‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 63 sur 97 · L'AI · texte numérisé non relu

L'AI

et de François I", a enrichi la langue française d'une expression dont le sens a varié, ou plutôt il a reçu lui-même pour sobriquet un nom commun déjà en usage. Marot, dans une de ses ballades intitulée de soy-mesme, du temps qu'il apprenoit à cien r« au palais, dit :

Bref, si jamais j'en tremble de frisson, Je suis content qu'on m'appelle Caillette.

Ménage, dans son Dictionnaire étymologique, assure qu'à Mmes el à Montpellier, on se sert de l'exprès* sion fou comme Caillette. La signification actuelle de ce mot est celle que lui donne J.-B. Rousseau , dans une épigramme contre Fonteuclle :

En vérité, caillettes onl raison :

C'est le pédant le plus joli du inonde.

Caillette vient sans doute primitivement de caille, et non pas, comme le conjecture, en son dialogue intitulé Antonius, J.-J. Pontanus, cité par la Monnoic, du quatrième ventricule du ba-uf el de tous lus animaux ruminants. La seconde nouvelle de Despériers est intitulée : des Trois Fui:, Caillette, Tribolet et Polite. Le premier y joue un rôle fort ridicule et qui semble annoncer que c'était tout simplement un niais, et non p;;s un plaisant spirituel dont les saillies pouvaient amuser un prince cl le délasser de ses grandeurs. Des pages attachent Caillette par l'oreille à un poteau ; il se croit condamné à passer là unité sa vie et s'y soumet. On lui demande qui l'a ainsi attaché : il n'en sait rien ; si ce sont les pages .oui ; s'il les reconnaîtra bien : oui. La-dessus on les fait venir, et cliacun proteste que ce n'est pas • lui qui a joué ce tour ; Caillette soutient (pic ce n'est ' pas lui non plus. « Je n'y étais pas, disent tous les u pages u la fois; je n'y étais pus non plus, dit u Caillette ; » et voilà tout le conte, où certes il n'y a guère de quoi rire. Charles Bourdigné, qui Hérissait à Angers en 1531 , a mis ce vers au commencement de la légende de maistre Pierre Faiseu :

Laissez ester Caillette le folastre.

De son côté Érasme, répondant aux petites noies du docteur IS'oëi Béda, s'écrie que Caillette et Nago n'ont jamais rien proféré de plus inseusé. C'est à peu près de la même manière que s'exprime Th. de Bèze, en son Passavanlius, p. 161 du recueil de 'Wiliorhan, de 1503, et notes sur la Satyre Ménippée, do 1726, t. 2, p. 260 : Si argumenlaberis sic in Sorbona, omtus socii tui le déridèrent sicut Calielam. La Nef des fnlz, imprimée en vers fiançais, eu 1407, fait vivre Caillette en 1494, el donne son |K>rtrait comme patron des modes nouvelles, ce qui induit le Duchat à penser qu'il pourrait bien y avoir eu deux Caillette, quoique cette supposition ne soit pas rigoureusement nécessaire. Rabelais le nomme plus d'une fois et lui attribue pour bisaïeul Seigné j Joan, ce qui ne tire pas à conséquence. Au reste, ' sur ce bouflbn qtli est le héros de l'un des romans I historiques du bibliophile Jacob (M. Lacroix), inli- I tulé les Deux Fous, on peut consulter une biochuro 1 intitulée la Vie el Trépassement de Caillclle, sans

lieu ni date, petit in-8° gothique, dont il a paru en 1853 une copie figurée d'une demi-feuille, tirée à 42 exemplaires, à Paris chez Pinard. Voy. aussi dans le Dictionnaire de la conversation le mot Caillette et notre article Cour (Fols de). H— g.

CàILLEUX (Marie-Fkançois), né en 1761, était marchand rubanier au commencement de la révolution, dont il embrassa les principes avec une sorte de fureur. Affilié au club des jacobins, il devint bientôt officier municipal, et ce fut en cette qualité qu'on le chargea, en 1792, de veiller sur Louis XVI et sa famille détenus au Temple. Caillcux s'acquitta de cette commission avec un raffinement de cruauté digne de l'époque. Il fut ensuite envoyé dans le département de l'Eure, où il se montra l'émule des Joseph Lebon et des Carrier. De retour à Paris, Cailleux entra dans l'administration de la police, mais on s'assura de lui aussitôt après le 9 thermidor, et il ne recouvra sa^iberté qu'avec beaucoup de peine. 11 n'en continua pas moins cependant à s'associer à toutes les tentatives du parti terroriste. Impliqué dans la conspiration du camp de Grenelle, il fut condamné à mort le 19 septembre 1796 , à l'âge de 36 ans. Cil— s.

CAILLIE* (René), voyageur célèbre, né en 1800, à Mauzé, département des Deux-Sèvres, de parents pauvres, qu'il perdit fort jeune, fut élevé par un onde qui, le destinant à un métier, se contenta de lui faire apprendre à lire et à écrire; mais dès que cet enfant studieux sut lire, il dévora le roman de Daniel de Foë, et, enflammé par l'exemple de Robinson, il ne rêva plus qu'expéditions lointaines. Les nombreuses lacunes que présentaient les cartes d'Afrique indiquaient au jeune René un but de découvertes. Malgré les remontrances de son tuteur, il quitta le sol natal en 1816, ne possédant que 60 francs ; il obtint à Rochefort un passage sur la gabare la Loire, qui faisait voile vers le Sénégal de conserve avec la Méduse , mais qui ne partagea pas le trop fameux naufrage de cette frégate. Caillié eut d'abord le projet de se joindre à l'expédition anglaise de Gray, mais une marche forcée de St-Louis au cap Vert, et des conseils d'amis qu'il reçut à Gorée, le détournèrent pour quelque temps de toute entreprise aventureuse. Bientôt la lecture du voyage de Mungo Parck ranima son ardeur. De la Guadeloupe où il avait passé, il revint en 1818 à St-Louis, et trouva moyen de s'associer comme volontaire à la caravane qu'Adrien Partarrieu conduisit à travers les pays de Gjolof et de Fontah dans celui de Bondon, où le major Gray se trouvait perfidement retenu. Cette expédition, qui, avec celle de Tuckey, a coûté 18 millions a l'Angleterre, manqua, et Caillié revint momentanément en France pour se guérir de la fièvre et se reposer de ses fatigues. Il revint au Sénégal en 1824, où commandait. M. le baron Roger, grand promoteur de découvertes. Cet administrateur, après quelques difficultés , lui permit d'aller avec une petite pacotille chez les Mores de la tribu de Uera-Rerah, où il se familiarisa avec la laugucarabe et avec le culte de l'islamisme. Après un noviciat de huit mois, pendant lequel il erra avec les Mores

