Ne se sentant point de goût pour un état sérieux, il fut obligé, ses études étant Unies, de quitter l'université; et, après avoir fait pour sa santé un voyage en France, d'où il revint épris de la doctrine du P. Malebranche et infatué des visions de mademoiselle Bourignon, il essaya, sans boancoup de succès, de pratiquer la médecine, en se faisant appeler le docteur Byrom. Il devint amoureux d'une de ses cousines, née de parents riches, qui refusèrent de l'accepter |wur gendre ; mais avec beaucoup d'amour, un esprit et un caractère uimablc, Byrom parvint aisément à se faire ai.< j~ ter pour mari. Ce mariage lo rendit beaucoup plus heureux, mais encore un peu moins riebe qu'il nt l'était, son beau-père lui refusant tout secours. Forcé à chercher des ressources dans son industrie, il inventa une méthode de tachygraphie [sliort handj qui eut un grand succès, et qui porte encore aujourd'hui son nom. Les leçons qu'il en donna lui procurèrent quelque aisance, jusqu'à ce que, par la mort de son frère ainé, il se trouva en possession des biens de sa famille. Il s'abandonna alors à la paresse, avec cette passion d'un homme à qui la nécessité a fait violence en le forçant au travail. Il mourut le 28 septembre 1703. On a de lui un poème estimé sur l'Enthousiasme, et quelques autres poésies moins recommandables. C'était un homme d'un esprit vif et gai, d'un caractère doux, et incapable de nuire : ses épigrammes même en font foi. X— s.

BYRON (Jou>) commodore, né en Angleterre, le 8 novembre 1723, s'embarqua, a l'âge de dix-sept ans, sur un des vaisseaux du lord Anson, destiné a faire le tour du monde, mais qui lit naufrage au nord du détroit de Magellan. Byron fut, avec quelques-uns de ses compa gnons d'infortune , conduit par des Indiens au Chili ; il y resta jusqu'en 4744, qu'il s'embarqua sur un navire de St-Mato, et arriva en Europe en 1745. En 1758. il commandait trois vaisseaux do ligne, et se distingua dans la guerre contre la Franco Ee roi George III, voulant envoyer découvrir la partie de l'océan Atlantique située entre io cap de Bonne -Espérance et la pointe méridionale de l'Amérique, donna à Byron le com-

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mandement de la frégate le Dauphin. Cet amiral partit de la rade des Dunes le 21 juin 17G1, ayant sous ses ordres la frégate la Tamar, commandée par le capitaine Monat. Ces deux bâtiments abordèrent a Madère et aux Iles du cap Vert, de là vinrent mouiller dans la rivière de Rio-Janeiro, vis-à-vis de la ville de ce nom. Eu partant de ce port, Byron visita la partie méridionale de l'océan Atlantique, et, après avoir cherche eu vain les iles Pcpys, il lit route pour aller faire de l'eau et du bois dans le port Famine, situé à peu prés à la moitié du détroit de Magellan. Il vint ensuite visiter les lies Malouines, nommées Falkland par les Anglais. Dès que Byron eut fait la reconnaissance de ces lies, il rentra dans le détroit, et continua sa navigation jusqu'au grand Océan, connu plus généralement sous le nom de mer du Sud. Il rencontra, pendant cette seconde navigation qu'il lit dans le détroit, le vaisseau l'Aigle de St-Malo, sur lequel Bougainville (voy. ce nom) était venu faire de l'eau et du buis pour la nouvelle colonie qu'il était chargé de fonder aux HcsMalouincs. Byron se dirigea au nord en sortant du détroit de Magellan, sur File Masafucra; il prit ensuite route à l'ouest, passa au nord de l'archipel Dangereux, situe à une petite distance dans l'est des lies de la Société, et y découvrit l'Ile du Désappointement et les lies du Roi George. Peu de temps après avoir dépassé les lies de la Société, sa route prit du nord-ouest, et il découvrit les lies du Danger et de Byron. Bientôt, après avoir traversé les Caroline*, en passant prés de l'Ile Tinian, où il relâcha, il rentra dans la mer de Chine par le nord de Die Lucon. Byron Ht alors route au sud, et vint à Batavia par le détroit de Banca, d'où il partit le 10 décembre 1765, et arriva en Angleterre le 9 niai 1766. Quoique le voyage de Byron ne soit pas trèsfertile en découvertes, il mérite cependant un rang honorable dans l'histoire des navigations autour du glol>e. C'est le premier que l'on trouve dans la collection d'Uawkesvorth, intitulée : Histoire des voyages entrepris pour faire des découvertes dans l'hémisphère méridional, et exécutés successivement par le commodore Byrm, le capitaine Wallis, l* capitaine Carleret, et le capitaine Cook, dans son premier voyage. On voit, par les noms des navigateurs qui ont suivi Byron, qu'il est le premier de celle époque mémorable où les peuples de l'Europe, cessant de faire des découvertes par amour du gain, n'avaient pour but principal que le progrès des sciences. Si Cook les a tous surpassés par l'habileté et l'importance des découvertes, le mérite des autres ne doit cependant pas être oublié, et particulièrement celui de Byron, qui leur avait tracé le chemin. En do ses officiers a publié la relation de son voyage en 1766 ; cette relation a été traduite en français par Suard, et imprimée sous ce titre: Voyage autour du monde, fait par le vaisseau du roi le Dauphin commandé par le chef d'escadre Byron, etc., Paris, 1767, in-l- 11 avait fait imprimer, en 1748 et 1768, la relation de son premier voyage ; elle a été traduite en français par Cànlwcll, sous ce titre ; Premier Voyage de Duron à (a mer

du sud, complétant la Délation du voyage d'Anson,

avec un extrait du second voyage de Byron autour du monde, Paris, an 7 (1799), iu-8°. il est mort à Londres, en 1786. R— L.

BYRON ( Geoivge Gordon) , le premier poêle anglais de notre âge, était issu, par son père, d'une famille dont l'ancienneté remonte à la conquête de Guillaume , et qui , nommée plusieurs fois dans l'histoire, enrichie par Henri VIII de la confiscation d'un monastère , dotée de la pairie par Charles 1er, avait compté, dans le 18« siècle, un célèbre navigateur, le commodore Byron. ( Voy. l'article précédent. ) Par sa mère, Byron était allié à la race des Stuarts, que ses ancêtres paternels avaient fidèlement servis. Ce nom antique , dont il était si fier, n'était pas venu sans tache jusqu'à lui. Son grand-oncle , lord Byron , avait comparu devant la chambre des pairs , pour meurtre d'un de ses voisins dans un duel ; et, retiré du monde, il menait dans son fief de l'ancienne abbaye de Newstead une vie solitaire et bizarre. Son père, le capitaine Byron, homme d'esprit et de désordre, avait enlevé une femme mariée, de haute noblesse, lady Camar- ' then , qu'il épousa , quand elle devint libre par un divorce. Elle mourut bientôt , lui laissant une fille. Jeune encore, il se remaria l'année suivante à miss Catherine Gordon de Gight, riche et noble héritière d'Ecosse , qu'il séduisit par ses agréments et l'éclat de son nom. En peu d'années il la ruina, coupa ses bois , lui fit vendre ses terres , et l'abandonna, saus autre ressource qu'une rente substituée de t.'iO livres sterling, dont ni lui ni elle n'avaient pu disposer. De cette union naquit à Londres , le 22 janvier 1788, Georges Gordon Byron. Lady Byron, obligée par son peu de fortune de retourner en Ecosse, vint vivre avec son enfant dans la ville d'Aberdccn. Elle y fut encore une fois visitée et rançonnée par son mari , qui s'éloigna d'elle enfin pour toujours, et passa sur le continent, où il mourut à Yalcncicnnes, en 1791. Lady Byron, qui parait avoir eu dans le caractère beaucoup de passion et de violence, supporta ses malheurs avec courage, et s'occupa, dans une modeste retraite, d'élever son fils. Le jeune Byron, par un accident dont il no se consola jamais, et qu'il reprochait, on ne sait pourquoi, à la pruderie de sa mère, avait été blessé en naissant ; et son pied tordu était resté légèrement boiteux. Ce mal et des remèdes inutiles tourmentèrent son enfance. Il grandit cependant, et se fortifia sous la tutelle un peu orageuse- de sa mère. Vif et hautain, il eut, dés le bas âge, de ces saillies de caractère que tous les parents remarquent avec admiration, et qu'enregistrent les biographes dea hommes célèbres. Durant les premières études qu'il avait commencées a une petite école d'Aberdeen, étant tombé malade , il fut conduit par sa mère dans les montagnes d'Ecosse, près du cours pittoresque de la Dec, et du sombre sommet de Lochna-Gar, que n'avait pas encore illustré la poésie. L'aspect sauvage de ces lieux , l'air libre , et les cimes aznrées des montagnes, ne furent pas sans influence sur son imagination naissante. Son eccur

fiYR

ne fut pas moins précoce. II fut amoureux au même âge que le Dante , mais avec moins de constance : c'est à huit ans qu'il aima cette jeune Marie , dont le nom est revenu souvent se mêler aux rêves de ses autres passions. De l'obscure retraite où il était élevé, Byron se vit, à dix ans, appelé à un titre qui était encore à cette époque le premier d'Angleterre. Le vieux lord William Byron , qui , depuis nombre d'années, vivait enferme à Newstead, qu'il laissait tomber en ruines, et dont il avait abattu les beaux ombrages, en haine de son fils unique, perdit ce lils, et n'eut plus d'autre héritier de son domaine et de sa pairie que le jeune neveu , qu'il n'avait jamais vu. 11 mourut en 1708; et Byron fut salué jusque dans son école du titre de lord. L'enfant ressentit avec joie cette fortune nouvelle. Sa mère heureuse et fière se hâta de quitter Aberdeen et l'Ecosse, et partit avec lui et sa vieille gouvernante pour le domaine de Newstead, dans le comté de Nottingham. C'était un grand château gothique, couvert d'un côté par un lac et par quelques fortifications en ruine. L'intérieur avait gardé la forme d'un cloître antique, ses nombreuses cellules, ses vastes salles délabrées. Les terres d'alentour, dépouillées par la bizarre malédiction du feu lord, semblaient stériles et désolées. L'aspect du lieu, ses souvenirs du maître, les récils sur sa vie farouche et mystérieuse , le lac où , disait-on , il avait secrètement noyé sa femme, les sombres corridors , la vieille tour, la salle d'armes , et les armoiries des usurpateurs du cloître , tout cela frappa vivement les yeux et la pensée du jeune Byron , qui prit dès lors l'usage de porter sur lui des armes chargées, comme son grand-oncle, le feu lord. Cependant il souffrait toujours de son pied boiteux. Sa mère essaya d'un nouveau traitement ; et , après avoir épuisé l'art d'un médecin de Nottingham , elle le fit partir pour Londres, et l'y plaça dans une école, où il recevait aussi les soins orthopédiques d'un célèbre médecin. Byron les contrariait par son impatience et son ardeur aux exercices violents. Le régime, comme les études, lui était rendu difficile par les complaisances et la tendresse passionnée de sa mère. Toutefois l'enfant fit quelques progrés à cette école, et lut avidement beaucoup de livres. A douze ans, épris de la beauté d'une jeune parente, il fit ses premiers vers. A treize , il entreprit une tragédie (1). Cependant son éducation inégale et interrompue avançait peu. Sa mère, qui avait fondé de grandes espérances sur lui , désira le voir entrer à la célèbre école de Harrow, rendez-vous ordinaire de la jeune noblesse. Il y fut envoyé par lord Carlisle, tuteur d'oflice qui lui avait été donné, selon le privilège de la pairie , et qui s'accordait peu dans sa direction avec la mère du jeune lord. Là, Byron portait quelque commencement d'études, beaucoup de lectures diverses, l'humeur sauvage d'un jeune habitant de Newstead , et les goftls capricieux d'un enfant hautain , tour à tour gâté par la tendresse , ou froissé par la violence. Jl fut d'a-

H) Prtfaee de Wertr.

bord timide, ennuyé, solitaire, puis bruyant et chef de bande parmi ses camarades. Il travailla beaucoup , quoique inégalement , étudia les classiques grecs et latins , fit même des vers grecs , et réussit dans les déclamations publiques , où s'exerçaient les jeunes étudiants. Il était le concurrent inférieur, mais redouté,' de M. I'cel. a J'étais toujours dans « quelques mauvais pas, dit-il à ce sujet dans ses « souvenirs ; lui , jamais. 11 savait toujours sa le- « çon ; moi, rarement ; mais quand je la savais, je « la savais aussi bien que lui. » Malgré son infirmité , nul n'était plus agile , plus liardi , plus querelleur. Mais il avait aussi de vives amitiés de collège , que son aine chagrine et dédaigneuse (tarait avoir assez longtemps conservées. Sa mère , empressée de l'avoir près d'elle, le conduisit pendant les vacances aux eaux de Bath , et de là dans le voisinage de Newstead , qu'elle avait loué pendant son absence à lord Grey de Ruthen. Là , Byron se prit de passion pour une seconde Marie , miss Maria Chaworth, de la famille de cet ancien ennemi qu'avait tué jadis le vieux lord, dont il était lui-même héritier. L'imagination de Byron n'était nullement attristée par ce souvenir ; et il paraît avoir passé quelques jours heureux dans la famille de cette jeune lille, qui, belle, spirituelle, plus Agée que lui de deux ans, s'amusait et ne se troublait pas de la passion d'un écolier. A seize ans, il lit pour elle des vers, qui ne sont pas sans grâce. Elle se maria bientôt. Byron se crut dédaigné, et souffrit plus d'orgueil que d'amour. Son infirmité l'humiliait, quoique sa taille fin noble, et que son visage cilt pris une expression de beauté dont il était fier. Après quatre ans de séjour à l'école de Harrow, où il avait peu régulièrement étudié, mais beaucoup lu, rêvé, disputé, il entra , au mois d'octobre 1805 , à l'université de Cambridge , ponr compléter le cours d'une éducation anglaise. Il allait de là passer les vacances chez sa mère à Soulhwell , où il trouvait quelques sociétés spirituelles et une bibliothèque dont il profita beaucoup. Son caractère impétueux commençait à se heurter vivement contre celui de sa mère. C'étaient souvent d'incroyables violences, d'améres ironies et de noirs soupçons dans deux imaginations également irritables. Un jour, après une vive querelle, la mère et le fils allèrent, cliacun de son côté , chez le pharmacien de la ville , pour l'avertir de ne pas donner de poison à l'autre ; tant ils craignaient de s'être blessés mutuellement jusqu'au désespoir! Las de cette vie, et épris d'un goût très-vif pour l'indépendance, Byron à dix-sept ans s'enfuit de chez sa mère dont il raille impitoyablement dans ses lettres à un ami la colère et la douleur. Sa mère désolée le suivit à Londres, et ne put d'abord le ramener. Après une folle course de quelques semaines, le jeune lord revint cependant à Soulhwell, et y passa deux mois, jouant la comédie sur un théâtre de société, et composant des vers. Il en avait déjà un petit volume, qu'il faisait secrètement imprimer dans le voisinage, à Newark. Il parait que, dans ce premier essai , l'imitation mal choisie de quelques poètes à la mode, et l'habitude

