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qu'elle a dû être très-rapprochée de la création , puisque ce fût aussitôt après avoir créé le pére et la mère du genre humain que Dieu institua le mariage, et qu'il leur dit : « Croissez et multipliez, » mais postérieurement i leur expulsion du Paradis terrestre, car il serait impossible autrement d'expliquer comment Caïn et Abel auraient pu contracter en naissant le péché originel. Caïn se livra à la culture de la terre, et c'est du fruit de ce travail qu'il fit au Seigneur l'offrande à laquelle fut préférée celle d'Abel. Moïse et St. Haut indiquent les raisons de cette préférence, l'un en disant qu'Abel offrit ce qu'il y avait de meilleur parmi les premiers-nés de son troupeau, qualité qu'il ne marque point dans l'offrande de Caïn ; l'autre, en nous apprenant que celle d'Abel fut plus abondante ou meilleure, et qu'elle fut animée d'une foi vive. On ne sait pas au juste par quel signe Dieu lit connaître la préférence donnée à l'offrande d'Abel. Les Juifs, autorisés par divers événements semblables de l'histoire sainte, conjecturent que ce fut par un feu du ciel qui la consuma, sans toucher à celle de son frère. On ignore également quel fut l'effet de cette préférence de la part de Dieu. L'opinion la plus générale et la plus conforme à l'analogie de la foi, c'est «pie le droit d'aînesse fut transféré de l'ainé au cadet, et, par conséquent, l'auguste prérogative de voir naître de sa in Mérité le Messie réparateur. Cette préférence mit le trouble dans le cœur de Caïn et l'agitation dans tous ses sens. La U istesso et rabattement parurent sur son visage. Dieu, touché de son désespoir, chercha à le faire rentrer en lui-même par ces paroles de consolation : « Le droit d'aînesse, il est « vrai, vous élevait au-dessus de votre frère qui c vous était soumis. La perte que vous en avez faite « ne doit point vous Mer tout espoir : si vous « pratiquez le bien, vous n'en serez pas moins ré- « compensé ; mais si, persistant dans les noirs pro- « jets qui roulent dans votre pensée, vous faites le « mal, votre crime sera toujours présent à votre o esprit, et vos remords ne vous laisseront pas un « moment de repos. » Caïn, sourd a cette voix , attira son frire dans un lieu écarté, lui cherclia querelle, et se souilla par le premier meurtre qui ait ensanglanté la terre. Le Seigneur, dont ce crime semblait devoir provoquer une vengeance éclatante, se contenta de lui dire : « Caïn, ou est Abel, votre « frère? » Caïn, au lieu de s'avouer coupable et de recourir à la miséricorde de Dieu, crut pouvoir se soustraire à cette question importune par la réponse évasive qu'il n'en savait rien , qu'il n'était pas chargé de la garde de son frère. Alors le Seigneur prononça contre lui cet arrêt terrible qui devait retentir dans toutes les générations : « Quel crime affreux « avez-vous commis? La voix du sang de votre « frère s'est élevée jusqu'à moi ; elle ne peut être « apaisée que par une punition exemplaire. Vous « serez proscrit de cette terre abreuvée de sang in- « nocent, condamné à une vie errante et vagabonde. « Le champ que vous cultivez à la sueur de votre « front ne vous rendra point le fruit de vos travaux ; « et, poursuivi sans relâche par le plus épouvanta •
« Me souvenir, vous ne croirez voir dans tous les « hommes que des vengeurs de votre fratricide. » Cet arrêt foudroyant fin enfin comprendre à Caïn toute l'énormité de son crime ; il se reconnut indigne du pardon, ne vit autour de lui que les horreurs de la mort, et crut qu'il serait la victime du premier homme qu'il rencontrerait. Dieu le rassura encore contre cette crainte, en lui dénonçant la sévère punition de quiconque oserait attenter à sa vie, et lui confirma cette promesse rassurante par un signe ; c'est-à-dire, suivant l'opinion la plus autorisée, par un miracle , qui ne devait plus laisser subsister de crainte à cet égard dans son esprit. Cet événement doit être placé dans la cent vingt-neuvième année d'Adam, puisque, selon l'Ecriture sainte, c'est en l'année 130 que naquit Seth, destiné à remplacer Abel dans la famille des pères du genre humain. Cette époque certaine fournit la réponse au système de Lapeyrère et aux d if lieu liés de Bayle, en faveur des préadamites : ces deux auteurs prétendent en conclure l'existence de l'arrêt prononcé par le Seigneur contre Caïn. ( Voy. là-dessus Crouzas, Examen du pyrrhoniime, et une bonne dissertation sur l'article Caïn de Dayle, dans les Mémoire» de Trévoux de mai 1738. ) Caïn, après avoir longtemps erré, se retira dans la terre du Nord, à l'orient d'Eden. Sa famille s'étant prodigieusement multipliée, il y conslruisit des cabanes, dont on a fait une ville appelée Henoch, du nom de son fils. On ne sait