du désert de campement en campement , jusqu'à environ cent quarante milles au nord-est dePodos, il revint à St-Louis solliciter des marchandises pour un voyage à Tombouclou dans l'Afrique centrale; mais il essuya un refus. Sans se laisser décourager, Caillié, à qui l'on refusait également un passe-port pour les établissements anglais de la Gambie, prit a pied la route de terre, parvint à Gorée, et de la passa à Sierra • Leone pour faire au gouverneur de Free-Town l'offre de ce zèle tenace que l'administration française avait dédaigné. Il ne fut point écoulé : alors il se fit indigotier ; et, à peiue eut-il économisé une somme de 2,000 francs, qu'il fit les apprêts de son départ. Voici comme il rend compte de celte circonstance. « N'ayant pu, dit-il, obtenir « nulle pan les secours nécessaires pour effectuer « le voyage de Tombouclou, je devais me décider « à l'entreprendre à mes frais. J'employai mes « économies, qui s'élevaient à 2,000 francs environ, « à faire des achats de papier, verroterie , et pen- « dant mon séjour à Frce-Town, chef-lieu de la coo lonie anglaise de Sierra-Leone, je me liai avec des « Mandingues et des Saracolets ou Saracotais. Ces « derniers , que des voyageurs ont regardé a ion « comme formant une nation, sont une corporation « de marchands voyageurs qui parcourent l'Afrique. » J'obtins leur confiance, et j'en profitai pour les « interroger sur les contrées que j'avais l'intention m de parcourir. Pour gagner tout à lait leur amitié, « je leur donnai quelques bagatelles ; puis un jour, « d'un air mystérieux, je leur appris sous le sceau « du secret que j'étais né en Egypte de parents « arabes, et que j'avais été emmené en France dès « mon plus jeune <1ge, par des Français faisant parti tie de Parmiie qui était allée en Egypte ; que « depuis j'avais été conduit au Sénégal pour y faire « les affaires commerciales de mon maître, qui, sa- « tisfait de mes services , m'avait affranchi. » J'ajoutai : u Libre maintenant d'aller où je veux, je « désire retourner eu Egypte pour y retrouver ma « famille et reprendre la religion musulmane.» D'abord les Mandingues ne parurent pas ajouter foi à son histoire et surtout à son zèle religieux, mais ils n'en doutèrent plus en le voyant se livrer aux exercices d'un bon musulman sous le nom d'Abdallah, réciter par cœur plusieurs passages du Coran , et chaque soir se joindre à eux pour faire le salem, enfin observer dans toute sa rigueur le jeime du mois de (ramadan. Ils finirait par lui accorder toute confiance. Ce fut le 19 avril 1827 qu'il quitta Cacandi sur le Rio-Nunez , pour suivre une caravane de marchands mandingues allant sur le Niger. Il emportait son faible pécule (1) , quelques médicaments, deux boussoles de poche, un costume arabe et le Coran. La caravane qu'il accompagnait

(1} On lit dan* la nolie* sur Caillié, lue par M. Jomard a la société de géographie, que l 'intrépide vo>agrur avait eu connaissant* d on programme par lequel relia son. le offrait a celui qui réussirait dans la découverte de Tomboucio* uu prix extraordinaire, qui. joint à une souscription, offrait une somme assea importante, « Mort « ou »it, s'ecrii-l-tl, jauni le prix de la société, os ma sœur to c recevra.

it d'un guide avec sa femme, de cinq ,„,» libres, de trois esclaves et d'un foulali. Il traversa les contrées habitées par les Nalons, les Landamas, les Foulahs, les Mandingues et le Fonta- Dhialon, où il avait été devancé neuf ans auparavant par un autre Français, M. Mollien, avec lequel il avait fait en 1816 la traversée de Hocherort au Sénégal. La première journée, après deux heures de marche, il trouva dans le jardin «le la factorerie anglaise le tombeau du major Peddic et de ses compagnons, morts victimes d'une entreprise semblable à la sienne ; mais rien ne pouvait ébranler le courage du jeune voyageur. Ce ne fut que Je H juin qu'il parvint sur les bords du Dhiohba ou Niger, au village de Couroussa , dans le pays d Amon, à environ quarante lieues des montagnes où l'on place la source de ce fleuve. « Je courus bien « vile , dit-il , sur les 1»ords du fleuve qui depuis « longtemps était l'objet de mes désirs; je le vis « venant du sud-ouest quart-sud ; il coule lente- « ment à l'est-nord-est l'espace de quelques milles, « puis il tourne à l'est. J'apt-rçus un i»eu au nord « du village un banc de sable qui se rapproche de . la rive gauche ; le canal pour les pirogues est du « côté de la rive droite. Je m'assis un moment pour « contempler à Taise ce fleuve mystérieux dont les « savants de l'Europe sont si curieux de connaître « les particularités... J'examinai son courant qui peut « avoir deux milles ou trois milles ù l heure ; il a, « dans celle saison huit à neuf pieds de profondeur; « ie le jugeai d'après la longue perche avec «quelle « les mariniers poussent les pirogues. Je 1 estima, « dans cet endroit aussi large que le Sénégal 1 est a « Podor (150 toises). Les nègres me dirent que le . fleuve commence à déborder en juillet, et qu alors « ils vont en pirogues l'espace de trois milles dans « la plaine, où ils cultivent beaucoup de riz. » U caravane passa le Niger le 13 juin, s'engagea dans un pays situé à droite de ce fleuve, et arriva le 17 à Kankan, grande cl jolie ville de 6,000 habitants, capitale de la riche et fertile contrée du même nom, et où se tient un marché bien pourvu des produits de l'Europe, apportés de la cote par des marcliands mandingues (1). Caillié séjourna un mois dans celte ville. Là, sa position devint des plus critiques; dc-

m «De quels instruments Caillié i mard dans la noiiee deja eilée. Il

euit-il pourvu? demande M. Jota noiiee deja eilée. Il ne possédait aucun instrument ; il avait seulement deux boussoles ; celles-ei lui oai «ni a retonnaltre les direetions; la nuit, il avail ... sa marche par lieure, au moyen d'expériences rél- . a Sierra-Leone. Son heure de nurrlie moyenne rea environ deux milles su dixièmes géographiques ( ou nulles anglais) ; les distances, les directions étaient notées avec soin Vvec si peu d'instruments on ne peul faire sans doute qu'on journal de route bien imparfait ; mais qui pourrait se Hitler fi porter impunément de c« coté de l'Afrique un cercle ou un sextant au milieu des Foulahs, dis Mandingues. des Touartks, des Iterahicbest Non-seulement l'instrument resterait enfermé dm* son enveloppe et toujours inutile, mais il compromettrait U \i« du vovaurur à tout instant, s'il voulait en user. Pour écrire ses notes, Caillié élall chaque fois obligé d'entrer dans un bois, ou de se cacher derrière un buisson, un arbre, un rocher, une pierre; le seul l'eût perdu. Aurait-il pu montrer le moindre Instruis tenter la cupidité des barbares, sus «ire signalé comme î»