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précoce du plaisir avaient fort multiplié les images licencieuses. Un homme d'esprit que Byron avait rencontré dans les sociétés de Southwell lui fit honte de ce mauvais goût; et l'édition tout entière fut brûlée par le jeune poêle, qui s'occupa bien vite d'en préparer une seconde plus irréprochable, mais dont la publicité fut encore bornée à quelques amis. Byron avait atteint dix-neuf ans. Il était beau, riche, maître de ses actions, passionné pour le plaisir, et connaissant déjà l'ennui de la satiété. Froid et dur pour sa mère, ayant perdu par la mort deux amis, les seuls êtres qu'il ait aimés, dit-il, excepté les femmes, il écrivait dès lors : « Je suis un animal soli- « taire, et si parfaitement cosmopolite , qu'il m'est « indifférent de passer ma vie dans la Grande-Bre- « tagne ou le Kamtsclwlka. » L'idée de la gloire le flattait cependant : il songeait à la postérité ; i! ambitionnait la vie de Fox, ou la mort de Châtain, et composait force vers, pour épancher son âme et se rendre célèbre. En 1806, il les réunit dans un volume, sous ce titre : « Heurt» d'oitivtté, suites de « poèmes originaux ou traduits, par George Gor- « don, lord Byron, mineur. j> Ce début d'un homme qui devait être si célèbre resta d'abord très-obscur. Le jeune poêle avait repris ses études, ou plutôt son séjour à Cambridge, où il conduisait ses chevaux, ses chiens, et même un ours, dont il s'était affolé, et qu'il voulait, disait-il, faire recevoir agrégé. Il menait la vie désordonnée des riches étudiants, buvait, jouait, et s'échappait souvent vers Londres, pour y faire de plus grandes parties, et pour guetter, dans les boutiques des libraires, le succès de son livre. Nageur, boxeur, occupé de fantaisies bizarres, il écrivait une partie des nuits, lisait beaucoup et raisonnait avec de jeunes camarades, spirituels et fous comme lui. Son esprit mobile et curieux avait déjà touché à toutes les questions philosophiques et religieuses; et le jeune poète n'avait guère moins de scepticisme dans ses opinions que de liberté dans ses mœurs. 11 avait fait pour quelques mille livres sterling de dettes, mais il comptait sur Ncwstead, et sur la baronnie de Rochdalc, qui devait lui revenir à sa majorité. Avant celte époque , il s'établit à Ncwstead, que lord Ruthcn avait quitté. Il y faisait de folles orgies , en robe de moine, ainsi que ses amis, et se laissait appeler Vabbi. De là, il retournait à Cambridge , à Brighton, et se faisait suivre dans ses courses par une jeune fille habillée en homme, semblable, à l'idéal près, au page de Lara. Dans cette vie assez commune, où le jeune lord mettait seulement un peu d'ostentation de folie, se mêlait aussi un grand fonds de tristesse et de mauvaise humeur. Aux soupers de Newstead circulait une large coupe formée d'un crâne que Byron avait déterré dans la vieille abbaye, et fait ciseler avec art. On y buvait, en bonffonnant ; on jouait, dans le vestibule du sombre manoir, quelque tragédie bien sanglante d'Young. Puis, aux amis d'étude, se mêlaient des maîtres boxeurs, et d'autres sociétés moins nobles encore. Toute cette vie ne donnait à Byron ni satisfaction de lui-même ni estime uour les autres II

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se piquait déjà de cette misanthropie dédaigneuse, qui n'est qu'un grand fonds d'égoîsme mécontent. ■ Il affectait de n'aimer guère que son chien et son vieux domestique , qu'il mettait à peu près au même rang. Quand le premier mourut de la rage, il écrivait : « J'ai tout perdu, excepté le vieux Murray. » Cependant le jeune poète fut tiré de son ennui par une vive piqûre. La Revue d'Edimbourg parla des Heure» d'oitivelé avec une ironie médiocrement spirituelle, mais fort dédaigneuse. Byron irrité trouva son vrai génie. Aux imitations un peu froides, à l'élégance maniérée , aux réminiscences ottianique» deson premier essai, il fit succéder une œuvre sienne, une œuvre d'orgueil blessé et de rancune amère, torrent de verve colérique et poétique. Byron vint à Londres, pour publier sa pièce des Poêle» anglai» et de» Critique» écottaU, et, tout en l'imprimant, il y jetait ce que l'accident du jour et l'bumcur du moment ajoutaient à la première inspiration. Avant vingt et un ans révolus, il était alors occupé de sa réception à la chambre des lords, et fort impatient de quelques lenteurs préalables. Byron, malgré son orgueil de race, était, par la mauvaise renommée de son père, l'ancien isolement de son oncle, la vie provinciale de sa mère, un étranger dans la noblesse anglaise. Ses obscures sociétés d'étude ou de plaisirs l'en éloignaient encore plus. Lord Carliste, son tuteur, ne daignait lui marquer aucun intérêt ; et à sa majorité, le jeune lord vint prendre séance à la chambre, sans un introducteur, sans un ami pour l'accueillir. Reçu par les huissiers, il prêta serment le 13 mars 1809, répondit sèchement à quelques bienveillantes paroles du chancelier, lord Eldon, s'assit un moment sur le banc de l'opposition, et sortit, fier et humilié tout ensemble. Quelques jours après, sa satire parut ; et le noble tuteur du jeune lord y recevait quelques amers sarcasmes. Personne au reste n'était ménagé. Si les critiques d'Edimbourg étaient l'occasion et le premier objet de l'attaque, chemin faisant, le poète frappait avec une franchise de jeune homme sur Anglais et Ecossais, torys et wighs, patrons et protégés, poêles indépendants ou poêles pensionnaires, tout cela dans un vers correct, précis, plein de feu. C'était presque la poésie et la rancune de Pope. L'auvragc fit grand bruit. Pressé de quitter l'Angleterre, Byron y laissait déjà l'opinion qu'un poêle était né. C'était, à vrai dire, et malgré les flatteries de la critique contemporaine, toujours plus grande que ses injustices, ce qui manquait à l'Angleterre. Dans l'orgueil de sa civilisation , de sa force , de sa lutte contre la France, ce pays, occupé tout de politique et de guerre , n'avait pas encore reçu dans les arts l'action ou le contre-coup de la révolution qui depuis vingt ans ébranlait l'Europe. Aucun génie original et neuf ne s'était levé sur son horizon. Elle avait, en vers, de pieux moralistes, prosaïques par la bassesse et l'uniformité des détails, poètes quelquefois |«r la pureté du sentiment inoral et l'élan momentané vers le ciel. Elle avait Crabbe, dont la vie pauvre, errante, rebutée, fut tout à coup éclairée par le rayon d'une vive ««dresse, et par

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une flamme de génie, que l'on vit «'éteindre sur la i tombe de celle qu'il avait aimée. (Voy. Cn abbe.) Elle avait eu Cowpcr, dont l'inspiration , tardive et capricieuse, avait, pour ainsi dire, fermenté, durant un long intervalle de souffrance et de folie où sommeillait son âme; homme singulier plutôt que grand poète ; espèce de génie valétudinaire , qui prête à de curieuses ex|>ériences sur les maladies de la pensée, plutôt qu'il n'en fait admirer la grandeur et la force. (Yoy. Cowper.) Elle avait des métaphysiciens, raisonneurs sans invention, mélanco- .iqnes sans passion, qui, dans l'éternelle rêverie d'une vie étroite et peu agitée, n'avaient produit que des singularités sans puissance sur l'imagination des autres hommes. Tel était Woodsworth, et le subtil et touchant Colcridgc. Près d'eux se groupait la foule des poètes descriptifs, des peintres de lacs et de montagnes ; mais rien n'était moins nouveau, après Thomson, et tout ce qu'avaient décrit l'Allemagne et la France. L'Angleterre avait encore la première gloire et la première imagination de Waltcr Scott, non cette imagination inventive et fidèle , dramatique et morale, qu'il a prodiguée dans ses beaux romans, mais une autre imaginative érudile et laborieuse, qu'il faisait servir à la poésie, et qui ne surlit pas au poète. Avec elle, dans des vers négligés, il amassait mille curieux détails de mœurs chevaleresques et de gothiques peintures , et exploitait, cn antiquaire, les temps de superstition et de féerie, à peu près comme la poésie grecque d'Alexandrie, dans son ingénieuse décadence, recherchait les plus curieux souvenirs et les plus rares anecdotes de cette mythologie grecque qu'elle ne croyait plus. L'Angleterre enfin venait de perdre de grands orateurs, dont la parole était égale aux luttes de la vie |Hilitique. Mais, dans la partie la plus élevée des lettres; dans l'imagination et la poésie, le nouvel âge britannique n'avait encore produit aucune de ces œuvres qui représentent une é|>oque et l'immortalisent, aucun de ces génies puissants et vrais qui ont le double caractère d'uue pensée nationale, qui résument les idées de leur temps, en y donnant une expression sublime. L'Angleterre du 19* siècle n'avait rien produit d'original et de grand, comme René, le Génie du Christianisme, Us Martyrs, elle attendait son poêle. C'est à cette gloire que parut dès lors réservé Byron. Les juges les plus habiles remarquèrent celte verve soutenue , celte vigueur et cette précision de langage, ce facile et naturel usage de la langue de Pope, avec des impressions si personnelles cl si vives. Mais ce n'était pas dans une colère d'amour-propre blessé, dans une représaillc littéraire que ce génie devait se renfermer. Byron, pendant qu'on s'indignait, ou qu'on riait de son oulrageuse satire, partait pour sa tournée d'Europe et d'Asie, en disant adieu à l'Angleterre par des stances mélancoliques, où il se plaint d'aimer sans cs|K>ir, et d'être seul dans la vie; et il venait, écritil dans une lettre à la même date, de licencier son harem. Quoi qu'il cn fut, a cet égard, de l'idéal ou de la réalité, Byron ayant écrit son testament, et assuré le son de sa mère, mit a la voile, de FaJ.

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I moulh, le 2 juillet 1809, avec l'impatiente curiosité d'un jeune homme qui se lance dans la vie. Il avait pour com])agnon de voyage un autre jeune homme plein d'ardeur pour les lettres, et qui, depuis, s'est fait un nom dans la politique, M. Hobhousc. Le paquebot, cn quatre jours, les porta sous le beau ciel de Lisbonne ; Byron traversa, cn courant, le Portugal, une partie de l'Espagne, Séville, Cadix, toucha Gibraltar, Malte, sans autre aventure que quelques commencements d'amours et un duel ébauché ; puis il repartit de là pour l'Albanie, sauvage entrée de l'Orient. H passa en vue de la bourgade, alors ignorée, de Missolonghi , et vint descendre à Prévésa. Il cn partit aussitôt pour Janina, sous le sauf-conduit du nom anglais. Reçu et défrayé par les ordres du vizir absent , il alla, sur les chevaux d'Ali, lo chercher à Telielen , sa maison de plaisance , et son lieu natal. Ali lui fit un grand accueil , comme à un noble seigneur, loua ses cheveux bouclés, ses mains petites et délicates, lui envoya, plusieurs fois par jour, des sorbets et des fruits, et enfin lui donna une garde choisie pour se rendre à Patras et dans la Moréc, où commandait son IIU aîné. C'est dans cette route que , séparé des siens, égaré par une nuit d'orage, où la pluie et l'ouragan battaient avec violence, au milieu de la confusion et de l'effroi, il rôva, s'appuyant contre un rocher, ses plus gracieux vers d'amour, cn contraste avec la tempête et l'horreur qui l'entouraient. De là Byron, revenu à Prévésa, s'étant fait donner par le gouverneur turc une escorte d'Albanais, parcourut les bois et la côte sauvage de l'Acarnam, s'arrêta quchwcs jours à Missolonghi, qu'il devait revoir, traversa la Moréc, et vint passer l'hiver à Athènes. Ses impres* sions de voyages étaient excitées par le charme des sites et du climat, bien plus que par les traditions de l'étudo. 11 cherchait et adorait la Grèce, non dans ses ruines savantes et dans ses arts, mais dans l'éclat de son soleil et l'azur de son horizon. Cette poésie sensible des lieux dominait en lui celle des souvenirs ; ou parfois, les mêlant toutes deux dans ses vers, il avive et rajeunit l'antiquité par les grâces toujours présentes de la nature. Dans Athènes, cependant, Byron s'occupa de visiter les précieux monuments encore debout que lord Elgin et la guêtre ont plus tard dispersés ou détruits. Logé chez la veuve d'un consul anglais, dans une petite maison qu'on a visitée depuis, comme un des souvenirs d'Athènes, il y rêva quelques beaux vers de description et d'amour. Il cn partit au printemps pour Smyrnc ; et , après avoir exploré la Troade, toucha Constantinople, où le grand événement de son séjour fut de traverser l'Ilcllespont à la nage, et de vérifier par son exemple l'histoire poétique de Héro et Léandrc. Il en repartit au mois de juillet, avec M. Hobhousc, sur le vaisseau qui ramenait l'ambassadeur anglais ; et, s'étant fait débarquer à l'Ile de Zéa, il revint passer l'hiver a Athènes et en Moréc. Il y vit le célèbre voyageur Bruce, cl une personne dont l'esprit original devina son génie, lady Esthcr, qui, dégoûtée de l'Angleterre depuis la nwrt de son wiciu Piu, éwigroit v«rs l'Orient,

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et (t'acheminait à sa royauté du désert. Byron eut quoique tentation de s'expatrier comme elle. Il songeait à s'établir dam l'Archipel, «près avoir vendu Bon lier de Ncwstead, le seul lien qu'il eût arec sa patrie, écrivait-il à sa mère. En attendant, il voulait visiter l'iîgypte. Puis, tout à coup, par ennui de son voyage, il se rembarqua pour l'Angleterre. Si jenno encore, Dyron revenait sans être corrigé ni changé. Mais son tempérament poétique s'était fortifié dans cette course de deux années. Son imagination s'était haléo au soleil d'Orient. En même temps quo ce jeune Anglais, é la taille élégante et frêle, et aux traits délicats, avait pris quelque chose de plus nerveux et do plus coloré, sa pensée s'était empreinte do réflexion et de force. Le progrés parait immense des premiers vers de Dvron à ceux qu'il rapportait de son voyage, cl on eût dit que, par un développement hâtif, son esprit avait atteint déjà toute sa croissance et toute sa vigueur. La poésie do Dyron n'a rien produit de plus fort et de plus pur que les deux premiers chants du Pèlerinage de Ckilde ïlarold. Il avait cependant à son arrivée peu de confiance dans ses vers, rapidement ébauchés au milieu des émotions du voyage; et il fut d'abord distrait du soin de les publier par une perte qu'il sentit avec force. Sa mére, tombée malade, pendant qu'il s'arrêtait à tandres, lut fut enlevée, avant qu'il pût la revoir. Il arriva pour l'ensevelir à Newstead, oh, peu de jours après, il fut frappé d'une autre douleur, par la mort du plus remarquable de ses compagnons d'études, le jeune Mathews, qu'il parait avoir tendrement aimé. Dyron sortit de cet accablement de tristesse pour la vie brillante de Londres , dans laquelle il commençait a être admis et recherché. Il |>arut à la chambre des lords, et fit un discours éloquent et populaire contre les dispositions rigoureuses appliquées aux émeutes d'ouvriers. Enfin il publia Childe Harold. L'enthousiasme fut universel ; et le jeune lord, salué irrand poète, entouré d'un prestige romanesque et d'une gloire sérieuse, jouit quelque temps de l'enivrement de la laveur publique. Quelques stances du poème, qui, en rappelant les égarements du Jeune Harold, semblaient une confession de l'auteur, donnaient, il est vrai, aux esprits sévères des armes contre Dyron ; mais l'éclat du talent avait tout effacé. Ce n'est pas cependant que cet ouvrage n'offrit un des caractères qui marquent la décadence du goût et du génie, le défaut de composition. On peut remarquer qu'il n'y a pas plus d'art dans Childe Harold que dans Y Itinéraire de Rutilius, monument curieux et parfois éclatant du dernier Age des lettres romaine». C'est également un homme qui, sans ordre cl sans but, se rappelle l'impression des lieux, et tour û tour décrit et déclame, il y a même ce rapport entre les deux voyages, que tous deux se font à travers des ruines, dans un temps de révolution pour les croyances et |>our les empires. Le Gaulois du 5f siècle voit avec douleur s'écrouler le paganisme devant la foi nouvelle sortie de la Judée, et qui, déjà mal tresse à nome, peuple de monastères les Iles désertes de l'Italie. L'Anglais du 19» siècle croit

