‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 7 sur 97 · M BRU · texte numérisé non relu

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verains alliés, pour y Taire offre de ses services. Il y rerul un accueil poli, mais froid. On avait bien quelques loris envers lui, et les torls dont on est coufable sont ceux que l'on pardonne le moins. Pour faire écho à l'enthousiasme de la jeunesse allemande, on l'appelait Arminius (I) dans les proclamations; mais il n'y avait point de commandement pour Arminius. à moins qu'il ne prit du service dans l'armée prussienne; et à ses yeux celle condition équivalait à un refus. Rebute, ie duc de Brunswick reprit le chemin de l'Angleterre, laissant le major Olfermanns dans 'c corps de Walmodcn , pour y prendre part aux événements, ci le tenir au courant de ce. qui se passerait. Il H9 revint sur le continent qu'à la lin de l'année, et deux mois après la dissolution du royaume compose" pour Jérôme d'éléments si hétérogènes. L'administration de ses États souffrit beaucoup de ce retard. Rempli d'intentions généreuses, le duc s'efforça de réparer le temps perdu : il formait les plans les plus vastes pour la splendeur et la prospérité du duché. Malheureusement, avant de songer à des chimères, trois objets d'urgence réclamaient son attention : la dette publique, et les contingents financier et militaire a fournira la coalition. Le duc ne connaissait guère que les détails relatifs à l'armée, et il déploya une activité prodigieuse pour se signaler à celte occasion. Ses efforts ne produisirent pas tout ce que l'on eût pu désirer. Visant surtout à l'effet théâtral, il voulut que ses 10,000 hommes apparussent au camp des alliés ensemble et comme d'un coup de baguette. Ils se firent donc attendre, et il lui en coûta beaucoup d'argent. Sur toutes les autres matières gouvernementales, le duc était d'une inex|»ériencc complète : il voulut y suppléer par le travail; mais la contention d'esprit et la méthode lui étaient insupportables : il agissait beaucoup et ne faisait rien. I ne multitude d'affaires étaient arriérées : il se mit en tète de les voir, de les expédier toutes; il donnait audience à tout le monde, écoutait les plaintes de tons. On conçoit que des scènes ridicules devaient résulter de celte excessive fa- HdMtrîté, et que sa popularité même s'y trouvait compromise. R'autre part, au milieu de cette foule d'affaires, il s'impatientait contre la lenteur des bureaux, s'emportait, changeait les personnes, ne trouvait pas mieux, et, en dernière analyse, mécontentait autant qu'il était mécontent. Aussi, quoique la censure fût fort sévère dans son duché,n'échappa-t-il point aux malignes plaisanteries, aux graves critiques des feuilles non brunswickoises. Au reste, a force île changer, de mal choisir, il finit par rencontrer des conseillers laborieux, ex|>érimenlés. Ce prince eut peut-être enfin acquis h s talents nécessaires à l'homme qui gouverne, si la campagne de 1815 ne fût venue mettre prématurément un terme à celle seconde période de sa vie. Son contingent pour la nouvelle lutte qui allait s'ouvrir avait été fixé à 0,000 hommes, H fut prêt un des premiers, et se mit en marche à la tète de [très de 9,000 combat-

*4mJtt^ 'Tfi<Ml l>u»|-oicor AkvauJrc daas une pruiljuulioii

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tants, parmi lesquels 2,000 formaient une cavalerie d'élite. Les hussards de Brunswick ne devaient pas, en 181.1, démentir le renom qu'ils avaient acquis six ans auparavant. Toutefois le prince, toujours ennemi des Prussiens, voulut combattre dans l'armée dont l'Angleterre fournissait la base. Uni aux troupes hanovriennes, il alla se joindre aux troupes anglobelges de Wellington, en Belgique, dés le commencement de juin, et forma une division de la réserve. Le 15, la campagne s'ouvrit. Le lendemain, deux iKitaillcs curent lieu, l'une à Ligni, l'autre aux Qualre-Bras. Le matin, à dix heures, le corps de Brunswick et la cinquième division anglaise étaient encore à Bruxelles. Us partirent en toute hùte, firent huit lieues jusqu'aux Ouaire-Bras, et, en arrivant à trois heures, furent employés sur-le-champ. Animés par l'exemple de leur chef, deux bataillons, jetés entre les bois de Bosses cl la route de Namur, deux autres placés en avant des Qiiatre-Bras et la cavalerie qui les soutenait, déployèrent la plus grande bravoure. Cependant les batteries françaises les faisaient souffrir cruellement, et, après une résistance opiniâtre, la ligne des tirailleurs fut forcée et la cavalerie enfoncée. Le duc s'élança pour rallier les fuyards, et il faisait des efforts déses|>érés lorsqu'une balle l'atteignit mortellement. Ce spectacle, plus que toutes les cxhorlations ranima le courage des Rrunswickois qui revinrent à la charge, et reprirent leurs positions. Le duc n'eut pas le bonheur de les voir ainsi ressaisir l'avantage : il était mort presque au même instant qu'il s'était senti frappé. Sa fin fut en Ions points celle d'un héros, et l'enthousiasme allemand put le proclamer après sa mort, comme pendant sa vie, l'Arminins moderne. Val. P

BRI NSW1CK-WOLFEMIUTTEL. Foyes Elisabeth-Christine, reine de Prusse.

BRCNTON" (Maiue), fille du colonel Thomas Balfour, d'EIwiek, née en 1778, dans l'Ile de Burra, comté d'Orkney en Ecosse, eut l'avantage de recevoir de sa mère, qui était de la famille des Ligonier, et qui avait l'esprit cultivé, une éducation peu commune. Elle s'appliqua particulièrement à la musique et aux langues française et italienne. Elle fil des vers qu'elle ne larda pas à juger mauvais , et eut, comme elle-même le dit, le bon esprit de renoncer à la rime, à l'Age respectable de quinze ans. Unie, lorsqu'elle eut atteint sa vingt-huitième année , à un ministre anglican qui iKirtagcait son goût pour la littérature, elle le suivit à Bolton, prés Haddington, où ils résidèrent pendant quelques années. En 1803, ils lixèrcnt leur demeure a Edimbourg, où le cercle de leurs relations s'élendit beaucoup, et où madame Brunton se lia d'amitié avec plusieurs femmes distinguées par leur esprit. La correspondance qu'elle eut avec elles la conduisit peut-être à la Composition des écrits qui lui ont fait un nom; mais elle avait beaucoup moins pour objet de cueillir des palmes littéraires que de servir la cause de la morale et de la religion. I^e premier de ses romans, Y Empire, sur toi-même ( Self-Controu! ), parut en 1810, et fut si goûté du public que, dans l'espace «le cinq jours, 1,200 exemplaires sortirent ;des mains

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«les éditeurs, et qu'il fallut s'occuper d'une seconde édition moins d'un mois après l'apparition de la première. Dans cet ouvrage l'auteur s'est proposé de jiorter témoignage contre cette maxime immorale, « qu'un libertin corrigé peut devenir le meil- « leur «le* maris, » Elle l'avait dédié à la célèbre miss Joanna Baillic, qui eu retour lui donna de sages avis sur la composition littéraire. Le livre annonce du talent pour observer et |K>ur peindre les caractères ; elle décrit avec de grands détails, et dans un style animé et élégant ; mais on a parfois sujet «le «lésirer plus de vraisemblance et plus d'ensemble dans les diverses parties de la narration. Ce roman n'a été traduit que très-longtemps après en français, et sous le litre «le iMttre Montreville (I821t, 5 vol. in-12), par une dame qui tient un liant rang dans la société. La préface est annoncée sur le titre comme étant de 31. V. n, de l'Académie française; mais nous devons déclarer que M. ViUemaÎB n'en a pas écrit une seule ligne. Dans un autre roman, intitidé la Disciittinc, Marie Brunton a peint avec amour Ici mœurs des baules terres de l'Ecosse (Highlands), et cette partie de l'ouvrage plut extrêmement, malgré la concurrence redoutable de Waverlcy, qui était alors dans sa nouveauté. I.a traduction «jui en a été faite en rrance sous le titre il'llélène Percy, ou let Leçons de l'adversité ( 18... S vol. in-12), n'a pas eu moins de succès, et on la lit encore avec empressement. Le but moral tT Emmeline, le dernier des ouvrages de madame Brunton, et qu'elle ne vécut pas assez pour achever, était de montrer combien une femme divorcée a peu de chances de bonheur quanti elle épouse l'homme qui l'a séduite. Madame Brunton n'a>ail jamais eu qu'une santé délicate. Le temps «le ses couches aj>prochait; elle avait comme un pressentiment «pie celte épo«|ue lui serait fatale, et elle se hâtait «le faire le bien avant qu'il lui devint impassible. « La vie , « disait-elle dans une des dernières lettres «pfcllc « «écrivit, la vie est trop courte et trop incertaine « |wur qu'il puisse nous être |>ermis <le laisser écliapa per les moindres occasions d'exercer la bienfai- ■ sauce... » Le 7 décembre 1818, elle mit au monde un fils mort-né, cl une lièvre emporta la mère le 19. Marie Brunlon eut une âme tendre, et sentit vivement l'amitié. i>a piété profonde respire dans ses livres et dans sa correspondance. Elle ne mampiait pas néanmoins d'une certaine gaieté, et parfois badinait agréablement. Voici ce qu'elle dit de son caractère dans une de ses lettres : « Je vois «pie per- « sonne n'a été mieux disposé que moi à jouir de • la vie; je n'ai à me plaindre <pie «l une mauvaise « santé. J'aime à voyager, et cependant je me trouve - heureuse citez moi. J'aime la société, cl ce|»en- « danl je préfère la retraite. Je contemple avec dé- « lices les beautés de la nature, les lacs obscurs, les « montagnes escarpées , les cataractes bouilloiman- « tes ; et cependant je ne regarile p.. s sans plai- « sir la boutique d'une marchande de modes. » L'époux «pu eut la douleur de lui survivre crut ne |«s devoir laisser inédite sa dernière nouvelle, «moique inachevée : il mit au jour Emmeline, accompagnée

de quelques autres écrits, et précédée de mémoires sur l'auteur. Ces touclianls mémoires sont vivifiés surtout par les lettres de Marie Drunton. Celle dernière publication a été traduite en français, Paris, 1850, 4 vol. in-12, par la même main qui a traduit Laure Monlreville. Ia?s deux premiers volumes contiennent les mémoires, suivis d'extraits tirés de Yltinéraire de voyages faits en Angleterre en 1812 et en 1815. Le 5* renferme Emmeline. Le 4e, qui est tout entier l'ouvrage de <|uclquc plume française, contient : 1° Marie, ou Simple histoire d'une pauvre fille; 2° Souvenirs. L'éditeur ayant trouvé dans le manuscrit de ces souvenirs des copies de deux poèmes de Fontanes, le Jour des Morts et ta Chartreuse de Paris, n'a pas voulu les supprimer, et le lecteur, content de relire ces opuscules devenus assez rares, est |>cu disposé à se plaindre de cette reproduction. L.

BRCNL'LFE, oncle «l'Aribcrt, OU Charibcrt, et de Dagobert 1", entreprit, l'an «28, de faire valoir les-droits du premier contre les prétentions «lu second, qui, après la mort de Clotaire 11, voulut se faire reconnaître seul roi, ù l'exclusion de son frère. Les armes et la politique de Dagobert assurèrent le succès «le cette entreprise, et Drumdfe, obligé de céder, vint lui-même avec Aribcrt au-devant du monarque, et lui lit hommage. Cependant Aribcit fut nommé roi d'Aquitaine; il régna dans Toulouse. Drunulfe, pour ne point faire ombrage à Dagobert , le suivit en Bourgogne ; mais le roi le lit arrêter a St-Jcan-dc-L«ine, et il fut mis ù mort |>ar trois «les principaux seigneurs de la cour. On ne connaît pas le motif de ce crime. Les historiens n'accusent Dru nnlfc «rancune intrigue nouvelle, et, d'un autre coté, Dagobert gouvernait alors avec sagesse, et faisait bénir aux peuples sa justice; mais il craignit sans doute «pie Brunulfe ne favorisât, dans la suite, Aribert. Ce prince se trouvait «lé|>ouillé d'une grande partie «le ses droits au partage <|ui, jusqu'à celte é|K>que, avait toujours eu lieu entre les enfants «les rais de la première race ; p ut-ètre aussi Dagobert craignait-il «pie Drunulfe ne s'opposât à la répudia* lion qu'il fit, celle même année, «le la reine Gomatrude, pour épouser Namibie, fille d'honneur de celte reine. V— ve.

