LA PIÈCE DE MOLIERE
Membre du musée de Paris établi par Court de Gebelin dans ta rue Dauphine, en 4780, Cailhava était devenu, en 4 788, le chef d'un parti opposé au fondateur qui, nommé président honoraire perpétuel, avait été faussement soupçonné de mauvaise gestion. La querelle s'aigrit au point qu'il en fat référé au lieutenant général de police. Les dissidents ayant déchiré Pacte d'union en vertu duquel la maison était louée , Court de Gebelin leur en fit fermer les portes, lorsqu'ils se présentèrent pour assister à la séance du 31 juillet. En vain Cailhava et ses partisons eurent recours à des commissaires pour constater le refus et faire enfoncer les portes ; aucun d'eux n'ayant voulu leur prêter son ministère, ils se déterminèrent, après des procédures inutiles, à se réunir, le 44 décembre, au musée scientifique de mitre de Rozier, rue Stc-Avoie, sous ta présidence de Cailhava. Ils publièrent ta relation de cette séance dans les journaux ; mats Court de Gebelin réclama contre leurs, prétentions : Il déclara que le musée existait toujours dans son ancien local, et que Cailhava n'était qu'un intrus, puisqu'il avait donné sa démission le 7 août. Celui-ci ne rentra au musée qu'à la fin de 4788, après ta mort de son rival. Afin de se livrer à son gont pour le théâtre, Cailhava, à l'époque de la révolution, établit une école dramatique dans l'ancien local du musée, rue Dauphine. Celte école, d'où sont sortis quelques bons sujets, fût le noyau de la troupe qnc forma Dorfeuille et qui devint plus tard le Uiéâtre des Elèves de la me de Thionvillc. En 1792, Cailhava fut nommé membre de l'assemblée électorale de Paris, et le zélé qu'il montra pour assurer les approvisionnements de cette cité populeuse n'aurait pas été sans danger pour lui, s'il n'eût joint le courage passif à un caractère conciliant. Ses services ne lui valurent que des persécutions sous le régime de ta terreur. Fontancs ayant été exclu de l'Inslimt âpres te 48 fructidor (4797), Cailhava se mit sur les rangs pour le remplacer, et fut élu en avril 4798. On le blâma de cette démarche; on le regarda comme usurpateur d'un fauteuil illégalement enlevé à un autre (exemple que l'on a depuis imité) ; mais sa modestie, son urbanité et ses manières obligeantes lui gagnèrent bientôt l'amitié de ta plupart de ses confrères. Palissot qui, non plus que Cailhava, n'avait jamais été de l'Académie française, n'ayant pas eu comme lui l'honneur d'arriver â l'Institut, devint son ennemi. Il l'avait ménagé dans la première éditionde ses Mémoires littéraires, en 4777 ; il le ba-
foua dans l'édition de 1804. Laharp«, qui, dans son Cours de littérature, a fait mention d'auteurs plus médiocres, n'a pas daigné citer une seule fois Cailhava, auquel il gardait rancune ; mais il en parle avec aigreur et animosité dans plusieurs endroits de sa correspondance. Cailhava, qui n'était pas rancunier, se consola sans peine de la haine de ces deux Aristarques. Il ne s'offensa pas davantage des facéties du poète Lebrun, qui le traitait assez injustement de Gascon béte, ni de la fatuité de Molé, qui, le trouvant plus comique que ses ouvrages, aimait mieux, disait-il, le jouer au foyer que sur le théâtre. Cailhava conserva sa santé, sa gaieté, jusqu'à la fin de ses jours. La perte d'un capital de 20,000 francs et celle de ses pensions auraient rendu malheureuses ses dernières années, sans les soins constants que lui prodigua sa fille qui, pour ne pas l'abandonner, avait refusé des mariages avantageux auxquels l'appelaient sa beauté, son esprit, son talent pour le chant, et son noble caractère. Les bienfaits de Napoléon vinrent au secours de la piété filiale. Retiré à Sceaux prés Paris, Cailhava y mourut le 26 juin 1 813, à l'âge de 82 ans, et y fut enterré près de Florian. Son éloge funèbre fut prononcé par Picard, qui le plaça parmi les restaurateur» de la comédie en France. Nous citerons encore les titres de quelques ouvrages de Cailhava, aux quatre premiers desquels il n'a pas attaché son nom : 1° le Remède con/re l'amour, poème en 4 chants, Paris, 1762, in-8°. 2° Le Soupir, ouvrage moral, Londres et Paris, 1772, 2 parties in-12, avec permission tacite (1). 3" Le Pucelage nageur, conte en vers, 1766, in-8", réimprimé dans le livre suivant. 4° Contes en vers et en prose de feu f abbé de Colibri, ou le Souper, Paris, 1767, 2 vol. in-18. Ces contes sont tous plus ou moins licencieux. 5* Essai sur la tradition théâtrale, Paris, 1798, in-8°. 6° Œuvres badines, ihid., 1798, 2 vol. in-18. r L'Enlèvement de Ragotin et de madame Rouvillon, ou le Roman comique dénoué, comédie en 2 actes, en prose, ibid., 1799, in-8», non représentée. C'est i tort que la Biographie des contemporains lut attribue la Descente de Bonaparte en Egypte, oj la Conquête d'Alexandrie. Cailhava lut seulement à l'Institut, en 1801, une notice sur ce ballet pantomime en 4 actes, de Pascal Bruncti. Cailhava avait annoncé, dans le Moniteur du 31 décembre 1789, des Annales dramatique*, dont la publication devait commencer quelques mois après ; mais èl les n'ont jamais paru. Il a laissé manuscrits des Mémoires de sa vie qu'il avait lus à diverses fois dans la société de madame Fanny de Beauliarnais. Il les avait vendus à une maison de librairie avec laquelle des discussions d'intérêt l'obligèrent de rompre son traité peu de temps avant sa mort. Ces mémoires, qui forment 5 ou 6 volumes, sont un tableau intéressant et animé de la littérature, de la société et de l'intérieur de la Comédie-
(I) Cet ouvrage, dont le Dktiomuire de* outrage» anonyme» nous a fourni le Uire, et que nous ne connaissons pas, est neai-etre le même que celui que nous indiquons mu le n' 4, et nous croyons
Française, depuis 1730 jusqu'en 1813. Ils contiennent une foule de faits curieux, de portraits et d'anecdotes, et l'on y voit figurer la plupart des notabilités contemporaines, Pompignan, Favart, Sedaine, Nivernois, Guibert, Dorât, Florian, Ducis, BouMers, Laujon, Grétry, Gossec , Piccini , Vien , Vincent, Renaud , David , Bailly, Lavoisier, Cambacérés et autres littérateurs, artistes, savants et personnages politiques, morts récemment ou encore virants. Mademoiselle Cailhava en a confié la révision et la publication à M. de Lamotne-Langon, compatriote et ami de son père. A— t.