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voir tomber, en Espagne et en Portugal , les derniers asiles du christianisme romain. Comme Rutllins, il rencontre partout les vestiges de l'invasion et de la guerre. Napoléon est pour lui le nouvel Alaric, qui laisse partout sa trace mir le monde ravagé. Mais ce parallèle ne donna qu'une faible Idée des couleurs dont Byron a peint ses souvenirs. La poésie descriptive , cette décadence de l'art, est ordinairement froide et dénuée de passions. Byron mêle à tout ce qu'il décrit son àme ardente et capricieuse. Tour A tour enthousiaste ou satirique, les lieux ne sont pour lui qu'un texte de sentiments ou d'idées ; et le paysage est animé par la physionomie de son héros, ou plutôt par la sienne, par sa passion, par son caprice, ]>ar les vives émotions et les ardents dégoûts qu'il porte sur toutes choses. Quelques pages incomparables de René avaient, il est vrai, épuisé ce caractère politique. Je ne sais si Dyron les imitait on les renouvelait de génie. Mais ses propres impressions, sa vue passionnée de la nature, son enivrement de la lumière et du ciel d'Orient, jettent dans ses jointures un charme original. On avait lu les vers élégants d'un autre Anglais sur les Iles d'Ionic ; mais tout cela fut nouveau dans les vers de Dyron. Au milieu de ce succès, pour accroître la curiosité sur lui-même, il détacha de ses souvenirs de voyage non plus une description, mais un récit, une histoire touchante qu'il publia toute mutilée et entrecoupée de lacunes, qui semblaient des réticences. Cette histoire lui rappelait-elle quelque jeune fille turque sacrifiée à 1*6goîsmc de ses plaisirs, ou sauvée par son courage? il n'impoitr : le poème du Uiaour est admirable, malgré cette affectation de mystère qui en détruit la simplicité. Le moment où Dyron intéressait si vivement par des vers la curiosité de ses compatriotes semblait pourtant peu fait pour admettre une telle préoccupation. C'était la dernière crise de la grande guerre, le |>éril de l'Angleterre attaquée par Napoléon jusqu'au fond de la Russie, et la catastrophe qui changea le sort du monde. Londres était dans une grande attente. Tous les esprits étaient fixés sur Moscou, sur la Dérézina, sur Dresde, et ces terribles secousses que le géant près de tomber donnait à rEurojie. C'est au milieu de pensées si graves que le génie du poêle se lit jour, et fixa l'admiration. Lui-même, on doit l'avouer, prenait peu de part à ce grand speclaclc. C'est par là qu'il se montrait jeune homme, n'étant occupé que de vers, de vanité d'auteur, et de plaisirs sans amour. Childe Harold et le Giaour respiraient toute la poésie de la Grèce moderne. Dyron revint à ce théine favori dans la Fiancée d'Abydot et le Corsaire. Le Corsaire, c'est l'idéal de ces Klephtes de nier, dont le nom retentissait dans les Cycladcs, avant que l'Europe connût Canaris. Seulement à cette vie d'aventurcs, à celte joie d'une liberté sauvage qu'il avait a décrire, Dyron a trop mêlé, d'après lui-même, une sorte de mélancolie rêveuse et de tristesse hautaine qui tient au dégoût de la vie sociale. Comme ils'éiait fait deviner dans Childe Harold , il s'est peint dans Conrad , auquel il donne ses traits. Va\t

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de son visage, et jusqu'à ses habitudes de diète austère et de froid silence. Mais cela même ajoutait au charme du récit et à l'engouement public. Critiques et poètes contemporains avouaient également la supériorité de Byron. Moore, Rogcrs étaient ses premiers, admirateurs ; et le chantre de Marmion et de la Dame du Use, jusque-là si populaire, sentant bien qu'il ne pouvait lutter contre celte riche et neuve poésie, se réduisait au roman pour sa gloire et notre plaisir. Cependant Byron, enivré de louanges et de succès faciles, ennuyé de tout et mécontent de sa fortune trop médiocre pour son rang et ses goûts, songea sérieusement à se marier. La jeune personne qu'il rechercha dans une noble maison avait un esprit rare autant que cultivé. Elle fut attirée par la gloire de Byron, malgré tout ce qui s'y mêlait de scandale et de frivolité aux yeux d'une pieuse famille. Belle, savante et prude, miss Milbanks se flatta de fixer Byron et de le corriger par l'amour. On sait combien cette union fut courte et troublée. Après un an de mariage, lady Byron avait mis au monde une fille. Mais peu de temps après elle se retira chez son père et ne voulut plus revoir son époux. La persévérance de ses refus et la discrétion de ses plaintes accusent également Byron, qui, n'eùt-il pas eu d'autres torts, appelait sur lui la malignité des oisifs par sa folle colère, et qui lit plus tard la faute impardonnable de tourner en ridicule celle qui portait son nom. Alors il fut frappé d'un de ces retours cruels qui suivent la faveur publique. Sa dissipation, sa fortune dérangée, ses caprices et ses mauies bizarres firent accuser son cu-ur et sa raison. Le grand monde rut impitoyable dans ses scrupules, et la foule même les partagea. Ce nom glorieux de Byron fut couvert de huées, et son souvenir fit siffler au théâtre une actrice célèbre, soupçonnée d'être complice d'une des infidélités du poète. Byron avait dès longtemps blessé le parti tory, plus triomphant que jamais. L'état du. monde |>olilique amenait alors en Angleterre une reprise de cette gravité morale qui s'irrite contre la licence des opinions et de la conduite. Torys et méthodistes, hommes graves et gens à Is mode, grands seigneurs et journalistes, tout se réunit pour accabler Byron et donner gain de cause à la famille respectée qui se séparait de lui. Ce fut en 1816 que Byron quitta sa patrie pour ne plus la revoir, et qu'il s'exila sur le continent, rouvert aux Anglais par la disparition de l'empire. Sa première course fut en Belgique, où il visita le champ funeste de Waterloo avec une émotion mêlée d'orgueil et de douleur. De là il vint passer quelques mois à Genève et à Lausanne. Réuni à son ancien compagnon de voyage Ilobliouse, il gravit avec lui les plus âpres glaciers des Alpes, où la nature lui offrait un ordre de beautés nouveau, après l'Orient et l'Albanie. Aux bords du lac de Genève il chercha surtout la trace des lieux qu'avait nommés Rousseau, songea peu à Feniey, dont il devait invoquer un jour le sardonique génie, et trouva dans Coppct, près de madame de Staël, cet accueil qui flatte et console un orur blessé par la disgrâce du monde. A Genève il évitait ses compatriotes,

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hormis un seul, frappé comme lui d'une sorte d'a-

nathème, Shelley, ce poète rêveur et matérialiste qui, par l'allégorie transparente et les notes clairement impies de sa Reine Mab, avait soulevé l'indignation des hommes religieux de l'Angleterre. Byron se prit de goût pour la conversation originale et savante de Shelley, dont il admirait les ouvrages, lis se voyaient tous les jours. Courses aventureuses sur le lac, hardis entretiens de métaphysique, confidences antisociales entre deux âmes également froissées, et, chaque sou-, longues veillées où les poètes sceptiques et leurs amis se troublaient à plaisir l'imagination par des contes de revenants, et croyaient au diable, en doutant de Dieu, telle fut la nouvelle étude de poésie que fit Byron dans la société de Shelley et de sa jeune é|>ouse, tille de Godwin, et pénétrée des mêmes principes que son père et son mari. Esprit logiquement faux, de la race des Spinosa, Shelley, jacobin de méditation, était arrivé, par l'athéisme, aux dernières conséquences des anciens nivcleurs, 1 absolue' démocratie, le partage des propriétés, la communauté des femmes. Trop sage et trop peu mûr pour être le guide de personne, on ne peut douter cependant qu'il n'ait eu, par l'opiniâtreté de ses idées, une fâcheuse influence sur l'esprit de Byron, et qu'il n'ait contribué à fortifier cette teinte nusanthropique et amére répandue dans ses écrits. Un autre Anglais, Lewis, vint mêler à ces entreliens sa fantasque imagination et sa littérature de sorcellerie. Fort instruit dans la poésie allemande, il traduisit de vive voix à Byron les plus étonnants passages du Fouit de GoëUie. Le jeune poète recueillait avidement , pour reproduire aussitôt, selon l'instinct de sa courte et hâtive destinée. Il avait repris, en courant, son Odyssée de Childe Harold, et y lixait en beaux vers tout ce qui frappait ses yeux, depuis la plaine de Waterloo jusqu'aux bosquets de Clarens. Les ruines d'un vieux château sur les bords du lac lui inspiraient le prisonnier de Chillon. Au sortir d'une rêverie misanthropique de Shelley, il décrivait, avec une illusion de terreur croissante, la nuit finale de l'univers. Enfin, eu écoutant Lewis, il commençait son drame de Manfred. C'est de ce singulier ouvrage qu'il aurait dû dire ce qu'il a confessé seulement du troisième chant de Childe Haroid : « J'étais « à demi fou quand je le composai, entre la méta- « physique, les montagnes, les lacs, un désir inex- « tinguible, une souffrance inexprimable, et le eau- « chemar de mes propres égarements. » On y sent, en effet, au plus liaut degré, les tourments de l'âme et la plaie du remords : c'est la vérité de ce drame, d'ailleurs tout fantastique. Goêthe en fut si frappé, qu'adoptant une calomnie populaire, il sup|>osa son imitateur inspiré par une expérience personnelle de crime et de souffrance morale. A ce sujet, dans un article littéraire sur Manfred, il assura gravement qu'à Florence, une jeune dame aimée de Byron avait été poignardée par son mari, et que, dans la même nuit, le mari avait été tué par une main facile à deviner; que de là venaient la mélancolie et les sombres couleurs du peintre de Manfred. Étrange va-

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nité dn poète allemand, qui n'admettait pas qn'en bit de crime on ait pu ajouter à ses propres inventions autre chose que la réalité ! Heureusement cette explication est démentie par les faits. Byron, sous l'inspiration des Alpes et de Faust, avait en partie composé Manfred avant de voir l'Italie , et il ne put Caire de victimes à Florence, où il ne s'arrêta qu'un seul jour. 11 faut en convenir même, ses aventures en Italie n'eurent rien de tragique et qui rappelât les vengeances de l'ancienne jalousie. Byron ayant traversé Milan, à la lin de 1816, vint se plonger dans les faciles voluptés de Venise. La première année qu'il y passa, emporté par une frénésie de plaisir et de frivolité, ne fut cependant pas perdue tout entière pour le travail. Là il acheva Manfred, esquissa le quatrième citant de Childe Harold, tout rempli des souvenirs de Venise, dont l'aspect désolé lui inspirait une ode sublime, et trouva le beau sujet de Falùro, le seul de ses drames où la conception et les caractères décèlent quelque veine de génie tragique. A ses inspirations il mêlait même de sévères études. Chaque matin, après les fatigues d'une nuit vénitienne, il conduisait, en ramant luimême, sa gondole vers un Ilot voisin de Venise, où est bâti le monastère arménien de St-Lazare, et passait quelques heures avec le P. Pascliali et d'autres savants religieux, a déchiffrer la langue arménienne, se servant de cette âpre et difficile étude pour dompter les agitations de son âme, comme autrefois St. Jérôme, tourmenté de passions, s'était donné pour régime l'étude de l'hébreu. Il encourageait ainsi les recherches qui conduisirent les bons pères à la précieuse découverte d'un fragment d'Eusèbe. Il les aidait dans la composition d'une grammaire anglo-arménienne, et traduisait sous leur dictée, d'après une version arménienne, deux l l itres de St. Paul aux Corinthiens, douteuses, mais antiques. Cette étude et surtout quelques extraits cosmogoniques de Moïse de Chosroène ramenaient l'imagination du jeune poète à ces problèmes religieux dont son scepticisme était souvent agité, et qui lui ont inspiré le mystère de Catn. Car tout devenait substance de poésie pour Byron, depuis ses plus sévères études jusqu'à ses folles débauches. Dans la fougue d'un carnaval de Venise, ce jeune extravagant d'Anglais, comme l'appelaient les gondoliers, au milieu des courses, des amours, des querelles, forgeait son inimitable talent.

Très ignis torti radios, très alitis austri Miscebant operl, nammisque seqnacibus Iras.

La vie dissolue de Byron à Venise était citée par les voyageurs , et les récils peut-être exagérés qu'on en reportait à Londres servirent à ranimer dans la haute société l'indignation, sincère ou prude, dont le jeune lord était l'objet, et qu'il bravait, en la subissant avec douleur. Mécontent de tout le monde, il n'avait gardé que peu de relations avec son pays. En lisant ses lettres pleines de verve et d'esprit, on s'étonne du cercle étroit de sa correspondance. Il n'écrit guère qu'à M. Moore, son invariable admirateur, et au libraire Murray, qo'il traite avec une

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hauteur tant soit peu féodale, en lui vendant fort cher ses vers nouveaux. Le seul souvenir qui mêle quelque émotion douce à l'habituelle ironie et à la liberté cynique ou haineuse de ses lettres, c'est son amitié pour sa sœur Augusta Leigh, et sa reconnaissance pour le généreux témoignage que Waltcr Scott rendait publiquement à son génie. Du reste, au milieu de ses amusements de Venise et de la vie damnée, dont il se vante, on sent un ennui profond et un amer découragement. Ces accès de spleen ont jeté d'admirables teintes de |>oésic sur le quaU'iéme chant de Childe-Harold ; et cette frénésie de plaisirs a inspiré Don Juan, ouvrage qui semble réunir deux époques du génie de Voltaire, le coloris de sa plus vive et plus fraîche poésie, et le malin cynisme de sa vieillesse. Ce séjour à Venise n'avait été interrompu que par une rapide excursion vers Rome; et le poêle était venu reprendre ses vulgaires plaisirs, lorsqu'il en fut tiré |>ar une séduction plus noble, qui tint une grande place dans le reste de sa vie. Les faiblesses des écrivains célèbres étant de nos jours aussi connues que leurs ouvrages, et formant une partie, en quelque sorte, officielle de leur vie littéraire, tout lecteur de Byron connaît la comtesse Guiccioli. C'est à Venise que le poète anglais vit pour la première fois la belle et spirituelle Italienne, et la charma par les mille enchantements dont il était environné. De Venise où il passait, il la suivit à Ravenne, son séjour, l'y retrouva malade, et, accueilli fort imprudemment par le comte Guiccioli, après avoir vécu quelque temps prés d'elle, par une tolérance plus singulière, il obtint de la ramener sous sa garde à Venise, pour consulter les médecins. De là il la conduisit dans une maison de campagne qu'il avait louée près de Padouc, la séparant ainsi publiquement de son mari, au grand et tardif scandale des mœurs italiennes, qui ne s'étaient pas offensées des autres libertés de Byron. Il reçut dans cette retraite la visite de son ami T. Moore, et revenant avec un témoin de sa jeunesse sur quelques événements de sa vie, ce fut alors qu'il lui remit en partie ses Mémoires, pour être publiés après sa mort. Les jours de Byron, jusqu'à la fin glorieuse qui devait les terminer, se traînèrent dans le cercle de son nouveau lien et dans les stériles agitations de la vie italienne. Il voulut retourner à Londres, revint à Ravenne près des deux époux un moment réunis; et, quand le pape eut prononcé leur séparation, il se dévoua sans réserve à la comtesse, dont le père, le comte Gamba, persécuté comme carbonaro, ferma les yeux sur un attachement qui donnait un défenseur de plus à sa cause. En effet, Byron, qui avait espéré la république en 181 S, et mêlait à ses préjugés nobiliaires une grande haine contre les gouvernements de l'Europe, saisit avec ardeur tous les projets d'émancipation italienne. Sa prophétie du Dante, inspirée au lieu même où le poêle toscan avait vécu proscrit, était un premier et sublime gage de ses vœux pour la liberté de l'Italie. Byron fit plus : il entra dans les associations secrètes formées en Romagne, donna de l'argent, acheta des armes , et il attendait

