‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 73 sur 97 · C. M. P. et V— ve · texte numérisé non relu

C. M. P. et V— ve

CALVO (Antoine), né à Rome vers le milieu du M siècle, fut nommé chanoine de St-Pierre, puis cardinal en 1 405, sous le pontificat d'Innocent VII II n abandonna le parti de ce pape qu'à la dernière exlrémité, pour se joindre au concile de Pise. Calvo mourut le 2 octobre 1421 . ( Voy. YHist. générale des cardinaux par Aubery.) 2.

CALVO ( Marco-Fabio ), médecin, né à Ravenne, vivait à Rome sous le pontificat de Clément VII , et mourut dans cette ville en 1527. C'est à lui que nous devons une des premières versions des ouvrages d'Hippocrate, faite par les ordres du pape Clément VII , sur un manuscrit grec du Vatican , Rome, 1525 , in-fol. On lui doit aussi • Antigua urbis Roma cum regionibus Simulachrum Baie, 1358, in-fol. — Un autre Calvo {Félix), natif de Rergame, docteur en chirurgie de Padoue. mort à l'âge de 73 ans en 166 1, est auteur de plusieurs ouvrages de chirurgie sur l'anévrisme , les ulcères cancéreux, le squirrhe, etc. C. et A— n.

CALVO (Jean), médecin espagnol du 16e siècle, professeur à l'université de Valence , fut un des premiers qui s'efforça d'imprimer aux écoles de médecine de cette nation une bonne direction , et qui , dans cette vue , traduisit en espagnol la Chirurgie française de Gui de Cauliac, Valence, 1596, in-fol. Il a aussi publié quelques ouvrages qui lui sont propres, savoir : 1» Libro de medecina yehirurgia, Barcelone , 1592 , in-8» ; 2» Primera y segunda parte de ta chirurgia universal y partieular del cuerpo humano, Séville, 1580, in-4»; Madrid, 1626, in-fol., traduit eu partie dans YEpitome des ulcères de Brice Gay. — Boni face Calvo, troubadour provençal , qui vécut dans le 15e siècle à la cour d'Alphonse X, roi de Castille, a fait des sirventes, dont il ne reste plus de traces. Z.

CALVO ( Jban-Sauvxur ob ) ,"né à Barcelone en 1625, connu sous le nom du brave Calvo, était au service d'Espagne , lorsqu'à la soumission des Catalans, il passa au service de France en 1641, et se trouva à tous les sièges, à toutes les actions de guerre qui eurent lieu en Catalogne jusqu'en 1655. Il obtint en 1654 un régiment de cavalerie de son nom , et concourut à la conquête de la Franche- Comté en 1668. 11 fut nommé l'un des visiteurs généraux de la cavalerie en 1671 , et se trouva à tous les sièges que le roi fit alors en personne. Il servit en 1675 sous les ordres du prince de Condé et du duc de Luxembourg , et combattit à Senef. Employé en Lorraine sous le marquis de Rochefort, il fitt créé maréchal de camp en 1675 , et nommé - • - 56

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pour commander à Maastricht. Investi dans cette

place le 7 juillet 1670, U dit aux ingénieurs: « Mes- « sieurs, je n'entends rien à la défense d'une place; « tout ce que je sais , c'est que je ne veux pas me « rendre. » Il se défendit pendant cinquante jours avec la plus grande valeur, lit tous les jours des sorties , qui étaient autant de combats , et donna le temps au maréchal de Schouiberg de le secourir. Le prince d'Orange leva le siège. Calvo eut le gouvernement d'Aire , hit créé lieutenant général , et conserva le commandement de Maastricht jusqu'en 1679. En 1078, il surprit Leaw, s'empara, en 1679, de la ville et du duché de Clèves, et servit la mémo année à l'armée du Hhin sous le maréclial de Créqui. Employé en Catalogne sous le maréchal do Bellefonds en 1664, il passa le Ter à la nage, chargea les ennemis, et contribua à leur défaite. Il était à l'assaut de Girone. Le roi le nomma chevalier de ses ordres en 1688. Calvo commanda un corps séparé en Flandre sous le maréchal d'Humiéres en 1689. Destiné de nouveau à commander un corps séparé sous le maréchal de Luxembourg en 1690, il mourut à Deinse , peu de jours après , à la léte de ce corps, le 29 mai 1G90. D. L. C.

CALYOER (Gaspaiid), théologien protestant, né à Hildeshehn en 16.'i0, fut principal inspecteur des écoles du Clausthal et surintendant de la principauté de Grubenhagcn, et mourut le 11 mai 172.'», après avoir publié, tant en latin qu'en allemand, un très -grand nombre d'ouvrages théologiques estimés ; nous ne citerons que ceux qui sont d'un intérêt plus général : 1- Saxonia infrrior, anliqua, geutilis et christiana, Gosslar, 1711 , in-fol. 2* Corona duodecim stellarum, sive anniveriarium evangelieo-epUlolare dodecaglotlon. 3° De Musica tl sigillatim eeclesiastica, Leipsick, 1702, iii-l°. 4e Contullalio de pace tecitiiaUica , min prolestantet ineunda, cum maniissa sub lit. Ramus nlh a , Leipsick et Gosslar, 17 us. 5* Fissura Sionis, hoc est de schismatibus ac controversiis quet Kcclesiam agitarunt, Leipsick , 1090 : ce livre est savant et peu connu en France ; l'auteur n'avait que vingt ans quand il le publia. Sa vie a été écrite par Jean-Juste Fahsius. sous ce titre : Memoria justi in pace . 1727 , in-4".

Henning, ou Henri Calvoer, probablement fils du précédent, lui succéda en 1726 dans la direction des écoles du Clausllial , et fut pasteur à Altenau, où U mourut octogénaire, le 10 juillet 1766. On lui doit les trois ouvrages suivants : 1* Programma de historiu recentiori Uercyniœ superiorii meehanica, Claustbal, 4726, in-4". 2* De domu$ Bruntvieensie ClutïUte et Potentiel ex infelici lapsu resliiula, 1727, in-4". 3* Acta hitforico chronoiogico-mtchamca cirai wutallurgicam in Hercynia superiori, Brunswick, 1763 , 2 part, in-fol. avec 48 planches. C'est la description U plus complète des machines cl des procédé» employés à l'exploitation des mines dans le llartz, dont son programme de 1726 ne donnait qu'un léger aperçu. Cet important ouvrage fait connue la suite de celui de Schlùter, sur la fonte des mines, que lieliol a traduit en français en % »uL ia-4», 1750-53. CM. P.

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CALVY DE LA POWTAINB, traducteur et poète du 16e siècle, sur lequel on n'a presque aucun renseignement. Nos anciens bibliothécaires la Croix du Maine et Duverdicr ne nous ont donné que la liste de ses productions , encore est-elle incomplète. Il était de Paris ; l'abbé Gonjct dit qu'il se nommait Françoie. Comme il n'a signé que les noms qui sont au commencement de cet article , il ne serait pas étonnant qu'on l'eût confondu avec Charles Fontaine, poète contemporain. (F«y. Ch. Fontaine.) Ils étaient amis, ainsi qu'on le voit par un quatrain que Charles lui adressa sur la conformité de leurs noms. Savant comme l'étaient alors tous les littérateurs, Calvy possédait les langues grecque et latine. On connaît de lui : 1* Traité de la félicité humaine, trait, du latin de Philip. Deroaldo, Paris, 1543, in- 16. 2* La Manière de bien et heureusement instituer et composer sa vie et forme de vivre, contenant soixante et dix-huit enseignements envoyés par Isocrates à Demonicus, ibid., 1543 , in-16. 5** Trois Déclamations, etc., invention latine de Phil. Beroaldo, poursuivie et amplifiée par le traducteur ; avec le Dialogue de Lucien intitulé : Mercure et Vertu, ibid., 1336, in-16 de 99 feuillets petit vol. fort rare. ( Voy. Phil. Beroaloo.) 4» L Elégie d'Ovide sur la complainte du noyer, trad . eu vers , Paris, l'Angelier, sans date, in-18. 8" Eglogue sur le retour de Bacchus, en laquelle sont introduits deux vignerons, assavoir Colinot de Beaulne et Jacquinol d'Orléans, in-»*, golh., de 8 feuillets, rare. W — s.