noncé comme chrétien, comme voulant porter aux blancs la connaissance des mines, comment pourrat-il seul, sans appui, sans secours, résister à ces attaques? U ne se sauve qu'en se donnant pour médecin. Les maladies abondent, les malades affluent, tout le monde a la lièvre, on veut être purgé ; il se trompe quelquefois beaucoup sur les doses de jalap ; mais du moins, c'est le médecin malgré lui qui empêche le voyageur enthousiaste d'être massacré. Il n'en est pas moins pillé dans sa case, et perd une partie de ses effets sans pouvoir les recouvrer. Après des marches fatigantes qu'une plaie au pied rendait plus pénibles; après avoir traversé de nom breux villages de Bambarras, il arrive à Timé, où il s'acquit la bienveillance du chertf de celle ville en lui faisanl cadeau de son parapluie ; ce présent était assurément bien léger, mais il lui valut ici une protection puissante, et des recommandations qui lui aussuraienl un bon accueil à Tombonctou. Timé est un beau village liabité par des Mandingues nmlKKuélans. Ce fut le 5 août qu'il atteignit cette station, après une route dans des pays complètement inconnus jusqu'alors. Il espérait se joindre à une caravane de marchands qui allaient partir pour Yenné, sur le Niger, où il se serait embarqué pourïombouctou ; mais sa blessure au pied le retint d'abord forcément en ce lieu, où bientôt un logement humide, enfumé, et une nourriture malsaine, développèrent dans sa bouche l'affreuse maladie du scorbut, accompagnée d'une lièvre brûlante. Une bonne négresse lui prodigua les soins les plus attentifs; enlin, après cinq mois de souffrances, après avoir lutté contre la mort, et arrachéile ses mains les os pmgrénés de son palais, il se rétablit, et le 9 janvier 1828, il reprit son voyage, fit encore au nord-ouest une longue route complètement neuve pour la géographie. 11 visita d'abord l'Ile et la Ville de Yenné, qu'il atteignit le 11 mars. La il revituneseconde fois le Dhioliba ou Niger. Yenné, située dans une lie dejdouzeà quinze nulles de circonférence, a, sous certains rapports, plus d'iraporlancc que Tombouctou, et notre voyageur est le premier qui l'ail décrite. Elle est bruyante et animée ; tous les jours il part et il arrive des caravanes nombreuses de marchands qui apportent toutes sortes de productions. La population est de 8 à 10,000 habitants qui sont tous mahométans. Elle contient beaucoup d'étrangers qui y sont établis. Le 25 mars 1828, après une résidence de treize jours, il s'embarqua sur le Dhioliba, pour se rendre à Tombouctou, à cette capitale du Soudan occidental, que les géographes arabes désignaient depuis plusieurs siècles comme le grand marché de l'Afrique centrale. Enlin, le 19 avril, après une navigation de vingt-sept jours, on arriva à la ville de Katra, située à environ une lieue du fleuve. Ce fut le lendemain que Caillié fit son entrée à Tombouctou, située a environ deux lieues plus loin vers le nord. « En entrant, dit-il, «dans cette cité mystérieuse, objet des recherches «des nations civilisées de l'Europe, et qui depuis si « longtem|>s, était le but de tous mes désirs, je fui «saisi d'un sentiment inexprimable de satisfaction; «je n'avais jamais éprouvé une sensation pareille,

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«et ma joie était extrême... Revenu de mon en- « ihousiasme, je trouvai que le spectacle que j'avais c tous les yeux ne répondait pas à mon attente ;

• je m'étais fait de la grandeur et de la richesse de « Tombouctoue un tout autre idée ; cette ville « n'offre, au premier aspect, qu'un amas de mai- « sons en terre mal construites... Cependant il y a «je ne ne sais quoi d'imposant à voir une grande « ville au milieu des sables. » Il vit aussi à Tombouctou des maisons de briques assez grandes, des mosquées avec des minarets ; dans les magasins des marchandises d'Europe, des négociants richement fournis, des armes à feu de fabrique française. Chose remarquable, le riche marchand & qui il était recommandé par le chérif de Yenué le logea dans une maison toute voisine de celle que le major Laing avait quittée depuis dix-neuf mois. La principe ressource de Tombouctou est son commerce de sel. Elle est habitée par des nègres de la nation Kissour. Caillié n'y séjourna que quatorze jours, pressé qu'il Mail de proliter du retour d'une caravane qui se rendait dans les États de Maroc, et qui le 4 mai se mit en roule. Ici commence pour notre voyageur une nouvelle série de fatigues inexprimables : les puits sont rares, ceux qu'on trouve contiennent de l'eau à peine potable et encore faut-il les déblayer; la chaleur est suffocante : on est forcé de ne marcher guère que de nuit. Des vagues de sable semblent courir sur cet océan; un vent d'est brûlant les emporte avec violence. L'eau manque avant d'arriver à El-Araouan ; dans la ville même la souffrance est extrême : une eau chaude cl sauuiaire ajoute à l'ardeur de la soif, au lieu de la tcnqiérer. Après Araouan, on trouve encore un lieu habité, Mourat, et c'est le dernier. Toutes ces tortures n'étaient rien en com- |wiuison de celles qui attendaient Caillié et ses compagnon dans le grand désert du Sahara, où la caravane entra le 19 mai. A l'aspect de cette immense mer de sable, notre voyageur, quoique aguerri à la fatigue cl aux privations, ne lutta plus qu'à peine contre le tourment de la soif. 11 reste comme expirant sur le sable, sa bouche est en feu, sa langue est collée au palais. Son chapelet à la main, il va de tente en tente mendier quelques gouttes d'eau. C'est dans son livre qu'il faut lire ces scènes d'horreur. Des trombes de sable faisaient à chaque instant craiudre aux voyageurs d'être ensevelis. « Lnc de « ces trombes, dit -il, plus considérable que les « autres , traversa notre camp , culbuta toutes a les tentes, et nous faisant tournoyer comme des «brins de paille, nous renversa pêle-mêle les « uns sur les autres; nous ne savions plus où nous « étions J ou ne distinguait rien à un pied de dis- « tance... 1-a consternation était générale; on n'en-

• tendait que des lamentations. , . Au milieu des « mugissements du vent, on distinguait, par inter- « v ailes, les gémissements des chameaux, aussi « enrayés et bien plus à plaindre que leurs rual- « 1res, puisque depuis quatre jours ils n'avaient rien e mange. Tout le temps que dura cette effrayante « tempête , nous restâmes étendus sur le sol. » A lani de misères, sans compter la déception du

mirage et celle des puits qu'on trouve desséchés, ajoutez les outrages de toutes sortes supportés par notre voyageur, qu'où affecte souvent malgré toutes ses précautions de confondre avec un chrétien ; puis les trahisons de ses guides et le tourment de l'incertitude, et l'on n'aura qu'une faible idée de tout ce qu'il dut souffrir avant de sortir du Sahara. Enfin soixante et dix jours après le départ de Tombouctou, la caravane arriva dans le territoire de Drah et d'EIharib. Dietilôl il franchit un des cols de l'Atlas et en trois ou quatre jours il atteignit Fez, l'ancienne capitale du Maroc. Plus il approchait du Maroc, plus il sentait la nécessité de soutenir son rôle d'Arabe d'Egypte, retournant dans sa patrie par Alger, et se disposant à faire le pèlerinage de la Mecque ; mais comment le concilier avec son projet d'arriver à Rabat , Lai ache ou Tanger ? S'il se portail à l'ouest il devenait suspect, il était découvert et courait un nouveau péril. Son adresse le sert encore heureusement cette fois : « S'il veut aller à Maroc , dit-il , « c'est pour exposer son infortune à l'empereur et « invoquer sa protectiou ; le sultan ne sera pas in- « sensible à de si longs malheurs , et lui donnera le