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avec impatience un mouvement qui, suspendu, mal concerté, trahi, échoua par l'invasion autrichienne et l'inconcevable faiblesse des Napolitains. Ce beau rêve l'occupa de 1819 à 1821, et le préparait pour un auue dévouement qui fut plus célèbre et plus utile. Au milieu de ces soins de politique et d'amour, Byron n'avait pas cessé d'écrire et de cultiver, par la réflexion et l'élude, ce grand talent poétique qui était au fond le premier intérêt de sa vie. 11 s'était rendu maître de la langue et do la littérature italiennes, et se promettait même de composer quelque jour un grand poème dans cet idiome qu'il aimait. Lu atteudant, malgré les conseils de ses amis, il continuait Don Juan et espérait bien promener par toute l'Europe les fantaisies licencieuses de son héros. 11 s'occupait en même temps d'une controverse toute classique, pour défendre la gloire de Pope contre la littérature nouvelle de l'Angleterre. Telles étaient encore les préoccupations, mêlées à ses projets d'affranchissement et de guerre, pendant que les troupes autrichiennes approchaient des États romains, et que les carbonari venaient cacher leurs armes dans sa maison. Le journal de ses pensées, qu'il écrivait alors, est rempli do généreux sentiments et de minuties puériles, avec un grand fonds de scepticisme sur la liberté comme sur le reste. L'insurrection du la Roinagne ayant manqué, les exils et les proscriptions commencèrent. Byron s*e vit arracher ses amis et la famille à laquelle il était aftilié par un lien d'amour et de parti. Le nom anglais le protégea seul lui-même et lui permit de prolonger son séjour à Ravcune. 11 y revit Shelley, qui, par ses éloges, l'animait à continuer Don Juan, dunt les premiers chants, publiés à Londres, n'obtenaient qu'uu succès irritant et contesté. Il songeait dès lors à passer dans la Grèce, où venait d'éclater un soulèvement de religion et do liberté, plus sérieux que l'insurrection libérale de ISaples. Mais l'ai tacitement pour la femme qui lui avait tout sacrilié prévalait encore , et il vint la rejoindre à I'isc. Cette vie errante et inquiète n'était rieu à son travail de poète : tout y servait en lui, lectures savantes et nouvelles du jour, complots politiques et chagrins de famille. Tout ce qui frappait sa pensée ou agitait sa vie devenait dans ses mains matière de poésie. Sous l'impression des découvertes antédiluviennes de Cuvier et des arguments manichéens de Shelley, il avait composé son mystère de Caïn. Lue annonce de journal sur la réception de George IV eu Irlande lui inspirait la plus virulente satire; et malgré son dédain pour les querelles politiques de son pays, il s'y jetait tout à coup avec l'api ele d'un li bel liste . Celte irritabilité extrême, universelle, maladive, prait avoir fait, en grande jarlie, le talent de Byron. I Ile le livrait aux impressions les plus diverses ; et ce caractère si fanlusquo fut ajujours plus ou moins dominé par ceux qui l'approchaient. Dans la dernière année de sou séjour eu Italie, il revit avec une grande effusiou de tendresse un noble Anglais, son ancien compagnon d'études, dont l'amitié calma linquietudo de ses esprits, et il fut visite uar un des hu.uu.es les pluses-

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urnes en Angleterre, Rogers, aussi grave, aussi sage dans sa vie et dans ses opinions quo dans sa poésie. Mais il n'en était pas moins obsédé |«r les noirs fantômes de la métaphysique de Shelley ; et il se laissait entraîner par lui dans un projet d'association littéraire avec un écrivain radical, dont il goûtait aussi peu le caractère que lo talent. Byron venait d'achever un nouveau mystère, l« CUl et la Terr», lorsqu'il apprit qu'à Londres son drame de Coin attirail une poursuite légale au libraire Murray, qui subit pour l'auteur quelques mois de prison. Cette sévérité aigrit l'amertume de byron contre des croyances auxquelles il semblait quelquefois ramené par l'imagination, comme s'en plaignait l'incrédule Shelley. 11 reprit le poème de lion Juan, son amie de guerre contre la société ; et, tout en respectant davantage les mœurs par égard pour la femme qu'il aimait, il redoubla de scepticisme et d'amertume politique. Deux pertes cruelles, dont l'une semblait un avertissement funèbre, vinrent se mêler à ce travail, et non l'en distraire. Une fille naturelle qu'il élevait avec tendresse , et comme un dédommagement de l'absence de sa chère Ada, lui fut enlevée par la mort. Son ami Sbelley, à l'âge de 88 ans, périt presque sous ses yeux avec un autre Anglais, dans une promenade ùe mer sur le golfe de la Spezzia. Byron, aidé du capitaine Medwi n et de quelques autres, vint recueillir les deux corps naufragés ; et se complaisant à une sorte de cérémonie païenne, il les brûla sur le rivage avec le sel et l'encens, et ne garda que le cwur de Shelley qui n'avait pu être consumé. On ne peut dire, en lisant ses lettres, que sa douleur paraisse bien vive, et qu'il n'ait pas été plus frappé du spectacle sauvage el poétique de ce buclier allumé par ses mains, qu'il n'était attendri sur la lin prématurée de Shelley, et sur cette mort semblable à sa vie, sans consolation et sans culte :

Juvat igoihus atris Inscrnisse rnanu?, construcloque aggerc busti Ipsum atras tenuisse faces.

La famille do la comtesse Guiccioli ayant reçu l'ordre de quitter la Toscane, où Byron était lui-même suspect, il se rendit avec elle à Gènes, et contiuua d'y vivre, occupé de projets politiques et de poésie. L'Italie le lassait; il voulait autre chose, une émigration lointaine eu Amérique ou une occasion de gloire quelque part. Quant à l'Angleterre, sans vouloir y revenir, c'était toujours elle qu'il avait pour but, c'est pour clic qu'il écrivait. Non content de la charmer par ses vers, il se flatta d'y prendre une influence active par un journal ; tl celte idée qu'd avait eue souvent lui lit donner son nom et ses vers au Libéral, que M. llunt était venu rédiger en Italie et faisait paraître a Londres. Mais il eut le chagrin de voir cette publication bUuuée, même par ses admirateurs. Ce dégoût fut une crise pour cette àinc ardente qui, do benne heure accoutumée à la célébrité, avait besoiu de produire un effet toujours croissant. Sun esprit se tourna vers une entreprise nouvelle. La lutte prolongée de la Grèce excitait

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l'admiration du continent. Une sympathie publique s'était formée en dehors des gouvernements : l'Angleterre était peut-être de tous les pays d'Europe le moins favorable à la cause grecque. Londres avait cependant son comité philhellène qui, comme le comité de Paris, faisait passer aux Grecs des secours et des armes. La plus grande force de ces comités était leur influence morale, leur protestation permanente, la honte qu'ils faisaient à la politique inhumaine de quelques puissances. Rien, à cet égard, ne pouvait être plus éclatant ni plus utile qu'un allié tel que Byron. Le comité grec île Londres le sentit et lui lit demander son appui et sa présence en Grèce. Byron n'hésita plus A jeter dans cette guerre sa fortune et sa vie : il ne se Ht point d'illusions. Il avait accueilli et secouru quelquesuns des philhellènes revenus de la première extradition ; il savait A quelles souffrances, à quelles difficultés insurmontables il dovait s'attendro. Il jugeait avec sévérité le caractère des Grecs et avait peu d'espérance de succès. Sa santé, déjà détruite, ajoutait au découragement de son esprit et à ses trfctcs pressentiments ; mais il voulut se dévouer pour une cause juste et pour la gloire. Prodiguant alors des sommes considérables quo, depuis quelques années, il avait amassées par une sévère épargne, il mit à la voile de Gènes, le 14 juillet 1823, emmenant avec lui le frère de la comtesse Guiccioli et un Anglais intrépide, le corsaire Trelawncy. Repoussé dans le port par la tempête, il ne quitta les cotes d'Italie que

Sueiques jours plus tard, après avoir reçu des vers e Goôtbc sur sa noble entreprise. Il toucha à Céphalonie, et il y trouva une lettre de Botzaris pour hâter son secours et lui rendra grâce. Mais le lendemain, Botzaris, ce Léonidas de Souli, périssait en pénétrant, avec une poignée d'hommes, au milieu du camp des 'Pures, où il lit un graud carnage. Byron , voulant attendre et mi:, r par ses yeux, demeura trois mois dans la colonie anglaise deCéphalonie. Son enthousiasme ne s'était pas accru. Il blâmait les fautes des Grecs ; et loin de porter aucun zèle religieux dans la cause des martyrs de la croix, il occupa les heures de son loisir à discuter en public contre un pieux méthodiste, le docteur Kennedy, qui avait entrepris des conférences chrétiennes pour convertir quelques jeunes Anglais do la garnison. Il songeait à revenir en Italie. Cependant, press de toutes parts, il donna généreusement 4,000 livras sterling pour la flotte grecque ; et, lorsque Maurocordalo eut pris le commandement de la Grèce occidentale, il consentit â aller le joindre à Missolonghi. 11 s'y rendit à grand'pcine, à travers mille périls gaiement supportés, et fut reçu comme un sauveur par la population confuse, pressée dans Missolonghi, entre la guerre civile, la famine et les Turcs. Byron jouit un moment de cet accueil et se livra sur-le-champ â tout et à tout le monde, avec un mélange singulier de prudence et d'irritation maladive. Le gouvernement crée lui conféra le titre de général en chef, et il devait commander une expédition pour s'emparer de Lépanie. Mais toute la force qu'il pouvait espérer con-

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sistait dans une bande de Souliotes, soldés à grands frais, et dont la ville et lui subissaient la tyranniquo insolence. Tout était, autour de lui, discorde, mi» sère, anarchie. Il trouvait peu d'appui dans ses propres compatriotes. Un d'eux, le colonel Stanhope, brave officier, mais enthousiaste, inflexible et froid, ne rêvait que liberté illimitée de la presse, et voulait, au milieu de la Grèce, à demi barbare et envahie, introduire, avant tout, l'exacte rigueur des principes libéraux et les théories de Bentham : Byron jugeait plus pressant d'avoir du pain et dea armes. La liberté de la presse, ce souffle épuroteur des États constitués, lui semblait stérile ou funeste dans l'anarchie de la Grèce ; et, quant aux mctlMxlea nouvelles, aux perfectionnements industriels ou sociaux, A tout le luxe de civilisation qui remplissait les paeolillei des comiléi philhtlUnti, il en trouvait l'essai prématuré pour des hommes qui n'avaient qu'à combattre et à survivre, s'ils pouvaient. Toutes ses vues sur la Grèce étaient nettes, courageuses, pratiques. Chaque jour, H les soutenait vivement contre le colonel Stanhope, et travaillait à les appliquer au milieu du chaos de Missolonghi. Animé par sa présence, un ingénieur anglais, Parry, avait organisé l'artillerie nécessaire pour l'expédition de Lépante. Mais les Souliotes, vrais condottieri de la Grèce, redoublaient leurs avares exigences. La moitié des soldats réclamaient de hautes payes d'officier. Celaient des scènes violentes d'altercation et de rupture entre le chef anglais et sa bande barbare. Les forces de Byron ne pouvaient suffire à cette vie d'irritation et d'inquiétude. Un jour qu'après une crise nerveuse et un évanouissement il était sur son lit, malade et épuisé par des sangsues aux tempes, les Souliotes qui, Ut veille, avaient menacé l'arsenal et tué un officier suédois, se précipitent à grands cris dans sa chambre, en brandissant leurs armes. Le visage pâle et sanglant de Byron à demi soulevé imprima pourtant le respect à ces hommes farouches ; et quelques mots de sa bouche les firent sortir émus et un moment dociles. Mais on ne pouvait espérer d'eux ni service régulier ni soumission durable, et leurs fureurs, leurs menaces écartaient d'autres auxiliaires. Byron, qui les avait soldés à grands frais, s'occupa donc de négocier leur éloigncment, et, à prix d'argent, il aida Maurocordalo à les mettre hors de Missolonghi, n'en gardant qu'une cinquantaine qui lui étaient particulièrement attachés , mais qui servaient à son cortège plutôt qu'A la cause commune. Trompé ainsi dans ses projets d'attaque contre la garnison turque de Lépante, il s'efforçait du moins d'humaniser la guerre au profit de tous. S étant fait remettre nn assez grand nombre de femmes et d'enfants musulmans, restes d'une ville saccagée par les Grecs, il les renvoya sans rançon à Prevesa. Dana quelques engagements autonr de Missolonghi, il offrit une prime pour disque prisonnier turc qui lui serait amené vivant. Ses dons en argent étaient continus, ses conseils utiles, son zèle infatigable. Il aidait Maurocordalo A rétablir quelque ordre dans Misseloo^hi y et pwp i ^&c*^it soft c4 do ses &ïcri^

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fices il pouvait seul offrir une médiation entre le» Grecs civilisés et ces chefs montagnards, tumultueux, mais indispensable appui de la cause commune. Déjà Colocotroni lui avait promis par un message de se soumettre à son avis, si une assemblée nationale était convoquée, et s'il consentait i y paraître comme arbitre. D'autres chefs moraïtes, en proposant une réunion dans la ville de Salone, pressaient Byron de s'y rendre, pour sceller par sa présence la réconciliation des partis. Malgré son peu d'illusion et le jugement sévère qu'il portait sur les Grecs, il eut alors un moment d'espérance. Se disposant à passer dans la Morée, il hâta de ses derniers conseils la défense de Missolonghi, contre laquelle il prévoyait avec raison que se porterait tout l'effort de la prochaine campagne. 11 invita l'ingénieur Parry à relever, sur le sol marécageux et coupé de la ville, ces remparts de terre et ces fortifications informes qui arrêtèrent tant de mois 1 armée turque, et donnèrent à l'Euro|>e attentive le temps de la réflexion et de la pitié. 11 retint d'autorité pour munir ce poste avancé de la Grèce, l'artillerie que voulaient se faire donner Odyssée et les autres chefs moraïtes; et il affermit les habitants dans la pensée de s'ensevelir sous Missolonghi. Quant à lui, l'assemblée de Salone étant retardée par les divisions politiques et les difficultés des chemins son parti fut pris de ne pas quitter le coin de terre que les Turcs allaient assaillir au printemps. Depuis plusieurs mois, malgré son- courage cl sa continuelle activité, il se sentait défaillir. Il était troublé par de tristes pressentiments et par ces frissons involontaires, qui sont moins des symptômes de faiblesse morale que des avant-coureurs de mort. Il vit avec tristesse, dans les murs de Missolonghi, l'anniversaire de sa trente-sixième année. Il le pleura dans des vers admirables, ses derniers vers, ou, disant adieu à la jeunesse et à la vie, il ne souhaitait plus que la fosse du soldai. Cette pensée lui revenait souvent. Il disait à un fidèle serviteur italien : « Je ne sortirai pas d'ici; les Grecs, les Turcs « ou le climat y mettront bon ordre. » Dans ses lettres, il plaisantait encore sur les scènes de désordre et de misère dont il était le témoin; mais sa mobile et nerveuse nature en souffrait profondément ; et il y avait du désespoir dans son rire sardonique. Deux nobles sentiments soutenaient sou âme, la gloire et l'amour de l'humanité. Mais son corps, vieilli de bonne heure, succombait. On lui écrivit des lies Ioniennes pour l'engager à quitter Missolonghi. Ses compatriotes, ses amis, le colonel Stanhope, le corsaire Trelawney parfirent. Il resta dans ce tombereau de boue, comme il disait énergiquement, au milieu des marais et des pluies insalubres de Missolonghi. Il en ressentit bientôt la mortelle influence. Surpris par l'orage dans une promenade à cheval, et revenant trempé d eau et de sueur, il monta dans une barque pour gagner sa demeure, et fut saisi d'une fièvre violente. Le lendemain cependant il parcourut encore, à cheval, un bois d'oliviers voisin de la ville, avec son fastueux cortège de Soulwtes. U rentra plus malade, se dé-