CAILLAHD (Abraham-Jacques), né le 4 juillet 1734, mourut le 3 octobre 1776, âgé de 42 ans. Le célèbre Pothier, dont il fut l'élève et l'ami, encouragea et seconda ses talents, de manière qu'une réputation méritée le précéda au barreau, où «es premiers essais furent des triomphes. Doué d'une mémoire prodigieuse, il y apporta une connaissance profonde des lois , une logique saine, et tous les talents qui font l'orateur. Il paraissait dans le monde, dans son cabinet et dans ses consultations avec ses confrères, froid, taciturne, indifférent, inhabile sur presque toutes les madères : il lui fallait absolument le barreau et le bonnet carré ; alors ce n'était plus le même homme, cl il plaidait avec le plus grand succès. II étonnait par sa facilité à saisir les affaires les plus compliquées, par la justesse avec laquelle il les présentait sous leur véritable point de vue. Investi d'une confiance sans bornes, il plaidait plusieurs causes dans le même jour, et toujours sur de simples notes. On a imprimé sur lui que, dans des circonstances urgentes, il a dicté à la fois à trois secrétaires différents trois mémoires relatifs à diverses causes. Caillard était si expédilif, que ses confrères l'appelaient moule à affaires. Lors du parlement Maupeou, il fut un des quatre avocats qui ne refusèrent pas de plaider, et qu'on appelait les quatre mendiants, présumant que c'était l'intérêt qui les avait déterminés. Linguet, qui fut l'ennemi de Caillard, l'a plusieurs fois attaqué dans ses écrits. On a mis en ordre les matériaux qu'il a laissés sur différents points de jurisprudence ; ils caractérisent également l'étendue de ses recherches et la prorondeur de son érudition, et sont renfermés dans quatre-vingts cartons. C— T.
CAILLAHD ( Antoine-Bernard ), né à Aignay, en Bourgogne, le 28 septembre 1737. Après avoir travaillé quelque temps avec Turgot, alors intendant de Limoges, il fut, de 1770 â 1772, secrétaire de légation à Parme; de 1775 à 1774, à Cassel. En 1775, il passa en la même qualité à Copcnlmgue, et y fut chargé d'affaires jusqu'en 1780. La même année, il alla à St-Pétersbourg, où il devint, en 1783, chargé d'affaires. Il se lia alors avec H. de Goertz, ministre prussien. En 1784, Caillard revint à Paris, et fut, en 1785, envoyé en Hollande; il y fut chargé d'affaires en 1787, revint en France en 1792, et fut nommé ministre plénipotentiaire à Ratisbonne. Bientôt après, il eut une nouvelle mission en Hollande. Il était, en 1795, ministre plénipotentiaire a Berlin. De retour en France, il lut nommé
garde des archives des relations extérieures. Il tint même le portefeuille de ce ministère pendant une absence du ministre. Caillard est mort à Paris, le 6 mai 1807. Il aimait la littérature et les livres, ce qui n'est pas toujours la même chose. Il avait une bibliothèque magnifique, dont il donna lui-même le catalogue en 4805, in-8*. 11 n'en avait fait tirer que vingt-cinq exemplaires ; ce catalogue a été réimprimé en 1808, à 1,200 exemplaires, pour la vente qu'on fit de cette belle collection. On a encore de Caillard : 4» plusieurs articles dans le Magasin encyclopédique et d'autres journaux. 2° Mémoire $ur la révolution de Hollande, en 1787, imprimé dans l'ouvrage de M. L.-P. Ségur, intitulé Histoire des principaux événements du règne de Frédéric - Guillaume II. Ce mémoire a été traduit en allemand dans le journal intitulé laMinerva. Enfin Caillard a été l'un des traducteurs des Essais sur la physiognomonie par L.-G. Lavaler, 1781-1787, in-i». {Voy. Lavater. A. B— t.
CAILLAU (Jean-Marie), médecin, né à Gaillac, le 44 octobre 1763, se fit remarquer de bonne heure par un goût décidé pour la poésie latine. Après avoir terminé ses études, il entra dans la congrégation de la Doctrine chrétienne, et enseigna avec distinction dans plusieurs collèges jusqu'en 1787, époque à laquelle il abandonna cette carrière, ainsi que la corporation religieuse dont il faisait partie, pour se fixer à Bordeaux. Pendant les premiers temps de son séjour dans cette ville, il se chargea de l'éducation de plusieurs jeunes gens, entre autres de Lebrun des Charraettes, auteur d'une histoire de Jeanne d'Arc. En 1789, il commença l'étude de la médecine. Les connaissances qu'il acquit assez rapidement le firent désigner, en 1794 et 1705, pour remplir les fonctions de médecin à l'arméo des Pyrénées-Occidentales, dans les hôpitaux de Bayonne et de Sl-Jean-de-Luz. 11 revint à Bordeaux en 1796, et se rendit, en 1802, à Paris, où il prit le grade de docteur. De retour à Bordeaux, l'année suivante, il s'y adonna, non-seulement à la pratique dans la ville et à l'hôpital dont il était médecin, mais encore a des travaux fort assidus de cabinet, et il reprit les cours publics qu'il avait déjà commencés en 4800. En 4815, il fut nommé vice-directeur, et en 1810, directeur de l'école de médecine. Sa mort arriva le 8 février 4820. Chaque année il publiait de nombreux opuscules, et la poésie ne cessa jamais d'avoir des charmes pour lui. En 4812, il remporta le prix de la violette à l'académie des Jeux floraux de Toulouse. C'était un médecin instruit, modeste et laborieux, d'un caractère sérieux, bon et sensible, mais entêté, et parfois un peu caustique. Ses ouvrages sont : 4» Mémoire sur la gale, suivi de cas de pratique de cette maladie, Bayonne, 4795, in 8*. 2e Avis aux mères de famille sur l'éducation et les maladies des enfants, Bordeaux, 4796, in-12. 5» Mémoire sur une éruption venteuse extraordinaire à la verge, Bordeaux, 1796, in-8*. 4° Journal des mères de famille, Paris et Bordeaux, 1707-1798, 4 vol. in-8*. C'était un ouvrage périodique destiné à retracer les préceptes que les mères doivent suivre pour nourrir et élever leurs enfants. 5» Premières Lignes
