‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 74 sur 97 · SI · texte numérisé non relu

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■rchidiMieelier. Économe, rangé, prudent, ennemi de* mesurai violentes et capricieuses, aimant la loi, Gambacérès, en effet, possédait au suprême degré ces qualités que les despotes habiles aiment surtout à rencontrer dans les premiers subalternes. Entre autres princes de l'Europe qui tenaient réguliérement chaque mardi et chaque samedi faire leur tour au prince de Parme, on citait le prince de Mechlembourg-8trellu, frère dis la reine de Prusse. En dépit de si dignité toujours un peu exagérée, Cainbacérês dans ses réceptions se montrait obll— aimable même, quand il onbliait de Taire le . Comme cher de ta magistrature, il portait dans ses fonctions, avec une conscience éclairée, une bienveillance qui n'avait pas même besoin d'être provoquée par les sollicitations. Quand Napoléon revenait de ses campagnes, la première personne qu'il voulait voir était rarchlchancelier. Gambacérès présidait le conseil d'État en l'absence de l'empereur ; et même, quand celui-ci devait y tenir, il ouvrait la séance et entamait ce qu'on appelait le petit ordré du jour, c'est-à-dire les affaires d'une importance secondaire. Il ne cessa jamais d'atoir la plus grande part à la discussion des lois. Quand les commissions du corps législatif cl du tribunal nommées pour les préparer de concert ne s'entendaient point , elles allaient tenir des séances régulières sous la présidence de l'archicitancelier,

2ui réussissait toujours à les mettre d'accord. Dans i conseil privé, sa \oix consultative fut constamment pour les mesures de modération et de prudence; et, sans doute, si Napoléon l'eût plus souvent écouté, il ne serait pas mort à Ste-Hélène. Il faudrait indiquer une à une toutes les fautes qui perdirent l'empereur, pour rappeler tous les bons conseils inutilement donnés par l'archichancelier. 11 n'avait pas approuvé l'arrestation de Moreau. Napoléon, dans celte occasion, I écouta avec presque autant d'impatience que dans l'affaire du duc d'En-

fhien. Il s'opposa à l'injuste agression contre Espagne. Lors de la disgrâce deTalleyrand, il détourna l'empereur de le faire arrêter ; et en cela il rendit, sans le vouloir, un merveilleux service à là cause des Bourbons. Plus tard (en 181 1), il approuva fortement le projet qu'eut un instant Napoléon de terminer la malheureuse affaire de la péninsule; mais il était trop tard. En 4809, lorsque l'empereur lui demanda quel effet avait produit sur l'opinion le décret par lequel il avait dépouille le pape de ses Etats, Cambacérès osa encore lui faire entendre la vérité. Dans le conseil tenu à propos de l'excommunication lancée par Pie VII contre Napoléon, l'archichancelier fut d'avis d'éviter' toute violence, et de se borner à étouffer l'effet de la bulle , en prenant toutes les mesures pour empêcher qu'elle ne devint publique en France. La conduite de Cambacérès ne fut |tas moins louable dans l'affaire du divorce : il s'y opposa au nom de la religion et des devoirs les plus sacrés ; puis il s'éleva contre toute alliance étrangère, surtout avec l'Autriche : « Voyez, « sire, dit-il en terminant, ce que cette alliance a « valu à votre prédécesseur. » Sincèrement attaché

à Joséphine, il ne voulut point se charger de lui annoncer la résolution de son ingrat époux. « Lais- * set-moi, dlt-il à l'empereur, la mission do la con- < soler dans son malheur. » Ici, comme toujours, il se rendit encore l'exécuteur ponctuel de ce qu'il n'avait pas approuvé. Le 15 décembre 4809, il reçut, en sa qualité d'officier de l'état civil de la famille impériale, le consentement mutuel de Napoléon et de Joséphine au divorce. Toute la famille de Napoléon était réunie dans la salle du trône aux Tuileries. Cette réunion solennelle se passa tout autrement que ne le porte le procès- Verbal lu au sénat. 11 y eut bien des pleurs: Joséphine se refusa d'abord à signer, et, lorsque enfin elle y consentit, elle cul besoin que l'archichancelier dirigeât sa main. Le sénat dut ensuite en séance extraordinaire prononcer le divorce sous les rapports civils. « Ce iour-là, est-il dit dans des rné- « moires du temps, le prince archichancclicr joiiit

■ de toute la plénitude de sa gloire ; car il se mon- « tra au-dessus des rois et des princes de la famille <i impériale qui siégeaient confondus parmi les sim- « pies sénateurs. » Il reçut d'abord le serment du prince Eugène, vice-roi d'Italie, qui entrait pour la première fois au sénat. Quelques jours après, Cambacérès se |K>urvut auprès de l'ofiicialité diocésaine pour obtenir la dissolution du mariage religieux. (Voy. Boislève). Le 10 février 1810, lorsqu'il fut question de choisir une nouvelle impératrice, Cambacérès se prononça de nouveau contre l'alliance autrichienne. Les cardinaux ( voy. l'article qui suit ) s'élant abstenus, par égard pour le pape, d'assister au mariage de l'empereur avec Marie-Louise, l'archichancelier combattit le désir que manifestait Napoléon de les mettre en prison, et obtint qu'ils seraicut simplement exilés. Cependant Napoléon marchait à grands pas vers sa chute. En 1813, après la défection de la Prusse , Cambacérès lui conseilla vaiuemeut de faire la paix. Ce fut alors que le titre de régente fut conféré à Marie-Louise, pendant l'absence de son époux ; en même temps Cambacérès fut nommé président du conseil de régence. Eu 1813, à l'époque de l'audacieuse tentative de Malet [voy. ce nom), il montra plus de calme el de fermeté que certains autres grands fonctionnaires. Bientôt après, quand Napoléon éprouva de la jwrt du corps législatif une résistance inattendue, Cambacérès se prononça contre les mesures violentes, a J'ai, dil-il, manifesté depuis longtemps mon opia n ii m sur les corps constitués : je |>ersiste à croiro

■ qu'on aurait de la peine à s'en passer. On ciu dû « s'y prendre différemment pour éviter une mésin- « telligence qui ne |>eut qu'amener de grands mal- « heurs. » Cependant les étrangers cernaient la capitale. Le conseil de régeuce eut à discuter s'il convenait que l'impératrice et le rai de Home s'éloignassent. Cambacérès exprima d'abord un avis contraire ; mais, Joseph Bonaparte ayant montré une lettre qui ordonnait à l'impératrice et au gouvernement central de se retirer au delà de la Loire, il dut renoncer à son opinion. Après l'abdication de Napoléon, quand l'impératrice eut été remise entre les

mains des commissaires autrichiens, Cambacérès envoya, les 7 et 9 avril, son adhésion aux actes du sénat qui rappelaient les Bourbons. 11 revint ensuite à Paris, où il vécut très-retiré. Mais s'il avait eu de gl ands torts envers les Bourbons, il se les était sans doute fait pardonner par de grands et secrets services. Il eut, en 4814, d'intimes et mystérieuses liaisons avec de puissants personnages fort avant dans la confiance de Louis XVIII. On peut affirmer que, dans ces relations, les avances n'étaient nullement du côté de l'ex-archichancelier. On eut, diton, un instant la pensée de l'appeler au ministère; on lui offrit ensuite la première présidence de la cour de cassalion : il refusa, regardant ce titre comme trop au-dessous de ses précédentes fonctions. Biais on croit qu'il aurait accepté un ministère. Dans des Mémoires où quelques vérités piquantes se trouvent mêlées à trop de détails romanesques, on a inséré un mémoire en forme de lettre adressé au roi, en 18H, par Cambacérès, pour dévoiler à ce prince que le plan de Bonaparte avait toujours été de se défaire de tous les Bourbons ; et il rapportait à ce sujet une conversation qu'il avait eue avec l'empereur peu de jours après son sacre. Mais nous ne croyons pas à cet excès de bassesse. (Voy. Fouché.) Cambacérès était alors en butte à ce déluge de libelles et de caricatures qui dans les premiers mois de la restauration déversèrent le ridicule et l'injure sur tous les hommes du gouvernement impérial ; il eut le bon esprit de ne pas paraître faire attention à ces attaques. D'ailleurs il semblait s'accommoder volontiers de cette première restauration qui le laissait jouir en paix de sa fortune et de tous ceux de ses titres qui ne se rattachaient point à des fonctions politiques. Il avait conservé son entourage de vieux guurmands sybarites, et d'Aigrefeuille (voy. ce nom ) régnait encore dans la salle à manger de Monseigneur. Ajoutons à la louange de Cambacérès que presque tous ses amis lui restèrent fidèles, parce que lui-même au temps de sa grandeur ne les avait point négligés. Il vit avec chagrin le retour de l'Ile d'Elbe; il n'en augurait rien de bon. Il eut même la franchise de le dire à Napoléon, lorsque celui-ci, à peine arrivé aux Tuileries, s'empressa de le faire appeler. Cambacérès ne vint que sur un ordre réitéré, et fit quelques efforts pour être dispensé de se lancer de nouveau dans les affaires. Cependant il reprit le titre d'archichancelier et accepta par intérim le portefeuille de la justice ; mais les fonctions ministérielles furent exercées par le ministre d'État Boulay de la Meurthe, sous le titre de directeur de la correspondance et de la comptabilité (1). Cambacérès

(I) Le seul acte personnel I Cambacérès connu ministre de la justice est la circulaire qu'il adressa, le 21 mars, aux présidents, procureur* impériaux el juge», dans laquelle on lisait ces passages : « Sa Majesté remet entre mes mains le portefeuille du département f a de la justice. Le souvenir rte mes anciens services • pu seul de- ; « miner cette disposition ; toutefois j| était de mon dpvoir d'exposer [ n à Sa Majesté combien des infirmités précoces, un âge de; a avancé « et des tribulations inattendues mettent cette fiche Importante u jtu-aVs>as de mes forces. L'emperenr a exige que je surmonte cette « juste défiance de moi-même, et j'ai dft d'autant moins hésiter a j t cor conformer aux ordres de Sa Majesté, qu'elle a place, auprès de *

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ne s'installa pas même à l'hôtel du ministère ; il ne fit que prêter sa signature : c'était beaucoup, si l'on en juge par la première lettre ministérielle adressée le 1 1 mai à tous les tribunaux de l'empire relativement a l'exécution du décret rendu l'av <nt- veille, et qui portait confiscation des biens de tous les Français qui avaient suivi Louis X Vil 1 et les princes, et prononçait les peines les plus sévères contre ceux qui, dans l'intérêt de la France, se prononcèrent en faveur de la cause royale. Celte circulaire a un caractère de violence tellement éloigné du caractère personnel de Cambacérès et de la conduite qu'il tint pendant l'interrègne, qu'on s'étonna qu'il eût pu la signer. Au surplus, elle lui avait été envoyée directement du cabinet de Napoléon (1). Le 26 mars il avait présenté au nom du ministère une adresse à Napoléon, où l'on remarque l'expression des principes libéraux qui devaient présider an nouveau gouvernement. U est à noter que le même jour il envoya au congrès de Vienne sa renonciation au titre de duc de Parme. En qualité d'archichancelier, il fit le recensement général des votes sur l'acte additionnel aux constitutions de l'empire ; puis il en proclama le résultat dans la pompeuse cérémonie du champ de mai (2). Enfin il présida U chambre des pairs avec autant de sagesse que de

« moi un magistrat dont le talent et les lumières ne promettes! de

< puissants secours. J'aime à penser que le poids de mes obligations « sera considérablement allégé par la sage conduite des cours cl « des tribunaux .. L'une de mes plus douées récompenses seradV c voir k entretenir souvent l'empereur de leur trie, et de solliciter « pour eux de nouvelles grices de Sa Majesté. »

tl) En voici quelques passages : « La police administrative snr- « veille plutôt qu'elle ne poursuit ; ceux qu'elle observe se sont « point encore reconnus coupables ; elle leur ôte avec sagesse, et u souvent a leur insu, les occasions de le devenir; quelquefois « même elle semble disparaître, quaud elle s'est bien assurée qoe le <t mal ne peut pas franchir certaines limites. Nais plus elle se « montre circonspecte, plus la police judiciaire doit ensaile déployer c d'ardeur et d'inflexibilité. Celle-ci s'attache au crime déjà commis ; « elle dévoile toutes les circonstances qui le caractérisent ; Hic et c recherche, sans acception de personnes, les auteurs et les ensa- « pllces; elle les suit sans rrllrbe jusqu'au moment «m la Justice c les saisit, et le ministère public ne doit pins les quitter que la a vengeance des lois ne soit pleinement satisfaite. Les crimes dont c je vous entretiens sont de ceux en faveur desquels on tente quel - <t quefois d'émouvoir une imprudente pitié ; ce sentiment doit fléchir « i l'aspect des conséquences qu'entraînerait leur Impunité. Il faut