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battit deux jours entre les médecins qui voulaient le saigner, et leur céda enfin, par crainte pour sa raison, plutôt que pour sa vie. Cette saignée n'arrêta point la lièvre, et ne prévint point le délire. On vou-' lait faire venir de l'Ile de Zante un médecin plus renommé ; mais le gros temps y mit obstacle. Byron, consolé seulement par un ou deux amis fidèles, et par les pleurs de ses vieux domestiques, était là gisant presque sans secours, dans une pauvre et tumultueuse demeure, dont sa garde de Souliotcs occupait le rez-de-chaussée. C'était le jour de Pâques si joyeusement fété par les Grecs, qui se répandent alors dans les rues, dans les places, en criant : U Christ est ressuscité, U> Christ est ressuscité. Ce jour, la ville fut moins bruyante. On alla tirer l'artillerie loin des murs, et les habitants s'invitaient l'un l'autre au silence et au recueillement. Le soir la tète de Byron s'embarrassa, sa langue ne put prononcer que des mots entrecoupés ; et après de vains efforts pour faire entendre ses dernières volontés à son vieux domestique anglais, Fletcher, il fut saisi de délire. Ayant pris une potion calmante, il eut encore un retour de raison, exprima des regrets obscurs, prononça quelques touchantes paroles sur la Grèce, et puis, en disant je vais dormir, tomba dans une léthargie qui se termina le lendemain par la mort, au moment où un orage éclatait sur la ville, et faisait dire aux Grecs : le grand homme se meurt. Le grand homme ! il l'était en effet pour ceux qu'il était venu défendre, et auxquels il avait si noblement sacrifié sa vie. Le lendemain, le mardi de Pâques, on rendit à Byron les derniers honneurs, selon le rit grec. L'archevêque d'Anatolikon et révêque de Missolonghi étaient présents avec tout le clergé et tous les chefs militaires et civils. Un jeune Grec, Tricoupi, prononça l'éloge funèbre. Le cœur de Byron, renfermé dans une urne, fut seul porté jusqu'à l'église, et déposé dans le sanctuaire, au milieu des bénédictions. Le corps devait être ramené en Angleterre ; et l'on fit à Missolonghi des prières pour souhaiter à ces restes glorieux un passage favorable, et le repos de la tombe dans la terre natale. Le navire, chargé de ce dépôt, toucha bientôt l'Angleterre (1). M. Ilobhouse et un autre ami de Byron vinrent recevoir son corps pour le conduire à la sépulture de famille, près du domaine de Newstead, dans le caveau où reposait sa mère. Le rang du noble lord était marqué par la magnificence du cortège. Des «instables et des hérauts d'armes marchaient en avant. Suivait uu coursier de bataille couvert de velours noir, conduit par deux pages, et

(t) Ce fol sur le brick l* Flotid* que te» restes de lord Bjtoo furent amenés a Londres. Leur parfaite conservation "t**1»1' e soin auf lequel ils avaient éle embaumés, fllltutre mort avait l iir d'an homme endormi. Il fol expose pendant quelques jour» «r oi lit de parade ; aux coins du cercueil, qui était magniUqu des vases qui «menaient le cteur et les entrailles. Udj I demanda i voir un insianl les restes de son époux, avant qu'on I le cercueil. M. Hobhouse, un des exécuteurs testamentaires, \ que le noWe lord tût enterre dan* 1 abbaye de Westminster, parmi les poètes ; nuis madame Leigb a pense qu'il serait plu* conforme aux vwux de son illustre frire de le faire reposer a Newsteid dans la

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monté par un cavalier qui portait à demi renversée une couronne de pair d'Angleterre. Puis venait le cliar funèbre et une longue suite de deuil. Ce triste appareil s'avançait sur la route de Nottingham, lorsqu'il fut rencontré par une dame a cheval qu'accompagnait son mari. La curiosité les fit approcher. Cette femme se trouble, en reconnaissant les armoiries de lord Byron ; elle tombe dans le délire, et est reportée mourante dans le château qu'elle habitait. Elle ne sortit d'une fièvre brûlante que par de longs accès de folie. Cette dame était lady Caroline Lamb, qui, autrefois abandonnée de Byron, l'avait peint sous les plus noires couleurs dans un roman satirique, et, se croyant guérie de l'amour par cette vengeance, avait, loin du monde, retrouvé la paix et l'affection de son mari. Troublée de cette funèbre rencontre, sa téte ne revint pas; elle expira d'une mort 'lente, en invoquant sans cesse le nom de celui qui lui avait ôté l'honneur et la raison. Cette douloureuse anecdote, attachée encore à la mémoire de Byron, n'était pas faite pour affaiblir les préventions que sa conduite et ses écrits avaient excitées. Elles lui ont survécu, et ne furent pas seulement, comme on l'a dit, une rancune du grand monde et de l'aristocratie, mais la réaction d'un sentiment moral que le poète a trop souvent blessé. Pour beaucoup d'âmes pieuses, Byron était, en Angleterre, une sorte de mauvais génie. Cette impression se mêlait à l'enthousiasme même qu'il avait inspiré parmi les femmes assez heureuses pour ne connaître de lui que son nom et ses vers. « Il en est qui « priaient pour lui, comme Clarice pour Lovelace. » En cela, Byron portait la peine de son orgueil autant que de ses faiblesses. Il avait voulu frapper les esprits par une singularité hautaine et mystérieuse. Il avait affecté de donner quelques-uns de ses traits à ses héros fantastiques, pour se confondre lui-même avec eux, et se parer de leur audace. 11 fut pris au mot et soupçonné de noirceurs qui étaient loin de son âme. Rien ne prouve dans sa vie que son cœur fût corrompu : mais son imagination l'était à quelques égards. Il n'a pas fait ce qu'il peint avec complaisance ; mais plus d'une fois peut-être il l'avait rêvé, comme une expérience à tenter, comme une émotion qui eût dissipé son ennui, et réveillé son âme. Que, tout petit enfant, il se promit de commander à cent cavaliers noirs, appelés les Noirs de Byron, ou que, dans son âge viril, il fasse fabriquer des casques de chevalier pour son expédition de Grèce, on voit toujours le poète qui dessine ses actions d'après ses rêves. Qu'il veuille se peindre luimême dans le Corsaire et dans Lara, il faut reconnaître là moins les aveux d'une vie coupable, que les jeux d'une imagination mal réglée, qui se bit parfois des châteaux en Espagne de crimes et de remords. Il en résulte, indépendamment de toute question morale, un point de vue particulier sous le rapport de l'art: c'est ce caractère de préoccupation personnelle, cet égoïsme de l'écrivain, cause puissante d'intérêt et de monotonie. On a vu de grands poètes, dont l'imagination a toujours travaillé hors d'eux-mêmes et du cercle de leur vie,

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simples par les habitudes, sublimes par la pensée : tel Shakspeare, dont la personne disparait, et qui existe tout entier dans ses inventions poétiques; tels nos tragiques, Corneille, Racine. C'est là, quoi qu'on dise, la grande imagination. Elle crée ce qu'elle n'a pas vu ; elle entre par le génie dans un ordre de sentiments et d'idées dont elle n'a pas lait l'expérience, et qui ne naît pas pour elle des choses qui l'entourent. Corneille n'avait pas de Romains ni de martyrs sous les yeux. Il inventait ces types sublimes. V oilà le poète au plus haut degré. Il est une autre sorte d'imagination, plus restreinte et plus physique pour ainsi dire, qui a liesoin d'être excitée par les épreuves immédiates et les sensations de la vie. Le poète alors n'agit pas, ne crée pas : il souffre et rend vivement sa souffrance. C'est le génie de quelques élégiaques : c'est le tour d'imagination, rêveur, égoïste, douloureux, qui a coloré de si vives images la prose de Rousseau et de Bernardin de Si-Pierre. Byron appartient à cette école. Son imagination est inépuisable à le peindre luimême, à découvrir toutes les plaies de son âme, toutes les inquiétudes de son esprit, à les approfondir, à les exagérer. Mais hors de lui, il invente peu. Parmi tant d'acteurs de ses |ioèmes, il n'a jamais conçu fortement qu'un seul type d'homme, et un seul type de femme : l'un sombre, allier, dévoré de chagrin, ou insatiable de plaisir, qu'il s'appelle Harold, Conrad, Lara, Manfrcd, ou Caïn ; l'autre, tendre dévouée, soumise, mais capable de tout par amour, qu'elle soit Julia, Uaïdée, Zuléika, Gulnare ou Médora. Cet homme, c'est lui-même ; cette femme, celle que voudrait son orgueil. Il y a dans ces créations imi formes moins de puissance que de stérilité. Et malheureusement, par un faux système, ou par une triste prétention, dans ces personnages dont il est le modèle, le poète affecte d'unir toujours le vice et la supériorité. Il semble dire comme le Satan de Milton : Mal, sois mon bien. A cet égard, le goût n'est pas moins blessé que la morale dans les écrits de Byron. Le plus grand charme et la vraie richesse du génie, la variété lui manque. C'est un trait de ressemblance qu'il offre avec Alfieri, dont il a, dans son théâtre, imité la régularité sévère. Byron, en effet, hardi, sceptique en morale et en religion, ou plutôt disciple involontaire de notre scepticisme, n'est pas novateur dans les questions d'art et de goût. Son innovation était toute dans l'originalité de ses impressions et de sa physionomie, et non dans une théorie littéraire. Par principeet par étude, il tenait au goût ancien, et aux plus purs modèles du siècle de la reine Anne, dont il possédait admirablement la langue expressive et savante. La pureté nerveuse du style, l'élégance, l'harmonie de l'expression sont en effet essentielles au talent do Byron. Il n'aimait pas l'affectation subtile et le germanisme mystique de quelques-uns de ses contemporains. Il ne prétendait pas renouveler de fond en comble la langue poétique. Tandis que le brillant et pompeux Moore, la bouquetière d'Orient, le hardi et métaphysique Shelley, le jeune et prétentieux Keats déprisaient Pope, comme uu «tait timidement

classique, Byron le reconnaissait pour un désespérant modèle, et se moquait des nouveaux créateurs de hardiesses poétiques. S'accusant parfois de leur ressembler, et de leur avoir ouvert la roule, Il disait avec une componction qui accablait ses amis : « Nous nous sommes embarqués dans un système de « révolution poétique qui ne vaut pas le diable. » Byron revient souvent sur cette idée, et sur l'éloge exclusif du goût classique, tel du moins que le conçoit un Anglais. Il composa même à ce sujet deux lettres critiques, d'une forme très-piquante, où ses contemporains sont toujours traités comme des barbares, « qui maçonnent de petites constructions de terre et « de brique au pied des beaux marbres de l'anti- « quité. » Dans son zèle pour la pureté du goût, Dyron va même jusqu'à juger sévèrement Shakspeare, Milton et les vieux dramatislcs anglais, dont il trouve la langue admirable, mais les ouvrages absurdes. Il repous'se également la naïve barbarie, l'énergique rudesse du 16* siècle, et la barbarie savante, la subtilité laborieuse de son temps, qui lui parait tout Claudien, dit-il. En rejetant sut l'humeur et sur le caprice une partie de cet anatbéme, dont Byron ne s'exemptait pas, on avouera qu'il n'a pas tort dans le fond, et que les plus vantes de ses ouvrages portent l'empreinte de la décadence qu'il voyait partout autour de lui. Son style nerveux et brillant a beaucoup de rapport avec la concision affectée, la roîdcur, la déclamation de Lucain. Comme lui, il exagère, et il a cette emphase que l'imagination trop jeune prend pour de la force. Mais il peint des choses neuves, à commencer par lui-même, dont il décrit sans fin la fantasque et sombre nature. Par là, il cesse d'être rhéteur, en devenant original. Sa poésie, née d'une veine féconde et d'un art savant, n'est presque jamais que descriptive ou sentencieuse. Elle n'a rien de dramatique. Coleridgc et quelques autres modernes l'accusent de négligence et de faiblesse. Mais cette poésie est pleine d'éclat et de mouvement ; elle choisit habilement et transforme la langue; elle est logique et passionnée, régulière et neuve. Pet» variée dans les conceptions, elle est infinie dans la forme, et parrourt rapidement toute l'échelle des tons harmoniques, depuis les plus gracieux jusqu'aux plus sévères. Byron, malgré son altière misanthropie, et le dédain qu'il affecte pour ses lecteurs, comme pour le reste des hommes, était singulièrement épris de la mode, et docile au goût de la foule. De là ces formes bizarres et rapides pour réveiller la curiosité, et ménager l'impatience d'un siècle sceptique et politique. Il n'entreprend point de longs poèmes, pour un temps où Milton lui-même n'était plus lu, dit-il. II ne compose pas avec art. De brillantes ébauches, ou même des fragments lui suffisent. Rien de plus heureux, quand le poète a bien choisi ; car il n'y a pas d'inégnlilé dans sa composition, ni de lassitude pour sa verve. Qu'est-ce que 6011 Maseppa? un poème, un trait d'histoire, un conte? 11 n'importe. Jamais plus vive peinture, jamais plus intime alliance de la description, de la |>assion, de l'Iiarmonie, n'ont animé des vers. Kateppa, œuvre sublime de poésie, finissant par une