dt nosologie enfantine, Bordeaux, 1797, in-12. 6" Examen d'un livre intitulé Philosophie médicale par le docteur Lafon, Bordeaux, 1797, in-8*. 7» Rapport sur la mortalité des enfants qui a eu lieu à Bordeaux pendant les cinq derniers mois des années 4 et 5, Bordeaux, 1707, in-8". 8° Mémoire sur un malade dont l'affection consistait à éprouver des sensations désagréables à l'approche des métaux, Bordeaux, 1799, in-8°. 9° Mémoire sur l'asphyxie par submersion, Bordeaux, 1799, in-8». 10» Avis aux mères de famille, aux pères, aux instituteurs de l'un et de Vautre sexe, à tous ceux qui s'occupent de réducation physique et morale, de l'instruction et de la santé des enfants , Bordeaux , 1799, in-8°. 41» Notice sur la vie et les écrits de P. Desault, Bordeaux, 4800, in-8*. 12« Éloge de J.-C. Grossard, Bordeaux, 4801, in-8°. 43* Plan d'un cours de médecine infantile, Bordeaux, 1800, in-8°. 44° Biscours prononcé à Vécole élémentaire de médecine, Bordeaux, 4801, in-4*. 45° Précis analytique d'un cours de médecine pratique, Bordeaux, 4 KOI, in-8". 16° Mémoire sur une prétendue pluie sulfureuse, Bordeaux, 4804 , in-8°. Caillau établit avec raison que ce phénomène, dont on connaît un grand nombre d'autres exemples, tient à la poussière des étamines des plantes conifères. 17° Deux Mémoires sur la dentition, Bordeaux, 1801-1802, in -8°. 18° Medicina infanlilis brevis Delineatio, cui subjunguntur considerationes quadam de infantia et morbis infanlilibus. Paris, 1803, in-80. 19" Plan d'un ouvrage ayant pour litre : Mémoires pour servir à l'histoire de la médecine et de la chirurgie à Bordeaux, depuis le 4* siècle jusqu'en 1800, Bordeaux, 1804, in-8a. 20» Notice sur l'emploi médical de l'écorce du pin contre les fièvres intermittentes, Bordeaux, 1805, in-8*. SI* Mémoire sur diverses substances que le crime et le hasard mettent à portée de nuire aux hommes, Bordeaux, 1805, in-8*. 22° Mémoire sur la première dentition, Bordeaux, 1805, in-8°. 23" Essai sur l'endurcissement du tissu cellulaire chez les enfants nouveau-nés, Bordeaux, 1805, in-8". 24* Éloge d'A.-S. Lucadou, médecin à Bordeaux, Bordeaux, 1806, in-8°. 25° Mémoire sur les époques de la médecine, Bordeaux, 1806, in-8". 26» Considérations sommaires sur les enfants à grosse téle, et aperçu sur l'influence de quelques maladies sur le physique et le moral de l'enfance, Bordeaux, 1806, in-8°. 27e Avis sur la vaccine, Bordeaux, 1807, m-8°. 28° Réflexions sur les dangers de retirer trop brusquement les enfants des mains de leurs nourrices, Bordeaux, 1807, in-8°. 29° lettre contenant l'examen d'un ouvrage de M. Richcrand sur les erreurs populaires en médecine, Bordeaux, 4810, in-8». 30° Manuel sur les eaux minérales factices, Bordeaux, 4810, in-8". 51° Instruction sur le croup, Bordeaux, 4810, in-8». 32° Tableau de la médecine hippocratique , 1806, 1811, in-N '. 33" Mémoire sur les rechutes dans les maladies aiguës et chroniques, Bordeaux, 1812, in-8°. 54° Mémoire sur le croup, Bordeaux, 1812, in-8°. 35" Réflexions morales sur les femmes consisidérées comme garde-malades dans les hôpitaux, Bordeaux, 1813, in-8«. 36» Examen critique des no-
lologies modernes, Bordeaux, 1814, rn-8\ S7» Rapport sur les moyens de réprimer le charlatanisme, Bordeaux, 1816, in-8°. 58* Eloge de Villaris, Bordeaux, 1817, in-8«. 59* Réflexions sur la mort prématurée de quelques enfants célèbres, Bordeaux, 1818, in-8". 40° Réflexions sur l'art d'écouler, considéré relativement à la médecine, Bordeaux, 1818, in-8». 41» Réflexions sur les vésanies et sur quelques auteurs qui ont traité des affections mentales, Bordeaux, 1818, in-8°. 42* Eloges de Mingelouseaux père et fils, Bordeaux, 1818, in-8». 45° Eloge d"Eusèbe Valli, Bordeaux, 1818, in-8°. 44° Mélanges de médecine et de chirurgie, Bordeaux, 4818, in-8*. Réponse à une lettre et A un mémoire de M. Cazalet sur la rage, Bordeaux, 1818-1819, in-8». 45° Mémoire sur van Uelmont et ses écrits, Bordeaux, 4819, in-8°. 46° Réflexions médicales sur le penchant des hommes à (a crédulité, Bordeaux, 1819, in-8". 47» Notice sur les glandes surrénales, Bordeaux, 4819, in-8». 48° Plaintes de la fièvre puerpérale contre les nosologisles modernes, Montpellier, 4819, in-8". 49» Almanach de la société de médecine de Rordeaux, Bordeaux, 1819, in-8*. 50" Notice sur Gabriel Tarragua, Bordeaux, 1819, in-8". 51* Médecine infantile, ou Conseils à mon gendre et aux jeunes médecins sur cette partie de l'art de guérir, Bordeaux, 1819, iii-8°. Caillait a inséré un grand nombre de pièces de poésie dans le recueil de l'académie des Jeux floraux. On lui doit aussi une traduction française de la Callipèdie de Claude (Juillet [voy. ce nom), Bordeaux, 1799, in-1'2; et un poème en 3 chants, intitulé l'Antoniade, 1808, in-8°. J— d— N.
CAILLAVET, sieur de Monplaisir, né à Condom, vers la fin du 16" siècle, embrassa d'abord l'état militaire, et, après avoir fait plusieurs campagnes en Italie, quitta cette profession pour étudier le droit. En 1630, il était avocat au parlement de Bordeaux et y plaidait avec quelque réputation. L'amour l'avait rendu poète, et c'est à une maîtresse notnraée Mélinde qu'il adressa la plupart de ses vers. Goujet dit que le style de Caillavet tient beaucoup de celui de Malherbe ; qu'on trouve dans quelques-unes de ses pièces de l'esprit, de l'imagination, de la douceur dans les expressions. C'est beaucoup que ce critique, toujours prêt à blâmer les vers amoureux, lui ait donné de pareils éloges. Les poésies de Caillavet furent imprimées pour la seconde fois à Paris, en 1634, in-4°. On trouve dans le premier livre ses poésies amoureuses, et, dans le second, drs stances, des élégies, des odes, des épigrammes, etc., et quelques lettres en prose. Il ne faut pas confondre Caillavet avec le comte de Monplaisir, ami de St-Paviu, de Lalane et de Charleval, dont de St-Marc a réuni les poésies à celles de ses amis, en 175!), 2 vol. in-12. { Voy. Monplaism.) VV-s.