BKCMJS, ou BRUN (Co.vnAD), jurisconsulte allemand dans le 1 G" siècle , était né a Kirchen, petite ville du Wurtemberg, vers 14'JI • Il lit ses éludes à l'université de Tubingcn, embrassa l'état ecclésiasti«|ue, et prit ensuite ses degrés en droit. Ayant approfondi particulièrement les lois et les constitutions de l'Allemagne, il parut avec éclat «lans plusieurs diètes. Charles-Quint le choisit, avec Conrad Visch, pour dresser les règlements de la cltambrc impériale «l'Augshourg, l'eu de temps après, il fut pourvu d'un ranonicat «lans cette même ville, et d'un autre à Dalisbonne. Appelé à Inspruck |>ar l'empereur Ferdinand I", pour conférer avec lui sur des objets importants, Drunus ne put résister à l'excès «lu travail ; et, à son retour, épuisé de fatigues, il tomba malade à Munich, où il mournt au mois de juin 1565, dans sa 75* année. On transiwria

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son corps à Augsbnurg, où il fut enterré avec pompe. Rrunus était savant, mais trop systématique, et son zélé contre les écrivains d'une antre opinion jfétnîl pas assez réfléchi. On a de lui : 1° de Legationibus libri 5; de Cœrcmoniis libriti; de Imaginibus liber 1, Mayence, 1518, in-fol. 2° De Ifarelicis in génère libri 6, Mayence, 1519, in-fol. Cet ouvrage se trouve ordinairement réuni à celui d'Oplat de Milève contre les donatistes, et il a été inséré dans le I. 11* des Traetatus juris, Venise, 1ÎÎHI , in-fol. S- De Seditiosis libri 6, Mayence, 1550, in-fol. , et dans le même tome des Traetatus juris. 4° De Calumniis libri 3 ; de uniicrsali Concilia libri 9, 1550, in-fol. 5" Annolata de personis judicii caméra; imperiatis, Ingolstadt, 1557, in-fol. 6" Advenus noiam Histor. ccclesiaslicam Mathiœ illyrici, Dillingcn, 1565, in-8°. C'est une réfutation des ccnturialcurs de Magdebourg ; il est le premier qui les ait critiqués. On a encore de Rrunus un essai, eu allemand, d'un traité de l'Autorité et de la Puissance de l'Eglise catholique, Dillingcn , 1559, in-fol. Jean Cocldéc, éditeur de ses ouvrages, en a publié aussi séparément des extraits. — Albert Buenos, sénateur à Milan, et depuis avocat fiscal du duc de Savoie en 15-11, naquit à A.sli, et mourut vers te milieu du 16e siècle, âgé de 71 ans. Il a écrit de Forma et Solemnilate juriutn ; de Augmenlo et Diminulione monrtarum ; de Constiiutionibus ; de Consuetudine , ouvrages que l'on trouve dans les t. 2, 12, 17 et 28 des Traetatus juris. On a aussi de lui L'otHilia feudalia, Venise, 1579, 2 tomes in-fol. — Matthieu Bruni s a donné un traité de Cessione bonorum, (pion trouve aussi dans les Traetatus juris , t. 2. W— «.

Bill Nl.'S. Voyez Bruni et Bruno.

BRUMS, médecin du commencement du 14* siècle, auteur de la Chirurgia magna et parva, insérée dans un recueil de plusieurs traités de chirurgie imprimé à Venise en 1190, 1499, 1513, 1546, in-fol., et 1519, aussi in-fol., compilation des médecins grecs et arabes, écrite dans un style barbare, et extraite surtout d'Albucasis , bonne encore a consulter, et offrant quelques traces de quclqucsuns des procédés chirurgicaux consacrés de nos jours. C. et A — N.

BRUNY (de), ililtérateur qui vivait au 18* siècle, a publié : 1« Examen du ministère de M. Colberl, Paris, 1774, in -8*. 2" EU>ge de Michel de Lhopital, chancelier de France, avec cette épigraphe : Yitam impendere cero, Londres (Paris) 1777, iu-8". Cet éloge, qui concourut pour le prix •le l'académie, obtint un accessit; l'auteur garda l'anonyme, 3* Lettre sur J.-J. Rousseau, adressée à M. d'Esch... (d'Eschcrny), Genève et Paris, 1780, in-8°, rcimpr. dans le 89» vol. dcaOEwres de J.-J. Rousseau, Genève, 4783, in-8". Z— o.

BP.LISYER ( Ain i. ), médecin des enfants de Henri IV, naquit à Lié», le 22 décembre 1573, d'une famille protestante. 11 descendait de Jacques Brunyer, cliaiirelicr de Humbert, dauphin de Viennois, qui, en 1343, transporta la souveraineté du Daupliiuc à Philippe de Valois. AUwdonné , après

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la mort des auteurs de ses jours, d'une partie de sa famille, qui était restée catholique, il craignit, s'il embrassait la profession des armes, comme avaient fait ses ancêtres , d'être entraîné dans le parti protestant armé contre son roi, dont il fut toujours un des sujets les plus fidèles ; i! suivit une carrière plus conforme à son caractère, en se livrant a l'étude des sciences , particulièrement de la médecine, dont il alla puiser les éléments à Montpellier. En peu tic temps, il y lit des progrés étonnants, et, après avoir été reçu docteur avec l'approbation la plus flatteuse des grands maîtres de cette savante école, il partit pour Paris, où il ne tarda guère à se faire une grande réputation. Henri IV l'attacha à la personne de ses enfants, dont il fut singulièrement estimé et chéri. Louis XIII, devenu roi, s'empressa de le récompenser par le brevet de conseiller d'État, et le cardinal de Richelieu le plaça près de Gaston, duc d'Orléans, en qualité de premier médecin, mais plus particulièrement encore j>our assister ce prince de ses sages avis, et l'empêcher de se livrer à de mauvaises impressions , auxquelles il n'était que trop porté |>ar sa faiblesse naturelle. Abel Brunyer fut également employé par ce premier ministre à plusieurs négociations importantes auprès des protestants du Languedoc, dont il avait la confiance. Le poète Scarron a, dans son style burlesque, payé un tribut de louanges à ce célèbre médecin :

Son ïllessc peu de temps but; Car dessus ses jambes il chut Une très-douloureuse goutte, Mais où nul vivant ne voit goutte, Fût-ce Brunier son médecin.

N'en déplaise à feu Jean Calvin, C'est grand dommage que cet homme Ne croit pas au pape de Rome :

Car à tout le monde il est cher, Quoiqu'en carême mangeant chair.

Abel Brunyer vécut constamment dans la religion prolestante 'jusqu'au 41 juillet 1665, époque ou il termina sa carrière, âgé de 91 ans. Il laissa plusieurs enfants , de l'un desquels descendait Pierre- Edouard Brunyer, mort à Versailles en 181 1, après avoir, ainsi que son aïeul, joui de la confiance de la famille royale, à laquelle il était attaché comme médecin des enfants de France. Abel, en société avec Marcliant, avait publié, en 1653, une description du jardin de botanique fondé à Blois par Gaston d'Orléans, sous le titre de Hortus regius lt transis, in-fol. Il en donna, en 1655, une nouvelle édition, dans laquelle il se vante d'avoir, pendant ces deux années d'intervalle, enrichi ce jardin de cinq cents plautes nouvelles. ( Voy. Gaston, duc d'Orléans, et Robert MortisoN. ) L — p — b. BRI S. Voyez Bruce.

BULSANTIINl ( le comte Vincent), poète italien du I6« siècle, était d une bonne et ancienne noblesse de Ferrare. Il n'y a rien de certain dans les circonstances de sa vie, donnée par Mazzuchelli {gli Scritlori d'Italia), qui les a puisées dans une histoire inédite des poêles, par Alessandro Kilioli , auteur el ouvrage peu dignes de fol. Oa croit que

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le Bnisantini mourut d'une maladie contagieuse vers 4570. Le poème qui lui a fait quelque réputation est intitulé: Angelica innamorala. Venise, I5S0, in-4», et réimprimé en 4553, avec des figures gravées en bois, et des allégories à chaque citant. C'est une suite du Roland furieux. L'Ariosle avait conduit l'action de son poème jusqu'à l'union de Roger et de Dradamante ; Bnisantini prit pour sujet du sien, qui est en 37 chants, la mort de Roger tué en trahison par la faction de Mayence, implacable ennemie de sa maison, et la vengeance que tirèrent de cette mort Bradamanle, femme de Roger, et Marphise sa sonir. Une autre vengeance qui termine le poème est celle qu'Angélique prend d'Alrinc. Cette méchante Téelui avait jeté un sort qui la rendait subitement amoureuse du premier venu, Ait-il le plus vil et le dernier des hommes. C'est ce qui est annoncé par ce titre iVÂngelica innamorala. Angélique a beau se venger . détruire l'Ile et tous les enchantements de son ennemie, l'espèce de tour qu'Alcinc lui avait joué ne l'en avilit pas moins. Il aurait fallu un prodigieux talent d'écrire, pour faire passer sur ce défaut inhérent au sujet ; et le style de bnisantini est lourd, froid et sans grâce. Il a montré peut-être moins île talent encore dans un outre poème, où il entreprit de lutter en mauvais vers contre la prose la plus parfaite, celle du Véeafnéron, qu'il prétendit traduire, et qu'il ne fit que défigurer. Cet essai malheureux est intitulé : le Cenlo Novelle di Veneenzo Brusanlini délie in oltarc rima, Venise. 1554, in-4". Ce titre ne trompe point, ce sont bien en effet les cent nouvelles de Bnisantini : ce ne sont plus celles de Roccace. G — k.

BRI SASORCI. Voyez Riccio.

BRUS ATI (Tebaldo), seigneur de Brescia, dont la famille était a la tète des Guelfes de cette ville, était émigré avec tous ceux de son parti , lorsque l'empereur Henri VII le rappela en 1311, espérant rétablir la paix en faisant rentrer les exilés dans toutes les viilcs. Soit que Téhaldo Brusati ne sentit pas ce qu'il devait à la reconnaissance, soit que l'intérêt de sa patrie ou de son parti l'emportât sur les affections personnelles, il fit prendre les armes aux Brcscians, au moment où tous les Guelfes de l.ombardie se révoltaient eontre l'Empereur. Brescia fut assiégée dès le 19 mai 1311 ; mais Brusati, par sa valeur et par sa pmdcnce, fit échouer longtemps toutes les attaques de Henri VII. 11 fut enfin fait prisonnier dans une sortie ; alors, au lieu de perdre courage, il exhorta les Brcscians k redoubler de zélé pour la défense de leur patrie et de leur liberté. Il fut traîné à quatre chevaux au pied même des murs, et, comme cet horrible supplice commençait, il éleva la voix encore une fois pour exhorter ses compatriotes à se défendre. S— S— I.