• moyen de gagner Alger et Alexandrie. » Apres avoir pendant trois jours parcouru et observé Fez , il tourna brusquement à l'ouest, et se rendit à Héquinez. Dès le lendemain il se mit en roule pour Rabat, à pied cl le sac sur le dos ; mais ses jambes ne pouvant pius le porter , il loue un àue cl un guide et arrive â Rabat. Le prétendu agent français qui réside dans celle ville n'est qu'un juif ignorant qui le congédie sans aucune marque d'intérêt. Ne sacliant que deveuir, il se réfugie dans un cimetière. Pendant quinze jours il vit dans la plus grande détresse. Enfin le 27 septembre, il profite d'une occasion pour se rendre à Tanger, où il entre enfin le 7 octobre à la nuit. Ce ne fut pas sans danger qu'il put |»cnclrer dans la résidence du cousul français, M. Delaporte, qui, sous les haillons du dervieiic n'eut pas plutôt reconnu un Français qu'il l'embrassa avec effusion. Au surplus, |»our donner l'idée de l'accueil généreux que ce fonctionnaire fil au malheureux voyageur , il suffit de lire la lettre que M. Delaporte s'empressa d'écrire au président de la soeielé de géographie. « l u de nos « citoyens, disait-il, M. René Caillié vient d'acqué- « rir à la soriélé de géographie tous les territoires « situés enlre lUo-Nufiez, Sierra-Lcone et Tanger, « c'esl-à dire entre l'Océan et la Méditerranée. Il a

• visité les villes de Kankan, Yennée, etc... 11 a em- « ployé seize mois à faire ce travail et a recueillir a les matériaux <:. u il enrichissait sa besace. Rien a ne l'a rebuté, ni refus, ni dégoûts, ut fatigues, ni

• dangers ; sa vocation , ainsi qu'il me l'a dit plu- « sienrs fois , l'appelait â franchir l'Afrique ; il Ta u suivie, et a résolu le problème dont l'impossibilité « paraissait démontrée : savoir qu'un Européen peul o traverser l'Afrique, lia voyage sans faste; et j'ai vu « un derviche quêteur, la besace de cuir sur le dos, « se jeter sur le seuil de ma porte, et me tendre, non ■ la main de l'indigence dont il portait la livrée, « mais celte d'un compatriote qui s'adresse à un ser-

« vitear du roi de France et requiert sa protection... « Si M. Caillié n'a pas le brillant ni l'éducation « de nos voyageurs modernes, il a l'ingénuité de ce « bon voyageur du vieux temps, qui nous a donné « sur l'Inde tant de notions intéressantes. S'il n'est « VAmédéeJaubert tic l'Asie, il sera le Marco Paolo ■ île l'Afrique, et il aura le mérite d'avoir fait à ses « dépens, et sans secours, ce que tant d'autres n'ont « pu exécuter à force de trésors. » Avec quelle joie Caillié déposa le costume ou plutôt les lambeaux du costume arabe l Avec quel bonheur il rentra dans la vie européenne, et savoura la conversation d'un homme bienveillant et lettré comme M. Dclapoitcl Mais sa santé n'en était pas moins profondément altérée : la lièvre ne le quittait pas. Toutefois, il mettait ses notes en ordre, et pendant ce temps, M. Luncau, commandant de la station navale française à Cadix, répondit à la demande que M. Delàportc lui avait adressée pour avoir un bâtiment. C'est le 28 septembre que Caillié s'embarqua sur la goélette la Légère, et que le 8 octobre il arriva à Toulon où il purgea sa quarantaine, d'où il adressa à la société de géographie deux lettres dans lesquelles il exposait avec simplicité les principales circonstances de son voyage. Le 17 octobre la commission centrale de cette société lui fit passer une première indemnité pécuniaire. Arrivé à Paris, Caillié, le modeste Caillié devint l'homme du jour; la société de géographie lui décerna le prix de 10,000 francs, en assemblée solennelle, par les mains de M. Hyde de Neuville, ministre de la marine, alors président de la société. Déjà ce ministre l'avait comblé de marques de sa généreuse bienveillance ; bientôt il le lit nommer membre de la Légion d'honneur et agent de France a Bamako, sur le Dhioliba, sans résidence obligée ; enfin, outre le prix de 10,000 francs, Caillié reçut le prix de 1 ,000 francs décerné par la société de géographie pour la découverte la plus importante de l'année 1828. Bientôt il publia sou voyage sous ce litre : Détail» d'un voyage à Tombouctou «l à Yenné, dans l'Afrique centrale, précédé d'observations faites ches les Maures Bracknas , les Notons et d'autres peuples, pendant les années 1824, 1825, 1820, 1827 et 1828, par René Caillié, orné du portrait de l'auteur, d'une vue de Tombouctou et d'une carte itinéraire avec remarques géographiques |>ar M. Jomard, membre de l'Institut, Paris, 1830,5 vol. in-8". On trouve dans cet ouvrage un vocabulaire de la langue mandingue, et un autre de la langue kissour, parlée à Tombouctou concurremment avec le more. Les remarques de M . J ornai d remplissent 1 -18 pages. On y lit aussi avec intérêt la relation, on peut dire officielle de la mort du major Laing {voy, ce nom), sur laquelle étaient parvenues en Europe tant de versions différentes qu'on ne savait à laquelle s'en tenir. En 1830 Caillié se maria, acheta à Bcurlay, dans le département de la Charente-Inférieure, une petite propriété qu'il échangea contre une autre dans le même département, au hameau de la Baderrc. Là il se livra aux travaux de l'agriculture avec la même ardeur et la même persévérance que celle qu'il avait déployées dans le cours de ses voya-

ges. Plus riche de considération que d'argent, il fut élu maire de son endroit. Mais au sein d'un repos si chèrement acheté, il rêvait de nouveaux voyages. Toute sa correspondance ne respire qu'une pensée, celle d'aller à Bamako, et sinon d'y établir une résidence, du moins de mieux étudier cette contrée si riche, de visiter les mines de Bouré et de faire connaître à fond ce pays si intéressant pour nos possessions. C'est au milieu de ces pensées qu'une crise de la maladie qu'il avait gagnée en Afrique l'enleva en peu de jours à sa famille et au monde savant, le 25 mai 1838. ta société de géographie ouvrit une souscription pour qu'un modeste monument lui fût élevé à Pont-Labbi arrondissement de Saintes, où il voulut être inhumé. On trouve dans les Annules de ectto société une notice intéressante sur lui par M. Jomard, avec son portrait lilhographié et d'une ressemblance parfaite. Dans cette notice, l'auteur rappelle que plus d'un liommage flatteur avait été rendu à Caillié de son vivant. Le nouvel éditeur des Lettres édifiantes (M. Aimé Martin), lui avait dédié cet ouvrage. D— H — n.

CAILLIÈRKS. Voyez Callièbes.

CAILLOT (Joseph), cxcclleut comédien, naquit à Paris en 1732. Fils d'un orfèvre qui fut arrêté pour dettes, il trouva un asile chez des porteurs d'eau. Son père, sorti de prison, ayant obtenu une place subalterne dans la maison du roi, Caillot le suivit dans la campagne de Flandre, et plut à tous les généraux par sa gentillesse et sa jolie figure. Louis XV, & qui le duc de Villcroy l'avait présenté, lui demanda son nom : Sire, répondit l'enfant , je suis le protecteur du duc de Villeroy ; il voulait dire le contraire. Le roi rit de cette naïveté , et allaclia le petit Caillot au spectacle dit des petits appartements, pour jouer les jeunes paires el les amours. Lorsque Louis XV distribuait lui-même les rôles, il disait : En voilà un pour le petit protecteur. La voix de Caillot ayant mué, il perdit sa place et fut réduit, par l'inconduite de son père, a s'engager comme musicien au théâtre de la Rochelle, où il remonta bientôt sur la scène pour remplacer un acteur malade. Après avoir joué l'opéra-comique à Bourges, à Lyon et au théâtre de l'infant duc dé Parme, il fut rappelé à Paris. Il y débuta, le 20 juillet 1780, à la Comédie-Italienne, et fut si bien accueilli, surtout dans le rôle de Colas de Ninetle à la cour , qu'on l'admit sociétaire dès la même an^ née. Cne taille avantageuse, une figure expressive, un débit simple et gracieux, un jeu plein de naturel, de sentiment et de gaieté, une voix de liassetaille ronde et pleine, mais si étendue et si flexible, qu'il chantait la haute-contre ou le ténor comme si c'eût été sa voix naturelle, telles furent les qualités qui concilièrent à Caillot la constante et juste bienveillance du public. Dés qu'il paraissait , ses manières franches, sa physionomie ouverte, intéressaient les spectateurs avant même qu'il eût parlé, et son jeu acltevait bientôt l'entraînement. « Caillot, dit le baron de Grimm , était sublime « sans efforts, et son talent, qu'il gouvernait à sort « gré, était, sans qu'il s'en doutât, plus rare peuv-