< remarquer, a l'égard de celte nature de délits, que ceux qui tra- « ment une conspiration contre l'Etat, qui entretiennent des tatel- « licences avec ses ennemis, couvrent leurs démarches avec lant de » mystère et d'adresse, que souvent chaque fait particulier de leur ii conduite, pris isolément, u'offre, en apparence, rien de répréhenc sible ; de sorle qoe, pour apprécier toute l'étendue de leurs desc seins, il est nécessaire qu'un examen franc el dégagé de subrili-

< lés contemple l'ensemble des faits et des circonstances, et en pro- « nonce de bonne foi les résultais. Enfin, vous emplolerex tous vos ■ soins a mettre les tribunaux eu garde contre des applications er- « rouées de la loi, dont l'effet laisserait impunis des délits aussi a préjudiciable* à la société. La répression des délits est la partie « la plus essentielle des attributions du ministère public ; son ar>

< Uon s'est a cet égard malheurement ralentie depuis quelque lemps; t cet engourdissement doit cesser. ■

(2) on parodia le discours d'apparat que prononça a cette occasion Cambacérès. On le faisait parler sur l'air Que Pa*ti* uratt cornent,

Om <|ui i<™i «duln* *)« amat f— à U INI 1

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gravité, sachant éluder à propos les discussions in- . cendiaircs. ( Voy. Labkdoykre. ) A la séance du 25 juin, il avait laissé évidemment paraître qu'il était contraire au projet de loi concernant les mesures de sûreté générale, tel qu'il avait été présenté, et qui Tut adopté dans cette séance avec des amendements qui en adoucissaient beaucoup la rigueur. 11 revêtit de son visa, comme archichancelier de l'empire, la loi qui déclarait Paris en état de siège, et les deux lois par lesquelles le gouvernement et les deux chambres déclaraient que l'armée de l'ouest et l'armée sous Paris avaient bien mérité de la patrie. Après la journée de Waterloo, quelques pairs impériaux, parmi lesquels était un ami intime de Cambacéres (toy. Fabre de l'Aude), entrèrent en pourparlers avec le baron de la Rochefoucauld, pour faciliter le rappel de Louis XVIII. Si, par position, Cambacéres ne put se prêter à ces ouvertures, il en était informé et ne les desapprouvait pas. Le second retour des Bourbons le fit rentrer dans la retraite. Sa conduite modérée dans les cent jours pouvait lui taire espérer que son repos serait respecté : il avait rompu toute relation politique et renoncé i toute représentation extérieure. 11 en fut autrement : par une application inique de la loi d'amnistie, il fut banni comme régicide. Vainement il réclama : LouisXVIII n'osa, malgré ses dispositions secrètes, s'opposer à cette fausse application de la loi. Cambacéres, hors de France, partagea sa résidence entre Bruxelles et Amsterdam, se conduisant avec beaucoup de circonspection, évitant même toute relation avec ses compagnons d'exil, ce qui a pu l'exposer au reproche d'égoïsme et de dureté. Celte conduite ne lui fut pas inutile : d'abord seul de tous les Français proscrits, il lui fut permis de demeurer à Bruxelles; et bientôt une décision royale du 23 mai 1818 le rappela en France et le rétablit, avec le titre de duc, dans tous ses droits civils et politiques. De retour à Paris, il vécut dans la retraite, mais non dans l'abandon : il avait conservé des amis. 11 prit part aux élections de 1820, et vota ouvertement pour les candidats ministériels. On lui a même prêté i cette occasion des paroles assez peu dignes de sa réserve ordinaire : « Je viens joindre « mon vote à celui des fidèles amis de la monar- « chie. » Déclaration au moins inutile. Quant au vote ministériel, on doit dire que cette adhésion au gouvernement de 1820 n'a rien de surprenant de la part de celui qui avait adhéré à tant de régimes divers, et qui, après avoir vécu au milieu des agitations, ne demandait qu'à finir paisiblement sa carriéra. Quelque temps auparavant les tribunaux avaient retenti d'une contestation entre les créanciers de la succession du feu duc d'Orléans et le duc Cambacéres, au sujet de cinquante actions sur les canaux que celui-ci avait obtenues à titre gratuit au temps de sa puissance, et dont il avait été dépossédé par l'ordonnance de 1840, qui prononçait son bannissement. Dans sa plaidoirie, Tripier, avocat des créanciers, annonçait qu'il écarterait du procès tous les souvenirs douloureux relatifs aux événements politiques, et qu'il en ferait le sacrifice, mal-

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gré l'utilité dont une partie de ces événements pourrait être pour sa cause. « Nous ne devons pasd'ail- « leurs, dit-il, oublier que M. le duc Cambacérès , « ayant occupé pendant beaucoup d'années la se- « conde place de l'État, a rendu de grands servi- * ces, au moins particuliers , qu'on ne saurait mé- « connaître. » Cambacérès gagna son procès. Il mourut d'apoplexie le 8 mars 1824. Ses obsèques, qui eurent lieu avec une pompe extraordinaire, furent marquées par la présence des premiers personnages de l'Etat. A peine eut-il fermé les yeux que des commissaires du gouvernement se présentèrent pour mettre la main sur ses papiers et recueillir ceux qu'il* jugeraient être la propriété de l'État. Cette prétention donna lieu à une contestation judiciaire dans laquelle le gouvernement triompha, malgré les efforts de M. Dupin l'aine, qui a publié sur cette affaire un mémoire fort remarquable. Il est demeuré évident que des personnages alors trés-élevés ne mirent en avant l'intérêt public et les droits de l'Etat que pour détruire la trace de certaines relations mystérieuses qu'ils avaient eues avec l'ancien membre du comité de salut public. Les obsèques de Cambacérès eurent lieu à St-Thomas-d'Aquin, le 12 mars, avec une pompe vraiment royale ; les principaux personnages de l'État y assistèrent. 11 laissait une fortune immense qu'il partagea entre deux neveux de son nom (1) ; sans compter une inunité de legs pieux et autres qui se montent à des sommes considérables (2). 11 avait commencé des Mémoires dont les manuscrits auraient, dit-on, formé six volumes. On doit regretter que sa famille n'ait pas encore jugé à propos de publier ces souvenirs, qui, malgré la discrétion connue de leur auteur, renfermeraient sans dout<* plus d'une curieuse révélation. Les travaux de Cambacérès sur le code civil sont imprimés sous ce titre : 1 * Projet du code civil présenté au conseil des cinq -cents, et discours préliminaire (1790), in-8* et in-12. 2° Rapport sur le code civil, fait au nom du comité de législation , le 23 fructidor an 2 (9 septembre 4794), in-8» de 57 p. 3* Résultat des opinions sur l'institution des jurés en matière civile, in-8». 4° Rapport H projet de décret sur les enfants naturels, 1794, in-8*. Ersch, dans la France littéraire, lui attribue : Constitution de la république française, avec les lois y relatives, et suivies de tables chronologiques et alphabétiques, 1798, S vol. in-12.

(4) lu sont fils dn baron de Cambacéres, aur&hal de camp, mort le S septembre <836. L'alué fut élevé à la pairie le 13 septembre 1833 par le roi Louis-Philippe.

(5) L'aine des neveu de Cambacéres a eu 230,000 fr. de rente, sans compter nn hôtel et nn mobilier évalues 800,000 fr. ; le second a ru 130,000 fr. de rente. Le capital des legs se monte i pins d'un million. Parmi les légataires se trouvait M. le premier président Srguler pour 1,000 fr. de rente. Cambacéres, qni avait fondé plusieurs lits a l'hospice de Ste-Tbérésc, a laissé 230 fr. de rente à chaque paroisse de Paris, et a chaque snccnrsale 160 fr. de rente. La cathédrale de Montpellier, sa ville natale, a eu aussi un legs de 3,000 fr. de rente. Son testament commentait par ces mots . Au nom de l>> sainte Trinité ; il déclare vouloir mourir dans la communion de l'Église catholique, an sein de laquelle il est né; il y demande pardon des fsmte» vmmetsktts qu'il a commises, uns lonLeUis en bi>eciûer aucune.

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( Avec Oudot, conventionnel ) : 5* Discours sur ta science sociait, inséré dans le recueil de l' Institut, t. 3, section des sciences morales et politiques (1801). Il existe une Vie dt Combattre», ex-archicliancelier, par M. A. A*** (Aubriet), Paris, 1824, \ vol. in-18, avec portrait. I>— n— a.

CAMBACÊRÈS (Etiewne-Hkéert ok), frère du précédent , cardinal , archevêque de Rouen, né a Montpellier, le 11 septembre 1756, était pourvu d'un oanonicat dans celte ville, et du titre de vicaire général d'Alain, lorsque la révolution éclata. Il ne prit aucune part aux dissensions publique», et parvint à les traverser sans péril. L'élévation de son frère au second consulat, et bientôt après le concordat, furent pour l'abbé de Cambacérès une occasion de monter aux plus hauts degrés de la hiérarchie ecclésiastique. Nommé archevêque de Rouen en 1802, il fut sacré par le cardinal légat Caprara le 11 avril ; puis. Tannée suivante, décoré de la pourpre romaine (1), et nommé grand cordon de la Légion d'honneur. Entin en 1805 il fut a|>pelé au sénat. Tant d'honneurs n'altérèrent point sa modestie ; il continua de vivre en bon prêtre, et administra soit diocèse avec autant de . zèle que de sagesse. Dans un mandement publié en 1800 , il exprimait avec •(fusion sa reconnaissance et son amour pour l'heureux chef a qui lui et les liens devaient tant; mais il ne s'en conduisit pas moins en digne cardinal, lorsque Napoléon commença contre Pic VU une persécution aussi m. politique qu'elle était injuste. 11 refusa d'assister au mariage de Marie-Louise. Il se conformait d'ailleurs exactement à l'obligation do résider dans sou diocèse, ce qui semble indiquer qu'il était peu courtisan. La restauration de 1814, a laquelle il adhéra sans hésiter, lui ôta son titre do sénateur. Rendant les cent jours il fut nommé pair, mais il s'ab»tint de siéger, et de paraître au champ de mai. 11 mourut à Rouen, le %i octobre 1841. On lui a reproché la somptuosité de sa table; mais nous croyons charitablement que les anecdotes qu'on a fait courir à ce sujet ne sont pas plus authentiques que la plupart de celles dont son (rère aîné était l'objet. D— a — a.

CAMBDEN (Glillal'me). Voyn CaUden.