CAILLE (AsinnÉ), docteur en médecine, que l'on croit de Lyon, a vécu dans le 16e siècle. Il a traduit du Utin eu français : !• la Pharmaeoi** de Jacques Dubois en 5 livres, Lyon, 1554, in-8» ; 2" le Guidon des apothicaires de Valerius Cordua,
Lyon, 1372, in-16 ; S* le JatéHn «riffefMl â'Ah-
toine Mizaud, 1578, ln-8*. A. B— T.
CAILLE (Jeyn de la ), libraire et imprimeur à Paris, en 1664, y est mort en 4720. 11 est auteur d'une Histoire de Vimprimerie et de la tibrairi*. 1689, in-4*, ouvrage peu estimé. Prosper Marchand dit a que l'auteur est un des plus inexacts écrivains a que nous ayons. » Fournier jeune observe « que « la Caille est le moins exact et le moins instruit des « historiens de l'imprimerie. » Desraaizcaux le traite encore plus mal. Née de la Rochelle dit « que « YHistoire de l'imprimerie est le plus connu et îe « moins bon des ouvrages de Fauteur, dont tous les a écrits, ajouic-t-il, se rapportent à l'histoire de la o ville de Paris. » La Bibliothèque historique de la France, n° 47937, de l'édition de Fontette, donne un détail très-circonstancié des cartons et des additions que l'auteur avait imprimées, pour les joindre aux exemplaires qui lui restaient en fonds, en attendant une nouvelle édition qui n'a pas paru. Ces additions, postérieures à l'année 1694, puisqu'on y cite l'ouvrage de Chevtllier qui ne parut que cette année-la, ne se trouvent que dans un très-petit nombre d'exemplaires, les s»-uls qui méritent d'être recherchés. Jean de la Caille a encore publié les planches gravées par Scotin le jeune, sous le titre de Description de la ville et faubourgs de Paris en vingt-quatre planches, dont chacune représente un des vingt-quatre quartiers, suivant les divisions faites en 170:2, avec un détail exact de toutes les abbayes, églises, etc., données par ordre de M. d'Argenson , lieutenant de police de la ville de Paris, Paris, 1714, in-fol. A. B— T.
CAILLE ( Nicolas-Louis de LA), né à Bumigny, près de Bosoy en Thiérache, le 15 mars 1713. Son père, Louis de la Caille, après avoir servi dans les gendarmes de la garde et dans l'artillerie, s'était retiré à A net avec la place de capitaine des chasses de la duchesse de VendOme. Là il consacrait aux sciences, et principalement à la mécanique, tout ce qu'il avait de loisirs, et, par ses exemples autant que par ses leçons, il tâchait d'en inspirer le goût à son fils, qu'il envoya au collège de Lisicux pour y ac)icvcr ses éludes, Par la douceur de son caractère, son assiduité au travail et ses progrès rapides, ce jeune homme s'était concilié l'estime et l'amitié de tous ses maîtres, lorsque la mort de son père le laissa sans fortune et sans ressources. Le duc de Bourbon, qui avait placé le père, vint généreusement au secours d'un enfant dont ou lui avait rendu les meilleurs témoignages. Pour s'assurer une existence tranquille et indépendante, et se ménager en même temps la faculté de suivre son goût pour les sciences, la Caille voulut se vouer à l'état ecclésiastique, et il commença son cours de Uiéologi«. Ce fut aussi vers ce temps qu'il commença i tourner ses pensées vers l'astronomie, et, malgré la difficulté de s'instruire sans maître, sans instruments, presque sans livres et dans le plus grand secret, Fouchy lui rend ce témoignage, qu'en 1736 U l'avait trouvé tellement avancé, qu'il avait peine 4 comprendre comment, seul et «an* secours, un jeune
CM
> de vingt- trois ans pouvait avoir été al loin. It portait l'esprit géométrique dans la philosophie acolaatique et dans la théologie même, dont il voulu i t réformer le tangage et traiter les propositions i ta manière d'Euclide, son auteur favori. Au premier examen qu'il eut a subir, il avait gagné tous les suffrages, lorsque te vice-chancelier, vieux docteur habitué aux subtilités de l'ancienne école, s'a— visa de faire au candidat nne de ces questions futiles dont on commençait A se moquer. La Caille répondit avec une franchise si imprudente, que le vieux pédant irrité voulait lui faire refuser le litre de maître ès-arts, qu'il ne lui conféra que de mauvaise grAce et sur les réclamations des autres examinateurs. Cette injustice tourna au profit des sciences ; car la Caille, averti par ce désagrément des obstacles qu'il pourrait rencontrer dans cette carrière, prit le parti de se borner au diaconat qu'il venait de recevoir, et de renoncer totalement A la théologie. Fouchy le présenta A Jacques Cassini, qui l'accueillit et lui donna un logement à l'Observatoire. Maraldi le prit en amitié, et, dès l'année suivante, ils Hrent ensemble la description géographique des cotes de la France, depuis Nantes jusqu'à Bayonne. L'exactitude et Fliabileté qu'il montra dans ces opérations le firent trouver digne d'être associé A la vérification de la méridienne, dont on commençait A s'occuper. On voit par ses manuscrits originaux, conservés A l'Observatoire, qu'il entreprit ce grand ouvrage le 50 avril 1739, et que, dans la même année, H avait achevé tous les triangles depuis Paris jusqu'A Perpignan , mesuré les bases de Bourges, de Rodés et d'Arles, observé les azimuts et les distances des étoiles au zénith A Bourges, Rodés et Perpignan, et qu'il avait pris la plus grande part A la mesure du degré de longitude qui se termine au port de Cette. Pendant le rigoureux hiver de 1740, il étendit ses triangles sur les principales montagnes d'Auvergne, pour joindre A la méridienne une nouvelle base qui venait d'être mesurée près de Riom. L'objet de cette excursion était de se procurer un moyen de plus pour éclairch* les doutes qu'il avait conçus sur la base de Juvisy, mesurée par Picard en 1669. Il avait reconnu et démontré que cette base était trop longue d'un millième, d'où il résultait que la toise dont Picard se servait était au moins d'une ligne plus courte que la toise de l'académie. Cette assertion, si longtemps contestée, fut prouvée avec évidence par les travaux de deux commissions nommées par l'académie pour vérifier cette base, et l'adversaire le plus opiniâtre de la Caille fut obligé de se ranger à son avis. En son absence et sur sa réputation, il venait d'être nommé, par le docteur Robbe, à la cliaire de mathématiques du collège Mazarin, et ces nouvelles fonctions retardèrent jusqu'A l'automne la continuation de la méridienne dans la partie du nord. La Caille la termina en quelques mois, pendant lesquels il mesura encore deux bases, et fit toutes les observations astronomiques à Paris et A Dunkerque. A son retour, Il se livra aux calculs qu'entraînait une si longue opération, et, par la
