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de la petite écurie, Je 21 mars 1711, devint écuyer ordinaire du roi, exempt des gardes du corps, maréchal de camp en 1744, lieutenant général en décembre 1748, et cordon rouge en 1750. Il se démit en 1755 tle sa brigade dans les gardes du corps, avec promesse d'une grande croix dans l'ordre do St-Louis; mais on oublia de lui tenir parole. Après quarante-quatre ans de service, il se retira dans le château de Ve/cnobre, près d'Alais, dont il était devenu seigneur par sa femme, héritière de la branche de Calviérc-Boucoirao et Vezenobre. Il y jouij des douceurs d'un repos glorieux au sein de sa famille et dans la culture des lettres et des arts. Le marquis de Calvière avait rassemblé une riche collection de dessins, de tableaux, de livres et de médailles. 11 fut reçu, en 1747, membre honoraire de l'académie royale de peinture, sculpture et gravure. Calvière fut tout à la fois militaire, poète, franc-maçon, curieux, savant, homme de goût et amateur éclairé des beaux-arts. 11 se livra pariiculièrcment à l'étude de l'antiquité, et il paya son tribut à la société des antiquaires de Casse!, dont il était membre, par de savantes dissertations sur les monuments romains d'Arles, défîmes et d'Orange. Ces mémoires n'ont pas été publiés ; mais on a imprimé longtemps après sa mort, sans nom d'auteur, chez Didot, 1792, in-18, un Recueil de fables diverses de sa composition. Ces fables, peu connues parce qu'elles parurent à une époque ou l'on ne s'occultait guère de vers, sont au nombre de soixante-six, divisées en 6 livres; elles sont presque toutes, d'invention, agréablement versifiées , et un peu musquées, comme celles du duc de Nivernais. Ce volume contient quelques poésies fugitives et un fabliau en vers d'Acis et Galath/e, qui a fourni a l'auteur l'occasion d'observations sur le genre des fabliaux. L'inoculation n'eut point de partisan plus déclaré que le marquis de Calvière. Dans un temps où cette salutaire pratique n'avait |as encore triomphé des préjugés, il eut le courage d'y soumettre ses propres enfants, et cet exemple eut autour de lui la plus utile inlluence. Calvière mourut à Vezenobre, le lu' novembre 1777, dans sa 85' année. 1. 'aimée suivante, le marquis de Luchet publia son éloge qui contient plusieurs inexactitudes. Le pctit-lils du marquis de Calvière a été député et pair de France sous la restauration. Le baron de Calvière, député et préfet pendant la même époque, appartient a une autre brandie de celte famille. A — T et V. S. L.
CALVIN ^Jean ) , second chef de la réforme au 10* siècle, naquit à Noyon, le 10 juillet 1500. Son père, Gérard Cauvin, était tonnelier. Il le destin» de bonne heure à l'état ecclésiastique. Nous apprenons de Cahin lui -même, dans une épitre qu'il adressa à Claude d'IIangest, abbé de St-Éloi de Noyon, en lui dédiant son premier ouvrage, que c'est à la famille de cet abbé qu'il cul la principale obligation de ses premières études et l'éducation libérale qu'il reçut : de plèbe homuncio... domi retira puer educatus, primam vita et liUerarum disciplinam famiUœ vettrœ nobilitsima acceptam rtfero. Il avait a peiue douze ans, lorsqu'il bit pourvu d'un
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bénéfice simple dans la cathédra}* do Nouât- Sut
ans après, il fut nommé * une cure qu'il permute bientôt pour une autre- Ainsi, par un abus qui n'était pas rare alors, les protecteurs de Calvin lui avaient déjà fait conférer plusieurs bénéfices avant qu'il eût atteint l'âge de vingt ans, et il jouissait du litre et des revenus d'une cure, quoiqu'absent el sans être engagé dans les ordres. Pendant qu'il continuait ses études à Paris, il y fit connaissance avec Pierre Robert Olivetan, né comme lui à Noyon, mais plus âgé de quelques années. C'est de lui qu'il reçut les premières semences de la doctrine nouvelle qui commençait à se répandre en France. II fut détourné par là de la vocation à laquelle semblait devoir l'attacher la possession anticipée de ses bénéfices. Il abandonna l'étude de la théologie, pour aller suivre d'abord à Orléans et ensuite à Bourges des leçons de droit. Il fit de grands progrès dans cette science, et étudia en même temps la langue grecque sous la professeur Melchior Vulmar, qui fortifia le penchant qu'Olivetan lui avait donné pour les nouveautés. 