CALZOLAI { Pierre ) , religieux bénédictin de la congrégation du Mont-Cassin, né au commencement du 16* siècle à Bugiano, petite ville de Toscane, est principalement connu par une histoire des ordres monastiques, ouvrage auquel il travailla pendant vingt années, et qui exigea île sa part des recherches infinies. Cet ouvrage, écrit eu italien, e»t intiiulé : Uistoria monastica in S libris divisa, trattati per modo di dialogo. Il fut imprimé à Florence en 1561 , in-4* , puis à Home, 1575, même formai, et l'auteur en préparait une 5e édition , qui aurait été enrichie d'additions considérables , lorsqu'il mourut, avant d'avoir pu mettre à fin son projet, le 11 mai 1561, âgé de 89 ans. On a encore de lui deux dialogues en italien , concernant l'histoire de la ville de Padoue , dont on conservait le manuscrit original dans la bibliothèque Ambrosienne. Il est utile de remarquer que cet auteur a été nommé quelquefois Petr. Bugiano , du lieu de sa naissance; P. Florentinus, parce qu'il était né dans les environs de Florence ; et enfin P. Ricordalus ( le Réfléchi ), surnom qui lui avait été donné dans son ordre. VV— s.

CAM AN ( SALI, aussi appelé Ai .caka, M os au, et Cenamusali , Arménien , pratiquait la médecine à Bagdad , lorsque cette ville fut prise par les Turcs, en 1238. Il a écrit sur les maladies des yeux, et a recueilli tout ce qu'avaient dit sur cette matière les médecins arabes , chaldéens , juifs et indiens. Son ouvrage, souvent cité par Gui de Chauliac, a été traduit en latin , et imprimé à Venise en 1 499, sons ce titre : de Passrjwbus Qçulorum U0<r, BTCC

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là Chirurgie de Gui de Chauliac , puis l'année suivante avec celle d'Albucasis, nous un autre titre. Il y a encore une édition de 15U6 , et une de 1513, toutes in-fol. S— v — Y.

CAM ARA Y MURGA (Christophe de la), savant prélat espagnol, né à Arciniega , près de Burgos , fut professeur d'Écriture sainte A Tolède, évêque des Iles Canaries , et eulin évêque de Salamanque , où il mourut en 4641 , après avoir publié les constitutions synodales de ce diocèse : c'est un ouvrage important, en ce qu'on y trouve la plus ancienne histoire cpie nous ayons des établissements espagnols dans les Canaries ; il est intitulé : t'onstiluciones sinodales det obispado de Canaria , su primiera fundalim y translation, vidât de tut Obyspos y brève relation de lat itlas, Madrid, 1654, in-4*. Meuscl a oublié ce livre curieux ilans sa Bibliothèque hitlortque; il est vrai que l'ouvrage de Nuârz de la Pena, et surtout celui de Viera y Clavijo, ont fourni des connaissances plus récentes et plus détaillées. — Lucius Camaha est auteur du livre intitulé : de Teale antiquo JUarrucinorum in ltalia mttropoli libri 1res, Rome, 1651, in-4" : c'est la première histoire de 'féale , aujourd'hui Chieti, au rovaume de Naples j elle a été réimprimée dans le t. 6 du 7*Ma«rM« Antiqvilaium Ilaliœ de Burmann. C. M. P.

CAMARGO (Alphonse de), capitaine espagnol , commandait une flotte de trois vaisseaux que l'évêque de Placcnlia avait fait équi|>cr à ses frais pour arriver au Pérou par le détroit de Magellan. Quoique cet habile navigateur eut déjà fait connaître ce passage , des marins moins habiles ou plus malheureux que lui avaient échoué dans cette entreprise. Cependant on ne perdait pas entièrement l'espérance de réussir. Camargo partit donc de Séville au mois d'août 1539 ; le 20 janvier de l'année suivante, il mouilla prés du cap des Vierges, fort près de l'embouchure du détroit. Il vit même sur une élévation la croix plantée par Magellan. A peine était-il au second goulet , que le plus grand de ses vaisseaux fut brisé : l'équipage eut heureusement le temps de se sauver à terre. Quelques auteurs ont pensé que c'étaient ces Espagnols, qui, établis dans l'intérieur du continent, avaient donné naissance à I un peuple appelle Céiarcens, que l'on trouvait vers le 43 ou 44* degré de latitude ; mais ce fait est d'autant plus douteux , que l'existence de cette colonie d'Européens n'est pas même bien prouvée. Quant à Camargo, ayant enfin passé le détroit, il entra dans la mer du Sud, et vint aborder en trèsmauvais équipage au port d'Aréquipa, dans le Pérou. ( Voy. , à ce sujet , V Histoire des Voyages au* terres australes.) M— le.

CAMARGO (Maiue-Axne Ccppi, dite), naquit à Bruxelles, le 15 avril 1710, d'un maître de danse et de musique dont le père avait épousé une Bsp*gnole de la noble famille de Camargo. Mademoiselle Cuppi, après avoir pris trois mois de leçons de la demoiselle Prévost , revint a Bruxelles étonner toute la ville par son talent pour la danse ; elle fut bientôt engagée à Rouen, puis appelée à Paris. Elle

quitta l'Opéra en 1734, y rentra en 1740, aè retira

en 1731, avec une pension de 1,500 livre», et mourut le 28 avril 1770. Eu montant sur le théâtre, elle avait pris le nomade Camargo, sa grand'mère. C'est sous ec nom qu'elle et mademoiselle Salle , célèbre danseuse de son temps, ont été chantées par Voltaire :

Ah! Camarao, que vous êtes brillante!

Mats que Sallé, grands «lieux ! est ravissante ! Que vos pas sont légers, et que les siens sont doux ! Elle est inimitable, et vous toujours nouvelle;

Les Nymphes sautent comme vous,

Et les Grâces dansent comme elle.

CAMARIOTA (Matthibl), né h Thessalonique, était professeur de philosophie à Constantinopie, et comptait le patriarche George Scholarius au nombre de ses disciples. Il se trouvait dans cette capitale quand elle fut prise par les Turcs en 1435. Il écrivit sur ce malheureux événement une trèslongue lettre qu'on trouve en grec et en latin dans le recueil de Crusius intitulé : Tureo-Gracia. On a aussi de lui deux discours sur le traité de Gemislus Plelho, de Fato ; ils ont été imprimés a Leyde , 1722, in-8" avec les notes de Reimar et une préface de J.-Alb. Fabriclus. Il a aussi composé Compendium rhetoriees et Synopsis Htrmogenis, qui ont été publiés par Uimhel ; mais son Commentaire lur les lettres de Synësius est demeuré manuscrit, ainsi que ses autres ouvrages. C— n.

GAMBACtiRES (l'abbé de), archidiacre de l'église de Montpellier, naquit daus celte ville en 1721. Il était lils d'un conseiller de la cour des aides, comptes et finances du Languedoc. L'abbé Cambacérès fut toujours d'une constitution délicate. La faiblesse de sa santé lui servit de prétexte pour rejeter toute sorte d'études sérieuses, et ne l'occuper que de littérature. Placé dans un séminaire de Sulpiciens, le supérieur «le Cette maison, Institut qu'il |wssait une partie de la nuit à travailler, crut qu'il employait ses veilles à des études étrangères à son état ; il chercha à le surprendre, et le trouva occupé de la lecture de St. Chrysostome, qu'il lisait pour la septième fois. Après ses études, l'abbé Cambacérès se destina à la chaire. En 1737, admis à prêcher devant le roi, il parla avec beaucoup de hardiesse; il osa faire remarquer dans les progrès de l'irréligion le présage de la décadence de l'Etat. « Il n'a fait que son dc- « voir, » dit Louis XV, que quelques courtisans croyaient Irrité. Il prononça, en 1768, devant l'Académie française, le |>anégyrique de St. Louis. L'admiration fut générale; on oublia que les applaudissements étaient interdits dans l'église : le talent du jeune orateur en obtint pour la première fois. Enhardi par ce succès, il prit d'abord Mnssillon pour modèle; mais il abandonna ensuite la méthode de ce célèbre orateur |wur suivre celle de Bourdaloue, qu'il crut plus propre à l'instruction habituelle des chrétiens. Lié avec les littérateurs les plus distingués, il vécut toujours d'une manière modeste, et mourut le 8 novembre 1802. On a de lui : 1" Panégyrique dt St. Louis, 1768, iu-4". 3" Sermotu, 1781,

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3 vol. in -12. Il en donna en 1788, dans le même nombre de volumes, une seconde édition, en tête de laquelle on trouve un discours préliminaire, où toutes les preuves de la religion sont réunies avec tant de méthode, de clarté et de force, qu'il eût pu suflirc à sa réputation (1). — Un autre Caubacéhés, docteur de Sorbonne, mort en 1738, avait composé un Eloge de Pierre Gaytt, abbé de Villemagne (mort en 1782) ; cet éloge était conservé dans les registres de l'académie de Itéziers. A. B— t.