« être que celai de Lekain ; il se croyait fait pour « chanter avec agrément, pour jouer avec une mine « bien réjouie: mais il ne se croyait point pathéti- « que. Garrick devina son talent et lui apprit qu'il « serait acteur quand il voudrait. » Caillot réalisa les prédictions du Roscius anglais, et ses succès furent aussi étonnants que rapides dans plusieurs rôles où il déploya une profonde sensibilité. Il créa ceux du Sorcier, de Matliurin dans Rote et Col m, du Déserteur, du Huron, du Sylvain; de Western dans Tom Jones; mais il était inimitable, et il n'a jamais été remplacé dans les rôles de Lubin ( Annette et Lubin ) , de Biaise dans Lucile, et de Richard dans le Roi et le Fermier. « Pour se faire une « idée de la perfection où l'art du comédien peut « atteindre, dit encore Grimm, il fallait voir Caillot « dans ce dernier rôle. On remarquait dans tout « son maintien l'homme qui avait reçu de l'éduca- « lion : à travers ses brusqueries et sa mauvaise htt- « meur contre les gardes-chasse , perçait la dou- « ceur naturelle du personnage. Avec quelle mesure « il reprenait sa mère un peu ridicule 1 comme il « souffrait de son bavardage ! avec quelle finesse il « cherchait à la dérouter et affectait de la pieté pour « ne pas la choquer 1 » Narbonnc, un des successeurs de Caillot, fit voir l'énorme distance qui le séparait de lui, dans ce rôle qu'il joua d'une manière grossière et brutale. Non moins distingué par ses qualités morales que par son esprit, ses connaissances et son goût sur dans le jugement des ouvrages dramatiques. Caillot attachait un grand prix à l'opinion publique. Il poussa la délicatesse jusqu'à refuser le rôle de Cliton que Marmontel lui avait réservé dans l'Ami de la maison. « Ce caractère « ressemble trop, dit-il à celui qu'on nous attribue; a si je jouais ce rôle comme je le sens, aucune mère « ne voudrait me laisser auprès de sa fille. Je joue- « rais plutôt Tartufe; ce personnage est plus loin « de nous, et l'on ne craint pas dans le monde que * nous soyions des tartufes. » A mesure que le jeu de Caillot s'était perfectionné, sa voix était devenue capricieuse et sujette à des enrouements subits, mais passagers, occasionnés souvent par sa passion pour la chasse. Cet accident, joint à une mémoire naturellement ingrate, et la crainte que ces torts involontaires, en le privant de l'affection du public, ne le tissent survivre à sa réputation, lui donnèrent le désir de se retirer, quoiqu'il fut encore dans la force de Pige et du talent. Des tracasseries de coulisses le dégoûtèrent enfin d'un art dont il faisait ses délices, et non un métier. En septembre 1772, il quitta le théâtre avec une pension de 1 ,000 francs, mais continua d'y jouer sans rétribution pendant six semaines, pour suppléer à l'absence de plusieurs acteurs malades. Il avait offert de paraître sur la scène quelquefois l'hiver, même dans les rôles nouveaux que les auteurs voudraient bien lui confier : on rejeta cette proposition désintéressée. II joua encore le Déserteur, en juin 1773, devant le dauphin et ladauphine, avec autant de talent que de succès ; mais on trouva sa voix très-affaiblie. Dès le mois de mars 1703, il avait reparu au théâtre de la cour

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avec le fameux Jélyote. (Foy. ce nom.) Louis XV, qui se souvenait toujours avec plaisir du petit protecteur, le prit en amitié, goûta son esprit, et de nouveau l'admit aux spectacles des petits appartements, il y joua, en 1776, dans fa Matinée des boulevards, de Favart, continua d'y être attaché quelques années en qualité de répétiteur, et retourna vivre avec sa mère et une de ses trois sœurs qui exerçait le commerce de la bijouterie. Il se retira ensuite à St-Germain-en-Layc, où il possédait au bas de la terrasse une petite maison que lui avait donnée le comte d'Artois, dont il était capitaine des chasses. Il y vivait dans une heureuse médiocrité , lorsque la révolution lui enleva ses pensions et le fruit de ses économies. Il supporta ces revers en philosophe, vendit sa maison, et continua de résider à St-Germain où il avait ouvert un cours de musique et de déclamation. 11 y faisait les agréments des meilleures sociétés par sa gaieté, sa bonhomie et son talent de mime. On l'a vu , dans une extrême vieillesse, jouer des scènes muettes avec la plus rare perfection (1). En 1800 l'Institut de France l'admit au nombre de ses correspondants pour la classe des beaux-arts. En 1810, les acteurs du théâtre Feydeau lui décernèrent une pension de 1,200 francs. En 1814, le roi lui en accorda une de 1,000 francs. La mort de deux de ses sœurs l'avait rendu copropriétaire d'une maison sur le quai Conti à Paris. Mais il ne jouit pas longtemps de cette aisance. Sa femme était morte depuis longtemps à St-Germain, soit de consomption, soit du poison qu'elle avait pris afin de ne pas succomber, dit-on, a une passion malheureuse. Caillot en avait eu deux enfants ; son lils, major d'un régiment, périt (Uns l'expédition de Russie en 1812, à 28 ans. La douleur de celte perte causa au vieillard une attaque de paralysie qui l'obligea de revenir à Paris avec sa lillc ; une seconde attaque l'emporta le 30 septembre 1816, à l'âge de 81 ans. Sa fille, qui lui survécut, est morte en état de démence. La conduite de Caillot prouve que c'est à tort que des envieux l'ont accusé d'aimer l'argent et d'avoir mis des conditions à sa retraite, comme la promesse d'un intérêt dans les poudres. On rapporte de lui un mot assez piquant. Il avait été lié avec J.-J. Rousseau, qui mieux que personne appréciait un

(I) Caillot, otiotfraire, aimait encore a raconter que Gréiry, arrive a Paris depuis plus de dent années, sollicitait en vain la représentation de son premier opéra français, U liuron, paroles de Marmontel. Il avait mis Caillot dans ses Intérêts en lui communiquant quelques airs de sa partition ; mais celni-ei ne pouvait vaiurre la résistance insoucieuse de ses camarades associés. Un Jour eutn il traita a diner le* plus influents ; Gréiry «ail du nombre des convives, cl quand on fui au dessert, Caillot se mit a entonner m de» plus beaux airs du Huron. Arrivé a cet endroit de son récit, il chantait d une voix encore belle et sonore : En Huronie, et tn'w fsit**T ï ptrU-t-ou le tot breton ? Et nom, non, mm, etc. Puis, reprenant

dent de qui' est ce clianl ravissant. Ek ! roilà, m'écriai-Je. montrant Gréiry, roilà nomme que tout repousset depnlt ienx ma La pièce fut reçue, montre sur-le-champ, et obtint nn imtncuse succès, qui. depuis I7W. n'est pas encore oublié. Mais à quoi lient la destinée des poêles et des artistes ! Grrtry, décourage, était prés de renoncer a la carrière dramatique qui a fait sa gloire et nos plaisir*. V— vrt.