11 revint à Paris en 1553, et ce ne fut qu'alors qu'il se démit de ses, bénéfices. 11 publia la même année un cotninentaire latin sur les deux livres de Sénèqua de Clementia. Quelques personnes ont cru voir dan» le choix de ce sujet une intention marquée d'adoucir le sort de ceux qu'on persécutait pour les nouvelles * opiuions; il est impossible, en lisant ce petit écrit, d'y apercevoir un tel but. Ce sont de simples remarques, grammaticales ou littéraires, sur le texte, et plus souvent encore une glose destiuée a l'amplifier, sans y chercher aucune application aux circonstances. Son nom de Cauvin, latinisé daus le titre de ce commentaire (JoAanni* Çatvini... Comnu%tarius\, fut dès lors changé en celui de Calvin, qu'il porta toujours depuis, et qu'il a rendu si célèbre. Daus l'année suivante 1553, un des amis de Calvin, Michel Cop, recteur de l'université, ayant prononcé une harangue pleine de la doctrine des nouveaux réformateurs, fui recherché et poursuivi. Calvin, soupçonné d'avoir eu grande pari à la composition de ce discours, fut enveloppé dans les mêmes recherches. Il logeait alors au collège de Fortet. On vint pour l'y saisir; mais on ne l'y trouva pas. Forcé de s'enfuir de Paris, après avoir erré pendant quelque temps et changé souvent d'asile, il se retira en Saintouge, et y passa [ihuK'urs mois caché dans (a maison de Louis Dutillet, dtanoine d'Angoulême. C'était un frère de Dutillet, greffier en chef du parlement de i s | rcc^.'iiiiiititi^liitlL- | ^ ii r s t^s 1 1 i i ï -v i l ^^>vi k ^ l sûja sraour pour les lettres, La, il continua paisiblement ses études, et commença, à ce qu'on croit, à rassembler les matériaux de son ouvrage de Vlnsiituiion chrétienne, publié environ doux ans après. Plusieurs auteurs ont écrit que, pendant son séjour chez la chanoine Dutillet, il sortit plus d'une fois de sa retraite pour aller prêcher la nouvelle doctrine dans Jes environs, et même a Poitiers, où il eut de trèsgrands succès. Il se rendit ensuite a Nérac, auprès 0c Marguerite, reine de Navarre. La cour de cette princesse servait alors de refuge à plusieurs savants
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forcés â s'éloigner de France. Marguerite était sreur de François l,r» et, comme lui, elle aimait les lettres et ceui qui les cultivaient. Sans avoir encore aucune inclination décidée pour les idées des réformateurs, elle recevait avec empressement ceux qui travaillaient à les répandre, parce qu'ils étalent, pour la plupart, des hommes distingués par leurs connaissances ou leurs talents. Calvin rôt très-bien accueilli cher la rtine de Navarre, et c'est là qu'il connut pour la première fois plusieurs hommes qui, dans la suite, servirent utilement son parti. 11 retourna de là à Paris. Bientôt il fut oblige d'en sortir de nouveau et même de quitter la France, eh 1534. H se relira à Bàle, où il s'occupa principalement de la composition de son Irutilulion chrétienne. Il raconte luimême quelle rôt l'occasion et quel était lé but de cet ouvrage. Les supplice* de ceux qu'on brûlait en France pour cause de religion avaient excité partout au dehors une grande indignation. François I", qui avait intérêt de ménager les princes protestants d'Allemagne, voulut détruire ou atténuer auprès d'eux le mauvais effet des persécutions qnéprduvaient dans son royaume les partisans de la réforme. Pour y parvenir, il Ht répandre différents écrits, dans lesquels on assurait que les hommes traités en m France avec une si impitoyable rigueur n'étaient pas des sectateurs de la réforme adoptée dans plusieurs parties de l'Allemagné, mais des anabaptistes, non moins ennemis de tout ordre politique que de la religion elle-même. Calvin résolut d'exposer la doctrine de ceux qu'on poursuivait en France, et de montrer qn'ils n'étaient ni des anabaptistes, ni des séditieux. Dans ce dessein, il publia Y Institution chrétienne comme leur confession de foi. Aucun ouvrage plus étendu et plus méthodique n'a* ait encore paru depuis le commencement de la réforme. Calvin s'y éloigna bien plus que les réformés d'Allemagne des opinions professées par les catholiques. II serait sans doute diflicile d'expliquer ici assez brièvement, et avec une clarté suffisante, comment il alla plus loin »jue Luther sur la matière du libre arbitre, de ta justice Hnputatite et du mérite des bonnes œtrvres ; mais ce qui est plus aisé à saisir que ces subtilités théologiques, ce qui frappa alors tous les esprits, ce sont les conclusions hardies qu'il tirait de Ses principes. 