CAMBACÉRÉS (Jean -Jacques-Régis ns), neveu du précédent, né à Montpellier le 18 octobre 1757, peut être regardé comme le type de ces nommes d'Etat qui prennent pour base de leur conduite politique le contre-pied de ce fameux adage :

Et mibi res, non me rébus, submitlere conor;

admettent tous les faits accomplis, et soumettent au pouvoir dominant leurs opinions et leurs actes. On les voit d'ailleurs s'imposer la tâche d'introduire dans la conduite des affaires autant d'ordre cl de justice qu'il en faut pour consolider le pouvoir existant et leur position acquise. Tel fut, durant notre première révolution, le rôle dont Cambacérés ne s'est jamais départi. Nul homme n'a été plus fidèle a cette direction qui consiste a louvoyer, à changer souvent de route, en tendant toujoui s au même but : nul ne s'en est mieux trouvé dans les intérêts de son ambition et de sa fortune ; car le conseiller de la cour des aides, le jurisconsulte de l'Hérault, après avoir été, sous le titre de consul, le modérateur en second de la république française, s'est vu, sous l'empire de Napoléon, surchargé de titres, de dignités et de hautes attributions. Assez longue en sera la liste : duc de Parme, prince, altesse sérénissime, archichancelier de l'empire; officier civil de la maison impériale, membre du conseil privé, membre et président du sénat, puis du conseil d'État, président de la liaute cour impériale, titulaire d'une senatorerie, membre de l'Institut ( Académie française), grand aigle de la Légion d'honneur, grand commandeur de la Couronne de fer, puis de l'ordre royal de Westphalie, grand'eroix de l'ordre de St- Etienne de Hongrie, chevalier de l'Aigle noir de Prusse, etc. En un mot il était devenu, selon l'expression d'un biographe, l'un det plus grandi seigneurs de V Europe. — Toute/ois, parmi les parvenus de la révolution, Cambacérés est un de ceux dont l'origine fut le moins obscure. Sa famille, d'une noblesse ancienne, avait produit des magistrats et des ecclésiastiques distingués. Son oncle, archidiacre de Montjiellier, avait été un célèbre orateur de la chaire. ( Voy. l'article précédent.) Son père, conseiller la cour des aides de Montpellier, était en même temps maire de cette ville (2). Le jeune Cambacé-

(i) Un* nouvelle édition en a été donnée a Avignon par Clumbeau, 1123, S vol. in-H.

(«) A l'époque où ta république et le directoire forent pré» de leur chute, le pere de Cambacérés était juge de paix du canton de Bedarrides ( département de Vaurluse). Il avait obteno, en «780, quand il cMa sa charge de conseiller a mi lits, uae pétition de 2.000 livres, qui fat réduit* par rassemblée constituante a 500 fr.. « le payement en fui suspendu dam lu 3 (iN6). Lorsqu'il fat

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res qui , simple avocat, avait refusé de plaider devant les tribunaux du chancelier Maupeou, succéda à son père en la cour de Montpellier. Il se fit remarquer par son assiduité à ses devoirs ; et comme il était sans fortune, il reçut, sans l'avoir sollicitée, une pension de 1,200 livres. L'archevêque de Narbonne (Dillon), président des états de Languedoc, et l'intendant de la province, chargés par le roi Louis XVI de lui indiquer les hommes de mérite du pays qui avaient besoin d'être encouragés, s'accordèrent, sans s'être concertés, à désigner cliacun de son côté le jeune conseiller, Lorsque la révolution éclata en 1789, Cambacéres en adopta les principes si favorables aux ambitions; il rédigea les cahiers de la noblesse de la sénéchaussée de Montpellier, et fut nommé par elle son second député aux étals géuéraux. Comme il fut décidé que la noblesse de cette localité n'aurait qu'un représentant, l'élection de Cambacérés fut annulée. Ses concitoyens le dédommagèrent en l'appelant à diverses fonctions administratives. Bientôt après ils le nommèrent président du tribunal criminel de l'Hérault; enfin, au mois de septembre 1792, député à la convention nationale. Dans cette assemblée orageuse, où l'empire des circonstances commandait à tous ses membres l'exaltation du patriotisme sous les formes les plus prononcées, Cambacérés, plus habile qu'en-

nommé juge de paix, le 3 août I7M, il adressa au pétition an ministre des finance*, Robert Liodet, pour réclamer te payement de quatre a»*te* d'arréragé*, el il se plaignait d'avoir été fvreé à emprunter o çtoi intérêt y pour rhre. Il était alors plu- qu'octogénaire. Maigre la bonne volonté do ministre et les démarches que Cambacérés fit poor son père, la révolution du t8 brumaire arriva, et te juge de paix de Bedarrides n'avait rieu obtenu. Le 30 brumaire ( 31 novembre ), il adressa une longue pétition ( S p. in-fol. ) an ministre des finances, qui l'apostilla ainsi : * Examiner ce qu'il de- <■ mande de nouveau, n C'étaient toujours le* arrérages de sa pension rt-dutte, et aussi plusieurs années de frais de bureau, par lui avauces et arriéres. Cambacérés pere (c'est ainsi qu'il signait) parlait beaucoup de sa tituation fâcheuse, de ses oetoin* urgent*, et il invoquait l'humanité du minisiri- autant que sa justice. Le 3 janvier ISOO, dans une nouvelle pétition de trois p. in-fol., il remercie le ministre d'avoir joint de nonrelle* Inritation* aux ordre* rtitittt, ittére* et prtrU qui ont été envoyés par son prtdéee**eur et a* antre* minittre* a l'administration centrale de Vauclnse, pour qu'elle eût a payer le traitement annuel et le* frai* de bureau arriéras; mais ces ordres ont été inéprises par le secrétaire-greffier Tons, despote, tyran et tolenr, lequel s'enteud avec le pereeptear Grandet, dit la Rote ; et celui-ci répond depuis un an : Je n* ton* doit rien, je m'en moque; ce qui a fore* le réclamant « d'emprunter « a gros intérêts, à court jour, pour vivre, dit-il, avec ma famille, « ou fournir aux avances nécessaires de mon bureau. N'ayant plus « rien pour vivre, pour aider mon fils, au service de la république « depuis prés de huit années, officier dan* le 8* régiment des chas- « seurs a cheval..., je me trouve rhargé de beaucoup de dettes, a sans ressources, ayant dépassé de plusieurs années l'âge de Mans, « inilrniè, etc. L'humanité sollicite une décision prompte; quelle a qu'elle soit, je la recevrai avec autant de soumission que de res- « perl; mai* elle m'est nécessaire pour prendre de nouveaux arranm gements avec mes créanciers. » Ce qui est singulier et remarquable, c'est qu'a l'époque où le malheureux vieillard exposait *i humblement sa misère cl les pénibles tracasseries de sa vie avancée, son dis était second etnunJ depuis ut 13 décembre (7M, c'esi-a-dire depuis vingt jonrs. 11 nomme deux fois son (Ils dans ses pétillons. Il écrivait, le II scpiembre 1799, a Robert Lindel : « Mon fils, votre « collègue, m'a communiqué la lettre que von* avex eu la bonté de r lui écrire, etc. ; » et, le 3 janvier 4800, il mandait an ministre Caudin : « Si mon fils ne foi venu a mou secours, rte. » Mais il parait que ce* secourt étaient fort peu de chose, d'après le triste tableau que Cambacéres fut de ses emprunts a g rot intérêts pour