point l'époque de sa mort. Suivant une ancienne tradition, il fut tué pu1 Lamech, son neveu ; mais cette tradition n'est nullement certaine. Josèphe, sur l'autorité de cpii on ne peut guère compter, dit que Caïn commit toutes sortes de déprédations; qu'il s'adonna au libertinage ; qu'il substitua le luxe à l'antique simplicité des mœurs; qu'il établit le premier le droit de propriété, en séparant les héritages par des haies, et qu'il fut l'inventeur des poids et mesures. Il sortit, au milieu du second siècle, du sein des Valentiniens, selon St. Irénée, ou de celui des Nicolaïtes, selon St. Ëpiphane, une secte de Calmles qui affectaient pour Caïn une vénération toute particulière. On les appela aussi Judaïles, parce que, dans leur culte, ils associèrent Judas à Caïn. Ils reconnaissaient une vertu supérieure à celle du Créateur, qu'ils nommaient sagesse ; mettaient la perfection de la raison à commettre sans pudeur toutes sortes d'infamies; prétendaient que chaque action infâme avait son ange tutélaire , qu'ils invoquaient en s'y livrant. Ces sectaires avaient un Evangile de Judas, un livre apocryphe de V Ascension de St-Paul, et d'autres écrits remplis de choses horribles. Une femme, nommée Quintille, qui avait ajouté des pratiques encore plus abominables à celles des Calnites, pervertit en Afrique beaucoup de monde. On croit que ce furent ses prédicationsqui engagèrent Tertullien à écrire son traité de Baptismo. T— o.
CAINAN eut pour pére Ënos, alors âgé de quatre-vingt-dix ans, et naquit l'an du monde 325 ( Genèse, chap. 5, v. 9). On ne connaît aucune particularité de la vie de ce patriarche. Il engendra Malalécl, à l'âge de soixante-dix ans, et mourut âgé de
010 ans, Tan du monde 1235. L'évangéliste St. Luc fait mention de Cafnan dam la généalogiequ'il donne du Sauveur (ch. 3, v. 37). Caînan est nommé Jared par l'historien Josèplie. — Caïkaî*, fils d'Arpliaxad, naquit l'an du monde 1694, et mourut âgé de 360 ans. Les Septante, qui ont augmenté les années des patriarches, lui donnent 460 ans à l'époque de sa mort. Selon ces interprètes, il avait cent trente ans lorsqu'il engendra Salé; mais, suivant le calcul ordinaire, il n'était alors âgé que de trente ans. Les savants sont partagés sur l'âge et l'existence même de Caînan. On ne trouve ni son nom ni ses années dans l'original hébreu de la Genite et du Deutéroname. On les chercherait vainement dans la Vulgate, dans la paraphrase chaldaîque, dans Josèplie, dans IJérose, dans Philon, dans Théophile d'Antioche, dans Jules Africain, dans St. Épiplianc ; mais on les voit dans la version des Septante et dans la généalogie de Jésus-Christ, donnée par St. Luc, gui fuit Saie, qui fuit Cainan, qui fuit Arphaxad (c. 3, v. 35). Voici sommairement les différentes opinions sur une question obscure qui ne semble point de nature à pouvoir être désormais éclaircie. Quelques auteurs ont pensé que Moïse avait omis Caînan, parce qu'il ne voulait compter que dix générations depuis Adam jusqu'à Noé, et depuis IS'oé jusqu'à Abraham. Plusieurs ont cru que les Juifs avaient supprimé le nom de Caînan de leurs exern. plaires, dans le dessein de rendre suspects les soixantedix interprètes et l'évangéliste St. Luc. D'autres ont prétendu qu'Arphaxad fut père de Caînan et de Salé, de Salé selon l'ordre naturel, et de Caînan selon la loi. Il en est qui veulent que Caînan et Salé soient un même personnage, indiqué par les Septante et par St. Luc sous ces deux noms. Ceux qui soutiennent que Caînan a été ajouté dans la version des Septante, et qu'il est passé de là dans l'évangéliste, prétendent que l'autorité de l'hébreu, de la Vulgate, du chaldéen et du syriaque, doit prévaloir sur celle des Septante; que St. Luc n'ayant fait que copier ces interprètes, son texte en cet endroit ne peut être d'une plus grande autorité que la leur ; que les changements faits par tes Septante dans les années des patriarches suffisent seuls pour infirmer leur autorité dans tout ce qui est contraire au texte hébreu, et que d'ailleurs il résulte des éditions des Septante comparées qu'elles diffèrent entre elles. Plusieurs écrivains pensent que le nom de Caînan est étranger au texte même des Septante ; que ces interprètes ne l'y ont point mis, que les plus anciens pères ne Fj ont point lu. En effet, ils ne comptent que dix générations depuis Noé jusqu'à Abraham ; et il y en aurait onze, si l'on y comprenait Caînan. Enfin des critiques habiles supposent que le nom de Caînan ne se trouvait point dans les premiers textes de St. Luc, et qu'il n'y est entré que par l'interpolation de quelque copiste. ( Voy., sur cette question, Corneille de la Pierre et I). Calmet sur la Genèse; Grotius, sur St. Luc; la dissertation d'Ussérius sur Caînan, etc. ) V — ve.