11 n'attaqua pas seulement la primauté du siège de Rome, comme on l'aval i fait avant lui, mais l'autorité même des conciles généraux ; il ne reconnaît pas plus le caractère d'éveque et de prêtre (pie celui de cltef visible de l'Église; il n'admet d'autres vorux que ceux du baptême, d'autres sacrements que ceux du baptême et de la cène, et ne veut pas même qu'on regarde cent - là comme indispensablement nécessaires an salut. Il traite la messe d'impiété), et les honneurs rendus aux saints, de véritable idolâtrie. Cet ouvrage écrit en latin, mais dont il donna, peu d'années après, une traduction française, rôt imprimé à Baie, in-fol. Cette première édition porte la date de t. 536; mais elle est de la lin de 1S55. V Institution chrétienne reçut presqu'à chaque année des corrections et des développements considérables dans les éditions nombreuses qu'il en donna. La plus corn-
pléte de toutes cilles qui ont été publiées de sort vivant est celle de Robert Estienne, Genève, \ 559. Dans mutes, on trouve â la tète de l'ouvrage line préface adressée au roi de France, Prafatio ad chrislianissimum regem, qua hic ci liber pro cohfessionc fidei oflertur. C'est an nom des Français persécutés en exécution des édits de François 1", qu'il s'adresse à ce prince, et qu'il lui fait une peinture vive et éloquente des maux qu'ils avaient à souffrir. Cette réclamation n'eut aucun effet, et ne fit pas éteindre les bûchers allumés en France de toutes parts. Ce n'est pas pourtant que François 1" ou ses conseillers fussent emportés par un excès de zèle pour la conservation de la religion catholique. Ce prince, engagé dans des guerres continuelles, se crut toujours obligé de chercher des alliances pour lui-même, et de susciter des ennemis à ceux contre qui il avait â combattre. Le besoin de ménager Rome, et l'espoir (pic le titre de défenseur de la foi lui procurerait de nouveaux amis, dictèrent presque tous ses édits. Ligué contre Charles - Quint avec les protestants d'Allemagne, il se voyait accusé de favoriser par là l'établissement de la reforme, et, pour répondre aux Inductions qu'on tirait de son alliance avec des protestants étrangers, Il devint cruel et persécuteur envers ceux de ses Etats. Ses discours et sa conduite privée démentaient sans cesse cette rigueur politique, et laissaient paraître son attachement pour les principaux novateurs, parce qu'ils étaient hommes de lettres. Il semble même qu'il avait d'abord été favorable & l'introduction de la réforme, et avait protégé ses partisans contre les recherches et l'action des tribunaux. ( foy. BEnoti.v ) Calvin, en quittant Bâle, après la publication de .son ouvrage, était venu à Ferrare, on il fut reçu avec beaucoup de distinction par la duchesse Renée de France, fille de Louis XII, et épouse d'Hercule d'Esté. Celte princesse, qui dès lors se montrait très-favorable aux réformés, embrassa dans Ja suite leurs opinions avec beaucoup de zèle. Calvin s'arrêta peu de temps à Ferrare, et se rendit successivement dans quelques autres villes d'Italie pour y prêcher sa doctrine. C'est vers ce temps, suivant un passage de Muralori, qu'il rôt contraint de sortir à la haie de la cité d'Aost, où il fut découvert cherchant à répandre les nouvelles opinions. Cet historien ajoute qu'il s'enfuit de là à Genève ; mais cette partie de son récit ne s'accorde en rien avec ceux des autres écrivains. On ne j>eut douter que Calvin, obligé de fuir d'Italie, ne soit revenu à Paris vers le milieu de l'année 1556. Ne pouvant y séjourner avec sécurité, il prit le parti de retourner à Baie, et suivit, pour s'y rendre, la roule de Genève. Il y avait alors un an (pic la reforme était établie dans celte ville, par un décret des magistrats, auquel l'assemblée générale des citoyens avait donné son adhésion. Cette révolution, com- . mencée par des motifs purement politiques , avait ensuite été achevée par les prédications de Farci. Après avoir été pendant près de deux ans secondé par Virct , Farci se trouvait depuis plusieurs mois chargé seul de tous les soins de sa nouvelle Église. Nê pooVatrt suffire â ce travail, H demandait qu'on