BRUSATI tic Père Jcles-Cêsar), savant littérateur, était né, vers 1693, à Belinzago dans le IS"ovarèse, d'une ancienne famille. Doué d'un esprit vif, pénétrant, et d une mémoire infatigable , il fit des progrès rapides dans ses études. Ayant achevé ses cours, il visita l'Italie, les Pays-Bas, l'Espagne, l'Allemagne, la France et la Hollande, et se rendit

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familières les langues et les littératures de tous ces pays. De retour en Italie , il embrassa la règle de St-Ignace à Gènes. Pendant qu'il y faisait ses études de théologie , il traduisit en latin les Mémoire* du marquis de St-Philippe [voy. ce nom), pour servir à l'histoire d'Espagne (1). Cette version lui lit le plus grand honneur parmi ses confrères , et ils songèrent à le charger de rédiger la continuation de l'histoire de la société; mais le chapitre général lui | préféra Cordara. (Voy. ce nom.) Destiné par ses supérieurs à renseignement, Brusati trouva dans cette • carrière l'occasion de montrer l'étendue et la variété de ses connaissances. Après avoir professé dans dif- I férentes villes la littérature, la philosophie et la théoi lo^'ie, il fut nommé, par le sénat de Milan, à la i chaire de logique qui venait d'être fondée à l'université de Pavic. Il passa de cette chaire à celle de mathématiques, et tout annonçait qu'il la remplirait de I la manière la plus brillante, quand une mort prématurée, causée par un travail excessif, l'enleva le 1" janvier 1743, à 50 ans. Les six premiers livres de sa traduction des Mémoire» de St-Philippe ont été imprimés à Gênes en 1723, sous ce titre : de Fœdrratorum rouira Philippum V, Ilispaniarvm regem. belto Commentaria. C'est à Brusati que l'on doit les préfaces et les dissertations publiées à la tête des huit volumes des Monument! delta famiglia det Venue. Il a laissé différents traités élémentaires, des observations météorologiques, un recueil de lettres familières, etc. Quelques-uns de ses manuscrits étaient passés dans les mains du P. Guido Ferrari , son confrère, qui a écrit en latin la vie de Brusati, imprimée dans la Raecolla ealogerana, f. 52, p. 301 , et dans ses Opuicula latina, Lugano, 1777. Outre cette vie, qui est trés-détaillée, on peut consulter sur Brusati les Serittori A'ilalia de Mazzuchelli, t. 2, p. 2250. W— s.

BRI SCA ( Girolamo ), né en 1742, mort le 30 mars 1820 à Savone, lieu de sa naissance, fut l'élève de Mengs et de Bulloni. Parmi le grand nombre de tableaux qu'il a faits, les connaisseurs admirent surtout les trois suivants : YAuomption, placé dans le chœur de l'église de Notre-Dame-de-la- Vigne a Gènes ; Ste. Hélène au Calvaire, dans une des cliapelles latérales de la même église, et la Judith, au palais Grimaldi. Z — o.

BRI SCAMB1LLE. Voyez Deslaurieas.

BBUSCII , ou BRUSCIHUS (Gaspard) , historien et poète allemand du 16° siècle, naquit le 19 août 1518, à Schlackcnwald en Bohême, et fut élevé à lïgra, patrie de ses pères, où ils portaient le nom de Rruschelius. Son talent pour la poésie latine, qui se distinguait par le uaturel et la facilité du style, lui valut l'honneur, en 1552, d'être couronné poète lauréat par Ferdinand, roi des Romains, qui le créa de plus comte palatin. Wolfgangdc Salms, evéque de Passau, le fixa dans cette ville, où il se livra entièrement a l'étude de l'histoire ecclésiastique d'Allemagne, et a la composition de divers ouvrages en

(I) Bnrsatl araii aecoDipagnè le maniais de St-Philippe «Uns un voyage en Uollaade.

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ce genre. II fut tué en 1550, au coin d'un bots, par des gentilshommes contre lesquels, dit-on , il avait fait ou menacé défaites des satires. Les deux principaux ouvrage» de Kruscliius, sont : 1° de Germanim episcopalibus Kpitome, Nuremberg, 1519, in-K". Ce n'est là que le 1" volume d'une grande entreprise qui devait comprendre tuus les évèehés d'Allemagne ; il ne contient que la métropole de Mayence, et l'évéclié de Bamberg, qui était indé- |x.*udant de toute juridiction métropolitaine. 2' i/onasterioium Germanim pracipuorum Chronologie!, Ingnlslad, 1551, in-fol.; Sulzbtch, 1582, in-8\lNcsscl eu a publie ht suite ou seconde centurie, enrichie de plusieurs pièces, sous le litre de SuppicMif"*, d'après un manuscrit de la bibliothèque impériale, Vienne, 1602, iu-î". Ces deux ouvrages coûtèrent à llrusch beaucoup de voyages cl de recherches, cl absorbèrent toute sa fortune, au point qu'à la lin il ne vivait plus que des présents qu'il recevait des abbés dont il décrivait les monastères. S'étant trouvé à Bàle avec la bourse mieux garnie que de coutume, il s'y lit faire un habit neuf; mais voyant que cette parure lui attirait plus de respect, il en fut pttlré de dépit et mit en pièces l'habit, qui ne méritait pas, disait-il, d'être plus honoré que son maître. Ses ouvrages se ressentent tut peu des nouvelles opinions de Luther, que l'auteur avail embrassées; ce qui parait encore davantage pu- ses traductions latines des Dominicales cl des Consolations de ce [>atriarche de la réforme, par celles du Catéchisme et tics Poslilles de Melanchtbon, et du traité de Autoritalc verbi Dei de George Major. Bruschius est encore auteur de quelques autres ouvrages qui ne méritent pas d'être cités : nous indiquerons cependant un traité de Ortu et Fine imperii romani, composé par l'abbé Engelberl, dont il fut éditeur, et au quel.cn le publiant, il ajouta son (Jdaepoi icon et alia minuliora Poemata, Baie, 1555, in 8" (I). T — ».

(I) Sous parlons de ce reeneil, parre qu'il serl .» dévoiler une assez singulière snpcrrherie. Vers le milieu du siècle dernier, on imprima dans le Mercure d< J-Ynane, el, rilgt-finq au> après, r'rcron rejiu| . i dans s» feuille» une prophétie eu bail vers Ijlius, qu'on prétendait avoir e'e trouvée .1 l.i-k. j, eu Montnie, dans le loml>e.i u de Itcgioiuoiiiaiius, cl ijui annonçait d'affmiv désastre» |K>ur l'année I7M». A l'ep^ue de la révolution, uu rappela telle propUc- He, el nulle bourbes la répétèrent, l-a voici :

r«« «ni. t«^ci«t . ,.,»« vi„i„;. ...o.

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Quoique le* gens vus,-* n y lissent pas plus d'attention qu'il renl autre» •►rédictlou» ausst ridicules qui . .reuiaient alun., celle-ci ne lamail pas d embarrasser bien des personne» raisonnables, pane qu elle était comme et publiée ire*- longtemps avant I cveneraenl ; uu homme inMrttil (ut donc pc iede I etaiiniier et d'en approfondir le invstere. Il y consenti!, et. après quelques recherches, il oh*ma d'al«jrd que relie propbelle prétendue ne pouvait pasavoirele trouvée eu Hongrie daus le tombeau du célèbre astronome Jean Millier, auquel on l'attribuait, puiNiu il était uiort a llorue en 1170. qu'il v avail ele enterre, el que sou tombeau s'y voit «tore. Mais le savant mit l'imposture ilfcolunient a découvert, en produisant le volume de Butscbiu* dont ooits venons de parler : U prétendue prophétie , y

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BRCSLART (Louis-Guérin, chevalier de), né à Thionville, le 22 mai 1752, d'une ancienne famille, entra, à l'âge de seize ans, eu qualité de souslieutenant dans le régiment de Lyonnais, fut uoimné capitaine en 1785, assista aux sièges de Maboti el de Gibraltar, cl eut à ce dernier le bonheur de se signaler contre une sortie où les assiégés firent, grâce à sa courageuse résistance , de vains efforts pour culbuter et incendier les travaux dont il était chargé de protéger l'exécution. Kn 1701, proscrit par une décision du club des jacobins d'Aiv, abandonné de ses soldais qu'il avait longtemps eu» core su maintenir dans l'obéissance, il s'achemina tristement vers la terre d'exil , et alla rejoindre le prince de Coudé qui avait |»our lui une affection toute particulière. INommé aide de camp du duc de Bourbon , puis capitaine de hussards dans la légion . de Mirabeau, il prit part aux campagnes de 4702, 1705 et 1701. L'année suivante, il vint reprendre son service d'aide de camp auprès du duc de Bourbon, el se dirigea vers l' Ile-Dieu, où était ce prince. Peu de temps après, il fut envoyé en Normandie tiour y servir sous les ordres de Frollé, prés duquel il fut employé en qualité d'adjudant général. Kn 1708,clwrgé d'une mission auprès de Louis XVIII alors à Millau, il revint prendre son poste à l'armée royale dont il eut, en 1700, le commandement en second, et, en 1800, le commandement en chef, en remplacement de Frotté. Uni à ce dernier par les liens» d'une étroite amitié, Bruslart ue se consola jamais de la jierte de son général , lequel fut condamné et fusillé malgré les termes d'une capitulation signée par les généraux Guidai et Cbambfrl- Itac. Vingt-cinq ans après, le chevalier de Itruslarl lit élever à ses frais, en mémoire du comte de Frotté, un mausolée en marbre blanc dont il confia l'exécution à l'un de nos meilleurs statuaires (David) (I). Arrivé à Paris |>our traiter de la pacification de l'Ouest et eu particulier du sort de ses couqtagnons d'armes, Bruslart se présenta devant Fouché et osa se plaindre iiautemeiil de la mauvaise foi du gouvernement consulaire, qu'il accusait d'avoir immolé son ami contrairement au droit des gins. Cependant , personnellement satisfait du ministre , il lui écrivit : «< Je quille encore ma |»alrie! mais je ne « saurais m'eloigner sans vous réjiéler combien je a suis reconnaissant de la manière franche et loyale « dont vous m'avez traité ; j'en conserverai toujours le souvenir. Je mets sous voire protection « spéciale tous ceux qui servaient sous mes ordres;

trouve en effet, d'abord en quatre vers allemands dans la dédicace du peut traite d'Kngelbcrt, el puis dans YOdo-porti pu, traduite en buit vers latins lels que nous les avons riies, a la date près: car Bruschius y annonce les désastres pour l'année I5»8. Notre savant nous M enrore lire iUm de Ihou. liv. 50 de son Huit ire, et dans le* lellres d'Kliemic Kisquicr, la frimrulalion qu'alors eut!» celte prophétie. (Jua donc fait lemodeine jongleur? Il a simplement rajeuni la prophétie et mis la date fatale a l'année 17*8 an lieu de (SfS. [tnisrhiui avait dit : Potl mille elu/uoê a parla Yirgihit unnos, etposl qutngenta. A ces derniers mots il substitue : et ttpin- Senliiê qui conservent la mesure du vers. Voila toute II ruse, qoo nous révélons, parce que, s'il est aise de mépriser les fourbes, il esl plus sor encore de les démasquer. H— t.

(IJ Ce mausolée a ei« place dans | église de VencuU.

BRI

« Ils n'ont pas les mêmes raisons que moi pour fuir « les lieux souillés par la présence des meurtriers de « leur chef, qui fut mon ami particulier, » En 1801, Iiruslart revint en Normandie pour y faire exécuter l'ordrc du comte d' Artois de sus[>cndre tout renouvellement d'hostilités. « J'ai vu avec satisfaction, lui « mandait ce prince, les soins que vous vous éles « donnés pour mettre à l'abri de la |>ersécution du « gouvernement en France les braves royalistes de « la province de Normandie que j'avais confiés a « votre commandement , et je vous cliarge de leur « faire connaître le souvenir que je conserve de vc— « Ire attachement et du leur. La persévérance et le « courage que vous et eux avez montrés, dans votre « {«(lâchement à la cause de la monarchie et de la

• religion , me sont des garants certains que je les « retrouverai encore lorsque des circonstances plus « favorables ine mettront dans le cas de pouvoir en « faire usage pour le service du roi. Mais , dans le ■ moment actuel, mon intention est que la partie de « la province de Normandie que j'ai conliée à votre « commandement reste dans l'état complet d'inac- « tivité où vous l'avez laissée, etc. » liravant tous les dangers, Rruslart ne craignit pas de séjourner en France, où sa tête était mise à prix (I), malgré la fermeté de caractère avec laquelle il sut obliger les royalistes de Normandie à rester dans l'état de paix, et apaiser la guerre civile dans l'Ouest. En 1804, étant venu généreusement s'offrir au prince deCondé pour voler au secours du duc d'Enghien, il fut accepté pour diriger cette périlleuse entreprise. Déjà les hommes de errur qui devaient l'accompagner dans cette expédition toute chevaleresque en concevaient les plus grandes espérances : mais la précipitation avec laquelle le meurtre fut consommé rendit inutile ce dévouement. De retour en Angleterre, en 1808, Bruslart fut encore une fois envoyé eu mission par Louis XVI M . qui en cette occasion lui écrivait : « Je cède au désir que vous m'exprimez « d'aller taire un voyage en France; en vous remet- <t tant cette lettre, le comte d'Avaray vous dira ce « qui, indépendamment de mes justes alarmes, m'a « jusqu'à présent retenu. Vous verrez sans doute « beaucoup de nos compagnons d'armes ; que votre a soin princqrad soit de modérer leur ardeur. S'il « leur faut un exemple dans le supplice de l'attente < et de l'inaction , dites que je m'y soumets princi- « paiement par l'horreur de faire couler un sang a précieux ; profilez aussi avec prudence de votre « séjour dans notre patrie pour y faire connaître « mes intentions paternelles ; je voudrais qu'il n'y « eût pas un Français qui ne connût aussi bieu « que vous mon cœur et celui de tous les miens ; « j'ose croire que le terme de nos communs mal- « heurs serait bien proche. Quant à vous, monsieur, « pour vous engager à prendre toutes les précautions « nécessaires à votre sûreté, je me contenterai de vous « dire que les sujets comme le chevalier de Brus-