CAMBEKLYN (J.-B.-G.l, naquit à Gand, vers 1760, et y mourut vers le 15 avril 1855. 11 lit d'assez bonnes études à l'université de Louvain, quoiqu'il ne ligure pas dans la liste de Rax (accusé à tort d'omission à propos de Beyls). il était déjà d'un âge mûr lorsqu'il s'exerça pour la première fois dans la poésie latine. Le désir d'obtenir quelquesunes de ces décorations dont les princes sont rarement avares envers ceux qui les flattent lui servit de muse. Après avoir obtenu, en 1815, lu ruban de ht Légion d'honneur du roi Louis XVIII, retiré A Gand, et auquel il avait offert une espèce de manifeste légitimiste en dactyles et sjjondécs, il fut alléché par ce succès, et s'adressa tour à tour au roi et à la reine des Pays-Bas, au prince et a la princesse d'Orange, au roi de Prusse, au roi d'Augleterre, au pape Léou XII, aux princes de Saxe- Wcimar, au prince de llohenlsto et aux débris d«

l'ordre de Malte ; mais de toute cette dépense d'hexamètres il rte recueillit que l'ordre du Phénix , un des moins recherchés de Ces hochets de la vanité, et. peut-être aussi, celui du Faucon blanc. Ses vers, insérés dans les Annales belgiques imprimées à Gand (1), et tirés a part, tantôt in-4-, tantôt IH-8», quelquefois avec des ligures, ont été recueillis sous le titre de Mitcettanea, Gand, 1828, ln-8* de 251 p. On y distingue les poèmes suivants, qui du moins ont un intérêt historique : 1» fn Cétdem Egmondi. Le tombeau de cet homme célèbre ayant été découvert à Sottcghem, unê société, présidée par le prince d'Orange, avait chargé le sculpteur Callolgtte d'exécuter sa statue dont le modèle fut exposé au salon de Gand en 1820, et gravé au trait par C. Normand, dans les Annales de ce salon, p. 16, pl. 5. (Pefi EoUont.) Depuis que cet article est écrit, l'auteur a consigné dans son Histoire de ta Toison d'or des particularités curieuses et inédites sur le procès des comtes d'Egmont et de Mornes, et il est parvenu A constater le lieu de naissance du premier. Les écrivains le faisaient naître tantôt à Bruxelles, tantôt ên Gueldre; son interrogatoire manuscrit, qui se trouvait entre les mains d'un bibliographe instruit, M. Leclercqz de Mons, établit détnonstrativement qu'il vil le jour dahs un sien château appelé Lameth, c'est-à-dire la Hamayde, dans le Hainaut. Nous relèverons encore a cette occasion une méprise considérable dans laquelle est tombé 1 auteur du Dic/fonaaire det ouvrages anonymes. La plupart des pièces de la procédure intentée aux comtes d'Egmont W de Horn ont été rassemblées dans un Supplément à Vhistoire dt Strada, Amsterdam, 1729, 2 vol. in-12. J.-F. Foppens, dans une Bibliothèque historique des Pays- Bas, conservée en manuscrit & la bibliothèque de Bourgogne, dit que ce recueil a été Imprimé à Bruxelles chez P. Foppcns, et qu'il a été tiré de {Mipiets appartenant au conseiller Wynants. Barbier affirme que l'éditeur de et recueil est Jean Dubois ; tuais il a pris le procureur général du conseil des troubles, en 156T. pour l'éditeur d'un livre imprimé en 1729. 2o Ars Cosleriana. Ifoy. Coster.) Cambcrlyn favorise naturellement les prétentions d'Harlem, que nous avons suffisamment réfutées, et qui, plus tard , ont trouvé un Intrépide champion dans M . Jacques Koning, commis greflicr au tribunal d'Amsterdam. Cet homme instruit avait commencé [>ar douter, comme Meerman ; tuais bientôt fasciné par un patriotisme malentendu , quoique respectable, trompé par quelques apparente* découvertes, et séduit surtout par le plaisir de donner de la consistance à un paradoxe, il composa en hollandais une dissertation sur l'origine de l'Imprimerie, laquelle fut couronnée à Harlem en 1816, traduite et abrégée en français en 1819, Amstcr-

(t) Ce recueil fut commencé sous la direction d'un réfugie por- Mgrit, le remue Camlido d'Almelda, qni n'en publia <jne M (rots prenWrrw limlMiu, cette d'uctolirp. iHitsmUrr et devewhe/ «Mf. I.c§ idjuif* |i»s**ttni ensuite en d'i«ito mis*, et itamVnl te «Sis t «82* «ta Houdin ; elles forment U > «tante* rowpleu, ms! le dernier, dont ta &* livraison n'a pas »n te joar.

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dam, in-8° de vin et 180 p., avec 7 planches. La mené année, M. J. 8cheltema, mécontent d'une assertion des rédacteurs de la Oakrie des contemporain», à l'article de M. S. Konmg, leur adressa une lettre de \ui et H» p., toujours dans l'intérêt du prétendu Coster. Ce même sujet rut encore l'objet d'une correspondance publique entre les deux amis Koninget Schelletna (Fier brieven, etc., Harlem, 1825, in-8* de 57 p.)- Les Hollandais se sont trop avancés pour reculer, et rien de plus inutile que ce qu'ont dit. pour montrer leur erreur, MM. F.-A. Ebert, F. Lehne, J.-F. Llehtenberger,C.-A. Schaab et d'autres, puisque, en 1829, M. le baron de Westreenen van Tielland n'a pas manqué d'adopter le dogme formulé par M. Koning. M. J.-F. Lichtcnberger, qui, en 1825, a donné un résumé très-clair de toute la querelle (Strasbourg, in-8* de 100 p. avec pl.), n'a point parlé de l'opinion communiquée 4 l'institut d'Amsterdam en 1812. ( Foy. Bildehdtk.) Ce profond philologue, ce grand poêle, traitait ce sujet sous un point de vue nouveau, et ramenait la question à d'autres termes qu'on ne l'avait fait avant lui. 11 ne trouvait en effet dans la découverte de l'imprimerie qu'une simple application ou du nouvel emploi de l'ancienne écriture encaustique en lettres d'or et d'argent sur le parchemin, de laquelle on s'est servi au moyen âge et avant ce temps-là, sans que l'idée s'en soit jamais perdue ou qu'on ait cessé d'en faire usage. 5* Eyekii immortali Genio. L'histoire littéraire des frères van Eyck doit être complétée par ce qu'a écrit sur ce sujet feu L.-A. de Bas t. (Foy. Bast.) 4" Bukelingii (i eu in Ce morceau est consacré à l'art d'encaquer le hareng, découvert, suivant l'opinion commune, par Beuckels (t>oy. ce nom), auquel cependant M. Noël de la Morinièrea contesté cette gloire, ce qui donna lieu à une vive polémique entre lui et M . Raepsael , dans les Annales belgiques ( avril 1818, p. 580;décembre 1818, p. 425; 1819, p. 99: ibid., 116), polémique dont se railla le spirituel Hoffmann, quoique le sujet ne méritât point le ridicule. M. bel pain a acquis récemment la preuve que l'art d'encaquer le bareng (ou peut-être simplement de le saler, ce qui eet bien différent) était connu à Oatende antérieurement a Beuckels. On peut consulter aussi le Messager des science» et des arts, livraisons 9 et 10 du6«vol., p. 411. Depuis queCamberlyn était revêtu des insignes de la Légion d'honneur, il prenait le titre de chevalier d'Amougies. Ce bon el excellent homme, qui n'avait que cette faiblesse, ne pouvait pardonner au roi des Pays-Bas de ne lui avoir pas accordé la croix du Lion bclgique, et de l'avoir laissé simple juge du tribunal de première instance 4 Gand ; aussi, malgré ses innocentes adulations prodiguées à la maison de Nassau, ne vit-il pas sans plaisir la révolution de 1850, dont il n'obtint cependant ni place ni décoration. Les Journaux hollandais ont fait plus d'une fois l'éloge de sa versification latine, que la critique moderne trouverait certainement trop mythologique, si elle daignait s'en occuper. R— c.

CAMBERT, habile musicien, fut le premier qui

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fit entendre aux Français une comédie lyrique II était organiste de l'église St-Honoré, et jouissait de l'estime publique. En 1659, François Perrin, introducteur des ambassadeurs prés de Gaston, duc d'Orléans, imagina un nouveau genre de spectacle, qu'il intitula : Première Comédie française en musique 11 s'associa Canibert pour ce travail. La pièce fut représentée huit ou dix fois au mois d'avril de la même année, dans la l>elle maison que de Lahaye avait 4 Issy, par différents particuliers qui en lirent les frais. Elle eut un si grand succès, que Louis XIV voulut l'entendre, et la fil exécuter 4 Vincennes. Mazarin, enchanté de ce nouveau spectacle, engagea Carabert et Perrin à se réunir pour composer d'autres pièces du même genre. En effet, en 1661, ils lirent répéter à Issy Ariane, ou le Mariage de Bacehu», seconde comédie française, dont la mort de Maxarin empêcha la représentation, mais qui, depuis, fut exécutée à Londres en 1675. La même année, ils achevèrent une tragédie, la Mort d'Adonis, qui ne fut ni représentée ni imprimée. L'académie royale de musique ayant été créée par lettres patentes du 28 juin 1669, au privilège de Perrin, les deux auteurs y firent exécuter, en 1671, Pomone, opéra en 5 actes. L'année suivante, Camhert donna le» Peint» et les Plaisirs de l'amour, pastorale héroïque en 5 actes, dont les paroles étaient de Gabriel Gilbert. Cette même année, Je privilège de l'Opéra ayant été été à Perrin, pour êlre donné 4 Lulli , Cambert se relira en Angleterre, où Charles II le fil surintendant de sa musique. Il y mourut en 1677, %.

CAMBIAGI (Joachim), historien, né en Toscane en 1710, enira dés sa première jeunesse dans la carrière ecclésiastique à laquelle il renonça plus tard. Il avait profité de son séjour à Florence pour acquérir des connaissances fort étendues, et il s'y était marié très-avantageusement. Il s'associa ensuite avec Gaetano Cambiagi , célèbre imprimeur florentin, pour la publication des ouvrages les plus estimés de la littérature italienne. A cette époque, l'opinion publique en Italie était vivement préoccupée de l'insurrection de l'Ile de Corse ; et plusieurs personnes, par sympathie ou par intérêt, secondaient les insurgés dans leur entreprise. Cambiagi fut du nombre de ceux qui répandirent les manifestes de la nation corse contre les Génois, et qui entretinrent des relations suivies tant avec, le général Pauli qu'avec les chefs de l'insurrection, qui se trouvaient alors momentanément en Toscane. Il est donc à présumer que c'est à cette circonstance que nous sommes redevables d'une histoire de Corse {Historia del regno di Cornera (Livourne), 1770- 74, 4 vol. in-4°. Cependant nous sommes obligé» d'avouer qu'il n'a guère mis à profit les ressources qu'il avait 4 sa disposition, car son ouvrage est écrit sans verve, sans ordre , sans ensemble; et il est tout 4 fait dépourvu da critique et de philosophie, rempli de détails erronés et minutieux qui tiennent la place d'événements importants, que l'auteur a passés sous silence. Le seul mérite, à notre avis, qui distingue cette histoire est d'y avoir inséré une foule de ilocum.en.la et de pièces justificative*

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du plus grand intérêt, qu'on chercherait en vain ailleurs, et qui jettent un grand jour sur les faits contemporains. Cet ouvrage donna lieu à des critiques aussi justes que sévères, surtout de la part des Corses éclairés qui trouvaient que Cambiagi, en abrégeant la narration de leur historien national Filippini, lui avait ôté son caractère de naïveté; el qu'en rapportant les événements récents, il s'était écarté de la vérité, altérée par les récils d'hommes passionnés qui y avaient pris part. Ces observations obtinrent un plein succès auprès de Cambiagi, qui s'empressa de réunir tous les mémoires inédits relatifs à l'histoire de Corse, el recueillit une foule de matériaux, jrour refaire son livre sur un plan mieux conçu, où le style se serait élevé à la hauteur du sujet qu'il voulait traiter. Mais une mort prématurée l'empêcha de donner suite à ce louable dessein. Avec son Histoire de Corse, Cambiagi mit au jour le premier volume d'une Histoire de Sardaigne, Florence, 1775, in-4*. Ce volume, le seul qui ait paru, s'étend depuis la conquête de cette lie par les Romains jusqu'à l'année M57. Cette production n'est guère meilleure que la première. C'est une compilation dépourvue d'intérêt et de mérite, el bien digne de l'oubli auquel elle est depuis longtemps condamnée. Cambiagi avait un cœur excellent Aussi généreux qu'obligeant, il s'était déclaré le protecteur et l'ami des réfugiés corses, et il les aidait de ses conseils et de sa bourse. 11 a souvent élevé la voix pour défendre, contre les vexations de quelques agents subalternes du gouvernement toscan, ces victimes d'une cause aussi noble que malheureuse. Il mourut à Florence, au commencement de ce siècle, G — ry.