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rappelât Viret auprès de loi. C'est dans ces circonstances qu'il vit arriver Calvin à Genève. Les écrivains protestants disent qu'il le retint avec autorité, sans vouloir permettre qu'il continuât sa route, et que Calvin, obéissant aux instances de Farel, comme à un ordre du ciel, ne songea qu'à consommer et consolider avec lui l'établissement de la réforme à Genève. Si le ltasard seul Ht que Calvin passa par Genève en voulant se rendre à Mie, s'il eut besoin, pour s'y arrêter, d'être pressé par Farci, il faut avouer que la plus mûre réflexion ne lui aurait pas conseillé un autre parti ni fait choisir une résidence plus conforme à son caractère et à ses projets. Il y a tout lieu de croire que Calvin nourrissait depuis plusieurs années le désir d'étendre la réforme, de lui donner un nouveau tour, selon l'expression de Bossuct, et d'en devenir le chef dans son pays. Déjà, en publiant YInslilution chrétienne, il avait présenté sa propre doctrine comme celle de tous les Français persécutés, et s'était rendu leur organe, comme s'il eût reçu d'eux une mission expresse. Sa prudence un peu timide ne lui permettant pas de rester en France, et d'y écrire ou d'y prêcher librement, où pouvait-il trouver un établissement plus sûr à la fois et plus favorable au succès de ses vues? La ville de Genève touchait aux frontières de la France; on y parlait notre langue; on n'y avait pas d'autres habitudes que les nôtres; il était facile de répandre de la toute espèce d'écrits, d'entretenir des correspondances dans nos diverses provinces, et d'y envoyer les hommes les plus propres à s'emparer des esprits et de l'opinion. Après quelques agitations, la nouvelle doctrine se trouvait universellement adoptée à Genève. Jusqu'à l'établissement de la réforme, l'autorité y avait été légalement partagée entre l'évéque et les. magistrats municipaux. L'exercice de ces deux pouvoirs rivaux se trouvait encore contrarié par les prétentions ou les attaques du duc de Savoie ; mais, dans ce moment, le peuple et ses magistrats étaient restés maîtres sans obstacle comme sans partage. L'évéque avait depuis longtemps quitté la ville, et ne songeait plus à y rentrer ; les prêtres, les religieux, tous les citoyens qui étaient demeurés fidèles à la religion catholique, avaient fui pour ne plus revenir. Charles, duc de Savoie, s'était, à la vérité, avancé avec quelques troupes pour essayer de réduire la ville de Genève, et d'y rétablir l'ancien culte; mais François In, aveuglé par ses ressentiments contre ce prince et par l'esj>oir d'une conquête facile, avait fait marcher une armée contre lui, et l'avait forcé de se retirer au delà des Alpes. Les Bernois, les Valaisans, les Fribourgeois, sous le prétexte de défendre les Genevois leurs alliés, avaient aussi pris les armes contre le duc de Savoie, et s'étaient emparés des diverses parties de ses domaines qui se trouvaient à leur convenance ; tout le reste était tombé au pouvoir du roi de France. Ainsi les Genevois, délivrés de ce voisin dangereux, certains de l'alliance des cantons suisses et de la protection de François I", devenu cbez eux le plus solide appui de la réforme qu'il persécutait si violemment dans ses propres États, n'avaient désormais rien à redouter, et Calvin
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pouvait chez eux se livrer avec sécurité à l'accomplissement de ses desseins. Peu de temps après son arrivée, il fut chargé de donner des leçons de théologie, ainsi qu'on le voit par les registres du conseil à la date du mois de septembre 1556. C'est la première fois qu'il est fait mention de lui dans les actes publics de Genève. Laissant à Farel le soin de la prédication, il s'adonna presque uniquement à renseignement. Non contents d'avoir changé le culte et réformé la doctrine, Calvin et Farel voulurent aussi réformer les moeurs des habitants de Genèore. Cette entreprise, à laquelle ils associèrent un autre prédicateur aussi zélé, mais moins habile qu'eux, leur suscita un grand nombre d'ennemis puissants. Une faction se forma contre eux, et parvint enfin à les écarter. Voici quelle en fut l'occasion. L'Église de Genève se servait de pain levé dans la communion, et avait été des temples les fonts baptismaux ; elle avait aussi aboli toutes les fêtes, hors le dimanche. Ces innovations n'étant point adoptées en Suisse, et ayant même