• lart ne se trouvent pas aisément (2). » Toujours

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(4) Dans celle elrcoosianre, il dul b litwrlé cl la vie i Monul,. Wt (r»v. te non), alors préfet de la Manche. D — n— »,

(5) Celle leur* est tout enliere de U main du roi.

infatigable et dévoué, Iiruslart fut chargé, en 1812, d'une mission auprès de Bernadotle, et, en 1814, il était de retour sur les eûtes de Normandie afin d y préparer l'arrivée du duc de Rcrri, dont le caractère franc et loyal se peint à chaque ligne de la lettre qu'il écrivait de Jersey, au chevalier, peu de jours avant son débarquement. « Enlin me voilà, mon « cher Bruslart, en vue des cotes de France, de cette « chère |wiric qui de tous cotés nous appelle; nous « nous rendons ù ses vo ux : mon père, prés d'arri- « ver en Franche-Comté, mon frère déjà en Béarn, « cl moi à quelques heures de cette fidèle province « qui a donné tant de preuves d'attachement au roi. a biles à nos compatriotes que nous venons leur of- « frir le bouheur. en les aidant à rappeler leur souci verain qui n'a d'autre désir que de leur faire ouu blier les maux qu'ils ont endurés, elc. Allez, mon « cher Iiruslart, ajoutez à tout ce que vous avez fait « pour la cause du roi la gloire d'être le premier à « recevoir son neveu. Ce sera le plus beau jour de « ma vie ! » Celle même année, Iiruslart fut nommé au commandement de la 2ô« division avec les attributions de gouverneur, quoiqu'il ne fût encore que maréchal de camp. Mais il avait une grande ancienneté dans ce grade, et promesse lui avait élé faite de le nommer lieutenant général à son arrivée en Corse ; il n'en fut rien. Bientôt la fortune de Napoléon ébranlant tout ce qui s'opposait à son retour, Rastia et toutes les villes corses se déclarèrent en état de révolte; le général Bruslart allait être arrêté et transporté, (tar ordre de l'empereur, à Plia d'Elbe, lorsqu'il dut son salut à la loyauté du colonel Figié, cl à la feimclé avec laquelle il suttriora plier de deux assassins envoyés à sa poursuite. Débarqué à Toulon , le S avril, cl après y avoir été retenu pendant trois jours par le général Masséna, il obtint enfin des passe-purls |K>ur aller rejoindre le duc d'Angoulème en Dauphiné. Il reçut en même temps la lettre suivante : « Monsieur le générai , je « n'ai pas reçu de réponse à la lettre que j'ai eu « l'honneur d'adresser par estafette à S. A. R. pour « lui rendre compte de votre arrivée à Toulon. « Néanmoins, comme vous paraissez désirer ardem- « ment rejoindre au plus tôt M. le duc d'Angou- « lême, je n'ai aucun obstacle à y apporter, et conc rois <iue votre désir est légitime; je n'ai que le rea grel de n'avoir pu cultiver votre connaissance « comme je l'eusse désiré. — Signé le maréchal duc « de Rivoli, prince d'EssIing. » — Ayant appris, le 0 avril , la convention du duc d'Augouléme avec le général Grouchy, Rruslart s'embarqua pour Barcelone, où il se réunit au prince le 18 avril. En 1816, puis en 1822, il fut employé comme inspecteur général d'infanterie, et le 20 juillet 1823 il fut nommé lieutenant général. Il termina, à Paris, en décembre 1829, âgé de 64 ans, sa noble et aventureuse carrière. L — iiX.

BRl'SLÉ DE UdlNTPLAINCHAMP (Jean), chanoine de Ste-Gudulc de Rruxcllcs, né à Namur, vers le milieu du 17e siècle, a laissé quelques ouvrages; les principaux sont : 1° Histoire d> Philippe- Emmanvul de Lorraine, due de Mercosur, Cologne,

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1089, in-12, réimprimée en 1692, 2' édition retouchée, mais tronquée, et pour la troisième fois en 1697, in-12; histoire mal écrite, mais dont les deux premiers livres sont intéressants, |»ar les nombreux portraits que l'auteur y Tait de différentes personnes. Entre le 4e et le 5' livre, on trouve l'oraison funèbre du duc de Mcrcœur, composée et prononcée à Notre- Dame de Paris, le 27 avril 1602, pai St. François de Sales. 2° lliiloirr de don Jean d'Autriche, fils naturel de Charles-Quint, Amsterdam, 1690, in-12. 3" Histoire d' Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, gouverneur général de la Belgique, Amsterdam, 1602, in-12. A' Histoire d'Alexandre Farnèse, due de l'arme et de Plaisance, gouverneur de la Belgique, Amsterdam, 1692, in-12. 5° Histoire de l'archiduc Albert, gouverneur cl puis prince souverain de la Belgique, Cologne, 1693, in-12. 6" Ésope en belle humeur, dernière traduction augmentée de ses fables en prose et en vers, Bruxelles, Foppcns, 1095, in-12; 2" édition, 1709, 2 vol. in-12. Ce n'est, pour ainsi dire, qu'un nouveau titre mis aux Fables d'Ésope imprimées à Paris eu Ion1», avec les ligures de Sodeler. Le compilateur y a ajouté quelques fables de Furctiére et de la Fontaine, avec une préface. La première édition contient des applications qui n'ont |>as été reproduites dans la seconde. 7° lje Festin nuptial dressé dans l'Arabie heureuse au mariage d'Esope, de Phèdre et de Pilpai, avec trois fées (Ésope, Phédrine et Pilpinc), divisé en 3 tables, à Pitou, en basse Normandie (Bruxelles), chez Florent-à-Fable (J.-B. Liencr), à l'enseigne de la Vérité dévoilée, 1700, petit in-8°; compilation du genre de la précédente. L'éditeur y a inséré plusieurs fables de sa composition ; ce sont les plus mauvaises. La conclusion de cet ouvrage renferme, comme la première édition d'Esope en belle humeur, des applications qui ont dù attirer beaucoup d'ennemis à l'auteur. 8* Le Diable Bossu, roman, Nancy (Bruxelles), 1708, in-12. 9» Itenvtrtcmcnl des prédictions frivoles d'Isaac Brickerslaff (Richard Stcele), Lunéville, chez Lucidor de Soleilmont, à l'enseigne de l'Observatoire, Bruslé publia cet écrit sous le pseudonyme de du Belaslre; Richard Steele avait de son cùté, sous le pseudonyme dlsaac Brickerslaff, prédit dans une brochure anglaise la mort de plusieurs princes pendant Tannée 1708. On ignore l'époque de la mort de Bruslé ; mais il parait qu'il vivait encore en 1712, é|K>que à laquelle parut contre lui une satire intitulée : l'Original multiplié, ou Portrait de Jean Bruslé, Liège, în-1 2 C f f

BRUSLÉ DE VALZCZENAY (le baron). Voyez Valzuzekay.

BRUSONI (Jérôme) , d'une famille noble de Leanago, dans le Véronais, naquit le 10 décembre 4610. Après avoir fait d'excellentes éludes a Venise, à Fcrrare et à Padoue, en littérature, en philosophie, en jurisprudence, en histoire sacrée et profane, et mémo en théologie, il s'annonça encore jeune au public par des poésies latines et italiennes qui eurent alors un grand succès. Il prit l'habit dans l'ordre des chartreux, le quitta, le reprit et le

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quitta encore. A cette seconde émancipation, que l'on traita d'apostasie, il fut arrêté à Venise, et mis pour quelque temps en prison. Bientôt son imprudence lui attira un dangereux ennemi. Le P. Aprosio de Vinlimille, auteur satirique dont nous avons parlé {voy. Aprosio), avait fait, contre une femme qu'il n'aimait pas, un écrit intitulé : la Maschera scoperla, Brusoni se le procura, et le remit à cette femme pour de l'argent. Aprosio, qui l'avait loué précédemment, et contre qui cependant Brusoui avait déjà risqué quelques attaques dans un écrit intitulé i7 Sogno di Parnaso, ne lui pardonna point ce dernier trait, et fut depuis ce moment son ennemi déclaré. Brusoni, remis en liberté, vécut tranquillement à Venise, où il publia beaucoup d'ouvrages, et se fit un assez grand nombre d'amis, parmi lesquels on remarque surtout Ferrante Pallavicino et Jean-François taredano. 11 se mêla aussi de politique, et il eut la gloire de contribuer, en 1644, aux négociations qui amenèrent la paix entre l'Espagne et le duc de Parme. On ignore I époque précise de sa mort. 11 vivait encore en 1679, puisque son Histoire d'Italie, le meilleur de ses ouvrages, s'étend jusqu'à cette année Ou a de lui : 1° la Fugitiva, Venise, 1640, in-12, espèce de roman en 4 livres, qui contient, sous des noms supposés, les aventures de Pellegrina Buonaveuturi, iille de Bianca Capelio, et femme du comte Ulysse Benlivoglio Manzoli de Bologne. 2a Del Camerotto, parti 3, Venise, 4645, in-12; c'est un recueil de prose et de vers dans le genre facétieux, et qu'il écrivit dans les prisons de Venise appelées i Camerotti. 3« La Vila di Ferrante Pallavicino, Venise, 1031 et 1635, in-12, sous le nom d'Incognito Aggirato, parce que Brusoni était à Venise de l'académie des Incogniti, et y était appelé Y Aggirato. Cette vie re[wrut eu tète do l'édition des « livres choisies de Pallavicino, avec des notes de Brusoni, Venise, 1600. 4° Istoria d'Ilalia, de 1633 à 1655, Venise, 1636, in-4«; do 1627 à 1656, ihid., 1637, in-4«; de 1625 à 1670, ibid., 1671, in-4<>; et enfin de 1625 à 1679, Turin, 1680, petit in-fol. 5" Délie Historié universali d'Europa compendiate da (îirolamo Brusoni, Venise, 1657, 2 vol. in-4°. 0° 17 Perfetto elucidario poelico, Venise, 1657, 1664 et 4069, in-12. 7" La Gondola a ira remi, possatempo camavalesco, Venise, 1662, in-12, opuscule |>orté en 1663 sur l'Index des livres défendus; il Carrozino alla moda, tratlenimenlo eslivo, |>orté sur le même Index en 1669. 8" Le Campagne dell' Ungheria. degli anni 1663 e 1664, Venise, 1665, in-4". Brusoni ayant mal |iarlé tics chevaliers de Malle dans cet ouvrage, le chevalier Magri de la Vallette y répondit sous ce titre : il Valor Maltese difeso contro la calunnie di Girolamo Brusoni, Rome, 1667. 9" Istoria dell" ultima guerra trai Venezianiet i Turchi, etc., dall' anno 1644 al 1671, Venise, 1673, in-4'; et dal 4641 al 1672, Bologne, 1071, in-4u. i if Poésie parti 4, Venise, sans date, in-12. On lui attribue aussi : Frammenti slorici délia guerra m Dalmatia, Venise, 1692, in-12. G — É.