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thousiaste, se tint éloigné des luttes politiques autant qu'il le put sans se rendre suspect, resta caché en quelque sorte dans les comités, et glissa adroitement entre les partis, sans éprouver le moindre froissement. Toutefois le procès de Louis XVI fut recueil de sa circonspection. Il eut le malheur de se trouver en évidence dans celte circonstance, où sa conduite mêlée de bien et de mal, pour ne pas dire équivoque, devait plus tard devenir l'objet des plus fâcheuses interprétations. 11 contesta d'abord à la convention le droit de juger le monarque, et il le fit en ces termes : « Le peuple vous a crées législateurs, « mais il ne vous a pas créés juges. Il vous a cltar- «. gés d'établir sa félicité sur des bases immuables, « mais il ne vous a pas chargés de prononcer vous- « mêmes la condamnation de l'auteur de ses infor- « tunes. » Nommé, le 12 novembre 1792, l'un des commissaires pour aller retirer du greffe criminel les pièces produites contre Louis XVI, et pour lui annoncer le décret qui lui accordait un conseil, Cambacérés demanda ouvertement que la plus grande latitude fût laissée à la défense et aux communications du roi avec ses conseils. Après s'être prononcé pour l'affirmative sur cette question : Louis e$l-U coupable ? il vota sur la peine avec tant d'ambiguïté, que l'opinion publique s'est obstinée à le considérer comme régicide, bien que dans le recensement des votes la convention ait décidé le contraire. En effet, elle ne compta que pour la détention perpétuelle le vote de Cambacérés et des trente-sept membres qui déclarèrent se réunir a son avis. Il se prononça ensuite avec la minorité pour le sursis à l'exécution ; or, son précédent vole sur la peine impliquait même la pensée du sursis : a La mort de Louis ne nous « présenterait aucun de ces avantages, avait-il dit ; « la prolongation de son existence peut au contraire « nous servir. Il y aurait de l'imprudence à se des- « saisir d'un otage qui doit retenir les ennemis in- « lérieurs et extérieurs. D'après ces considérations, « j'estime que la convention doit décréter que Louis « a encouru les peines établies contre les conspira- «teurs par le code pénal ; qu'elle doit suspendre « l'exécution jusqu'à la cessation des hostilités, etc. * On voit par cette citation que Cambacérés, qui, d'avance, avait prévu l'issue du jugement, eut dès lors le mérite de jeter en avant cette idée du sursis, qui malheureusement n'emporta point la majorité. Il est vrai qu'après la majorité du décret de condamnation sans sursis, le député de l'Hérault, en demandant à la convention, pour Louis XVI, la liberté de voir sa famille et de se choisir un confesseur, avait, pour ne pas soulever une majorité féroce, cru devoir ajouter ce correctif en faveur de la chose jugée : « Sans toutefois que l'exécution « puisse être retardée au delà de vingt-quatre heu- « res. » Chargé de présider à l'enlèvement des restes de la royale victime, il rendit compte de sa mission avec un calme et une impassibilité faits pour détruire les impressions que les meneurs de la montagne avaient pu prendre contre lui ; car déjà on l'accusait de modérantisme : aussi fut-il élu secrétaire le 24 janvier 1795, trois jours après le supplice

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de Louis XVI. Trop souvent à cette époque il vota avec les factions tour à tour dominantes. Le 40 mars, il soutint que les pouvoirs législatif et exécutif ne devaient pas être séparés dans la situation des choses; ce vote donna au comité de salut public, qui fut bientôt formé, des armes, dont il usa d'une manière terrible. Le 10 mars, Cambacérés demanda encore la mise en liberté de l'anarchiste Ducry, qui s'intitulait l'élève de Maral, et quelques jours après celle de Durand, maire de Montpellier, accusé par Jean-Bon M André de fédéralisme, ce qui alors équivalait à une imputation de modérantisme. Le ~ti mars, au nom du comité de salut public, il dénonça la trahison de Dumotiriez, donna connaissance des pièces qui la constataient, et annonça que le comité s'était assuré de ceux que leur naissance et leurs relations pouvaient faire soupçonner de participer au complot de ce général (1). Il ne faut pas omettre que seize jours auparavant il s'était élevé chaudement contre les pétitionnaires de la section Poissonnière qui dénonçaient Dumouriez, et qu il avait fait prononcer l'arrestation de l'orateur et <lu président de cette section. Mais ces contradictions étaient, pour sauver sa tête, des sacrifices nécessaires, et il n'en fut jamais avare. Dans la séance île nuit du 1 1 avril, il provoqua avec Danton le décret portant rétablissement à Paris d'un tribunal criminel extraordinaire pour juger les conspirateurs et les contre-révolutionnaires. Le 14 mai il fit rejeter la proposition faite par Buzot d'ordonner que tout député présentât l'état et l'origine de sa fortune. Cambacérés, dans une discussion sur la Vendée, d«> manda que l'on fixât le sens du mot chef de brigand*, et que l'on désignât les individus qui pourraient être considérés comme tels. A la journée du 51 mai comme à celle du 2 juin, qui furent marquées par le triomphe de la montagne ou du parti de Robespierre sur les Girondins ou les modérés de la convention, Cambacérés, forcé dans ses limites de circonspection et de neutralité, proscrivit les vaincus avec la majorité. Il avait été chargé par les comités de gouvernement de revoir conjointement avec Merlin de Douai toutes les lois rendues depuis la révolution en matière de législation civile, et de les réunir en un code. Cambacérés, à qui son collègue, occupé de

(t) Dans te rapport, qui fora* un in-t» de a» p., Cambatére», après avoir annonce que les trama oditva do général en eaef rl de ses complices tendaient a rétablir un trône sur le» raines de ia république. -, qu'il avait été prit or* me sur et pour t outrer de ia personne de Domouriei j que Proly, l'erejra et Dobuisson avaiet t été mis en arrestation. Cambacérés ajoute : « Notre zélé ne s'est « point ralenti, et les motifs que nous venons d'indiquer nous au - « raient portes a comprendre dans les mesures arrêtées les citoyens « Philippe Egalité et Sillery, si notre respect pour la représentation « nationale n'eût enchaîné notre liberté... Nous les avons appelés « l'on et l'antre dans notre sein ; le eiioyen Égalité nous a répond t « qu'il voyait avec plaisir les mesures qui ont été prises; qn ll dc~ « mande lui-même que l'on adopte, a son égard, toutes celles que 1-. « comité aurait crues convenables, parte qu'il désire que sa cob- « duite paraisse au plus graud jour, et que la vérité bien connu >. « fasse taire en un tons ses calomniateurs. Le citoyen SUlery s'est ré a feré a la réponse du citoyen Égalité. Je termine, etc. ; les iraltreu « seront livres a la sévérité des lois. Rallions-nous tous autour dt « l'arbre de U liberté ; expirons, s'il le faut, sous son salutaire otno brage. » vs.

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naissions plus actives, laissa la principale part dans