CA10. Voyes Cavot.
CA1PHE, appelé aussi Joseph, fut créé grand
prêtre des juifs par G rat us, intendant de la Judée, après la destitution de son beau-père Anne, ou Auanus, l'un 27 de J.-C. Ce fut dans rassemblée de» prêtres et des docteurs de la loi, présidée par lui, qu'il prononça contre Jésus-Christ cette sentence de mort : « Il faut qu'un homme meure pour tout le « peuple, aliu que toute la nation ne périsse pas. — « Or, ajoute l'évangéliste, ce n'est pas de lui-même « qu'il parlait ainsi ; mais comme il était pontife de « cette année, il prophétisa que Jésus mourrait, non- « seulement pour sa nation, mais encore pour le sa- « lut de tous ceux qui aspireraient à devenir des en- « fants de Dieu. » Dès ce moment, les Juifs méditèrent les moyens de le faire périr, et Caïphe, principal agent de ce déicide, ne cessa d'ouvrir les avis les plus violents pour le conduire à sa consommation ; il poursuivit le même projet sur les apôtres du Sauveur ; il coudainna St. Etienne à mort, lit fouetter St. Pierre et St. Jean pour avoir guéri un boiteux et converti 5,000 persounes. 11 fit mettre eu prison le premier à cause de son zèle à prêcher lu résurrection île Jésus-Christ et des miracles par lesquels il confirmait son témoignage. Ce système de persécution dura jusqu'à ce que Caïphe fût déjwuillé de sa dignité par Vitellius, gouverneur de Syrie, en l'an 36. On ne connaît ni l'époque ni le genre de sa mort. Les Juifs prétendent montrer encore aujourd'hui à Jérusalem la maison qu'il liabitait, et des voyageurs racontent qu'ils en ont vu les ruines. St. Luc dit qu'Anne et Caïphe étaient tous les deux souverains sacrilicalcurs à l'époque de la mission de St. Jean-llaplislc. Comme celle réunion de deux personnages en même tem|>s pour porter le titre et exercer les fonctions de cette première dignité est contrains à tous les monuments de l'antiquité judaïque, les savants ont imaginé divers systèmes pour rendre raison de ce fait particulier. Baron i us dit qu'Anne était chef d'une des vingt-quatre familles sacerdotales, et en celle qualité, président du sanhédrin, cliarge à laquelle se trouvaient attachées les fonctions de la souveraine sacriticature. Casaubon suppose que le grand prêtre avait un vicaire pour le suppléer au besoin. Basnagc de Flotleraanville établit deux pontifes en même temps, et qui exerçaient tour à tour les fonctions de cette charge. L'opinion la plus généralement reçue est que ceux qui avaient été revêtus de la dignité de grand piètre en retenaient toujours le titre ; qu'Anne, destitué injustement par un officier païen, en conserva le pouvoir, à cause de lu considération dont il ne cessa de jouir parmi les Juifs. On conçoit par là comment Jésus-Christ fut d'abord conduit chez Anne, et de là chez Caïphe ; chez le premier, sans doute, parce que c'était î'ancieu et le beau-pére ; chez le dernier, parce que, selon l'évangéliste, il était le souveraiu sacrilkatcur de celte année-là. T — D.
CAIRELS ( Elias), troubadour, né à Sarlat, en Périgord, fut d'abord employé à travailler les métaux pour l'orfèvrerie et à dessiner des armoiries, et tout à coup se consacra aux muses sans y être appelé par un grand talent. Ses productions offrent des difficultés qu'il se pUUait à vaincre. Tantôt les vers sont