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talent si naturel. Cehii-ci, lai voyant un couteau de chasse richement monté, s'étonnait qu'il eût fait une pareille dépense. « Je ne l'ai point acheté, dit Cail- « lot , je l'ai accepté du prince de Conti. — Vous « acceptez donc les cadeaux des princes, vous que «je croyais philosophe! je n'en accepte pas, moi. c — C'est que vous êtes un philosophe qui refuse, « et moi un philosophe qui accepte (2). » 11 existe une lettre autographe de Caillot, écrite deux ans avant sa mort, et possédée par l'auteur de cette notice : elle offre un témoignage irrécusable de sa bienfaisance, de son humanité et de l'ardeur qu'il mettait encore à rendre service. On a toujours cru que Nainville, qui débuta en 1765 à la Comédie- Italienne, qu'il quitta en 1777, était fils naturel de Caillot, dont il avait pris l'emploi, et avec lequel il avait des rapports frappants pour la voix, la figure et même le talent. A— t.

CAILLOT ( Antoine ) , prêtre du diocèse de Lyon , est devenu, par suite des événements de la révolution, un des plus infatigables compilateurs du siècle. Il naquit vers 17S7. Ayant refusé le serment i la constitution du clergé en 1701, il fut obligé de sortir de France. 11 y rentra bientôt, se réfugia à Paris et fut arrêté en 1794. Il déguisa son nom et son pays natal, afin d'échapper à la mort qui était alors inévitable pour les Lyonnais. Il n'en fut pas moins condamné à la subir sous le nom de Cailloux, natif de Rhodez, le 5 thermidor (23 juillet 1704 ), cinq jours avant la chute de Robespierre. L'n guichetier le sauva en faisant porter à sa place, avec cinquante-sept victimes , un autre prêtre qui se trouvait dans la même prison. Par suite du 9 thermidor, Caillot fut rendu à la liberté. Pour subsister, il se mit à donner des leçons de langues , se lit ensuite libraire , et traversa ainsi les dernières phases de la révolution. Mais à dater de 1801 on ne voit plus en lui qu'un écrivain aussi entreprenant que médiocre, abordant tous les genres de littérature, sans réussir réellement dans aucun; mais comme il faut bien, grâce à l'inconstance et à la satiété du public , que chaque jour se renouvellent les livres qu'on pourrait appeler courants, Caillot trouva dans la fécondité de sa plume de quoi se mettre à l'abri du besoin. 11 faut dire aussi que plusieurs de ses compilations et traductions ne sont j mu ut mus utilité : 1" le Retour de la Paix, poème en forme de dialogue entre un militaire, un culliva-

(I) Caillot «Hait voir Murent J.-J. Rousseau a l'Ermitage, et loi portait des produits de sa chasse. Les premières perdrix furent assez bien reçues, le* seeomtes froidement, et les troisièmes positivement refusées. Loreqae Caillot s'en alla, Thérèse Le\asseur courut après lai : « Quand tous apporterez du gibier, dit-rlle, faites en sorte « que M. Rousseau u'en sache rien ; donne! <!e-moi secrètement. « Et ce fut ainsi convenu, l'n jour que Caillot dînait a l'Ermitage, il regarda le petit couteau de Jean-Jacques, et le trouva joli. Jean- Jacques ne dit rien ; mais, au sortir de table, il prit le petit rouleau, et «/avançant vers son hiHe avec un embarras visible : m Vont a le trouvez donc joli T — Oui, sans doute. — Voulez-vous me faire € le plaisir de 1'arrrpler î — Oh ! je m'en garderai bien. — Pouri quoi ? — Vous refusez de recevoir mes.perdrix qui sont le produit a de ma chasse et ne me roulent rien ! — Hun ami ! eh bien ! j'ac- « renierai... encore une (oit... prenez mon rouleau. > El il pleurait, a A la bonne heure, >dit Caillot; il reçut le présent des mains du philosophe, ci se souvint, dans la suite, de l'avis de Thérèse. V— s.

tenr, un marchand , un artiste et un auteur, Paris, 1801, in-8°. 2° JTpttVe de Neptune aux Français, au sujet de la descente en Angleterre, 1804, in-8*. 3° Slancet tur le taere et le couronnement de S. M. l'empereur Napoléon, 1804, in-8°. 4° Met Vingt Ans de folie , d'amour et de bonheur, ou Mémoires d'un Abbépetit-maitre,iWI, 3 vol. in-12. 5» £< renne"! à la grande armée, ou Recueil des traits les plus intéressants des défenseurs de la patrie, 1807, in-8". 6° Histoire d'un Pensionnat de jeunes demoiselles, ou Tableau des résultats d'une simple éducation, 1808, 2 vol. in-12. 7» Le Rousseau de la Jeunesse, 1808, in-12. 8° Le Voltaire de la Jeunesse, même année, 111-12.9* Voyage sentimental et pittoresque au Champ de repos, sous Montmartre et à la maison de campagne du P. la Chaise, 1808, in-12; 2* édit. sous le titre de Voyage religieux et sentimental aux quatre cimetières de Paris , ouvrage renfermant un grand nombre d'inscriptions funéraires, suivi de réflexions religieuses et morales, 1809, in-8'. 10° Voyage autour de ma bibliothèque, roman bibliographique où les gens tlu monde et les dames peuvent apprendre à former une bibliothèque de boas ouvrages dans quelque genre que ce soit, 1809, 3 vol. in-12. 1 1° Le Rollin de la Jeunesse, 1809, 2 vol. in-12: cet abrégé des histoires de Hollin a eu uni* seconde édition en 1816. 42* Dictionnaire portatif delà littérature française, 1810, in-8*. 13" Morceaux choisis des Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères, par A. C, 1810, 2 vol. in-8*. Cet ouvrage a eu quatre éditions, dont la dernière en 1820. 14* Morceaux d'éloquence extraits des Sermons des orateurs protestants français les plus célèbres du 17* siècle, 1810, in-8«. 13° Morceaux choisis de l'Histoire ecclésiastique de l'abbé Fteury, 1811, 2 vol. in-12. 16* Précis de l'Histoire de France, depuis 1780 jusqu'en 1812, 1812, in-12. 17* Les Jours de congé, ou Promenades hebdomadaires, etc., 1812,2 vol. in-12; 2* édition, 4814. 18" Le Crévier de la Jeunesse, ou Choix des traits les plus intéressants de l'Histoire des empereurs romains, 1813, in-12. 19* Nouvelles Leçons élémentaires de l'histoire ancienne, par demandes et par réponses, 1813, in-12. 20° Nouvelles Leçons élémentaires de l'histoire romaine, par demandes et par réponses, 1813, in-12. 21* Précis de l'Histoire de Russie, 1813, in-12. 22° Histoire de la ruine de Troie, attribuée à Darès (rot/, ce nom), traduit du latin, 1813, 1 vol. in-12. 23* Précis historique de la campagne de 1814 , par MM. A. (Arnaud, sténographe) et C. (Caillot), 1814, in-12. 24* Abrégé de l'Histoire ancienne de Rollin, 1815, in-12 ; 2* édition, 1823. 25" Recherches historiques sur les assemblées nationales dites du Champ de Mars et du Champ de Mai, 1815, in-8*. 26* In extremis Ludvoici XVI diebus et nece elegia, 1815, in-8". 27* La Prière des Royalistes, ou Paraphrase du psaume Exaudiat, 1815, in-12. 28° Tableaux des exercices et de renseignement en usage dans un pensionnat de jeunes demoiselles, 1816, 2 vol. in-12. 29* Nouvelles façons élémentaires de l'histoire de France, depuis Pharamond jusqu'à l'année 4817, par demandes et réponses, 1817, in-12. 50* Cam