BR l SON 10 ( Lucio-Domtio), jurisconsulte, na-

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quit vers la lîn du 45' siècle i Conturse, dans la Basilicatc. On ignore la dale de sa mort : tout ce qu'on sait de cet écrivain, que Conrad Lycosthèncs nomme omnium elarissimus, c'est qu'il eut |tour protecteur le cardinal Pompée Colonna, auquel il dédia le seul de tes ouvrages que l'on connaisse. Il est intitulé : Faetliarum Exemplorumque libri 7, et fut imprimé pour la première fois à Rome, Mazochius, 1518, infol. ; 2' édition, Mazochius, 1536. C'est un recueil de traits d'histoire, de maximes, de bon» mou, etc. Dcbure, dans la Bibliographie instructive, n* 5508, a décrit la première édition, très -recherchée des amateurs, parce qu'elle est la seule qui ne soit pas tronquée. Lyeosthènes a donné une édition de cet ouvrage à Bal*, 1559, in-4°, avec uue dédicace au sénat de Schaffouse, qui contient des détails assez curieux sur le goût que les plus grands hommes de l'antiquité ont montré pour les facéties. Celle édition fut suivie de plusieurs autres, Lyon, Frelon, 1502, in-8*; Francfort, 1600, 1609. Plusieurs de ces éditions furent publiées sous le titre de S* cutum mundi. L—o.

BRDSOCEÏ ( ), né en Provence, fut

successeur de Triboulct, dans l'emploi de fou du roi, sous les règnes de François 1", de Henri II, de François 11 et de Charles IX. 11 se donna d'abord pour chirurgien, et pouvait avoir vingt-cinq ans quand il commença à exercer son métier au camp d'Avignon, en 1556. Il s'etablil aux quartiers des Suisses et des lansquenets, « où il donnait aux « hommes de i>onnes médecines de chevaux; » et ceux que le tempérament, une bonne conslitulion ou le hasard ne sauvaient pas, « alloient, dit liran-

• tome, ad patres drus comme mouches. » On peut juger des receltes de Brusquet par celle qu'il donna contre la colique à un ambassadeur de Venise, la cour étant alors a Romorantin. ( Voy. Brantôme, Vie du maréchal Strosxi, t. 5.) Sur le hasard de ses cures, qui ne réussissaient pas toutes, le connétable de Montmorenci voulut le faire pendre : le dauphin, depuis Henri II, sauva la vie-à Brusquet; il le trouva plaisant, et le prit à son service. Lorsque François 1" sortit du conseil où venait d'être décidée l'invasion du Milanais, Brusquet lui dit que les conseillers étaient des fous, a Pourquoi? demanda le monarque. « — C'est, répondit Brusquet, qu'ils ont seulement « décidé comment vous entreriez en Italie, sans « penser comment vous en sortiriez. » 11 avait un livre qu'il appelait le Calendrier des fous, et sur lequel il inscrivait ceux qui lui paraissaient mériter d'entrer dans ce singulier catalogue. Lorsque Charles- Quint traversa la France pour aller châtier la révolte de Gand, Brusquet le mit dans son calendrier. François 1" lui ayant demandé pourquoi il avait placé le nom de l'Empereur sur la liste : « C'est, dit Brusquet, « qu'il tant cire fou pour passer dans les Étals d'un

• prince qu'on a maltraité. — Eh! que dirais -lu, c répliqua le monarque, si tu le voyais repasser dans

• mon royaume avec autant de sûreté et d'éclat que « s'il était en Espagne? — Je ne dirais rien, reprit « le bouffon, mais j'effacerais sur-le-champ le nom « de Charles-Quint, et je mettrais sur mon registre c celui d« Voire Majesté. » Ce trait a fourni à M. Re-

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roil le sujet d'un joli tableau qui a été remarqué à l'eviiosition de 1810. Brusquet ne manquait pas de finesse ni de jugement : sa gaieté, son esprit, son originalité le lirent devenir promptement valet de chambre du dauphin, et ensuite maître de la |>oste aux chevaux de l*aris. 11 joignait à l'esprit naturel l'esprit acquis; car, outre son français provençal, il savait assez bien l'italien et l'espagnol. 11 tira un parti admirable des ambassadeurs, des seigneurs, des princes même qui l'admirent dans leur familiarité. Tous lui faisaient des présents, bon gré, mal gré. Brusquet jouissait de la faveur du roi Henri II, et était dans les bonnes grâces du cardinal de lorraine. Ce prélat le mena à sa suite quand d alla a Bruxelles jurer la paix faite avec l'Kspagnc; et les saillies, les espiègleries, les escroqueries même de rusquet divertirent singulièrement Philippe IL « Le pauvre diable, dit Brantôme, jouissoit d'une « fortune assez bien arrangée, esloit bien à la cour, « lorsqu'on s'avisa de le sou|>çonner d'huguenotisme. « On prétendit que, pour le favoriser, il fesoîl |>erdre « et soustraire des paquets et dépesches du roi ; mais « ce ne fut pas tant lui comme son gendre, qui « était huguenot, si jamais homme l'a été. » La maison de brusquet fut pillée aux premiers troubles de 1502. Il sortit de Paris, et se sauva chez madame de Valentinois, qui ne refusa pas un asile à un homme que le roi avait honore de sa bienveillance. Enfin, par le moyeu de Strozzi, fils du maréchal, il obtint son pardon, « de sorte qu'il put achever ses vieux « jours en paix et repos; mais il ne la lit guère lon- « gue après cela. » Brusquet mourut chez madame de Valentinois, en 1503, selon les apparences, au château d'Anet. Voici deux traits qui feront juger des saillies de Brusquet. Ses postillons étaient occupés à seller une mule fort \ive, et ne pouvaient en venir à bout, « Parbleu, dit-il, allez chercher le secrétaire « de monsieur le chancelier; il en viendra à bout, car « il scelle tout. » On parlait devant lui de la difficulté de prendre Calais. « 11 n'y a, dit-il , qu'à envoyer a N.... » (conseiller au |«rlement, d'une probité suspecte ) ; « il prendra Calais : il n'y a rien qu'il ne a prenne. » Mais on ne se fera une idée vraie des étranges mystilications dont le commerce était établi entre Brusquet et les courtisans du roi Henri II, qu'en entendant Brantôme lui-même. « Le maresa chai ( Strozzi ) vint un jour chez le roi avec un « beau manteau de velours noir, en broderies d'ar- « gent à manches, comme on en portoit en ce temps- « là. Brusquet, qui avi.it envie du manteau, alla à a la cuisine du roi faire provision d'une lardoire et « de force lardons ; et ainsy que le marcschal en- « tretenoit le roi, Brusquet lui larda quasi tout son « manteau par derrière, sans qu'il s'en aperçust, et « puis tournant Strozzi devers le roi, il dit : Sire, « ne voilà-t-il pas de belles aiguillettes d'or que « monsieur le marcschal porte à son manteau ? 11 ne « faut pas demander si le roi s'en mit à rire, et a monsieur le mareschal aussi, et sans se fascherau- « trement ni le frapper, car il ne le frappoit jamais, « et prenoit tout en jeu ce qu'il lui faisoit; mais il « ne foisoit que songer a lut rendre le chauB.. »

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Voici ce que le maréchal Strozzi appelait rendre le change à Brusque I. « 11 estoit allé à Rome avec « M. le cardinal de Lorraine; M. Strozzi attilra un « courrier pour venir en [losle |K>rter les nouvelles « de la mort de Brtisqucl, avec son testament qu'il a avoit sup[>osé et fait faulx, et en disposant de toits « ses biens; et en ieeluy il prioit le roi de vouloir <i donner et continuer la poste à sa femme, à rondi- « lion qu'elle épousast ce courrier, et non nultre- ■< ment. Ce que le roi accorda facilement à la faveur « de mon dit seigneur Strozzi. La femme ayant su « la mort de son mari par le même courrier, et en- « tendu la volonté du roi sur la continuation de la « |»oste, après avoir célébré les obsèques de son mari « et fait ses deuils, le courrier cl elle se marient ; il « courbe avec elle jiour le moins un bon mois, et « lire d'elle de bons escus par bon contrat de ma- « l iage. Mais, sur ces entrefaites, Brusquet, qu'on « tenait pour mort partout, arriva, et fut bien a esbabi. » (Rrantùme, discours 52% Vie des Hommes illustres, etc.) S — Y.

BRLSSEL ( Pierre van), né à Bois-lc-Duc en 1612, entra dans la compagnie de Jésus en 1030, professa successivement les humanités, la philosophie, la rhétorique, et fut ensuite employé aux missions dans le duché de Berg. 11 mourut à Hildeslieim, Je 7 mai 1604, après avoir publié en allemand un traité intitulé : la Résurrection spirituelle, ou Défense d'un docteur en médecine nouvellement converti, contre le consistoire de Duisbourg , Cologne, 100 J, in-8». A. B— t.

BRUSSEL (Nicolas), auditeur des comptes, né à Paris, où il est mort le 8 janvier 1750, a laissé : 1° un .Vouée/ Examen de l'usage général des fiefs en France pendant les I Ie, 12e, 13« et I4r siècles, Paris, 1727 et 17." 0 , 2 vol. in-i°, ouvrage sur lequel on peut consulter le Journal de Verdun, de septembre 1727. 11 est cité avantageusement jku le président Ilénnult et par l'abbé de Mably; 2" Recherches sur la langue latine, principalement par rapport au verbe, Paris, 1747,2 vol. in-12. — Pierre Bn< .ssel, neveu du précédent, et aussi auditeur des comptes, inorl vers 1781, est auteur de deux ouvrages burlesques : 1" la Promenade utile et récréative de deux Parisiens, en cent soixante-cinq jours , Avignon et Paris, 1768, et Paris, 1791 , 2 vol. in-12. C'est la ItlatiOU d'un voyage do Brussel en Italie. 2" Suite du Virgile travesti, on Livres 8, 9, 10, 11 et 12, la Haye (Paris), 1707, in-12. Scarron n'avait donné que les sept premiers livres de l'Enéide travestie; Moreau de Brascy en avait déjà publié une suite en 1700. Chavray de Boissy eite quelques petites pièces de vers de Pierre Bru ssel, dans son livre intitulé : l'Avocat, ou Réflexions sur l'exercice du barreau, Paris, 1778, in-8\ 11 y fait un grand éloge de cet auteur, et dit qu'il cultivait avec le même succès les belles-lettres, la poésie, la musique et la pciutura. A. B— t et V— ve.

BRUSSERI. religieux de l'ordre de de Si-François, natif de Savone. dans PÉtat de Gènes, enseignait la théologie à Paris au commencement du 14° siècle. Le pape Jean XXli l'envoya au sultan de

Babylone en qualité de nonce. Il a laissé l'abrégé de la chronique de son ordre, sous ce titre : Sejmtchrum terrœ sanctœ { Voy. le P. VVadding, Annale ord. Minor.) 'L— o,

BBUSTHEM ou BRUSTEM (Jean.de), naquit à St-Trond, et entra dans l'ordre de St-François. Il llorissait, en 1545, sous le régne du priuce évéque de Liège, George d'Autriche, auquel il dédia une histoire encore inédite des évêques de Liège et dei ducs de RralKint, depuis St. Materne jusqu'à l'année 1505 : Res geslas episcoporum Leodiensium et ducum Rrabanlia a temporibus S. M iterni ad ann. 1503. Cette chronique se trouvait eu 1827 chez madame Cours, à Tongrcs. ( Voy. Sandcr, Bibi. Relg. manuser. , t. 1 , p. 24 , et Bibl. hisU de la France, n« 8701.) L u bon manuscrit de Brusthem, peut-être l'autographe, se conservait, en 1762, a l'abbaye d'Evcrlwde. La correspondance du ministre Cobcntzel avec le savant Paquot, laquelle est sous nos yeux, nous apprend que ce dernier se proposait de faire entrer Brusthem dans la collection des Scriptores Rcrum belgicarum, si souvent projetée et que l'on vient de reprendre. R~c.