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plaisanterie, c'est le chef-d'œuvre et le symbole de Byrori. Ailleurs, que son imagination soit frappée de la mort et des obsèques militaires d'un général anglais, John Moore, tué en Espagne, il s'élève au ton de la plus austère simplicité, et il est lyrique comme Tyrtée. Aucune beauté de la poésie classique n'a done été refusée a Byron ; il tendait même naturellement aux formes les plus élevées de l'art, et à la pompe savante du langage. Toutefois, à notre avis, son chefd'œuvre, c'est le poème incomplet, moitié sérieux, moitié bouffon, où il a jeté péle-mèle toutes ses fantaisies; c'est Don Juan, poème sans règle et sans frein, comme !c héros, mais plein de feu, d'esprit, de grâce et d'énergie Au fond, ce héros est encore une variante de Byron lui-même; c'est du moins l'idéal qu'il se proposait pour se distraire des mélancoliques dégoûts de Childe IJarold. Cet ouvrage est le fruit du séjour de Byron en Italie, et marque en lui le triomphe de la vie molle et sensuelle sur les fortes passions et ta tristesse amére. On ne peut le couqiarer qu'à l'épopée licencieuse de Voltaire ; mais on y trouve, avec moins de cynisme, une imagination plus amusante et une plus vive gaieté. De la diversité des aventures naît un cliarmc singulier de poésie. Ce ne sont guère que faciles inventions de roman : mais quel art dans le récit ! Et quand l'auteur touche à l'histoire, quelle force poétique I La peinture du siège d'Ismaïloff est un des plus sublimes tableaux de guerre qu'on ait tracés. Et cela vous saisit après des contes de sérail, et quelques gracieuses aventures des lies grecques. Quant à la satire des nuaurs anglaises, qui occupe tant de place dans Don Juan.elle ne nous semble pas aussi ingénieuse qu'offensante. Le poète nous parait tomber quelquefois dans le mauvais goût et les redites ennuyeuses : mais il se relève par l'esprit. Nul poète n'en eût davantage, et du plus vif et du plus hardi, depuis Pope et Voltaire. Malheureusement cet esprit, par prétention ou par légèreté, a souvent l'impitoyable ironie du mauvais cœur, et diffame également la gloire, la vertu, l'infortune. Bien des choses peuvent donc choquer dans Dm Juan ; mais nulle œuvre de Byron ne montre mieux la merveille de son talent. NVùt-il fait que Don Juan, la postérité s'en souviendrait comme d'un génie original. Avec beaucoup d'esprit, de connaissauces et d'idées, Byron ne bornait pas aux vers son talent d'écrire. Sa prose est vive, étincelante, légère, comme l'est rarement la prose anglaise. Elle abonde en saillies d'amusante humeur, et en expressions heureuses. On ne peut à cet égard trop regretter la perte des mémoires qu'il àvait donnés à Thomas Moore, et que le légataire a supprimés par scrupule, en y substituant une compilation de lettres originales, d'analyses et de lieux communs. Les lettres de Byron qui seules surnagent dans ce recueil nous laissent deviner combien les mémoires même, la confession entière écrite de cette main et avec cette verve, auraient offert une piquante lecture. Nous ne savons si la renommée morale de Byron a profité beaucoup de la suppression faite par son légataire : mais sa gloire d'écrivain y perd un titre oui l'eût placé, parmi

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les prosateurs, entre Swift et Voltaire (I). —11 existe un grand nomhjre d'éditions des œuvres de lord ByroD, publiée* en anglais, tant à Londres qu'à Paris. Parmi ces dernières, nous citerons, comme les plus complètes, celles qu'ont données les libraires Baudry, 4823-14, 41 vol. in-42 ; — Baudry et Àmyot, 48xi>, 7 vol. ln-8° imprimés par Jules Didot, avec portrait et une notice biographique par J.-W. Lake;

— Galignani, 4838-24, 46 vol. in-42, avec portrait.

— Une traduction française des enivres de Byron, par MM. Amédée Pichot et Eus. de Selle, a paru chez Ladvocat, de 4810 a 4820. La 4' édition, préeédée d'une remarquable notice sur lord Byron par Charles Kodier, a été publiée en 4822-25, 8 vol. ln-8", ornée de 27 gravures. — 8* édition, 4822, 42 vol. in-12; OBuvres nouvelle», traduites par M. Amédée Piclwt, 4824, 40 vol. in-12. — 6' édition, précédée d'un essai sur le genre et le caractère de lord Byron par M. Amédée Pichot, 4828-30, 20 vol. ln-48, avec portrait, gravures et vignettes.

— M. Paulin Pàris a donné une autre traduction des OEuvres complètes, chez Dondey-Dupré, 4830-31, 45 vol. ln-8'. La traduction de Don Juan a été réimprimée séparément en 3 vol. ln-48. Enfin le libraire Charpentier a publié une troisième traduction des OEuvret complètes de lord Byron, par M. Benjamin Laroche, d'après la dernière édition de Londres, avec les notes et commentaires de Walter Scoot, Th. Moore, Sliclley,Th. Campbell, etc., précédée de l'histoire de la vie et des ouvrages de lord Byron par John Galt, Paris, 4834, 4 vol. petit in-4» ; réimpr., ibid., 4839, 4 vol. grand in-88 2 col., port. , et dans la Bibtiothèque Charpentier, 4 vol. grand in-1 8 (2). Outre ces éditions, plus ou moins complètes, les principaux ouvrages de Byron traduits en français ont été imprimés séparément à diverses époques. Madame Swanton Belloc a donné deux volumes in-8° (IParis, 4814 ), de belles analyses et d'élégantes traductions de Byron. On a publié à Londres, en 4832, les Conversations de lady Dlessinglon avec lord Byron, qui ont été traduites en français. Les traductions en d'autres langues n'ont pas manqué; Manfred , entre autres , a été mis en vers italiens par Marcello Mazzoni, Milan, 4832, in-8". Quanta la biographie de cet homme célèbre, un des premiers ouvrages considérables qui aient paru, ce sont les Conversations de lord Uyron, recueillies pendant un séjour avec Sa Seigneurie à Pise, dans les années 4821 et 4822, par Thomas Medwin, capitaine de dragons , imprimées à Paris par Baudry, puis traduites en français, vers 1824, ibid., Ch Gosselin,

(I) Ud Kiunalrd «fait frapper I Rome itm médailles en l'honneur de Djrun. La première représente U tète de Byron a gaecae; tu revers od toU uuc orne sépulcrale, sur laquelle on lit : Bupwv ; a l'exergue M>11MA m. «ume/U Ut rttrtt, La aecnnile

représente U même tète de Byron ; au revers, U Grèce lourellee, assise, tenant dans la main gauche un rooleau, dans [a droite la corne d'abondance ; à l'exergue on tic ces mots : DIS Al. I n n VISVH, A—*.

1?» Les deux réimpressions de la traduction «le M. Benjamin Laroche suntpiécédèe* d'onc notice par M. Villcmain, auteur du prêtent article, et anjmird'hai ministre de lïnstrncllon pnblk,ac. CnU.

2 vol. in-12. Depuis cette époque, M. Galt et plusieurs autres écrivains anglais ont publié des vies de Byron. V— N.

BYS ( Je a n-Rodolphe ) , peintre, né a Solcure en 4660, alla dans sa jeunesse étudier à Rome, et fut appelé à Vienne en 4704 par l'empereur Charles VI. Ce prince le chargea de peindre le plafond de la' grande salle d'audience, et ce morceau est un des plus beaux de cet artiste, qui en fit plusieurs autres dans la même capitale. Appelé ensuite à Mayence par l'électeur, il fit y plusieurs tableaux de paysage dans le château de Geubach et dans celui de Pommersfelden. Il a donné en 4719, en allemand, la Description de la galerie de Pommersfelden, qui fut réimprimée en 1774. Bys mourut à Wurtzboui g, le 44 décembre 4738. U-l.

BYTEMEISTER (Hekm-Jea*), théologien luthérien et bibliographe hanovrien, né en 4698 à Zellc, où son père était secrétaire au conseil dejuslicc, fut, en 4740, professeur de théologie à Ilehnslaedt, et mourut le 22 avril 4746. Nous ne citerons de ses nombreux ouvrages, presque tous en latin, que : 4» Dissertatlo de prœstantia arithmelicœ decadicœ; 2" de Pretio compendiorum quorumdam ad ju fondas arithmelicœ decimalis pragmatias avo reccnliori excogitatorum; 3° de Prœstantia et vero L'su hisloriœ litterariœ ejusque genuina methodo, WjUcnberg , 4720, in-4°; Ilclmslacdt, 1728, in-4"; 4* Commentarius de vita, scriptis et meritis supremorum prœsulum in ducatu Luneburgensi, IlelnuUacdt, 4728-1730, 2 vol. in-4° ; 5' Spécimen supplementorum et emendationum Lexici eruditorum germanici, in-4°, sans date ni lieu d'impiession ; 6° Bibliolhecœ appendix, sive Catalogus adparalus curiosorum artificialium et naturalium, cum auctariis, Ucliustaedt, 1733, in-4° ; 7° Tabulœ duœ exhibentes synopsin hisloriœ philosophiez; 8* Catalogus bibliolhecœ Uiulcntackianœ secundum ordinem malcriarum, ibid., 4757, in-8°. 9e Delincatio rci numismalicœ antiquœ et recensons, dont il a pain à Strasbourg une Uoisiéme édition en 4744, in-8». C. M. P.

BYWALD ( L. B. ), jésuite allemand, a publié un ouvrage sur diverses parties de l'histoire naturelle, intitulé : Seleclœ ex Âmœnitalibus aeademicis Car. Linnœi, dissertations ad historiam naluralem pertinentes, additamenlis auclœ, Gratz, 4764-66, 2 vol. in-4°. Le fond de cet ouvrage est un choix des Amœnitales de Linné, auquel cet auteur a ajouté un grand nombre d'observations intéressantes sur les trois régnes de la nature, sur les fosniles du mont Aerzbcrg, sur les plantes de la Slyric, qui servent dans l'économie rurale et domestique ; sur le mlellat ou lu rosée miellée, qu'il dit être produite par les pucerons; sur le veratrum ou ellébore blanc , sur les faisons du règne végéfal , sur les erreurs des pharmaciens, sur les variations que les plantes éprouvent dans le nombre de quelquesunes de leurs parties, et surtout dans celui des étamlnes; enfin >1 a exposé les défauts des méthodes de botanique, même du système de Linné, qui était son guide. D— p— -s.

BYZANCE (Logis de), prêtre de l'Oratoire,

reçut le jour à Constant ino pic. vers 1647, d'un orfèvre juif, et s'appelait Raphaël LÉvt. La couleur presque africaine et les traits rudes de son visage contrastaient d'une manière frappante avec ses mœurs douces et honnêtes. Né avec un goût décidé pour l'étude, il fréquenta de bonne heure tout ce qu'il y avait d'étrangers instruits a Galata, et s'attacha surtout aux Français. La lecture du Nouveau Testament, et ses entretiens avec les jésuites et les capucins, lui firent naître l'idée d'embrasser le christianisme. Lorsque le fameux Sabatai Sévi, qui se donnait pour le Messie, attirait tous les juifs à sa suite, Raphaël Lévi le dénonça ouvertement comme un imposteur. Nointcl, qui s'en était servi pour se procurer des manuscrits précieux, charmé de son intelligence, le (it truchement de la légation française. Raphaël avait eu l'imprudence de se déguiser en janissaire, sous le nom de Ahamed, pour accompagner un gentilhomme français en Moréc. 11 fut reconnu quelque temps après dans les rues de Constantin* '| ,1e, malgré son changement de costume, par les gens du paclia de la Morée, et traduit devant le caïmacan comme un apostat de l'islamisme, crime pour lequel on ne peut se soustraire à la mort qu'en reprenant le turban, ce qui était loin de la pensée de Raphaël, qui avait pris la ferme résolution de se faire chrétien; mais il céda aux sollicitations de ses parents, et fit profession du mahomélisme, sous le nom de Mohammed, auquel on joignit bientôt après le surnom d'effendi, affecté aux savants. Comme il songeait toujours à embrasser la religion chrétienne, le chevalier d'Arvicux, qui nous a donné dans ses mémoires l'histoire de ce singulier personnage, le remit en grâce auprès de Nointcl, dont son apostasie lui avait fait perdre la confiance, et favorisa sa retraite dans I'h6tel de France. Il y resta caché pendant six mois, au bout desquels on parvint à le faire embarquer secrètement pour Marseille, d'où il se rendit à Paris avec des lettres de recommandation. Tronchin, l'un des directeurs de la compagnie du Levant, à qui il était adressé, fit de vaines tentatives pour l'attirer au protestantisme. On le mit entre les mains des PP. Richard Simon et de Stc-Marthe de l'Oratoire, qui l'instruisirent dans la religion catholique. Jl fut tenu, en 1674, sur les fonts de baptême, à St-Germain-cn-Laye, par le duc de Mazarin, au nom du roi, et par madame de Colbert au nom de la reine, et prit alors le nom de Imit de Byxance, du lieu de sa naissance. Sa vie édifiante, son goût pour l'étude et pour la retraite, le firent admettre, U-ois ans après, dans la congrégation de l'Oratoire, où il fut élevé au sacerdoce. Son mérite ne se bornait pas à une connaissance parfaite de la plupart des langues anciennes et modernes, il fit des conférences ecclésiastiques en homme consommé dans cette partie. Son zèle pour le salut de ses compatriotes le porta à se consacrer spécialement à la conversion de ceux que différentes affaires amenaient à Paris. 11 avait même acheté un grand nombre d'exemplaires du Nouveau Testament, traduit en turc par Guillaume Seaman, Oxford, 1666, in-4", qui devaient partir sur le vaisseau qui trans-

porta, en 1690, de Ferriol à Constantinople ; mais Us n'arrivèrent au port qu'après le départ de l'ambassadeur. Un fanatique musulman, furieux d'avoir été confondu par lui dans une conférence publique, s'étant introduit dans sa chambre avec le dessein de l'assassiner, le P. de Byzancc ne parvint i s'en débarrasser qu'en s'armant de son ancien sabre, susjiendu à son lit. Mais celte scène, qui lui laissa de funestes impressions, jointe à un excès de travail, le jeta dans une mélancolie et un délire tels que ses confrères, après avoir employé sans succès tous leurs soins à le ramener à son état naturel, se virent réduits a le mettre à Charenton. Sa maladie y résista pendant environ vingt ans à toute sorte de remèdes, et il y mourut le 23 mai 1722. Le seul ouvrage imprimé du P. de Byzance est intitulé : la Goutte curable par le remède turc, Paris, 1703, in- 12. Hinckelman voulut l'engager à concourir avec lui pour une version du Coran, qu'il se proposait de faire imprimer avec le texte arabe. Le P. de Byzance n'entra pas dans ce projet, et le texte seul parut à Hambourg, en 1694. Il se trouva cependant parmi ses manuscrits une traduction française de la partie historique du Coran, qui est la plus considérahle. L'auteur prouve dans ses notes que la plupart des rêveries de ce livre sont tirées des rabbins antérieurs à Mahomet. Ses autres manuscrits sont des ouvrages sur la religion des mahomélans, et une traduction de la conférence qui eut heu en 1215 entre trois docteurs de cette religion et un maronite, en présence du frère du sultan d'Alep. Le maronite est un bon vieillard très-savant, dont la méthode approche de celle de Socratc. Legrand, interprète du rot pour les langues orientales, en a publié une en 1767 plus élégante, mais moins exacte. A une profonde connaissance dans les langues, le P. de Byzance joignait un savoir très-élendu dans les mathématiques : mais il ne reste de lui en ce genre que quelques manuscrits, entre autres des tables de tous les diviseurs depuis 1 jusqu'à 10,000; des solutions de problèmes de la géométrie transcendante, etc. 11 fut l'ami particulier des PP. Malebranchc, Raynaud, Lelong ; il était en relation avec le marquis de Lhopital, Leibnitz, etc. Ses manuscrits ont passé de la bibliothèque de l'Oratoire Sl- Honoré dans la bibliothèque royale. T — n.