pagne de Moscou, contenant des récits extraordinaires sur les armées françaises, précédée de l'histoire de Bussie, revue par M. Gassencr, 1817, in-12. 31" Curiosités naturelles, historiques et morales de f empire de la Chine. «818, 2 toi. in- 12. 32° Tableau des Croisades pour la conquête de la terre sainte, suivi d'une courte description des principaux endroits de la Syrie et de la Palestine qui y mnt mentionnés, 1818, 2 vol. in-12. 33° Abrégé de Vhistoire romaine de Rollin, suivant le plan de cet auteur, 1819, in-12. 34* Abrégé de l'histoire des empereurs de Crêvier, suivant le plan «le cet auteur, 1819 et 1827, 2 vol. in 12. 35* Abrégé de l'Histoire du bas empire de Lebeau, depuis Constantin jusqu'à la mort de Mahomet II, 1819, 2 vol. in-12 ; 2 édition augmentée d'une table dos noms propres d'hommes et de femmes, 1825. 56 • Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce de l'abbé Barthélémy, 1819, 2 vol. in-12. 37° Précis historique de l'histoire d'Espagne en gravures par David, 1820. 38° Abrégé de l'Histoire générale des voyages de Laharpe, réduit aux traits les plus intéressants et les plus curieux, 1820, 2 vol. iu-12. 3!)° Abrégé des voyages modernes, réduit aux traits les plus curieux, |»our servir de suite à Y Abrégé de l'histoire générale des voyages de Laharpe, 1820 , 2 vol. in-12. 40" Le Gibbon de la jeunesse, ou Abrégé de l'Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain, 1821, 2 vol. in-12. 41* fil de St. Louis, roi de France, 1822, in 8«. 42° Vie de Fénelon, archevêque et duc de Cambray, 1822, in-12. 43* Beautés naturelles et historiques des îles, des montagnes et des volcans, avec une introduction, 1822, 1 vol. in-12. 44» Beautés de lu marine, ou Recueil des traits les plus curieux concernant les marins voyageurs et les marins militaires des temps modernes, 1823, 2 vol. in-12. 45" Beautés des trois règnes de la nature, recueillies des écrits des naturalistes modernes, 1823, 2 vol. in-12. 46° Abrège de l'Histoire de France d'Anquetil continuée jusqu'en 1823-1824, 2 vol. in-12. 47° Les Enfant* instruits et corrigés par leurs propres exemples, dans une suite de petites histoires, 1824, in- 18. 48" Nouvelle Histoire des naufrages anciens et modernes, 182!, in-12. 49» l ie de Bossuet, éve'que de Mraux, 1825, in-12. 50° Beautés du christianisme, ou Recueil des belles actions inspirées par celte religion, 1825, in-12. Kl" Abrégé de l'Histoire universelle d'Anquetil, 1825, 2 vol. in-12. On doit encore à Caillot une Vie de St. Charles Borromée, trad. du P. Basilicapotn ; la Galerie Romaine, ou les Hommes illustres de Rome, trad. d'Aurelius Victor, et une nouvelle édition du Dictionnaire géographique de Vosgien, 1819, in-8*. M. Beuchot, dans la table du Journal de la librairie (année 1814), lui attribue les sept pamphlets suivants, Imprimés dans le cours de cette même année, et formant chacun 8 pages d'impression in-8" : I" la Lanterne magique de la rue Impériale; 2* N'en parlons plus et parlons-en toujours; 3" Ça ne va pas, non, c'est le chat; 4° le Thermomètre, ou le Chaud et le Froid ; 5° Ah ! que c'est béte, ou la Revue des pamphlets ; 6° les Adieux des Russes aux Parisiens; T le Fond du sac, et à çhacun I

ion sac. Ce laborieux écrivain ne manqua it certainement pas d'une certaine érudition; il avait dans l'esprit quelque originalité. Il est mort dans l'obscurité, il y a quelques années. D— n— a.

CAILLY ( Jacques de ) , connu sous le nom d'AcEtLL v, chevalier de l'ordre de St-Michel, né à Orléans en 1604, a laissé quelques vers imprimés d'alKM-d sous le titre de Diverses Petites Poésies du chevalier d"Aceilly, Paris, And. Cramoisi, 1007, in-12, réimprimés dans un recueil de Pièces enoi- <i>«, tant en prose qu'en vers, publié par de la Monnoic, la Haye (Paris), 1714, 2 volumes in-12; et encore dans le Recueil de pièces galantes en prose et en vert de ma lame la Suze et de Pellisson, 1748, 5 volumes, in-12. La plupart des pièces de CaiUy sont versifiées naturellement; quelques -unes sont citées quelquefois, telles que celle-ci :

Dis-je quelque chose assez belle.

L'antiquité toute en cervelle Me dit : Je l'ai dite avant toi.

Cest une plaisante donatelle; Que ne venait-elle après moi !

J'aurais dit ta chose avant elle.

Tout le monde connaît son épigrarame contre les étymologistes :

Al fana vient dVfuu* sans doute; Mais 11 faut convenir aussi Qu'en venant de là Jusqoici Il a bien changé sur ta route.

Jacmies de Cailly se disait allié de la famille de la Pucellc d'Orléans. Il est mort en 1673.— A.-G. Cullv, mort en 1800, a coopéré au Journal des Muses. On a de lui : Confe* en vers , Chansons et Pièces fugitives, Paris. 1800, in-18. A. Il— t.