BRUTE (Jean), né à Paris, le 9 avril 1099, mort le 1er juin 1702, fut docteur de Sorbonne, et curé de Sl-Benoil à Paris. On a de lui : V Lettre d'un curé de Paris sur les vertus de Jean Bessard, paysan de Slains, près de St-Dtnis, Paris, 1753, in-12. 2" Chronologie historique des curés de St-Benoit, depuis 1181 jusqu'en 1752, Paris, 1752, in-12. On y trouve quelques anecdotes et quelques particularités sur plusieurs personnes enterrées à St-Benoit. 3" Paraphrases des psaumes et cantiques qui u chantent éi St-Benoit, Paris, 1752, in-12. 4" Discours sur les mariages à l'occasion de ta naissance du due de Bourgogne (frère aîné de Louis XVI, mort en 1701 ), Paris, 1701, in-4°. 4° Lettre sur la suppression des bancs dans les paroisses, Paris, 1732, in-4". — Brlté i»e Loi h elle (. . . .), abbé et censeur royal, mort le 2| mai 1783. a laissé : 1" les Ennemis réroneiliés, pièce dramatique en 3 actes et en prose, dont le sujet est tiré d'une des anecdotes les plus intéressantes du temps de la ligue, la Haye et Paris, 1700, in-8°; quelques exemplaires portent le nom supposé de Mervillc. 2° Ije Joueur, tragédie bourgeoise, traduite de l'anglais de Lillo, Parti, 1702, in-12. Ces deux pièces n'ont jamais été jouées. 3° Pastorales et Poèmes de Gesner, qui n'avaient pas encore été traduits, suivis de deux Odes de Halle r, traduites de l'allemand, et d'une Ode de Dryden, traduite de l'anglois en vers français, Paris, 1766, in-12. La traduction des pastorales et des poèmes de Gesner a été réimprimée dans les diverses éditions des œuvres de cet auteur. 4" L'Héroïsme de l'amitié, David et Jonathas, poème en 4 chants, Paris, 1776. in-12. On trouve à la suite plusieurs pièces en vers et en prose, parmi lesquelles sont des odes sacrées, des épi très, et la traduction des Remarques sur l'Ecriture sainte attribuées à Longin. A. B— T.

BRUTE" DE IN 1ER VILLE, auteur du Gastronome sans argent, comédie-vaudeville, est mort à la fleur de l'âge le 10 mars 1834.

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BRUTEL DE LARIVIÈRE (Jeaw-Baptiste), né à Montpellier, eu 16C9, ministre de l'église wallone à Amsterdam, mort en août 1742, âgé de 74 ans, est connu par plusieurs ouvrages. Les principaux sont : 1* une édition du Dictionnaire de Furetiére, fart augmentée, la Haye, 4725, I vol. in-fol. C'est le fruit de quatorze années de travail ; il en a exclu tout ce qui concerne l'histoire et la géographie. 2* Une traduction de l'ouvrage de II. Prideaux : Histoire des Juifs et des peuples voisins, etc., publiée sous le voile de l'anonyme, et qui eut plusieurs éditions. Les plus estimées sont celles d'Amsterdam, 1728,6 vol. in-12, ou 4744, 2 vol. in-4°. (Voy. I'hioeaux.) 5° Sermons sur divers textes de l'Ecriture Sainte, Amsterdam, 4746, in-8". Ils contiennent d'excellentes choses, mais on regrette que Brutel de la Rivière se soit laissé emporter quelquefois trop loin par son zèle. — But m. de Champlev ard a fait imprimer f Amour vainqueur, ou Ihcureux Stratagème, comédie héroïque en 3 actes et en vers, Paris, 1767, in-8*. C. T— y.

BRLT1DIUS NIGER, sénateur romain, disciple d'Apollodorc, écrivit une histoire qui n'est point venue jusqu'à nous. Sénèque, qui en parle avec estime, nous apprend qu'on y trouvait de grands éloges de Cicéron. Brutidius Niger était ami de Séjan, et il lui survécut. L'an 22 de notre ère (775 de Rome), il se porta accusateur de Siianus, dénoncé comme ayant violé la majesté d'Auguste et méprisé b majesté de Tibère. 11 fut nommé édile. Il eût pu, par son mérite, s'élever aux plus hautes dignités, si, comme le remarque Tacite, il n'eût point préféré une fortune rapide, mais dangereuse, a un avancement moins prompt, mais plus solide. [Voy. Sénèque, Controvers. 9; Tacite, Annal,. liv.5.)V— vb.

BRUTO, ou BRUTI (Jea.n-Michel), naquit à Venise, vers 1515, et mourut dans la Transylvanie, vers la lin du 16* siècle. On ignore par quelle aventure il fut obligé d'abandonner sa patrie presqu'au sortir de ses études. Quoiqu'il n'ait point partagé la manie cicéronienne, alors presque universelle, il tient un rang distingué parmi les bons humanistes. 8a vie fut un voyage perpétuel, tant eu Italie que dans les pays étrangers. 11 resta quelque temps à Padoue, où il profita beaucoup dans les entretiens de Lazare Buonamici, ensuite à Florence, où il se lia d'amitié avec Pierre Vettori, Pierre Angelio da Barga, et plusieurs autres savants. Il lit deux fois le voyage de France, et s'arrêta assez longtemps à Lyon ; il voyagea aussi en Espagne, et sut se concilier dans cette cour l'amitié de Paul Tripolo, ambassadeur de la république de Venise. En 1574, il alla en Transylvanie, d'après l'invitation du prince Etienne Batlori, qui le chargea d'écrire l'histoire de ce pays, et, lorsque ce prince fut élu roi de Pologne, il le suivit à Cracovie. Après la mort d'Etienne, il se rendit à la cour de Vienne, où l'empereur Rodolphe II lui donna le titre de son historiographe. Enfin, vers l'année 1594, il mourut en Transylvanie, où il était retourné peu de temps auparavant. Il ne parait pas que les emplois dont plusieurs princes l'avaient revêtu l'eussent enrichi,

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car, pendant ses dernières années, il vécut dans un état voisin de l'indigence ; il méritait cependant par ses travaux d'avoir part aux récompenses. Son Histoire de Florence est un des plus beaux monuments de ce siècle, et, parmi les historiens qui écrivirent alors en latin, et qui sont en très-grand nombre, elle donne un des premiers rangs à son auteur. Il n'en publia, ou peut-être même n'en termina que la première partie, qui ne va que jusqu'à la mort de Laurent de Médicis, arrivée en 1492. La première édition parut à Lyon, sous ce litre : Florentines Historia libri 8 priores, eu m indice locupletissimo, Lyon, 1562, in-4°. Bruto se proposa, dans cette histoire, de défendre les Florentins contre les accusations de Paul Jove. Il s'y montre très-défavorable aux Médicis, et les y représeute en toute occasion sous des couleurs odieuses, ce qu'on attribue au long séjour qu'il avait fuit à Lyon, où se trouvaient alors un grand nombre de réfugiés florentins, classés de leur patrie par les Médicis. Aussi les grands-ducs de cette famille ont-ils fait rechercher avec soin et supprimer les exemplaires de cet ouvrage, dont la première édition est devenue fort rare. Il a été réimprimé à Venise en 1764, in-4°, et par Burmann dans la 1" partie du t. 8 de son Thesaur. Anliquit. et Hislor. liai. Ijcs autres principaux ouvrages de Bruti sont : 1° de Origine Veneliarum, imprimé à Lyon daus le 1»' livre des Epistolœ claror. viror., qu'il y publia en 1561. 2° Epistolœ, Cracovie, 1593, in-8"; Berlin, 1597, in-8° : il y a des détails curieux sur la Pologne. 5° Selectarum Epittolarum libri 5; dehistoria laudibus , sive de certa via et ration» qua sunl rerum scriptores legendi, liber ; Praeeptorum conjugaltum liber, Cracovie, 1582, 1583 et 1589, in-8". On a réimprimé ce recueil à Berlin, 1698, in-8". Le traité sur l'histoire est bien écrit, bien raisonné, mais trop succinct. 4° Vita Caltimaehi Experienlis. Cette vie, très-bien faite et précédée d'une savante préface, se trouve dans l'édition que Bruti donna à Cracovie en 1582, in-4°, de l'ouvrage de Calliinachus Expericns : de Rébus ab Vladislao, Hungariœ et Poloniœ regé, gestis, etc. ( Voy. Callimachcs Expehieiss.) 5° De Rébus a Caroto F. imperatore, gestis, Oralio, Anvers, 1555, in-8". Bruti a écrit en outre plusieurs traités en italien. Celui qui a pour titre : la Inslitutione di una faneiulla nala nobilmente, a été traduit en fiançais vers le milieu du 16" siècle : l'Institution d'une fille de noble maison, Anvers, 4555, petit in-8°. C'est un livre rare et d'autant plus précieux qu'il est regardé comme la première production des presses de Plantin. La bibliothèque royale en possède un exemplaire imprimé sur papier bleu. On doit aussi h Bruti des notes et des commentaires sur plusieurs auteurs anciens, notamment sur Horace, sur Jules- César, et sur quelques ouvrages de Cicéron. 11 a été l'éditeur du grand travail que Barthélémy Fazio entreprit par ordre du roi : de Rébus gestis ab Alphonso I, Neapol. rege, lib. 10, Lyon, 1560, 1562 et 1566, in-4°. (Voy. Fazio.) G— é.

BRUTL'S (Lccius-Ji/Nius), fils de Marcus Junius. Sa mère, Tarquinia, était sœur de Tarquin le

Superbe, comme Baylo le prouve très-bien, en a'appuyont de l'autorité de Tite-Live, et non fille do Tarquin l'Ancien, ainsi que l'ont prétendu plusieurs biographes, qui ont copié une erreur de Moréri. Tarquin ayant Tait mourir le père et le frère aîné de BruUis, celui-ci affecta la stupidité, abandonna ses biens au monarque, no dédaigna pas même le surnom injurieux de Brulus, par lequel il était dès lors connu, et attendit en silence l'occasion de so venger. Son imbécillité paraissait si réelle, qu'Aruns cl Titus, fils do Tarquin, ayant été envoyés à Delphes pour consulter l'oracle, à l'occasion d'une épidémie qui désolait Rome, emmenèrent Brulus avec eux pour leur servir de jouet. Lorsqu'ils firent des présents au dieu, Drutus offrit une simple canne; mais elle était creuse, et renfermait une baguello d'or. C'était, dit Tite-I.ive, un emblème aussi ingénieux que signiliratif de sa conduite. L'outrage fait a Lucrèce, épouse de L.-T. Collatin, par Sextus, troisième fils de Tarquin, fournit A Drutus le moyen de se faire connaître. ( Voy. LucnfeCB.) Arrachant du sein de cette victime de la pudeur le poignard avec lequel elle s'était donné la mort , il jura sur cette arme ensanglantée qu'il chasserait de Borne la ( mille de Tarquin. Le père de Lucrèce, Collatin, son mari, et ses parents prêtèrent le même serment. Cette scène pathétique se passait A Collatie. Brulus, sans perdre de temps, marche sur Rome, soulève le peuple, et fait prononcer, avec l'expulsion de la famille régnante, l'abolition de la royauté. Celto révolution , qui eut une si grande influence sur les destinées de Borne, arriva l'an 509 avant J. C. Tarquin se présenta aux portes de Borne ; mais il n'y partit que pour recevoir en personne l'assurance de sa disgrâce. Empressé de terminer l'entreprise qu'il avait si heureusement commencée, Drutus se rendit au camp, en fit chasser les fils du roi, et fut nommé consul avec Collatin. Dicntôt le peuple, ombrageux et lier, qui se persuadait avoir conquis la liberté, ne put, dit-on, souffrir dans le collègue de Drutus un homme proche parent de Tarquin, et qui portait le même nom que lui. Il le força do s'exiler, et lui substitua Yalérius, surnommé Publicola. Il est permis de, penser que Drutus ne fut pas étranger A cet acte d'injustice populaire. Lui-mémo n'était-il pas neveu de Tarquin ? Son amour pour le pouvoir, ou, si l'on veut, pour la patrie, fut bientôt mis à une terrible épreuve. Ses deux fils, Titus et Tibérius, à peine parvenus i l'adolescence, désirèrent, ainsi que d'autres Domains, remettre Tarquin sur le trône. Ce projet fut découvert aux consuls par un esclave nommé Vindex, et Brutua donna le spectacle effrayant d'un père immolant ses enfants à la sûreté de l'Etat. Il assista mémo A leur exécution. Ce fait, dont la poésie et la peinture se sont emparées ( l ), a été diversement jugé. Peut-être la meilleure manière de l'apprécier a-t-elle été celle de Virgile, qui y reconnaît bien l'amour de la patrie, mais qui

(1) On toïi ««jet Uajtc

une fr«<riie du m «lier Scruta tvprt- - iio Brun*. t\ an mméc du Lomre le

BRU

y voit aussi uno ardeur démesurée de la louange : Vinctt amor palriœ, dit-il ; mais il ajoute aussitôt : Laudumquc immtma cupido. Machiavel, qui envisage en politique la conduite de Brutua, pense au contraire que celte cruelle sévérité lui fut impérieusement commandée par le besoin de sa propre sûreté. Quoi qu'il en soit, devenu roi de Rome sous un autre titre, et véritablement successeur de Tarquin, Drutus oui A combattre ce prince, et Porscnna, monarque d lilrurie, qui avait embrassé sa défense. Aruns, fils de Tarquin, se trouva dans une bataille en présence du consul. Animés d'une haine mutuelle, ils fondirent l'un sur l'autre. Chacun pensant moins à so défendre qu'A tuer son ennemi, ils se percèrent au même instant, l'an 245 de Rome, et 507 avant J.-C. Rome décerna de grands honneurs funèbres à son premier consul ; son corps fut rapporté dans la ville par les chevaliers. Les sénateurs, dont Drutus avait élevé le nombre jusqu'A trois cents, vinrent le recevoir, et les matrones romaines honorèrent par un deuil d'une année le vengeur de Lucrèce. Vakirius, son collègue, prononça son oraison funèbre. On lai érigea dans le Capitole une statue avec un poignard A la main. [Voy. Florus, t. 1,ch. 9 et iO; Tite-Live, 1. it ch. 50.) D-*.