comparaison des différents arcs qu'il avait mesurés, il démontra que fcs degrés allaient en croissant de 1 équateur vers le pôle : conclusion diamétralement opposée A celle qui résultait de l'ancienne mesure. Ses traités de géométrie, de mécanique, d'astronomie et d'optique, qui se succédèrent en peu d'années, prouvent avec quelle assiduité il remplissait ses fonctions de professeur ; ses éphémérides et les nombreux et importants mémoires qu'il publia dans les volumes de l'académie des sciences, ses calculs d'éclipsés [xxir dix-huit cents ans, insérés dans ht 4M édition de VArt de vérifier les dates, prouvent avec quelle ardeur il poursuivait ses travaux astronomiques.«Il avait entrepris la vérification des catalogues d'étoiles. Les lunettes .méridiennes étaient presque inconnues en France, et celles qu'il avait pu voir ne lui inspirant que pen de confiance, il s'attacha à la méthode des liautcurs correspondantes, qu'il regardait comme la seule qui pût lui assurer l'exactitude à laquelle il aspirait. Dés l'an 1746, il était en possession d'un observatoire construit tout exprés pour lui au collège Mazarin, observatoire conservé précieusement depuis par Lalande, et qui a été détruit A l'instant même qui aurait dû plus que jamais en assurer l'existence, c'est-A-dirc au temps où ce collège fut disposé pour recevoir l'Institut impérial, qui n'eut malheureusement aucune connaissance des plans de l'architecte. Fidèle à la méthode pénible qu'il avait cru devoir préférer, pendant quatorze ans, la Caille passa les jours et les nuits A observer le soleil, les planètes et surtout les étoiles, pour rectifier les catalogues et les tables astronomiques. On lui avait abandonné les deux secteurs de six pieds avec lesquels il avait vérifié la méridienne de France. Curieux de connaître et de vérifier les étoiles australes qui ne se lèvent jamais sur l'horizon de Paris, il forma le projet d'un voyage au cap de Bonne-Espérance : il vit aussitôt tout le parti qu'il pourrait tirer de ce déplacement pour la parallaxe de la lune, celle de Vénus et do Mars, et enfin pour les réfractions. Il répandit en Europe une feuille d'impression par laquelle il donnait avis de ses projets aux astronomes qui pouvaient le seconder. Ce fut A cette occasion que Lalande, Agé de dix-neuf ans, fut envoyé A Berlin, qui est, A fort peu de chose prés, sur le même méridien que le Cap. Cette conquête astronomique, qui exigea quatre années de voyages ou de travaux» coûta au gouvernement, pour l'astronome et un horloger qui s'était joint A lui et pour tous les frais de construction et d'instruments, une somme de 9,144 livres 5 sous, dont la Caille, A son retour» rendit un compte si scrupuleux, qu'il étonna, dit-on, les agents du trésor royal. A son arrivée au Cap, il crut pendant quelque temps l'objet de son voyage manqué. Lorsque le vent de sud-est, si fréquent sur ces parages, venait A souffler, tous les astres paraissaient dans une agitation continuelle ; les étoiles prenaient la figure et les apparences des comètes, et la violence du vent ébranlait et les instruments et l'observatoire. Pour obvier en partie à ces inconvénients, il se bornait le plus souvent A des lunettes
moins fortes et à des instruments d'un rayon médiocre, et c'est ainsi qu'en cent vingt-sept nuits il put déterminer les positions d'environ dix nulle étoiles avec une célérité et une exactitude qu'on aurait cru impossibles, en considérant surtout les moyens dont il avait été forcé de se contenter. Le vaisseau qui devait le ramener en France n'arrivant pas au Cap, la Caille, pour ne perdre aucun instant, mesura un degré de l'hémisphère austral avec le môme soin, la même précision qu'on admire dans ses degrés de France, qui, à plusieurs égards, peuvent soutenir la comparaison avec la dernière mesure qui en a élé faite cl qui avaient au moins toute l'exactitude qu'il avait annoncée. Le gouvernement lui envoya l'ordre de lever la carte exacte des Iles de France et de Bourbon. La Caille savait que ce travail venait tout récemment d'être exécuté par un marin célèbre (d'Après); il le recommença avec plus de soin et de précision. A son retour, comme pendant sa première traversée, il s'occupa assidûment à comparer les différentes méthodes qu'on avait proposées pour le problème des longitudes. 11 choisit celle des distances de la lune au soleil ou aux étoiles, en démontra les avantages, et proposa une forme d'almanach nautique, adoptée depuis universellement. En faveur des marins peu instruits, il imagina des moyens graphiques ingénieux et nécessaires dans ces premiers temps pour familiariser le commun des navigateurs avec une méthode qui devait les effrayer par la longueur des calculs. Les astronomes qui enrichissent les cartes célestes de nouvelles constellations en font communément hommage à leurs protecteurs : la Caille consacra toutes les siennes aux arts et aux sciences. Il les représenta sur un planisphère de six pieds, qu'on vit longtemps dans la salle des séances de l'académie des sciences. A la suppression de cette compagnie, le planisphère disparut, et la toile s'est depuis retrouvée sans son cadre à l'Observatoire royal, où elle est conservée. A son retour à Paris, en 1754, la Caille, effrayé de la célébrité que son voyage lui avait si justement acquise, mit tous ses •oins a se dérober à un empressement et une curiosité dont tant d'autres auraient été flattés ; il se renferma dans son observatoire, et, pour éviter plus sûrement les distractions et les importun « il avait eu l'idée de se retirer dans une province méridionale, pour s'y occuper sans trouble d'une description exacte et complète de la partie du ciel qu'il nous est donné d'ol>scrver, et qui nous intéresse plus particulièrement. Ses amis s'opposèrent à un projet dont l'avantage ou la nécessité ne leur était pas démontré. Pour un astronome assidu et infatigable, et qui sait tirer tout le parti possible de ses observations, tous les climats sont à peu près indifférents, ta Caille partageait tout son temps entre son observatoire, ses calculs, ses devoirs d'académicien et de professeur, et la publication de ses divers ouvrages. C'est alors qu'il donna ses tables du soleil, ses Fondement! de l'astronomie, la suite de ses éphétnérides, et qu'il commença plus particulièrement à s'occuper de la lune et des étoiles zodiaca-