BYZANT {Faustls de Byzance, connu sous le nom de) était Grec de naissance. Son véritable nom était Pouzakt Posdos. 11 vivait vers la fin du 4e siècle de notre ère, et professait l'état ecclésiastique : il vint s'établir en Arménie, où il fut évêque du pays des Saharhouniens, situé dans la partie orientale de l'Arménie, vers les bords du Cyrus. Cet historien était sans doute né à Constantinople, et c'est de l'ancienne dénomination de cette ville, qu'il tirait le surnom qui le dislingue. Les circonstances de sa vie nous sont entièrement inconnues. Il nous a laissé quelque chose de plus intéressant : son Ilistoire d'Arménie. C'est un monument important, par son antiquité d'abord, puisque c'est un des plus anciens ouvrages qui existent en arménien, et ensuite parce qu'il contient le récit très-circonstancié des événe-

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menu arrivés pendant une époque de l'histoire, sur laquelle nous possédons très-peu de renseignements. Le récit des mêmes faits esi contenu dans une partie du troisième livre de l'histoire de Moïse de Khoren ; mais ils y sont rapportés avec une extrême brièveté, qui nuit autant à la clarté qu'à l'exactitude : aussi Byzant, dans sa narration, est -il souvent en contradiction avec Moïse de Klioren. Comme ce dernier est devenu classique chez les Arméniens, son témoignage a prévalu. Cependant les détails dans lesquels entre Byzant font mieux connaître la marche des événements, la situation politique de l'Arménie dans le 4' siècle, et la nature des rapports de ce royaume avec les Persans et les Romains. Ce qui doit décider surtout à lui accorder une grande confiance, c'est la conformité de ses récits avec ceux d'Animien Marcellin, historien dont la véracité est reconnue, et qui vivait à la même époque. Avec l'auteur arménien, on [ieut, en beaucoup de points, éclaircir et compléter l'historien latin. Tout ce qu'on peut reprocher à Byzant, c'est un certain esprit d'exagération, qui lui fait grossir prodigieusement les armées des Persans, et affaiblir outre mesure celle des Arméniens, pour augmenter la gloire ou pour affaiblir d'autant la honte de ces derniers. Le style de cet historien est lourd, pénible, prolixe, embarrassé; en un mot, il est facile, en le lisant, de reconnaître que Byzant n'était pas Arménien. Son ouvrage, appelé ordinairement par les Arméniens Pousantaran, était divisé en 6 livres : il n'en reste plus que les quatre derniers. Le texte arménien a été imprimé à Conslantinople, en 4750, en 1 vol. iii-4° de 596 p. ; il est rare. Le 5* livre contient le récit des événements arrivés sous les règnes de Chosroés 1 1 et de Diran II (510-540 de J.-C.) On trouve dans le 4* l'histoire du voyage d'Arsace 11, depuis l'an 540 jusqu'en 570. Le 5* renferme les régnes de Bab ou Para, de Varaztad, d'Arsace III et de son frère Yagharschah, avec la régence du général Manuel, prince des Mamigoniens. Le 6* livre (ou plutôt son abrégé) offre seulement le récit des premiers événements du règne de Chosroés III, qui monta sur le trône en l'an 557. Deux chapitres du 5* livre de cet ouvrage ont été traduits en français par F. Martin, et insérés dans le Magasin encyclopédique de septembre 1811. S. M— N.

BYZAS, chef des Mégarécns qui fondèrent Byzanec, maintenant Conslantinople, Tan 058 avant

J.-C. Phidaléa, qu'on dit avoir été son épouse, ne fut pas moins célèbre que lui, et, à la tète des femmes, elle défit Strombus, frère de Byzas, qui s'était révolté contre lui. Diodore prétend que Byzas était contemporain des Argonautes. Quelques anciens disent qu'il fut, en son temps, le plus juste de tous les hommes. 11 y a obscurité, incertitude et contradiction dans les auteurs, sur son expédition et sut son règne. C— R.

BZOVIUS ou BZOWSKI (Abbaiiam), dominicain polonais, né à Prosczovic, en 1507. Ayant pris l'habit religieux en Pologne, il fut envoyé par ses supérieurs en Italie, où il professa la philosophie cl la théologie. De retour dans sa patrie, il devint prieur des dominicains à Cracovie. Il se rendit cependant de nouveau en Italie, et s'établit à Rome, où il fut chargé de la continuation des Annalet de Baronius. Il en composa neuf volumes (15 à 21 ), imprimés à Cologne de 1610 a 1650, et Rome, 1072. Il resta fidèle aux principes de son prédécesseur. Les jésuites et les cordeliers se plaignirent de son dévouement exclusif aux dominicains, et l'électeur de Bavière lui lit intenter un procès pour avoir mal parlé de l'empereur Louis IV de Bavière. Plusieurs volumes in -4- et in- fol. furent publiés par les plus habiles écrivains de Bavière, pour défendre l'empereur Louis. Bzovius fut contraint de se rétracter publiquement. Celle rétractation fut imprimée à ingoUtadt en 1028, in-8°. Les autres ouvrages de Bzovius sont : Hittoria eccleiiaitica ex Baronii Annalibui historiis excerpta, Cologne, 1617, 5 tomes in-fol. ; Quadraginla Ser monts tuper caïuïcum Suive Regina, Venise, 1598; trois recueils de sermons sous le litre de Sacrum Pancarpium, Venise, 1611 , de Rebut geiiii summorum pond fi eu m , Cologne, 1619 et 1622, in-4«, en italien; c'est une nouvelle édition de Platina, avec les vies de Paul V et de Grégoire XV, par Bzovius; Nonumclalor Sanelorum profession* medicorum. Home, 1612, in-fol.; 1621, in-12; et Cologne, 1625, in-8°; et plusieurs autres ouvrages, tous en latin. Bzovius manque de critique, d'impartialité et de modération. Logé pendant quelque temps au Vatican, il se retira ensuite dans un monastère de son ordre, parce qu'en sou absence, des voleurs s'étaient introduits chez lui, et avaient tué son domestique. Il mourut le 51 janvier 1657. ( Voy. les PP. Ecliard et Quélir, Scriptores ordin. Prœdicalor. ; Slarowolski, Cenlum Seriplor. Polonie. illusi. Elogia. ) C— au.

CAB

CAO

CAAB. Voyez KAAB.

CABADÈS, ou CAVABES, ou KOBAB, roi de Perse, fils de Pérosès, succéda, l'an 48T de notre ère, à son oncle ; il était d'un caractère vif et ardent, aimait la guerre, était implacable dans ses vengeances, el toute sa vie se passa dans les dangers et dans les troubles. Il porta une loi qui autorisait la communauté des femmes, et, sous ce prétexte, faisait usage de toutes celles qui lui plaisaient. Il se rendit enfin si odieux â ses sujets qu'ils lui ôtèrent la couronne et l'enfermèrent dans une tour, l'an 492 de notre ère. Jamasphes ou Gramasp, frère de Pérosès, selon les uns, de Cabadès, selon les autres, fut élu à la place de ce dernier. Après dix ans de captivité, Cabadès sortit de prison par le moyen de sa femme. ProcojHS dit que cette princesse, qui était fort belle, se prêta à la passion du gouverneur du château où sou mari était enfermé, et obtint ainsi la permission de le voir aussi souvent qu'elle le voudrait. Un jour qu'elle était entrée dans la prison, son mari revêtit ses habits, passa au travers les gardes qui le prirent pour sa femme, et le laissèrent passer. Il alla demander du secours aux HunsNephtalitcs qui lui donnèrent une puissante armée, à condition qu'il payerait une somme considérable, s'il remontait sur le trône. Lorsqu'il fin remis en possession de sa couronne, il eut recours à la générosité de l'empereur d'Orient, Anastase, pour obtenir de lui les sommes promises i ces barbares. Sur le refus de l'empereur, Cabadès envahit les provinces romaines de l'Asie ( an 502 ). Il s'empara d'Amlda, de Martyropolis, et, malgré les efforts de quatre armées romaines, soumit toute l'Arménie. On raconte que, pendant le sac d'Amida, un vieillard alla trouver Cabadès et lui remontra combien ce carnage était indigne d'un roi. « C'est « pour vous punir de votre résistance, répondit Ca- « badés. — Plus notre résistance, reprit le vieillard, « a été grande, plus votre victoire est glorieuse. » Le prince, flatté de cette réponse, lit cesser le carnage. Une diversion opérée par les Huns obligea Cabadès de repasser "dans ses Étals (505). L'année suivante Anastase envoya contre les Perses une nouvelle armée qui, après avoir fait des ravages sur les frontières de l'ennemi, reprit par capitulation Amida, où Cabadès avait mis une garnison, qui résista pendant plus d'une année. Le roi de Perse, se voyant attaqué à la fois par plusieurs nations barbares, conclut avec les Romains une trêve de sept ans, qui se prolongea jusqu'au règne de Justinien. Depuis cette époque il se montra plus tolérant envers les chrétiens. La guerre recommença dès la seconde année de ce nouveau règne. Outre la protection accordée à Tiathuis, prince tributaire des rois Salsanides, Justin, le prédécesseur de Justinien, avait encore irrité Cabadès en refusant d'adopter par les armes son (ils Chosroës. Pour premières hostilités, il fit disperser les ouvriers romains qui bâtissaient

en avant de Bara la forteresse de Mindone Ie*. Les troupes sorties de la ville pour s'opposer a cette violence furent obligées de céder au nombre, et le gouverneur romain , Bélisaire, put annoncer a Justinien que l'honneur du nom romain ne permettait plus d'espérance de paix. Revêtu de la dignité de maître de la milice, et soutenu par de nombreux renforts , Bélisaire prend une éclatante revanche sous les murs de Bara (529). L'année suivante Cabadès dirige sur l'Arménie les efforts des Perses , qui, au seul aspect de l'armée romaine commandée par Sitta, prennent la fuite et abandonnent leur camp. Le lendemain, ils vont mettre le siège devant Satula. Sitta vient les surprendre avec 15,000 hommes et taille leur armée en pièces. Justinien, croyant que ces deux défaites ont abattu la fierté du roi des Perses, lui envoie proposer la paix (551). Cabadès y met pour condition la démolition des fortilications de Dara, et que lès Romains se joindront aux Perses pour garder les Poi tes-Caspiennes. La guerre continue. Cabadès envoie une armée dans la Comagène, dans le dessein de surprendre Antioche. Bélisaire, laissant en Mésopotamie une partie de ses troupes, accourt pour couvrir celle ville importante que menaçaient aussi les Sarrasins de l'Euphrate. Toutefois ce fut en vain qu'il s'efforça de contenir l'ardeur de ses troupes épuisées j«r la marche el par le jeûne de la semaine sainte. Entraîné dans un combat inégal, il ne put empêcher une défaite qu'il avait prévue ; mais cette bataille de Callinique n'eut pas les suites qu'on en devait craindre. Les Perses avaient perdu une si grande quantité de monde qu'ils ne furent plus en état de tenir la campagne. Bélisaire fut remplacé par Sitta qui ne put s'opj»oscr a l'invasion de l'Arménie, ni au siège de Martyropolis. Cette ville se défendait encore lorsque U mort vint surprendre Cabadès dans son palais de Ctésiphon, et rendre la paix à l'Orient (531). 11 eut pour successeur Chosroës. Il avait régné 41 ans, en deux fois. ( Yoy., à son sujet, Agalhias, liv. 4 ; Procope, de la Guerre des Perses; Nicéphon, liv. 10; Uitt. miscel., liv. 152; Théophanc; Cedrenus; Pagi, Crit. des Annales de Raronius, années 48I, 496 , 501, 550; Gibbon, Décadence de l'tmpire romain, etc.) B — n — a.

CABAKBJ Y-OGLOU , l'un des chefs de la révolte qui détrôna le sultan Sélim III, en 4807, était officier dans le corps des Yamaks. Ce corps, composé d'environ 2,000 hommes recrutés, soit en Albanie , soit dans les environs de Trébizonde, et la plupart chrétiens d'origine, sans être affilié au corps de Xizam Djedid, ni soumis à la même discipline, recevait la même solde, habitait les mêmes casernes et était comme lui chargé de la garde des forts du Bosphore et du service des batteries. Mais le mufti et le caim-ekam, principaux chefs de la faction opinnovalions commencées par Sélim,

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avaient soin d'entretenir la jalousie et la rivalité entre les Yamaks et les Nizam-Djcdid, alin d'empêcher la fusion projetée entre ces deux corps, et de rattacher le premier â celui des janissaires. Les Yamaks, à l'instigation du caîm-ekam, ayant assassiné un effendi qui, en venant payer leur solde arriérée, les avait invités à prendre le costume des Nizam-Djedid, la lutte s'engagea, et ceux-ci, chassés de tous les torts, se replièrent sur la capitale. Les Yamaks, réunis a Ruyukdercli, élurent alors pour leur commandant Cabakdjy-Oglou, lui jurèrent obéissance et l'autorisèrent a punir les lâches et les traîtres. Cahakdjy déploya aussitôt la fermeté, l'audace et les talents d'un chef de conspiration. A la tete de six cents Yamaks, il entra dans Constantinoplc le 29 mai 1807, après leur avoir fait prêter serment de respecter les propriétés des habitants et de ne donner la mort qu'à ceux qui leur seraient désignés comme ennemis du peuple et de la religion. Il se présenta successivement devant les casernes des janissaires, des galioundjys ou soldats de marine, et des toptehysou artilleurs, leur adressa une harangue courte et chaleureuse, pour les inviter à fraterniser avec ses soldats et a les seconder dans la glorieuse entreprise de défendre les institutions religieuses et nationales, et d'exterminer les impics et les traîtres qui les avaient violées. Renforcé par quelques centaines de ces auxiliaires dont les derniers seuls, jusqu'alors fidèles à Sélim qui les aimait et les favorisait, hésitèrent plus longtemps à se joindre à ses ennemis, Cabakdjy alla établir son quartier général sur la place de l'At-Mcïdan. Il y lit apporter et ranger autour de lui les marmites que les odas ou compagnies des janissaires et des canonniers respectent plus que leurs drapeaux, et ayant attiré par rct acte solennel, signe précurseur des grandes révolutions, un nombre plus considérable de ces milices et la populace avide de pillage et de sang, il harangua cette foule grossière et féroce et donna le signal du massacre en déroulant la liste des victimes désignées. Des détachements d'assassins partirent aussitôt pour clterdier les ministres proscrits et les autres personnages notables voués à la mort. Quelques-uns avaient déjà été égorgés par ordre du calm-ekara qui les avait appelés chez lui. Toutes ces têtes furent apportées sur l'At-Meïdan et exposées devant Cabakdjy. Deux seuls proscrits échappèrent; ils durent la vie à la confiance qu'ils lui témoignèrent en venant s'abandonner a sa générosité qui ne leur fit pas défaut. La dix-septième téte réclamée par les rebelles leur fut jetée de l'un des créneaux des murs du serait : c'était celle du Bostandjybachy qui crut sauver son maitre en arrachant de sa bouche l'arrêt de sa mort. Mais ce sacrifice et la suppression du Nizam-Djedid n'empêchèrent point la chute du sultan. Cabakdjy la proposa à ses complices, la soumit à l'approbation du mufti ; puis, se faisant l'interprète de la volonté nationale, il déclara que Sélim avait cessé de régner et que Mustapha IV était le légitime empereur des Osmanlys. Ce décret fut signifié verbalement par le mufti au sultan déchu, qui alla prendre dans le vieux sérail

la place qu'avait occupée son cousin. Lee troupe* du Nizam-Djedid, qui, renfermées dans leurs casernes, attendaient le résultat de la révolution, se dispersèrent au moment où Cabakdjy se disposait a les attaquer. Le calme étant rétabli, les Yamaks reçurent une faible gratification et fureut relégués dans les forts du Bosphore dont le commandement supérieur fut l'unique récompense de celui qui , durant trois jours, avait été le chef de la nation et l'arbitre des destinées de l'empire. Bientôt l'ambition ayant brouillé le caim-ekam avec le mufti, tous deux s'efforcèrent de mettre Cabakdjy dans leurs intérêts : il se déclara |>our le second, demanda et obtint du nouveau sultan la destitution du caïm-ekam, et le fit remplacer par Taher-Paclia , ancien gou* verneur de Trébizonde , que Sélim avait disgracié à cause de ses liaisons avec la cour de Pélersbourg. Cabakdjy recouvra alors toute son importance. Sa brutale franchise, son désintéressement inspirèrent de la confiance au général Sébastian! qui , par le crédit de ce factieux, obtint pour l'ambassade de France l'influence dont elle avait joui sous le dernier règne. Mais la mort tragique du prince Souzzo, premier drogman do la Porte, ami des Français et protégé par Cabakdjy, ayant brouillé celui-ci avec Tahcr-Pacha qui l'avait provoqué, ce dernier, après avoir tenté vainement de semer la division entra Cabakdjy et le mufti, perdit sa place. Pour se venger, il alla trouver Mustapha Baîrakdar qui commandait l'armée contre les Russes, et il parvint aisément à inspirer ses projets de vengeance contra Cabakdjy et le mufti à un général qui, regrettant Sélim, devait haïr les auteurs de sa chute. Baïrak* dar, s'étant concerté avec le grand vizir qui était à Andrinople, résolut de rétablir Sélim. Mais une telle entreprise ne pouvait s'exécuter sans la mort de Cabakdjy, le plus ferme soutien de Mustapha IV. Tandis qu'une partie de l'armée ottomane s'avance à petites journées vers Constantinople, sous les ordres de Baîrakdar et du grand vizir, qui répandent le faux bruit de la paix avoc les Russes, un détachement de cent cavaliers, forçant sa marche, arrive en juillet 1808, au milieu do la nuit, a Fanaraki, sur la mer Noire, et investit la maison de Cabakdjy. Le chef du détachement s'en fait ouvrir la porta sous prétexte de communiquer des dépêches importantes au commandant des forts; il pénétre danft le harem avec quatre hommes armés, et y surprend Cabakdjy en chemise au milieu de ses femmes ; il lui signifie son lirman do mort scellé par le grand vizir, le poignarde et envoie sa této aux généraux de l'armée. Les Yamaks vengèrent la mort de Cabakdjy sur son assassin et sur toute sa troupe ; mais, privés d'un chef si liabile, ils ne furent pas même appelés à Constantinoplo pour y défendra le sultan Mustaplia, dont ils ne purent empêcher la chute. ( Voy. Séliu 111, Mostapha IV et Mustapha-Raï-

BAKDAR.) A— t.