DRUTUS (Lucius-Juniis), homme d'un caractère turbulent et séditieux, parlant avec audace et facilité, encouragea dans la révolle le peuple de Borne, lorsqu'il se retira sur le mont Sacré. Le sénat proposait, par des députés, un accommodement. L. Junius, qui avait pris le surnom de Drutus pour mieux ressembler au destructeur de la tyrannie de Tarquin, fit entendre A Sicinnius, chef des mécontents, qu'il n'était pas de l'intérêt du peuple de se rendre facilement aux propositions qu'on lui faisait; qu'il fallait épouvanter lo sénat par des menaces, et il offrit de répondre au nom du jwuplc romain. Alors il prit la proie au milieu des plus vifs applaudissements ; et, quand il parla de l'arrogance des IKitriciens, et de tous les maux que les plébéiens avaient soufferts, on entendit dans l'assemblée des cris et des gémissements; les députés même ne purent retenir leurs larmes A la vue des malheurs dont Borne était menacée, si elle se divisait en deux peuples ennemis. Leur visage exprimait la douleur et la consternation; ils se taisaient et ne savaient que répondre. Cependant, après le bel apologue des Membres et l'Jitlomae, fait par Ménénius Agrippa, les mécontents étaient disposés A se rendre aux propositions du sénat, lorsque L. Junius réprima lenr empressement : il commença par convenir que le peuple devait être content des promesses qui lui étaient failcs, des demandes qui lui étaient accordées ; mais il craignait, dit-il, l'avenir, et ne voyait d'autre moyen de rassurer le peuple contre les entreprises des grands, qne dans des sftrelés qu'il fallait lui donner ; et Ménénius, l'invitant A s'expliquer : « Accor- « dez-nous, dit-il, la liberté de créer tous les ans « des magistrats choisis parmi nous, et qui n'auront « qu'un ixMivolr d'opposition, celui d'empêcher qu'on « ne dépouille les plébéiens de leurs droits. C'est la « seule grâce que nous voua prions d'ajouter à cel-

« les que vous nous avoi déjà accordées. Ne la rc- « fusez pas, si véritablement vous voulez la paix, et « si vos propositions no sont pas de vainea paroles « sans effets. * Le peuple applaudit, ta demande fut accordée. On donna la nom de tribuns aux nouveaux magistrats. L. Junius lit déclarer leur dignité inviolable et sacrée, par une loi spéciale, portant qu'il ne serait permis à personne de frapper ou de faire frapper, de tuer ou do faire tuer un tribun du peuple; que quiconque aurait enfreint cette loi serait en exécration, que ses biens seraient consacrés à Cérés, et que tout auteur du meurtre de ceux qui auraient commis un pareil crime ne pourrait être recberebé comme coupable d'homicide. Le peuple a'ùta lui-même le pouvoir d'abroger cette loi; il • en jura l'observation pour lui et pour ses descendants, et, après avoir joint à ce serment les imprécations les plus terribles, il descendit du mont Sacré, et rentra dans Rome. Mais les tribuus ne tardèrent pas à troubler la république, à s'arroger le droit de convoquer le peuple, d'empêcher les délibérations du sénat, d'abroger ses décrets, d'emprisonner les consuls. Du temps de Denys d'Halicarnasse, on donnait enooro aux tribuns l'épithéte de tacro-tancli. Lucius-Junius Drulus fut le premier revêtu de ce pouvoir qu'il lit établir dans Rome, qui divisa si souvent les deux ordres de l'État, et dont Cicéron disait : Tribunorum potetla» «tint peilifera videlur, in teditioneet ad $edilionemnata. V — vr.

BRUTUS DAMASIPPl S était préteur, et commandait dans Rome, en l'absence des consuls, l'an 82 avant J.-€., lorsque Marius lui écrivit de son camp, et lui ordonna de massacrer les chefs do la faction de Sylla. Brutus Damasippus, dévoué aux fureurs du parti qu'il avait embrassé, et joignant In perfidie à la cruauté, convoqua le sénat, comme s'il eût eu quelque communication importante à lui faire. Des meurtriers qu'il lit entrer dans la salle égorgèrent un grand nombre de sénateurs. Parmi ces tristes victimes des dissensions civiles, étaient Antistius, beau-père de Pompée ; Carbon Arvina, parent de Carbon, collègue de Marius dans le consulat; L. Dbraitius, et le grand pontife Q. Scévola. La tête de Carbon, attachée au fer d'une lance, fut promenée dans la ville. On traina les cadavres des sénateurs dans 1rs rues, jusqu'au Tibre. Calpurnie, femme d' Antistius, ne put soutenir cet horrible spectacle, et se donna la mort. Le crime du préleur ne demeura pas longtemps impuni. Les factions, en réagissant les unes sur les autres, vengent souvent leurs victimes. Drulus Damasippus avait été inscrit par Sylla sur ses listes fatales, et l'un des premiers proscripteurs sous Marius péril un des premiers proscrits sous Sylla. V — vb.

BRUTCS ( Harcl-s Junics), s'attacha au parti de Marius, et combattit sous ses ordres. Après la mort de Sylla, la guerre civile se ralluma, et Brutus, qui occupait la Gaule cisalpine au nom do Lépide, fut assiégé par Pompée dans la ville de Modène. S'apercevant de l'inutilité d'une plus longue résistance, et du découragement des soldats, il ne tarda pas a capituler, et obtiut du vainqueur |a li-

berté et la vie. Mais, deux jours après, Pompée le fit suivre par un nommé Gémlnus, qui l'atteignit sur les bonis du Pô, et, sans égard à la foi des traités, le massacra de la manière la plus barbare. Marcus Junius Brutus était fort éloquent et versé dans la connaissance du droit civil, sur lequel il avait écrit un traité en 3 livres dont parle Cicéron (de Oralore, ch. 55). Il avait épousé Servilie, s<rur de Calon, femme d'une réputation équivoque, dont il eut Mar-

cus Junius Brutus, meurtrier de César (voy.

art.

auiv. ), et deux filles nommées Junic : l'une é|>ousa le triumvir Lépide, et l'autre fut mariée à Caius Cassius. (Foy. aussi Tacite, Annal., Iiv.1, ch. 2; liv. 4, ch. 3 et 4.) Cil— s.

BRUTU8 (Mahccs Junius), fils du précédent (I), naquit l'an de Rome 068. Une tradition, fortifiée par l'opinion de Plutarquc, de Cicéron et d'Atlicus, le faisait descendre du fameux Junius Brutus; mais Denys d'Hallcarnasse combat cette opinion (2). Caton d' Clique était son oncle : il devint son beau-père, en lui donnant Porcic sa lille. Brutus était fort jeune quand il perdit son père, tué par l'ordre de Pompée, dans la guerre de Marius et de Sylla. Son éducation n'en souffrit point. Caton le forma à l'étude des belles connaissances, particulièrement de l'éloquence et de la philosophie ; et, quoiqu'il fût encore dans l'adolescence, il rappela auprès de lui en Chypre, où il était retenu pur la mort du roi Ptolémée. L'opulente succession de ce prince se trouvait dévolue aux Domains. Caton ne voulait confier la garde cl l'administration de tant de richesses qu'à des mains bien pures. Brutus répugnait à cette commission, qui convenait mal à ses goûts et à son caractère; il l'accepta cependant, et s'en acquitta si dignement, qu'il en fut loué par Caton même. 11 fut mis ensuite à une bien plus grande épreuve. César et Pompée s'étaient partagé les forces de la république : son sort allait se décider par les armes. On était dans l'attente du |iarti qu'embrasserait Brutus. 11 ne balança pas à se rendre au camp de Pompée, quoiqu'il le délestât depuis la mort de son père : mais il était persuadé que la cause qu'il

(t) Il porta aussi t« noms de Qnintnt Ca-yh, Jor^jn'it ht adopté par 0. Servilin* Opio, frère de Servilie ci de Caton. On le trouve

(i) Il est an moins, certain que llruins s'en filorifiail ; car, après la mort de César, il (Il frapper des médailles ou l'on voit d'un côté la tele de L. Junins nrnins. dont il prétendait desrendre par son père, e« do faune la tête de Servilius Ahala , dont il faisait descendre sa mère Servilie. Ce Scrvilins Atiala était général de la cavalerie sous U. Cincumatus ; il ma de sa propre main Nélius, qui aspirait à la royauté. Ces médailles font allusion a la liberté qu'il croyait avoir rendue an peuple romain par ta mort de César. D'autres nous offrent h tète et le type, on de la liberté, ou du lionuet de la liberté [pitcut HberMit), et deux poignards, avec la légende : Ein. M.vrt. (Met île ilars) ; il y preud le Ulre A' imptralor qui lui avait été donné par l'armée. Cisar fut le premier rhez les Itomains qui osa faire mettre ton cfBgic sur les monnaies. Il est étonnant qnc Itrutos ail, à son exemple, exercé l'un de* premiers actes de la sonverainelé, dans le temps même où il se vanlail de rendre la liberté, an penple romain, en le délivrant d'un maître. Il serait repeudaut possible que ces médaille* eussent été frappées par l'or.lre de ses lieolenanU; mais Dion assure positivement qne Drulus lit mettre son portrait sur ses médailles, ainsi que le bonnet de la liberté et dent poignards, pour indiquer par oc type qu'il avait sauvo U pairie. X «•