les ; mais sentant enfin que, pour le vaste plan qu'il avait formé, la méthode des hauteurs correspondantes devenait beaucoup trop lente, il plaça dans son observatoire une lunette méridienne qui devait lui donner les ascensions droites des étoiles avec plus de facilité. Mais comme il restait encore persuadé que ce moyen, plus expéditif, ne présentait pas tout à fait la même sûreté, il prit du moins toutes les précautions possibles pour atténuer des erreurs dont il avait une opinion exagérée. Il s'imposa la loi de ne placer dans son nouveau catalogue aucune étoile qu'il n'eût observée trois ou quatre jours, en la comparant chaque fois à plusieurs des étoiles fondamentales, dont il avait déterminé les positions avec tant de soius et de peines. Par la, ces étoiles secondaires acquirent une exactitude supérieure même à celle des étoiles qui servaient de fondement et k celle des étoiles zodiacales de ses célèbres émules, Bradley et Mayer, qui, munis d'instruments beaucoup meilleurs, se contentaient le plus souvent d'une observation unique pour les étoiles d'un moindre éclat. 11 est fâcheux que ce bel ouvrage, qui lui a coûté la vie, n'ait pas été plus soigneusement rédigé par l'éditeur, son élève et son ami, qui sut le louer avec éloquence et sensibilité , mais qui aurait plus fait pour sa gloire, s'il eût pu donner toute l'attention nécessaire à des calculs arides et fastidieux pour tout autre que l'observateur lui-même. Malgré tant de travaux, la Caille trouvait encore du temps à donner aux observations des anciens astronomes ou à ses confrères. Bouguer, mourant, lui avait recommandé ses manuscrits ; il fit paraître le Traité de la gradation de la lumière. et donna une édition entièrement refondue du Traité de navigation. ( Foy. Boucler. ) Cet ouvrage renfermait une petite table des sinus en nombres naturels ; la Caille y substitua les logarithmes des sinus et des tangentes ; la forme qu'il leur donna parut si commode qu'on le sollicita de les réimprimer à part, et ces tables ont eu plusieurs éditions. 11 recueillit et publia les observations du landgrave de Cassel et celles de Walllierus, le voyage de Chazelle en Egypte, et celui de Fcuillée aux Canaries. Il avait formé le projet d'un ouvrage qu'il voulait intituler : les Ages de l'attronomie, et dans lequel il devait rassembler, calculer et comparer entre elles toutes les anciennes observations, travail repris dans la suite, sous le titre d'Annales de l'astronomie, par Pingre, qui n'eut pas la satisfaction de les voir imprimées, malgré un décret de l'assemblée constituante. Un violent accès de goutte était venu interrompre les travaux de la Caille ; il n'en fut que plus ardent à les reprendre et à profiter de ce qui lui restait de temps et .de forces. Il les ménagea trop peu; pendant un hiver entier il passa les nuits couché sur les pierres de son observatoire pour acliever le catalogue de ses étoiles zodiacales. La fièvre, les maux de reins et de tête les plus violents ne pouvaient l'arracher à ce travail. Il avait éprouvé tous les mêmes accidents au Cap; un peu de repos l'avait guéri : les secours d'une médecine plus savante furent moins heureux a Paris. Il sentit son danger ; il s'occupa de resti-
tuer les instruments qui Ini avaient été confiés. Il remit tous ses manuscrits à son ami Maraldi, qui publia le Ciel austral, précédé d'un éloge de l'auteur, par G. Brotier. La Caille mourut le 21 mars 1762, âgé de 49 ans moins quelques jours. Personne plus que lui ne mérita l'éloge que Ptolémée fait d'Hipparque, lorsqu'il lui donne les noms de çaoïrewc xxl yv.x/.T/ir;. La première de ces qualités causa sa mort, et la seconde empêcha que quelques contemporains, en fort petit nombre au reste, lui rendissent justice entière. Fouchy, dans son éloge, nous en donne la raison : « Il aimait la vérité presque « jusqu'à l'imprudence; il osait la dire en face, au « hasard de déplaire, quoique sans aucun dessein de « choquer ; » et la preuve en est qu'en répondant 'aux attaques dont il avait été longtemps l'objet sans paraître y prendre garde, il l'a toujours fait sans nommer personne, comme, en rendant compte de ses travaux, jamais il ne s'est nommé lui-même. Réservé, modeste et désintéressé, il était tout entier à ses devoirs et à ses occu|»ations. Lalandc, qui se glorifiait de s'être fait son disciple, après avoir été admis à l'académie des sciences, Lalande a dit de lui qu'il avait fait à lui seul plus d'observations et de calculs que tous les astronomes ses contemporains réunis. Cet éloge, qui doit paraître une exagération, ne sera guère <|ue la simple vérité, si on le restreint aux vingt-sept années qui composent la carrière astronomique de la Caille, et si l'on se rappelle tout ce qu'il a trouvé moyen de faire dans un temps si court. Aussi personne n'a été si bon ménager du temps ; nous n'en citerons que deux exemples. Jeté par son cheval dans un torrent où il faillit périr au pied des Pyrénées, à peine se donua-l-il le temps de changer d'habit pour retourner à ses obscrvalions. Après avoir mesuré une base de 7,000 toises dans un long jour d'été, il était quelques heures après à huit lieues de là, occupé à prendre les distances des étoiles au zénith dans sou observatoire de Bourges. Cette activité sans exemple ne serait encore qu'une faible partie de son éloge ; il faut ajouter qu'à tant de célérité dans les observations comme dans les calculs, il a su joindre une adresse et une sûreté que peu de personnes ont possédées au même degré. Ajoutez encore une candeur qui ne lui a jamais permis de soustraire, de dissimuler, encore moins de modilier une observation moins précise ou moins heureuse. Ses manuscrits, comparés à ses ouvrages imprimés, attestent partout cette véracité qui devrait êue toujours la première qualité d'un observateur. Il est bien reconnu aujourd'hui que tous les instruments dont la Caille a pu faire usage étaient de beaucoup inférieurs à ceux dont étaient munis quelques-uns de ses contemporains, et, dans tous ses ouvrages, il a soutenu la comparaison avec les plus célèbres d'entre eux : c'est que, pat les soins extrêmes qu'il apportait à tout, par des combinaisons ingénieuses, par l'attention de multiplier les épreuves, il a su corriger le désavantage de sa position. On est persuadé généralement que ses réfractions sont trop fortes, et la raison qu'on en a donnée, c'est qu'avec les réfrac-