été iinprouvées dans un synode à Lausanne, les magistrats de Genève enjoignirent à Farel et à Calvin de se conformer aux usages pratiqués à Berne et à la décision du synode. Ils s'y refusèrent, et on saisit avidement ce prétexte pour les éloigner Ils reçurent l'ordre de sortir dans trois jours de la ville. C'était au mois d'avril 1558, un peu moins de deux ans après l'arrivée de Calvin à Genève. Il se retira d'abord à Berne. Le conseil de cette ville écrivit aux magistrats de Genève pour les engager à rappeler Calvin. Le synode de Zurich leur adressa de semblables instances. Tout fut inutile ; le parti opposé à Calvin étant devenu plus fort après son départ, fit confirmer la sentence de son bannissement , dans une assemblée générale des citoyens, tenue le 28 mai suivant. Calvin se rendit de Berne à Strasbourg. Cette ville était une des premières où la réforme de Luther s'était établie ; Bucer, qui l'y avait introduite, y dominait depuis dix ans. Il accueillit très -bien Calvin, et le fit nommer professeur de théologie Calvin eut aussi la permission d'établir une église française, qui devint bientôt très-importante par le grand nombre de réfugiés qu'il y attira. Quoiqu'il fût traité avec une grande distinction à Strasbourg, ses regards ne cessaient de se tourner vers Genève. Peu de temps après qu'il en fut sorti, le cardinal Sadolet écrivit au conseil et aux habitants de cette ville pour les presser de rentrer dans le sein de l'Eglise;. Calvin adressa à ce sujet deux lettres aux Genevois, et chercha à les confirmer dans les principes qu'ils avaient adoptés, et à combattre l'ef-j fet des exhortations du cardinal. Pendant son séjour, à Strasbourg, Calvin composa et publia en français, en 1540, son Traité de la tainle cène. Celte question de la cène avait, dès le commencement de la réforme, causé d'étranges divisions entre les réformés. Luther, conservant aux paroles Ceci eu mon corps, leur sens littéral, txoyait que Jésus-Christ est substantiellement présent dans le sacrement de la cène : il niait seulement que le pain, après la consécration, devint une simple apparence de pain, et fût réellement le corps de Jésus-Christ, comme le disent
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les cafho iques. Carlos lad ayant soutenu que notre cène n'était qu'une figure et une commémoration de celle de Jésus-Christ avec ses disciples, Luther s'emporta avec excès contre lui, et publia à ce sujet un grand nombre d'écrits. Zwingle défendit l'opinion deCarlosUd, qui fut embrassée par toutes les églises de Suisse, par celle de Strasbourg, et même dans plusieurs parties de l'Allemagne. Cette querelle sur le sens littéral et le sens figuré devint une guerre civile qui coûta beaucoup de sang aux deux partis. Calvin n'écrivit sur cette question qu'après les grands troubles qu'elle avait excités. 11 présenta une troisième opinion. Il nia que le corps de Jésus-Christ qui est au ciel piït être substantiellement pré$ent sur la terre, comme le disaient les partisans de Luther et du sens littéral; mais il n'en soutint pas moins que, dans la cène, l'homme est nourri de la propre substance de Jésus*Christ, qui, du haut du ciel , nous y fait participer, à peu près comme fe soleil, malgré sa distance prodigieuse, nous communique, quand il nous éclaire, la substance même de ses rayons. Ainsi, selon lui, la cène n'était jkis une simple figure destinée à conserver ie souvenir de la cène de Jésus-Christ, mais une cène réelle, où Jésus-Christ se donne véritablement à nous. En osant s'élever, dans celte importante question, audessus de ceux que les deux partis regardaient comme leurs maîtres, et condamner également les deux opinions, Calvin fixa de plus en plus l'attention sur luimême. Du reste, il abandonna dans la suite celte doctrine de son Traité sur la sainte cène, et, dans une conférence qu'il eut avec les ministres de Zurich, en 4549, il déclara qu'il n'avait sur l'eucharistie d'autre opinion que celle de Zwingle et des sacramenlaires ou partisans du sens figuré. La relation de cette conférence a été imprimée en lalin, a Zurich, en 1549, et à Genève, en 1554. Calvin était regretté à Genève. L'influence du parti qui l'eu avait fait bannir s'était affaiblie, et ses amis obtinrent enfin qu'on lui écrivit pour l'engager à revenir. Calvin opposa les engagements qu'il avait pris