68 DRU

défendait était la plus juste. Le général, instruit de l'arrivée du jeune volontaire, alla au-devant de lui, et le reçut avec une distinction due â son nom et à la générosité de sa démarche. 11 n'était connu encore que par la douceur de ses mœurs, et par son goût pour l'étude. La veille de la bataille de Pharsale, il ne cessa d'écrire et de travailler à un sommaire de Polybe. Échappé au désastre de cette journée, non-seulement il trouva grâce auprès du vainqueur, mais il y jouit d'une faveur particulière, dont il profila pour obtenir le pardon de Cassius, et de Déjotarus, roi de Galatie. Brutus s'était prêté à la faveur de César, par l'effet d'une bienveillance et d'une modération qui lui étaient propres. Il était sans liaine et sans jalousie, comme sans ambition. Toujours fidèle à ses principes d'ordre et de justice, il s'était prononcé hautement en faveur de Mi Ion, dans l'affaire du meurtre de Clodius ; et quand il plaida devant César la cause du roi Déjotarus, il parla avec tant de force et d'assurance, que le vainqueur de Pharsalc dit à ses amis : o Je ne sais ce « que veut ce jeune homme ; mais tout ce qu'il veut, « c'est avec bien de la véhémence. » César, passant en Afrique pour y combattre Caton d'Ctiquc et Scipion, confia le gouvernement de la Gaule cisalpine à brutus : ce fut un bonheur pour cette province. Le temps de nommer aux préturcs arriva : Brutus et Cassius briguaient celle qui s'exerçait dans Borne, et qu'on appelait la prélure urbaine. Les deux candidats tirent valoir leurs litres devant le dictateur ; par sa faveur, Brulus l'emporta. Le ressentiment que Cassius eu conçut fut fatal à César. ( Voy. Cassius.) Il alla réveiller dans le ctrur ]>atriotique de Brutus le fanatisme de la liberté. Tous les vrais Romains l'appelaient à la venger ; de toutes parts, on l'accusait d'inertie, d'abandon de la cause publique ;on lui rappelait, on lui reprochait son nom. Brutus céda à ce vœu général. Les ides de mars parurent favorables aux conjurés pour l'exécution de leur entreprise. Ce jour-là Brutus sortit de sa maison, armé sous sa robe d'une .courte é|>ée, et se rendit au sénat. César y vint siéger. [Voy. César.) Quand le moment dont on était convenu pour le frapper fut arrivé, Casca lui porta le premier coup : les autres suivirent, et Brulus le perça de son épéc. César l'ayant aperçu au nombre de ses meurtriers, ne put s'empêcher de s'écrier : « Et toi aussi Brutus I » L'assassinat ayant été ainsi consommé par tous les conjurés, ils se retirèrent, et allèrent au Capitole. Le sénat et une foule de citoyens les y suivirent. Là, Brutus lit un discours dont l'objet était de se concilier la faveur du peuple, et de justifier la conduite des conjurés. 11 n'y eut qu'une voix pour leur crier qu'ils avaient fait une lionne action, et qu'ils descendissent sans crainte. Bmlus se rendit sur la place publique, accompagné les personnes les plus considérables. Il harangua la multitude qui l'écouta d'abord avec tranquillité ; aiais Cinna, un des conjurés, ayant pris la parole et commençant à accuser César, son mécontentement éclata, et fut porté au point que Brutus et son parti crurent prudent de retourner au Capitole. Le sénat •'étant assemblé le lendemain, Antoine, Plancus et

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Cicéron proposèrent d'ensevelir le passé dans l'oubli, et de ramener la concorde. 11 fut décrété que non-seulement les conjurés seraient absous, mais encore que le consul s'entendrait avec le sénat pour aviser aux honneurs qui leur seraient décernés. Alors Brulus et ses amis descendirent du Capitole. Tous les citoyens, sans distinction de parti, s'embrassèrent. Antoine reçut Cassius à souper dans sa maison, Lépide reçut Brutus, etc. Le jour suivant, le sénat, dans une assemblée générale, loua le consul d'avoir éteint le commencement d'une guerre civile ; il donna ensuite de grands éloges à Brutus et aux autres conjurés, et leur assigna des gouvernements. Le moment vint do parler du testament de César et de ses obsèques : Antoine fut d'avis qu'on lut le testament publiquement, et que les funérailles fussent faites avec pompe, dans la crainte que le peuple, déjà aigri, ne s'irritât davantage. Cassius combattit cette opinion ; mais Brutus s'y rendit. C'était lui qui déjà s'était opposé à ce qu'Antoine fût tué avec César aux ides de mars ; il avait cru la chose injuste. Les événements prouvèrent qu'il avait été la cause de deux grandes fautes en politique. Quand le peuple eut entendu la lecture du testament, par lequel César lui léguait de l'argent, ses jardins, etc., des regrets éclatèrent de toutes parts. Antoine prononça un éloge funèbre, suivant l'usage. { Voy. A.ntoike.) Il descendit de la tribune, et, déployant la robe du dictateur, il fit voir le sauç et les marques sans nombre des coups qu'il avait reçus. A ce spectacle, le peuple devint furieux ; les uns criaient qu'il fallait tuer les meurtriers, d'autres formèrent un bûcher, y jwsèrent le corps de César, et en emportèrent des brandons pour incendier les maisons des conjurés. Brutus et son parti effrayés sortirent de Rome. Les choses en étaient là, quand l'arrivée imprévue du jeune Octave donna aux affaires une impulsion nouvelle. ( Voy. Auguste.) 11 se présentait pour recueillir la succession de son père adoptif ; et d'altord, pour gagner la faveur du peuple, il prit le nom de Cétar, et distribua à la multitude l'argent qui lui était légué par son testament. Ces moyens curent un grand succès, mais aux dépens du crédit d'Autoine. Rome se partageant entre ces deux rivaux, et les soldats se vendant à qui les payait le plus, Brutus n'espéra plus rien des affaires, et ne songea qu'à quitter l'Italie et a faire voile pour la Grèce. Il parut à Athènes : le peuple de cette ancienne patrie de la liberté reçut avec les plus grandes démonstrations d'estime l'assassin de César. Des éloges publics lui furent décernés par plusieurs décrets. Brutus se reposait des orages politiques dans les tranquilles entretiens des philosophes du lycée et du portique ; mais, toujours homme d'Etat, au milieu des études de la sagesse et des lettres, il se pi r parait à la guerre. Il attachait à la cause de la liberté tous les jeunes Romains que leurs familles avaient envoyés à Athènes pour s'y former dans ses savantes écoles. Il s'empara d'armes et d'argent destinés à Antoine ; rallia tous les soldais de Pompée, épars dans la Thessalie ; se fit livrer la Macédoine par le gouverneur de cette province, et

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vit tous les rois et les princes voisins embrasser son parti. A Rome, la face des choses était désespérante. Le jeune César, Antoine et Lépide ne s'étaient unis que pour se partager l'empire et proscrire leurs ennemis. Brutus ne balança pas à passer en Asie avec son armée, et mit une flotte en mer. 11 écrivit à Cassins pour le détourner d'aller en Egypte, l'engager à joindre leurs forces, et à se rapprocher le plus possible de l'Italie, pour être à portée de secourir leurs concitoyens. Ce fut toujours là son plan, dont il ne s'écarta que malgré lui et trompé par les circonstances. Comme il ne jouait qu'à regret le rôle de chef de parti dans une guerre civile, il ne demandait qu'à mettre promptement tout au liasard d'une action décisive. Enfin, Antoine et Octave d'un coté, et Brutus et Cassius de l'autre, se trouvèrent en présence dans les champs de Philippes en Macédoine. On n'avait jamais vu deux armées romaines si belles et si puissantes prêtes à en venir aux mains. Le combat s'engagea par l'impatiente ardeur des troupes de l'aile droite que commandait Brutus. Une partie, sans attendre le signal, courut impétueusement charger l'ennemi : cette précipitation mit le désordre dans les légions de Brutus. La première, que menait Messala, et celles qui le suivaient de plus près, dépassèrent l'aile droite d'Antoine, et allèrent tomber sur le camp d'Octave. Le carnage y fut grand : celles des troupes de Brutus qui étaient restées fermes à leurs postes, ayant chargé de front les légions de César qu'elles avaient en tète, les mirent facilement en déroute, et, emportées par le feu de l'action et de la poursuite, elles entrèrent en même temps que les fuyards dans leur camp, ayant Brutus avec elles. Le corps d'armée d'Antoine, a demi vaincu, s'aperçut de la faute que les vainqueurs avaient faite ; il vit que leur aile gauche était restée à découvert : aussitôt il se noria dessus, et la chargea vigoureusement. Les légions du centre soutinrent le choc avec intrépidité; mais l'aile gauche, où était Cassius, plia et prit la fuite. Ainsi, dans cette journée, Brutus avait eu, de son coté, tout l'avantage qu'il pouvait avoir, et Cassius, du sien, avait tout perdu. Ce qui fit leur malheur à tous deux, ce fut que Brutus n'alla pas au secours de Cassius, le croyant victorieux comme lui ; et que celui-ci, qui ne doutait pas que Brutus ne fût battu, n'attendit rien de lui. Cassius se tua : la certitude de sa mort redonna du courage au parli d'Antoine et d'Oclave. Ces deux chefs qui manquaient de vivres, et qui se trouvaient dans une position critique, ne demandaient qu'à engager de nouveau le combat; il était d'ailleurs très-important pour eux que Brutus, qui pouvait temporiser, ne fût pas instruit que sa flotte avait défait un corps de troupes qui allait grossir leur armée, et cela le jour même de la bataille sur terre. Par une sorte de fatalité, Brutus n'apprit ce succès qu'après l'issue de la seconde journée. Il se trouva d'ailleurs comme forcé d'accepter le comhat, par la défiance qu'il avait d'une partie de son armée. L'aile droite qu'il commandait se montra bien encore : elle enfonça les ennemis qu'elle avait devant elle ; mais 1a gauche fut rompue et mise en déroute. Enve-

loppé de tontes parts, et au milieu de la mêlée la plus chaude, Brutus fit tout ce qu'on pouvait attendre d'un grand capitaine et d'un intrépide soldat. Tout ce qu'il y avait de plus brave dans l'armée et de plus attaché à sa personne se fit tuer pour lui sauver la vie. Il était loin de vouloir la conserver plus longtemps. Après avoir donné des larmes à ceux de ses amis qui s'étaient sacrifiés sous ses yeux, il pria ceux qui lui restaient de songer à leur sûreté, et, s'étant tiré à l'écart, il se perça de son épée. Telle fut la fin de Brutus, homme d'Elat, guerrier et philosophe. II fut loué par Antoine lui-même, qui déclara que, de tous les assassins de César, M. Brutus était le seul qui n'eût point été guidé par la haine, la jalousie, l'ambition. Il mournt à l'âge de 44 ans, Tan 712 de Rome. 11 avait composé un éloge de Caton d'Uiique, et d'autres ouvrages qui ne nous sont pas parvenus. II ne reste de lui que des lettres écrites à Cicéron et à Atticus.( Voy. ces noms.) On lui attribue aussi des lettres grecques supposées écrites depuis la mort de César. Plutarque en cite trois dans sa fié de Brutut, ce qui prouve que, si ces lettres sont supposées, elles sont tout au moins très-anciennes. On les trouve dans les collections d'épistolaires grecs, entre autres dans celle de Genève, 1606, in-fol. { Voy. Tite-Livc, Epitomey liv. 1, p. 124; Florus, I. 4 ; Suétone, Vie de JuUi-Citar et Vie d'Auguste; Plutarque, Vie de Brutus.) Q— R— Y

BRUTUS (Décimus Jonids), connu sous les noms de Décimus Brutus, fut un des meurtriers de César (I). Il avait servi sous lui dans la Gaule, et avait été fait général de sa cavalerie. Le jour de l'assassinat du dictateur, aussi alarmé que les autres conjurés de ce que César ne se rendait pas au sénat, il alla cImk ce dernier, tourna en ridicule les terreurs et les songes de Calpurnic, ainsi que les présages des devins, et l'entraîna hors de sa maison. Quand on lut le testament de César, on trouva que Décimus Brutus, pour lequel il avait toujours eu de l'amitié, devait succéder aux droits d'Octave, dans le cas où celui-ci mourrait sans enfants mâles. Le dictateur, on le nommant consul, lui avait donné le gouvernement de la Gaule cisalpine, ce que le sénat avait confirmé par un décret ; mais Antoine se le fit accorder par le peuple. Le sénat alors exhorta Brutus à se maintenir dans son gouvernement, même par la voie des armes, s'il était nécessaire. Brutus n'eut pas de peine à s'y décider : il répondit négativement à la demande que lui fit Antoine de lui céder son gouvernement, et s'enferma dans Modène.avec une troupe de gladiateurs et trois légions. Dans la bataille qui se livra sous les murs de la ville, Décimus Brutus secourut à propos les troupes des consuls et d'Octave, en attaquant et mettant en déroute l'arrfière-garde d'Antoine, qui, dès le lendemain, leva lo siège. Brutus, délivré de cet ennemi, ne sut quelque temps comment agir envers Octave,

(0 Ou croit qu'il était Sis de Décimas Brutus, qni fut consul l'a« de Rome «76. Il le nom A'Atltn»i lorsqu'il fut adopté par Aulus Posmmios AIMnus. Sur les médailles de la famille Junia, il «inouunt MHnus, Bntl piius T-*.

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