tiona véritables, elles renferment les erreurs de ses instruments ; mais en admettant que le fait soit certain, que les réfractions plus faibles de Mayer et de Hraclley ne renferment pas de même les erreurs différentes de leurs quarts de cercle, ces réfractions même seront une nouvelle preuve de son talent comme observateur, puisqu'elles ne l'ont pas empêché de bien déterminer les déclinaisons des étoiles, de trouver pour l'obliquité de l'écliptique le même angle que Mayer et Bradley, et enfin, pour l'observatoire de Paris, la même latitude que nous trouvons encore aujourd'hui avec les cercles répétiteurs de Lenoir et Reichembach. Enfin, l'auteur de cet article ayant été appelé, par un concours singulier de circonstances, à refaire et vérifier, avec des moyens tout nouveaux, une grande partie des travaux de la Caille, après avoir revu avec le plus grand soin toutes ces étoiles, avoir fait de longues recherches sur les réfractions, de nouvelles tables du soleil, mesuré la méridienne de France, tenu entre les mains, pendant plusieurs années, tous les manuscrits de la Caille, n'a jamais fait un pas sur ses traces sans éprouver un redoublement «t'estime et d'admiration iiour un savant qui sera à jamais Htonncur de l'astronomie française. Ses ouvrages sont des Leçon* élémentaire* de mathématique* souvent reimprimées et commentées, dont la première édition est de 1741, in-S"; des Leçon* de mécanique, 1743, in-8"; des Leçon* d'astronomie, 1740, dont Lalande a donné une 4* édition en 1780, et qui ont été livre classique jusqu'à nos jours, en différentes contrées de l'Europe; des Elément* d'optique, 1750, réimprimés en 1807 et 1808, in-8»; des Observalion* faite* au cap de Bonne- Ktpéranee pour les parallaxes de la lune, de Vénus et de Mars, que du Séjour a recalculées en entier pour y appliquer ses nouvelles méthodes ;. le livre A*lronomia Fundamenta, Paris, 1737, in-4°, rare, où l'on trouve, en effet, tous les fondements de ses recherches sur la théorie du soleil, sur les étoiles et les réfractions ; des Table* tolairet, 1758, meilleures que tout ce qu'on avait en ce genre, meilleures même que celles qui ont été depuis publiées par deux astronomes célèbres; des Table* de logarithme* pour les sinus et les tangentes de toutes les minutes du quart de cercle et pour tous les nombres naturels décimaux et sexagésimaux depuis I jusqu'à 10,800 ( l'abbé Marie en a donné une nouvelle édition en IT90, in-8" ) ; des Ephéméride* depuis 1745 jusqu'à 1775; Cœlum auitrale ttelliferum, 1763, in-4», publié par Maraldi ; le Journal historique de son voyage au cap de Bonne-Espérance, rédigé par Carlier, d'après les notes et les conversations de l'auteur, Paris, 1763, in-12, avec un discours sur la vie de l'auteur et des notes critiques contre la description du cap de Bonne-Espérance publiée sous le nom de Kolbe ; sans parler des nombreux mémoires qu'il a donnés dans le recueil de l'académie, depuis 1741 jusqu'à sa mort, et dont on peut voir les titres dans la France littéraire de M. Quérard. On trouve, dans les Dueour* et Mémoire* de Bailly, Paris, 1790. 2 vol. in-8*, un Eloge de Cabbé de la Caille,
qui avait été le maître et l'ami du célèbre auteur de l'Histoire de l'astronomie (I). D-L— E.
CAILLEAU (Gilles), auquel Duvcrdier a consacré deux articles sous le nom de Gilles, puis sous celui de Jean, était de la province d'Aquitaine et de l'ordre des frères mineurs ou cordeliers. Il a traduit du latin deux lettres de St. Jérôme et de St. Basile, imprimées à Lyon, 1543, et composé quelques opuscules sur lesquels on peut consulter Duvcrdier et la Croix du Maine. Ce dernier lui attribue un Recueil de loulet les veufves femmes, tant du viel que du Nouveau Testament, lesquelles ont vécu tous la régie de Sl-Paul. A. B — T
CAILLEAU ( A s d r é-Ch a n les) , imprimeur-libraire et littérateur, né à Paris, le 17 juin 1731, s'est exercé dans différents genres, sans jamais s'élever au-dessus du médiocre. Il lit représenter sur les petits théâtres plusieurs pièces qui eurent cependant quelque succès. Nous citerons entre autres : les Philosophes manqués, comédie en 1 acte et en prose (1760); — les Originaux, ou les Fourbes punis, parodie en 3 actes des Philosophes de Palissot (même année) ; — les Tragédies de Voltaire, ou Tancréde jugé par ses sœurs, comédie en 1 acte et en prose (même année); — Osanréus, ou le Nouvel Abailard, comédie en 1 acte et en prose, trad. de l'allemand d'Isaac Rabener (1761); — la Bonne Fille, ou le Mort vivant, parodie en 3 actes et en prose de Zuline (1763) ; — V Espièglerie amoureuse, ou l'Amour matois, opéra traçi-comico-|ioissard en 1 acte et en vaudevilles (1761); — /I quelque chose malheur est bon, ou Margot la bouquetière, farce poissarde en t acte mêlée de vaudevilles (1777) ; — le Veuvage de Figaro, ou la Famille retrouvée, comédie en 3 actes et en prose (1785). Toutes ecs pièces ont été imprimées et publiées par l'auteur. Il mourut à Paris, le 12 juin 1798. Pigault-Lebrun; dans son Enfttnt du carnaval (ch. 12), a tracé un portrait assez flatteur de Cailleau, qu'il désigne par son nom On a de cet écrivain trop fécond un grand nombre d'ouvrages dont les titres se trouvent dans la France littéraire de 1709, et dans celle de J.-S. Erseh. Nous n'indiquerons ici que les principaux : 1° l'Art de deviner, ou la Curiosité satisfaite, Paris, 1753, in-12. 2» Etrennes gentilles, suivies de l'Oracle du jour, Paris, 1734, in-12. 3* Poissardiana, ou les Amours de Royal-Vilain et de mademoiselle Javotte, dédié à monseigneur le Mardi-Gras (Paris), 1756, in- 12. 4° Nouveaux Bouquets poissards, au nombre de six, dédiés à l'ombre de Vadé, 1759, in-12. 5» Le Goilter des Porcherons, ou Nouveaux Discours des halles et des ports, Paris, 1739, in-12. 6° Calendrier des lois de la France, Paris, 1705, in-18. 7* Spectacle historique, ou Manuel des principaux événements tirés de l'histoire universelle, Paris, 170 î, 2 vol. in-12. 8* Les Soirées de la campagne, ou Choix de Chansons grivoises, bouffonnes et poissardes, Paris, 1706, in-12. 9» Théâtre
(t) U Cai'.le avait mon***, dan« m jeunesse, une dissertation, fort méthodique et fort claire, nr It Sent el I* Fait rfe ;«»«««.; elle Urne tio r. duu nuatucrllquc je possède, el qui porte la dite de 1752. V— vi.