CAMBIASO ( Lie), peintre, appelé improprement Canuiage, ouCabiazi, naquit, en 4527, à Monéglia, Etat de Gênes. Il était fils de Jean Cambiaso, -peintre, qui lui donna les premières leçons de dessin. Luc s'appliqua à dessiner d'après son père , et réussit merveilleusement dans les raccourcis. Dès l'âge de quinze ans, il peignit à fresque, avec lui, des sujets tirés des métamorphoses d'Ovide, qu'on voyait, il y a cinquante ans , sur la façade d'une maison située place de l'Oratoire, à Gênes. 11 peignit ensuite la voûte de la grande salle du palais d'Antoine Doria, conjointement avec Lazare Calvi , autre artiste génois. Cette fresque représente les Enfants de Jfiobé. On y remarque les raccourcis d'une trèsgrande hardiesse et pleins de vérité. Luc n'avait alors que dix-sept ans. Il profita ensuite des conseils de Galéas Alessi, architecte de Perugia, et changea sa première manière, qui était souvent exagérée (eiTet naturel de sa passion pour les raccourcis), en un style plus doux et plus harmonieux. On a beaucoup de dessins de Cambiaso, quoique sa femme et sa servante en aient brûlé une grande quantité pour allumer le feu. Un jour, Lazare Lavarone, son élève, entrant dans une salle de son appartement, en vit par terre un énorme paquet qu'on allait employer au même usage. 11 s'en saisit sur-le-champ , cl les emporta sous son manteau. Les dessins de Luc sont, la plupart , sur papier de de couleur grise, jaune, ou gris

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de fer. Valerio Corte, peintre, apporta plusieurs fois à Luc , son ami, de très-beau papier ; mais ce dernier ne voulut jamais s'en servir, disant qu'il ne fallait pas le gâter avec ses griffonnages. Ces mêmes dessins, que l'auteur estimait si peu, se vendent très-cbers à Gênes. On vante beaucoup la fresque de Luc , peinte dans la villa de Terralba ; il y a représenté l'Enlèvement des Sabine*. On remarque avec plaisir la hardiesse des Romains, l'indignation des Sabins, la crainte, mêlée d'une sorte de joie, des jeunes filles sabines; le dessin est pur, la distribution des figures est judicieuse : on regrette seulement d'y trouver une place ornée de palais et de monuments qui alors n'existaient pas a Rome. (Le Poussin lui-même est tombé dans ce défaut ; mais il a cherché à le faire excuser, en plaçant au haut d'une tour des échafaudages de charpente qui annoncent qu'on n'avait pas fini de bâtir les édifices publics de Rome naissante.) Quoi qu'il en soit, l'effet général de la fresque de Cambiaso est tel, qu'en la voyant, Mengs s'écria : « Voilà la première fois « que je retrouve les loges du Vatican hors de « Rome. » Luc fut aussi sculpteur. On a de lui une statue représentant la Foi ; elle est drapée avec assez de goût. Bientôt il jeta le ciseau, et reprit les pinceaux avec un nouveau zèle. Ayant perdu sa ' femme, il invita sa belle-sœur à venir prendre soin de son ménage et de ses enfants. Peu après, devenu amoureux d'elle, il conçut le projet d'aller offrir au pape deux beaux tableaux , et de lui demander en même temps des dispenses pour épouser sa bellesœur ; mais il ne put les obtenir. Le peintre Caslello étant mort à Madrid, Philippe II invita Luc Cambiaso à venir le remplacer pour continuer les fresques de l'Escurial. Luc partit de Gênes, en 1585, espérant que ce voyage apporterait quelque distraction à son amour. Le roi le reçut avec bonté. Il allait souvent le voir travailler. Un jour, Philippe, le regardant peiudrc,*lui fit observer qu'une Ste. Anne était trop jeune, et, au même instant, détourna les yeux pour donner un ordre à un page qui était auprès de lui. Le roi, aussitôt après, ayant reporté ses regards sur la fresque, vit avec étonnement que la tête de Sle. Anne était déjà changée, et si bien qu'elle était vieillie de plus de trente ans. Philippe ne cessa pas de lui témoigner de l'estime, ce qui le détermina à parler à ce prince du dessein qu'il avait d'épouser sa belle-sœur, et à lui demander une recommandation pour le pape ; mais les ministres de Philippe cherchèrent à détourner Luc de ce projet, en lui disant que le roi ne consentirait pas à intervenir dans cette affaire. Cette réponse, faite sans ménagement, plongea Cambiaso dans une profonde tristesse. Il se forma sur sa poitrine un abcès, dont il mourut en 4585, âgé de 58 ans. Les élèves de Cambiaso sont Horace , son fils; François Spezzino, et J.-B. Paggi. Ce maître était parvenu à peindre des deux maiiis : le Guide a gravé d'après lui. Cambiaso était un génie supérieur ; il lui manquait cependant une connaissance plus approfondie de l'histoire ; il n'est pas devenu un des premiers maîtres de l'Italie , parce qu'il se

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défiait beaucoup trop de ses forces. Une sensibilité trop vive et une modestie quelquefois déplacée ont nui à ses talents. A— d.

CAMBIATORE (Thomas), né à Panne, vers la tin du 14* siècle ou au commencement du suivant, se distingua particulièrement par ses connaissances et ses talents en jurisprudence et en poésie. On lui doit une traduction de YEnéide de Virgile en tercets, ou tersa rima. Cette version peu élégante n'aurait probablement pas vu le jour, si elle n'eut été revue, corrigée, et en grande partie refaite par Jean-Paul Vasio, qui la publia pour la première fois à Venise, en 1532, en prévenant qu'elle avait été faite par Cambialore. Le même Vasio en donna une seconde édition, avec de nouvelles corrections, Venise, 1558. Il n'y mit point le nom de Cambiatore, mais seulement le sien. C'est de cet éditeur que nous savons que Cambiatore fut couronné poète par les mains de l'empereur Sigismond. Cette cérémonie eut lieu a Parme , non en 1450, comme le dit Vasio, mais le 6 mai 1452. Cambiatore fut lié avec le célèbre Léonard Bruni d'Arezzo. Il n'était pas seulement poète et jurisconsulte, mais encore moraliste. Il laissa un traité : de Judieio libero et non libero, dédié au marquis Léonel d'Esté, et que possède en manuscrit la bibliothèque de Modéne. R. G.

CAM m M (Joseph), compositeur de musique, naquit à Livoume, vers 1740. Après avoir étudié sou art à Bologne sous le célèbre P. Martini, il alla se perfectionner i Naples, où il donna ses premiers essais. Il y devint amoureux d'une jeune personne qu'il enleva avec l'intention de l'épouser ; mais, s'etant embarqué avec elle pour la France, il fut pris |iar des pirates qui l'attachèrent au mât, violèrent en sa présence sa maîtresse qu'il avait respectée, et les conduisirent sur les cotes de Barbarie, où il fut séparé d'elle. Devenu libre par rachat ou par évasion, il voyagea en Italie, en Allemagne, vint se hier à Paris vers 1770, et y acquit bientôt la réputation de l'un des plus habiles violonistes de l'époque, et de compositeur non moins agréable que fécond pour la musique instrumentale. Il donna aussi une idée avantageuse de son talent pour la musique religieuse par des oratorio et des motets, qui furent exécutés au concert spirituel et au concert des amateurs, entre autres, en 1774, l'oratorio du Sacrifice d'Abraham, dont il avait aussi composé les paroles; en 1775, l'oratorio de Joad, et un Mitertre a grands chœurs. Enhardi par ces succès, Cambini voulut s'essayer dans la composition dramatique, et remit en musique un ancien opéra, let Romane, composé des actes la Bergerie, la Chevalerie el la Féerie ; mais cet ouvrage froid et insipide inspira mal sa muse lyrique, et la pièce, jouée à l'Opéra en 1776, n'y obtint que quatre représentations. Cambini (it aussi pour ce théâtre des airs nouveaux dans les Filet Viniliennet, et composa trois grands opéras : Alcméon, Aleidat, présentés en 1789 et non reçus, et Armide, qu'il n'osa pas risquer après celle de Gluck. Il ne fut pas plus heureux au Théâtre- Italien, où il donna , eu 1779, Ruse d'amour et Car-

loman, drame lyrique en 3 actes, paroles de Dubreuil, dont le style bizarrement gaulois nuisit au succès de la musique. Cet ouvrage ne réussit guère mieux à sa reprise en 1789. Cambini découragé se borna pendant quelques années à publier des œuvres de musique instrumentale. Ses sympltonies et surtout ses quatuor concertants, d'un citant aimable et d'une facture correcte, furent très-goùtés dans un temps où les chefs-d'œuvre d'Haydn étaient a peine connus en France, et où les ouvrages de Plcyel, son élève, n'avaient pas encore paru. Lots de rétablissement du théâtre des Petits-Comédiens du comte de Beaujolais, en 1785, Cambini fut chargé d'examiner les partitions des opéras présentés, ainsi que les sujets qui se proposeraient comme chanteurs ou musiciens, et il remplit les mêmes fonctions au théâtre Louvois. où il suivit, en 1791, l'entrepreneur de celui de Beaujolais qui venait de tomber. Cambini donna à ces deux spectacles plusieurs opéras dont la plupart furent très-applaudis el restèrent au courant du répertoire : la Croitée, en 2 actes, 1785 ; let Fourberiet de Mathurin, en 1 acte, 1786; Cora, ou ta Prélrette du toteil, en 3 actes, paroles de Gabiot, 1787, reprise en 1798; Adèle et Edxcin, en 3 actes, 1789 ; let Deux Frèret, ou la Revanche, en 3 actes, paroles de Dubuisson, 1790; Nanthilde et Dagoberl, en 3 actes, paroles de Piis, 1791, opéra dont la musique expressive et savante réussit beaucoup ; en (in, eu 1793, let Troit Gatcont, en 1 acte, dont Cambini avait fait les paroles et la musique. La faillite du théâtre Louvois, l'année suivante, le laissa dans rembarras, et sa gourmandise, sa voracité auraient promptement épuisé sa bourse, si le riche fournisseur Armand Séguin [voy. ce nom) ne fût venu à son secours. Pour ne pas humilier Cambini, il le chargea de diriger les concerts qu'il donnait chez lui, de composer une partie de la musique qu'on y exécutait, quatuor, quintettes, symphonies, etc. ; et il lui allouait pour cela un traitement annuel de 5 ou 4,000 francs. Cette ressource ayant manqué à Cambini au bout de quelques années, il tomba dans le dénument le plus absolu. Quoique d'un caractère sérieux, il avait de l'esprit, il était aimable en société et prévenant avec les personnes qui lui plaisaient, surtout avec celles qui lui prêtaient de l'argent; mais, ses demandes devenant fréquentes et importunes, il se fit fermer toutes les portes. Comme il avait le travail facile et l'imagination féconde, il se soutint encore en composant un grand nombre d'œuvres musicales dans tous les genres (même des contre-danses), publiées sous le nom des musiciens qui les lui payaient, et dont il imitait parfaitement le style et la manière. On a dit qu'il fut réduit à se faire recevoir comme bon pauvre a Bicêtre, où il portait l'habit de la maison, quoiqu'il enseignât la musique aux détenus ; mais rien ne prouve qu'il ait été admis et qu'il soit mort à Bicêtre ; les registres n'en font aucune mention. Suivant une autre version, des chagrins domestiques, occasionnés par un mariage avec une femme beaucoup plus jeune que lui, rendirent sa vieillesse aussi malheureuse que l'avait été sa jeunesse. U se

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relira en Hollande, ver* 1810, el il n'e\rt«ut plus en 1818. On ignore la date et le lieu de sa mort ; et Ton présume qu'elle n'a pas été naturelle. Carabini a publié : une Méthode de violon, une de finir, une de flageolet; cinq domaines de symphonies, douze douzaines de quatuor concertants, pour violon, alto et basse ; plusieurs œuvres de trios, de duos, tant pour le violon que pour piano, flûte et violoncelle; divers solfèges d'une difficulté graduelle, pour l'exercice du phrasé, du style et de l'expression, avec des remarques et une basse chiffrée. On lui attribue aussi un Traité de composition qui peutêtre est resté manuscrit. Enfin il a publié dans la Gatelle musicale de Leipsick, année 1804, un article tur la Musique instrumentale en quatuor, et dans FAlmanach des Muses de 1806, une assez longue pièce de vers adressée à Lesueur, pour le féliciter sur le succès de son opéra d'Oman, ou les Bardes, C'est de Cambini qu'est ce distique sur Haydn ( voy. ce nom), dont il fut l'élève en Allemagne, et dont il a fait connaître et apprécier la musique en France :

Il marche toujours seul, sa muse a su tout peindre ; N'imitez pas, créez, vous qui voulez l'atteindre.