CABALLERO ou CAVALLERO, nom d'une famille napolitaine qui, transplantée en Espagne dans le dernier siècle, y a joué un rôle assez important. Don Juan Caballero, né dans le royaume de ISaples.

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en 1712, suivit la carrière des armes, et fit les guerres de 1739 à 1740, sous le roi don Carlos, qu'il accompagna en 4759, lorsque ce prince alla régner en Espagne, sous le nom de Charles III. Il dirigea la défense de Melilla en 1774, contre les attaques du roi de Maroc, et commanda les ingénieurs, en 4779, au blocus de Gibraltar. Sa réputation le lit appeler à Naples, où, avec l'agrément de son souverain, il alla mettre en état de défense les places du royaume des Deux-Siciles. De retour en Espagne, il était lieutenant général, membre du conseil suprême de la guerre, inspecteur général du corps du génie et directeur commandant des fortifications et des académies militaires, lorsqu'il mourut à Valence, le 28 novembre 1791. — Don Jérôme Caballero, son frère, embrassa aussi la profession des armes, et s'y avança rapidement depuis qu'il eut eu le bonheur de sauver don Carlos, en 1744, à la surprise de Vclletri. Ayant suivi ce prince en Espagne, il fut nommé ministre de la guerre en juillet 1787, et lieutenant général en 1789. Mais, en avril 1790, Charles IV lui ôta son portefeuille, dont il lui conserva d'abord le traitement ; il lui laissa aussi la présidence du conseil de la guerre et l'entrée des appartements du roi. Exilé de Madrid quelques mois après, lorsque Godoï parvint au timon des affaires, Caballero fut créé chevalier de St-Jacques et marquis en 1794 , puis nommé conseiller d'État efl 1798 par le crédit de son neveu, dont nous allons parler. H mourut en 1807, dans un âge très-avancé. Malgré ses hautes fonctions, ses titres et ses décorations, c'était un homme si médiocre, que sa nullité était passée en proverbe. — Don Jottph-Ântoine, marquis nE Caballero, lils et neveu des précédente, naquit à Sara gosse, vers 1700. Après avoir terminé ses études et son cours de droit, il obtint une place d'alcalde de Carte, puis d'auditeur à l'audience de Séville. Ayant épousé une camérisle de la reine, initiée dans les secrètes liaisons de cette princesse avec le ministre favori Godoî, il usa de cette circonstance pour ses propres intérêts et ceux de sa famille. Nommé en novembre 1791 fiscal du conseil suprême de la guerre, il parvint, en juillet 1798, au ministère de grâce et de justice après la chute du vertueux Jovellanos; fut fait grand'eroix de l'ordre de Charles III en 1802, et chargé par intérim du portefeuille de la guerre. Héritier du titre de marquis par la mort de son oncle, il perdit le ministère de la justice lorsque la révolution d'Aranjuez, en mars 1808, fit monter Ferdinand VII sur le trône d'Espagne : mais il conserva sa place au conseil d'Étal, et obtint celle de gouverneur du conseil des finances. Après le départ de Ferdinand pour Bayonne, il fut un des membres de la junte suprême du gouvernement qui élut, le 4 mai, Joachim Murât pour son président, et il signa en celte qualité l'adresse du 13 mai & Napoléon, pour lui demander un souverain de sa famille, puis la proclamation du 3 juin aux Espagnols, pour les préparer à ce changement. 11 signa encore, le 19 juillet, comme conseiller d'État, et le 25, comme membre gouverneur du conseil des finances, le ser-

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ment de fidélité que ces deux corps adressèrent au

roi Joseph Napoléon. Le marquis de Caballero, après l'arrivée en Espagne de ce nouveau monarque, accepta, le 8 mars 4809, les fonctions de conseiller d'État, le 18 mai celles de président de la section de justice et des affaires ecclésiastiques, et fut décoré au mois de septembre suivant du grand cordon du nouvel ordre royal d'Espagne. Les revers de Napoléon ayant entraîné la chute de son frère, en 1813, Caballero suirit Joseph en France, et choisit Bordeaux pour sa résidence. Condamné A un exil perpétuel par ordonnance de Ferdinand VII, en février 1818, il rut rappelé en Espagne après la révolution de 1820 par le gouvernement constitutionnel, et mourut à Salamanque dans le courant de l'année 1821. Caballero était un homme sans idées fixes, sans principes solides, et dont l'esprit et le caractère également flexibles savaient se plier aisément à toutes les opinions, à toutes les circonstances. Courtisan et dévoué au gouvernement absolu sous les Bourbons, on le vit néanmoins, sous la domination française, afficher et professer l'athéisme, l'un des moyens les plus subversifs de la durée des monarchies. ( On peut consulter sur ce personnage les Mémoires du prince de la Paix. ) — Plusieurs autres Caballero ont occupé en Espagne des fonctions très-importantes au conseil des ordres, au conseil des finances, à la junte royale du commerce, à la surintendance des postes, etc. A— T.

CABALLERO ( Ratmond-Diospada), savant bibliographe, naquit en 4740 dans l'Ile de Maïorque, d'une famille originaire de l'Estramadure. Admis à douze ans chez les jésuites, après avoir terminé ses éludes avec succès, il enseigna le latin au séminaire des nobles, et les belles-lcllres au collège impérial a Madrid. A la suppression de la société, il eut le sort de ses confrères, s'établit à Rome, où il partagea ses loisirs entre les devoirs de son état et la culture des lettres. 11 avait conservé dans l'exil l'attachement le plus tendre pour sa patrie. H n'écrivit guère que pour venger les Espagnols des injustes accusations que leur adressent les étrangers, et publia la plupart de ses ouvrages sous le nom de Filibero de Parripalma, nom qui réunissait tous les objets de son affection (4). 11 goûta le plaisir, trèsvif sans doute pour une Ame comme la sienne, de voir le rétablissement de la société dans laquelle, avec le goût de la retraite, il avait puisé l'amour de l'étude et des vertus chrétiennes. ( Yoy. Pie VIL ) Sur la fin de sa vie, il rassembla dans un ouvrage plein de recherches les titres littéraires de ses confrères, et mourut vers 4820. On a de lui : 4* de prima typographies hiepanieœ atate Spécimen, Rome, 4703, in-l°. Le P. Caballero, dans cet ouvrage, prouve que les Espagnols ne furent pas les derniers à jouir du bienfait de l'imprimerie, puisque dès 1474 Valence possédait un atelier typographique, et qu'avant la fin du siècle, vingt autres villes d'Es-

(I) FUitoro oo MMknu, ami de de la lille de rEstrawUurr dont son pire le nom du lien de w n»i*uaee.

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pagne : Barcelone, seville, Burgos, Saragosse, Sala manque, Tolède, Murcie, etc., eurent le même avantage. Il essaye de montrer ensuite que les imprimeurs espagnols ne le cèdent point à ceux des autres nations, et fait un magnifique éloge d'll»arra (voy. ce nom), qui, dans le 18* siècle, fut l'égal des premiers typographes de France, d'Angleterre et d'Italie. Mais on aura de la peine à convenir avec Caballcro que l'inquisition, loin do nuire au progrès des sciences, les a constamment favorisées. C'est la cependant ce qu'il cherche à établir Jans une digression, d'ailleurs fort curieuse, où il montre que les siècles où l'inquisition a joui de la plus grande autorité sont précisément ceux où les lettres et les sciences ont fait le plus de progrés en Espagne. La discussion de ce fait trouvera sa place à Part. Llohen te, ( Voy. ce nom.) 2* Ottervasioni tulla patria del pillore Giuieppe di Rivera dette lo Spagnoleilo. Cette dissertation a été publiée dans \ Anlhologia Romana, 1796, et dans le Giornale leiterario di Napoli. t. 30. ! I y revendique (tour l'Esfkagne l'honneur d'avoir donné le jour à ce grand artiste. ( Voy. ESPAGNOLE!-. ) 5* CommeiUariola critica : primum de diteiplina arcani; secundum, de lingua evangetiea, Rome, 1798, in-8*. Dans la première dissertation, il réfute les paradoxes du P. Hardouin et de Sclielstratc ; et dans la seconde, l'opinion de Dominico Diodati (voy. ce nom), qui prétendait que Jésus-Christ et ses disciples ont fait usage de la langue grecque. 4* Richerche appartenenii ail' aceademia del Pontano, ibid., 1798, in-8». ( Voy. Pokta- Ni;s. ) 5' Awertimenli amichevnli ail'erudito tradultore romaiio délia geografia di W. Guttrie, Naples, 1799. C'est !a réfutation des erreurs commises par le géographe anglais au sujet de l'Espagne et de ses colonies d'Amérique. 6* L'Eroiitno de Ferdinando Cortete eonfermato eontro le censure nemiehe, Home, 1800, iii-8". C'est une apologie du célèbre Corlcz (voy. ce nom), conquérant du Mexique. 7° Bibliotheea Seriplorum ioeietalii Jetu SupplemerWa duo, ibid., 1814-16, 2 parties, in-4°. Sobre d'éloges et de réflexions, le P. Caballero ne loue ses confrères que par les faits : on peut donc avoir en lui la plus grande confiance. Quoiqu'il eût acquis du P. Garcaria les mémoires laissés |»ar le P. Oudin sur les jésuites français qui ont écrit depuis la publication de l'ouvrage de Southwell (voy. ce nom ), on y remarque plusieurs omissions que l'on a cherché à réparer dans la Biographie universelle. Les articles qui concernent les jésuites d'Espagne, d'Italie et d'Allemagne sont plus nombreux et plus complet*. Caballero a laissé plusieurs ouvrages manuscrits. Le plus important est la critique de l'histoire du Mexique par son confrère le P. Clavigero [voy. ce nom), intitulée : Qbterracionet americanat y tupplemenlo critica a la hùloria de Mexico, 3 vol.

CABALLO (Emmanuel) , s'illustra au siège de Gènes, sa patrie, en 1513. Un vaisseau chargé de vivres et de munitions allait tomber au |>ouvoir des Français qui , depuis seize mois , assiégeaient la ville et l'avaient réduite aux horreur» de la famine,

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lorsque Caballo monta sur un autre vaisseau et amena le premier a Gênes, au milieu du feu de l'ennemi. Cette action, qui décida la levée du siège, lui mérita le nom de libérateur de sa patrie. — François Caballo, de Bresse, professeur de médecine à Padoue, mort à Bresse en 1540, dans un Age très-avancé, a laissé, dit Moréri, un livre latin qui traite de l'animal qui entre dans la tbériaque, imprimé avec les Consilia medica d'Antoine Cermisone, Venise, 1303, in-fol., réimprimé dans d'autres collections, et, pour la dernière fois, avec les ouvrages choisis de médecine de Barthélémy Montagnana, Nuremberg, 1652, in-fol. A. B— T.

CABANE (Philippine), dite la Calattoite, blanchisseuse de son métier et femme d'un pécheur, fut choisie pour nourrir le fils dont la duchesse de Ca labre était accouchée en Sicile, où son mari Robert , qui depuis fut roi , faisait la guerre. On la connaissait alors sous le nom de Philippine. Cette femme, jeune et belle, joignait à ces dons de la nature le talent de plaire et de suivre les passions de ses maîtres pour les subjuguer. A dix-sept ans , la Calanoise fit ce qu'un courtisan, vieilli dans l'intrigue, tente souvent en vain. La duchesse étant morte, et le duc ayant épousé dona Sanclia d'Aragon , la Catanoisc, aussi dévote, aussi contemplative que sa nouvelle maîtresse, s'en fil aimer encore plus qu'elle n'avait été aimée de la première. Dans le même temps , parut à Naples un autre phénomène de la fortune. Raymond de Cabane, premier maître d'hotel du roi, avait acheté un jeune Sarrazin pour son service ; il s'attacha bientôt à cet esclave, et lui donna son nom, son bien et son rang. Le vieux Cabane le fit connaître au roi Robert, qui avait succédé a Cliarles II , et il obtint la faveur de lui céder sa place. I.e nouveau Cabane fut armé chevalier par le roi même, qui le fit aussi grand sénéchal, k la vue de sa noblesse indignée. Le mari de la Catanoise était mort, on la maria avec Cabane. Il fallait mettre auprès de la nouvelle duchesse de Calabre , épouse du fils de Robert, une dame d'honneur capable de lui donner de lions conseils : la grande sénéchale fut choisie pour remplir ce poste. Catherine d'Autriche, sa nouvelle maltresse, aimait les plaisirs; elle trouva dans l'adroite sénécltale toute la complaisance qu'elle pouvait désirer, et le goût le plus décidé pour les plaisirs. Celle-ci lit place à Marie d< Valois, qui fut pour la Catanoise ce que les au très princesses avaient été, et ce que la reine était encore. Cabane vint à mourir : sa charge fut conservée a son fils. Enfin la duchesse de Calabre, en mourant, la demanda pour gouvernante des deux filles qu'elle laissait. De ces deux filles, l'aînée fut Jeanne V, qui lui donna aussi toute son affection. La Catanoise ne fut pas moins complaisante à servir toutes ses passions. Elle favorisa la vie licencieuse de cette reine, et la servit dans ses intrigues. Ce fut elle qui lui proposa de se défaire d'André de Hongrie , son mari ; mais, si elle eut la plus grande part au massacre du roi André, le 18 septembre 1345, elle en fut aussi la première victime. Bertrand de Bayx ayant été chargé par le pape d'instruire le procès

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