ce travail, en présenta le résultat dans plusieurs séances des mois d'août et d'octobre (1793). Son rapport et les dispositions qu'il proposa se ressentaient beaucoup des idées révolutionnaires alors en vogue ; et toutefois, dans d'autres temps, nnl ne devait les combattre plus puissamment et avec plus de conviction que Cambarérès. Deux jours après les sanglants excès du 2 juin, on entendit ce froid jurisconsulte débiter une allocution des plus sentimentales pour faire reconnaître des droite de mi incessibilité aux enfants naturels. «Tout homme hono néïe, dit-il, tout homme délicat et sensible devenu « père et ayant eu d'une femme libre un enfant « naturel, u'a-t-il pas, dès lors, contracté un en- « gagement ? Eh 1 quel engagement que celui qui « est à la fois sous la sauvegarde des premiers sen- « Uincnts de la nature, l'honneur et l'amour, etc. » Le Iti juin, dans la discussion de l'acte constitutionnel présenté par Hérault de Soeholles, Cambacérés, alxmdant encore dans les opinions du jour, demanda en matière civile l'établissement du jury, qu'il devait plus tard faire rayer du code. Au mois d'octobre suivant, il donna l'ordre d'arrêter les défenseurs de la reine , et exposa son premier projet du code civil, don^la discussion, plusieurs fois reprise dans le sein de la convention, n'eut cependant aucun résultat. On trouve dans les Mémoires de Thibaudeau, collègue et ami de Cambacérés, des détails assez curieux sur l'avortement de ce projet, qui exposa quelquefois son auteur aux mêmes quolibets qui avaient accablé ce pauvre M. Target ( voy. ce nom ) , en couche de la constitution française. • La « convention, dit Tltibaudeau , avait voulu donner • un code civil à la France ; son comité de législa- « lion lui présenta un projet qui , après soixante a séances , fut attaqué comme sentant V homme du « palais et renvoyé à un comité de philosophes. Ils a ne jugèrent point à propos de s'en occu[)er, et le « travail resta là , malgré les efforts de quelques « membres qui s'eu occupaient en silence. Leur o projet fut d'abord adopté de conliance. Bientôt « on reconnut qu'il ne présentait qu'une sorte de tau ble des matières , et que c'était un cadre qu'il « fallait remplir; mais, entraînée par la foule des « affaires, la convention légua ce travail à la législa- « ture qui lui succéda. » Cambacérés resta complètement étranger au mouvement du 9 thermidor qui renversa Robespierre. On |>eut même supposer qu'il était le partisan secret du farouche dictattui. Le Mémorial de Si, Hélène renferme à cet égard des particularités piquantes : « Cambacérés , « qui doit être une autorité sur cette époque , ob- « servait Napoléon , a répondu à l'interi»clUtion « qu'il lui adressait un jour sur la condamnation de « Robespierre, par ces paroles remarquables : Sire, « cela a été un procès jugé , mais non plaidé ; ajoute tant que Robespierre avait plus de suite et de « conception qu'on ne pensait j qu'après avoir ren- « versé les factions effrénées qu'il avait eu à com- « battre , sou intention avait été le retour à l'ordre « et à la modération. Quelque temps avant sa

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« chute, ajoutait Carahacért* , il prononça on dis- « cours à ce sujet plein des plus grandes beautés : «on ne l'a point laissé Insérer au Moniteur, et « toutes les traces nous en ont été enlevées. » Douze jours après la mort de Robespierre , lors de la réorganisation des comités de gouvernement, il insista pour qu'on leur ôlât le droit monstrueux d'attenter à la liberté des représentants. Appelé i présider la convention le 16 vendémiaire an 3 ( 7 octobre 1794 ), honneur dont il avait été exclu jusqu'alors, comme tous les députés qui n'avaient pas voté la mort du roi , il inaugura ses fonctions jar une adresse au peuple franrais empreinte de princi|ws modérés. 11 l'avait rédigée au nom des comités de sûreté générale, de salut public et de législation. Cette adresse, envoyée à tous les départements, fit sensation. Les jacobins y virent la condamnation implicite des mesures révolutionnaires ; cependant les partisan de la monarchie n'y étaient pas ménagés. Le double caractère de ce manifeste portait le cachet de son rédacteur ; et il marqua, au sein de la convention, la naissance de ce système de bascule, si commode en apparence, mais si funeste en définitive aux gouvernants. Cambacérés contribua puissamment alors à la rentrée des soixante-treize conventionnels exclus comme Girondins, après le 51 mai 1793. A l'occasion de leur retour, il invoqua une amnistie pleine et entière pour tous les faits révolutionnaires non prévus par le code pénal. D'un autre côté, il combattit fortement une pétition de la section du Panthéon qui demandait le rapport des décrets révolutionnaires, notamment de la fameuse loi des suspects. Tel était alors l'état violent de la république et la faiblesse de son gouvernement , que c'eût été, selon Cambacérés, lancer le vaisseau de l'Etat désarmé à travers toutes les tempêtes de l'anarchie, que de lui ôler l'arsenal de ces lois « dont il ne se dissimulait pu le caractère odieux, mais qui étaient sa seule protection contre les jacobins et les monarchistes. » Ennemi , par caractère comme par principes, de toute réaction, quelque juste qu'elle dût paraître , il lit écarter la proposition de mettre en jugement les membres des comités et des tribunaux révolutionnaires. La direction des affaires reposait alors sur lui, tant par sa grande influence dans la convention que comme président du comité de salut public. Secondé par des collègues bien intentionnés, il sut donner à cette commission, qnl était tout le gouvernement, mie impulsion aussi sage, aussi modérée que le malheur des temps pouvait le |tcrmettre. C'était beaucoup alors que de faire fermer la société des jacobins, que de régulariser les confiscations des biens d'émigrés , que de remplacer par le bannissement la peine de la déportation contre les prêtres réfraclaircs. Voilà les services que rendit alors le député de l'Hérault. Rt cependant, en abordant des questions si périlleuses pour celui qui voulait les résoudre dans le sens de la modération , il savait, grâce à sa faconde de jurisconsulte , ne paraître jamais que l'homme de la loi , et se garantir des discussions de parti. La législation ne l'absorba pas tellement «wïl ne s'occupât activement de dl-

pSouiuiic au conaité de salut public ; ci U eut alors en sa possession sur bien des affaires de l'extérieur

!)lus d'un sccrcl qui n'a pas encore transpiré (i). Il àudrait consulter dans le Moniteur presque toutes les séances de la convention , si l'on voulait indiquer les divers travaux qui occupaient alors Cambacérés ; mais, ce qui est plus essentiel, y saisirait-on sa véritable pensée politique ? Souvent, après s'être constitué le promoteur et l'appui d'une mesure de clémence et de sagesse, il soutenait une disposition toute révolutionnaire. Après s'être opposé, au mois de janvier 17113, à la mise en liberté des entants de Louis XVI, encore détenus au Temple , après avoir pour la seconde fois, le 19 mars suivant, demandé te maintien de la loi des suspects , il ne prit part aux travaux de la commission djes onze que pour modifier dans un sens presque contre-révolutionnaire les dispositions si démocratiques de la constitution de l'an 3. Tout ce qu'on a pu alléguer de plus plausible pour expliquer de telles contradictions , c'est que ce personnage si difficile à délinir avait pour système d'affermir la constitution républicaine, tout en revenant peu à peu aux principes de prudence et de modération qui conviennent à toutes les formes de gouvernement. Lors du mouvement insurrectionnel des sections de Paris contre la convention au 15 vendémiaire an 4 \, octobre 178S), un comité de quarante membres sous la présidence de Cambacérés, et composé des comités de salut public et de sûreté générale , dirigeait toutes les affaires. On discutait beaucoup, on ne décidait rien, et le danger devenait chaque jour plus pressant. Toutefois le député de l'Hérault lit bonne contenance. C'était beaucoup pour lui. Cependaut la convention touchait au terme de son existence : le directoire allait, avec deux conseils, se ]»artager le gouvernemeul. Cambacérès, qui espérait être directeur, avait dans cette que soulcuu chaudement l'opinion de nommer des conventionnels parmi ces nouveaux chefs de l'État. Son avis prévalut malgré l'opposition de Thibaude«u ; mais il reconnut bientôt que ce n'était pas pour lui qu'il avait travaillé ; une circonstance qui pensa le perdre sans retour dans le parti républicain l'écarta du directoire où il était appelé par une

(I) On loi fol redevable en partie de la paix avec la Projet avec l'Espaf a». Au mon de mare I7M, Cambaeéré», étant alors membre du comte de talut public, lit A la convention un Rapport sur la direction de» opération* diplomatique* (in-»e de 10 p.). Des vues sages pour l'époque, le désir de la paix et du repos de la France, après tant d'agrtatioaa, y sont exprime* avec «ne raison plus haute qac l'éloquence de l'orateur. Il bal dire cependant que, quinze jours après la révolution du 9 luerinidur, dans son OpiHn>» gur l'organisation du comilét (in-S° de 10 p.), il voulait encore ta 0o**titutU)n révolutionnaire de la contention nationale : t Nous mart< chues, disait-il, entre deux ecuekU, l'abus au pouvoir et le relit- « ebeucut. L'un n'est pas moins dangereux qne l'autre. Craquons a les effei* fnnesle» d'une détente trop précipitée... Le gouvernement « révolutionnaire, cette salutaire concepiion. Inconnue i Ions les « peuples, donna bientôt » tout a ne face nouvelle. Le gouvernement n révolutionnaire pent donc être eensidéré comme le palladium de la « rèpulilMiae : gardons-no u» surtout d'en ralentir l'easor, et n'onn blioiis P« a,u> «le ** forte a de sa autte r*«W"l dépendre le « saint de la patrie et notre esittence Mlriduelle. » C'est ainsi qne parlait S la Iribune nationale Cambacérés, le 1» thermidor an 3 (H août «7IMJ ,Cl, quelque temps après, la couveniiou conduisait pr«- 1 les reste» de *Urat an Pautbeou. V-W.