CAM Bl S-VELLERON ( Joseph -Loi îs- DomîWQCE, marquis de), d'une ancienne famille du conitat Vcnaissîn, né à Avignon en 1700, servit d'abord en qualité de capitaine dans un corps de dragons, puis obtint pour retraite la place de lieutenant général de l'infanterie du Comtat, alors sous la domination des papes. De Cambis n'avait jamais cessé d'aimer les lettres et de les cultiver dans les loisirs que lui laissaient ses devoirs. De retour dans sa famille, il s'occupa à rassembler les meilleurs livres, tant imprimés que manuscrits, et parvint à en former une collection vraiment intéressante, dont il publia un catalogue sous ce titre : Catalogue raisonné des principaux manuscrits du cabinet de M..., Avignon, 1770, in-T de 766 p., tiré à un petit nombre d'exemplaires destinés a des présents. L'abbé Rive, dans la Chasse aux bibliographes, relève avec amertume quelques erreurs échappées à Cambis, et cela avec d'autant moins de raison que ce catalogue doit être regardé comme l'ouvrage d'un amateur, et non d'un savant de profession, et que d'ailleurs il renferme des articles en grand nombre aussi exacts que curieux. Cambis se proposait de donner à la ville d'Avignon sa bibliothèque, sous la condition de la rendre publique; la mort, qui le surprit on 1772, l'empêcha de réaliser ce projet. On a de lui . 1° Relation d'une grâce singulière el miracu- Iruse opérée à Rome en 1742, par l'intercession de St. François-Xavier, traduit de l'italien, Paris, 1744, in- 18; 2" Réflexions critiques et historiques sur le panégyrique de St. Agricole ( par le P. Eusèbe Didier, récollet}, 1755, iu-4» ; S" Supplément servant de réplique à la réponse du P. Didier. 1755, in-4«; 4° Additions au mémoire historique et critique de la Vie de Roger de St-l^rq^iftUegarde ( de Secousse),

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Paris, 1767, in-12. Il a laissé les manuscrits tui* vanls, conservés dans sa bibliothèque : Vies de madame de Chantai, de St. François de Sales, el de l'ermite Gens; les Annales du comtat Yenaissin, 5 vol. in-fol., et V Histoire particulière de la ville d'Avignon, m- 1< il. — Richard-Joseph ns Cambis, sieur de l'argues, a publié : 1° un Recueil des saints qui sont honorés dans Avignon, in- 12 ; 2° la Vie 4* St. Benezet, Avignon, 1670, in-12. Il fit paraître cette vie sous le nom de 2}tsam6ec, anagramme de de Cambis, et laissa manuscrits des Mémoires sur les troubles H séditions arrivées dans Avignon depuis 1661 jusques et inclus l'année 1665, in-fol. Richard-Joseph de Cambis avait été témoin des événements qu'il rapporle. ( Voy. le Catalogue raisonné des manuscrit! de Cambis Yelleron, p. 474. ) — Marquent* DB Cambis, l<aronne d'Aigremont, née en Languedoc, et morte vers la lin du 16r siècle, cultiva les lettres, et publia : 1° les Devoirs du veuvage, traduit de l'italien de J.-G. Trissino, Lyon, 1554. in-16; 2° de lu Consolation, Lyon, 1556, inH6. C'est la traduction d'une lettre que Jean Boccace avait adressée à Pino de Rossi, qui était en exil. ( Voy. les Eloges de Hilarion de Coste, et la Bibliothèque française de la Croix du Maine et Duverdier.) W— s et V— ve.

CAM BLETTE, roi de Lydie, appelé Cambute par Nie. de Damas, Camblsis par Busthate, et Cambete par Élien, régnait a une époque reculée dans la nuit de» premiers temps historiques. Xanthus et les écrivains qu'on vient de citer racontent que ce prince était tourmenté d'une faim si horrible, qu'une nuit, en dormant, il dévora la reine sa femme. Surpris à son réveil de ne plus trouver de la princesse adorée nu* un bras, triste reste épargné par sa voracité, il saisit son épée, courut à la place publique, apostroplw les dieux, et se donna la mort en présence de ses sujets, qui furent peu touchés sans doute de la fin tragique de ce roi anthropopliage. Et c'est ainsi qu'autrefois on écrivait l'histoire 1 Un roi qui mange, en dormant, tout un corps de femme, moins un bras, dans un seul repas nocturne ; et une femme qui, mordue, màcltée, avalée, ne dit rien, et ne jette l>as des cris à éveiller le mari qui, sans le vouloir, la dévorait I ( Voy les Recherches sur la rois de Lydie, par l'abbé Sévin, dans les Mémoires dt l'académie des belles-lettre*, t. 5, p. 244. ) V— ve.

CAM BOL AS ( Jean de), président au parlement de Toulouse. Il fit un recueil des décisions de sa compagnie, tres-estimé dans l'ancien barreau. C'était un des plus savants arrètisles de son siècle. Les pre, mières éditions des Décisions notables du parlement de Toulouse, recueillies par de Cambolas, sont de 1 67 1 et 1681. On les a réimprimées en 1755, in-4\ — Un auu-e Cambolas, prêtre, chanoine de St-Sernin, à Toulouse, mourut avec la réputation de sainteté, le 12 mai 166», âgé de 60 ans. Son portrait a été gravé in-8« et in-4* par Boulanger et Valet. B— i.

CAM BON (Joseph ) , conventionnel, né le 47 juin 1756 a Montpellier, d'une famille estimable de négociants, était chef de la maison de commerce, en société avec deux de ses frères, lorsque la ré-

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applaudit aux doctrines qui préludaient par pro« clamer la liberté de tous les cultes. Son zèle pour le nouvel ordre de choses le Ht nommer officier municipal en 1T90, et un peu plus tard député à l'assemblée législative par le département de l'Hérault. (Tétait un homme i vues courtes, travailleur, probe, infatigable et ennuyeux parleur, au demeurant tentnt pour article de foi qu'il était un aigle en finances. Il faut dire que, si quelques personnes eurent la bonhomie de l'en croire sur parole, d'autres au contraire imaginèrent de remplacer les expressions vulgaires, ruiner, dilapider, bouleverser, par le mot de «rméom >rr les finances. La ju!>te appréciation des talents de Cambon se trouverait entre ces extrêmes. Ni les connaissances ni la capacité ne lui manquaient : unis d'une part il avait du narcotique dans sa voix solennelle et Sun accent méridional ; de l'autre la république avait besoin de trop d'argent pour suivre les sages conseils de Cambon, et Catulxm be pouvait pas donner à la république l'argent qu'il lui fallait pour vaincre les obstacles que de toutes parts on opposait au rapide monnayage des ressources nationales, pour prendre et punir les dilapidaient, créer et aviver la confiance qui décuple la puissance pécuniaire. Les funestes résultats des mesures financières de la révolution ne doivent donc, sous aucun rapport, être imputés à Cambon, auquel on dut au contraire quelques heureuses précautions, quelques idées ingénieuses pour régulariser et contrôler les dépenses, et qui enfin s'est acquis un litre immortel par le rapport à la suite duquel fut décrété Je grand livre de la dette publique. A peine rendu à l'assemblée législative (174M ) , Cambon y fut chargé d'un rapport sur une demande de fonds et sur l'état des caisses de l'extraordinaire et de la trésorerie. Les connaissances dont il lit parade à cette occasion, l'enthousiasme qu'il témoigna pour la cause de la révolution en rejetant sur la lenteur de la fabrication des assignats les lenteurs qu'éprouvaient les dépenses publiques, les détails qu'il donna sur l'insurrection arrivée à Montpellier a l'occasion du culte, et plus encore son vote pour faire payer une partie de l'arriéré par les anciens receveurs, attirèrent assez vite sur lui les regards de l'assemblée, OÙ n'existaient pu de capacités financières. 11 usa de cette influence pour faire décréter que la nouvelle émission de 500 millions d'assignats ne s'opérerait crue successivement , à mesure des besoins , et ]>our empêcher que la caisse de l'extraordinaire, sous quelque prétexte que ce fût, ne dérobât l'examen de ses comptes au contrôle de la représentation nationale. C'est dans le même but que queique temps après il fit décréter que les ministres présenteraient l'aperçu de leur» dépenses pour 1702; puis, que tout secrétaire d'État, en déposant le portefeuille, serait tenu de rendre compte au corps législatif. Cambon avait proposé de convoquer la liante cour nationale par suite des troubles élevés a Caen ; a propos du curé réfractaire Buel, il s'était plaint des avantages qu'il prétendait être accordés aux prêtres réfractaitrs sur le cierge constitutionnel; puis, revenant aux mesures uoanc tares, il présenta un projet sur (a fabrication du

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papier nécessaire à Uhé émission d'assignats, et se prononça pour que l'émission rot bornée a 40o millions ! ce qui fut décrété le 5 janvier 17M. Quelques jours auparavant, il s'était exprimé avec véhémence contre l'élévation de Luckncr et de Rochambcau à la dignité de maréchal de France. Il se contenta de faire quelques observations sur le décret relatif aux propriétaires «Tolfices. Il fut ensuite chargé du rapport sur les créances particulières aux états de Languedoc et de Provence, et, quelque temps après, il provoqua un décret en faveur de leurs créanciers. Le 28 janvier, la dénonciation de Ducos sur une pièce établissant un payement fait à la trésorerie au colonel géuéral des Suisses et Grisons ( c'était le comte d'Artois, alors éhligré ) lui suggéra des observations trèsacerbes; et, le 2 février, il vota des représentations au roi contre le ministre de la marine Bertrand- Molleville. Il fit mander aussi le ministre Cahier de Gerville pour rendre compte des troubles religieux. Bazire ayant demandé que tous les biens des émigrés fussent déclarés propriétés nationales, il le seconda de tout son pouvoir, et leurs efforts rétims emportèrent le décret, gros d'une nouvelle et copieuse émission d'assignats. Cambon lut ensuite un rapport pour le renouvellement par quinzaine des commissaires de la trésorerie ; il proposa et lit adopter un projet sur les saisies réelles, défendit les sociétés populaires attaquées par les partisans de la cour, développa des vues sur les contributions foncière et mobilière de 1701 et 92, provoqua un travail sur les secours à donner aux pauvres, et fit proroger le payement des intérêts dus pour les emprunts des pays d'états. Rappelé, a l'occasion de l'assassinat du maire d'Ètampes, a son antipathie contre les royalistes, il déblatéra contre l'attitude du pouvoir exécutif, avant, pendant et après ce mouvement, et l'accusa de faiblesse ou de conniveuce ; il déclara que le ministre Bertrand -Molleville, à qui Louis XVI conservait sa confiance, avait perdu celle de la nation. Son opinion sur les troubles des colonies ne fut pas moins hostile. Cependant les finances ne tardèrent pas a captiver derechef toute son attention. Il se prononça formellement contre la caisse de Potln- Vauvineux, dans les billets de laquelle il voyait une concurrence fatale (jour les valeurs nationales, et fit accorder des avances aux maisons de secours de Paris. L'optimisme financier de Cambon à celte époque élail a toute épreuve. On lui demandait s'il y avait des fonds en caisse pour la défense des frontières : il répondait que oui. On le chargeait d'un tableau général de la dette : il établissait que la valeur des biens nationaux couvrait la niasse des assignats en circulation et la dette exigible ; il démontrait que les finances avaient éprouvé de l'amélioration; il regardait le remboursement de la dette non-seulement comme possible , mais comme prochain , et appuyait ses assertions d'un état général comparatif de celle-ci d'une part, des ressources nationales de l'autre ; enfin il fermait la bouche aux amis de la paix en répétant qu'il y avait plus d'argent qu'il n'en fallait pour faire la guerre. Ces belles paroles n'empêchèrent pas que, peu de temps après, il ne proposât ou n'ap.