CAILLY ( AniURH-GiniXAUim), littérateur, né en 1727, reçut une éducation soignée au collège de Béarnais, oït il remporta tous les prix. Il suivit d'abord la carrière des armes, servit comme volontaire dans l'artillerie, et chanta les triomphes de l'armée française, après la bataille de Fontenoy, ou il avait combattu. Il revint a Paris avec le comte d'Eu , grand maître de l'artillerie, qui le nomma trésorier de ses domaines. Pour répondre à la confiance de son protecteur, Cailly entra chez un notaire, où il acquit les connaissances nécessaires à ses nouvelles fonctions. Après la mort du comte d'Eu, en 1775, Cailly acheta un coin de terre à la campagne, où il allait passer tous les étés, pour s'y livrer plus tranquillement à la culture des lettres. Ses titres littéraires sont : plusieurs divertissements composés, vers 1750, pour les fêles que la duchesse du Maine donnait à Sceaux ; Don Alvar et Mincio, opéra en 3 actes tiré du roman de Gilblas, et joué sans succès, en 1770, nu Théâtre-Italien ; f Education d'un prince, autre pièce reçue au même théâtre, à l'époque de la révolution ; le Temple de Gnide, grand opéra en 3 actes; des poésies insérées dans les Etrennes d'Apollon, VAlmanach des Bfuset, etc., et une foule de chansons attribuées souvent a Beaumarchais et à Boufllers. Membre de la société des

belles-lettres de Paris depuis sa fondation, il y lut plusieurs pièces fugitives, entre autres le Jugement de Paris, conte cliannant où il a su concilier ia décence et la grâce. Cailly, faisant céder sa modestie aux instances de ses amis, s'occupait de publier un recueil intitulé : Contes en ver$, Chantons ei Pièces fugitives, Paris, an 9 (1800), in-18 de 288 p., lorsqu'il mourut, le 19 septembre de la môme année, d une attaque d'apoplexie. A la demande de son lils, son corps fut inhumé à Belleviiie, dans la jardin où reposaient depuis sept ans les restes de son «mi Favart. Alissan de Chazet, secrétaire de la société des belles-lettres, prononça, le 15 octobre suivant, un éloge de Cailly, imprimé dans le même formai que les poésies de celui-ci, mais que l'on ne trouve pas toujours en tetc du recueil. Les poésies de Cailly sont en général graveleuses, quoiqu'elles soient pour la plupart l'ouvrage de sa vieillesse, et composées pendant le régime de la terreur qu'il ne manque pas de stigmatiser. On peut en dire autant des quatre premiers chants de Mon Radotage, ou mm Mette* Fredaines, poème qu'il n'a pas achevé. Cailly a coopéré au Journal des Muses, publié par madame Mérard de St-Just (1). A — t.

CAILLY (Chaju.es), né à Vire en 1752, entra fart jeune dans la carrière du barreau, et s'élant montré, dès le commencement, l'un des partisans de la révolution, il remplit dans le département du Calvados différentes fonctions administratives et judiciaires, entre autres celle de commissaire près les tribunaux civil et criminel de Caen ; il y fit preuve de sagesse, de modération, et rendit quelques services aux victimes de la tyrannie révolutionnaire. Dénoncé bientôt lui-même comme fédéraliste , et mis hors la loi. il ne dut son salut qu'à des circonstances particulières, et notamment au siège de Granrille par les Vendéens, qui fixa toute l'attention des conventionnels. Après le 9 thermidor, il rentra dans les fonctions publiques. 11 était commissaire du directoire près l'administration départementale du Calvados, en 1797, lorsqu'il fut destitué comme soupçonné d'appartenir au parti qui allait succomber dans la journée du 18 fructidor. Son département le nomma néanmoins, en 1798, député au conseil des anciens, dont il devint secrétaire l'année suivante. Il y fit un rapport sur le notariat , et soutint les droits de la république sur les successions des émigrés. 11 parla encore dans celte assemblée sur le régime hypothécaire, sur le vagabondage et sur d'autres objets de législation Après le 18 brumaire, Cailly entra dans la magistrature : nommé d'abord juge au tribunal d'appel de Caen , il devint plus lard conseiller, puis président de chambre à la cour royale. 11 est mort dans l'exercice de ses fondions le 8 janvier 1881 . Cailly avait toujours cultivé les lettres, et il était l'un des membres les

(1) Dans one pellie biographie critique qui parât en I7M, tntitstee le Tribunal tAfêllon, S vol. in-18, on lit : « Le bean vte a « besoin de l'éventail uoaml il entend les gra»rleu<«s niais cli.inn.iri- « les pièce* fugitives du pere. » Kt dans l'article de Caillr lils il est dit : a Si l'on pouvait faire rimer treille arec telle, miséricorde a «ree htlltkarde , ce chansonnier opiniâtre trauiUeraii avec ose

I plus assidus de l'académie de Caen. Le recueil de cette société contient plusieurs mémoires de sa composition. On a encore de lui : 1* Rapport tm conseil des anciens sur l'organisation du notarial , 1799, in-8 ; 2* Pi m r lotion sur le préjugé qui attribué aux Égyptiens l'honneur des premières découvertes dans les sciences H le» arts, lut « F académie de Caen, Caen, 1802, in-8». M— n j.

CAIM - B1AMRILLAH ( AtiMED, surnommé), •2b' calife ahbasside, fils de Cadir-Billah, auquel il succéda en dxoullicddjah 422 de l'hégire ( décembre 991 de J.-C. ), n'eut, comme ses prédécesseurs, qu'une autorité religieuse soumise a celle qu'exerçaient à Bagdad les sulians Bouïdes, sous le litre i\ Emyr-el~Oméra (généralissime). Son règne n'offre d'autre événement remarquable que l'extinction de la dynastie des Bouïdes, remplacée par celle des Seldjoucydes. Ce malheureux prince ne pouvant repousser les insultes de Bcssassyry, officier révolté, qui pillait les environs de Bagdad, et ne trouvant dans son généralissime ni protection ni défense, appela à son secours Thoghrul-Bey, déjà célèbre par ses succès. Thoghrul saisit aussitôt cette occasion d étendre et de légitimer sa puissance ; il vint en toute bâte à Bagdad, où il rendit au calife les honneurs qui lui étaient dus; mais son année, livrée à lotîtes sortes d'excès, porta le peuple à la révolte; on en vint aux mains, le sang des musulmans coula dans Bagdad, les maisons furent pillées ; enfin la sédition sciant apaisée, Thoghrul se saisit du sultan alors régnant, le lit mettre en prison, et détruisit ainsi la dynastie des Bouidcs. Caïm avait changé de mai Ire ; mais sa position était toujours la même. Thoghrul, n'ayant plus de rivaux à craindre, s'occupa à combattre les enuemis de son nouvel empire; mais en 150 de l'hégire (1058-9 de J.-C. ), tandis qu'il combattait contre un de ses frères, Bcssassyry, dont nous avons déjà parlé, vint fondre sur Bagdad, s'en empara, mil Caïm dans un cachot, et fit proclamer calife Mostanser, qui l'était déjà en Egypte. Thoghrul-Bey, instruit de cet événement, arriva en toute hâte, entra dans Bagdad abandonné par Bessassyry, et mit Caïm en liberté. Depuis ce moment, ce prince jouil en paix du califat, sons la tutelle de Thoghrul-Bey, d'Alp-Arslan et de .Mélik- Schah ses successeurs. ( Voy. ces noms.) Il mourut le 10 de chaaban 4t>7 de l liégire (30 mars 1073 de J.-C. ) après un règne de 44 ans. C'était un prince juste, bon, instruit, mais faible et incapable de régner : il aimait l'étude et cultivait la poésie. Son lils Moclady lui succéda. ( Voy. Moctad v ) J — n.

CAIN, premier fils d'Adam et d'Ève, dont le nom hébreu, Canah, signifia posséder, parce que sa mère, vivement pénétrée de la promesse que d'elle naîtrait celui qui devait écraser la tète du serpent séducteur, et croyant que cette promesse allait avoir son accomplissement dans ce premier-né, s'écria, dans le ravissement de sa joie, en le mettant au monde : « Voilà que je possède maintenant un « fils. » Pour rectifier ce qui a été dit dans les articles Adam et Abkl, on observera qu'il n'y a rien de certain «ur l'époque précise de la naissance de Caln ;

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