motte de tvffragt* (1 ). Une lettre du comte d'Antruigues, agent de Louis XVIII, trouvée chez Lemattre et lue en pleine assemblée, contenait ces mots : « Je ne suis nullement étonné que Cambacérés soit « du nombre de ceux qui veulent le rétablissement a de la royauté, je le connais, etc. » Obligé de s'expliquer sur cette inculpation, le député de l'Hérault la repoussa avec une véhémence qui appartenait peu à son caractère : « C'est moi , s'écria-t-il d'un « ton d'indignation, que l'on soupçonnerait d'être »;n « correspondance avec des conspirateurs ! Le génie « de St-Just va-t-il donc sortir du tombeau pour « créer encore de ces délita imaginaires qui opéraient « la condamnation des représentants du peuple ? » Il fit ensuite un exposé de sa conduite tout à fait dans le sens révolutionnaire ; ce qui ne lui était pas difficile l sans altérer explicitement la vérité, il n'avait qu'à raconter une partie de ses actes, en taisant les autres. La convention accepta la justification de Cambacérés, elle ordonna l'impression de son discours; mais le coup était porté. « Alors, dit « Thibaudeau dans ses Mémoire* , it n'en fallait pas a davantage pour rendre le meilleur républicain « suspect, et le décréditer entièrement. Cantbacé- « rè» était certainement dévoué à la révolution ; il « l'avait assez prouvé. L'élait-U autant à la répu- « blique? 11 était permis de croire qu'il penchait a plutôt pour une monarchie représentative. C'était «t un homme de savoir , un de nos premiers juris- « consultes. Habile an maniement des affaires; par- « lanl avec focililé et clarté , d'un tact fin et d'un « jugement sur , modéré dans ses opinions et dans a son langage , patient, froid et poli, prudent jus • « qu'à la pusillanimité , excessivement égoïste êt m possédant au plus haut degré l'esprit de' con- « duilc....Seul il n'aurait pas eu assez de force décati ractére pour conduire le vaisseau de l'Etat que me- « naçaient encore de violentes tempêtes ; mais dans « un gouvernement composé de cinq personnes il au • a r.ui très-bien tenu sa place, et beaucoup mieux que « la plupart de ceux qui lui furent préWrés. » Dans tout ce qui a été publié sur ht révolution, rien n'est venu jeter le moindre jour sur cette révélation de d'Antraigues, si soudaine, si surprenante, et qui était bien réellement émanée de cet agent des Bourbons. Pour trouver la elef de cette Intrigue , il faudrait avoir des pièces qui sont détruites aujourd'hui, ou dn moins soustraites i l'histoire. Ces documents se rattachaient sans doute aussi aux relations également mystérieuses qui , à ht connaissance personnelle de l'auteur de cet articlo, eurent lien en 1814, et en juillet 18HS, entre un ami intime de Cambacérés et quelques agents eonndentleh de Louis XVIII. Mais c'est assez loucher un point aussi délicat. La convention avait décidé que les deux tiers de ses membres désignés par le sort entreraient dans les nouveaux conseils. Le sort favorisa Cambacérés et le porta au conseil des cinq-cents, qui en se constituant l'élut secrétaire. Cette assemblée devait dresser une liste de cinquante candidats parmi lesquels le conseil des

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anciens avait à choisir les cinq directeurs. Le parti de la convention, qui formait la majorité des deux conseils, s'était accordé d'avance en faveur de Sieyes, Laréveillère-l'Épaux, Rewbell, Letourneur et Barras ; et pour leur éviter toute concurrence , il fut arrêté que sur la liste des candidats on ne mettrait après eux que des noms obscurs ou indignes, et sur lesquels il était impossible que personne portât son suffrage. Tout se passa comme il était convenu. Toutefois le nom de Cambacérès porté par le nouveau tiers se glissa sur la liste de candidature. Voici comment : cette liste avait été votée , et les députés qui l'avaient formée avaient presque tous quitté la séance. Tout à coup le député Génissieux fait la remarque que parmi les derniers noms se ti ouve un aristocrate. On procède à un nouveau »Tutin pour lui substituer un autre candidat. Comme les membres de la minorité se trouvaient tous à leur poste, ils firent la majorité, grâce à l'absence de leurs collègues, et Cambacérès fut mis à la lin de la liste. Sieyes n'ayant point accepté sa nomination, les deux conseils procédèrent à son i emplacement de la même manière. On dressa une liste de dix candidats à la téte desquels il fut convenu d avance qu'on mettrait Carnot, qui fut en effet élu. Cambacérès se glissa encore une fois parmi les noms des neuf autres mannequins d'avance également sacrifiés. Dupont de Nemours dénonça ces misérables intrigues; mais comme tout s'était passé dans les formes , sa réclamation n'eut pas de suite. Réduit ainsi forcément au rôle île législateur , Cambacérès reprit au conseil des cinq-cents ses travaux sur le code civil. Sur sa demande, rassemblée , par un décret du 11 frimaire un 5, régla le mode de discussion. Le 9 pluviôse suivant, il retraça sommairement la théorie du code, et soumit le titre de la paternité. « Ce fut le com- « mencement et la fin , dit Tliibaudeaa. Aux jour « et heure affectes pour la discussion, il se présen- • tait toujours quelque objet plus urgent, et le rap- « porteur du code était renvoyé au lendemain ; le « lendemain, il n'était pas plus heureux. Cainbacé- « rès linit par se lasser ; le 8 ventôse il déclara re- « connaître lui-même que le conseil était trop oc- « cupé pour suivre celte discussion , et il proposa « une mesure dilatoire qui équivalait à un ajourne- «t ment. On le prit au mot , et il ne fut plus ques- « tion du code civil. » Les conseils avaient alors assez à faire de s'immiscer dans la marche du gouvernement , et d'entraver ainsi celle du directoire qui n'avait de force ni en lui-même, ni dans l'opinion. Cambacérès ne se montra pas des derniers à faire de l'opposition contre une autorité dont il n'avait pu être membre. Sur sa proposition , le conseil des cinq-cents nomma une commission chargée d'examiner les actes du directoire , lorsqu'ils porteraient atteinte au pouvoir législatif. Il obtint les honneurs de la présidence le 22 octobre 1796. Vers la même époque, et lors de la première organisation de l'Institut national , il fut compris dans la classe des sciences morales et politiques, section de teience soctû^c ci itf (j \tliiii0i% p où il cul pour coll è UCfi jOfl-U™"*