avec la ville de Strasbourg. Le conseil de Genève envoya des députés aux magistrats de cette ville, pour les prier de rendre Calvin a son ancien troupeau ; l'arrêt de bannissement fut unanimement révoqué dans l'assemblée générale des citoyens du mois de mai 1541 ; mais quoiqu'il n'existât plus aucun obstacle au retour de Calvin, il ne put se rendre au vœu des Genevois qu'après la tenue de la diète de Francfort, où il avait été député par la ville de Strasbourg : il fut même obligé, après la diète, d'assister à la conférence de Ratisbonne. Ce ne fut donc qu'au mois de septembre qu'il rentra à Genève. On peut juger, par toutes les circonstances qui avaient préparé son retour, quelle dut être dans cette ville l'autorité d'un homme qu'on y avait si vivement désiré. Peu de temps après son arrivée, Calvin présenta au conseil le projet de ses ordonnances sur la discipline ecclésiastique. Elles furent adoptées et publiées au mois de novembre suivant. D'après une de leurs dispositions, un tribunal se forma sous le nom de contù-
mi-partie de laïques et
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d'ecctesiasttqucs enarges de veiller « à la a tion de la saine doctrine s et à la pratique des bonnes mœurs. Sa censure s'exerçait sur les moindres actions et sur les moindres discours. Aucun citoyen n'en était exempt par l'importance de ses fonctions ; aucun n'était à l'abri des réprimandes de ce tribunal, ni de l'affront de les voir perpétuées sur les registres. Le consistoire n'avait pas, il est vrai, le pouvoir d'infliger des peines corporelles; mais il devait renvoyer au conseil les « cas les plus « graves » avec son avis. Les ministres avaient aussi l'obligation de déférer au magistrat civil a les in- « corrigibles qui méprisent les peines spirituelles et a ceux qui professent de nouveaux dogmes. » Cette forme nouvelle de police rendit Calvin maître de toutes les habitudes, comme de toutes les opinions des Genevois. Son esprit régnait exclusivement dans le conseil comme dans le consistoire, et les juges ne balancèrent jamais à punir quiconque lui était opposé. Ainsi un magistrat fut privé de ses emplois, et condamné à deux mois de prison, parce que sa vie était déréglée, et qu'il était lié avec les ennemis de Calvin ; ainsi Jacques Gruct eut la tête tranchée pour avoir écrit des lettres impies et des vers libertins, et pour avoir travaillé à renverser les ordonnances ecclésiastiques. La sévérité n'était pas moins grande pour maintenir l'uniformité de la doctrine que pour empêcher la corruption des mœurs, et les opinions étaient jugées comme des délits. Tout le monde sait comment Michel Servet fut arrêté en passant à Genève, et brolé vif, en 1553, sur l'accusation même de Calvin, pour avoir attaqué le mystère de la Trinité, dans un livre qui n'avait été ni composé ni publié à Genève. ( Voy. Servet. ) Nous ne parlerons ni du procès fait à Bolsec, pour avoir eu sur la prédestination d'autres idées que celles de Calvin, ni de la condamnation à mort de Valentin Gcntilis, « pour c hérésie volontaire, » et de sa rétractation, au moyen de laquelle la peine fut commuée en une amende honorable. Trop d'exemples déjà ont dû faire connaître quel usage Calvin fit de son influence. Tel fut l'effet de ce zèle aveugle et fanatique qu'il avait inspiré aux magistrats de Genève pour la conservation des bonnes mœurs et de ce qu'il appelait la «aine doctrine. Dans les premiers temps qui suivirent la rentrée de Calvin à Genève, quelques citoyens avaient voulu se soustraire au jou;; des ordonnances ecclésiastiques, et conserver dans leur conduite privée la liberté dont ils jouissaient auparavant ; Calvin ne cessa d'écrire et de prêcher contre eux, et de poursuivre cette faction, connue alors sous le nom de libertins, jusqu'à ce que la rigueur des censures et la terreur des supplices eurent fait disparaître entièrement les moindres restes d'opposition. Cest ainsi qu'il parvint à donner à ses sectateurs des mœurs austères et irréprochables, à arrêter le progrès des innovations, et à prescrire des bornes à l'esprit d'examen. Après avoir réglé les mœurs et la doctrine, et donné à son Église une nouvelle liturgie et de nouvelles prières, ses soins se portèrent à améliorer la législation civile des Genevois et les formes de leur gouverne- Il fut aidé dans l'exécution de ce projet par