satirique el bouffon, etc., Criticomanie, chez tavérité (Paris, chez l'auteur), 1766, iu-12. Ce volume se compose de la réunion des pièces publiées par Cailleau de 1760 à 1704. 10» Le Wauxhall populaire, poème grivois en 5 chants, Paris, 1709, in-12. ii' Le Bouquet de ramifié el du sentiment, Paris, 1769, in-8'. Fr. IS'au a eu part à cet ouvrage. 42° L'Almanach couleur de rose, Paris, 1771-72-78, in-12. 13° Lu Muse errante au salon, ou Apologie critique des peintures, etc., exposées au Louvre, Paris, 1771, iu-12. 14° Les Oracles de l'amour et de la fortune (en vers), Paris, 1773 et années suiv. 15» Etrennes historiques, Paris, 1771 et 1775, 2 vol. in-12. 4b9 Vie privée el criminelle d'Ant.-Fr. Desrues, Paris, 1777, in-12. Ouvrage attribué aussi à d'Arnaud Baculard. • 17° Principes philosophiques de consolation, trad. de l'allemand de Wcilenkampf, suivis d'un extrait de la Consolation de la philosophie, par Bocce, Paris, 1778, 2 vol. in-12. 18° Lettres et Epitres amoureuses dllélohe et d'Abailard, Paris, 1781, 2 vol. in-12; ibid., 1790, 3 vol. in-8". On y trouve toutes les imitations qui ont été fuites des lettres d'Abailard en vers fiançais. Il existe une édition de ce recueil antérieure à celle de 1781. IU° Aulomalie des animaux, suivie de quelques Réflexions sur Caqrieulture cl le mahométisme, par un partisan de Descartes, Paris, 1783, in-12. 20» Dictionnaire bibliographique, historique et critique des livra rares, Paris, 1790, 3 vol. iu-8\ Cet ouvrage est en entier de l'abbé Duclos, ami de Cailleau. M. Brunei a publié, eu 1802, un supplément à ces 3 vol.. et, en ti-09, il a donné la 1" édition de son Manuel du libraire, qui a fait oublier le Dictionnaire bibliographique de l'abbé Duclos. 21» Almanach des rentiers, dédié aux affamés, pour servir de passe-temps, par un auteur inscrit sur le grand livre, Paris, 1800, iu-8°. 22° Che[s~d'auvrc de poésies philosophiques et descriptives desauteursqui se sont distingués dans le 18* siècle, Paris, 1801, 3 vol. in-16, ouvrage posthume, publié par Boinvilliers. On doit encore à Cailleau une Vie de le Sage, placée en tète du Bachelier de Salamanque tédit. de 1759, 3 vol. iu-12), et, sous ce litre : Réponses de Julie à Ovide, une suite aux Lettres de Julie à Ovide par la marquise de Lezay- Marnesia, imprimée avec l'ouvrage de cette dame. [Voy. Lezay-Maiuvesia.) Ch — s.
CA1LLET (Guillaume), paysan né au village de Mello, dans le Bcauvaisis, fui chef de la faction dite la Jacquerie, qui se forma eu 1358, pendant que le roi Jean était prisonnier en Angleterre. Le nom de Jacquerie lui fut donné parce que les séditieux nommaient leur chef Jacques Bonhomme (I). Les Jacques n'élevèrent bientôt, dans les province!
(I) Voici l'origine de ce nom. Pendant cet temps désastreux ot la rince n'avait qu'un mi insensé, la reine rl les princes, qui gouvernaient uw< le nnm du malheureux Charles VI, se livraient an luxe le plu* effréné, rl les gentilshommes de* provinces voisines de la rour Minaient rrt exemple. Onand un gentilhomme était épais* par ses prodigalité», il ne craignait pas de les renouveler en disant : Jut-jttrM Bonhomme payera tout. Jacques Donhomme, c'était le vassal. Le paysan des campagnes, après avoir tout souffert, s* souleva enfin , et Un excès qui snnlllerent ses veitfeaocM Ml (ait oublier aux lus'unciu ia justice de ta cause.
* septentrionales de la France, à [près de 100,000 hommes, divisés par bandes, armés de bâtons ferrés, égorgeant les gentilshommes, brillant les châteaux et portant partout la flamme et le pillage. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que ce soulèvement arriva presque le même jour dans diverses provinces. On lit avec un étonnement mêlé d'horreur, dans les historiens contemporains, le détail des excès abominables que commirent ces forcenés. Quand on leur demandait, dit Froissard, les motifs de leur soulèvement et de leur furie, ils répondaient « qu'ils m ne sçavoient, mais qu'ils fesoient ainsi qu'ils «t voyoient faire les autres, et pensoient qu'ils dus- « sent en telle manière détruire tous les nobles et • gentilshommes du monde. » 11 y eut plus de deux cents châteaux de brûlés. Les nobles épouvantés cherchèrent un asile dans les villes fortifiées. Enlin des chevaliers de Flandre, de Brabant et de Bohême vinrent au secours des gentilshommes français, qui se réunirent et s'armèreut. Le dauphin se mit à leur tête. Les Jacques furent |«irtout attaqués cl vaincus ; il s'en fit un grand carnage : on tuait même ceux qui étaient paisibles dans leurs champs Cl dans leurs foyers. Charles le Mauvais en fit passer 1,000 au fil de l'cpée. 11 s'einjara de Caillet, lui lit trancher la léle, et tout le reste se dissipa. V — vu.
CAILLET (Bénigne), né à Dijon vers 1044, professa pendant plusieurs années la rhétorique au collège de Navarre, à Paris, et mourut dans cette ville en 1714. Il a fait imprimer dans différents recueils quelques petites pièces de vers lalins et français, el il en a laissé un plus grand nombre inanuscriles, ainsi que plusieurs ouvrages dramatiques estimables, que, sans doute, son respect pour les devoirs de sou état l'ont empêché de publier. Il en existait un recueil en 2 volumes in-8», dans la bibliothèque do la Vallière. On y trouve : Us Saints Amants, ou U Martyre de Ste. Justine et de St. Cyprien, tragédie chrétienne ; le Mariage de Bacchus, opéra en 3 actes ; la Pastorale, comédie en 3 actes; les Mariages inopinés, comédie en 5 actes ; la Loterie, comédie en 1 acte ; les Vacances des écoliers, comédie en 3 actes. Maupoint, dans la Bibliothèque des Théâtres, est le premier qui ait dit que la tragédie des Suint* Amants a été imprimée en 1700; mais c'est une erreur, puisque cette pièce, dédiée à madame de Maintcnon, lui fut présentée celte année en manuscrit. La Bibliothèque de Bour-
i gogne attribue encore à Caillet une tragédie de Si. Bénigne, dédiée à Bossuet. — Paul Caillet est auteur du Tableau du mariage représenté au naturel, ouvrage de médecine, Orange, 1633, in-12. — Jean Caillet, jésuite flamand, né à Douai en 1578, mort ie 4 septembre 1028, est auteur des Iliustria sanclorum cirorum Ezempla et Facla lecliMima per n'ngulos anni dies, en 6 tomes. W— s.
CAILLETTE est placé dans cet ouvrage au même titre que Brusquet (voy. ce nom) et Tri boulet {voy. ce nom), car il remplissait à la cour le rôle officiel de bouffon, du temps même de ce dernier, et aussi du temps de Polite, qui appartenait a un abbé de Bourgueil. Caillette, fou de Louis XII