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pou, Merlin de Douai, Pastoret, Garan-Coulou et Baudin des Ardenncs. Plus tard, sous Napoléon, il passa dans la classe de la langue et de la littérature françaises ( Académie française ) , d'où il fut éliminé par l'ordonnance royale de 1816. Le 29 décembre il discuta le projet de Daunou sur la calomnie, et fit décréter, le 27 février 1797, la contrainte par corps en matière civile. 11 sortit du conseil avec le second tiers conventionnel, le 20 mai suivant. Le directoire , qui le considérait comme un chef d'opposition, ne voulut pas l'employer. Cambacérès rentra dans la vie privée , et exerça avec beaucoup de succès la profession de jurisconsulte. H évita ainsi de se mêler aux événements du 18 fructidor an 5. Lors des élections de l'an 6, il fut proclamé député par les électeurs de Paris réunis à l'Oratoire ; mais sa nomination fut annulée. Élu, au commencement de l'an 7, membre du tribunal de cassation par le collège électoral de la Haute-Vienne, il n'accepta point. « Il consultait beaucoup alors , dit Thibaudeau , et ne se passionnait pas non plus pour la chose publique ; mais il avait accepté un grade de capitaine dans la garde nationale ; et, en habit bourgeois, il portait i son chapeau le pompon de grenadier. Comme on le plaisantait un jour sur ce bizarre accoutrement, il répondit : « Dans le monde, il faut « toujours s'appuyer sur quelque chose, il ne faut rien « mépriser. On ne sait pas où peuvent mener ces « bagatelles. » Dans son sens il avait raison, ajoute le narrateur : car quelque temps après il fut nommé ministre de la justice : « et qui sait si le pompon de grenadier ne le conduisit pas au ministère? » Au mois d'août 1799 (2 thermidor, an 7) , Sieyes, qui venait d'être appelé au directoire, lui fit confier cet emploi. Cambacérès accepta d'autant plus volontiers que la journée du 30 prairial ( 18 juin 1799 ) avait écarté du directoire ceux qu'il pouvait regarder comme ses adversaires. Tout occupé de la réorganisation de la justice, il ne prit aucune part aux intrigues qui amenèrent le 18 brumaire. L'avantveille de ce grand événement, Bonaparte lui fit faire des ouvertures qui ne furent pas accueillies d'une manière positive : « Je ne veux point de ter- « gi versa lions , répliqua le futur dictateur à l'agent « secret de cette mission. Qu'ils ne pensent pas (1) * que j'aie besoin d'eux ; qu'ils se décident aujour- « d'hui, sinon demain il sera trop tard ; je me sens « assez fort à présent pour être seul.» Le rigorisme de Cambacérès ne tint pas longtemps , car il fut conservé par Bonaparte au ministère de la justice, et signala la nouvelle ère gouvernementale en adressant aux autorités judiciaires une lettre ministérielle pour annoncer que des codes allaient être établis « sur les bases immuables de la liberté, de l'égalité « des droits et du respect dû à la propriété. » Peu de jours après il fit aux consuls un rapport dans lequel il exposa qu'il était inutile , pour le maintien de la tranquillité, de soumettre les proscrits à la déportation ; regardant comme suffisant de les pla-

(1) lesmtvm o«wt«rw mitât M Mut k Ubrin,dtp<iij •* situe codsiI et duc de PUtouce.

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cer sous la surveillance de la haute police. La décision prise en conséquence annonça aux émigrés des jours meilleurs. Le 23 décembre ( six semaines après le 18 brumaire), Cambacérés devint, comme second consul , collègue de Bonaparte, qui lui laissa la haute main sur la justice, taudis que la direction des linances était abandonnée au troisième consul Lebrun. On a dit de ces deux hommes d'État qu'ils ressemblaient plutôt à deux témoins qu'à deux collègues du premier consul. Ce qui est bien certain, c'est qu'il n'eut pas à leur reprocher de l'avoir beaucoup géné dans sa marche ascendante vers le trône impérial. Toutefois, tandis que Lebrun se tenait a l'écart, Cambacérés se montrait assidu auprès de Bonaparte : tous les jours il travaillait avec lui. Bourrienne prétend dans ses Mémoires que plus d'une fois le premier consul dit à son grave collègue , en lui pinçant légèrement l'oreille : « Mon pauvre Cam- « bacérès, je n'y peux rien ; votre affaire est claire : « si jamais les Bourbons reviennent , vous serez

■ pendu. » — Un sourire forcé, tin rire jaune, ajoute l'historien, contractait alors la figure plombée de Cambacérés : ce sourire était habituellement sa seule réponse. Cependant une fois il osa dire : a Allons , laissez la vos mauvaises plaisanteries, s On peut à la rigueur admettre cette anecdote, à laquelle les héritiers de Cambacérés semblent avoir attaché beaucoup trop d'importance en prenant la peine de la réfuter. Bonaparte ne pouvait ignorer que Cambacérés n'était pas régicide (1). C'était précisément parce qu'il ne l'était pas , tout en ayant donné beaucoup d'autres gages à la révolution, que le premier consul l'avait choisi pour collègue. On a dit encore que , lorsque dans le conseil Cambacérés s'opposa au meurtre du duc d'Enghien, Bonaparte lui demanda vivement : « Depuis quand le sang « d'un Bourbon vous fait-il peur? » Bonaparte n'était pas homme à prodiguer de pareils mots : il ne faisait pas de telles gaucheries. Lui , dont la politique fut toujours d'éteindre le feu du volcan révolutionnaire et de rapprocher les i«rtis, n'aurait eu garde, comme il le dit plus tard à Sle-Hélène, de jeter du combustible tur U brasier. Au reste, on ne sait pas encore aujourd'hui toute la vérité sur cette fameuse délibération. Cambacérés, à la proposition faite par le grand juge d'enlever le prince de vive force sur le territoire de Bade, opposa en effet une grave objection. 11 fit observer, si l'on en croit les Mémoires du duc de Rovigo, que, puisque le duc d'Enghien venait quelquefois sur le territoire français, ainsi qu'on le disait, il était plus simple de lui tendre un piège et de lui appliquer la loi sur les émigrés; à quoi il lui fut répondu : « Parbleu, a vous nous la donnez belle I Après que les jour- « naux ont été remplis des détails de cette affaire,

(i ) Voici comme Napoléon lui-même s'e&l exprimé sur le couple de Cainbicérès, dans le mémoire qu'il dieu a Ste-Uélhie sur le 48 brumaire : « Cambacérés, d'une famille honorable du Languedoc, « était âgé de cinquante tus ; U avait été membre de la convention,

■ et l'était conservé dans nne mesure de modération. It élail gé- « aéralenent estimé. Sa carrière politique n'avait été dêsuonorêo

"vi.

« vouscroye* qu'il donnera dans un piège (1). » Dans celte occasion, Cambacérés se conduisit comme il le fit constamment depuis : après avoir donné un bon conseil qui ne fut pas suivi , il laissa faire celui qui était devenu son maître. Alors, comme toujours, il se bornait au rôle de premier exécuteur des plaus de Bonaparte, pour les parties qui furent abandonnées a sa direction. Le code civil et l'organisation judiciaire sont en particulier son ouvrage. On y reconnaît cette modération , cet esprit conservateur, cette foi i l'expérience, cette défiance pour toute innovation , enfin cette aversion pour toute démocratie qui faisait le fond de son caractère. On lui doit pour la composition des tribunaux les excellents choix qui se firent alors d'une foule de magistrats probes, instruits, tenant aux anciennes familles parlementaires, et que la restauration n'eut rien de mieux à faire que de confirmer. Le code de procédure fut aussi l'ouvrage de Cambacérés. Ce fut sous ses auspices que l'on vit reparaître au palais les robes de juges et d'avocats qui avaient été proscrites depuis 1792. Il logeait sur la place du Carrousel ù l'ancien hôtel d'Elbeuf, qu'il occupa jusqu'en 1814* et qui a été abattu il y a peu d'années. C'est la que dès le consulat il donnait des dîners somptueux : il fut l'Apicius de l'époque ; et la chère exquise qu'on faisait chez lui prouve que sous la république l'art culinaire avait fait des progrès bien plus réels que la liberté. Cambacérés représentait assez bienquoiqu'il ne fût pas beau , sa ligure et sa démarche ne manquaient pas d'une sorte de dignité. Malgré le luxe de ses dîners, il passait pour être fort parcimonieux ; du reste probe, pur de tout agiotage, et ne connaissant pour s'enrichir d'autre voie que l'é-