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puyât toutes les réductions imaginables. Il adopta la mesure de la suppression du remboursement, mais en demandant qu'on flt tomber cette suppression uniquement sur les gros créanciers. 11 soutint très-fortement la suppression du traitement accordé jadis aux frères de Louis XVI, qui, dit-il, avaient, par le fait de leur émigration, perdu leur titre de princes français, et n avaient aucun droit à recevoir un salaire de la nation qu'ils voulaient combattre. Le 14 juin, après avoir fait décréter une émission de 30 millions d'assignats, il obtint que les appointements des ministres seraient réduits à la somme vraiment républicaine de 30,000 francs. En juillet, il demanda l'examen des comptes des ministres, et voulut que l'état des armées, présenté par Aubert - Dubayet, fût signé par le minisU/e de la guerre. Il s'éleva contre la conduite de Hœdercr, procureur-syndic du département de Paris. Péthion ayant été suspendu de ses fonctions, il fit arrêter que le pouvoir exécutif statuerait au plus tôt sur cette affaire, et annonça que des maudats d'arrêt allaient être décernés contre trente membres de la représentation nationale. C'est entre cette dénonciation hostile à la cour et la demande que le général Montesquiou s'expliquât sur son refus de renforcer l'armée du Rhin, que tombe le vote de Cambon en faveur des secours à donner aux cent-suisses de la garde du roi. A la fin de juillet, il obtint des mesures contre les administrations négligentes, signala le mauvais état des frontières, proposa de convertir les statues des tyrans en canons pour la défense de la patrie. Cependant le 10 août approchait. Dès le 4, une section de Paris vint présenter à l'assemblée législative une adresse dans laquelle elle déclarait qu'elle ne reconnaissait plus le roi. Soit bypocrisie, soit ignorance de ce qui se préparait pour ainsi dire hautement, Cambon resta longtemps à la tribune pour prouver syllo^istiquement quelle irapolilique il y aurait a recevoir une pareille adresse, et il demanda que la commission des douze rédigeât une proclamation du corps législatif au peuple, afin de l'éclairer sur les vrais principes, et sur les intrigues qui le poussaient à sa ruine. De même, lorsque, cédant aux menaces des sections armées qui allaient envahir les Tuileries et briser la royauté, lx>uis XVI se réfugia dans l'assemblée, Cambon prit toutes les précautions que commandait l'humanité pour préserver des insultes populaires la vie du roi et de sa famille. Est-ce pour demander en quelque sorte pardon de celle pilié si juste pour le mallicur et de l'hommage que quelques jours plus tôt il avait rendu à la nécessité de l'ordre, qu'il fit priver de leurs traitements les ecclésiastiques qui ne prêteraient point serment de fidélité à la nation, et les religieux des deux sexes qui refuseraient de se marier ? Ces actes furent le prélude d'un grand nombre d'autres qui contribuèrent plus encore à montrer que Cambon partageait ou feignait de partager la déplorable effervescence des esprits. Toutefois il ne fut ni le complice ni l'apologiste des affreuses journées de septembre. Le 13 août, il vint annoncer que les pièces par lui saisies aux Tuileries prouvaient les intelligences de Louis XVI avec l'année prus-

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sienne, avec le parti contre -révolutionna ire ; et, sur ses assertions, un décret ordonna qu'il serait fait à rassemblée un rapport sur toutes ces pièces. Cambon provoqua ensuite le décret concernant la Tente des diamants et bijoux de la couronne; il fut chargé de vérifier l'état des caisses d'Amelot et Lecoulteux- Lanoraye ; il proposa la Guiane comme lieu de déportation pour les ecclésiastiques insermentés; et fit décréter d'accusation les ex-ministres Lajard, de Grave, Narbonne; enfin il présenta de très-vives observations contre un compte, rendu par Claviére, de l'emploi de 2 millions en secours. Au milieu de toutes les passions haineuses, Cambon se montra moins âpre que d'autres en proposant de passer a l'ordre du jour sur la proposition d'interdire les communications entre les membres de la famille royale; et plus ami d'un gouvernement régulier en réclamant, bien vainement il est vrai, contre l'arbitraire et l'illégalité de la commune de Paris, en faisant mander à la barre le commissaire Delaunay et les autorités municipales de Paris. Ainsi finirent ses travaux à l'assemblée législative. Il la présida le jour où elle devait se dissoudre, puis il prit rang dans la convention, où l'envoyait sa réélection par le département de l'Hérault. Le 23 septembre, il présenta un rapport sur les finances, déclara qu'il fallait de nouvelles ressources, vu que presque tous les produits des contributions étaient retenus dans les départements pour faire face à des dépenses urgentes, et il ne balança pas à proposer de nouvelles émissions d'assignats, puisque l'émigration augmentait continuellement la masse des gages offerts aux créanciers de l'État. Sentant que ce gage devenait illusoire si les biens des émigrés ne se vendaient pas, il fit rendre un décret ordonnant d'en accélérer la vente. Il réussit moins lorsqu'il se remit à dénoncer les excès et les usurpations de la commune, et à signaler des placards incendiaires signés Marat, comme subversifs de tout ordre et funestes à la cause publique. Ayant ensuite rapporté des traits de corruption relatifs à quelques députés de l'assemblée législative, il lit admettre que l'on conserverait les pièces comptables, même après liquidation, et il fut enjoint aux ministres de rendre compte de leurs dépenses secrètes. Il lit ensuite supprimer les assignats i l'effigie du roi, décréter que tout dépositaire de biens ou effets appartenant a des émigrés serait tenu de les remettre A la nation, sous peine de mort, et adopter un impôt extraordinaire sur les riches; la création de petits assignats suivit de près. Un autre moyen de finances que la victoire seule pouvait encore mettre i exécution, ce fut celui d'assimiler aux biens nationaux, et d'affecter en conséquence au payement de la dette, les biens des princes, des nobles et des prêtres dans les pays ennemis. Les exactions dont chaque jour voyait s'augmenter le scandale dans l'administration des vivres eurent aussi en lui un antagoniste formidable. Fournisseurs, commissaires, généraux, ministres, il attaqua tout ce qu'il regardait comme dilapidateur des deniers publics avec la fougue méridionale de son caractère. I Ainsi, tandis qu'il faisait accueillir les traites tirées

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par l'ordonnateur de St-Domingue mr la trésorerie, destiner des fonds à l'achat de blés chez l'étranger, et remplacer le déficit des contributions par un versement d'assignats, il dénonçait à chaque instant des déprédations et en sollicitait la répression; il faisait interdire aux administrations la faculté de diriger des fonds publics, demandait que l'on arrêtât Vincent et Benjamin-Jacob, remplaçait Dufresne- St-Léon, accusait de marchés frauduleux Maréchal, Malus, d'Espagnac et Servan, obtenait des commissaires pour vérifier le service et la comptabilité de Dumouriez, qui non-seulement ne restait plus maître de passer des marchés à sou gré, mais voyait annuler tous ceux qu'il venait de signer. Cambon décidait encore la convention à étendre ses mesures de précaution aux autres armées, combattait le projet dt subroger le ministre de l'intérieur aux marchés passés en Italie par la commune de Marseille, et appuyait de toutes ses forces le projet, enfin admis ( 15 décembre 1702 ) , de charger un comité de tous les achats. On évitait ainsi d'avoir a traiter avec une multitude de fournisseurs isolés, charnu traitant à des prix différents et tous visant à des pains dont la somnte devenait effrayante. Dumouriez qualifia ces mesures d'absurdes et impossibles, et par ses lettres au ministre Fâche refusa d'obéir. Il s'ensuivit à la convention des sorties très -vives contre Dumouriez. Cambon réfuta les impérieuses objections du général, et fut également applaudi des Girondins et de la montagne. Il s'en fallait pourtant qu'il eût péremptoirement répondu à l'objection principale de Dumouriez, la difficulté d'intéresser le peuple belge au système des assignats, si les fournitures, en traitant sur les lieux, ne donnaient occasion à des transactions avec des fournisseurs belges. Aux yeux de Cambon il n'était nullement besoin d'user d'adresse et de subterfuge pour introduire en Belgique la nouvelle monnaie de la république française; il fallait la faire accepter d'autorité. Les Belges devaient avoir de la révolution les charges en même temps' que les bénéfices, les assignats en même temps que la liberté. Au milieu de cette lutte à mort contre les concussionnaires, Cambon avait trouvé le temps de faire ordonner par une commission l'examen des papiers trouvés dans l'armoire de fer aux Tuileries, et de conseiller l'ostracisme contre tout citoyen qui deviendrait suspect à la république. Deux autres décrets, l'un qui centralisait la recelte des douanes, l'autre qui réunissait la caisse de l'extraordinaire à la trésorerie, furent encore votés sous l'influence et à la demande de Cambon. Dans le procès de Louis XVI, il vota la mort sans appel, sans sursis, et, quelques jours après, il requit la comparution du démissionnaire Kersaint à l'assemblée, pour qu'il eût à faire connaître les auteurs des massacres de septembre qui siégeaient, avait-il dit, dans la convention. Les 5 et 4 février, à la suite d'un rapport sur la situation générale des finances, il demanda la création de 80 millions d'assignats. Il est vrai qu'il venait de provoquer la réunion du comté de Nice, que déjà il comptait sur celle de la Belgique, et que, non sans

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quelque raison, il en attendait de grands produits. Quoique démagogue exalté, Cambon s'éleva contre l'organisation du tribunal révolutionnaire, qu'il dépeignit comme despotique et dangereuse, et il réclama l'intervention des jurés ; puis, comme pour faire amende honorable aux plus exaltés des montagnards en imitant leur exagération, il demanda que toute espèce de correspondance fût interdite avec les puissances qui faisaient la guerre à la république. Cependant le décret du 25 décembre avait porté ses fruits : Dumouriez, gêné de plus en plus par les limites apposées à son pouvoir et aux gaspillages de ses fournisseurs, attribua les dispositions peu favorables des Belges aux mesures que Cambon avait fait prendre relativement aux pays conquis, et quelques jours après, lors de sa défection, il accusa nominativement le financier de la convention. Ce dernier n'eut point de peine à se disculper et à démontrer que depuis longtemps Dumouriez méditait le plan qu'il venait de réaliser. Deux jours auparavant, il avait eu à s'expliquer sur une interpellation de Danton relative à 300,000 fr. dont le compte n'était pas rendu, et il avait déclaré, sans autres détails, que l'emploi de cette somme avait été nécessaire pour l'exécution du décret concernant la Belgique. Préoccupé de tous les dangers de ce moment de crise, il fit encore autoriser les commissaires en Corse à s'assurer de la personne de Paoli. La récompense de tant d'énergie et d'activité fût sa nomination au comité de salut public. Cambon était alors à l'apogée de son crédit et de sa gloire : il en usa pour faire donner le portefeuille de la marine a Dalbaréde, en remplacement de Monge. H requit ensuite la recherche des auteurs de l'incendie du port de Lorient, tonna contre l'incursion faite sur le territoire français par des bandits échappés des prisons d'Espagne joints à des émigrés, et communiqua les mesures arrêtées contre les rebelles à Thouars et à Poitiers. C'est ainsi qu'en février il avait dénoncé l'administration du Var comme disposant des fonds publics pour armer un bataillon contre Paris. 11 appuya trèschaudement, mais en vain, la proposition d'astreindre tous les députés à faire imprimer l'état de leur fortune. Le lendemain, il vota un emprunt d'un milliard en assignats, et traça, ce dont alors on ne s'occupait plus que pour la forme, un plan de remboursement. La lutte des Girondins et de la montagne allait enfin se décider. Dans cette uouvclle phase de la révolution, Cambon montra de l'incertitude et des tergiversations. Lors de la séance du 9 mars 1795, où Louvet dénonça Robespierre comme aspirant à la dictature : « Misérables, s'écria Cam- « bon en élevant le bras, voilà l'arrêt de mort des « dictateurs ! » Mais l'attaque de Louvet ne porta coup qu'à son parti. Le 19 mai, Cambon avait rendu compte à la convention de divers complots ourdis contre elle, et loué la conduite de Pache; lorsque ces mêmes projets vinrent à éclore, il prit la défense de leurs auteurs. Dans la fameuse séance du 31 mai, il invita ses collêgues'au calme. Le 3 juillet, il réclama l'ajournement d'une pétition dans laquelle on demandait que vingt-sept députés fussent décrété»

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d'accusation , et déclara que la Causé de l'insurréction qui k manifestait de nouveau venait, sans doute, de ce que l'on n'avait pas fait droit à la demande des sections. Après celte catastrophe, chaque jour augmentait Ie* embarras et aussi kl sévérité du gouvernement révolutionnaire. Sur l'avis de Catnbon, la eon ventkm rejeta la proposition d'exempter les indigents de contributions. Le 11 juillet, après avoir présenté dans un rapport la situation de l'État et les opérations du comité de salut public, (I termina en indiquant des relations flagrante* entre les puissances étrangères et lus conspirateurs de l'intérieur. Il lit décréter que les chevaux de luxe seraient requis pour les cavaliers nationaux. Avec ces mesure», toutes de circonstance et de rigueur, contractait la proposition qu'il fit, au nom du comité de salut public, pour la prompte réduction d'un projet de code civil uniforme. Cette proposition fut ac* cueillie, et Ton décréta que cinq membres présenteraient le projet. (Fojf. Cambacéhès.) Il fut ensuite décrété, toujours d'après les demandes ou l avis de Cambon, que le vérificateur en chef serait chargé de la poursuite des fabrieatcurs de Taux assignats. I.e I*1 août, il fit fermer lés barrières et décréter l'arrestation des gens suspects ; il dénonça les jours suivants le département des Bouchés-du-TUiône , qui avait arrêté les commissaires députés par l'Hérault pour l'engager a ne point rejeter la constitution ; il justifia les arrestations des commissaires des assemblées primaires, obtint ;le rapport du décret exceptionnel stipulant que les troupes dé la Corse recevraient leur paye en argent, et fit adopter en principe la démolition des forts et châteaux de l'intérieur; en même temps on accordait, a sa demande, une indemnité aux habitants de Cholei, incendiés par les Vendéens. Ainsi Cambon réalisait pour sa part le fameux guerre aux (kâleaux, paix aux ehautnière$ ! L'an 1,f de la république allait finir; il en consacra les trente-six derniers jours à une suite de mesures financières plus ou moins fructueuses pour le trésor ; il rechercha dans un rapjtort les moyens de consolider la dette publique et de diminuer la circulation des assignats ; et il fit supprimer la caisse d'escompte, la compagnie d'assurances à vie, et toutes les associations dont le capital reposait sur des effets négociables ; fit comprendre les fournisseurs dans l'emprunt forcé ; fit décréter que les titres constatant des créances non viagères sur l'Etat ne leurraient être négociés, vendus, cédés ou trans|wrtés, et que tout fonctionnaire qui ralentirait la vente des biens des émigrés serait jtassible de dix ans de fers ; il proposa aussi des mesures contre l'agiotage. Président de la convention au commencement de l'an S, après avoir emporté sans peine la loi pour l'arrestation des réquisitionnâmes réfracta ires, il fit retirer le délai accordé aux créanciers de l'État en retard pour le dépôt de leurs titres, et suspendre le payement de la pension de 56,000 liv. accordée h Luckncr (qui |>eu de jours après périt sur l'échafaud), ainsi que celui de toutes les (tensions audessus de 5,000 liv., et enfin des 500.000 liv. reclamées par la famille Lowcndal. Il fit statuer que les

communes dresseraient l'Inventaire de* dépouille*

du culte, et que toutes les aliénations de domaine* nationaux seraient révoquées ; il demanda l'ajournement du projet accordant des secours aux prêtres qui abjureraient leur état. Deux jours après pourtant, Il fit décréter en faveur des citoyens dont la formne n'excédait point 10,000 liv. une exception a I* loi sur les donations et sur les testaments ; et, un peu plus tard, le résultat de son rapport sur la démonétisation de l'or et de l'argent fut de faire casser tous les arrêtés qui prescrivaient l'échange de ces matières. Suivirent encore nombre de décrets rendus sur ses rapports, et relatifs les uns aux contrats dont les titres originaires avaient été annulés, d'autres à la suppression des pensions accordées aux ecclésiastiques âgés de moins de quatre-vingts ans, un autre à la comptabilité de l'emprunt forcé, un autre enfin pour une exception a l'égalité dans le partage de* successions en faveur des sans-cUlottes. Tandis qae tous ces décrets se succédaient, Cambon faisait encore prononcer l'arresfatîon du général Manuel et la mise en liberté du banquier Perregaux. Il fit ensuite rentrer et détruisit les assignats démonétisés, attesta la falsification d'un décret de finances attribuée à Fabre d'Églantine. provoqua la confiscation des marchandises envoyées A Lyon et à toute ville en état de rébellion ; il lit rendre encore des décrets pour l'indemnité due aux parents des défenseurs de la patrie, sur le payement des rentes et pensions, sur les renies viagères, sur les arrérages des pensionnaires de l'État. A cette occasion, il annonça que la trésorerie était en mesure de payer à 10.000 personnes par jour, et, un peu plus tard, il donna l'aperçu des comptes rendus par cette administration, dont il fit un éloge pompeux, ajoutant que bientôt on al lai t fai rc rendre compte à tous ceux qui avaient manié des deniers publics, « sans en excepter, disait-il, les « bonnets rouges et les longues moustaches qui ont • levé des taxes révolutionnaires, et ceux qui se sont « approprié les reliques du fanatisme. » C'est encore d'après les plans de Cambon que la convention supprima la caisse des domaines et les payeurs de rente de fhfttcl de ville ; qu'elle rendit un décret en faveur des Bernois porteurs de créances sur Lyon, réduisit 1rs appointements des employés a la Trésorerie, établit II comptabilité des commissions administratives, fit lever les scellés mis sur le diamant le Pltt, régla le droit d'enregistrement, et enfin, sur l'annonce que le grand livre de la dette publique était terminé, fixa le mode de délivrance des extraits d'Inscription. Cambon fit ensuite connaître par quelles mesures ou comptait empêcher la circulation des faux assignats. Dans la mémorable séance du 8 thermidor, Robespierre l'inculpa comme ayant creusé, par ses mesures, l'abîme financier ouvert sous les pas de la France. Cambon, en se justifiant lui et le comité des finances, accusa Maximilicn d'avoir, en cette partie du moins, paralysé la volonté de la convention et la sienne. Après ce grand événement, on le vil encore régir les finances. Mais la chute de Robespierre devait amener une réaction plus complète que ne le voulaient les montagnards vainqueurs au 0 thertnl-

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dor, et la puissance de Cambon ne devait y survivre que peu dé temps. }\ fut charge de rendre compte des fonds considérables trouves a la municipalité de Paris, et lit décréter d'arrestation le banquier Huiler ; il provoqua un décret sur les sommes dues à des habitants des villes banaéaUques, opina pour ouvritun nouveau crédit aux commissions executives, et vit son avis sanctionné par la majorité ; il dénonça tes gaspillages exercés dans ia distribution des 40 sous accordés aua citoyens qui votaient dans les sections. Mais déjà la réaction commençait, Cambon avait à répondre i des inculpations directes (1). 11 imputait aux nobles et aux agioteurs les dénonciations qui as multipliaient contre lui, et faisait déclarer calomnieuses las accusations de Leoointe contre le« membres des anciens comités. Accusé par Talllen pour avoir proposé d'augmenter les traitements en raisou de la valeur du blé, il récrimina en lui reprochant d'avoir trempé dans les é^orgemenls de septembre. 11 proclama que la cause de la rareté, de la eborté des denrées, c'était l'émission de 6 milliards d'assignats. Ces luttas personnelles ne l'empêchaient pas de faire décréter différents projets de finance, entra autres celui qui portait qu'aucun culte ne serait à la charge de l'État. Le 13 vendémiaire an S, il annonça que Yhigtrneuf chariots, chargés d'or et d'argent, venaient de la Belgique ; c'était bien peu, selon lui, après tant de déprédations, de dépenses et de meilleurs ; et, dans son regret i la vue de l'ordre de choses nouveau, il ne tarda point à blâmer implicitement cea fréquentes émissions de papiermoimaio dans lesquelles il avait, du moins, cherché à mettre de l'ordre, et dont la nécessité ne provenait pas de lui. Au reste, l'abus des sssignats, a cette époque, était loin encore de ee qu'il fut plus lard, puisque la planche, qui fut brisée sous le directoire, avait frappé, valeur nominale, 45 milliards de celle monnaie chaque jour plus trompeuse. Cependant on rendait, malgré Cambon, les biens aux parents des condamnés ; malgré Cambon on levait le séquestra apposé sur les propriétés étrangères. Dans le même temps, un décret constitua Du- Item prisonnier, et c'est en vain que Cambon s'écria qu'il irait avec tous ses collègues à l'Abbaye, si on ne le rapportait. Un instant, des amis communs ménagèrent un rapprochement entre Tallien et lui. Cette velléité de réconciliation fut signalée par l'aveu que lit Cambon de la multiplicité de mensonges dont étaient tiasues les pièces envoyées du Luxembourg

(I) Plusieurs pamphlets far.il nuklleu courre lui : Menée de ta Tuuiue, qui ii«uil alors telHmii, Ut imprimer dus VA mi de» eUayeus, n« S. et aussi séparément, un Ce», d'oui d!u» veutie tur VdMmittrtiiom du contrôleur urneral Cambon, Il lieuse de p<lempUo*, i'iutftk; H parle des détordre» de se ttte. « Il j a tout « coarooda ( a ta trésorerie national* ), tl m • interverti l'ordre, • brouille cuaque partie, désorganise l'ensemble, ridé la eompia- « bltlié; le local menie n'a sa résister a sa manie de bouleverser...

' tnmTdTm Hiiiass, atMsalM, le tetai et atikadki et

t riie de se* rainons, ete. » In nuire setnpnlel avait pour

titre ; Tem^Cmin tr*Ui etmmt U le mêr*e; en le luit eosu- Bliee de Robespierre ; on le compare a Couibnn qui avait sans cesse S^beurS^ Ml* «rte, te justice Bobesplewe

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contre Talllen : il en prit occasion pour se plaindre des calomnies répandues contre lui-même . Mais, au fond, c' et. lit un réve que cette réunion entre les transfuges du jacobinisme et les jacobins fidèles A leur parti. Cambon était une des notabilités de ces derniers. 11 démentit avec force la dénonciation portée par Louvet, tant contre Lindet que contre Lchodey, et il réclama encore pour les prévenus de l'ancien comité de salut public la plus grande latitude dans la défense. Ainsi Cambon accusa Ysabcau et Tallien d'avoir arbitrairement arrêté à Bordeaux quatre-vingt-six acteurs du grand théâtre, et incarcéré 9,000 spectateurs comme suspects d'aristocratie. L'insurrection du !«• avril 1795 éclata : Cambon était un de ses promoteurs; Tallien demanda son arrestation; il ne l'obtint pas sur-lechamp, et Cambon en ent été quitte pour donner sa démission du comité des finances, s'il l'eût voulu : mais il s'y refusa, et préféra en être exclu par un décret qu'il provoqua lui-même. Le lendemain, Tallien reprit ses invectives et représenta Cambon comme ayant été en conspiration permanente contre la convention depuis le 9 thermidor. Cette fois, on le décréta d'arrestation; 11 parvint à se soustraire aux recherches, et fit quelques dispositions pour prendre sa revanche. Mais déjà Rovère avait éventé ses desseins et l'avait dénoncé à la convention comme se préparant à marcher à la tête des rassemblements, pour la réalisation des complots faisant suite au 1" avril. Il en résulta que la tentative du 30 mai ne fut, comme la première, qu'une échauffourée, et que Cambon, proclamé maire de Paris par un rassemblement a 1 hôtel de ville, n'eut d'autre ressource que de se cacher dans le faubourg St - Antoine, Déjà, d'après les faits annoncés par Ttovère, i! lui avait été enjoint de se constituer prisonnier, sous peine de déportation. Après le 20 mai, on demanda sa mise hors la loi. Knfln l'amnistie du 4 brumaire lui permit de reparaître. Mais toute son importance politique était à jamais éclipsée. Prudemment confiné à Montpellier, il se contenta d'y être officier municipal et commissaire du directoire. Toujours désolé des dilapidations sans fin auxquelles presque tous les hommes en haute position se livraient sans pudeur (1799), il demanda, par une pétition aux conseils, que tous les fonctionnaires publics depuis la révolution rendissent compte de leur fortune. On regarda la pétition comme une plaisanterie, et le pétitionnaire comme un homme de l'autre siècle : on se hâta de passer à l'ordre du jour. II parait pourtant qu'au temps ml le consulat fit place à l'empire, Bonaparte eut quelque envie d'employer Cambon, et que Cambon, alors & Pari3, résista sérieusement à des ouvertures qui lui furent faites. 11 revint encore dans cette capitale l'année suivante (1805), et peut-être avec des vues un peu différentes de celles qu'il avait fasiueusement émises. Il rendit visite i son campa* Irlote et ancien collègue Cambacérés, alors duc, prince, archichancelier ; il en reçut un accueil assez favorable, mais sans voir s'ouvrir pour tui la carrière des emplois. Il passa les années suivantes., Jusqu'en 1815, au sein de sa famine, dans une terre