(1) Cambacérés, (don nue autre version pins accréditée et plan probable, parla avec véhémence contre l'arrestation du dnc d'Enghien : « Dans l'Intérêt de I* France, dans l'intérêt du premier ron- * « Ml, dit-il, je m'oppose, en tant que me le permet la voix consal- « talive que la constitution m'accorde, a l'arrestation cl à la mis© « en Jugement du dnc d'Enghien, » moins qu'on ue le surprenuo « en armes, on conspirant en deçà de la fruniiére. s Tandis quo Cambacérés parlait, Bonaparte, violemment irrité, jetait sur loi des regarda f oudroyants, et « adressant a loi lorsqu'il eut Bai : « Vous a êtes, loi dit-il, devenu bien avare du sang des Bourbons ! En vé- « rilé, poovervoui croire a ta possibilité de faire venir par ruse le « duc d'Enghien sur notre territoire après quêtons les journaux de ■ l'Europe lui auront donné l'éveil ? m Au sortir de la séance Cambacérés offrit, dit-on, sa démission qui ne fut pas acceptée, c Ah! « vous avex de la rancune d'un propos qui m'est échappé, lui Ait n Bonaparte ; mais aussi j'étais loin de u'allendre qne ce pi ince vous « tint tant au earor ! n Apres l'arrestation, Cambacérés ne s'opposa pas moins vivement a la mort du prince, tirant ses objectons de ta mort de Louis WI. Voici encore les paroles qu'on a prêtées h Cambacérés : < Croj ex-moi, lui dit-il, Il y a un sang qui pèse plui « que les antres sur le cornr des homicides, et qui tache davantage. « Je crois être Innocent dn supplice du feu roi. lié bien .' je sent « malgré cela des remords dans le calme de la nnil ; maintes fois, an « milieu de l'exercice de mes fonctions, il me semble que chacun « a l'instant ou il se prosterne en quelque sorte pour me saluer plus « humblement, murmure a mon oreille le mot rtgiciit. Et ponrc tant, je vous le répète, j'ai la certitude de ne pas l'être. Question- « net les hommes francs, Richard, Cochon, Courtois, Ramel, David h même, ils vous diront leurs regrets, leur épouvante, ce qui les, « poursuit sans relâche. — Ne faites-vous aucune différence, dit o Bonaparte, entre des sujets qni condamnent nn roi à mort, et an < chef qui fait juger un conspirateur, n'importe son rang? » Can- , bacérèa ne répliqua pas: son geste annonça seulement sa protesta- Jl Uon contre tout ce qui allait avoir lieu, et 11 s'éloigna.

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conome et habile administration de ses immenses " traitements. En cela il fut bien secondé par le notaire Noël, qui était l'un des commensaux les mieux accueilli* et les plus assidus de l'hôtel d'Klbeuf. Dés son consulat, Cambacérès prit l'habitude de ces fameuses promenades au Palais- Royal et dans le passage des Panoramas , où il se donnait en spectacle avec ses deux acolytes , les marquis de Villevldlte et d'Aigrefeuille, formant entre eux un si plaisant contraste, l'un par son excessive maigreur, l'autre par son Incroyable embonpoint. Apres rétablissement de l'empire, ces promenade» devinrent encore plus curieuses par le costume de monsei- (tueur et de ses suivants, tous trois en grand habit français, l'épée au coté , les cheveux en bourse , le chapeau sous le bras, sans parler des croix et des cordons qui chamarraient son altesse. C'était mieux qu'une comédie ; car elle se jouait dans le monde réel. Ce ridicule et bien d'autres travers qu'on prétait à Cambacérès, et qu'il suffit d'indiquer, n'ôtenl rien a la réalité des services qu'il a rendus à l'Etat et a une foule de particuliers qui n'ont pas tous été ingrats. Approbateur *élé des mesures de Napoléon pour relever les autels , . il concourut avec joie au concordat. Depuis cette époque, le second consul assistait arec solennité tous les dimanches à la grand'messe à l'église de St-Germain-l'Auxerrois, sa paroisse; il se piquait d'accomplir envers son curé tous les devoirs d'un paroissien zélé et charitable. Ou dit même qu'il n'aurait pas été éloigné du rappel des jésuites ; mais Bonaparte ne voulut jamais en entendre parler. Celle tendance a ramener tout ce qui était ancien exposait quelquefois Cambacérès aux railleries de son jeune collègue (t). Au mois de janvier 1804, quand ISapoléon songea a se faire empereur, ce fut à Cambacérès qu'il s'en ouvrit le premier ; et celui-ci ne manqua pas d'ap- . plaudir à un projet si bien selon son cœur, « Il était a persuadé, disait-il, qu'il y avait dans la nation a un retour complet aux formes de la royauté. » La dignité perpétuelle d'archichancelier devait être pour lui un ample dédommagement pour la perte du titre temporaire de second consul avec une autorité si mal définie. Lorsque le moment parut arrivé, il ne fut pas des derniers à voter l'établissement de l'empire. Quand il fut question du sacre, en homme des vieilles traditions, il dit : « Hein» va reprendre son ancienne splendeur; » mais Napoléon avait bien d'autres pensées ; et quand il les eut révélées à Cambacérès, celui-ci dit à Fouclié, en sortant du cabinet impérial : « Cet homme recommence Chara lemagne , mais il ne finira pas comme Louis le « Débonnaire. » Au sacre , l'ancien conseiller à la cour des aides aurait voulu, en homme parlementaire, la présence des pairs ; mais Napoléon rejeta

(I) On lit diu< \e MfnorUl de Slt-IUlhte : « Vint ensniie t Cambacérès, <jae Nipolron disait cire l'hnnime des iha*. ei qui « arali on penchant dVcidé pour l'ancien régime, lindi* <|ur l.e- « bran, tn contraire, avili nne forte pente iu vu- opiwsé : r'eiali « l'homme do» ide alites ; cl toll.i le* den» cunlro-|M>ids entre !•■■>a qnels sYtjlt place le premier consul, qu'on apprit u pbisnument « dans m le*n|» le Oer$ cmtolUt- *

encore cet avis : le mot pair sonnait mal i son oreille. Sous l'empire, Cambacérès sembla avoir reçu de Napoléon la mission de représenter pour lui. Les cercles n'avaient jamais lieu aux Tuileries durant les continuelles absences du maître, en sorte que toute la pompe de salon retomba sur l'archichancelier. Naturellement ami du faste et de la représentation, celui-ci se conforma sans peine aux désirs de l'empereur. Le député de l'Hérault avait toujours affecté, même à la convention, un maintien digne, et voulait que ses entours annonçassent la gravité. On ne paraissait devant lui que dans toute la sévérité du costume français- On l'a peint tout entier en lui prêtant ce mot : « Devant le monde « appelez-moi voire ailette, et dans l'intimité, seu- « lement monjeq/ncur. » Les soirées de l'archichancclier avaient lieu le mardi et le samedi. Le samedi était le grand jour : cinquante convives s'asseyaient à sa table : la salle A manger était vaste et brillante; le diner somptueux; mais certaines mesquineries de détail venaient révéler parfois que le repas était fourni A l'entreprise, à tant par tête. Le dîner achevé, les convives allaient prendre le café dans une autre salle. Ia foule des visiteurs arrivait cependant, et garnissait les trois salons en enfilade. Après le café , on ouvrait les battants, et les huissiers, la chaîne d'or au cou, annonçaient de porte en porte Monseigneur. A ce nom chacun se levait, les femmes pour reprendre leur fauteuil, sur l'invitation du prince, les hommes pour ne plus se rasseoir, à moins qu'ils ne comptassent parmi les premiers personnages de l'empire. Une haie se formait des deux cotés ; Monseigneur cheminait au milieu jusqu'au dernier salon, gratifiant l'un d'un regard, l'autre d'un sourire , celui-ci d'un geste, cdul-là d'une parole. Le mardi les dîners étaient moins nombreux ; il était permis ce jour-là aux hommes de quitter jeur épée avant de se mettre A table. Ceux qui avaient A parler au prince le pouvaient pendant le café , sans trop lui déplaire : il causait alors volontiers. Dés que huit heures et demie arrivaient, un valet de chambre, entrant dans la salle, disait A haute voix : la voiture de Monseigneur. Aussitôt le prince faisait à son cercle une gracieuse révérence, passait dans sa chambre, et chacun de |>artir. On voit par ces détails, qui demanderaient la plume de St-Simon, que Louis XIV ne tenait pas plus sévèrement A l'étiquette que l'ancien député de l'Hérault. Ces soirées, toujours fort nombreuses, réunissaient les notabilités de la France et de l'Europe. Les plus hauts fonctionnaires de l'Etat y venaient assidûment. On savait combien Napoléon montrait de considération au prince archiebancelicr : aussi tous les courtisans , depuis les plus humbles jusqu'aux plus huppés, se conduisaient en conséquence. Cambacérès régnait ainsi A Paris par sa représentation continuelle : ses soirées avaient lieu en toute saison ; et il n'allait presque jamais à la campagne. Napoléon se reposait sur lui en toute confiance pour la marche ordinaire du gouvernement. 11 avait vu combien il y avait de connaissances, de bon sens, de calme et de raison dam son

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