aux environs de Montpellier. Le retour de l'Ile d'Elbe le lit sortir de cette retraite. Bonaparte avait pro* nonce le mol de liberté. Nommé député par le département de l'Hérault, Cambon se rendit à Paris ; et, après le dénoûinent si prompt de Waterloo, il ne désespéra point encore du salut de la patrie. Le 22 juin, lorsque la discussion s'engagea sur la nomination d'une commission de gouvernement, il opina pour que nul choix ne pût tomber sur un membre de la chambre ou du sénat. Le 24, il se plaignit de ce que le projet d'arrêté sur les réquisitions de guerre n'était contre-signe par aucun ministre ; puis, lorsqu'on eut écarté celte difficulté préalable, il demanda une seconde lecture du projet, afin que la discussion eût lieu sans délai. Le 25, il insista pour qu'on lût d'un bout à l'autre les adresses des fédérés parisiens. Le 26, il lit scinder le travail de la loi des finances alors soumise à la chambre, et décider que, vu l'urgence et pour établir le plus vite possible, par des moyens extraordinaires, le pair entre les dépenses et les recettes de l'exercice 1845, l'assemblée s'occuperait dans ses bureaux des titres 5, 6 et 10 du budget. Le même jour, il fut nommé membre et rapporteur de la commission chargée du projet tendant a pourvoir sans délai au payement des fournitures et de l'arriéré de la solde des troupes ; il fit son rapport séance tenante, et le projet fut, sur ses conclusions, adopté par la chambre. Le 27, il demanda en vain que cinq membres allassent prendre connaissance de l'état du trésor |H>ur en rendre compte à l'assemblée. Le 30, il fit des réclamations pour que l'on exprimât, dans l'adresse au peuple français, que jamais on ne voudrait des Bourbons; pour que les gardes nationales fussent appelées à combattre sur les hauteurs de Paris avec la ligne ; pour qu'il y eût sans cesse cinq commissaires de la chambre à chaque armée. Sa dernière demande, le 5 juillet, lors de la discussion de l'acte constitutionnel, eut trait à l'art. 3 et i la liberté des cultes : il voulait qu'il fût dit catégoriquement de quels privilèges jouiraient certaines professions religieuses. Le retour de Louis XVUI coupa court à tous ces efforts pour une cause perdue ; et Cambon, compris dans la disposition de la loi d'amnistie relative aux régicides relaps, quitta sa patrie pour la Belgique. C'est là qu'il mourut à St-Joste-ten-Hoode, village près de Bruxelles, le 15 février 1820. Un très-grand nombre de ses rapports sur toutes les parties des finances ont été imprimés : nous n'en donnerons point ici l'effroyable liste ; il en est un qui a 130 pages in-8°. Voici les titres de quelques-uns de ses écrits sur les matières politiques : 1° Rapport et projet de décret sur la conduite des généraux français dans les pays occupés par les armées de la république (15 décembre 1792). 2» Rapport et projet de décret sur la conduite à tenir et les pouvoirs à donner aux généraux français chargés de l'expédition de la Hollande (2 mars 1793). 3' Rapport sur lélat de la république à l'époque de ta création du comité de salut public (11 juillet 1793). 4" Opinion sur l'organisation des comités et sur les pouvoirs qui doivent leur être attribués. 5* Discours dans la séance du 4" brumaire

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an 5 (sur le règne delà terreur). 6° Rapport et projet de décret sur les taxes révolutionnaires (26 novembre 1794), 52 p. Son opinion, prononcée à la séance du 2 octobre 1794, fat invoquée par les soixantetreize conventionnels arrêtés à la suite du 31 mai, et ils publièrent un petit écrit intitulé S Cambon plaidant la cause de ses soixante-treize collègues détenus. 7* Lettre (à ses concitoyens) sur Us finances, Paris, 1795, in-8*. Cambon avait dit que Danton, de concert avec Robespierre et Pache, trama i Charenlon la journée du 31 mai. Val. P. et V— vk.

CAMBON (Jean-Loois-Emmancel, marquis de), premier président du parlement de Toulouse, naquit dans cette ville en 1757. Il entra dans la carrière de la magistrature, en 1758, en qualité de conseiller à ce parlement. Trois ans après, il y remplissait les fonctions d'avocat général. Des catholiques disputaient à Etienne Sales, protestant, la validité du mariage de son père. Cambon porta la parole dans cette affaire importante, et discuta avec une grande franchise et une liaute raison les principes du droit naturel et du droit civil. Repoussant avec force la funeste interprétation de l'esprit de parti : « 11 ne « faut pas se demander, dit-il, si Ton est persuadé « de l'existence du mariage contesté, niais il faut se « demander si l'intérêt public n'est pas qu'on le pré- « sume ; et, puisque le contraire n'est pas juridique- « ment prouvé, la justice et l'équité veulent qu'on « suppose tout ce qui est naturellement possible, « plutôt que de faire perdre à un enfant l'état dont « il a légitimement joui. » Les conclusions de Cambon furent suivies : elles firent jurisprudence dans tous les tribunaux du royaume, et le sort de 400,000 familles demeura fixé désormais. En 1774, dorant les querelles des parlements avec le chancelier Maupeou, Cambon, allié avec ce dernier, trouva le moyen, en soutenant la cause de ses confrères, de ne pas se brouiller avec la cour. En 1779, après le rétablissement des parlemente, il acquit une charge de président à mortier et devint procureur général en 1786. Cambon fut appelé, l'année suivante, à la première assemblée de notables; il s'y fit remarquer par la sagesse de ses opinions et par une fermeté qu'il savait sagement modérer selon les circonstances. Louis XVI voulut utiliser encore mieux un tel mérite en le récompensant : il nomma Cambon premier président du parlement de Toulouse. A peine avaitil pris possession de sa nouvelle dignité, qu'il fut appelé, en 1788, a la seconde assemblée de notables. De retour à Toulouse, il se consacra tout entier aux devoirs de ses hautes fonctions, lorsque la révolution lit tomber les parlements. Proscrit, il prit la fuite pour se soustraire à l'écliafaud ; mais sa femme, modèle de toutes les vertus, et qui avait cru pouvoir rester en France avec moins de danger, fut incarcérée, et sa tête tomba sous la hache fatale le 8 thermidor, la veille même de la mort de Robespierre. Après le 18 brumaire, Cambon rentra en France, et recouvra la plus grande partie de ses biens. Il mourut au mois de septembre 4808. En 4763, l'académie des jeux floraux de Montpellier l'avait appelé dam son sein. « La, dit un biographe,

« on entendit avec plaisir le jeune « montrer toujours éloquent dans ses discours, dans a les semonces qu'il prononçait, où l'élégance le dis- « putait à la pureté du goût.» — Auguste de Cambos ( le marquis ), fils aîné du précédent, fit partie de la chambre septennale sous la restauration. Il était membre de cette contre-opposition qui lit au ministère de M. de Villéle une guerre non moins animée que les partisans des idées libérales. Dans la discussion sur le règlement du budget de 1825, il s'éleva fortement, dans une improvisation très-animée, contre la politique suivie par le cabinet. « Un « orateur, dit-il, vient de vous dire que vos attribu- « tions se réduisent à constater l'exactitude d'un « compte. Je ne pense pas, Messieurs, que vous ac- « ceptiez uue telle exbérédation ; vous n'abdiquerez ■ pas votre droit le plus important, celui de veiller « à la fortune publique. Certes, ce n'est pas la peine « de vous faire venir de si loin, si vous n'êtes ici que « pour vous entendre dire par les ministres : Vous a nous avez alloué telle somme, nous l'avons dépensée: « maisce n'est pas eelaqui doit tous occuper. » Il n'est « que trop vrai que les fonds ont été dépensés ; on « n'a que faire de vous pour le constater, et vous « voudriez le nier que vous n'y pourriez rien. La « question est de savoir s'ils l'ont été utilement pour « l'Etat. La juste indignation que, malgré son ina dulgence, votre commission a manifestée, et que « vous avez partagée en entendant les débats de cet « exécrable traité ( les marchés de Hayonne pour « l'expédition d'Esivagne), la honte de l'administrait lion prouve assez qu'elle a senti que cette partie mo- « raie devait exercer une influence sur vous. Les mi- « nistres craignent que l'ajournement de ce compte « ne fasse peser sur eux une responsabilité morale, « mais la chambre n'a-t-elle pas aussi sa responsa-

• bilité morale à ménager? Doit-elle plus que les

• ministres braver l'opinion publique ? J'ignore « combien de temps un ministère pourrait la bra- « ver impunément; mais la chambre ne le peut pas « un seul instant; et le jour où elle aurait perdu la « confiance publique, elle ne pourrait plus rien pour « le bien de l'Etat. » Le marquis de Cambon prononça encore, en 1826, un discours fort remarquable par la sagesse et la hauteur des vues sur la situation sociale du pays, «'élevant au-dessus de toute considération de parti, il reconnaissait la nécessité de céder à l'exigence du temps, et d'approprier la politique aux progrès des sciences et de l'industrie. Il se prodiguait peu à la tribune, mais il y était d'autant mieux écouté que, sans chercher les effets oratoires, il ne suivait que l'impulsion d'une conviction profonde, mais toujours modérée par la sagesse. Il fut membre de plusieurs commissions financières, et élevé par ses collègues à la vice-présidence. Devenu étranger à la politique depuis 1830, il se retira à Toulouse, où il mourut au mois de décembre 1835. — Son frère, M. le baron Alexandre de Cambon, président de chambre à la cour royale de Toulouse, était en même temps député du Tarn à la chambre septennale. D — a— n.

CAMBON (de), chirurgien, est auteur des ou-

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vrages suivants : 1» Uttre à M. Brambilla sur trois opérations de la symphise. 1780, in-8°; 2» Eloge historique de J. Basexlhac, frire Cosme, feuillant, avec des détails sur les instruments qu'il a inventés ou perfectionnés, 1781, in-8». Z— o.

CAMBRONNE ( Pierre- Jacques -Etienne , comte), né à Nantes, le 26 décembre 1770, de parents peu riches, s'engagea, en 1790, dans un bataillon de volontaires, et servait dans l'un des premiers corps envoyés pour combattre l'insurrection de la Vendée. Son enthousiasme pour la republique ne l'empêcha pas de donner dans plusieurs circonstances des preuves de modération et d'humanité envers des Vendéens prisonniers ou blessés. Après l'expédition de Quiberon dont il lit partie, il passa à l'armée des Alpes, et se signala en 1799 a Zurich, à la tète d'une compagnie de grenadiers. Il se distingua aussi comme chef de bataillon à la bamille d'iéna, et fil la seconde campagne d'Autriche en 1809. Major du 3e régiment des chasseurs de la garde en 1812, il fil la campagne de Russie et celle de Saxe en 1813, et y donna de nombreuses preuves de son courage, ainsi qu'à la bataille de Hanau. Blessé à Craonnc et ensuite à la bataille de Paris, il fut transporté à Fontainebleau, et était encore retenu dans son lit, lorsque Na|K>léon signa dans cette ville son abdication. Cambronnc lui demanda la permission de l'accompagner à l'Ile d'Elbe et fut nommé commandant des troupes qui suivirent Napoléon. Il eut aussi le commandement de la place de Porto-Ferrajo, ainsi que la direction du matériel des troupes et de la police militaire. Si l'on s'en rapporte à sa déclaration dans le procès qui lui fut intenté en 1815, il ne connut le projet d'embarquement de Napoléon que trois jours avant son départ de l'Ile d'Elbe. Aussitôt après le débarquement au golfe de Juan, le 1" mars 1815, il reçut le commandement de Pavant-garde, et signa le même jour l'adresse des généraux, officiers et soldats de la garde impériale aux généraux, ofliciers et soldats de l'armée. A la tête de lavant-garde, il s'empara d'abord du bourg de St-Pierre, où il fit arrêter le prince de Monaco ; il occupa ensuite Sisteron et Grasse, et commanda lavant-garde jusqu'à Lyon; mais, depuis cette ville, il accompagna Napoléon à Paris, où il fut nommé peu après lieutenant général, grand officier de la Légion d'honneur, comte de l'empire et pair de France. Appelé ensuite au commandement d'une division de la garde, il partit pour la campagne de Waterloo. Sa division périt presque entièrement dans cette bataille, et on crut même que Cambronne y avait été tué. Alors on raconta que, sommé de se rendre, il avait répondu : /..•/ garde meurt, mais elle ne se rend pas (1) ; et cette réponse, recueillie par les journaux et les chansons populaires, fut répétée dans toute la France. Cambronne avait en effet refusé de se rendre a une première sommation ; mais ce général n'était point un faiseur de phrases à effet, el sa

(I) Ce fat de Rocgetnoot, qoi rédigfait alors le Journal in Commerce, devenu bleaidt apre* le Constitutionnel, qui, dans s* prf ta ce mol a C

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